dimanche 2 mars 2008

La mort selon le Bouddhisme Théravada





L’approche de la mort dans le bouddhisme par le Vénérable Parawahera CHANDARATANA -Conférence du 02 mai 1999 à Nice


Vérité conventionnelle et vérité ultime

Selon l’enseignement de Bouddha nous distinguons deux sortes de morts :

la mort de chaque moment et de chaque instant ;
la mort au sens conventionnel.

Nous avons un corps « mortel » qui est constitué de 32 parties périssables. Nous nous y attachons fortement, et nous faisons beaucoup d’efforts pour protéger et pour maintenir ce corps. Pourtant, hélas, nous ne pouvons pas affirmer que ce corps est une entité permanente. En effet ce corps n’est pas du tout le même à l’âge de seize ans et trente ans plus tard.

Conventionnellement on dit « moi, toi, vous » ou bien « ces enfants sont à moi, ces richesses sont à moi ». Or tout cela n’est qu’une illusion.

Un exemple pour comprendre la nature de cette illusion: dans le langage parlé on dit « le Soleil se lève, le Soleil se couche ». En vérité le Soleil ne se lève et ne se couche jamais, c’est la Terre qui tourne. Néanmoins ce que nous disons au quotidien n’est pas un mensonge, c’est une vérité conventionnelle. Cependant il existe des vérités ultimes.

Pour la perception conventionnelle il y a « moi », « toi » et les objets autour de nous auxquels nous attribuons une valeur. Pour le physicien ce sont simplement des unités atomiques. Exactement de la même manière nous nous attachons à ce corps dans notre ignorance. Si nous faisions connaissance de la vraie nature de ce corps, nous ne nous y attacherions plus.

(...)

Bouddha nous a parlé dans son premier sermon à Bénarès de cinq agrégats de l’attachement. S’il y a quelque chose que nous pouvons appeler « entités » ce sont ces cinq agrégats d’attachements. Leur énergie est en mouvement continuel après la mort. C’est cette continuité que nous appelons samsara. Il est comme une chaîne –nous ne pouvons pas dire où est l’origine et où est la fin. Aussi la mort n’est-elle pas une chose importante pour un vrai bouddhiste. Après la mort selon l’enseignement bouddhiste nous allons renaître dans d’autres liens – c’est notre kamma.

Mourir en dignité

Si quelqu’un est mort dans un accident ou dans une situation violente, il va certainement renaître dans une situation malheureuse, comme le dernier état d’esprit qu’il devait éprouver était trouble, haine et colère. Mais nous ne pouvons pas dire vraiment où il va renaître, notre connaissance étant insuffisante.

Malheureusement nous ne pouvons pas tous mourir avec dignité, dans une situation merveilleuse, paisiblement entourés de consolants. La plupart des personnes qui meurent souffrent beaucoup et sont dans des conditions insupportables. Même si l’on meurt cette fois paisiblement, ce ne sera pas toujours comme ça à la fin de chaque vie de la même personne. Il y a combien de personnes qui meurent dans les guerres, dans les bagarres, ou attaques terroristes, dans les catastrophes naturelles, tremblements de terre, sècheresses, inondations, incendies, accidents d’avion, dans des forêts, dans la mer, partout... Dans certains pays il y a des enfants qui meurent par suite de maladies contagieuses, manque de nourriture ou de médicaments.

Ce monde terrestre ne peut pas assurer les conditions dignes des êtres ni pour leur vie, ni pour leur mort. Ce n’est pas la gloire de la création que tous ces phénomènes nous montrent, mais plutôt la misère du samsara.

Il est tout à fait incorrect de penser que les malheurs arrivent seulement aux autres. Quelqu’un qui vit dans le bonheur est tenté de penser que le malheur est aux autres – l’attitude générale étant de penser que le ’moi’ est une entité éternelle. Aussi les jeunes ne pensent-ils pas à la vieillesse. Quelqu’un qui se réjouit de la bonne santé, peut penser que la maladie n’arrive qu’aux autres. Les riches pensent fréquemment que la pauvreté est le problème des pauvres. Les gens qui ont eu la beauté sont tentés de penser que la laideur appartient seulement aux autres.

