samedi 16 février 2008

Utiliser une partie des enseignements du Bouddha pour apporter une justice sociale sur terre







Chan Khong est une nonne bouddhiste vietnamienne qui œuvre au changement social.
Elle travaille depuis plus de 30 ans avec Thich Nhat Hanh.

Elle s'est livrée à Martine Batchelor (Rencontre avec des femmes remarquables) voici un court extrait de son témoignage :



(...) Le travail social a toujours fait partie de ma vie. Au départ, je ne savais rien du Dharma, bien que je sois née dans une famille généreuse qui aimait aider les pauvres.

Quand j’étais jeune, je voulais apprendre quelque chose qui me permettrait d’aider les nécessiteux à grande échelle. Je décidais de faire des études classiques.

Je pensais que je pourrais utiliser le savoir occidental pour améliorer la justice sociale (...) mais je ne savais pas vers quoi me tourner. Petit à petit, je commençais à étudier le bouddhisme, et je fus impressionnée par les enseignements du Bouddha.

Je voulais utiliser ces enseignements pour instaurer une justice sociale, mais les moines bouddhistes que je rencontrai à l’époque n’étaient pas d’accord avec moi.

Ils disaient que je devais d’abord m’éveiller. Je ne pourrais aider les autres qu’en étant éveillé.

Beaucoup de moines étaient si conservateurs qu’ils pensaient qu’être une femme était un obstacle, et ils me dirent que je devais pratiquer pour renaître en homme. Puis, après plusieurs vies je pourrais devenir Bouddha.

J’estimais que je n’avais pas besoin de devenir un homme, je n’avais pas besoin de devenir bouddha, j’avais simplement besoin d’utiliser une partie des enseignements du Bouddha pour apporter une justice sociale sur terre.(..)

Je décidai que je pouvais m’éveiller en étant travailleuse sociale. Je n’avais pas besoin de devenir un homme et de vivre de nombreuses vies pour être bouddha. En aidant les pauvres gens et en allégeant leur souffrance, lentement, ils feraient partie de mon chemin spirituel.



Source : "Rencontre avec des Femmes remarquables" de Martine Batchelor (collection SULLY).
Pour info : j'ai également publié cet extrait sur Karuna

  • Lire d'autres témoignages, extraits de ce livre, sur ce blog : ICI


vendredi 15 février 2008

Méditation guidée sur la Compassion (Karuna) et l'Amour Bienveillant (Metta)






Pensez à vous-mêmes. Vous vous souvenez peut-être de quelques-unes de vos difficultés, quelques-uns des conditionnements douloureux que vous avez intensément perçus (...)
A cause d'eux, vous avez peut-être eu du mal à rester stable. Et ils vous causent peut-être encore des difficultés, une certaine confusion, des doutes, de l'aversion envers vous-mêmes ou envers les autres.

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à votre égard, suivie par le souhait de l'Amour Bienveillant, le souhait de trouver la paix de l'esprit.

Faites que je puisse lâcher-prise, abandonner la colère, la peur, l'inquiétude et l'ignorance. Puissé-je aussi avoir la Patience, la Sagesse et la détermination pour affronter et surmonter les difficultés, les problèmes et les défis de la vie. Faites que je puisse trouver la Paix de l'esprit.



Maintenant imaginez, en face de vous, vos Parents ou un certain membre de votre famille.
Essayez de comprendre quelques-unes des difficultés qu'ils ont pu rencontrer ou qu'ils connaissent encore. Peut-être la confusion, le manque de sérénité, la peur de vieillir

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à l'égard de vos parents ou de ce membre de votre famille, suivie par le souhait de l'Amour Bienveillant, le souhait qu'ils trouvent la paix de l'esprit.

Puissent-ils apprendre à lâcher-prise, à abandonner la colère, la peur, l'inquiétude et l'ignorance. Puissent-ils toujours se sentir bien. Puissent-ils aussi avoir la patience, la sagesse et la détermination d'affronter et de surmonter les difficultés, les problèmes et les défis de la vie. Puissent-ils trouver la Paix de l'esprit.


Maintenant, pensez à d'autres méditants, (..) souvenez-vous peut-être de leurs visages. Ces méditants qui ont fait tout ce qu'ils ont pu, comme vous, pour être attentifs au moment présent. Essayez de vous identifier à quelques-unes de leurs difficultés.

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à l'égard de ces méditants, suivie par le souhait de l'Amour Bienveillant, le souhait qu'ils trouvent la Paix de l'esprit.

Puissent les autres méditants apprendre à lâcher-prise, à abandonner la colère, la peur l'inquiétude et l'ignorance. Puissent-ils toujours se sentir bien. Puissent-ils aussi avoir la Patience, la Sagesse et la détermination d'affronter et de surmonter les difficultés, les problèmes et les défis de la vie. Puissent les autres méditants trouver la Paix de l'esprit.



Continuez à élargir votre vision et vos pensées à tous les gens de l'île (votre région) ceux qui ne sont pas encore libérés des problèmes, qui sont encore sous le pouvoir de leur conditionnement négatif, qui se trompent encore.

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à leur égard, suivie par le souhait de l'Amour Bienveillant, le souhait qu'ils trouvent la paix de l'esprit.

Puissent tous les habitants de l'île (ma région) apprendre à lâcher-prise, à abandonner la colère, la peur l'inquiétude et l'ignorance. Puissent-ils toujours se sentir bien. Puissent-ils avoir la Patience, la Sagesse et la détermination d'affronter et de surmonter les difficultés,les problèmes et les défis de la vie. Puissent tous les habitants de cette île (remplacer île par le nom de votre région) trouver la Paix de l'esprit.



Étendez à présent votre vision et vos pensées à tous les habitants de Thaïlande, (remplacer thailande par votre pays ou le pays où vous vous trouvez en ce moment), jeunes, vieux, hommes, femmes, riches ou enfants, se levant, vivant leur vie de chaque jour, allant se coucher, et tous désirant être heureux et ne pas souffrir, mais se trouvant encore prisonniers de leurs problèmes.

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à leur égard, suivie par le souhait de l'Amour Bienveillant, le souhait qu'ils trouvent la paix de l'esprit.

Puissent tous les habitants de Thaïlande (remplacer par le nom de votre pays ou celui où vous vous trouvez) apprendre à lâcher-prise, à abandonner la colère, la peur l'inquiétude et l'ignorance. Puissent-ils toujours se sentir bien. Puissent-ils avoir la Patience, la Sagesse et la détermination d'affronter et de surmonter les difficultés,les problèmes et les défis de la vie. Puissent tous les habitants de cette île (remplacer par le nom de votre pays) trouver la Paix de l'esprit.

(...)


Continuez à élargir votre vision et vos pensées à plusieurs pays du Monde qui sont en guerre, Un pays où sévit la famine, où l'on se bat, où l'on tue, on mutile et on détruit. Parce qu'on agresse d'autres gens ou parce qu'on est agressé.
Essayez de ressentir la douleur de ces gens, des agresseurs et des victimes. Chaque jour ils se réveillent dans la douleur, la peur, la ruine et le désarroi.

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à leur égard, suivie par le souhait de l'Amour Bienveillant, le souhait qu'ils trouvent la paix de l'esprit.

Puissent ceux qui dans le monde vivent dans des pays déchirés par la guerre être libérés du désir ou du besoin de se battre. Puissent- ils voir que nous sommes tous parents par la naissance, la vieillesse et la mort. Puissent-ils un jour lâcher-prise, abandonner la haine, la peur, l'inquiétude et l'ignorance. Puissent-ils toujours se sentir bien. Puissent-ils aussi avoir la patience, la sagesse et la détermination d'affronter et de surmonter les difficultés, les problèmes et les défis de la vie. Puissent-ils trouver la paix de l'esprit.



Continuez à élargir votre vision ou vos pensées jusqu'à ce qu'elles incluent le monde entier.
Essayez d'imaginer devant vous une partie de l'immense multitude des êtres vivants. Des gens de toutes races, de tous âges. Des animaux, des insectes, petits et grands, vivant sur la terre, dans la mer et dans les airs. Naissant, vivant. La plupart se battant pour survivre. Certains opprimés et tués par les autres. Tous voulant vivre et ne pas souffrir.

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à l'égard de tous ces êtres vivants.
Essayez de briser quelques-unes des barrières que nous avons créées entre eux et nous.
Puis faites le vœu de l'Amour Bienveillant, le vœu que tous les êtres soient libérés de Dukkha (souffrance) et trouvent la paix de l'esprit.

