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samedi 16 août 2008

Doute et engagement


Explication du kalama Sutta par Michel Henri Dufour

Lire le Kalama Sutta : ICI  


Le Kâlâmâ Sutta, un très important discours du Bouddha, est souvent décrit comme la «charte de la libre recherche». 

Bien que ce texte aille de toute évidence à l’encontre des décrets du dogmatisme et de la foi aveugle en lançant un vigoureux appel à la libre investigation, il est douteux qu’il soutienne toutes les propositions qu’on lui a attribuées. Sur la base d’un seul passage, cité hors contexte, on a fait du Bouddha un empiriste pragmatique qui rejette toute doctrine et toute foi, et dont le Dhamma n’est qu’un simple kit pour libre penseur invitant chacun à accepter et à rejeter tout ce qu’il désire.

On insiste en général trop sur le droit au scepticisme et trop peu sur la réelle nécessité de la conduite éthique, comme si les circonstances s’appliquant au cas des Kâlâma représentaient une règle inflexible et immuable pour entrer dans la connaissance du Dhamma du Bouddha. 

Il est vrai que dans la Babel des enseignements de toutes origines disponibles aujourd’hui peu en fait peuvent tenir face aux critères du Dhamma; néanmoins une approche erronée de la part de soi-disant bouddhistes ou bouddhistes auto-proclamés consiste à appliquer ceci au Dhamma du Bouddha d’une manière éclectique, choisissant ce qui s’accorde à leurs croyances et opinions préconçues. 

Tout l’aspect «test par la conduite éthique» est occulté, ils ne sont pas plus concernés de savoir si leurs vues sont «louées par les sages» ou non. Cette attitude les place parmi les autres enseignants qui possèdent un «point de vue» et s’appuient sur celui-ci pour construire leurs croyances religieuses. Il est utile de noter que les groupes éclectiques en Occident, qui considèrent le reste du monde bouddhique comme étant dans l’erreur, sont des mouvements laïcs qui, par dessein ou par circonstances, ne bénéficient pas du guide de la Sangha monastique.

Le Kâlâma Sutta justifie-t-il de telles opinions? Ne rencontrons-nous pas plutôt dans ces affirmations cette ancienne tendance à interpréter le Dhamma en fonction des notions qui nous sont agréables ou des préjugés de ceux à qui nous nous adressons? 

Un examen approfondi du texte lui-même est nécessaire et, afin de comprendre correctement les paroles du Bouddha, il est essentiel de tenir compte de ses propres intentions en les prononçant. 

Le passage qui a été si souvent cité est le suivant

«Venez, Kâlâma. Ne vous fondez pas sur ce qui est répété, ni sur la tradition, ni sur ce qui est universellement répandu, ni sur les Écritures, ni sur la spéculation, ni sur le raisonnement déductif, ni sur un préjugé, ni sur la compétence d’un enseignant, ni sur la considération “il est notre maître”. Lorsque vous savez par vous-même : “Ces choses sont négatives, blâmables, condamnées par les sages, elles conduisent à la souffrance et au malheur si on les suit. ”, abandonnez-les… Lorsque vous savez par vous-même : “Ces choses sont positives, non blâmables, louées par les sages, elles conduisent au bonheur et à ce qui est bénéfique. ”, adoptez-les et ne les abandonnez pas. »

Ce passage, comme tout ce qui a été dit par le Bouddha, a été exposé dans un contexte spécifique, en tenant compte d’un public particulier et d’une situation particulière, et doit par conséquent être compris en relation à ce contexte. 

Les Kâlâma, citoyens de la ville de Kesaputta, avaient reçu la visite d’enseignants religieux possédant des vues divergentes, chacun proposant ses propres doctrines et mettant en pièces les doctrines de ses prédécesseurs. Tout ceci les avait plongé dans un état de profonde perplexité, et ainsi lorsque «l’ascète Gotama», réputé comme étant un «Éveillé», arriva dans leur ville, ils allèrent le rencontrer dans l’espoir qu’il serait capable de dissiper leur confusion.

