lundi 16 juin 2008

Qu'à dit le Bouddha au sujet de l'engagement politique

Ce texte a été écrit par Ashin Metacarra , un moine Birman exilé, pour l'instant, au Sri Lanka.

Le texte intégral en anglais se trouve sur le blog d'Ashin Metacarra, sous le titre : Religion cannot be separated from politics; what did the Buddha say about Political Involvement?

La religion ne peut pas être séparée du Politique. Qu'à dit le Bouddha au sujet de l'engagement politique

J'étais entrain de faire la traduction de ce texte, mais il vient juste d'être traduit par hélène LE pour Bouddhachannel, voici cette traduction:


Permettez moi de discuter avec le lecteur, du Bouddha et de Son point de vue sur la politique.

Etant moine bouddhiste, j’essaierai de vous éclairer sur un mode de vie convenable et la meilleure manière de s’impliquer politiquement, en accord avec l’enseignement du Bouddha. Ces enseignements, loin de ne s’adresser qu’aux bouddhistes, sont aussi destinés aux non bouddhistes. Ils sont pour tous.

La politique des moines : Un moine tenant un bol à l’envers. Un acte de refus de l’aumône provenant des militaires, qui constitue la suprême "offense" pour un bouddhiste.

Que signifie être "bouddhiste" ? La meilleure réponse étant que ceux qui pratiquent et vivent en accord avec les enseignements du Bouddha sont appelés bouddhistes, car la pratique est très appréciée du Bouddha. Ensuite, que sont les enseignements du Bouddha ? La réponse courte et rudimentaire est que nous devons toujours nous efforcer de faire le bien et de pratiquer la bonté, plutôt que de faire le mal et de blesser autrui.

Evidemment, personne ne pourrait jamais conclure que les dirigeants actuels du Myanmar sont bouddhistes. Ils ne se sont attachés qu’à la dénomination, pour s’affilier au Bouddhisme et diriger le pays. Ils "tentent" de devenir bouddhistes sans rien connaître des enseignements du Bouddha. Ces généraux vivent vraiment d’ignorance et de foi aveugle, car les véritables bouddhistes doivent avant tout, être des autodidactes qui continuellement, pratiquent pour atteindre la libération suprême (Nirvana).

La politiques et les affaires politiques sont considérés en Bouddhisme, comme des préoccupations mondaines, oui. Mais le Bouddha n’a pas ignoré ces mondanités, car en Prince aliéné et affranchi de ses préoccupations mondaines antérieures, Il continuait de vivre en société. L’aumône de nourriture vient d’un grand nombre de personnes qui constituent la société. Ainsi, ne devrions nous pas travailler à élever la société jusqu’à ce qu’elle atteigne une forme plus évoluée, pour être plus efficace et plus juste ?

Le Bouddha a également dit aux moines d’œuvrer pour le bien du plus grand nombre, pour le bénéfice de tout être vivant et pour l’évolution de la société. La fondation de la communauté des moines (Sangha en Pali, le Pali étant la langue originelle du Bouddha) était entièrement dédiée au bénéfice du peuple.

Dans la vie de Bouddha, nous constatons que le Bouddha a souvent abordé la politique avec les dirigeants des royaumes de son temps, tels le roi Mala, le roi Kosala, le roi Licchavi ainsi que le roi Ajatasattu. Le Bouddha a toujours prêché auprès des rois, que ces derniers se devaient de diriger leurs royaumes avec le dasarajadhamma.

En Pali, le dasarajadamma est basé sur les dix préceptes, pour que le roi gouverne son pays au mieux. Ces préceptes recommandent :
(1) d’être libéral et d’éviter l’égoïsme,
(2) de maintenir un caractère moral élevé,
(3) d’être préparé à sacrifier son propre plaisir pour le bien-être des sujets,
(4) d’être honnête et de respecter une intégrité absolue,
(5) d’être aimable et doux,
(6) de mener une vie simple pour que les sujets fassent de même,
(7) d’être exempt de toute haine,
(8) de pratiquer la non-violence,
(9) de pratiquer la patience,
(10) de respecter l’opinion publique afin de promouvoir la paix et l’harmonie.

N’importe quel gouvernement ayant le souhait de gouverner une nation pacifiquement, peut mettre en pratique ces 10 préceptes même aujourd’hui ; ils ne se sont pas encore "démodés" et ne passeront jamais "de mode".

Le Bouddha a prêché la non-violence et la paix comme messages universels. Il n’approuvait ni la violence, ni la destruction de la vie. Il a déclaré qu’une guerre "juste" n’existait pas. De ses propres mots, Il a enseigné : "Le vainqueur nourrit la haine ; le vaincu vit dans la misère. Celui qui renonce et à la victoire, et à la défaite est heureux et paisible".

Le Bouddha n’as pas seulement enseigné la non-violence et la paix : il a probablement été le premier et seul enseignant religieux à s’être rendu personnellement sur le champs de bataille afin d’empêcher qu’une guerre n’éclate, en diffusant de la tension entre les Sakyas et les Koliyas qui étaient sur le point de guerroyer au dessus des eaux du fleuve Rohini. Il a également dissuadé le roi Ajatasattu d’attaquer le royaume des Vajjis.

Il a montré que les pays pouvaient devenir corrompus, dégénères et malheureux lorsque dirigeants du gouvernement devenaient corrompus et injustes. Il a condamné la corruption et a énoncé que les actions des gouvernements devaient se baser sur des principes humanitaires.

La Bouddha a dit un jour : "Lorsque le dirigeant d’un pays est bon et juste, les ministres deviennent bons et justes ; lorsque les ministres sont bons et justes, les fonctionnaires sont bons et justes, lorsque les fonctionnaires sont bons et justes, la piétaille devient bonne et juste ; lorsque la piétaille devient bonne et juste, le peuple devient bon et juste".

La religion et la politique sont très clairement assimilables à un billet de banque, pourvues de deux facettes. La face avant peut être considérée comme la religion et la face arrière, comme la politique. On ne peut les séparer l’une de l’autre. Autrement, la monnaie ne vaut plus rien.

De la même manière, les moines bouddhistes et les autres dirigeants religieux ne devraient se détacher de la politique. Je ne signifie pas qu’ils devraient gouverner les pays, mais juste présenter et avancer leurs préceptes bouddhistes à travers le fonctionnement d’un gouvernement, pour empêcher tant de guerres et de conquêtes, de persécutions, d’atrocités si évidentes, de rebellions, et de destructions d’œuvres culturelles et artistiques.

On peut probablement considérer la Thaïlande et le Sri Lanka comme des exemples de nations bouddhistes prospères mais imparfaites. Le Myanmar a encore beaucoup de chemin à faire dans cette direction, et les généraux birmans, s’ils étaient futés et s’ils voulaient la survivance de leur gouvernement, travailleraient à un rapprochement avec les dirigeants bouddhistes, qui ont toujours eu l’appui et la bonne volonté de la plus grande majorité du peuple birman. Au lieu de les écraser, les infiltrer, les emprisonner, les battre, les tuer, et sinon de persécuter les moines bouddhistes du Myanmar.

Ashin Metacarra



Sur le même thème, Au mois de septembre 2007, j'avais écris sur ce blog un message intitulé : Un moine peut-il manifester

dimanche 15 juin 2008

La "Morale" dans le Bouddhisme ancien"



Remarques préalables :

1-L'auteur, André Bareau, (mort le 2 mars 1993) était un "orientaliste français, historien du bouddhisme ancien."
Docteur ès lettres, il a été professeur au Collège de France de 1971 à 1991 et directeur d'études de philologie bouddhique à l'École pratique des hautes études.

André Bareau n'était pas "bouddhiste", c'est la raison pour laquelle il s'agit d'une approche disons, purement "intellectuelle" de la "pensée bouddhique". Il s'agit d'un enseignement philosophique et aucunement "pratique" et de nombreuses incohérences imprègnent ce texte

2-Si vous êtes un lecteur habituel de ce blog, vous avez dû remarquer que la plus part des enseignements que je publie sont donnés par des moines ou nones, enseignants de la tradition Théravada ou par des laïcs mais le plus souvent reliés à une sangha. Ils ont donc tous une approche très "pratique"du dhamma; l'enseignement du Bouddha.

Comme je l'avais déjà mentionné dans mon message du 9 janvier: "Les origines de la pensée bouddhique" du même auteur, c'est à titre exceptionnel que je publie des textes de ce genre.
Si vous avez l'habitude d'écouter ou de lire des enseignements de moines ou de pratiquants, vous verrez tout de suite la différence.
Personnellement, je trouve ce genre d'enseignement peu utile. Pourquoi le publier alors? et bien justement, pour que vous puissez constater la différence.. et apprécier d'autant plus les enseignements des moines ou des laîcs pratiquants. Certaines explications peuvent toutefois êtres utiles sur le plan intellectuel.

3-En pali on parle de "Sila" (moralité, morale, respect des préceptes, ect...)
Sila c'est la base sur laquelle tout se construit. Ce sont les fondations sans lesquelles rien ne peut tenir debout. Rien ne sert de méditer si dans la vie de tous les jours on ne respecte pas ou au moins si on essaye pas de respecter du mieux que l'on peut Sila
Sans sila, pas de "bouddhisme"...

4- Surtout certains mots utilisés par l'auteur ne sont pas du tout adaptés au bouddhisme. Exemples : "Commandement",
"transgression" "punission" et "châtiment"
Et parlant du "Bouddhisme ancien" l'auteur aurait dû employer des mots pali et non des mots sanscrits..

L'enseignement du Bouddha est malheureusement souvent dénaturé par des "
historiens" du bouddhisme ancien non pratiquant.
Mais à leur décharge, il est impossible de comprendre véritablement l'enseignement du Bouddha, le dhamma, sans avoir pratiqué puisque c'est en pratiquant que la véritable compréhension va s'installer et devenir au fil du temps de plus en plus claire.

le Bouddhisme ne peut être correctement enseigné que par des Bouddhistes eux mêmes et non pas des "historiens du Bouddhisme".


5-Les sous-titres ne sont pas dans le texte initial, je les ai ajouté pour une plus grande facilité de lecture.

Kathy


LA MORALE DANS LE BOUDDHISME ANCIEN

La morale a toujours occupé une grande place dans le bouddhisme, depuis ses plus lointaines origines. Elle est l'un des éléments capitaux de la méthode de salut découverte par le Bouddha et enseignée par lui à ses disciples.(...)

(...) Il n'existe pas d'âme au sens que l'Occident donne à ce mot. Pour la même raison, Dieu, avec un D majuscule, comme le conçoivent les chrétiens, Dieu unique, éternel, tout-puissant, créateur de toutes choses, est nié également par la Doctrine bouddhique.

L'univers, formé d'innombrables mondes semblables au nôtre et peuplés de la même façon, dispersés dans un espace infini et évoluant au long d'un temps sans commencement ni fin, l'univers existe par lui-même et il se transforme de même, selon sa propre nature, suivant ses propres lois, sans qu'aucun être extérieur à lui-même et doué d'une intelligence suprême ne l'ait créé ni ne le dirige.


L'homme est tout seul en face de ses responsabilités.

De cette absence de Dieu, il résulte que la morale bouddhique est tout à fait indépendante d'une volonté et d'une action divine quelconque, donc que l'homme est tout seul en face de ses responsabilités.

Les bonnes actions ne peuvent être attribuées ni à une inspiration divine, ni à l'intervention d'anges bienfaisants envoyés par Dieu. Les mauvaises actions ne peuvent pas non plus être causées par les suggestions ou les agissements d'un Satan ou de démons inférieurs.