Dans l’enseignement de Bouddha l’existence dans les cycles de renaissance est comparée à un long voyage: tous se mêlent et tout peut arriver à toutes les personnes. Tout comme lors d’un voyage, il y a des moments heureux et il y a beaucoup de malheurs aussi. Chaque personne peut avoir divers malheurs dans diverses renaissances parce que c’est un voyage tellement vaste.

Dans un texte Bouddha nous a dit : « nos vies antérieures sont aussi nombreuses que les grains de sable du Gange à partir de la source jusqu’au delta. C’est inimaginable, c’est incommensurable. Il serait impossible de trouver un être qui, pendant ces vies innombrables, n’a pas été une fois notre mère, notre père, notre frère ou notre sœur. »

A un autre endroit Bouddha dit : « les larmes que vous avez versées pendant votre cycle de samsara représenteraient la quantité d’eau de quatre océans. Ce sont les larmes que vous avez versées pour la mort de vos mères, pères, fils, etc. tout au long de vos cycles de naissance. »

Si l’on fait l’analyse de la mort, il n’est pas suffisant de parler de la signification conventionnelle du mot. Au cours de nos recherches nous découvrons que la mort n’est pas un évènement unique à la fin de la vie ou à la fin de chaque vie.

Si je regarde les photos de mon enfance, je peux constater moi-même que l’enfant qui joue sur les photos n’existe plus. En effet je ne peux pas dire que je sois identique à lui, bien que je ne puisse pas dire le contraire non plus. C’est exactement le cas après la mort aussi. La personne qui renaît n’est ni la même ni une autre. C’est pour cela que l’enseignement bouddhique dit: nous mourons chaque moment et chaque instant, notre corps disparaît et apparaît beaucoup de fois dans un clin d’œil. Mais comme ce phénomène est très fin, nous ne nous en rendons pas compte.

On ne note que l’événement triste, quand un jour notre corps s’arrête de fonctionner. Les gens en deuil qui nous entourent constateront: « il est mort » ou « elle est morte ». C’est leur parole. La fin de cette vie n’est pas là. Ce n’est que la fin d’une seule vie. Cependant les fonctions des cinq agrégats d’attachement ne s’arrêtent point. Les fonctions continuent sans cesse. C’est justement la continuation qui donne l’importance aux derniers moments d’une vie. Il convient de se préparer à une transition digne par la méditation pratiquée à chaque moment et à chaque instant.

Chez nous dans les pays du bouddhisme theravada, on invite des moines au chevet des mourants. Les moines récitent les qualités de Bouddha, pour que la personne puisse avoir des pensées salutaires à ce moment important.


La perte

Une fois développé la vie autour des cinq agrégats d’attachement on s’exprime de la façon suivante: « c’est moi », « c’est à moi ». Or ce n’est que mana (orgueil). Les autres dans la société, eux aussi se considèrent « moi ». C’est la société qui nous fait accepter cette notion illusoire.

La perte de ce « moi » illusoire est considérée comme un moment de perte, de chagrin et de tristesse.

Dans un de ses textes Bouddha nous dit: « il y a des milliers d’années, au temps de Bouddha Dopankara j’ai été l’ascète Sumedho qui a déclaré alors son intention de devenir Bouddha. »

On ne peut même pas s’imaginer combien de vies Bouddha a passé depuis lors avant de comprendre l’ultime vérité. Combien de fois a-t-il fait face à la mort au sens conventionnel? Et il n’a rien perdu avec ces morts – au contraire, il a eu l’occasion de développer la perception parfaite. C’est dans ses vies passées qu’il a accompli cela. Exactement de la même manière nous ne perdons rien avec la mort au sens conventionnel –nous allons renaître ailleurs.

Pour beaucoup de personnes la mort peut apporter un changement positif: il vont renaître à une meilleure place que maintenant. Tout de même nous avons peur. Quelles sont les raisons de cette peur?