 D’après la suite du Sutta il est clair que les problèmes qui les préoccupaient concernaient la réalité de la renaissance et la rétribution des actions positives et négatives.

Le Bouddha commence par assurer aux Kâlâma que dans de telles circonstances il est légitime de douter, assurance qui encourage la libre recherche. Il prononce ensuite le passage cité ci-dessus, conseillant aux Kâlâma d’abandonner les choses qu’ils savent par eux-mêmes être néfastes et de cultiver celles qu’ils savent être bénéfiques. 

Ce conseil peut être dangereux s’il est donné à ceux dont le sens éthique n’est pas développé, nous pouvons ainsi supposer que le Bouddha considérait les Kâlâma comme un peuple possédant une sensibilité morale raffinée. En tous cas il ne les laissa pas simplement avec leurs propres ressources, mais en les questionnant les conduisit à voir que l’avidité, la haine et l’ignorance, générant la souffrance pour soi-même et autrui, doivent être abandonnées, et que leurs opposés, étant bénéfiques à tous, doivent être cultivés. 

Le Bouddha explique ensuite que «un noble disciple, dépourvu d’avidité et de mauvais vouloir, sans illusions» demeure répandant sur le monde la bienveillance illimitée, la compassion, la joie sympathique et l’équanimité. Ainsi purifié de la haine et de la malveillance il jouit, ici et maintenant, de quatre «consolations» ou «assurances» : 
s’il y a une vie après la mort et que les actions portent résultats, le disciple expérimentera une renaissance agréable, alors que si tout cela n’est pas il vit néanmoins dans la paix et la joie ici et maintenant; 
si des résultats négatifs affligent ceux qui agissent négativement, en raison de sa conduite positive aucun malheur ne l’affligera, et si aucun résultat négatif n’afflige ceux qui agissent négativement, le disciple est de toutes façons purifié et sa conduite sera louée. 

Les Kâlâma expriment ensuite leur appréciation de ce que le Bouddha vient de dire et leur accord en répétant ces quatre «assurances» et, signifiant par là leur confiance dans le Bouddha, déclarent : «Tout à fait excellent, Seigneur, tout à fait excellent…! Puisse le Bhagavâ [1] nous accepter comme upâsaka à partir de ce jour jusqu’à la fin de notre vie, nous accueillir comme ceux qui ont pris Refuge. ».

Le Kâlâma Sutta exemplifie ici une fois de plus l’une des épithètes majeures du Bouddha, purisadamasârathî, c’est-à-dire «celui qui est capable de discipliner les hommes disciplinables» et ses extraordinaires capacités à utiliser les moyens habiles (upâya kosalla) pour amener toutes sortes de personnes à réaliser la Vérité par eux-mêmes. 

Le Dhamma fut enseigné aux Kâlâma de cette manière car ils présentaient un esprit curieux, investigateur. Adopter cette approche pour le Dhamma et supposer que c’est la seule véritable approche serait en soi une grave distorsion. 

Pour ceux qui n’ont pas besoin d’une approche investigatrice et les personnes pour lesquelles par exemple le kamma et la renaissance sont admis, une manière d’enseigner toute différente est employée, en mettant l’accent plus sur la façon de détruire les négativités et de cultiver ce qui est positif, pour finalement transcender les deux. 

Rien n’est dit au sujet du nibbâna dans le Kâlâma Sutta (bien qu’il soit implicite à l’arrière-plan) pour la simple raison que les Kâlâma n’étaient pas encore prêts à appréhender les niveaux les plus avancés de l’Enseignement.

Il nous appartient maintenant d’apprécier ce que le Kâlâma Sutta nous dit pour nous et pour notre vie, de pratiquer selon cette Voie et de réaliser par nous-mêmes les bénéfices de se comporter ainsi.