Puissent tous les êtres vivants êtres capables de lâcher-prise, d'bandonner la colère, la peur l'inquiétude et l'ignorance. Puissent-ils toujours se sentir bien. Puissent-ils aussi avoir la Patience, la Sagesse et la détermination d'affronter et de surmonter les difficultés,les problèmes et les défis de la vie. Puissent tous les êtres vivants trouver la Paix de l'esprit.


Source : J'ai "scanné" quelques Extraits du livre de Rosemary et Steve Weissman : "Compréhension-Compassion- Méditation Vipassana: l'enseignement de dix journées de retraite"
Remarque : Les mots (en bleu et entre parenthèse, ne sont pas dans le texte original)


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jeudi 14 février 2008

Citta : Coeur/esprit







Maechee Pathomwan est une nonne responsable de toute une province en Thaïlande. Elle est nonne depuis 38 ans et enseigne la "méditation vipassana" depuis de nombreuses années.

Elle se livre à Martine Batchelor dans "Rencontre avec des femmes remarquables"


Remarque : certains sous titres ne sont pas dans le texte original.



Transformation

Tout au long de ma vie, ma personnalité n'a cessé d'évoluer, de se transformer même. Dans ma jeunesse j'étais très coléreuse. Dans ces moments de colère, j 'étais grossière et violente.


Faire réellement l'expérience des choses qui naissent et disparaissent

Avec la pratique, je devins plus pondérée. C'est la chose la plus importante qui me soit arrivée: développer la capacité de voir la colère monter et disparaître en toute lucidité, en comprenant ses causes, et être capable de s'en accommoder sans être obligée de la projeter vers l'extérieur.

Je crois que l'attention, la conscience et la compréhension avisée sont très importantes dans ma vie quotidienne.

(...) je constatais qu'en pratiquant avec attention, je faisais réellement l'expérience des choses qui naissent et disparaissent. Cela continue à nourrir ma foi dans le bouddhisme et dans cette manière de vivre.

Me rendre compte des bienfaits de ma pratique accroît et ancre ma foi dans le bouddhisme. En un sens, ma foi est constante, dans un autre, elle croît sans cesse (...)

(...)

Citta : Coeur/esprit

Quand on a acquis une base solide, on peut maintenir sa vigilance un long moment et commencer à observer directement citta (le coeur/esprit)


Observer les réactions et les sentiments qui émergent de notre esprit

On peut regarder les réactions et les sentiments qui émergent.
À quoi ressemblent-ils ? Que ressent-on à un moment précis de la méditation ? On essaie d'être conscient du moindre sentiment.

Citta est le centre des perceptions et de la conscience sensorielles. On doit chercher à comprendre comment les organes des sens contactent le coeur. Le coeur est le siège la conscience sensorielle donc celui des illusions. C'est là que naîssent le désir et l'avidité. Il faut
rester vigilant pour comprendre chaque sentiment quand il émerge. (...)


Quand on a compris que l'on est dans l'illusion mais qu'il existe un centre où la perception, la conscience, les sentiments et la volonté apparaissent, on peut pratiquer pour s'en dégager

Une fois que l'on a compris ce processus et que le désir existe, on ne s'y attache plus et il disparaît.

En pratiquant ainsi, on peut constater l'apparition et la disparition des choses et laisser ce mouvement se faire. On comprend que la racine de l'attachement et de la transformation est liée à la colère, à l'avidité, au désir et à la haine. Un désir émerge, nous contacte, et à travers cette conscience, on peut s'en dégager.

On peut diminuer le procéssus réel de l'attachement quand on progresse dans cette technique(...)

(..) Quand les choses apparaissent, on les regarde (observe) jusqu'à ce qu'on comprenne comment elles sont arrivées, puis on les fait disparaître. Alors on comprend les quatre Noble Vérité (...)


Source: "Rencontre avec des femmes remarquables - Vivre la spiritualité Bouddhique au quotidien" de Martine Batchelor (Collection SULLY)


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Paroles d'Ajahn Chah





Regarder en vous-même pour voir vos erreurs


Vouloir seulement faire des offrandes, faire des mérites sans développer la vertu est comme construire une belle maison sans avoir préparé le terrain (au préalable). Il ne faudra pas attendre longtemps pour voir la maison s’effondrer.

C’est comme si vous vouliez teindre une pièce de vêtement sans la laver au préalable.

La plupart des gens agissent ainsi. Sans regarder le vêtement, ils le plongent droit dans la teinture. Si le vêtement est sale, le teindre risque de le rendre pire qu’avant. Pensez bien à ceci. Teindre un vieux haillon le rendra-t- il beau ?

Les gens sont ainsi. Ils veulent faire de bonnes actions, mais ils ne veulent pas se défaire de leurs mauvaises habitudes, leurs actions néfastes. Ils n’ont pas encore compris que c’est seulement lorsque l’esprit est libéré des impuretés qu’il peut être en paix.

Vous devez vous regarder vous-même et voir les erreurs dans vos actions, vos paroles et vos pensées. Où allez-vous donc pratiquer si ce n’est dans vos actions, vos paroles et vos pensées ?



Comprendre la vérité profonde de la douleur

Si vous ne comprenez pas la vérité profonde de la douleur et comment vous comporter avec elle, tous les autres facteurs de la Voie seront incorrects – parole et action néfastes, et mauvaise pratique de la concentration.

C’est comme si vous vouliez vous rendre dans un village précis. Vous faites une erreur et prenez une mauvaise route. Mais vous trouvez que la route est belle et en bon état, alors vous continuez de marcher dans la mauvaise direction.

Peu importe que la route soit belle et pratique, elle ne vous mènera pas là où vous vouliez vous rendre.


Source : Texte extrait de "A Tree in a Forest” et traduit de l'anglais par isara




mardi 12 février 2008

Journal d'un moine (suite):La marche méditative






isara nous raconte avec une grande simplicité et une grande honnêteté sa vie de moine, dans un monastère en Thaïlande à Wat Paa. Ci après, quelques extraits de son récit à propos, notamment, de la méditation en marchant ( lien pour lire le début de son récit à la fin du message)


Wat Paa (part 4) : Méditation

Luang Por attache une grande importance à la pratique de la méditation et le Wat Paa Mahanikhai est un centre de méditation réputé dans la province. Pourtant, exceptée la période du carême bouddhique, peu de moines séjournent au wat paa.

Trois fois l’an, le wat organise des séminaires de méditation pour les laïcs, mais force est de constater que l’assemblée est plutôt âgée et composée à quatre-vingt dix pour cent de femmes.

Luang Por peste souvent devant cette désaffection et contre ces monastères où les moines se contentent des offices chantés et délaissent la pratique de la méditation.

A mon arrivée, il m’a longuement interrogé sur les manières de pratiquer qui m’avaient été enseignées précédemment… Je n’avais, à ses dires, pas trop été déformé !

Luang Por pratique la méditation dans la tradition Kammatthana (tradition de la forêt), dans la lignée de Ajahn Mun.

Il aime varier les méthodes de méditation : méditation assise, méditation debout, méditation marchée. La méditation doit être un exercice de vigilance, et non une routine où l’esprit se laisse aller à l’engourdissement.

Il pratique la méditation assise selon l’Anapanasati en focalisant son attention sur le contact de l’air au niveau des narines.

Pour Jongrom= la méditation marchée; il se concentre sur le mantra « Bhud-do ».

Luang Por marche d’un pas plus rapide que le mien.
Il me recommande de marcher sur une courte distance afin d’avoir l’occasion de faire de nombreux demi-tour. Chaque demi-tour est une occasion de renforcer la concentration :

Il faut s’arrêter d’abord, revenir pieds joints, prendre une longue respiration et voir où est l’esprit : est-il dans la pleine conscience de la marche ou est-il en train de vagabonder ? Ramener l’esprit dans le corps ; avec le regard intérieur, procéder à un scan depuis le sommet de la tête jusqu’aux orteils en passant par la face avant du corps. Remonter de la plante des pieds jusqu’aux crâne en suivant l’arrière des jambes, des cuisses, les fesses, la colonne vertébrale et la nuque.

