vendredi 25 septembre 2009

Tout apparaît, tout disparaît

Extrait du livre publié aux Editions SULLY,

Tout apparaît, tout disparaît - Ajahn Chah

traduit par Jeanne Schut

Chapitre 6 : Voir les choses telles qu’elles sont réellement

Le Bouddha a enseigné qu’il faut observer tout ce qui se présente. Les choses ne durent pas. Après s’être manifestées, elles cessent ; ayant cessé, elles apparaissent à nouveau puis, étant apparues, elles cessent encore. Mais quelqu’un dont l’esprit est confus et qui n’a pas la connaissance, ne veut pas qu’il en soit ainsi. Quand nous méditons et que l’esprit s’apaise, nous voulons demeurer ainsi, sans être dérangés, mais ce n’est pas réaliste. Le Bouddha nous a recommandé de regarder d’abord les faits et de voir combien ces choses sont trompeuses ; ensuite seulement pouvons-nous trouver la paix. Quand nous ne connaissons pas les choses telles qu’elles sont, nous croyons les posséder et le piège du « sentiment de soi » fait surface. Nous devons donc remonter à l’origine et découvrir comment cela s’est produit. Il faut que nous comprenions comment les choses sont en réalité, comment elles entrent en contact avec l’esprit et comment l’esprit réagit ; après, nous pourrons être en paix. Voilà ce que nous devons étudier à fond. Si nous refusons que les choses se passent comme elles se passent, nous ne pouvons pas connaître la paix. Où que nous tentions de nous échapper, les choses se produisent toujours de la même manière — c’est leur nature.

En termes simples, ceci est la vérité. L’impermanence, la souffrance et l’absence de soi sont la nature même des phénomènes. Ils ne sont rien d’autre que cela, mais nous donnons aux choses bien plus de sens qu’elles n’en ont en réalité.

Il n’est pas vraiment si difficile de permettre à la sagesse d’émerger. Il s’agit simplement de chercher les causes et de comprendre la nature des choses. Quand votre esprit est agité, vous pouvez vous dire : « Cet état n’est pas certain. Tout est impermanent. » Et quand l’esprit est calme, ne vous dites pas : « Oh ! C’est vraiment la paix ! » — parce que cela non plus n’est pas certain.

Si on vous demande : « Quel type de nourriture préférez-vous ? » ne prenez pas la question trop au sérieux. Si vous dites que vous aimez vraiment quelque chose, quelle importance ? Réfléchissez : si vous en mangiez tous les jours, l’aimeriez-vous toujours autant ? Vous en viendriez probablement à dire : « Oh, non ! Pas encore de ça ! »

Vous comprenez ? On peut finir par se rendre malade précisément avec ce que l’on croyait aimer et cela à cause de la nature changeante de toute chose. Voilà ce qu’il vous faut découvrir. Le plaisir est incertain, le malheur est incertain, l’amour est incertain, la tranquillité est incertaine, l’agitation est incertaine. Tout, absolument tout, est incertain. Donc, quoi qu’il arrive, si nous comprenons cela, nous ne sommes piégés par rien. Tout ce que nous pouvons vivre, sans exception, est incertain car tout, par nature, est impermanent. L’impermanence signifie que les choses ne sont pas figées, ne sont pas stables et, en termes très simples, cette vérité est le Bouddha.

Anicca, l’incertitude, est la vérité. La vérité est là, sous nos yeux, mais nous ne lui accordons pas un regard clair et direct. Le Bouddha a dit : « Ceux qui voient le Dhamma me voient. » Si nous voyons anicca — cette qualité d’incertitude — en toute chose, alors apparaîtront le détachement et le désintéressement par rapport au monde : « Oh ! Ce n’est que ceci. Bah ! Ce n’est que cela. Il n’y a là rien d’extraordinaire, ce n’est que cela.» L’esprit se stabilise dans cette réalisation : « Ce n’est rien d’extraordinaire. Bah ! » Quand on a réalisé cela, il n’y a rien de bien difficile à faire en méditation. Quoi qu’il se présente, l’esprit dit : « Ce n’est que cela », et il s’arrête. C’est la fin. On comprend que tous les phénomènes ne sont que tromperies ; rien n’est stable ni permanent ; au contraire, tout change constamment et présente les caractéristiques de l’impermanence, de la souffrance et du non-soi. C’est comme une boule de fer en fusion que l’on aurait mise à chauffer dans un four. Quelle partie sera fraîche ? Essayez d’y toucher et vous verrez. Touchez le dessus, il sera brûlant. Touchez le dessous, il sera brûlant. Touchez les côtés, ils seront brûlants. Pourquoi est-ce brûlant ? Parce qu’une boule de métal en fusion est brûlante partout. Quand on comprend cela, on n’y touche pas. Quand vous vous dites, à propos de quelque chose : « Oh ! Comme c’est bon ! J’aime ça, je le veux ! », n’accordez aucun crédit à ces pensées, ne les prenez pas trop au sérieux car elles sont comme la boule de métal en fusion : quelle que soit la partie que vous touchiez, si vous essayez de la prendre, vous vous brûlerez, vous aurez très mal, votre peau se fendra et vous saignerez.

