mercredi 8 août 2007

Les jhàna




Vous trouverez ci après:

- Qu'est ce que la concentration correcte
-Les états de bonheur intense, par Vénérable Dhamma sami
-
Des états de conscience raffinés
- 3 sortes de concentration par
le Vénérable Dhamma Rewata
-
Jhana et vipassana , par Sayadaw U pandita ( extraits de son livre "dans cette même vie")
-
les 4 stades de Jhana : d'après le Samannaphala Sutta



Et qu'est-ce que la concentration correcte? ( Magga-vibhanga Sutta)

Il y a le cas où un bikkhu -- tout à fait retiré de la sensualité, retiré des qualités (mentales) maladroites -- entre et demeure dans le premier jhana: ravissement et plaisir nés de la retraite, accompagnés par la pensée dirigée et de l'évaluation. Avec l'apaisement de la pensée dirigée et de l'évaluation, il entre et demeure dans le second jhana: ravissement et plaisir nés du sang-froid, unification de la conscience libre de la pensée dirigée et de l'évaluation -- assurance intérieure. Avec l'estompement du ravissement il demeure dans l'équanimité, attentif, pleinement vigilant, et physiquement sensible au plaisir. Il entre et demeure dans le troisième jhana, et de lui les Nobles Personnes déclarent, 'Equanime et attentif, il a une attitude agréable.' Avec l'abandon du plaisir et de la douleur -- comme dans la précédente disparition de l'euphorie et de l'abattement -- il entre et demeure dans le quatrième jhana: pureté de l'équanimité et de l'attention, ni plaisir ni douleur. C'est là ce qu'on appelle la concentration correcte."




Les états de bonheur intense:

Nous pouvons arriver – comme les humains aiment à le faire depuis des millénaires – à travers de exercices spirituels, à expérimenter des états de grâce, des états de conscience qui sont limpide et dans lesquels il n'y a pratiquement rien qui se manifeste. Ce sont des états de conscience qu ont la capacité de demeurer limpides, clairs, immobiles. Ils sont accompagnés d'une profond sensation de bien être et sont vides de sensations pénibles. On cite de telles expériences dans d nombreuses littératures du passé, dans des littératures mystiques du soufisme, de l'hindouisme, du mahayana, du bouddhisme et d'autres traditions.
Ces consciences, nous pouvons imaginer qu'elles existent, même si nous ne les avons jamais expérimentées. On en parle beaucoup, dans les diverses traditions mystiques de l'humanité. On doit pouvoir imaginer – surtout si soi-même, avons eu quelques expériences un peu inhabituelles – qu'il est possible, à l'aide d'exercices de méditation, de concentration, basés sur le souffle, sur des mantras ou sur des visualisations, d'atteindre un certain degré de plénitude intérieure, un état de bonheur intense. Il est donc vraisemblablement possible d'arriver à un lieu, une situation, un état, vide de souffrance, vide de stress. Ces expériences, le moine Gotama les appelle les jhána.

Durant ces expériences, la conscience fonctionne dans un mode particulier, hyper accéléré, d'une lucidité absolue, et demeure absorbée dans un état de bien être, de neutralité, de joie intérieure extrêmement intense. C'est une forme de libération. D'ailleurs, il appelle aussi ces consciences, des "consciences émancipées". Néanmoins, nous sommes dans la même situation que celui qui a remplacé un son désagréable par un son plaisant. Bien entendu, une sensation plaisante, est – par définition – vide de sensations déplaisantes.

Si nous atteignons une plénitude, une divinité, nous sommes dans une expérience vide de souffrance. C'est parce que cette expérience est particulièrement plaisante et jouissive qu'elle est vide de souffrance. En ce sens, elle n'est pas l'absence de souffrance. Elle est l'incapacité à la souffrance de prendre place, car il y a autre chose qui prend toute la place. Pour arriver à ces états de conscience, à ces expériences mentales, il faut se livrer à des exercices spirituels qui sont décrits dans de nombreuses littératures chrétiennes, soufies, hindouistes, mahayanistes, et d'autres traditions.
La plénitude n'est pas la solution
Bouddha lui-même, d'ailleurs, n'a pas manqué d'enseigner ces exercices spirituels. Il en a recensé quarante – qui ne sont bien entendu pas exclusifs – qui permettent à celui qui s'y entraîne avec beaucoup d'assiduité, d'énergie et de détermination, d'atteindre ces expériences spirituelles particulières.