Selon certaines légendes bouddhiques cependant, quelques dieux, grands ou petits, sont parfois venus donner de bons conseils au Bouddha ou à ses disciples, et de même le démon de la mort, Mâra, a quelques fois essayé d'effrayer ou de tenter le Bienheureux ou ses moines, mais aucune de ses interventions divines ou diaboliques n'a jamais empêché le Bouddha d'agir en suite en toute liberté, après avoir bien réfléchi aux conseils des dieux ou avoir vite démasqué et fait fuir le démon.

La morale bouddhique n'a donc pas pour origine, pour base, la volonté de Dieu, puisque celui-ci n'existe pas pour le Bienheureux ni ses disciples, mais elle est la conséquence logique de la nature du monde, de la grande loi qui gouverne celui-ci et tout ce qu'il contient, de cette grande loi qu'on appelle le Dharma (dhamma en pali).

Cette loi universelle est analogue à celles de la physique, par exemple à celle de la gravitation, et elle est donc entièrement indépendante d'une personnalité, d'une intelligence et d'une volonté extérieures et supérieures quelconques. C'est ainsi que les anciens bouddhistes indiens comprenaient l'ordre de l'univers et ses lois, non seulement matérielles, cosmiques et autres, mais aussi sociales, psychiques et morales.


Les causes du malheur inhérent à toute existence.


Avec un esprit très méthodique, le Bouddha chercha et définit les causes du malheur inhérent à toute existence.

- La première est ce qu'il appela la "soif"(trona), le désir ardent, dont les objets sont très divers.

C'est tout d'abord la soif de renaître, pour goûter à nouveau des plaisirs, bien que ceux-ci soient tous éphémères, illusoires et décevants.
Elle est l'une des principales causes de la transmigration et elle est accompagnée de l'attachement aux sensations agréables.

C'est donc le désir de l'existence, non seulement de soi-même en tant que sujet de ces plaisirs, mais aussi des choses et des autres êtres dont on veut faire les objets de sa jouissance.

C'est aussi le désir de l'inexistence, qui est celle de soi même quand on veut échapper à la vie présente et à ses conditions pénibles, mais qui est plus généralement celle des choses et des êtres que l'on déteste car ils causent du déplaisir ou de la peine et que l'on veut donc leur disparition.

En somme, ce désir de l'inexistence, ce désir négatif qui est l'inverse du désir proprement dit, est ce qu'on appelle l'aversion, le dégoût, la haine dont nous parlerons un peu plus tard.

Poussant sa réflexion plus loin, le Bouddha rechercha l'origine, les causes de cette soif, et il découvrit alors tout un enchaînement.

Les causes immédiates du désir sont les sensations (vedana), celles qui sont agréables provoquant le désir positif, celles qui sont pénibles faisant au contraire naître le désir négatif, l'aversion et la haine.

Cherchant encore plus profondément dans le même sens, le Bienheureux parvint enfin à ce qu'il considéra comme étant le premier maillon de cette chaîne de causes et d'effets, et qu'il définit comme étant l'ignorance (avdya).

Cette ignorance de la réalité, de la vérité (satya) comme le bouddhisme la conçoit, est pour lui l'origine profonde, indirecte mais certaine, non seulement du désir ardent, mais aussi de tout ce qui fait le malheur (duhkha) de l'existence, à savoir la naissance, la maladie, la vieillesse et la mort, le fait de ne pas obtenir ce que l'on désire et le fait de posséder au contraire ce que l'on déteste, à quoi s'ajoute naturellement la sombre masse des chagrins, des peines des souffrances des tourments de toutes sortes,de la tristesse et du désepoir.

En réfléchissant aux résultats ainsi obtenus, le Bouddha dénonça par la suite le désir (karma), la haine (dvesa) et l'erreur (moha), soeur de l'ignorance, comme étant les trois "racines du mal" (akusa la-mula), qu'il fallait absolument arracher et détruire complètement pour supprimer le malheur propre à toute existence.

En effet, c'est de ces trois racines du mal que naissent tous les vices et toutes les passions, qu'il s'employa à définir, à analyser et à classer pour pouvoir les combattre plus efficacement.



La responsabilité morale individuelle.


Toute action, bonne ou mauvaise, produit, dans la partie subconsciente du psychisme de son auteur, une sorte de semence.

Celle-ci va ensuite germer lentement et se développer jusqu'à produire un "fruit" ou effet qui mûrira peu à peu , puis tombera et atteindra inéluctablement l'auteur de l'acte et lui seul.
Si l'action fut moralement bonne, le fruit sera doux, voire exquis, mais, si elle fut moralement mauvaise, il sera amer et détestable.

Comme tout se passe au plus profond du psychisme, dans la nuit de l'inconscient, l'auteur de l'acte ni personne d'autre ne peut avoir connaissance de ce phénomène et ne peut en conséquence le modifier en un sens ou un autre, d'où son caractère strictement individuel et parfaitement inéluctable. Sur cette justice immanent, si satisfaisante pour l'esprit, est fondée la responsabilité morale individuelle.

La croyance aux transmigrations va fournir une solution fort élégante à l'un des problèmes les plus anciens, les plus choquants et les plus difficiles à résoudre qui se soient posés aux moralistes de tous les temps et de tous les pays.

En effet, la maturation de l'acte, depuis l'accompissement de celui-ci jusqu'à la chute de son fruit, est très lente, si lente qu'elle dure souvent plus longtemps qu'une vie, et même que plusieurs vies successives.

Il est donc tout à fait normal que l'on goûte les fruits agréables d'une bonne action accomplie dans une lointaine existence passée ou que l'on subisse le châtiment d'un méfait commis jadis, bien avant la vie présente.

Il n'est donc pas surprenant ni scandaleux qu'un homme doué de toutes les vertus soit poursuivi par le malheur ni qu'un autre, pleine de vices et parfois même criminel, jouisse de la santé et de la fortune. Si telle est leur situation présente, il est cependant bien certaine pour les bouddhistes que, dans l'avenir, le premier obtiendra la chance dont profit le second et que ce dernier sombrera alors dans le malheur en conséquence de son actuel comportement.


La nature et l'importance des actes

Cette justice immanente n'agit pas aveuglément, mais conformément à la nature et à l'importance des actes.

Plus une faute est grave, et plus le fruit qui en naîtra sera amer, plus le châtiment sera sévère. En outre, le voleur renaîtra dans la misère, tandis que l'homme charitable et généreux vivra dans la richesse, le méchant qui se sera plu à faire souffrir autrui mourra dans d'atroces supplices, alors que l'homme bon et compatissant qui aura porté secours à d'autres êtres échappera aux souffrances physiques.

Plus subtilement, cette justice immanente tient judicieusement compte des circonstances de l'acte et des degrés de responsablité de son auteur .

Pour qu'un acte produise un fruit, doux ou amer , il faut non seulement qu'il ait été décidé en toute connaissance de cause et en pleine conscience, mais aussi qu'il ait été accompli librement.

C'est pourquoi, des trois sortes d'actes, corporels, vocaux et mentaux, ce sont ces derniers qui supportent tout le poids de la responsabilité individuelle et du déclenchement du phénomène de maturation.

L'importance de cette responsabilité est proportionnelle aux degrés de la liberté d'action, de la connaissance et de la compréhension des circonstances, de la volonté de la décision.

Elle est donc diminuée quand on agit sous une certaine contrainte, ou par maladresse, ou par erreur.

Le phénomène de maturation ne se produit même pas du tout quand l'acte est accompi inconsciement, en dormant, dans une crise de folie ou par idiotie complète. De plus et en conséquence, l'importance du fruit est proportionnelle à la pureté de l'intention, à son désintéressement et à l'effort accompli, plus encore qu'à la valeur matérielle de l'action corporelle ou vocale.(...)



Pas de fatalisme car la responsabilité concerne autant les actions présentes et futures que celles du passé

Contrairement à ce que l'on pense parfois, la croyance en la maturation des actes n'a pas le fatalisme pour conséquence, car la responsabilité concerne autant les actions présentes et futures que celles du passé .

Tout désagrément, toute peine a non seulement la valeur d'un châtiment, mais aussi celle d'un avertissement et d'un encouragement à agir désormais conformément à la morale pour éviter de nouveaux malheurs et déplaisirs à l'avenir et pour cueillir , dans cette vie ou dans une autre , les fruits exquis des bonnes actions.

Il est donc parfaitement juste d'user de sa liberté pour employer tous les moyens capables de guérir des maladies ou de sortir de la misère, à la condition toutefois que ces moyens obéissent à la morale et ne nuisent à aucun être vivant. Si ces moyens réguliers réussissent, ce sera par l'effet de la maturation de bonnes actions antérieures, et , s'ils échouent ,ce sera à cause de mauvaises actions du passé.

(...)

Bien qu'elle utilise des mots désignants le bien et le mal comme des noms, la Doctrine bouddhique ne considère pourtant ni l'un ni l'autre comme des substances, mais au contraire comme de simples phénomènes et plus précisément comme des qualités des actions. C'est pourquoi elle emploie le plus souvent ces mots comme des adjectifs signifiant bon ou mauvais.

Puisque le bien et le mal sont étroitement liés au bonheur et au malheur par le phénomène de la maturation des actes, ils prennent une étymologie particulière.

Est dit bon, conforme aux règles de la morale, l'acte qui est littéralement désigné comme approprié, convenable, correct, voire habile, car il produira des effets agréables.

On appelle mauvais, donc immoral, celui qui est dit au contraire inapproprié, incorrect, non convenable, maladroit, car il fera naître des fruits amers et conduira à la peine et au malheur.

Le bouddhisme antique n'a aucunement personnifié le bien, mais il a donné une personnification au mal, représenté par le dieu Mâra.
En réalité, celui-ci appartient entièrement au domaine de la légende et il est donc totalement absent de la littérature doctrinale. Mâra est plus exactement une personnification de la mort, comme son nom l'indique clairement, et c'est pourquoi il apparaît toujours comme étant le principal adversaire du Bouddha.

En effet, celui-ci a découvert la Voie qui mène à la délivrance des transmigrations, et de plus il y conduit les autres êtres par son enseignement. Par conséquence, il va priver le dieu Mâra, incarnation de la mort, d'innombrables victimes puisque ceux qui atteindront le Nirvâna ne renaîtront plus nulle part et ne mourront donc plus jamais, échappant ainsi définitivement à l'autorité opprimante de Mâra.

On comprend alors l'hostilité acharnée de ce dernier envers le Bouddha, son obstination à empêcher le Bienheureux et ses disciples d'avancer sur la Voie menant à la Délivrance et d'y conduire d'autres êtres. Naturellement, toutes tentatives faites par Mâra, en utilisant la terreur, la tentation ou d'autres moyens, aboutissent à leur complet échec, si l'on en croit les récits légendaires.

(...)

Le désir, la haine et la colère...

A l'opposé du désir sont désignés le renoncement aux plaisirs des sens, le détachement envers les objets des passions, la tempérance, la frugalité et surtout le don, don des biens matériels, don des biens spirituels, don de sa personne même, si la charité l'impose pour sauver autrui, et donc aussi la patience, le renoncement à toute idée de vengeance, le pardon total des offenses, si cruelles soient-elles.

A l'opposé de la haine et de la colère, voici la bonté, l'amitié, la joie de sympathie envers les êtres qui sont heureux, la compassion et la pitié pour ceux qui souffrent, ce qui conduit souvent au don sous ses diverses formes, à quoi s'ajoutent la reconnaissance ,la gratitude à l'égard de ce qui nous ont aidés,

A l'opposé de l'égarement, de l'ignorance et de la stupidité, sont louées la sagesse, l'intelligence et les qualités qui en facilitent la réalisation, à savoir l'attention, la concentration mentale, le calme, l'apaisement du corps et celui de l'esprit, la confiance, l'équanimité, l'indifférence aux mauvais traitements, aux flatteries et aux honneurs comme aux injures et aux offenses.