Nous devrions contempler cela à tout moment, quand nous marchons, quand nous sommes debout, assis ou couchés ; même quand nous sommes aux toilettes, quand nous allons quelque part, quand nous mangeons ou, après avoir mangé, quand nous déféquons les résidus de notre repas. A tout moment, nous devrions voir que tout ce dont nous faisons l’expérience est instable et impermanent ainsi qu’insatisfaisant et non personnel. Les choses qui sont instables et impermanentes sont incertaines et sans réalité absolue. Sans exception, elles sont toutes illusoires. C’est exactement comme la boule de fer brûlante : où pourrions-nous y trouver un endroit non brûlant ? Toutes ses parties sont brûlantes, alors nous cessons d’essayer de la toucher.

Il n’y a rien là qui exige un entraînement difficile. Par exemple, des parents préviennent un enfant qu’il ne doit pas jouer avec le feu : « Ne t’approche pas du feu, c’est dangereux, tu vas te brûler ! » L’enfant peut ne pas croire ses parents ou ne pas comprendre de quoi ils parlent mais, s’il touche le feu une seule fois et se brûle, ses parents n’auront plus besoin de lui expliquer les choses ni de le surveiller.

Peu importe l’attirance ou le plaisir que l’esprit peut éprouver, rappelez-vous seulement : « Ce n’est pas sûr ! Ce n’est pas permanent ! » Par exemple, si on vous offre un verre que vous trouvez très beau, vous vous direz peut-être : « Quel beau verre ! Je vais le ranger et en prendre grand soin pour éviter qu’il ne se casse. » Mais ajoutez ensuite : « Ce n’est pas certain. » Il se peut que, après avoir bu, vous posiez le verre près de vous et que, dans un moment d’inattention, vous lui donniez un coup de coude et qu’il se casse. S’il ne se casse pas aujourd’hui, il se cassera demain et s’il ne se casse pas demain, ce sera le jour suivant. Ne placez pas votre confiance dans des choses susceptibles de se casser.

Cette impermanence est le véritable Dhamma. Les choses ne sont ni stables ni réelles. Rien en elles n’est réel — voilà ce qui est réel. Allez-vous mettre en doute cette évidence ? C’est la chose la plus certaine qui soit : nous naissons et puis inévitablement nous vieillissons, tombons malades et mourons. Telle est la réalité permanente et certaine, et cette vérité permanente est née de la vérité de l’impermanence. Quand on étudie les choses en profondeur, à l’aune de ce « pas permanent, pas certain », il se produit une transformation en quelque chose de permanent et de certain et, à partir de là, on cesse de porter le poids des choses.

Les disciples du Bouddha se sont éveillés à la vérité de l’impermanence. Parce qu’ils ont réalisé l’impermanence de tous les phénomènes, ils ont connu le détachement et le désintéressement par rapport aux choses — nibbida. Ce désintéressement n’est pas de l’aversion. S’il y a aversion, ce n’est pas vraiment du désintéressement et cela ne devient pas une voie. Nibbida n’est pas ce que nous considérons d’ordinaire comme du désintéressement par rapport aux choses de ce monde. La vie de famille, par exemple, quand les relations ne sont pas bonnes, peut donner à penser que nous sommes vraiment devenus désenchantés, comme il est dit dans les enseignements, mais ce n’est pas le cas. Il ne s’agit, dans ce cas, que de « pollutions mentales » qui s’accumulent et oppressent notre cœur. Quand vous vous dites : « J’en ai vraiment assez. Je vais tout abandonner ! », il s’agit d’une lassitude due aux pollutions mentales. Ce qui se passe, en réalité, c’est que ces pollutions sont plus fortes maintenant qu’avant que vous ne vous mettiez en tête cette idée de lassitude par rapport aux choses qui vous posent problème.

C’est comme l’idée que nous nous faisons de mettā, l’amour bienveillant. Nous croyons que nous sommes censés aimer tout le monde et tous les êtres vivants, alors nous nous disons : « Je ne devrais pas être en colère contre eux ; je devrais avoir de la compassion ; les êtres vivants sont vraiment dignes d’amour. » Au début, vous avez de l’affection pour eux et, à la fin, cette affection se transforme en désir et en attachement. Faites attention ! Il ne s’agit pas de ce que nous appelons généralement « amour », ce n’est pas mettā dans le sens du Dhamma, c’est mettā mélangé à de l’égoïsme. Nous voulons obtenir quelque chose des autres et nous appelons cela mettā. C’est un peu comme notre soi-disant désintérêt pour le monde. « Oh ! Oui, je suis vraiment fatigué de tout cela, je me retire ! » C’est tout simplement une grosse pollution mentale, pas une lassitude du monde ou un détachement. On emploie les mêmes termes mais pas dans le sens que leur a donné le Bouddha. Si c’est authentique, il y a renoncement sans aversion ni agressivité, sans qu’aucun mal ne soit fait à personne. On ne se lamente pas, on ne blâme rien. On considère simplement tout comme étant vide.