Néanmoins, pour lui, ce n'est pas la solution. Ce sont des consciences vides de souffrance parce que leur mode de fonctionnement n'autorise techniquement pas la présence de sensations pénibles. Exactement de la même manière, lorsque nous sommes chez le dentiste, nous ne ressentons pas la moindre douleur parce qu'il est techniquement impossible au nerf de la transmettre, du fait qu'il a été endormi par un anesthésiant. Toutefois, le mécanisme habituel est toujours là : la fraise du dentiste est toujours là et le nerf est toujours là. Il y a simplement une fonction – celle de la douleur – qui a été momentanément neutralisée.

Ainsi, lorsque nous nous absorbons, grâce à des exercices de méditation, que nous faisons l'expérience d'une certaine jouissance intérieure, nous n'avons pas évacué, ni même ébranlé les fondations de la souffrance. Nous avons momentanément neutralisé une fonction. Comme nous n'avons plus la capacité de percevoir la souffrance, nous sommes convaincus d'avoir atteint un état qui en est vide.
Le stress, les contraintes et les difficultés ont été remplacés par quelque chose de trop volumineux pour laisser la place à quoi que ce soit d'autre. La jouissance procurée par les jhána ne connaît pas d'altérité, parce qu'il est techniquement impossible qu'elle y prenne place. C'est déjà très bien d'y arriver ; nous pouvons le faire à l'aide de la concentration, en fixant notre attention sur un seul point, pendant des heures, des mois, des années, sans relâche, jusqu'à ce que ce point apparaisse dans nos rêves, à tout moment de la journée, même quand nous n'y pensons pas. À tout moment de la journée, nous sommes absorbés, nous faisons "un" avec le support de notre méditation. Par exemple, si nous avons choisi un symbole ou une divinité, selon notre tradition religieuse, il arrivera un moment où nous atteindrons une sorte d'unité à cette divinité. Nous ne parviendrons plus à distinguer la divinité de la conscience. Nous vivrons ainsi dans le domaine de la divinité. C'est très bien d'arriver à cela, rares sont ceux qui y sont parvenu. Néanmoins, si nous réfléchissons un peu, nous pouvons encore nous poser la question de savoir si cela constitue vraiment une libération définitive.
source : dhammadana



Des états de conscience raffinés :

Les jhâna représentent des états de conscience raffinés susceptibles d'être expérimentés comme l'un des résultats de la méditation profonde. Ce sont des stades avancés d'unification mentale, samâdhi, dans lesquels l'esprit devient absorbé dans le sujet de méditation.
Jhâna ne peut cependant pas être rendu vaguement par "méditation" ; c'est un terme technique désignant une expérience religieuse (non nécessairement liée à l'Enseignement du Bouddha) atteinte à un certain niveau d'états mentaux. Ces états sont de caractère purement mondain, par conséquent non indispensables à la libération de la souffrance.
Ils font référence à l'"absorption de la sphère matérielle subtile" (rûpajjhâna), et sont divisés en quatre niveaux, chacun progressivement plus raffiné que le précédent :

premier niveau d'absorption (pathama jhâna), caractérisé par : la considération et l'examen approfondi (vitakka vicâra), la joie (pîti), le bien-être (sukha), et l'unification mentale (samâdhi).
second niveau d'absorption (dutiya jhâna), caractérisé par : la joie (pîti), le bien-être (sukha), et l'équilibre mental (samâdhi).
troisième niveau d'absorption (tatiya jhâna), caractérisé par : le bien-être (sukha) et l'unification de l'esprit (samâdhi).
quatrième niveau d'absorption (catuttha jhâna), caractérisé par l'équanimité (upekkhâ).
Le terme jhâna peut inclure également l'"absorption de la sphère immatérielle" (arûpa jhâna) qui est une absorption méditative, de caractère impersonnel, dans un "objet" sans forme matérielle .

source : vivekarama




pour le Vénérable Dhamma Rewata :

Il existe trois sortes de concentrations:

-appanâ samâdhi (concentration d'atteinte),
-upcâra samâdi (concentration d'accès),
-khanika samâdhi (concentration de vipassâna, ou concentration momentanée).