A cela s'ajoutent encore d'autres vertus vivement recommandées et louées par le Bouddha dans ses sermons, comme l'énergie, l'effort, la résolution, la ténacité.
Celles-ci sont en effet indispensables pour suivre jusqu'au bout, jusqu'à la Délivrance du nirvâna la longue et rude Voie menant à celui-ci, Voie si longue que la très grande majorité des hommes ne peut la parcourir qu'à travers la durée de plusieurs existences successives.


La moralité est l'un des principaux éléments de la méthode de salut enseignée par le Bouddha.Elle est aussi le premier d'entre eux par ordre chronologique

La moralité, plus précisément l'habitude de se conduire selon les règles de la morale, habitude qui doit se cultiver sérieusement et longuement, est l'un des principaux éléments de la méthode de salut enseignée par le Bouddha.

S'éfforcer de développer la moralité (sila) avant de mettr
Elle est aussi le premier d'entre eux par ordre chronologique, puisqu'on doit la pratiquer avec grand soin et s'efforcer de la développer avant de mettre en application les autres éléments, les méditations et les "facultés intellectuelles" * menant au nirvâna.

( Remarque kathy : "facultés intellectuelles" est totalement inadapté, ce ne sont aucunement des "facultés intellectuelles "qui peuvent conduire au "nirvana" = nibbana en pali )

C'est pourquoi les devoirs des fidèles laîcs consistent essentiellement à observer les cinq commandements* moraux fondamentaux et à donner aux moines bouddhiques les aumônes de nourriture et d'autres choses dont ils ont strictement besoin pour subsister. (...)

( *remarque kathy = Le mot "commandement" n'est pas approprié. Il faut en réalité lire "précepte" à la place car il n'y a pas de commandement proprement dit dans le Bouddhisme)

(...) il faut d'abord supprimer, chasser de son esprit toutes les choses mauvaises, immorales, les pensées de désir et de malveillance, avant d'entreprendre la série des méditations.

Il faut vider son esprit de toutes ces mauvaises pensées qui le souillent et le troublent, pour le préparer aux opérations qui le débarrasseront successivement des activités psychiques, intellectuelles et émotionnelles, qui l'agitent et le dispersent, qui l'empêchent de se concentrer et de s'unifier pour devenir enfin un pur et limpide miroir dans lequel pourront apparaître et briller de tout leur éclat les saintes vérités de la Doctrine salivatrice.

Autrement dit, la pratique de la morale est la condition nécessaire et préalable à l'exercice des méditations ,et celles-ci forment la condition non moins nécessaire et préalable à la naissance de la sagesse.

D'autre part, la pratique des méditations et des autres exercices analogues, apparentés au yoga, dont les sermons du bouddha décrivent en détail et recommandent hautement un ensemble assez nombreux et fort divers, constitue une aide puissante et efficace dans la lutte constante que l'on doit mener contre les passions, les vices et les erreurs, que l'on doit ainsi détruire tous peu à peu jusqu'à leur destruction totale et définitive, leur épuisement complet jusqu'au tréfond du subconscient.

Ainsi donc, la pratique des méditations au sens large du mot continue en la renforçant puissamment celle de la morale ordinaire, mais il est bien évident que celle-ci ne doit jamais être abandonnée, tout au contraire.

La pratique des différents vertus par ces diverses méthodes bien définies doit même devenir si habituelle que le moine puisse parvenir à l'exercer sans y réfléchir, avec un esprit de plus en plus calme, détaché, paisible, sans le moindre attachement sentimental pour les autres êtres, quels qu'ils soient.

(...)

La morale bouddhique entraîne donc des devoirs, non seulement envers les hommes, tous les hommes, mais aussi envers tous les êtres vivants.

(...)

Un vrai bouddhiste évitera donc de maltraiter un animal quelconque, et surtout de le tuer.

C'est pourquoi les anciens moines devaient filtrer leur eau de boisson afin de ne pas avaler les animalcules qui y vivent, et pourquoi ceux d'aujourd'hui comme ceux d'autrefois ne doivent manger de viande ou de poisson qu'après s'être bien assurés que les animaux en question n'ont pas été tués spécialement pour leur en donner la chair à consommer.

(...)

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le Bouddha a autorisé ses fidèles, surtout les laïcs, à rendre aux dieux et génies de toutes sortes les hommages qu'ils attendent des hommes et à leur porter des offrandes, à la seule condition que ces formes de culte ne fussent pas contraires à la morale qu'il leur enseignait. Tout sacrifice d'animal était donc interdit et les offrandes consistaient surtout en fleurs, encens, lumière, nourriture et musique. dans l'immense littérature du bouddhisme ancien, les dieux sont presque toujours des êtres fort estimables et menant une vie très convenable.

Beaucoup d'entre eux ont un corps fait de matière extrêmement subtile et lumineuse, et leur seul nourriture est la joie qu'ils tirent des profondes méditations dans lesquelles ils sont plongés sans cesse. Les plus élevés sont même de purs esprits.

A part Mâra, personnification de la mort, et quelques petites divinités vivants sur la terre, dans les arbres ou les rivières et les mares, qui sont souvent irascibles, les dieux sont toujours bienveillants envers les hommes, surtout envers le Bienheureux et ses disciples.

C'est du reste à cause de leurs nombreuses et importantes bonnes actions accomplies durant leurs vies antérieures qu'ils jouissent maintenant d'un bonheur presque parfait et d'une merveilleuse longévité. En leur rendant un culte , les bouddhistes ne font donc que leur donner ce qui leur est dû et se conformer ainsi aux règles de courtoisie par lesquelles on entretient de bonnes relations avec ses voisins et les aures personnes.

Si les fidèles doivent se conduire ainsi avec des êtres si différents d'eux, on comprend que leur morale leur impose encore plus de devoirs envers les humains, tous les humains, même ceux qui sont les plus misérables, les plus méprisés.

Cela concorde avec l'idée, si souvent et fermement exprimée par le Bienheureux, que ce n'est pas sa naissance, sa caste, sa position sociale qui fait la valeur d'un homme, mais ce sont ses qualités morales.

( En savoir plus : Lire sur ce blog : La position du Bouddhisme par rapport au racisme (sous toutes ses formes)- Première partie : ICI )

C'est pourquoi l'importance d'une bonne action, donc celle du fruit qui en naîtra, est proportionnelle, entre autres choses, à la valeur de l'être qui en est l'objet, qui reçoit un don, une aide ou des marques de respect.

Très tôt, on établit donc une hiérarchie des valeurs humaines afin de guider les fidèles dans le choix des hommes auxquels ils devaient apporter leurs aumônes et les autres manifestations de leur vénération, de leur bonté ou de leur compassion. Au sommet de cette hiérarchie, on plaça naturellement le Bouddha, puis ses moines en ordre descendant selon leur degré de sainteté, de sagesse et de vertu, enfin la foule des humains ordinaires, en tenant compte de leur valeur morale et de leurs besoins matériels. On justifiait ainsi le don d'aunômes fait aux ascètes bouddhistes, qui est l'un des devoirs principaux des fidèles laïcs.

Cependant, le Bienheureux mit bien en garde ces derniers contre les mauvais moines, les faux ascètes introduits dans la Communauté, qui ne méritent ni dons ni respect, et dont les agissements coupables sont décrits en détail et condamnés dans les énormes codes de la discipline monastique.


La troupe des disciples du Bienheureux qui adoptait la vie ascétique de celui-ci augmentait en effet avec le temps et certains d'entre eux commettaient des actions qui troublaient le calme et la bonne entente de la Communauté monastique en empêchant leurs compagnons de pratiquer dans de bonnes conditions les divers exercices de méditation et autres qui les faisaient progresser sur la Voie de la Délivrance. En outre, ces mauvaises actions indignaient les laïcs qui tendaient alors à mépriser tous les moines bouddhistes et à les priver des aunômes de nourriture qui leur étaient indispensables pour vivre, si bien que la Communauté tout entière menacée et la Doctrine aussi par conséquent.

Assez tôt, donc, le Bouddha fut obligé d'imposer à sa troupe de moines des règles de discipline de plus en plus nombreuses, au fur et à mesure que des fautes étaient commises par certains de ses membres

Ainsi se constituèrent peu à peu d'énormes codes dont chaque secte eut ensuite le sien propre, car ce travail de législation interne à la Communauté continua après la mort du Bienheureux. Ces vastes recueils contiennent de deux cent cinquante à trois cent règles fondamentales et plusieurs milliers de règles secondaires, mais la plupart d'entre elles sont communes à tous ces codes. Toute la vie ascétique des disciples du Bouddha fut ainsi réglementée jusque dans ses plus infimes détails, et chaque transgression fut punie par un châtiment adapté à la faute et proportionnel à sa gravité, depuis le simple aveu pour les plus légères jusqu'à l'exclusion définitive de la Communauté pour les crimes majeurs.

(* Remarques kathy : les mots employés par l'auteur ne sont pas adaptés au Bouddhisme, notamment les mots "transgression" "punission" et "châtiment" relèvent plutôt de la religion monotéiste que du bouddhisme.
(En savoir plus, lire sur ce blog, Les moines de la tradition théravada : ICI


Chaque type et degré de faute donnait lieu à une procédure définie avec une grande précision. On y tenait grand compte des circonstances qui pouvaient atténuer ou même annuler la culpabilité de son auteur, et le jugement n'était rendu, collectivement, par la communauté locale assemblée, qu'après avoir reçu les aveux du coupable et en avoir discuté. On est surpris par les principes très démocratiques et étrangement modernes à certains égards d'une telle procédure, mais il est vrai que la constitution de la Communauté monastique bouddhiste avait pris pour modèle celle des petites républiques aristocratiques existant dans le bassin du Gange à l'époque où vivait le Bienheureux.

(...)

L'existence même des codes de discipline prouve clairement que ni le Bouddha ni les sages disciples qui poursuivirent et parachevèrent son oeuvre juridique ne se faisaient d'illusions sur l'application pratique, par les moines comme par les fidèles laïcs, de l'admirable morale qu'ils leur prêchaient constamment. Le Bienheureux n'a jamais prétendu que le simple fait de se croire ou de se dire bouddhiste, ni celui d'être devenu un ascète de sa communauté par l'accomplissement régulier du rite de l'ordination suffisaient pour accéder à l'un ou l'autre des quatre degrés de sainteté qui sont autant d'étapes sur la Voie menant au nirvâna.


Revenons pour finir à la morale bouddhique, telle qu'elle fut enseignée par le Bouddha et qu'elle est définie si longuement, avec tant de détails, dans l'énorme masse des textes canoniques composés durant les derniers siècles avant l'ère chrétienne. Elle est certainement l'un des plus beaux monuments spirituels créés par des hommes et elle mérite vraiment notre admiration.

(...)

source : cusi.free.fr




samedi 14 juin 2008

Ne pas avoir peur de mourir...

Les extraits ci après font partie d'un enseignement donné par Ajahn Chah en 1977 à l'Institut Manjushri, dans le Comté de Cumbria, en Angleterre. Traduction en français Jeanne Schut.



Supposez que vous soyez malade et que vous deviez aller à l'hôpital. La plupart des gens diraient : « S'il vous plaît, ne me laissez pas mourir, je veux m'en sortir. » Mais c'est là une forme de pensée erronée qui ne peut conduire qu’à la souffrance.

Il vaudrait mieux vous dire : « Si je guéris, je guéris et si je meurs, je meurs. » C'est la pensée juste parce que, en fin de compte, nous ne pouvons pas maîtriser les conditions. Si vous considérez les choses ainsi, que vous mouriez ou que vous guérissiez, vous n'avez rien à craindre, aucun souci à vous faire.

Vouloir guérir à tout prix et avoir peur de mourir, c'est le fait d'un esprit qui ne comprend pas les conditions. Il faut vous dire : « Si je vais mieux, c'est bien et si je ne vais pas mieux, c'est bien. » Ainsi, vous ne pouvez pas vous égarer, vous n'avez pas à avoir peur ni à pleurer, tout simplement parce que vous êtes en harmonie avec le flot naturel de la vie.