Ensuite, il faut être conscient de son intention de faire demi-tour ; cela ne doit pas être une action faite par habitude… Le demi-tour doit se faire en quatre temps : faire pivoter le pied droit d’un huitième de tour en gardant le talon au sol,« BUD… ». Amener le pied gauche près du pied droit, « DHO… »… Un huitième de tour à droite, « BUD… », le pied gauche rejoint le pied droit, « DHO.. ». Le pied droit pivote d’un huitième, « BUD… ». Le gauche suit, « DHO… ».Recommencer une quatrième fois, « BHU… », voilà le demi-tour exécuté, « DHO… ».

Là, pieds joints, refaire un nouveau scan du corps, de la tête vers la plante des pieds et retour. Respirer longuement, être conscient de sa volonté de marcher, répéter trois fois « intention de marcher… ».

Enfin lever le talon du pied droit pour amorcer le premier pas. Et surtout, savoir s’arrêter et revenir en position pieds joints, à chaque fois que l’on surprend l’esprit en train de batifoler.

En position debout, il médite sur les trente-deux parties du corps que nous nous remémorons deux fois par jour, à la fin de l’office.

C’est un exercice qui demande une longue expérience et Luang Por dit qu’il peut être aussi efficace de porter son attention sur les éléments externes du corps (cheveux, poils,dents, ongles des mains, des pieds et la peau). Savoir contempler ces éléments du corps humain, voir leur caractère éphémère, comment ils changent et vieillissent. Voir comment ils peuvent devenir sales et puants si on ne les lavent pas.

C’est le premier enseignement que tout nouveau moine reçoit le jour de son ordination, juste après avoir revêtu pour la première fois la robe de moine (...)

Autre méthode : la contemplation du squelette, voir son squelette depuis le sommet du crâne jusqu’au bout des orteils. Ou encore, percevoir les éléments air-terre-eau-feu qui constituent notre corps.

La méditation debout est un exercice qui permet de voir de l’intérieur le corps et les sensations du corps. Il faut procéder comme le fait un scanner depuis le sommet du crâne jusqu’au bout des orteils, aller et retour ; voir avec les yeux de l’intérieur le corps et toutes ses composantes.

Cependant, j’ai toujours la crainte de me laisser aller à la torpeur et de basculer en avant pour chuter lourdement, tête en avant. Ce risque est d’autant plus grand si tôt le matin.

C’est, je crois, les seuls enseignements sur la pratique que Luang Por m’ait donné.

Depuis, il se contente de répondre à mes interrogations lorsque nous nous retrouvons, la nuit tombée dans son kuti pour boire un chocolat chaud. « Tu as bien fait de ne pas apporter tes livres avec toi car on y apprend pas grand-chose », m'a-t-il dit un jour.

La marche méditative m’apporte dès que je la pratique un calme très grand, propice à la concentration. Je marche de façon lente, décomposant mon pas en six fractions (soulever le talon,lever le pied, avancer le pied, l’incliner vers le sol, toucher le sol avec les orteils, reposer le pied) et marquant une pose entre chacune des fractions.

L’amplitude du pas est très faible : le talon vient se poser tout près du gros orteil du pied qui est au sol. Le mouvement est si lent que je suis souvent à la limite de la perte d’équilibre (une manière de forcer la vigilance à rester aiguisée).

Luang Por, qui décompose le mouvement de son pas en deux fractions, au rythme du mantra « bud – dho », a une marche plus rapide, aussi nous séparons nous pour méditer en marchant.

Le temps ne compte plus lorsque je pratique la méditation marchée ; Luang Por le sait, aussi frappe-t-il légèrement sur un gong pour m’indiquer qu’il est temps de revenir s’asseoir pour la poursuite de la méditation. En effet, nos périodes de méditation se termine toujours par une période d’assise d’au moins vingt minutes.

Lorsque je médite seul dans mon kuti, je peux prendre un coussin afin d’avoir une position plus stable et moins douloureuse pour les articulations. Cela ne m’est pas possible lorsque je médite en compagnie de Luang Por. (...)

Quand nous méditons dans la sala, Luang Por a deux tapis de prière disposés l’un sur l’autre. Cela signifie donc que je doive n’en contenter d’un seul (et pas de coussin, bien sûr !).

Devoir s’asseoir ainsi ne se limite pas aux seuls moments de méditation formelle : cérémonies diverses dans les monastères environnants, temps passé à recevoir les visiteurs, cérémonies de crémation, veillées funéraires, invitations à venir manger dans les maisons et temps consacré à la prise du repas quotidien… Autant de temps passé assis par terre, jambes croisées.

Certains jours, les douleurs aux genoux frisent le supplice ; et pas seulement pour mes articulations de « farang » (occidental), les moines thaïs, plus aguerris, eux aussi se plaignent souvent.

J’essaie de suivre les instructions reçues et me sert de cette douleur récurrente que je ressens dans le genoux droit comme d’un objet sur lequel porter mon attention afin d’affiner ma concentration. Cela marche un moment, je parviens à observer la douleur, voir sa nature changeante, impermanente. Je regarde la douleur de l’intérieur, je la vois bouger, se modifier… s’estomper même.

Puis, patatras, elle s’avive à nouveau… alors, plus question d’observer quoi que ce soit. Je n’aspire qu’à une chose : fuir cette douleur, bouger la jambe pour que cesse cette douleur ! Qu’importe la méditation : échapper à cette douleur, un point c’est tout !

J’en ai connu de ces jours où la douleur faisait naître en moi ce désir de fuite, puis la colère d’avoir à endurer cette souffrance et le doute quant à l’utilité de tout cela. Ces jours ne sont pas terminés : il m’arrive de douter que je pourrai un jour dépasser tout cela.


Source : Blog d'isara : Journal d'un moine : Wat Paa (part 1 à 4 ) ICI



  • Lire tous les messages sur la Marche méditative : ICI


Exaltation de soi-même et dénigrement des autres

Mara ( illustration Thaï)


Mara




Remarques préalables: Cet enseignement, extrait du livre "Dans cette vie même" est tiré du chapitre 3 de ce livre : "Les dix armées de mara" et plus particulièrement de la "Dixième armée de mara" qui est: l'Exaltation de soi-même et dénigrement des autres.

Les
Dix armées de Mara sont les forces des Kilesas ( c'est à dire les impuretés en pali)
En pali
Mara veut dire tueur. Il personnifie la puissance qui tue la vertu et la vie.
Ses armées sont entrainées pour attaquer les méditants. Elles ont essayé de vaincre le Bouddha la nuit même de son illumination.

  • L'histoire de Mara est notamment relatée dans le Padhana Sutta : L'effort
  • ( Lire sutta en entier à la fin de ce message)
Extraits :

"......Les passions sensuelles sont ta première armée.
Ta seconde s'appelle Mécontentement.
Ta troisième, c'est la Faim et la Soif.
Ta quatrième s'appelle Envie insatiable.
En cinquième viennent Paresse et Engourdissement.
La sixième s'appelle Terreur.
Ta septième est Incertitude.
L'Hypocrisie et l'Obstination, ta huiitème.
Gains, Offrandes, Gloire, et Statut
obtenus à tort,
et quiconque se louangerait soi-même
et déprécierait les autres......"


Mara et son armée


Les 10 armées de Mara ou les 10 Kilesas :
(On notera que certains
kilesas font également partie des 5 empêchements à la méditation )

  • 1 le plaisir sensuel
  • 2 Le mécontentement
  • 3 La faim et la soif
  • 4 Le désir (fait parti des 5 empêchements )
  • 5 La paresse ou la Torpeur (fait parti des 5 empêchements)
  • 6 La peur
  • 7 Le doute (fait parti des 5 empêchements)
  • 8 La Vanité et l'ingratitude
  • 9 Gains, louange, honneur, réputation non méritée
  • 10 Exaltation de soi-même et dénigrement des autres


Un enseignement de Sayadaw U Pandita :

La Dixième armée de Mara : Exaltation de soi-même et dénigrement des autres

(...)

L'exaltation de soi-même attaque souvent lorsque certains succès ont été remportés dans la pratique: On a par exemple le sentiment d'avoir une moralité parfaite (...)

Nous sommes alors victime de la dixième armée de Mara. Cette dixième armée est peut-être la plus mortelle de toutes (...)


L'essence de la Vie sainte


La vie sainte comporte trois sections : sila, samadhi et panna


Il est possible de se réjouir de sa propre pureté sans pour autant dénigrer les autres ou se glorifier soi-même. (...)

La vie sainte comporte trois sections : sîla, samâdhi et pannâ, ce qui inclut la réalisation du chemin et du fruit, c’est-à-dire l’expérience de nibbâna.(...)