La concentration obtenue en méditant sur un objet choisi jusqu'à à ce que l'esprit s'absorbe en lui est appanâ samâdhi.

La concentration capable de disperser les obstacles, mais qui n'a pas encore atteint le stade s'absorption, est appelée upacâra (« vosinage ») samâdhi, ou concentration d'accès.

Khanika samadhi est la concentration momentanée développée par l'obsercation des objets et de leur nature – leur apparition et leur disparition continuelles à chaque instant. Le terme de « concentration momentanée » qualifie l'état calme et stable de l'esprit qui précède la concentration d'accès.
Il qualifie également vipassanâ samâdhi, qui disperse les obstacles de la concentration d'accès. La concentration momentanée peut donc être aussi appelée concentration d'accès.
Quand la concentration vipassanâ est bien développée, l'esprit devient absorbé en l'objet, comme pour la concentration d'atteinte.
Cet état d'absorption peut être directement expérimenté par ceux qui pratiquent la méditation du calme mental. Si la concentration momentanée, khanika samâdhi, est inintérrompue, la tranquillité maintenue et les forces négatives ou facteurs perturbateurs ne peuvent pas surgir.



Jhana et vipassana , par le Vénérable U pandita (Extraits de son livre "dans cette même vie")


Il y a deux types de jhānas, les jhānas de samatha et les jhānas de vipassanā.

Les Jhānas de Samatha

Ceux qui ont déjà une certaine connaissance des jhānas de samatha, se demanderont peut-être pourquoi j’en parle ici alors que nous pratiquons vipassanā. Samatha jhāna est la pure concentration ; l’attention se fixe sur un seul objet – une image mentale par exemple, un disque de couleur ou une lumière. L’esprit reste fixé sur cet objet sans s’en écarter, sans se déplacer ailleurs. Il va ainsi progressivement se calmer, se tranquilliser et se concentrer jusqu’au moment où il sera absorbé dans cet objet. On reconnaît dans les écritures différents niveaux d’absorption, chaque niveau ayant ses propres caractéristiques.


Les Jhānas de Vipassanā

Les jhānas de vipassanā permettent par contre à l’esprit de se déplacer librement d’un objet à l’autre, tout en restant fixé sur les caractéristiques d’impermanence, d’insatisfaction et de non soi, qui sont les traits communs à tous les phénomènes. L’esprit capable de rester fixé sur la béatitude de nibbāna fait également partie de vipassanā jhāna. Alors que le but du méditant samatha est la tranquillité et l’absorption, c’est la vision pénétrante et la sagesse qui sont les résultats les plus importants de la pratique de vipassanā jhāna. L’esprit se focalise ici sur les paramattha dhammas, ce que l’on appelle communément « la réalité ultime » ; ce sont tout simplement les choses que nous expérimentons directement au moyen de nos six sens sans passer par la conceptualisation. Le plus souvent, ce seront des sankhāra paramattha dhammas, des phénomènes appartenant à la réalité ultime conditionnée : le flux perpétuellement changeant des phénomènes physiques et mentaux. Nibbāna est également un paramattha dhamma, mais bien sûr, il n’est pas conditionné.
La respiration est un bon exemple de processus conditionné. Les sensations que vous expérimentez au niveau de l’abdomen, sont la réalité ultime conditionnée, les sankhāra paramattha dhammas, qui sont causés par l’intention de respirer. Lorsqu’il concentre son attention sur l’abdomen, le méditant cherche à pénétrer la qualité, la nature réelle de ce qui se passe à cet endroit du corps. Si vous percevez des mouvements, des tensions, de la dureté, de la chaleur ou du froid, vous commencez à développer les vipassanā jhānas.
L’attention au contact sensoriel suit le même principe. S’il y a effort diligent et attention pénétrante, l’esprit focalisé sur ce qui se passe au moment d’un contact sensoriel, comprend la véritable nature de ce processus. Les activités sensorielles seront comprises à la fois dans leurs caractéristiques individuelles et dans leurs caractéristiques communes.
Si nous nous référons à la classification en quatre niveaux des jhānas, le premier comprend cinq facteurs que nous allons décrire maintenant. Ils sont tous importants dans la pratique de vipassanā.