Le Bouddha a vu les choses avec lucidité. Son enseignement est toujours aussi valable, aussi vrai aujourd'hui que de tout temps ; il ne s'est pas démodé parce que les conditions du monde n'ont pas changé. Si nous pratiquons cet enseignement avec coeur, nous bénéficierons de la paix et du bien être qu'il apporte. (...)


Lire d'autres extraits de cet enseignement : Souffrance ordinaire et extraordinaire

Lire cet enseignement en entier dans : Livret n° 15 du refuge


Souffrance ordinaire et souffrance extraordinaire

Les extraits ci après font partie d'un enseignement donné par Ajahn Chah en 1977 à l'Institut Manjushri, dans le Comté de Cumbria, en Angleterre. Traduction en français Jeanne Schut.

(Jeanne Schut était l'invitée de sagesse Bouddhiste dimanche 8 juin)



(...) Avez-vous déjà connu la souffrance ? Avez-vous déjà connu le bonheur?... C'est précisément dans ces moments-là que se trouve la vérité, c'est là que vous devez pratiquer le Dhamma. Qui est heureux ? C'est le mental. Qui souffre ? C'est le mental.(...)


Il y a deux sortes de souffrance : la souffrance ordinaire et l'extraordinaire.

La souffrance ordinaire est celle qui est liée à la nature inhérente des conditions : être debout peut faire souffrir, être assis peut faire souffrir, être couché peut faire souffrir. C'est la souffrance inhérente à tous les phénomènes conditionnés. Le Bouddha a lui-même vécu ces choses-là, il a connu aussi bien le confort que la douleur, mais il a su les voir comme des conditions naturelles. Il savait comment dépasser ces sensations naturelles et ordinaires, de confort comme de douleur, en comprenant leur véritable nature. C'est parce qu'il comprenait cette forme de souffrance naturelle qu'elle ne le perturbait pas.

La forme de souffrance la plus répandue est la deuxième sorte, la souffrance qui s'introduit depuis l'extérieur, la souffrance « extraordinaire ».

Quand nous sommes malades, il arrive que nous devions aller chez le médecin pour nous faire faire une piqûre. Quand l'aiguille pénètre sous la peau, il y a une certaine douleur, ce qui est tout à fait naturel et puis, quand on retire l'aiguille, cette douleur disparaît. Il s'agit là de la souffrance ordinaire, ce n'est pas un problème, nous la connaissons tous.

La souffrance extraordinaire est celle engendrée par uppādana, c'est-à-dire le fait de s'attacher aux choses. Alors, c'est comme si notre seringue était remplie de poison. Cette fois il ne s'agit plus d'une douleur ordinaire, mais d'une douleur qui se terminera dans la mort. Voilà à quoi ressemble la souffrance causée par l'attachement.

Avoir une vision erronée des choses, ne pas connaître la nature impermanente des phénomènes conditionnés est une autre source de problèmes. Les choses conditionnées sont du domaine du samsara. Si nous refusons que les choses changent, il est inévitable que nous souffrions.

Quand nous croyons que nous sommes le corps ou qu'il nous appartient, nous prenons peur en constatant combien il change. Et pourtant, regardez le souffle : une fois que nous avons inspiré, nous devons expirer ; l'air qui est entré doit ressortir.

C'est la nature et c'est ce qui nous maintient en vie. Si nous,ne faisions qu'inspirer ou qu'expirer, nous ne pourrions pas vivre. Les choses ne fonctionnent pas comme cela. Voilà ce que sont les conditions naturelles, mais nous ne voulons pas le comprendre.

Pratiquer le Dhamma, c'est développer une compréhension des choses qui permette d'éviterb l'apparition de la souffrance. Si notre compréhension est incorrecte, nous sommes en conflit avec le monde, avec le Dhamma et avec la vérité.



Lire cet enseignement en entier dans : Livret n° 15 du refuge

samedi 7 juin 2008

Sulak Sivaraksa - Bouddhisme "socialement engagé"



Sulak Sivaraksa naquit en 1933, fit ses études en Angleterre avant de retourner en Thaïlande au début des années 60 afin d’être conférencier aux universités de Thammasat et Chulalongkorn.

En 1963 il fonda la revue des Sciences Sociales, qu’il édita pendant six ans ; cette revue devint l’une des plus publications intellectuelles les plus influentes du pays et selon de multiples témoignages, la revue joua un rôle important, voire crucial, dans la prise de conscience du mouvement étudiant qui eut pour conséquence le renversement du régime militaire en 1973.

Il est un activiste critique, non seulement inspiré par le bouddhisme mais également par la pensée du Mahatma Gandhi et des Quakers ; il est l’une des figures essentielles du mouvement connu sous le nom de Bouddhisme socialement engagé

La démocratie et les droits de l’homme, de même qu’un gouvernement responsable, sont au centre de l’œuvre de Sivaraksa ; de plus la prise de conscience de milliers d’autres personnes dans d’autres pays sont également l’une de ses préoccupations. Il a notamment participé à l’accueil de réfugiés birmans en Thaïlande et est en grande partie responsable de l’Université de la jungle destinée aux étudiants birmans réfugiés.

Ensemble, avec ses étudiants, Sulak Sivaraksa joue un rôle fondamental dans la mobilisation de la société civile thaïlandaise ; il est le fondateur du mouvement indigène NGO, mouvement qui a pour but l’aide humanitaire et le développement d’organisations implantées dans la société thaïlandaise.


A plus de 70 ans, ce petit homme plein d’énergie vitale continue infatigablement à participer à des conférences afin de faire connaître son mouvement engagé dans la lutte pour la démocratie et les droits humains, afin de prouver aux détracteurs du bouddhisme qu’il ne s’agit pas uniquement d’une mode pour de doux rêveurs ou des artistes de cinéma. bouddhiste.

Il étonne toujours les participants par la force de son discours, par son engagement total dans la vie sociale de son pays, la Thaïlande, qu’il préfère d’ailleurs appeler de son nom d’origine : le Siam.



Deux aspects principaux de ses organisations sont :

1. le rejet de la consommation à outrance comme nous la connaissons dans les pays occidentaux, en donnant la préférence au développement d’une culture indigène.

2. mettre en évidence la dimension spirituelle de la vie humaine, bien implantée dans sa propre sensibilité de bouddhiste.


Ses écrits, ses discours, tant dans son pays qu’à l’étranger, de même que son engagement actif et ses initiatives ont éveillé l’intérêt mondial pour ses concepts de développement. Son activisme social l’a toutefois à plusieurs reprises mis en conflit avec les autorités thaïlandaises.


En 1976, il dut fuir le pays lors d’un de ses plus sanglants coups d’état et en 1984, son livre "Unmasking Thai Society" lui valut de passer en jugement pour accusation de lèse-majesté. A la suite d’un procès qui dura quatre mois, le roi en personne intervint afin que les charges soient retirées ; cependant la junte militaire reprit les mêmes charges contre Sivaraksa lors d’un discours à l’université. Il fut finalement acquitté en 1996. C’est également à la fin de cette année là qu’on lui attribua le “ Right Livelihood Award », également connu sous l’appellation d’ « Alternative Nobel Prize ».

Entretemps, l’infatigable Sivaraksa a développé deux nouvelles initiatives : un réseau international sur les alternances au consumérisme, dont le but est de proposer des alternatives aux modèles occidentaux en y apportant une dimension spirituelle. L’autre initiative est le développement d’une nouvelle université en Thaïlande afin d’explorer une autre approche aux modes éducatifs actuels.

Sulak Sivaraksa porte un regard un peu ironique sur le bouddhisme tel que le conçoivent les Occidentaux ; pour lui c’est plutôt un moyen d’échapper au réel par la méditation et il souhaiterait plus d’engagement dans cette partie du monde.


Pour lui le bouddhisme est un processus de questionnement incessant, vis à vis de soi, des autres, de la société ; pour lui l’introspection doit mener à l’engagement et au combat pacifique.

Il est un auteur prolifique, ayant publié une centaine d’ouvrages dont quelques-uns ont été traduits en anglais et en néerlandais. Notamment le célèbre « Seeds of peace: A Buddhist vision for renewing society"

Dans son exposé au cours de l’une des journées de l’université d’été du bouddhisme à Bruxelles, il a exposé la méthodologie à adopter pour libérer notre vie de toute souffrance (dukkha)

Le bouddhisme nous enseigne comment vivre avec sagesse et en pleine conscience dans le respect de l’éthique ; cet apprentissage s’applique non seulement à notre vie personnelle mais aussi - et surtout - à notre manière d’interagir avec le monde.

Cela nous met dans l’obligation de regarder en face et de réagir aux causes des abus du capitalisme et du consumérisme à outrance. Les enseignements du bouddhisme visent à répondre aux interrogations liées à l’engagement social, à nos obligations et responsabilités, à examiner les racines sociales de l’avidité, de la haine et de la désillusion, à savoir la pauvreté, le désespoir, la détérioration de l’environnement, la pollution, etc.


Source : Karuna


vendredi 6 juin 2008

la pratique du dhamma

Ci après un enseignement donné par Buddhadasa Bhikkhu à des méditants occidentaux venus étudier au Suan Mokkh, en 1986.
Extrait de « Le remède naturel contre les maux spirituels. »



...nous allons discuter de la bonne utilisation du Dhamma, c'est-à-dire, de comment vivre avec le Dhamma.

Quand nous parlons du Dhamma, nous voulons dire la connaissance que nous devons mettre en pratique afin de pouvoir soigner les maux spirituels.

Concernant cette pratique, il y a quatre importantes choses (dhammas) qui doivent être comprises (la signification initiale du mot: “Dhamma” est le mot “chose”. Mais ici, dhamma signifie “qualité” ou “vertu”. Vous allez voir que ce mot, cependant, peut avoir de très nombreuses significations, niveaux et ramifications )

Ces trois « choses » (dhammas) sont : sati (la pleine conscience, l’attention), sampajanna (la sagesse-en-action, la compréhension « en éveil »), samadhi (la concentration), et panna (le sagesse intuitive, ma vision intérieure).

Si vous observez soigneusement, vous constaterez que ces quatre dhammas, vous les avez déjà fait apparaître par la pratique d’anapannasati (la pleine conscience de la respiration).

Maintenant, nous allons passer en revue ces quatre dhammas et voir comment nous pouvons nous en servir, les mettre en action.


Sati : la pleine conscience, l’attention

Sati doit être vive comme une flèche

Sati (la pleine conscience, l’attention, la réminiscence) : c’est la conscience vive, la réminiscence des choses qui doivent être gardées en mémoire. Sati doit être vive comme une flèche

Nous pouvons aussi décrire sati comme un véhicule ou un moyen de transport de la plus rapide des espèces. Ce moyen de transport très vif, ne véhicule pas des objets matériels, il transporte la sagesse et la connaissance.

Sati apporte la sagesse (panna) au moment où nous en avons besoin. Grâce à la pratique de la pleine conscience de la respiration, sati est entraînée et développée.


Sampajanna : « la sagesse en action »

Le second dhamma est sampajanna. Sampajanna est le sagesse car elle rencontre et analyse immédiatement un problème quand celui-ci survient, afin de pouvoir agir et traiter ce problème – c’est la sagesse-en-action. Sampajanna est cette forme de sagesse bien spécifique qui s’applique à une situation ou un évènement précis.

Néanmoins, vous avez sûrement dû trouver toute une série de traduction pour ce terme « sampajanna » ; ce qui peut être source de confusion. Nous vous conseillons de ne retenir que cette définition : « la sagesse en action ». ou mieux, apprenez le mot en pali, ainsi il n’y aura pas de doute.