Michel Henri DUFOUR



Revenir régulièrement aux paroles du Bouddha


En ces temps de grande confusion où un certain "Bouddhisme" est devenu une "religion" et même une "religion comme une autre"(pour ne pas dire une "mascarade"), il est essentiel de revenir aux paroles du Bouddha car ses enseignements n'ont rien de religieux.


Les enseignements du Bouddha n’ont rien de "religieux" :
(...) Bien au contraire, le Bouddha se dresse contre la religion, il ne se dresse pas avec violence car il connait la faiblesse humaine, et l’homme trouve consolation dans la religion... Mais il se dresse contre ceux qui utilisent cette faiblesse : ce sont les prêtres, les moines, les brahmas, les faux prophètes... .

Les enseignements du Bouddha sont tout au contraire un appel à se libérer du carcan religieux, à marcher vers la découverte de la réalité des choses... Il nous invite à regarder en nous même, sans peur du silence et de la solitude, à écarter tout ce qui est magie, tromperie, prière et rabâchage, il nous appelle à découvrir que ce que nous appelons le soi n’est qu’une construction illusoire...Il ne fait pas de plaidoyer pour le bonheur mais pour la libération qui est bien au delà du simple bonheur, mais la claire vision de la réalité...

Le bouddhisme du Bouddha n’a rien d’ésotérique.

Les enseignements du Bouddha sont à peu près l’opposé de ce qu’est devenu le bouddhisme aujourd’hui...

C’est en ayant le courage de lire et relire les sermons du Bouddha que nous pouvons seulement espérer avancer vers une lueur de vérité... c’est ayant le courage d’affronter la souffrance et de la comprendre que nous pourrons éclairer notre vie et celle des autres...

Aucune parole de maitre ne surpasse les enseignements du Bouddha lui-même, et les enseignements du Bouddha ne surpassent pas l’expérience et le dépouillement dans la démarche courageuse, persévérante et solitaire du serviteur du Dhamma...

Et le Béni du Ciel s’adressa aux bhikkhus, en disant : « Soyez attentifs maintenant, bhikkhus, je vous y exhorte : Toutes choses composées sont sujettes à disparaître. Efforcez-vous avec sincérité ! »

Mahaparinibbana sutta..

Source : Vivre le Dhamma aujourd'hui: Le bouddhisme est une religion comme une autre


PARINIBBANA SUTTA (extrait)

2.26 « En conséquence, Ananda, vous devrez vivre comme une île pour vous-mêmes, être votre propre refuge – que nul autre ne soit votre refuge ; avec le Dhamma comme une île, avec le Dhamma comme refuge et nul autre refuge. Comment un moine vit-il comme une île pour lui-même … avec nul autre refuge ? Là, Ananda, un moine contemple le corps en tant que corps, sérieusement, clairement conscient, attentif, ayant éloigné tout attachement et inquiétude par rapport au monde. Et puis il fait de même pour les sensations, l’esprit et les objets de l’esprit. Voilà, Ananda, comment un moine vit comme une île pour lui-même … avec nul autre refuge. Et ceux qui, maintenant de mon vivant ou plus tard, vivront ainsi s’élèveront au plus haut s’ils sont désireux d’apprendre.



KALAMA SUTTA

Verset 1.1
Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux en voyageant dans le pays Kosala, avec un grand groupe de disciples, arriva dans une ville appelée Kesaputta. Les Kalamas, habitants de Kesaputta, apprirent que « le religieux Gotama, fils des Sakyas, ayant abandonné sa famille sakya et quitté son foyer pour entrer dans la vie religieuse, voyageant dans le pays Kosala, était parvenu à Kesaputta ».

Verset 1.2
Or, une bonne réputation se propageait à propos de ce Bienheureux Gotama : Il est le Bienheureux, l'Arahant, parfaitement et pleinement éveillé, parfait en sa sagesse et sa conduite, bien arrivé (à son but), le Connaisseur des mondes, l'incomparable Guide des êtres qui doivent être guidés, l'Instructeur des dieux et des humains, le Bouddha, le Bienheureux.