Les Cinq Facteurs Jhāniques

Le premier facteur est appelé vitakka : c’est le fait de viser l’objet et d’y appliquer l’esprit avec précision. Le faire avec fermeté, de façon à ce qu’il ne puisse pas s’échapper, est un autre aspect de ce premier facteur jhānique.
Le deuxième facteur est vicāra (prononcez « vichara »), que l’on traduit généralement par « investigation » ou « réflexion ». Vitakka a amené l’esprit sur l’objet et l’y a établi fermement. Vicāra prend le relais et va y frotter l’esprit. Vous pouvez expérimenter cela par vous-même lorsque vous observez les mouvements de soulèvement et d'abaissement. On commence par faire l’ effort de diriger l’esprit de façon très précise vers le processus de soulèvement. L'esprit atteint la cible, il ne glisse pas superficiellement à la surface de l’objet mais y adhère et s’y frotte.
Vous maintenez cette attention intuitive et précise de façon ininterrompue ; l’esprit se purifie petit à petit. Les empêchements, comme le désir, l’aversion, la paresse, l’agitation et le doute, s’affaiblissent et lorsqu’ils auront disparu, l’esprit devient calme et limpide comme du cristal. Cette lucidité est due à la présence des deux facteurs jhāniques dont nous venons de parler. On l’appelle viveka, ce qui veut dire « réclusion ». La conscience s’est retirée loin des empêchements. Viveka n’est pas un facteur jhānique ; ce n’est qu’un terme qui désigne cet état de réclusion de la conscience.
Le troisième facteur jhānique, c’est pīti, la joie, un intérêt enthousiaste pour ce qui se passe. Ce facteur peut se reconnaître à certaines manifestations physiques, comme la chair de poule, l’impression d’être subitement entraîné vers le bas, comme si on était dans un ascenseur ou au contraire , d’être soulevé du sol.
Le quatrième facteur jhānique est sukha, le bonheur ou le confort. Il suit de très près le troisième. Le méditant est très satisfait de sa pratique. Ces troisième et quatrième facteurs jhāniques sont apparus du fait que l’esprit s’est éloigné des empêchements ; c’est la raison pour laquelle on les appelle vivekaja pīti sukha, ce qui veut dire « joie, ravissement et bonheur nés de la réclusion ».
Il faut voir cette séquence comme un enchaînement de causes et d’effets. La réclusion de l’esprit se produit étant donné la présence des deux premiers facteurs jhāniques. En effet, si la conscience est appliquée de façon précise à l’objet, qu’elle l’atteint et s’y frotte, elle va progressivement s’isoler. Etant à l’abri des empêchements, elle expérimente la joie, le bonheur et le confort.
Lorsque les quatre premiers facteurs jhāniques sont présents, l’esprit va automatiquement se calmer, se pacifie ; il devient capable de se concentrer sur ce qui se passe sans s’éparpiller ni se disperser. Cette fixité de l’esprit est le cinquième facteur jhānique, samādhi ou concentration.