Le terme « sagesse » peut avoir de très nombreuses significations et être compris différemment. Le terme « sampajanna » a une signification bien limitée. Cela concerne la sagesse qui est immédiatement nécessaire pour faire face à un problème qui se pose à nous.
Cette sagesse active n’est pas une sagesse générale, elle s’applique à des situations bien particulières.

C’est la même chose qu’avec le terme « Dhamma » qui a une incroyable multiplicité de significations en fonction du moment et de la manière dont il est utilisé.

Quand le Dhamma est appliqué pour résoudre un problème spécifique, un évènement ou une situation particulière, il y a un Dhamma spécifique pour cette situation spécifique. La signification du terme est circonscrite à l’occasion et aux circonstances.

Dans le cas d’un dhamma employé pour éclaircir un problème, l’expression la plus précise et la plus adaptée est « Dhamma-sacca » ( Dhamma-Vérité). Dhamma-sacca est le dhamma particulier employé pour une situation immédiate à laquelle dont devons faire face, que ce soit au début de la « maladie » spirituelle ou lors de l’exposition aux germes de ce mal spirituel.
C’est l’utilisation appropriée d’un dhamma spécifique à un évènement ou incident précis.

Nous pouvons comparer le Dhamma à l’armoire à pharmacie de notre maison. Dans celle-ci, nous stockons une grande variété de médicaments, de pilules, de pommades, de poudres et de sirops, pour tous les usages. Mais, en fait, quand nous sommes malades, nous devons choisir parmi tous ces médicaments celui qui correspondra à la maladie que nous avons et qui saura traiter ce mal. Nous ne pouvons pas prendre tous les médicaments ; nous devons prendre seulement celui qui est nécessaire pour soigner notre mal, ici et maintenant.

La même chose est vraie pour le Dhamma. Veuillez comprendre qu’il existe une variété incroyable de ce que nous appelons Dhamma et panna, et que nous n’en utilisons qu’une infime portion à chaque fois. Nous n’utilisons que la portion adaptée qui peut prendre en charge une situation immédiate et précise.

Sachez utiliser Dhamma et panna en fonction de notre situation et de notre problème. Le Dhamma et la sagesse qui peuvent contrôler la situation et problème, c’est ce que nous appelons « sampajanna ».

Samadhi : « l’esprit bien établit, l’esprit correctement maintenu, l’esprit bien stable »

Le troisième dhamma que nous allons aborder aujourd’hui est samadhi. Ce qui signifie littéralement « l’esprit bien établit, l’esprit correctement maintenu, l’esprit bien stable ».

Le Bouddha a donné la signification la plus large possible de samadhi quand il l’a défini comme : « l’esprit focalisé – one pointed mind – (ekaggata-citta) qui a le nibbana pour objet ».
(« Egaggata-citta » ne doit pas être confondu avec « ekaggata » Ces deux termes font référence à la focalisation, mais ils sont employés dans différents contextes. Le dernier terme fait référence à un facteur de jhana. Le premier se réfère à « l’esprit qui est dirigé sur un seul objet ou sujet »).

Nous pouvons dire que samadhi a trois caractéristiques : parisuddhi (la pureté), samahita (la fermeté, la constance, la stabilité) et kammanaya (la réactivité, la promptitude, la capacité à œuvrer).

Ainsi, si vous voulez savoir si l’esprit est en état de samadhi ou non, examinez-le et voyez s’il comprend ces trois qualités. Voyez s’il est, ou non, pur, stable et actif.

Quand nous parlons du pouvoir ou de l’énergie de samadhi, nous voulons indiquer la manière dont l’esprit focalise toute son énergie sur un seul point. C’est la même chose qu’une loupe qui est capable de focaliser les rayons du soleil sur un seul point et qui fait apparaître une flamme.

De même, quand la puissance de l’esprit est rassemblée sur un seul point, celui-ci est focalisé (one-pointed). L’esprit qui est en samadhi produit une énergie colossale, qui est plus forte que n’importe quelle autre forme de puissance.

Nous pouvons décrire cet esprit très fortement concentré de deux manières:
-La première est « indriya » qui signifie « souverain » ou « chef ».
-La seconde est « bala », qui veut dire « puissance, force, rabutesse ».

Ainsi, nous avons samadhi-indriya et samadhi-bala, l’esprit qui a la souveraineté et davantage de puissance que n’importe quoi d’autre.

Samadhi doit travailler ensemble avec la sagesse. Samadhi est comme le poids du couteau et panna en est le tranchant. Pour qu’un couteau puisse couper correctement quelque chose, il doit posséder deux choses : le poids et le tranchant. Un couteau qui est pesant, mais émoussé, tel un marteau, ne peut rien couper et ne fait que de la charpie. D’un autre coté, un couteau très effilé, mais qui ne pèse pas, telle une lame de rasoir, ne tranchera jamais ce qu’il est sensé couper. Un couteau a besoin des deux propriétés ; l’esprit de même.

Pour faire ce qu’il doit faire, l’esprit a besoin à la fois de samadhi et panna. Vous pourriez vous demander qu’est ce qui fait qu’un couteau coupe : la pesée exercée sur la lame ou le tranchant de celle-ci ? Si vous êtes capable de comprendre ceci, il vous sera plus facile de comprendre comment le Dhamma tranche au travers des problèmes, c'est-à-dire, les impuretés mentales.

Au moment de l’activité de sampajanna, samadhi et panna travaillent de conserve pour couper au travers du problème. Ils sont interconnectés et, dans la pratique, ils ne peuvent être dissociés.

Panna : la sagesse

Il nous reste à parler du dernier dhamma : panna (la sagesse, la connaissance intuitive, la vision intérieure).

La signification de ce mot est très large. Littéralement, il signifie « connaître complètement ».

Cela ne veut pas dire connaître tout ce qui peut être connu, mais connaître ce qu’il est nécessaire d’être su.

Panna est la connaissance complète et adéquate de ce qu’il est important de savoir. De toute les choses qui peuvent être connues, panna ne fait référence qu’aux choses qui nous serons utiles pour nous permettre de résoudre nos problèmes.

Par exemple, il n’est pas nécessaire de connaître la structure de l’atome ou d’avoir la connaissance sur les espaces intergalactiques.

Nous n’avons besoin de savoir seulement ce qui permet la cessation de dukkha (les maux spirituels), directement dans notre esprit.

Ce qui mérite d’être su, c’est seulement ce qui se rapporte à la cessation de dukkha. Cela est conforme à l’enseignement du Bouddha qui rappelait qu’il n’enseignait rien d’autre que ce qui se rapportait à dukkha et à la cessation de dukkha.

Il existe une belle citation en pali que j’aimerais que vous entendiez :
« Pubbe caha bhikkhave etarahica dukkhanava pannapemi dukkhassa ca niodha. » ( Bhikkhus ! Dans les temps passés, aussi bien qu’aujourd’hui, je n’ai parlé que de dukkha et de l’extinction totale de dukkha)

Le Bouddha ne fait pas référence au futur, car celui-ci n’existe pas. Mais, dans le passé comme dans le présent, il n’enseigna que ces deux choses.

Parmi les choses que nous devons savoir, nous pouvons citer quatre importants aspects de la sagesse:
Le premier sujet que j’aimerais aborder, il y a les trois caractéristiques de l’existence (ti-lakkhana) : anicca (l’impermanence, le changement), dukkha (l’insatisfaction), et anatta (le non-soi et l’altruisme) (« selflessness » peut être traduit par « altruisme » ou « générosité désintéressée »).
Vous pouvez trouver ces explications détaillées sur ces trois caractéristiques dans de très nombreux ouvrages ; je me contenterais seulement de les rappeler brièvement aujourd’hui.


Toute chose composée :

Anicca signifie que toute chose composée est en constant changement.

Veuillez noter que nous ne parlons que des choses composées. Les choses non composées n’ont pas cette caractéristique d’anicca.

L’impermanence ne s’applique qu’aux choses qui sont produites par des causes et des conditions. Comme ce terme « choses composées » est important, vous feriez bien de retenir le terme pali, « sankhara ». Sankhara signifie : « former, composer, inventer, conditionner », et s’applique à cette myriade de choses qui, en permanence, produisent et conditionnent de nouvelles choses. C’est une caractéristique ou activité de toutes les choses phénoménales, comme ces arbres autour de nous.

Différentes causes interagissent ensemble dans ceux-ci. De nouvelles chose apparaissent, il y la croissance et le développement, les feuilles grandissent et tombent, le changement est incessant. Sankhara est cette activité continuelle de changement. Tout ce qui est conditionné dans l’existence est appelé « sankhara ». Les conditions de l’apparition de ces choses et ces choses elles-mêmes, sont appelées « sankhara ». Ainsi, « sankhara » englobe à la fois, les choses conditionnées et les choses qui conditionnent et aussi, les causes et les effets du conditionnement.

Nous pouvons comparer ce conditionnement sans fin aux briques d’un mur. Chaque brique supporte une autre brique qui elle-même supporte une autre qui en supporte une autre et ainsi de suite, par couche successives. Chaque brique supporte d’autres briques et est soutenues par les briques qui sont sous elle. Chacune d’elles supporte et est supportée.

Ainsi, sankhara possède trois significations, à la fois verbe et nom.
-La première signification, le verbe, est l’activité de former, de composer, de conditionner.
-La seconde signification se réfère aux choses conditionnées par cette activité et
- la troisième se réfère aux causes et aux conditions de cette activité.
La signification de sankhara est aussi vaste que cela.

Observez cette activité de conditionnement, vous la verrez dans toutes choses. Sans cette activité qui fait que des choses sont continuellement composées et celles-ci composent sans cesse d’autres choses, il n’y aurait pas d’existence, de vie. Il ne peut y avoir de vie, d’existence que par ce perpétuel conditionnement et reconditionnement.

Mais parfois, ce conditionnement est si subtil que nous ne pouvons pas le percevoir. Il peut même être caché, comme dans une roche. Il y a un perpétuel conditionnement qui se produit dans chaque roche, mais quand vous regardez, vos yeux ne peuvent pas le détecter. Néanmoins, soyez conscient du processus de conditionnement incessant dans toutes les choses qui existent.

La meilleure approche est de voir ce processus de conditionnement en vous-même. Tout cela se produit dans notre corps. Nous pouvons voir le conditionnement en nous, nous pouvons voir les choses alors qu’elles sont conditionnées, et nous pouvons voir les choses qui les conditionnement.

En regardant en nous, nous pouvons voir ce sankhara. Il y a le conditionnement de l’agrégat du corps (rupa-khandha) ; le conditionnement de l’agrégat des sensations (vedana-khandha) ; le conditionnement de sanna-khandha, qui est l’agrégat des perceptions, des identifications et des classifications ; le conditionnement de l’agrégat de la pensée (sankhara-khandha) ; et enfin, le conditionnement de l’agrégat de la conscience (vinnana-khandha).

Ces cinq importants groupes ou agrégats, leur existence et leur constant conditionnement peuvent être observés dans nos corps, alors que ceux-ci sont vivants.


Le point de contact :

Examinez les transmissions ou points de contact : maintenant les yeux travaillent, maintenant les oreilles travaillent, maintenant le nez travaille, maintenant la langue travaille, maintenant la peau travaille, maintenant l’esprit travaille. Un par un, ils assurent leurs fonctions, ils font leur travail. Quand l’un d’eux fonctionne, alors, à ce moment, il y a sankhara.

C’est quand, où et comment nous pouvons observer les conditionnements se produire. Dans le corps, il se produit un incessant conditionnement et un changement constant. Les cellules meurent et de nouvelles croissent, durant un temps et seront remplacées à leur tour. Même ces aspects purement physiques de l’existence révèlent le sankhara.