Verset 1.3
Ayant connu lui-même ce monde-ci avec ses dieux, avec ses Mara(s) et ses Brahma(s), avec ses troupes de religieux et de brahmanes, ses êtres célestes et humains, il le fait connaître.

Verset 1.4
Il enseigne la doctrine, bonne en son début, bonne en son milieu, bonne en sa fin, bonne dans sa lettre et dans son esprit, et il exalte la Conduite pure parfaitement pleine et parfaitement pure. Rencontrer un tel Arahant est vraiment une bonne chose.

Verset 1.5
Les Kalamas, habitants de Kesaputta, rendirent alors visite au Bienheureux. En y arrivant, certains parmi eux rendirent hommage au Bienheureux et s'assirent à l'écart sur un côté. D'autres échangèrent avec lui des compliments de politesse et des paroles de courtoisie et s'assirent ensuite à l'écart sur un côté. Certains, les mains jointes, rendirent hommage dans la direction où se trouvait le Bienheureux, puis s'assirent à l'écart sur le coté. D'autres encore, ayant énoncé leurs noms et leurs noms de famille, s'assirent à l'écart sur un côté. D'autres s'assirent à l'écart sur un côté sans rien dire.

Verset 1.6
S'étant assis ainsi à l'écart sur un côté, ils s'adressèrent au Bienheureux et dirent: « Ô vénérable Gotama, il y a des religieux et des brahmanes qui arrivent à Kesaputta. Ils exposent et exaltent seulement leur propre doctrine, mais ils condamnent et méprisent les doctrines des autres. Puis d'autres religieux et brahmanes arrivent aussi à Kesaputta. Eux aussi exposent et exaltent leur propre doctrine, et ils méprisent, critiquent et brisent les doctrines des autres. Ô Vénérable, il y a un doute, il y a une perplexité chez nous à propos de ces diverses opinions religieuses. Parmi ces religieux et ces brahmanes, qui dit la vérité et qui des mensonges ? »

Verset 1.7
Le Bienheureux s'adressa aux Kalamas et dit : Il est juste pour vous, ô Kalamas, d'avoir un doute et d'être dans la perplexité. Car le doute est né chez vous à propos d'une matière qui est douteuse.

Verset 1.8
Venez, ô Kalamas, ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse, ni par ce que vous avez entendu dire. Ne vous laissez par guider par l'autorité des textes religieux, ni par la simple logique ou les allégations, ni par les apparences, ni par la spéculation sur des opinions, ni par des vraisemblances probables, ni par la pensée que « ce religieux est notre maître spirituel ».

Verset 1.9
Cependant, ô Kalamas, lorsque vous savez vous-mêmes que certaines choses sont défavorables, que telles choses blâmables sont condamnées par les sages et que, lorsqu'on les met en pratique, ces choses conduisent au mal et au malheur, abandonnez-les.

Verset 1.10
Maintenant, je vous demande : « Qu'en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsque l'avidité apparaît chez quelqu'un, cette avidité apparaît-elle pour le bien de cet individu ou pour son mal ? »

Verset 1.11
Les Kalamas répondirent: O Vénérable, l'avidité apparaît pour le mal de cet individu.

Verset 1.12
O Kalamas, en se donnant à l'avidité, étant vaincu par l'avidité, étant enveloppé mentalement par l'avidité, un tel individu tue des êtres vivants, commet des vols, s'engage dans l'adultère et profère des paroles mensongères. Il pousse un autre à accomplir aussi de tels actes. De tels actes entraînent-ils son mal et son malheur pendant longtemps ? Certainement, oui, ô Vénérable.

Verset 1.13
Qu'en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsque la haine apparaît chez quelqu'un, cette haine apparaît-elle pour le bien de cet individu ou pour le mal ? Ô Vénérable, la haine apparaît pour le mal de cet individu.