Pour Accéder au Premier Jhāna de Vipassanā, il faut qu’il y ait Réalisation de l’Esprit et de la Matière

La présence de ces cinq facteurs ne suffit pas pour faire surgir le premier jhāna de vipassanā. Il faudra pour cela que l’esprit pénètre plus profondément dans le Dhamma et voie le lien qui unit l’esprit et la matière. Si tel est le cas, on peut dire que l’accès au premier jhāna de vipassanā s’est produit. Le yogi qui dispose de ces cinq facteurs jhāniques expérimente une nouvelle qualité d’attention, plus précise et qui adhère mieux à l’objet. Il peut ressentir une joie, un bonheur et un confort intenses au niveau du corps également. Tout cela va peut-être l’amener à se vautrer dans les merveilles de la pratique. « Oh ! Formidable ! Je suis arrivé à être vraiment précis et subtil ! J’ai même l’impression de flotter ! » Vous aurez sans doute compris qu’il s’agit là d’attachement.


L’Arrêt intérieur

Tout le monde peut se retrouver un jour ou l’autre prisonnier de cette joie, de ce bonheur et de ce confort. L’attachement à ce qui se passe à l’intérieur de soi à ce moment-là, est la manifestation d’un type particulier de désir, qui ne porte par sur les plaisirs mondains ordinaires. Il qui procède directement de la pratique elle-même. Si le méditant n’est pas capable de le voir au moment où il se manifeste, sa méditation sera perturbée. Au lieu de noter immédiatement ces phénomènes agréables, il s’y complaît sans y être attentif: il pense aux joies futures que lui réserve la pratique. Nous comprenons maintenant la mystérieuse recommandation du Bouddha : cet attachement aux résultats agréables de la méditation est précisément ce qu’il appelle l’arrêt intérieur.

J’espère avoir réussi à expliquer ce très court sutta qui nous demande d’éviter à la fois le vagabondage extérieur et l’arrêt intérieur. Mais il y a cependant plus à dire si nous voulons comprendre en profondeur.


La Triple Réclusion

Le sutta recommande d’éviter certaines choses lorsqu’on pratique la méditation, à commencer par le contact avec les plaisirs sensuels, kāma et avec les dhammas négatifs. C’est précisément la pratique de la triple réclusion qui va permettre d’y arriver: kāya viveka, la réclusion du corps, citta viveka, la réclusion de l’esprit et vikkhambhana viveka, celle qui résulte des deux premières, un état caractérisé par le fait que les empêchements et les impuretés sont faibles et maintenus à distance.
Kāya viveka ne concerne pas le corps physique lui-même mais plutôt le « corps » des objets susceptibles de faire surgir le plaisir sensuel. C’est l’isolement par rapport à l’ensemble des objets sensoriels: sons, formes visuelles, odeurs, goûts et impressions tactiles.
La réclusion par rapport aux dhammas négatifs appartient à citta viveka : l’esprit se met à l’abri des empêchements qui obstruent le développement de la concentration et de la sagesse. Concrètement, il s’agit donc tout simplement d’être attentif de façon ininterrompue. On dit du méditant qui a réussi à maintenir la continuité de l’attention, qu’il a activé citta viveka.
Les deux premiers types de viveka ne sont réalisables que par l’effort. Pour kāya viveka, il faudra renoncer aux environnements qui favorisent les plaisirs sensuels et pratiquer dans un endroit propice à la paix mentale. Mais il va de soi que ce premier isolement ne suffit pas. Il faudra poursuivre avec citta viveka et être attentif à tous les contacts susceptibles de se manifester aux six portes sensorielles.
Etre attentif, c’est diriger délibérément l’esprit vers l’objet ; cet effort est capital car il permet de cadrer, d’appliquer la pensée à l’objet de façon très précise, ce qui constitue justement le premier facteur jhānique, vitakka.
Il faudra donc viser correctement. Vous essayez tant bien que mal, d’observer le soulèvement et l’abaissement de l’abdomen ; vous progressez, l’esprit atteint l’objet et arrive petit à petit à voir clairement des sensations de dureté, de tension, de mouvement. Il commence à adhérer à ces mouvements et à s’y frotter. C’est vicāra, comme nous l’avons expliqué. Après un certain temps, il va s’y fixer et s’y absorber. S’il est maintenu sur les mouvements de soulèvement et d'abaissement de l'abdomen, les pensées vont se raréfier ; il se peut même que par moment, il n’y en ait plus aucune. De toute évidence, l’esprit est alors libre des objets sensuels désirables, de même que des kilesas qu’ils introduisent. On peut dire que kāya viveka et citta viveka ont été réalisés. Si la pratique se poursuit de façon continue, que l’effort est maintenu sans interruption, les kilesas vont s’estomper à l’horizon. Vous détenez alors la troisième et dernière forme de réclusion, vikkhambhana viveka.