Dans ce corps, il y a six organes sensoriels : les yeux, les oreilles, le nez, la langue, la peau et l’esprit. Ceux-ci rencontrent les objets extérieurs des sens : les formes, les sons, les odeurs, les goûts, le toucher et les objets mentaux. Quand l’organe des sens entre en relation avec l’objet des sens correspondant (par exemple, l’œil voit la forme ou l’oreille entend le son…), alors se produit le conditionnement. Une forme est vue, un son est entendu, une odeur est sentie. Nous nommons cela « phassa » (le contact).

C’est le point de départ du phénomène de conditionnement ; une série de sankhara plus profonds apparaît de cela. La rencontre de l’organe des sens avec l’objet des sens (œil et forme, oreille et son… esprit et formation mentale) conditionne phassa. Phassa conditionne védana (les sensations : les réactions plaisantes ou déplaisantes face à ces expériences sensitives).

Védana aide au conditionnement de sanna, parce que les perceptions et l’identification de ces perceptions surgissent en fonction de ces sentiments.

Quoi qu’il arrive, est ainsi identifié et classifié. Sanna conditionne alors diverses pensées, y compris les émotions (sankhara-khandha). Et ceci nous conduit à agir d’une manière ou d’une autre. Puis, le résultat de ces actions nous conduisent à davantage de pensées, qui nous entrainera à de nouvelles actions et ainsi de suite…

Voilà un exemple de ce que nous désignons par « conditionnement ». Nous voyons que cette sorte de conditionnement se produit en permanence, même dans notre propre corps. Jamais cela ne s’arrête, ni ne prend du repos. Cela se poursuit que nous soyons éveillés ou endormis. Ce flux perpétuel, ce flot incessant, c’est la caractéristique d’anicca.


Dukkha :

Quand nous voyons clairement la caractéristique d’anicca, il est facile de comprendre la deuxième caractéristique, dukkha (l’insatisfaction, l’insupportable, la laideur, l’insignifiant).

Si nous voulons que les choses aillent selon notre idée, nous expérimentons dukkha. Quand les chose ne restent pas comme nous le souhaiterions ou nous le voudrions, nous éprouvons dukkha.

En fait, rien ne se produit réellement comme nous voulons, car rien ne reste inchangé suffisamment longtemps pour correspondre à ce que nous voulons. Alors, notre insatisfaction (dukkha) est sans fin. C’est la caractéristique de dukkha.

Quand nous regardons étroitement nous voyons que, nous-même, nous avons ces caractéristiques : l’impermanence, la souffrance et l’insatisfaction.

Les choses que nous aimons et qui nous plaisent sont anicca et dukkha. Les choses que nous n’aimons pas sont anicca et dukkha. Il n’y a rien dans tous les sankhara qui ait les caractéristiques de la permanence (nitta) et qui soit satisfaisant (adukkha). Nous devons voir anicca et dukkha en nous-même de cette façon.

Quand nous voyons complètement l’impermanence, quand nous voyons complètement la souffrance, l’insatisfaction, alors de manière automatique nous voyons que toute chose est anatta (sans-soi). Il n’y a rien que nous puissions appeler « Je », « moi ».

Parmi tous ces changements et ces conditionnements, il n’y a aucune entité individuelle ou substance éternelle qui peut être assimilé à un « soi ». Tout est anatta, sans-soi. Les choses existent ; noous ne disons pas le contraire. Ce qui est, est ; mais tout ce qui est, est sans soi propre. Nous ne devons pas nous méprendre et penser que nous avons un soi (atta). Il y a seulement le flot du changement. Tout ceci est la compréhension ou panna au sujet d’anicca, dukkha et anatta.


La vacuité :

Le deuxième sujet est la compréhension ou panna(sagesse) à propos de sunnata (la vacuité). Quand nous voyons les trois caractéristiques d’anicca, de dukkha, d’anatta, quand nous comprenons que toute chose n’a pas d’entité propre, alors nous comprenons que toute chose est vide de soi, est vide de quoi que ce soit que l’on puisse nommer : un soi.

C’est la signification de sunnata. Cette caractéristique simple de sunnata recoupe et recouvre les trois premières caractéristiques (anicca, dukkha et anatta).

La signification de « sunnata » est meilleure, plus large, plus facile et plus utile que n’importe quel autre mot pour définir le principe de la pratique et le principe de la vie. Encore faut-il que nous comprenions ce terme à la lumière du Dhamma, dans la langue de sati-panna (la pleine conscience et la sagesse).

Il ne doit pas être compris suivant des caractéristiques matérialistes, comme « rien n’existe » ou « tout est vide ». Le Bouddha a insisté sur le fait qu’une telle vue nihiliste est une conception extrême et une compréhension erronée. Sunnata n’est pas le nihilisme ou le néant. Les choses existent, mais elles sont vides et libres de quoique ce soit qui puisse être qualifié de « soi ».

Alors, nous disons que toute chose est vide, c’est la signification de la « vacuité » dans le langage du Dhamma. Si nous voyons sunnata, cela incluse voir anicca, dukkha, et anatta. Nous n’avons pas besoin de voir ces quatre caractéristiques ; en voir juste une seule – la vacuité – est suffisante pour prévenir les impuretés mentales (kilesa : perturbations et contaminations de la nature calme de l’esprit).

Quand nous voyons la vacuité dans les choses que nous aimons, nous cessons d’aimer. Quand nous voyons la vacuité dans les choses que nous haïssons, nous cessons de haïr. Alors, il n’y a ni amour, ni haine, ni attirance, ni répulsion, ni bonheur (sukha), ni souffrance (dukkha). Il y a juste une voie médiane, vivre dans la quiétude et la liberté de la voie du milieu. Tel est le fruit de la vraie compréhension de la vacuité des choses.

Tant que l’amour et la haine subsistent, l’esprit reste esclave de cet attachement aux choses que nous aimons ou que nous haïssons. Avec la complète compréhension de sunnata, l’esprit est libre, délié de ces choses. La véritable liberté, c’est la vacuité.

Sunnata est un synonyme de nibbana. Nibbana est vacuité. Quand l’esprit comprend la vacuité, il n’y a plus d’impuretés mentales, il n’y a plus de chaleur ; il y a nibbana, qui signifie « le calme, la fraîcheur ». Ainsi, quand il y a sunnata, il y a le calme, la « fraîcheur », nibbana. Le Bouddha a dit : « Vous deevez toujours regarder le monde comme une chose vide d’atta (de soi) et d’attaniya (appartenance au soi). C’est le second aspect de panna.


La Loi de la Nature : la loi des causes et des effets

Le troisième sujet que je souhaite aborder est la conditionnalité (idappaccayata), ce qui veut dire : « parce que ceci est, ceci est ; parce que ceci se produit, ceci se produit ; parce que ceci n’est pas, ceci n’est pas ; parce que ceci cesse, ceci cesse ».

Ces conditions sont appelées « idappaccayata », la loi des causes et des effets.

Nous pouvons aussi l’appeler la loi de la coproduction conditionnée (paticca-samuppada) car idappaccayata et paticca-samuppada sont la même chose, le même principe de sagesse qui doit être étudié, observé et compris.

Vous verrez que toute chose en ce monde est un flot constant, que le monde est un flux continuel. C’est un sujet profond et perplexe. De nombreux livres traitent de cela en détail ; certains sont complexes, surtout ceux traitant ce sujet en termes de coproduction conditionné.


Tathata « Simplement ainsi », « juste cela »

Maintenant, nous arrivons au quatrième sujet : tathata (l’ainsité). « Simplement ainsi », « juste cela » : chaque chose est telle qu’elle est et ne peut être différente de cette « ainsité ».

Ceci est appelé « tathata ». Quand tathata est vue, les trois caractéristiques d’anicca, de dukkha et d’anatta elles-aussi sont vues, sunnata est vu et idappaccayata est vue.

Tathata est le résumé de tout ceci – simplement ainsi, seulement ainsi, non-altérité possible – ; il n’y a rien de meilleur que ceci, rien de plus que ceci, rien d’autre que ceci...

Pour comprendre intuitivement tathata, il faut voir la vérité de toute chose, il faut voir les choses qui induisent en erreur. Ces chose qui leurrent sont celles qui font naître en nous la discrimination et la dualité : bien et mal, bonheur et tristesse, victoire et défaite, amour et haine, etc.

Il y a de très nombreuses paires opposées de cette sorte dans le monde. En voyant pas tathata, nous permettons à ces choses de nous leurrer en nous faisant croire à cette dualité : ceci-cela, attirance-répulsion, chaud-froid, mâle-femelle, impureté-éveil.

Cette illusion est la cause de tous nos problèmes. Emprisonnés dans ces oppositions, nous ne pouvons pas voir la vérité des choses. Nous retombons dans l’attirance et la répulsion, qui à leur tour nous amène dans les impuretés (kilesa), parce que nous ne voyons pas tathata.

Ce que nous devons voir, constamment et en profondeur, c’est que le bien est sankhara et que le mal, lui aussi, est sankhara. Les sensations plaisantes et déplaisantes, sukha et dukkha, sont toutes deux sankhara. Il n’y a rien qui ne soit pas sankhara.

De même, toute chose est tathata. Toute chose a cette caractéristique....

De plus, nous pouvons dire que le ciel est sankhara et que l’enfer est sankhara. Aussi, ciel et enfer sont tathata – juste ainsi.

Notre esprit doit être au-dessus du ciel, au-dessus de l’enfer, au-dessus du bien et du mal, au-dessus de la joie et de dukkha. Tathata est le quatrième sujet de la compréhension ou panna, la sagesse qui doit être développée à un niveau suffisant.

Nous devons étudier la réalité à la fois au niveau physique et matériel et au niveau mental et spirituel, jusqu’à ce que notre connaissance et notre sagesse soient adéquates et constantes.

Maintenant nous connaissons les quatre dhammas : sati, sampajanna, samadhi et panna. Il nous reste à apprendre comment les mettre en pratique de manière que cela nous conduise à une forme de sagesse correcte, réussie et salutaire.

La question maintenant c’est : comment employer le Dhamma, ou bouddhisme, dans nos vies quotidiennes ?


Dhamma dans la vie de tous les jours :

Comment allons-nous employer ces quatre dhammas dans nos vies quotidiennes ?

Une réponse rapide : nous devons vivre nos vies à la lumières de ces quatre dhammas. Nous devons employer ces quatre dhammas de manière correcte pour faire face à chaque situation et chaque problème qui arrive chaque jour.

Toutes les fois que surgit une situation qui pourrait nous conduire aux problèmes ou à dukkha – comme les yeux voyant une forme, les oreilles entendent un son, ou l’esprit ayant une pensée – nous devons avoir sati. Sati, immédiatement, amène le sagesse nécessaire face à cette situation afin de traiter les problèmesqui pourraient apparaître. La pleine conscience vient en premier.

Cette sagesse appliquée à l’expérience est sampajanna. Amenée à temps par sati, cette sagesse-en-action traite la situation telle qu’elle se présente. Puis, dans le même temps, alors que sampajanna est en action, la puissance de samadhi donne la force et l’énergie à la sagesse afin qu’elle puisse s’attaquer au problème.

A ce niveau, il y a samadhi ; à ce niveau la sagesse-en-action est capable de résoudre le problème. Panna agit comme un vaste entrepôt où serait stockées la connaissance et la vision intérieure dont se sert sati pour traiter avec les expériences des sens.

Quand ces quatre dhammas travaillent de conserve, nous pourrons voir que nous devenons plus intelligent. Nous sommes intelligents car nous avons la capacité de faire face aux situations qui se présentent à nous, sans engendrer de nouveaux problèmes ou tensions. Nous ne sommes pas asservi aux influences de toutes les paires opposées. C’est la vie libérée, paisible et fraîche. C’est le meilleur que puisse atteindre un être humain.