Verset 1.14
Ô Kalamas, en se donnant à la haine, étant vaincu par la haine, étant enveloppé mentalement par la haine, un tel individu tue des êtres vivants (...) Il pousse un autre à accomplir aussi de tels actes. De tels actes entraînent-ils son mal et son malheur pendant longtemps ? Certainement oui, ô Vénérable.

Verset 1.15
Qu'en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsque l'illusion apparaît chez quelqu'un, cette illusion apparaît-elle pour le bien-être de cet individu ou pour son mal? O Vénérable, l'illusion apparaît pour le mal de cet individu.

Verset 1.16
Ô Kalamas, en se donnant à l'illusion, étant vaincu par l'illusion, étant enveloppé mentalement par l'illusion, un tel individu tue des êtres vivants (...) Il pousse un autre à accomplir aussi de tels actes. De tels actes entraînent-ils son mal et son malheur pendant longtemps ? Certainement oui, ô Vénérable.

Verset 1.17
Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Kalamas ? Ces choses sont-elles bonnes ou mauvaises ? Ô Vénérable, ces choses sont mauvaises. Ces choses sont-elles blâmables ou louables? Ô Vénérable, ces choses sont blâmables. Est-ce que ces choses sont censurées ou pratiquées par les sages ? Ô Vénérable, ces choses sont censurées par les sages.

Verset 1.18
Qu'en pensez-vous, ô Kalamas ? Lorsqu'on les met en pratique, ces choses conduisent-elles au mal et au malheur? Lorsqu'on les met en pratique, ô Vénérable, ces choses conduisent au mal et au malheur. C'est ce qui est généralement accepté. C'est ce que nous en pensons.

Verset 1.19
Le Bienheureux dit : C'est pourquoi, ô Kalamas, nous avons déjà dit : il est juste pour vous, ô Kalamas, d'avoir un doute et d'être dans la perplexité. Car le doute est né chez vous à propos d'une matière qui est douteuse.

Verset 1.20
Venez, ô Kalamas, ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse (...) ni par la pensée que « ce religieux est notre maître spirituel ».

Verset 1.21
Cependant, ô Kalamas, lorsque vous savez vous-mêmes que certaines choses sont défavorables, que telles choses blâmables sont condamnées par les sages et que, lorsqu'on les met en pratique, ces choses conduisent au mal et au malheur, abandonnez-les.

Verset 1.22
Ensuite, le Bienheureux s'adressa à nouveau aux Kalamas et dit: Venez, ô Kalamas, ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse (...) ni par la pensée que « ce religieux est notre maître spirituel ».

Verset 1.23
Cependant, ô Kalamas, lorsque vous savez vous-mêmes que certaines choses sont favorables, que ces choses louables sont pratiquées par les sages, que, lorsqu'on les met en pratique, elles conduisent au bien et au bonheur, pénétrez-vous de telles choses et pratiquez-les.

Verset 1.24
Maintenant, je vous demande : « Qu'en pensez-vous, ô Kalamas ? Lorsque l'absence d'avidité apparaît chez un individu, cette absence d'avidité apparaît-elle pour le bien-être de cet individu ou pour son mal ? »
Les Kalamas répondirent : Ô vénérable, l'absence d'avidité apparaît pour le bien-être de cet individu.

Verset 1.25
Ô Kalamas, ne se donnant pas à l'avidité, n'étant pas vaincu par l'avidité, n'étant pas enveloppé mentalement par l'avidité, un tel individu ne tue point d'êtres vivants, ne commet pas de vols, ne s'engage pas dans l'adultère, ne profère pas des paroles mensongères. Il pousse un autre aussi à s'abstenir de tels actes. Est-ce que cela entraîne son bonheur et son bien-être? Certainement oui, ô Vénérable.

Verset 1.26
Qu'en pensez-vous, ô Kalamas ? Lorsque l'absence de haine apparaît chez un individu, cette absence de haine apparaît-elle pour le bien-être de cet individu, ou pour son mal ? Ô Vénérable, l'absence de haine apparaît pour son bien.