Il y a également les pouvoirs psychiques au nombre desquels la vision pénétrante de la véritable nature de la réalité par la sagesse vipassanâ.

Et il y a par ailleurs le gain, le respect et la notoriété qui résultent éventuellement de la pratique.


la personne qui se satisfait du gain et de la notoriété

Un bûcheron se rend dans la forêt car il a besoin de sève pour un travail important. Il tombe sur ce beau grand arbre, lui coupe toutes les branches pour les ramener chez lui. Une fois dans son atelier, il constate que ces branches et ces feuilles ne lui sont d’aucune utilité pour son travail ; c’est la personne qui se satisfait du gain et de la notoriété.

La personne qui se contente d’avoir une moralité très pure

Un second bûcheron décolle soigneusement la fine écorce extérieure ; c’est le yogi qui se contente d’avoir une moralité très pure mais qui ne fait aucun effort pour développer son esprit.

Exaltation de soi-même et dénigrement des autres

Vient un troisième yogi, un peu plus intelligent, qui réalise que la moralité n’est pas le but du chemin. Il faut penser à développer l’esprit. Ce yogi va alors se choisir une forme de méditation et travailler intensivement. Lorsqu’il aura atteint la fixité de l’esprit, il se sentira fort. Son esprit sera calme et heureux, il expérimentera la joie et le ravissement. Il est même possible qu’il maîtrise les jhânas ou absorptions méditatives dans une profonde concentration.

Il se met alors à réfléchir : « Mon Dieu, comme je me sens bien ! Mais cette personne là, à côté de moi, est tout aussi agitée qu’au début ! » Ce yogi a l’impression d’avoir atteint l’essence de vipassanâ et de la vie sainte alors qu’en réalité, il est tout simplement victime de la dixième armée de Mâra (exaltation de soi-même et dénigrement des autres).
C’est le bûcheron qui se contente de l’écorce intérieure de l’arbre sans avoir atteint le noyau.

les pouvoirs psychiques

Un autre yogi, plus ambitieux, est décidé à développer les pouvoirs psychiques, il les atteint et est submergé d’orgueil. En plus, il s’amuse beaucoup avec ses nouveaux pouvoirs. Il pourrait alors penser : « Oh c’est une expérience très avancée, ce doit être l’essence du Dhamma.
Ce n’est pas pour tout le monde ! Cette dame, là, ne peut certainement pas voir ce qui est juste devant son nez, les devas et les êtres infernaux ». Si ce yogi ne se libère pas de la dixième armée de Mâra, il finira intoxiqué, incapable de développer les états mentaux positifs ; sa vie sera marquée par une grande souffrance.


Les pouvoirs psychiques ne libèrent pas vraiment.

A notre époque, les gens sont facilement subjugués par les pouvoirs paranormaux. Le fait d’exhiber ces pouvoirs psychiques, même très modestement, provoque pour on ne sait quelle raison, une explosion de foi chez les gens.

C’était déjà le cas du temps de Bouddha:

Il y a même eu un laïc qui s’est un jour approché du Bouddha pour lui suggérer de s’attirer des élèves en faisant étalage de ses pouvoirs psychiques ; le Bouddha devait, selon lui, mettre en évidence ceux parmi ses disciples qui détenaient les pouvoirs psychiques et leur demander de faire des miracles en public. « Les gens seront très impressionnés, dit-il, et vous aurez beaucoup de dévots. »

Le Bouddha refusa. Par trois fois, l’homme réitéra sa demande et trois fois elle fut refusée.

Finalement le Bouddha dit :

"Homme laïc, il y a trois sortes de pouvoirs psychiques. Le premier consiste à voler dans les airs, plonger dans la terre et faire toutes sortes d’autres performances paranormales. Le second consiste à lire les pensées d’autrui. "

Vous pouvez dire à quelqu’un : « Oh, tel ou tel jour, vous pensiez ceci, vous êtes sorti pour faire cela… » Les gens peuvent être très impressionnés par ce genre de choses.


Mais il y a une troisième sorte de pouvoir psychique : c’est le pouvoir d’instruire

Ce pouvoir vous permet par exemple de dire à quelqu’un : « Vous avez telle ou telle attitude et ce n’est pas bien, c’est négatif, c’est nuisible, cela ne conduit pas au bonheur ni à celui des autres, vous devriez abandonner ce comportement et adopter telle ou telle pratique pour cultiver les bonnes actions. Ensuite, vous devriez méditer en suivant les instructions que je vais vous donner.» Ce dernier pouvoir, celui de guider les autres sur le juste chemin est le pouvoir psychique le plus important.

« Oh ! Laïc, ces deux premiers pouvoirs n’entameront pas la confiance de ceux qui ont foi en vipassanâ, mais s’ils sont exhibés devant les gens qui n’ont pas cette foi, ils pourraient les amener à se poser certaines questions : ‘ Eh bien ! Qu’a-t-elle de particulier, cette méditation ? On peut obtenir ces pouvoirs par les mantras et autres méthodes ésotériques de certaines sectes ou systèmes religieux que je connais ‘. Ces gens là manqueront mon enseignement. »


Le troisième pouvoir psychique est le meilleur , c'est le pouvoir d’enseigner les autres.


« Oh ! Laïc, quelqu’un qui est capable de dire ‘ceci est mal, ne le fais pas, tu dois cultiver le bien par la parole et par l’action. Voilà comment on débarrasse l’esprit des kilesas. Voilà comment il faut méditer. Ceci est le moyen d’atteindre la paix de nibbâna qui libère de toute souffrance ‘. Ceci, oh ! Laïc, est le pouvoir psychique le plus intéressant."

Mais allez-y, essayez d’atteindre les pouvoirs psychiques si cela vous intéresse. Ce n’est pas essentiel mais cela ne contredit pas la pratique de vipassanâ. Personne ne vous en empêchera et le succès dans ce domaine n’est certainement pas quelque chose dont on puisse se moquer.

L’essentiel, c’est de ne pas croire que les pouvoirs psychiques sont l’essence de l’enseignement.

Celui qui atteint les pouvoirs psychiques et qui croirait avoir atteint la fin du chemin spirituel, se trompe lourdement. Ces gens cherchent le noyau du bois mais se satisfont de la couche extérieure ; rentrés chez eux, ils constatent qu’ils ne peuvent rien en faire.

Donc, lorsque vous aurez atteint les pouvoirs psychiques, s’il vous plaît, poursuivez votre pratique et franchissez successivement toutes les étapes de connaissance vipassanâ, les différentes consciences du chemin et du fruit, jusqu’au moment où vous aurez réalisé l’état d’arhat.

Lorsque l’attention et la concentration seront bien établies, la sagesse vipassanâ va pénétrer les différents niveaux de compréhension de la nature des choses. On peut dire qu’il s’agit là d’un autre type de pouvoir psychique mais ce n’est pas encore la fin du chemin.

Il se peut que vous atteigniez finalement le chemin sotapatti, la noble conscience de celui qui est entré dans le courant. C’est le premier stade d’illumination. Cette première expérience de nibbâna, la conscience du chemin, déracine certaines kilesas de façon définitive.

En poursuivant votre pratique, vous arriverez peut-être à la conscience du fruit. Lorsque cette conscience du fruit se manifeste, l’esprit demeure dans la paix de nibbâna. On dit que cette libération n’est pas limitée dans le temps, une fois que vous aurez fait l’effort de l’atteindre, vous pourrez y retourner à n’importe quel moment.

Il faut cependant comprendre que ces premiers succès ne sont pas le but final.

Ce que nous propose Bouddha, c’est l’atteinte de l’illumination parfaite, la libération définitive qui anéantit à tout jamais toute forme de souffrance.

Le Bouddha se servit donc de l’image du tronc d’arbre et en guise de conclusion, il dit :

« Le bénéfice de mon enseignement ne se limite pas au gain, au respect ou à la renommée, le bénéfice de mon enseignement ne se limite pas à la pureté du comportement, il ne se limite pas à l’atteinte des jhânas, il ne se limite pas à l’atteinte des pouvoirs psychiques ; l’essence de mon enseignement, c’est la libération complète des kilesas et la capacité de réaliser cet état à n’importe quel moment ».

J’espère que vous pourrez accumuler suffisamment d’énergie, de force et de courage pour faire face aux dix armées de Mara, pour les vaincre toutes avec une compassion sans merci, de façon à pouvoir franchir successivement toutes les étapes de connaissance vipassanâ.