Pour résumer, nous devons posséder suffisamment de panna, nous devons employer sati à tout moment, nous devons appliquer sampajanna correctement et nous devons employer samadhi de manière appropriée et avec une puissance adéquate. Ensemble, ces quatre dhammas doivent employés de manière correcte et avec suffisamment d’énergie, dans toutes les situations qui peuvent se présenter à nous. C’est la réponse à la question : comment employer le Dhamma avec succès ?

J’espère que chacun d’entre vous va employer ces quatre dhammas dans votre vie. Rien d’autre ne pourra justifier le temps, l’effort et la dépense que vous avez dépensés pour venir ici. J’espère que vous ne partirez pas d’ici avec des dettes, mais que vous tirerez des bénéfices de votre séjour à Suan Mokkh.

Buddhadasa Bhikkhu ”The Natural Cure for Spiritual Disease”- Traduction de l'anglais par isara


  • Lire L'introduction + la première partie de cet enseignement sur le blog d'isara

mercredi 4 juin 2008

Aung San Suu Kyi, Portrait d'une femme bouddhiste




Ces passages (que j'ai scanné) sont extraits de la préface du livre de Thierry Falise "Aung San Suu Kyi le Jasmin ou la lune"


Elle est arrivée portant un chemisier jaune, couleur de défiance, Couleur interdite par la junte militaire, pourtant c'est la couleur sacrée des bouddhistes.

Les militaires étaient très nerveux.. . Superstitieux Parce que ce jour là nous étions le 25/9/99
et le 8/8/88 était la date des massacres sanglants des étudiants et de la population deux années avant qu'elle ne gagne haut La main les élections en Birmanie et avant d'être à jamais leur prisonnière.

Visage lumineux, cheveux d'ébène piqués de fleurs, une rebelle magnifique, impertinente, l'audace d'une collégienne, malicieuse et drôle. Cette femme frêle est Aung San Suu Kyi.

Pendant notre entretien d'une heure à l'ambassade de France à Rangoon, j'ai écouté la bravoure d'une femme qui ne s'apitoyait jamais sur son sort, mais se souciait uniquement des autres, du sort de Win Tin en prison à même le sol, vieux poète...

Bouddhiste, pacifiste, non elle ne prendra pas les armes contre la junte militaire... Elle a pitié du tortionnaire car pour sa conscience à lui c'est plus cruel que les coups qu'il donne.

- Qu'est-ce que je peux pour vous ? ai-je demandé, désemparée.
- Faire parler de Win Tin, dit-elle.
Décourager tous commerces avec la Birmanie, tourisme, bois, pétrole.. . Même le riz, on oblige les paysans à faire deux fois leur récolte. Et ils ne perçoivent pas un centime de plus pour leur travail, ça part pour la corruption...


- Ça doit être dur de vivre loin de vos enfants?
- Oh non ! sourit-elle avec cette malice d'écolière cependant triste. On ne peut pas les utiliser comme chantage contre moi, ils sont en sécurité, mes compatriotes n'ont pas cette chance...

Écoutez les moteurs quand je partirai d'ici... Deux motos et deux voitures militaires me suivront... Dans le temps, je les faisais courser mais maintenant leurs moteurs sont plus puissants que ma voiture, elle rit.

- Pourquoi on ne vous tue pas ?
Elle se retourne avec ce sourire énigmatique et j'ai eu l'impression que je l'ai vue, ma Dame pour la dernière fois...

... une compagnie pétrolière française exploite sans scrupule le gaz dans ce pays dirigé par des militaires terrifiants aux prisons sinistres...
Cette femme trop aimée, trop populaire est dans leurs mains...

Jane Birkin


Depuis cette dédicace , des choses se sont passées en Birmanie, mais après l'euphorie des manifestations dans la rue, cette vision inouïe de courage des moines, des étudiants n'ayant plus rien à perdre devant l'horreur de la pauvreté et de l'injustice dans leur pays, marchant solidaire pourle parti Démocratique, sûr de notre soutien, de notre aide... Ils ont payé de leurs vies.

Combien de tortures, combien de morts ? Nous n'avons pas bougé le petit doigt pour les aider. la Croix-Rouge est interdite en Birmanie, aucun constat n'a été fait des disparus, des morts. Nos politiciens n'ont rien changé de leur "policy", depuis toujours"business as usual " le silence est retombé sur la Birmanie.

J'ai l'impression que la finance, l'argent sont nos conseilleurs et nos pays sont tous pareils, prêts à fermer les yeux pour ne pas voir les tortures, à se boucher les oreilles pour ne pas entendre les cris et pour conserver leurs intérêts, alors que le sang éclabousse les murs des monastères.

Quand plus tard, les disparitions, le chiffre des morts seront connus, nous feindrons l'horreur alors que nous étions directement complices de n'avoir pas porté secours à ces personnes en danger...

" Elle " : quelle déception a t-elle dû ressentir ou bien, dans son coeur bouddhiste, nous a-t-elle plaint de notre lâcheté,... de nos faiblesses habituelles et enfin sait-elle la peine qu'un jour nos consciences ressentiront ?

Pardon Madame ne ne pas avoir été à votre hauteur d'intégrité, d'avoir oublié la moralité, peut être vous vous en doutiez, mais je crains que nous ayons été malheureusement un espoir...


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Remarques

Alors que la Birmanie était retombée dans le silence, comme le souligne l'auteur dans la préface ci dessus, depuis le cyclone Nargis, ce pays cher à mon coeur, est de nouveau sous les projecteurs. Malheureusement cette phrase est plus que jamais d'actualité :

nous sommes "
directement complices de n'avoir pas porté secours à ces personnes en danger..."

et nous devrions demander pardon cette fois ci, à tous Birmans.

Dans un de mes messages, publié le 1 juin sur "Birmanie mon coeur saigne", j'écrivais

... la junte est responsable, l'ONU est responsable, L'Europe est responsable, nous sommes responsable. Ensuite, appelez ça comme vous voudrez, "négligence", "non assistance à personne en danger" et même "complicité", peu importe, mais nous devrons un jour ou l'autre, nous tous, rendre des comptes aux birmans mais aussi à tous les peuples qui souffrent de cette manière et leur expliquer pourquoi on les a laissé mourir sans rien faire ou presque, enfin juste le minimum pour se donner "bonne conscience."....

Quelle naïveté de ma part, mais parfois je me prends à espérer une intervention militaire qui serait effectuée uniquement dans l'intérêt du pays concerné et non dans l'intérêt du ou des pays qui interviennent.
Je me prends à espérer que l’action humanitaire ne soit plus une arme dans les mains de certains pays occidentaux "donneurs de leçons" mais un véritable acte de compassion... (Birmanie, "négligence criminelle?")




dimanche 1 juin 2008

Liberté de pensée liberté de religion

Un magnifique témoignage de Mr Aung Ko représentant de "the National Council of the Union of Burma" en France. Une vraie leçon d'humilité et de compassion.

J'ai déjà publié ce témoignage au mois de septembre 2007 mais il est toujours d'actualité: La Birmanie se trouve toujours "dans une situation politique et sociale déchirée."

Les conséquences dramatiques du Cyclone Nargis ont permis à la Birmanie de revenir sur le devant de la scène internationale, mais pour les Birmans l'enfer au quotidien existait déjà depuis longtemps.

J'ai également publié ce témoignage sur le blog Birmanie mon coeur saigne





Je veux vous dire merci

(...) Je veux vous dire merci pour tous ceux qui n’ont pas le droit de le faire dans mon pays, la Birmanie, encore nommée « Myanmar » par la junte non-élue et non-démocratique ; arrivée au pouvoir par son coup d’état et ses atteintes massives aux droits de l’Homme. C’est un très grand honneur et privilège pour moi de pouvoir vous remercier et je souhaite le faire pour tous ceux qui ne disposent, dans mon pays, ni de la liberté de pensée, ni de celle de pratiquer leur religion ; pour ceux qui n’ont pas accès à la presse libre, qui n’ont pas la liberté de parole, et d’expression, qui ne peuvent ni se réunir, ni former une association.


La liberté est inexistante en Birmanie

La Birmanie, comme vous le savez peut être, est surnommée le « Pays des mille pagodes et de la douceur de vivre » mais, depuis des années, il est devenu le pays de la dictature militaire et des violations des droits de l’Homme. Il est gouverné au prix de mille mensonges.

On m’a demandé plusieurs fois si la liberté est contrôlée en Birmanie. Selon la Loi du Karma, ou « Loi de Cause et Effet », la liberté est triple par nature : elle est physique, verbale et mentale. Et bien, au regard de ces trois dimensions de la liberté, ma réponse à cette question sur mon pays est simplement : Non ! La liberté en Birmanie n’est pas contrôlée, elle est tout bonnement inexistante.

La liberté a été confisquée par la junte militaire, par le coup d’état et par la loi martiale. La liberté n’existe que pour les généraux, nommés par eux-mêmes, non-élus et non-aimés par le peuple, et pour leurs marionnettes. Ceux qui aiment la démocratie en Birmanie, les électeurs et les élus du peuple, sont en fait considérés comme les ennemis du peuple. Cela a été décrété par la dictature militaire qui en conséquence clame sans cesse qu’ils doivent être, « à tout prix », « écrasés » ou « annihilés ».

Le message officiel, reconnaissez-le, est pour le moins paradoxal dans un pays où se sont tenus successivement deux Synodes ou Conciles Bouddhistes. Alors, comme le personnage « Aung Ko » que j’ai joué sous mon propre nom dans le film de John Boorman « Rangoon » ou « Beyond Rangoon », je le redis encore aujourd’hui : « En Birmanie, tout est illégal ».


Le peuple a voté

Oui. Il y a bien eu des élections législatives nationales et le peuple a effectivement voté. Les votes ont été décomptés et une majorité de plus de 82 % a été reconnue et annoncée. Mais le régime militaire n’a pas su honorer les électeurs et les élus. Il s’agit là d’une malhonnêteté absolue, unique par sa forme dans toute l’histoire des sciences politiques et sociales. Et depuis lors, la loi en Birmanie n’est que ce que les Généraux autoproclamés en font ; elle peut être changée sans contrainte pour eux et elle change d’ailleurs de jour en jour, selon le bon vouloir et les intérêts de la dictature en place.

Par dérision, le peuple birman raconte qu’il existe en fait en Birmanie une loi qui dit : « Je te hais ». Elle aurait un mode d’application simple qui ferait dire aux soldats à leurs victimes : « On ne t’aime pas ; la prochaine fois, on ne t’enverra plus en prison ». Nous pouvons imaginer facilement ce que ces mots veulent dire ; ils ne peuvent signifier autre chose que la disparition et l’élimination de la victime, simplement justifiée par la haine.

Le peuple dépeint bien toute l’attitude de la junte et il n’y a rien qui puisse être aussi différent de tout le message de la religion et de la culture de mon peuple. La corruption de l’esprit et du cœur entretenue par les Généraux birmans et par leurs hommes de main, le pouvoir politique et social qui n’est pas établi conformément à la loi civile, tout fait souffrir les co-citoyens en silence, comme les prisonniers de conscience et d’opinion.

Mais face à la tyrannie et à la dictature, le peuple de Birmanie soumis à l’un des pires joug qui existe dans ce monde a toujours la force et le courage de vouloir se libérer de ses entraves, de se mettre debout et de montrer qu’ils ne renonce jamais à faire preuve de liberté de conscience ou de pratique, au nom de la dignité humaine. Pouvons-nous agir sans entrave ?


La vraie essence de notre combat est le combat de l’esprit.