Verset 1.27
Ô Kalamas, ne se donnant pas à la haine, n'étant pas vaincu par la haine, n'étant pas enveloppé mentalement par la haine, cet individu ne tue pas d'êtres vivants (...) et ne profére pas des paroles mensongères. Il pousse un autre aussi à s abstenir de tels actes. Est-ce que cela entraîne son bonheur et son bien-être ? Certainement oui, ô Vénérable.

Verset 1.28
Qu'en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsque l'absence d'illusion apparaît chez un individu, cette absence d'illusion apparaît-elle pour le bien-être de cet individu ou pour son mal? Ô Vénérable, l'absence d'illusion apparaît pour son bien.

Verset 1.29
O Kalamas, ne se donnant pas à l'illusion, n'étant pas vaincu par l'illusion, n'étant pas enveloppé mentalement par l'illusion, cet individu ne tue pas d'êtres vivants (...) et ne profère pas des paroles mensongères. Il pousse un autre aussi à s'abstenir de tels actes. Est-ce que cela entraîne son bonheur et son bien-être ? Certainement oui, ô Vénérable.

Verset 1.30
Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Kalamas ? Ces choses sont-elles bonnes ou mauvaises? Ô Vénérable, ces choses sont bonnes. Ces choses sont-elles blâmables ou louables? Ô Vénérable, ces choses sont louables. Est-ce que ces choses sont censurées ou pratiquées par les sages ? Ô Vénérable, ces choses sont pratiquées par les sages.

Verset 1.31
Qu'en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsqu'on les met en pratique, ces choses conduisent-elles au bien-être et au bonheur, ou bien ne conduisent-elles pas au bien-être et au bonheur? Les Kalamas répondirent : Lorsqu'on les met en pratique, ces choses conduisent au bien-être et au bonheur. C'est ce qui est généralement accepté. C'est ce que nous en pensons.

Verset 1.32
Le Bienheureux dit : C'est pourquoi, ô Kalamas, nous avons déjà dit : Il est juste pour vous, ô Kalamas, d'avoir un doute et d'être dans la perplexité. Car le doute est né chez vous à propos d'une matière qui est douteuse.

Verset 1.33
Venez, ô Kalamas, ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse (...) ni par la pensée que « ce religieux est notre maître spirituel ».

Verset 1.34
Cependant, ô Kalamas, lorsque vous savez vous-mêmes que certaines choses sont favorables, que ces choses louables sont pratiquées par les sages, que, lorsqu'on les met en pratique elles conduisent au bien et au bonheur, pénétrez-vous de telles choses et pratiquez-les.

Verset 1.35
Ô Kalamas, le disciple noble, qui s'est ainsi séparé de l'avidité, de la haine, de l'illusion, ayant une compréhension claire et une attention de la pensée, demeure, faisant rayonner la pensée de bienveillance dans une direction (du monde), et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans la totalité en tout lieu de l'univers, il demeure faisant rayonner la pensée de bienveillance, large, profonde, sans limites, sans haine et llibérée de la malveillance.

Verset 1.36
Également, le disciple noble demeure, faisant rayonner la pensée de compassion dans une direction (du monde), et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrieme, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans sa totalité en tout lieu de l'univers, il demeure faisant rayonner la pensée de compassion, large, profonde, sans limites, sans haine et libérée de la malveillance.

Verset 1.37
Également, le disciple noble demeure, faisant rayonner la pensée de joie sympathique dans une direction (du monde), et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans sa totalité en tout lieu de l'univers, il demeure faisant rayonner la pensée de joie sympathique, large profonde, sans limites, sans haine et libérée de la malveillance.

Verset 1.38
Également, le disciple noble demeure, faisant rayonner la pensée d'équanimité dans une direction (du monde), et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans sa totalité en tout lieu de l'univers, il demeure faisant rayonner la pensée d'équanimité, large, profonde, sans limites, sans haine et libérée de la malveillance.