Puissiez-vous atteindre dans cette vie même la noble conscience de celui qui est entré dans le courant et arriver finalement à vous libérer totalement et de façon définitive de toute souffrance.


Source : Extrait  de : Dans cette même vie de Sayadaw U Pandita (Editions ADYAR)



Autre illustration de Mara




A moi --
résolu dans l'effort
près du fleuve Nerañjara,
faisant un grand effort,
faisant jhana
pour accéder au repos du joug --

Namuci vint,
prononçant des mots de compassion:
"Vous êtes couleur cendre, maigre.
La mort est en
votre présence.
La mort
a 1,000 parts de vous.
Seule une part
est votre vie.
Vivez, mon bon monsieur!
La vie vaut mieux.
Vivant,
vous pourrez accomplir
des actes de mérite.
Que vous viviez la vie sainte,
accomplissant le sacrifice du feu,
vous vaudra tant de mérites.
Quel besoin avez-vous de vous efforcer?
Difficile à suivre
-- la voie de l'effort --
difficile à faire, difficile
à soutenir."

En prononçant ces vers,
Mara se tenait en présence de l'Eveillé.
Et c'est à Mara, parlant ainsi,
que le Béni du Ciel dit ce qui suit:

"Parent de l'inattentif,
Mauvais,
venu ici pour n'importe quel besoin:
Je n'ai pas, en fait de mérites,
le moindre des besoins.
Ceux qui ont besoin de mérites:
c'est à eux que
Mara devrait s'adresser.

En moi, il y a conviction,
austérité,
persistance,
discernement.
Pourquoi, alors que je suis si résolu
m'enjoins-tu
de vivre?
Ce vent pourrait assécher
même les rivières.
Pourquoi, alors que je suis si résolu
mon sang ne devrait-il pas s'assécher?
A meusre que s'assèche mon sang
ma bile et mon flegme.
A mesure que disparaissent mes muscles,
l'esprit devient plus clair;
l'attention, le discernement,
la concentration sont
plus fermes.
En demeurant ainsi,
accédant à la sensation ultime,[2]
l'esprit n'a plus d'intérêt
pour les passions sensuelles.
Vois:
d'un être
la pureté!

Les passions sensuelles sont ta première armée.
Ta seconde s'appelle Mécontentement.
Ta troisième, c'est la Faim et la Soif.
Ta quatrième s'appelle Envie insatiable.
En cinquième viennent Paresse et Engourdissement.
La sixième s'appelle Terreur.
Ta septième est Incertitude.
L'Hypocrisie et l'Obstination, ta huiitème.
Gains, Offrandes, Gloire, et Statut
obtenus à tort,
et quiconque se louangerait soi-même
et déprécierait les autres.

Cela, Namuci, est ton armée,
les commandos du Sombre Seigneur.
Un couard ne peut les défaire,
mais qui les vainc
en tire le bonheur.
Est-ce que moi je transporte de l'herbe muñja ?[3]
Je crache sur ma vie.
La mort au combat vaudrait mieux pour moi
que, battu,
de survivre.

Coulant ici, ils n'apparaissent pas,
certains prêtres et contemplatifs.
Ils ne connaissent pas la voie
par laquelle ceux aux bonnes pratiquent
vont.

En voyant sa force sous la bannière
de tous côtés --
ses troupes, Mara
sur sa monture --
Je vais au combat.
Puissent-ils ne pas me faire bouger
de
ma place.
Cette tienne armée,
que le monde et ses devas
ne peuvent surmonter,
Je l'écraserai par le discernement --
comme un pot non cuit avec une pierre.

En rendant ma résolution maîtrisée,
l'attention bien-établie,
J'irai de royaume en royaume,
entraîner de nombreux disciples.
Eux -- attentifs, résolus
faisant ce que je leur demande --
malgré leurs souhaits, iront
où, étant allés,
il n'y a pas de griefs."

Mara:

"Pendant sept ans, j'ai suivi à la trace
les pas du Béni du Ciel,
mais n'ai pu en tirer une ouverture
sur Lui, auto-éveillé
et glorieux.
Une corneille a fait le tour d'une pierre
de la couleur du gras
-- 'Peut-être ai-je trouvé
quelque chose de tendre ici.
Il y a peut-être quelque chose de délicieux' --
mais ne trouvant rien de délicieux là,
la corneille s'en est allée.
Comme la corneille qui attaque le rocher,
je me fatigue avec Gotama."

Comme il était emporté par le chagrin,
son luth tomba de sous son bras.
Alors lui, l'esprit découragé,
aussitôt
disparut.


Les 5 empêchements à la Méditation, par le Vénérable U pandita

C'est uniquement quand on observe l'esprit sans se sentir coupable, sans vouloir le changer qu'on le verra clairement. Il ne faut pas condamner l'avidité, la fierté, la colère... mais apprendre à travers elles.
(Stance : isarablog)




Remarques : Les cinq empêchements ou obstacles à la méditation ont déjà évoqué à plusieurs reprises sur ce blog. Nous sommes amenés à les rencontrer régulièrement durant la Méditation, c'est donc très important de savoir les reconnaître.

Ci après un enseignement du Vénérable U Pandita.
(Cet enseignement a été traduit de l'anglais pas vipassanasangha)




Lorsque l'on médite des obstacles apparaissent. Ce sont des empêchements ou nivarana en pali. Ils sont au nombre de cinq.

Le Bouddha compare ces empêchements à l'état de l'eau. Quelqu'un veut voir son visage se refléter à la surface de l'eau et il constate que l'eau est altérée et qu'il lui est impossible de reconnaître son propre visage.


Le premier empêchement est le désir pour le plaisir des sens : kamacchanda


Le bouddha dit : « L'homme regarde son image à la surface de l'eau comme dans un miroir, dans une eau dont on a changé la couleur, à laquelle on a ajouté de la couleur ».

L'homme n'est pas capable de reconnaître son propre visage car l'eau a été altérée par la couleur.

Un esprit qui essaie de trouver le calme n'y parvient pas car il y a dans cet esprit le désir pour toutes sortes d'expériences sensorielles : des sons harmonieux, des odeurs agréables, des pensées intéressantes. Toutes sortes de choses délicieuses provenant de nos six sens qui provoquent tout naturellement l'apparition du désir.

Des choses dont nous nous souvenons peuvent aussi susciter la recherche de plaisirs. Cela ne concerne pas seulement ce que nous touchons, ce que nous sentons, ce que nous goûtons dans le moment présent mais aussi tout ce que nous avons déjà vécu. Tout ce dont nous nous souvenons peut aussi susciter le désir sensoriel.

  • En savoir plus sur le désir : ( notamment durant une retraite de méditation) lire: Les obstacles durant la méditation - Part 1: Le désir (dhamma talk de Rosemary et Steve Weissman): ICI

Le deuxième empêchement est l'aversion, la haine : vyapada

C'est la méchanceté, la malveillance, la colère, l'agressivité, la haine.

Ce deuxième empêchement est un empêchement assez puissant. C'est l'homme qui cherche à voir son image dans le miroir et trouve de l'eau en ébullition. Il ne peut reconnaître son visage.

En effet, quand la colère est dans l'esprit, il est difficile de trouver le calme et de se décontracter. Ce peut-être des choses qui nous reviennent, qui n'ont rien à voir avec notre expérience immédiate.

Nous pouvons nous énerver pour des choses qui se sont passées il y a bien longtemps.

Nous trouvons notre coussin trop dur, trop bas, nous trouvons toutes sortes de bonnes raisons de nous fâcher.

Ces problèmes nous arrachent chaque fois à notre concentration et nous ne parvenons pas à méditer.

En fait c'est en nous que se trouve ce potentiel latent de colère, de désir, de peur, de besoin de contrôle. Ces émotions sont provoquées par des contacts, par nos relations, par ce qui se passe dans notre vie sociale. Nous avons tendance à dire : « c'est à cause de lui, c'est à cause d'elle » tout en niant qu'en nous-mêmes il y a de la peur, de l'insécurité, de la colère, un sentiment d'impuissance.

Le potentiel de nos émotions est en nous et les gens que nous blâmons pour avoir provoqué ces émotions ne sont en fait que des catalyseurs. L'émotion dont nous nous plaignons ou dont nous nous réjouissons est en nous ainsi que notre bien-être et notre malheur.

Cela ne veut pas dire qu’il n'y a pas de mauvaises personnes qui se comportent mal, de manière inacceptable. Mais notre propre résonance vis-à-vis de ce qui se passe dans notre vie est de notre entière responsabilité. Accepter cela est la base de toute démarche spirituelle.