Lorsque l’homme est prisonnier de conscience ou d’opinion, lorsqu’il doit baisser la tête et s’incliner devant l’usage de la force et de la violence, il arrive, comme souvent dans les pays dont nous parlons aujourd’hui, que son esprit soit brisé par la torture ou par la réclusion. Mais il arrive toujours que certains hommes et femmes, héroïques ou au-dessus du commun, ne se laissent pas abattre et choisissent de répondre à la violence avec noblesse de cœur et tranquillité d’âme. Mes chers confrères et consœurs, soyons tristes, mais pleurons de joie du fait que nous pouvons agir en commun pour atteindre un résultat dans nos pays. La vérité a un témoin. N’est-ce pas ?

Je rejette absolument les clichés selon lesquels la religion pourrait impliquer nécessairement, intrinsèquement, inévitablement, des formes de soumission politique. Le combat politique et social non-violent trouve sa vigueur, en Birmanie, dans la force de l’amour non-violent et de la compassion. Il est absolument pacifique, mais essentiellement actif au nom de la vérité.

Il ne s’agit pas du tout de résistance civile passive, ni de non-résistance « lâche », comme l’on dit et comme on l’entend trop souvent. Autrement dit, c’est une force non-violente de non-coopération avec l’injustice et les criminels. C’est la désobéissance civile qui mène à la résistance forte et bonne pour pouvoir dire « Non », pour pouvoir s’opposer aux princes des ténèbres qui veulent faire peur à leurs propres citoyens par les balles, et qui tentent de les dominer.

La vraie essence de notre combat est le combat de l’esprit. Nous combattons avec nos « sources » que nous avons cultivées et avec nos « forces intérieures » que nous avons développées. Au-delà de la passion de soi, de l’amour personnel, il s’agit d’un amour universel sans barrière et sans exception, à l’égard de tous les êtres vivants. Nous suivons notre chemin de lutte et de combat politique et social, par une autre culture et par un autre esprit de combat. Que la pensée soit plus forte que des balles !


La compassion et la sagesse

Pour qu’un homme ou qu’une femme soit parfait, selon l’enseignement du Bouddhisme, il ou elle doit développer conjointement et également deux qualités : la compassion Karuna, d’une part, et la sagesse Panna d’autre part.

La compassion englobe l’amour, la charité, la bonté, la tolérance ; toutes les nobles qualités de cœur qui sont le côté affectif. La sagesse, quant à elle, signifie le côté intellectuel, c’est-à-dire toutes les qualités de l’esprit. Si le côté affectif est développé, seul, tout en négligeant le côté intellectuel, on devient un sot au bon cœur. Si, au contraire, on développe exclusivement le côté intellectuel en négligeant l’affectif, on risque de devenir un intellectuel manquant de sentiment pour les autres. La perfection exige que ces deux côtés soient développés l’un tout autant que l’autre. C’est le but de la voie bouddhiste qui mène à l’absence de peur, d’impureté. Ce qui constitue la peur, l’impureté, c’est l’avidité, la haine, et l’illusion.

Daw Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix, a dit : « La peur est une habitude. Elle ne me fait pas peur ». Elle dit qu’elle n’a pas peur parce qu’elle est, elle-même, enveloppée de l’amour universel et de la compassion. Seuls les êtres inhumains sont incapables de comprendre une chose ; c’est que la violence ne peut être stoppée que par la non-violence. La violence ne cesse jamais par la violence, comme la haine ne cesse jamais par la haine ; c’est seulement par l’amour que la haine cesse. C’est la Loi universelle enseignée par le Bouddha depuis 2 546 ans. C’est ainsi que la voie bouddhiste nous l’indique : « La sagesse et la compassion ne doivent pas être séparées ». C’est pourquoi un vrai bouddhiste, comprenant avec cœur et esprit les choses telles qu’elles sont, est plein d’amour et de compassion pour tous les êtres vivants. Sauvons nos valeurs asiatiques dans nos pays !


La « Compréhension Juste » et la « Pensée Juste »

Dans un pays où le développement de la culture mentale tient le premier rang, chacun sait que la « Compréhension Juste » et la « Pensée Juste » appartiennent en propre à la sagesse bouddhiste, et bien la junte a créé en 1994 une armée bouddhiste pour les Karens s’appelant « l’armée bouddhiste démocratique des Karens », la DKBA. On le voit-là, c’est l’histoire même du Bouddha qui en Birmanie est sévèrement insultée et niée ; le Seigneur Bouddha ne s’était-il pas Lui-même rendu sur les champs de bataille, par compassion et amour universel, pour arrêter les tueries, pour établir la paix et la prospérité des peuples ?

Depuis 1988, où les moines bouddhistes de Birmanie ont suivi le chemin du Bouddha et se sont montrés aux côtés du peuple en manifestant en paix et sans armes pour la démocratie et les droits de l’Homme, ceux-ci n’ont pas pu échapper aux arrestations et à la détention pour leurs actes compatissants. De nombreux moines birmans ont été mis et sont encore en détention ; c’est la réalité de mon pays.

Peut-on voir là, comme résultat de l’action du pouvoir en place, comme bilan de l’histoire contemporaine de la Birmanie, autre chose que la destruction de la culture bouddhiste et des fondements d’une histoire nationale ?

La liberté de pratique religieuse pour les chrétiens et les musulmans du pays est elle aussi soumise à de multiples atteintes et violations ; tout pareillement. La junte, pour attirer l’attention du peuple birman et de l’opinion internationale, pour faire également apparaître justifiable son existence même, crée et attise les haines entre communautés religieuses. Elle a attisé les conflits entre les Karens bouddhistes et les Karens chrétiens, les conflits entre les moines bouddhistes et les religieux musulmans. Et tout cela au nom de sa politique de paix et de développement !


L’enseignement du Bouddhisme dans le pays se fait toujours sous le contrôle du pouvoir

Un autre méfait de la politique mise en place par la junte militaire et que, depuis quelques années, l’enseignement du Bouddhisme dans le pays se fait toujours sous le contrôle du pouvoir et en obéissant aux instructions et aux ordres qu’il donne. Ceci est parfaitement contraire à la volonté du Bouddha qui n’a jamais lui-même nommé un chef du Dhamma, de la Loi. Le Bienheureux a dit à ses disciples : « il y a mon enseignement ». A l’inverse, la junte n’a pas d’autre politique que de tout ordonner et de diviser pour régner ; cela contribue à détruire le Bouddhisme et sa culture. Car le Bouddhisme est fait pour l’homme et ce ne sont pas les hommes qui ont fait le Bouddhisme.

Les généraux de la junte se rendent bien dans les pagodes et dans les monastères, on le voit sur l’écran de la télévision officielle et dans les journaux qu’ils contrôlent. Peut être espèrent-ils ainsi acquérir quelques mérites en pensant à leurs vies futures, mais cela fait surtout partie de leurs différentes actions de propagande. Le comble est qu’ils se rendent dans les pagodes en portant leurs uniformes de l’armée, et en portant parfois des armes à feu. C’est tout à fait contraire au message du Bouddha. Et finalement le plus important, pour eux, c’est peut être finalement de montrer leur colère, leur haine, leur violence, tout ce qu’il peut nuire aux autres, même sur les lieux saints. C’est ainsi que la majorité du peuple de Birmanie vit sous la terreur et la répression instaurées par le régime militaire responsable des massacres du 8 août 1988.

Le Bouddha nous a enseigné la souffrance et la Délivrance de la souffrance


Le Bouddha nous a enseigné la souffrance et la Délivrance de la souffrance par les moyens de l’amour universel, la compassion, la joie sympathique et l’équanimité, mais ces généraux birmans font souffrir le peuple en Birmanie par la violence, la cruauté, la jalousie et la partialité. Birmanie : La souffrance du mal !

C’est la raison pour laquelle, Daw Aung San Suu Kyi a déclaré : « Nous voulons que le monde sache que nous sommes prisonniers dans notre propre pays ». Elle a fait un appel à la communauté internationale pour demander « de faire preuve de compassion, partager la liberté que l’on a avec ceux qui n’en n’ont pas et prendre une position ferme dans la bataille pour la démocratie en Birmanie ». Car, pour elle, « le Bouddhisme engagé ou « social » est la compassion active ou l’amour universel actif. Ce n’est pas seulement rester passif en disant, « je suis désolé pour eux ». Elle ajoute que « l’intégrité politique signifie tout simplement honnêteté en politique. Le plus important est de ne jamais tromper les gens ».

Qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas de « valeurs asiatiques », chacun peut avoir son point de vue, le plus important me semble être de laisser les gens s’exprimer librement. Et en tout cas, il est sûr et certain qu’il y a des valeurs bouddhistes dans nos pays asiatiques : l’amour universel, la bienveillance, la compassion, la non-violence, le respect de l’homme, les droits de l’homme pour le bien-être de l’être humain. Mais, hélas !


La Birmanie se trouve dans une situation politique et sociale déchirée

La Birmanie d’aujourd’hui se trouve dans une situation politique et sociale déchirée, et l’économie est en plein chaos du fait de la malveillance de dirigeants maladroits. Quels sont les derniers événements politiques et diplomatiques à propos de la Birmanie ?

Selon Monsieur Razali Ismail, malaisien et envoyé spécial des Nations-Unis, qui s’exprimait au mois d’août 2002 : « des discussions significatives entre militaires et opposition » devaient « commencer à la fin de la semaine »…et il ajoutait qu’à présent « ça ira très, très vite ».

Quelques jours plus tard le Dr. Mahathir, Premier ministre malaisien en visite d’affaires en Birmanie, a déclaré, contredisant M. Razali, qu’il « existerait des dangers » à « une entrée précipitée dans un système démocratique, qui peut mener à l’anarchie… ».

Le lieutenant-général Khin Nyunt, le numéro un du service secret du régime militaire, a alors tout de suite fait l’éloge du Dr. Mahathir : « Pour nous, a-t-il publiquement déclaré, le Premier ministre Dr. Mahathir Mohamad est plus qu’un leader de la dynamique nation de Malaisie. Il est un homme d’état visionnaire de la région et un ardent défenseur du monde en voie de développement ».

Je rappelle que le Dr Mahatir est l’un des inventeurs d’un universalisme relatif selon lequel il existerait des valeurs asiatiques spécifiques, où la démocratie n’aurait qu’une valeur relative, disons même occidentale, mais où l’islam, lui, aurait une valeur universelle. Et les dirigeants de mon pays en font un « visionnaire » planétaire !

Daw Aung San Suu Kyi a apporté elle-même une réponse dans une interview au magazine « Irrawaddy » le 22 août : « Nous ne pouvons pas accepter l’idée selon laquelle, si la démocratie n’est pas être maîtrisée correctement, celle-ci pourrait mener à l’anarchie. Je pense que cette sorte de commentaire consiste à traiter le peuple de Birmanie avec condescendance ».

Dans son interview avec Radio Free Asia (RFA), service birman, « Le peuple de Birmanie est prêt de s’engager dans la démocratie et à la soutenir » ; « Mahathir est en train de mépriser le peuple birman » ; « La majorité du peuple birman s’engagera dans la démocratie et la soutiendra consciencieusement, et d’une façon positive », a-t-elle répondu. (le 21 août 2002).

Selon la radio « Voix Démocratique de Birmanie », Daw Aung San Suu Kyi, qui s’exprimait par message radio dans le cadre d’un colloque gouvernemental norvégien consacré au pétrole et aux droits de l’Homme le 28 août, a enfin exhorté la communauté internationale à continuer les sanctions économiques contre le régime militaire au pouvoir ; jusqu’à ce que soit établi une étape plus significative du dialogue avec la junte.

Avec la patience on arrive à tout ! Et bien sûr, il nous faut la patience qui signifie, dans son sens profond, l’acceptation de la souffrance elle-même. C’est une attitude de bienveillance et de bonté de l’homme non-violent. C’est même le vrai sens de notre combat non-violent, si j’ose dire, pour la restauration de la liberté de pensée et de religion dans nos pays en Asie du Sud-Est. Vive « Satyagraha » ! Vive « la vérité et l’amour » !