Un Type Particulier de Joie

Vikkhambhana viveka va adoucir et affiner l’esprit qui va devenir, lucide, alerte, habile et souple. Une forme particulière de bonheur va se manifester : c’est nekkhama sukha, le bonheur et le confort d’un esprit libre des objets sensuels et des kilesas négatives qui réagissent à ces objets. Au lieu d’un plaisir ordinaire et très palpable, c’est le confort libérateur qui apparaît. N’est-il pas étrange qu’en abandonnant le bien-être sensoriel, on en obtienne un autre, celui de se sentir libre par rapport à ces sens qu’on vient d’abandonner ? C’est cela le véritable renoncement aux plaisirs sensuels.
La réclusion de l’esprit par rapport aux dhammas négatifs est en réalité une réclusion de l'esprit par rapport à toutes les kilesas. Elles n’ont aucune chance de se manifester car leur cause immédiate, les plaisirs sensuels, ont été abandonnés. Le mot jhāna qui d’ordinaire, signifie « état d’absorption », prend ainsi une signification supplémentaire. Les facteurs jhāniques de vitakka, l’application de l’esprit et de vicāra, le frottement, provoquent l’abandon des plaisirs sensuels et la mise à distance des kilesas. En plus de l’absorption, les jhānas amènent donc également la disparition des kilesas. Il les font disparaître en fumée.


Le Lien entre Vitakka et Vicāra

Vitakka et vicāra, application précise de l’esprit et frottement à l’objet, sont deux facteurs très importants dans le développement des états jhāniques. Il est souvent question dans les écritures du lien très étroit qui les unit. En voici deux illustrations.
Imaginez qu’il y a là un bol en cuivre sale et terni. D’une main, vous le tenez et de l’autre vous le frottez avec un chiffon enduit de crème à polir. Si vous travaillez consciencieusement, soigneusement et de façon constante, il va très vite redevenir brillant.
De la même façon, le yogi devra maintenir son esprit là où l’objet primaire se manifeste, c'est-à-dire l’abdomen. A chaque instant il fait surgir l’attention à cet endroit précis, l’y frotte jusqu’au moment où la saleté et la pollution des kilesas auront disparus. Le méditant sera alors en mesure de pénétrer la véritable nature de ce qui se passe à ce point précis. Il comprendra le processus de soulèvement et d’abaissement. Si d’autres phénomènes deviennent prédominants et supplantent l’objet primaire, il devra bien sûr les noter en leur appliquant vitakka et vicāra également.
Le fait de tenir le pot dans la main c’est vitakka, l’action de polir c’est vicāra. Imaginez ce qui se passerait si le yogi se contentait de serrer le bol dans la main sans le polir ; il resterait aussi sale qu’avant. Et s’il essayait de le polir sans le tenir fermement, ce ne serait pas beaucoup plus efficace. Cet exemple illustre l’interdépendance de ces deux facteurs.
Un autre exemple est celui du compas, l’instrument que l’on utilise en géométrie. Comme vous le savez, un compas a deux bras : le premier est pointu et l’autre est pourvu d’une mine. La pointe aiguë du compas c’est l’esprit, il faut le placer fermement sur l’objet de méditation ; il faudra ensuite le faire tourner de façon à ce qu’il puisse se faire une idée générale très claire de l’objet. Le résultat c’est un cercle parfait.
Le fait de fixer la pointe sur l’objet, c’est vitakka ; la rotation, c’est vicāra.