Verset 1.39
Ô Kalamas, le disciple noble, qui a une pensée ainsi libérée de la haine, de la malveillance, qui a une pensée non souillée et une pensée pure, est quelqu'un qui trouve les quatre soulagements, ici et maintenant, en pensant :

Verset 1.40
« Supposons qu'il y ait, après la mort, des résultats pour les actes bons et mauvais (accomplis avant la mort). En ce cas, il est possible pour moi de naître après la dissolution du corps, après la mort, dans un des cieux où se trouvent des bonheurs célestes. » Cela est le premier soulagement.

Verset 1.41
« Supposons qu'il n'y ait pas, après la mort, de résultats pour les actes bons et mauvais (accomplis avant la mort). Tout de même, ici et maintenant, dans cette vie, je demeure sain et sauf avec une pensée heureuse, libérée de la haine, de la malveillance. » Cela est le deuxième soulagement.

Verset 1.42
« Supposons que des mauvais résultats tombent sur l'individu qui a accompli des mauvaises actions. Quant à moi, je ne souhaite aucun mal à personne. Alors comment se pourrait-il qu'un mauvais résultat tombe sur moi qui ne fais aucune action mauvaise ? » Cela est le troisième soulagement.

Verset 1.43
« Supposons que des mauvais résultats ne tombent pas sur l'individu qui fait des actions mauvaises. Alors dans ces deux cas, je trouve que je suis pur. » Cela est le quatrième soulagement.

Verset 1.44
Ô Kalamas, le disciple noble, qui a une pensée libérée de la haine, de la malveillance, qui a une telle pensée non souillée, une pensée pure, est quelqu'un qui a ces quatre soulagements, ici et maintenant.

Verset 1.45
Les Kalamas dirent : « Cela est exact, ô Bienheureux, cela est exact, ô Parfait. Le disciple des êtres nobles, qui a une pensée libérée de la haine, de la malveillance, qui a une telle pensée non souillée, une pensée pure, est quelqu'un qui a ces quatre soulagements, ici et maintenant (...) »

Verset 1.46
Ayant entendu la parole du Bienheureux, les Kalamas s'écrièrent : « Merveilleux, ô Bienheureux, merveilleux. C'est comme si l'on redressait ce qui a été renversé, ou découvrait ce qui a été caché, ou montrait le chemin à celui qui s'est égaré, ou apportait une lampe dans l'obscurité pour que ceux qui ont des yeux puissent voir. Ainsi, le vénérable Gotama a rendu claire la vérité de nombreuses façons.

Verset 1.47
Nous prenons refuge dans le vénérable Gotama, dans l'Enseignement (dhamma), dans la Communauté (sangha). Que le vénérable Gotama veuille bien nous accepter comme disciples laïcs jusqu'à la fin de nos vies. »

jeudi 17 avril 2008

Ne vous laissez pas guider...





(..) Ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse, ni par ce que vous avez entendu dire.

Ne vous laissez par guider par l'autorité des textes religieux, ni par la simple logique ou les allégations, ni par les apparences, ni par la spéculation sur des opinions, ni par des vraisemblances probables, ni par la pensée que “ce religieux est notre maître spirituel”.

Ne vous contentez pas de croire ce qui vous est dit, ou ce qui a été transmis par les générations précédentes, ou ce qui est l'opinion courante, ou ce que disent les écritures.

N'acceptez pas une chose comme vraie par simple déduction ou inférence, ou en considérant les apparences extérieures, ou par partialité pour un certain de vue, ou à cause de sa plausibilité, ou parce que votre maître vous dit qu'il en est ainsi.

Mais quand vous savez directement par vous-mêmes: "ces principes sont mauvais, blâmables, condamnés par les sages; quand ils sont adoptés et mis en pratique, ils mènent aux maux et à la souffrance", vous devriez alors les abandonner.

Et quand vous savez directement par vous-mêmes: "Ces principes sont bons, irréprochables, loués par les sages; quand ils sont adoptés et mis en pratique ils mènent au bien-être et au bonheur vous devriez alors les accepter et les pratiquer" (Extraits de Kalama Sutta)