Nous sommes responsables du degré de complicité que nous avons avec notre souffrance et notre bonheur.

  • En savoir plus sur l'aversion et notamment durant une retraite de méditation : Les obstacles durant la méditation - Part 2: L'aversion:(dhamma talk de Rosemary et Steve Weissman): ICI

Le troisième empêchement est la paresse, la somnolence : thina-middha

C'est la faiblesse de l'esprit qui vacille, qui est visqueux, submergé, incapable de suivre précisément l'objet de méditation.

L'esprit devient apathique et ne parvient plus à garder la posture du corps droite et ferme. Les paupières deviennent lourdes, la tête tombe vers l'avant, le dos se courbe.

Nous avons tendance à penser « je suis fatigué, je vais aller me reposer et ensuite je pourrai mieux me concentrer ».

En fait c'est une invitation à la paresse et à la somnolence.

Pour surmonter cet empêchement, nous devons essayer de retrouver notre énergie et nous concentrer à nouveau très fermement.


Le quatrième empêchement est l’agitation et les remords : uddhacca-kukkucca


1er aspect : L'agitation :

C’est une inquiétude, une sorte de nervosité qui se transforme en démangeaisons, en besoin de se gratter, en petites douleurs partout.

Parfois ces petites douleurs ont l'air sérieux, « cela pourrait être le ménisque, il faut bouger ». C'est très convaincant. On fait toute une histoire par rapport à cela, et dès que l'on commence à donner de l'intérêt à ces sensations, cela ne s'arrête plus.

Nous pouvons passer des heures à nous gratter avec des sensations de chatouillement.

Il ne faut pas bouger. C'est vraiment la façon la plus efficace de se débarrasser de ces phénomènes. C'est l'esprit qui se divertit par l'intermédiaire de ces petits maux.

Toutes ces sensations qui piquent, qui démangent sont convaincantes et il est très difficile de ne pas y croire. Nous aurons tendance à vouloir nous en débarrasser en bougeant, mais il est
recommandé de ne pas bouger, de ne pas se gratter.

L'inquiétude nous empêche de trouver le calme mental, elle nous empêche de trouver la clarté, la lucidité de l'esprit. C'est cette lucidité qui est nécessaire pour avoir une compréhension juste.

Le deuxième aspect, ce sont les remords.

C'est la conscience qui se montre, nous sommes perturbés par des remords. Au lieu d'être un problème physique, c'est un problème mental, quelque chose que nous avons fait nous trouble. Nous nous sentons soit coupable soit responsable.

Il est très important de comprendre et de respecter les préceptes, car c'est la moralité qui nous protège contre de tels remords.

Sila, la moralité est liée à la pratique de la méditation. Si nous vivons d'une façon qui provoque des remords cela reviendra pendant que nous méditerons.

Dès que cela remonte, cela nous empêche de nous unifier. C'est pour cette raison qu'une vie morale pure est la base de tout progrès dans la méditation.

Si notre manière de vivre provoque des sentiments de culpabilité, des remords, il sera très difficile de nous concentrer car nous serons troublés.

La colère peut aussi nous troubler.

Nous pouvons faire des gestes, prononcer des mots, avoir des attitudes qui font mal aux autres et à nous-mêmes. Cela peut aller très vite.

Avec les remords cela va un peu moins vite, mais cela nous perturbe quand même.

  • En savoir plus la somnolence et l'agitation : 3 et 4e empêchement (dhamma talk de Rosemary et Steve Weissman) : Les obstacles durant la méditation - Part 3 et 4 : La somnolence et l'agitation : ICI


Le cinquième empêchement est le doute : vicikiccha

C'est comme l'eau trouble, ce n'est pas clair, l'homme ne peut y voir son reflet. Le doute est quelque chose qui parvient avec succès à nous empêcher de nous concentrer.

Le doute n'est pas intellectuel, c'est une émotion. En général nous ne reconnaissons pas le doute comme une émotion. Nous considérons le doute comme quelque chose que nous ne savons pas, mais en fait il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas et qui ne sont pas des doutes. Par exemple je ne sais pas s'il pleuvra demain, et cela ne me travaille pas du tout.

Le dénouement d'une émotion se passe au niveau du coeur et ne peut se passer au niveau du mental. La pensée ne peut nous aider face à une émotion forte. Les émotions ne se calment pas avec les pensées.

Nous pouvons penser vite pour couvrir l'émotion, mais plutôt que de résoudre l'émotion, nous la figeons, nous la recouvrons parce que l'activité mentale est parfois plus convaincante et plus rapide que l'émotion.

Nous arrivons ainsi à détourner l'attention d'une émotion et à nous convaincre que ce que nous pensons est vrai. En fait l'émotion continue et remonte dès que la pensée diminue.

Nous n'arrivons pas vraiment à résoudre ou à dénouer un état émotionnel par la pensée, et le doute en est un très bon exemple. Tout essai pour résoudre le doute par l'intellect est voué à l'échec.

Le doute peut être à propos de soi-même, à propos de la méthode ou de la pratique ou encore en ce qui concerne l'enseignant. Nous nous mettons à douter du moindre aspect de la pratique.

C’est plus qu'un simple doute, cela devient de l'épuisement mental dû à la spéculation, à la confusion.

Lorsque ces empêchements apparaissent, il faut commencer par les identifier, les
reconnaître et c'est l'attention qui permettra de les éradiquer.


En savoir plus sur le doute
: lire aussi sur ce blog :



En savoir plus sur les 5 empêchements ou 5 obstacles:
  • Tous les messages de ce blog sur les 5 empêchements : ICI

lundi 11 février 2008

Prendre soin avec tendresse








Extrait du livre "Etre une île" de Ayya Khema (Chapitre VII : Prendre soin avec tendresse)


Un enseignement magnifique à lire ou à relire avec tendresse et attention.....



Prendre soin avec Tendresse

Avez-vous déjà entendu l’expression « TLC », "tender loving care" en anglais — prendre soin avec tendresse ? Les nouveau-nés ne peuvent pas prospérer sans ce genre d’attention. Les gens ne peuvent pas vivre non plus sans cet ensemble. Les plantes non plus.

Si les bébés et les petits enfants sont privés de tendresse et d’amour, ni la meilleure nourriture ni les meilleurs médicaments ne parviendront à les faire grandir convenablement. Rien ne croît sans « TLC ». Les relations ne se développent pas sans.

Comment la méditation pourrait-elle prospérer sans cela ? Elle ne le peut pas. Rien ne le peut.

C’est en prenant soin avec tendresse qu’à longueur de temps nous devrions utiliser notre esprit, et non pas comme un « éléphant dans un magasin de porcelaine ». Un pachyderme laissé à lui-même crée des ravages parce qu’il casse des choses. Pourquoi saccage-t-il ? Parce qu’il n’a pas conscience et agit instinctivement.


Ne pas Respecter les Préceptes interrompra la méditation

Même dans les plus infimes détails, l’insouciance est un manque de TLC.

Ainsi, ne pas respecter les préceptes dans leurs moindres détails manifeste cette imprévoyance.
Les préceptes ne sont pas arbitraires. Chaque vœu est conçu dans un but bien particulier. Leur but général est de nous éloigner des préoccupations mondaines, de nous tourner vers l’intérieur avec attention et soin.

Chaque précepte que nous ne traitons pas avec amour et tendresse, même dans sa plus petite déviation, interrompra la méditation parce que notre esprit se refuse à obéir ou, par habitude, reste insouciant.

Si l’esprit dévie encore davantage, résiste aux gens et ne manifeste aucun respect ni ouverture envers les autres, la méditation ne peut s’avérer fructueuse.


Prendre soin de son esprit

Il faut prendre soin de notre esprit tout au long de la journée, et être concerné par tout ce qu’il touche. Il établit le contact avec tant de choses. Il adhère à ses propres pensées. Il répond aux interlocuteurs. Il est constamment occupé, la plupart du temps d’une mauvaise manière.

Notre esprit est inattentif à ce qui se passe réellement, inconscient, concerné seulement par son propre confort, et le plus souvent manque de tendresse.

Avec ces blocages pendant la journée, comment pourrions-nous nous attendre à ce qu’il n’ait pas les mêmes blocages le soir ou tôt le matin ? Au nom de quoi devraient-ils disparaître ? Pour quelle raison serait-il possible qu’ils s’évanouissent ?