La Connaissance Intuitive Directe

On traduit parfois vicāra par « investigation » ou « pensée soutenue ». Mais cette traduction est très déroutante. En Occident, on forme les gens au raisonnement logique dès leur jeune âge, on leur apprend à toujours rechercher le comment et le pourquoi des choses. Cette façon d’investiguer est malheureusement inappropriée en méditation. L’apprentissage intellectuel n’est qu’un moyen parmi d’autres d’acquérir la connaissance. On peut y arriver de façon intuitive, immédiate. Dans vipassanā, observe directement la réalité ultime, les paramatthas dhammas. Il faut les expérimenter directement, sans faire de détour par la pensée. C’est la seule façon d’atteindre la sagesse et la vision pénétrante de la réalité telle qu’elle est vraiment, de l’état naturel des choses. Le raisonnement intellectuel peut beaucoup nous apprendre sur la réalité ultime, mais sans l’expérience directe de la réalité, il est impossible d’acquérir la sagesse même si on a lu énormément.
Les jhānas de samatha amènent la tranquillité mais sont incapables de faire surgir la sagesse, parce que dans ce type de méditation, l’observation porte sur des concepts ; on n’observe pas ce qui peut s’expérimenter directement sans passer par la pensée. Vipassanā jhāna par contre, mène à la sagesse car ici le méditant maintient un contact direct et soutenu avec la réalité ultime.
Imaginez qu’il y a en face de vous une pomme dont on vous a dit qu’elle était très juteuse, sucrée, délicieuse. Votre regard tombe sur ce fruit et vous vous dites, « Mince! Cette pomme a vraiment l’air très juteuse. Je suis sûr qu’elle est délicieuse ». Vous pouvez penser ou imaginer tout ce que vous voulez, tant que vous n’aurez pas mordu dans le fruit, vous n’en connaîtrez pas vraiment le goût. C’est pareil en méditation. Vous pouvez vous faire une idée très claire de certaines choses mais tant que vous n’aurez pas fait l’effort de pratiquer, on ne peut pas dire que vous les avez vraiment expérimentées. Si vous procédez correctement, vous allez réaliser par vous-même. Il ne sera plus question de conjectures à propos du goût de cette pomme.

Source : Dans cette même vie



Jhana les 4 stades : d'après le Samannaphala Sutta

Jhana premier stade

C’est ainsi, grand roi, que le moine considère ces cinq obstacles tant qu’il ne s’en est pas libéré en lui-même, à savoir comme une dette, comme une maladie, comme un lieu de détention, comme un esclavage, comme un chemin à travers la jungle. Et le moine, grand roi, quand il s’en est libéré en lui-même, considère ces cinq obstacles comme l’acquittement d’une dette, comme la guérison, comme la fin d’une détention, comme la mise en liberté, comme un territoire paisible.
Quand il considère ces cinq obstacles dont il s’est libéré en lui-même, la joie naît en lui, de la joie naît l’allégresse ; quand son esprit est allègre, son corps se calme ; quand son corps est calmé, il ressent le bonheur ; quand il est heureux, sa pensée s’absorbe. Se dissociant des désirs, se dissociant des choses mauvaises, il accède et demeure au premier stade de la méditation, né de la dissociation, comportant raisonnement et réflexion décisive, bonheur avec allégresse. Il inonde, inonde complètement, remplit complètement, comble son corps de ce bonheur avec allégresse né de la dissociation, il n’est aucun point de son corps qui ne soit touché par le bonheur avec allégresse né de la dissociation. »