Peur du moment de la mort

Pour éprouver éventuellement une sensation pénible.

Nous avons une doute : comment est la situation après la mort ?

Les personnes qui faisaient du mal aux autres, c’est juste qu’elles aient peur La séparation des personnes que nous aimons est inévitable. On doit laisser tomber les biens matériels qu’on a accumulés (richesse, héritage, etc.). Nos proches (enfants, conjoint, parents) auront beaucoup de problèmes à cause de notre mort.
Finalement une ou deux raisons sont assez pour qu’une personne ne veuille pas mourir.

Imaginez-vous maintenant, combien de fois vous avez joué les rôles des personnes mourant dans vos vies passées. Bouddha nous dit qu’avant d’avoir atteint l’illumination, il avait occupé toutes les positions sociales possibles, il avait eu toutes les richesses possibles, il avait tout obtenu dans ses vies passées puisqu’il est (re)né dans tous les mondes existants sauf dans dans l’état des non-retournants.

Nous aussi, nous avons eu beaucoup d’occasions d’avoir des expériences différentes lors de nos renaissances innombrables. Si vous êtes riche actuellement, ce n’est pas la peine d’être jaloux – dans vos vies antérieures vous avez déjà eu cette même richesse.

Les huit conditions matérielles du monde sont communes à tous. Mais où sont vos vies passées? Les guerres que vous avez gagnées comme roi, les pays que vous avez conquis – où sont-ils ? Toutes ces choses ne vous appartiennent plus. Pourquoi ? La réponse est simple : rien ne vous appartient dans cet univers. Bouddha a précisé plusieurs fois dans les sutta: il n’y a rien qui puisse nous appartenir. En quittant nos rôles, nos positions, nos biens matériels nous ne les perdons pas puisqu’ils ne nous appartenaient pas.

(...)

De toutes façons nous ne pouvons pas éviter la mort. L’heure de la mort arrive, nous sommes obligés de partir. Dans le Dhammapada, Bouddha déclare : « ni dans l’air, ni dans les profondeurs de l’océan, ni dans les hauteurs des rochers, nulle part dans le monde entier il n’existe aucune place où l’homme puisse trouver un abri contre la mort. »

(...)

Méditation

Bouddha nous a enseigné dans plusieurs sutta qu’il faut réfléchir à chaque moment et à chaque instant sur l’impermanence de notre existence.

« Cinq choses ont été bien enseignées par le Bienheureux, par Celui qui connaît et voit, par le Purifié, le parfaitement éclairé Lui-même. Elle porte sur les sujets du recueillement par les femmes et les hommes, les moines et les maîtres de maison. Quelles sont ces cinq choses?

1. De part ma nature je suis sujet au déclin. Je ne peux éviter le déclin. Cela doit être sans cesse contemplé.

2. De part ma nature je suis sujet à la maladie. Je ne peux éviter la maladie. Cela doit être sans cesse contemplé.

3. De part ma nature je suis sujet à la mort. Je ne peux éviter la mort. Cela doit être sans cesse contemplé.

4. Tout ce qui m’est cher et délicieux, changera et disparaîtra. Cela doit être sans cesse contemplé.

5. Je suis le détenteur de mon kamma, l’héritier de mon kamma, naissant de mon kamma, lié à mon kamma, je demeure supporté par mon kamma. Quelque soit le kamma que je fasse, bon ou mauvais, j’en serai l’héritier. Cela doit être sans cesse contemplé. »

Source : CBI


  • Lire également sur ce blog : l'approche de la mort dans le Bouddhisme par Trinh Dinh Hy ICI
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1 commentaire:

Anonyme a dit…

Ce dossier m'évoque une réflexion de l'abbé Maurice Zundel ( tiré du livre à l'écoute du silence ). Ca donne à peu près ceci : Ce qui est important ce n'est pas de savoir ce qu'il y a après la mort, mais de savoir si nous serons vivant avant.
Bonne continuation à ce blog, ainsi qu'à son auteur.