La méditation ne peut fleurir que si, d’une part, nous utilisons notre esprit de façon juste tout au long de la journée, et si, d’autre part, nous portons aussi le même soin, le même amour et la même tendresse envers la méditation elle-même.

Si nous nous asseyons en décrétant : « Maintenant je vais méditer. C’est ce que je vais faire. Je ne vais pas être dérangé par quoi que ce soit », ça ne peut pas marcher.

Nous devons nous asseoir avec un sentiment d’amour envers tout ce qui est lié à la méditation. Nous devons nous soumettre avec grâce à la situation.

Dans la pratique du zen, avant même de prendre la posture, on salue très respectueusement le coussin sur lequel on va s’asseoir ainsi que la personne en face de soi. C’est un très beau geste, un sentiment au coeur et dans l’esprit, de respect et d’attention envers le coussin et la personne assise à côté ou en face.

Même avant de commencer, il faut extérioriser l’amour et l’attention envers tout ce qui nous entoure, par exemple l’autel, pour tout ce qui tombe dans notre champ de perception, et ensuite, nourrir des pensées d’amour et d’attention vis à vis du souffle.


Un esprit débordant de doutes, de regrets, d’incohérences, de résistances, de soucis, de jugements ne peut pas méditer.

Pourquoi le pourrait-il ? Il ne cesse pas de juger, de s’inquiéter, de résister. Pourquoi s’arrêterait-il ? Pour quelles raisons ? Agité à longueur de journée, au nom de quoi se calmerait-il tout d’un coup ?

Il n’y a qu’une façon de pouvoir se concentrer convenablement — en s’éloignant du profane. La méditation est une activité transcendante. On ne peut pas la pratiquer avec un esprit mondain. Tant que celui-ci occupe la place, l’activité sublime ne peut pas commencer.

Les préoccupations du monde nous sollicitent constamment en nous promettant des choses qui seraient source d’un genre de satisfaction. Chaque fois qu’elles apparaissent dans l’esprit pendant la journée, examinons-les. Est-ce qu’elles nous ont jamais donné quelque satisfaction ? Si la réponse est « non », alors : abandonnons-les !



Chaque chose à laquelle nous nous appliquons journellement, nous devons et pouvons l’accomplir comme une partie de la pratique

en y engageant une attention totale et complète, une attention en un point, sans jugement, sans essayer de décider s’il s’agit d’une chose nécessaire, une chose importante à faire, ou si cela parait trop lourd, trop encombrant, trop ennuyeux, trop long. Rien qu’une attention totale à ce qui se passe, accompagnée, en esprit, de soin, Amour et de tendresse afin d’agir le mieux possible.

Si nous nettoyons pas une chambre avec la meilleure volonté, pourquoi devrions-nous faire de notre mieux quand nous méditons ? Y a-t-il une raison pour que ces deux choses soient différentes ? Faisons de la meilleure façon tout ce que nous entreprenons.

Prenant soin amoureusement de notre ménage, de notre travail quotidien, nous pourrons apporter le même soin et le même amour lorsque nous nous assiérons pour méditer. C’est seulement comme ça que les choses peuvent marcher.

Depuis de nombreuses années l’esprit fonctionne selon ses habitudes. Il faut les reconnaître. Les abandonner. En substituer d’autres. Essayons d’implanter de nouvelles habitudes dans notre esprit. Pensons différemment. Il n’est pas nécessaire d’utiliser nos vieilles manières de penser.

Chaque fois que nos lubies nous utilisent, soyons en conscients

« Tiens, voilà la routine mentale. Elle est superflue ! Il m’est loisible de penser en termes complètement différents, en termes d’amour dépersonnalisé, de service pour les autres, du manque de permanence de tout ce qui apparaît, de souffrance universelle (dukkha). »

N’importe quel enseignement qui nous revient en mémoire, n’importe quelle phrase que nous pouvons nous rappeler est utile. Pensons en ces termes. Cela mettra notre esprit dans une bonne disposition. S’il suit ses vieilles habitudes, pourquoi méditerait-il ? Il ne se calmait pas auparavant, pourquoi serait-il en mesure de méditer maintenant ?

L’amour envers ce que nous exécutons est l’aspect le plus important pour bien le faire. Sans sympathie envers nos actions nous n’avons aucune chance de bien les faire. Au pire, nous rencontrons de la résistance et du rejet, ou, pour le moins, de l’indifférence. Il n’y a pas d’autres possibilités. Soit ce que nous entreprenons nous laisse indifférents, soit nous l’aimons, soit nous le rejetons. Quel est votre choix ?


Notre désir est de bien méditer mais nous n’y parvenons pas, parce qu’il faut laisser tomber tout ce qui encombre encore l’esprit.

Oubliez l’encombrement car tout fonctionne ensemble. Le tout forme une image complète, si vous n’en avez entraperçu que des bribes, ne vous inquiétez pas. L’image deviendra entièrement claire, mais seulement si nous nous occupons de chaque partie avec soin. C’est comme d’assembler un puzzle — sans se soucier de chaque composant, nous n’obtiendrons pas la scène complète. Chaque petite pièce a sa place et il faut chacune les manipuler avec soin.

L’esprit est un instrument très fragile. Rien n’est plus fragile. Vous avez tous fait l’expérience d’états d’esprit stimulants — ou totalement déprimants. Tout le monde l’a faite. Poussé dans ses retranchements l’esprit peut tomber par-dessus bord, d’un côté ou de l’autre. C’est un instrument délicat, et il ne fleurira pas sans soin ni amour ni tendresse.

Pour chacun de nous, la méditation s’apparente à un bébé. Elle n’a pas encore grandi. Elle n’a pas mûri. Il faut traiter les nourrissons avec soin.

Notre esprit en est encore, également, à ses vagissements. Tant que nous n’avons pas eu un aperçu de la libération (Nibbana), notre esprit est un bébé. Il est à manipuler avec beaucoup de soin, prêtant toujours attention à sa fragilité.

N’abusez jamais de lui en vous laissant dominer par la colère, la haine, la résistance, le refus, l’inquiétude ou la peur, l’aversion ou le doute. Faites en sorte qu’il aime chaque aspect de ses relations —avec ce qui est confortable comme avec ce qui est inconfortable. Sans le traiter avec infiniment de soin, il ne grandira pas, or, grandir, murir est le but de la pratique.

La maturité de l’esprit ne dépend aucunement de l’âge, elle dépend seulement de l’entraînement.



L'entraînement ne se limite pas à la méditation

De plus, l’entraînement ne se limite pas à la méditation. Très peu de gens, s’il y en a, méditent vingt-quatre heures par jour, ou même vingt heures, et ne dorment que deux ou trois heures. Peut-être en existe-t-il quelques-uns. L’esprit fait autant partie de la vie quotidienne que de la méditation. Comment peut-on séparer les deux ?

Si nous ne nous engageons pas à fond dans ce que nous entreprenons, nous ne pouvons pas y mettre tout notre cœur. Ne choisissez pas. Une chose choisie et faite avec tout votre cœur, tout en en laissant une autre de côté, provoque un blocage.

Ne choisissez pas les gens que vous désirez aimer. Ne choisissez pas les enseignements dont vous voulez vous souvenir. Ne choisissez pas les préceptes que vous aimeriez observer.

Chaque fois que vous rejetez, refusez ou ignorez un sujet de ces catégories, vous construisez un blocage qui sera un obstacle à votre méditation.

Efforcez-vous de mettre tout votre cœur dans ce que vous faites. Chaque personne doit être aimée, chaque action, chaque événement méritent d’être choyés, chaque précepte d’être pris en considération.

Tant que votre esprit ne se donnera pas à fond, sans opposer de réticence, il résistera à la pratique méditative, et ne s’y engagera qu’à moitié.

Peut-être aime-t-il les vingt premières minutes, et n’aime-t-il pas les quarante ou cinquante minutes qui suivent. Peut-être aime-t-il suivre le souffle pendant un petit moment, mais n’aime pas qu’une pensée surgisse. Et de même si quelqu’un se met à tousser... Quelle utilité peut avoir une telle attitude ?

Il faut nourrir le bébé-esprit et le traiter avec tendresse sinon il ne grandira pas, ne deviendra pas adulte. S’il croît, devient adulte et apprend à se connaître, il prendra habilement soin de lui, et se sentira toujours à l’aise parce qu’il n’aura pas de blocages. Il ne résistera pas. Ce niveau ne veut pas dire qu’il ne sait pas. L’esprit sait mais ne résiste pas.