Jhana deuxième stade

« Ensuite, grand roi, ayant mis fin au raisonnement et à la réflexion décisive, le moine accède et demeure au second stade de la méditation, lequel, apaisement à l’intérieur et condensation de la pensée, exclut raisonnement et réflexion décisive et qui, né de l’absorption, consiste en bonheur avec allégresse. Il inonde alors, inonde complètement, remplit complètement, comble son corps de ce bonheur avec allégresse né de l’absorption, il n’est aucun point de son corps qui ne soit touché par le bonheur avec allégresse né de la dissociation. »
« C’est comme si, grand roi, il y avait un étang où l’eau jaillirait sans qu’il y eût une arrivée d’eau dans la direction de l’est, sans qu’il y eût une arrivée d’eau dans la direction du sud, sans qu’il y eût une arrivée d’eau dans la direction de l’ouest, sans qu’il y eût une arrivée d’eau dans la direction du nord, ou sans qu’il tombât de temps en temps une pluie notable. Le courant d’eau froide jaillissant de cet étang l’inonderait complètement, le remplirait complètement, le comblerait et il n’est aucun point de cet étang qui ne serait touché par l’eau froide : tout de même, grand roi, le moine inonde, inonde complètement, remplit complètement, comble son corps de ce bonheur avec allégresse né de la concentration, il n’est aucun point de son corps qui ne soit touché par le bonheur avec allégresse né de la dissociation. »
« C’est bien là, grand roi, un fruit visible de l’état de religieux, plus beau et plus sublime encore que les précédents fruits visibles de l’état de religieux. »
source : http://www.dhammapiti.org/article-3447986.html


jhana Troisième stade:

« Ensuite, grand roi, se détournant de l’allégresse, le moine vit indifférent, conscient et compréhensif, il ressent dans son corps le bonheur, en sorte que les Nobles l’appellent l’indifférent, le conscient, celui qui vit bien ; il accède ainsi et demeure au troisième stade de la méditation. Il inonde alors, inonde complètement, remplit complètement, comble son corps de ce bonheur sans allégresse, il n’est aucun point de son corps qui ne soit touché par le bonheur sans allégresse. »
« C’est comme si, grand roi, il y avait dans un étang des lotus bleus, des lotus rouges, des lotus blancs, et si certains de ces lotus bleus, de ces lotus rouges, de ces lotus blancs nés dans l’eau, ayant crû dans l’eau, ne sortaient pas de l’eau, mais prospéraient dans l’eau où ils étaient plongés, si des pointes aux racines ils étaient inondés d’eau froide, inondés complètement, remplis complètement, comblés et qu’il n’est aucun de ces lotus bleus, de ces lotus rouges, de ces lotus blancs, qui ne fût touché par l’eau froide : tout de même, grand roi, le moine inonde, inonde complètement, remplit complètement, comble son corps de ce bonheur sans allégresse, il n’est aucun point de son corps qui ne soit touché par le bonheur sans allégresse. »
« C’est bien là, grand roi, un fruit visible de l’état de religieux, plus beau et plus sublime encore que les précédents fruits visibles de l’état de religieux. »
source : http://www.dhammapiti.org/article-3457232.html


jhana Quatrième stade



« Ensuite, grand roi, quand il s’est défait du bonheur et s’est défait de la souffrance, quand ont été abolis le bien-être et le mal-être antérieurs, qu’il y a absence de souffrance, absence de bonheur, pureté totale par l’indifférence et la conscience de soi, le moine accède et demeure au quatrième stade de la méditation. Il est assis là, imprégnant son corps d’une pensée toute pure, toute nettoyé, il n’est aucun point de son corps qui ne soit touché par cette pensée toute pure, toute nettoyée. »
« C’est comme si, grand roi, quelqu’un était assis avec un vêtement nettoyé le couvrant jusqu’à la tête, en sorte qu’aucun point de son corps ne fût à l’abri du contact avec le vêtement nettoyé : tout de même, grand roi, le moine est assis, imprégnant son corps d’une pensée toute pure, toute nettoyé, il n’est aucun point de son corps qui ne soit touché par cette pensée toute pure, toute nettoyée. »
« C’est bien là, grand roi, un fruit visible de l’état de religieux, plus beau et plus sublime encore que les précédents fruits visibles de l’état de religieux. »
source : dhammapiti


1 commentaire:

Anonyme a dit…

c'est ulra complexe tout ca