Observons notre esprit, et traitons-le convenablement

Une pensée sans amour, n’est pas convenable. Seul l’amour — la triade soin, amour et tendresse — lui donnera les capacités nécessaires et la possibilité de transcender cette existence mondaine. Occupons-nous réellement de notre esprit avec l’amour maternel qu’un bébé mérite. Si nous ne pouvons pas appliquer un tel sentiment envers lui, pour qui pourrons-nous l’avoir ?

La méditation, une bonne méditation réussie, est notre stimulant. En fait, il s’agit quasiment d’une sorte de chantage :

« Si je me conduis bien toute la journée, ma concentration du soir sera bonne ». Personne ne peut savoir comment notre esprit se conduit sinon nous mêmes. Faisons en sorte qu’il se conduise bien.


L'esprit est le seul instrument pouvant tout rendre possible

Occupons-nous de lui en sachant qu’il est le seul et l’unique instrument pouvant tout rendre possible. Il permet les désirs les plus bas et les actions les plus viles, mais aussi de transcender tout cela et d’atteindre les niveaux de conscience les plus élevés. Toutefois, souvenons-nous d’être soigneux et attentionnés, et de voir les choses d’une manière juste. Tout ce qui se produit — tout ce que nous générons, tout ce que les autres gens provoquent — fait partie intégrante de la pratique, en conséquence fait partie intégrante de notre méditation.

Si nous prêtons une gentille attention à notre souffle, il sera beaucoup plus facile de l’accompagner. On peut se tenir sur ce que le coeur chérit. On ne trouve aucun intérêt à être avec ce dont on ne se soucie pas. Aimons notre souffle parce que c’est notre sujet de méditation. C’est une raison suffisante pour l’aimer. Aimons notre coussin parce qu’il nous supporte pendant que nous méditons. Aimons les gens qui sont avec nous. Soyons reconnaissants. Voyons si nous pouvons donner le soin, l’amour et la tendresse qui font tout fleurir — depuis les plus petites graines jusqu’aux états de conscience pénétrant les jhanas
(niveaux d’absorptions), bref, tout ce que l’esprit peut toucher.

Source : "Etre une Ile" de Ayya Khema (éditions dharma)


  • Lire d'autres extraits de ce livre : ICI

dimanche 10 février 2008

L'effort Juste

Ayya Khema : Biographie





Amis, qu'est-ce que l'Effort Juste ?
C'est un disciple qui espère, lutte, s'efforce, maîtrise son mental, s'exerce pour combattre l'apparition du Mal et de mauvaises pensées.
Il espère, lutte, s'efforce, maîtrise son mental, s'exerce pour l'apparition de bonnes pensées.
Il espère, lutte, s'efforce, maîtrise son mental, s'exerce pour la stabilité, pour l'absence de confusion, pour la croissance, la plénitude, et la culture du mental, pour la consolidation des bonnes pensées apparues.
Amis, tel est l'Effort juste.




L'extrait ci après est intitulé : Pluie de gouttes emplit un seau ( il s'agit du chapitre IV du livre de Ayya Khema : Etre une île )



L'effort juste est une des étapes du Noble sentier Octuple

L'effort juste est une des étapes du Noble Chemin Octuple, essentiel en toutes circonstances tant dans les entreprises mondaines que dans la pratique spirituelle.

L'effort juste est nécessaire mais ayant quelques difficultés à comprendre ce dont il s'agit, nous commettons beaucoup d'erreurs. La plupart du temps nous péchons par manque d'effort mais comment nous en rendre compte?


Établissons une ligne de conduite

Le soir, au moment du coucher, nous pouvons récapituler les évènements de notre journée et nous poser la question:

« Ai-je vraiment fait un effort aujourd'hui? Suis-je allé jusqu'à ma limite personnelle (quelle qu'elle soit), ou me suis-je arrangé pour en faire le moins possible?»

Nul besoin de s'adresser à une tierce personne, qui d'autre que moi pourrait donner la réponse? Pourquoi en parler aux autres, le constater personnellement suffit.


L'effort juste consiste à s'efforcer de réaliser quelque chose avec toutes nos capacités physiques et mentales

Pour chacun, elles sont différentes et chacun doit savoir quelle est sa limite. Il est loisible d'en juger communément ainsi:

« Ai-je essayé d'aller juste un tout petit peu plus loin qu'hier? Ai-je essayé de me lever cinq minutes plus tôt? De me souvenir de deux mots supplémentaires du texte psalmodié?»


Il ne s'agit pas d'efforts minuscules mais d'efforts justes.

« Suis-je parvenu à rester assis plus longtemps dans la même position? Deux secondes ou cinq minutes de plus? Ai-je essayé de rester concentré un petit peu plus longtemps, d'avoir moins de pensées négatives aujourd'hui? », ne serait-ce qu'une de moins ?


Le chemin est constituée de très petits pas

Il faut beaucoup de gouttes d'eau pour remplir un seau

Le chemin spirituel n'est pas un arc-en-ciel multicolore qui apparaît au moment idoine. La voie est constituée de très petits pas, comme la vie est constituée de très petits incidents.

Normalement, l'existence n'est pas formée de quelques grands évènements qui ne se présentent qu'une, deux, trois, ou quatre fois dans une vie.

Chaque jour est tissé de très petits évènements renouvelés du matin jusqu'au soir, pendant cinquante, soixante, soixante-dix ou quatre-vingts ans. Notre effort devrait être similaire, infime peut-être, mais juste un petit peu plus grand que la veille.

II est certain que, continuant ainsi pendant un certain temps, le seau finira par se remplir.

Un jour nous aurons à fournir le dernier effort, dernier effort qui éliminera totalement l'illusion, l'illusion de l'ego.

Mais, à moins de s'efforcer chaque jour, aussi petites que soient ces tentatives, cela ne se produira pas parce que nous rétrograderons.
Notre intérêt se porte vers les sensations agréables. Nous désirons une vie exquise et confortable, c'est pourquoi l'effort - juste ce petit plus - s'avère inconfortable. En fait, confort et inconfort n'ont pas vraiment d'importance car ils ne produiront rien de notable. Mais si l'on s'en préoccupe notre capacité pour l'effort diminuera.


Nous devons apprendre à ignorer notre confort personnel

Si nous restons incapables d'ignorer un moment notre confort personnel, nous nous retrouverons sans stimulation ni motivation. Et finalement, si nous ne fournissons jamais ce genre d'effort, nous ne saurons plus du tout pourquoi nous agissons, et, nous ne rechercherons qu'une vie douillette.

Dévaler la pente est beaucoup plus facile que de la grimper, quelle que soit la manière! Le corps obéit à la loi de la gravité, l'esprit aussi. Il est tellement plus aisé de se laisser glisser.

Ce petit mouvement supplémentaire de l'esprit au profit d'un sur-effort supplémentaire procure beaucoup de satisfaction. Il devient loisible de récapituler sa journée avec un esprit satisfait.

Il n'est pas conseillé de laisser passer un jour sans recollection.

Comment pourrions-nous apprendre ce qui est important et ce qui ne l'est pas si nous ne passons pas nos actions au crible?

Lors de cette révision nous voyons que le petit effort supplémentaire donne un sentiment de contentement: « J'ai essayé. J'ai essayé et j'ai réussi à vaincre encore une petite résistance. »


Un seul moment est là : le présent. Le futur n'existe pas. C'est une création de notre imagination. 

Lorsque finalement le futur survient, c'est le présent. Rien ne peut être produit dans le futur. Tout ce que nous imaginons concernant le futur ne se passera jamais comme imaginé parce que la personne qui imagine n'est pas celle qui fera l'expérience d'une production future. Donc, se soucier du futur est une perte de temps.


Fouiller le passé est certainement aussi une complète perte de temps

Il est irrémédiablement enfui. Il ne reviendra jamais. Il ne peut pas être ressuscité. Nos souvenirs sont défaillants, c'est pourquoi nous ne pouvons pas nous remémorer avec précision les évènements anciens.

La seule chose utile à savoir à propos du passé est de reconnaître que telle action fut une erreur. Ce serait bien d'être capable de tirer la leçon de cet évènement particulier afin de ne pas répéter la même méprise. Voilà un sujet vivement réglé, nous avons d'ailleurs tout avantage à laisser de côté tout autre aspect du passé.

Ce moment spécifique, présent, est le seul que nous ayons (...)


Source : "Etre une Ile" de Ayya Khema (éditions dharma)


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