On arrive alors à ce point où l’esprit est vide, vide de tout attachement aux choses. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien, ni gens ni objets dans le monde. Il y a l’esprit vide ; il y a les gens, il y a les choses, mais dans l’esprit tout ceci est perçu dans sa vérité, c’est-à-dire comme quelque chose d’incertain. On voit les choses pour ce qu’elles sont, on voit qu’elles suivent leur cours naturel comme éléments de la nature apparaissant et disparaissant.

Imaginons que vous ayez un vase. Pour vous, c’est un bel objet mais, de son côté, le vase existe de manière neutre. Il n’a rien à dire. Vous êtes le seul à avoir des sentiments à son sujet, à en faire une question de vie ou de mort. Si vous ne l’aimez pas ou si vous le détestez carrément, cela ne le touche pas, c’est votre affaire, il y est indifférent ; tandis que vous, vous avez des sentiments d’attirance ou d’aversion et vous vous y attachez. Nous jugeons les choses comme étant bonnes ou mauvaises. Ce « bon » trouble notre cœur et ce « mauvais » trouble notre cœur. Tous deux sont des pollutions mentales, le produit d’une compréhension erronée.

Il est inutile de nous enfuir ailleurs ; tout ce que nous avons à faire, c’est regarder et étudier cela à fond. L’esprit est ainsi. Quand nous n’aimons pas quelque chose, l’objet de notre aversion n’est pas touché, il reste tel quel. Quand nous aimons quelque chose, cette chose n’est pas touchée par notre attirance, elle reste telle quelle. Tout ce que nous faisons, c’est nous rendre fous.

Nous croyons certaines choses bonnes, nous voyons d’autres choses comme fantastiques, mais nous ne faisons que projeter ces idées à partir de nous-mêmes. Si nous sommes conscients de nous-mêmes, nous comprendrons que toutes ces choses sont égales.

Nous pouvons aisément illustrer cela avec l’exemple de la nourriture. Nous trouvons que tel ou tel aliment est délicieux ; quand nous voyons les plats sur la table, ils nous attirent ; mais une fois que tout est mélangé dans notre estomac, c’est une autre histoire. Pourtant nous regardons tous les plats et disons : « Celui-ci est pour moi, celui-là est à toi, celui-là est à elle. » Mais quand nous aurons fini de manger et que la nourriture ressortira de l’autre côté, il est probable que personne ne va se pencher dessus pour dire : « Ceci est à moi et cela est à toi », n’est-ce pas ? Serez-vous toujours aussi possessif et gourmand à ce moment-là ?

Ceci pour exprimer les choses brièvement et simplement. Si notre vision est claire et que nous fonctionnons en conséquence, tout aura une même valeur à nos yeux. Quand nous avons des désirs et que nous pensons en termes de « mien » et de « tien », les choses se terminent en conflit. Quand nous donnons une même valeur à tout, il n’y a pas d’appartenance à qui que ce soit, ce ne sont que des conditions qui existent telles qu’elles sont. Quel que soit le raffinement de la nourriture que nous mangeons, une fois transformée en excrément, personne ne veut la ramasser et en faire toute une histoire, personne ne va se battre pour elle.

Quand nous réalisons que toute chose fait partie de ce Dhamma unique, que tout est de même nature, nous relâchons notre saisie, nous posons les choses ; nous voyons qu’elles sont vides et nous ne ressentons ni amour ni haine pour elles. Nous sommes en paix. Il est dit : « Le nibbāna est le bonheur suprême, le nibbāna est la vacuité suprême. »

Je vous demande de bien écouter ceci : le bonheur dans le monde n’est pas le bonheur suprême, le bonheur ultime. Ce que nous concevons comme la vacuité n’est pas la vacuité suprême. S’il s’agit réellement de la vacuité suprême, il y a la fin de la saisie et de l’attachement. S’il s’agit réellement du bonheur suprême, il y a la paix. Mais la paix que nous connaissons n’est pas encore suprême, le bonheur que nous connaissons n’est pas suprême. Si nous atteignons le nibbāna, la vacuité est suprême, le bonheur est suprême. Et il y a une transformation : le bonheur est transformé en paix ; le bonheur est présent mais on ne lui accorde pas de sens particulier ; et la souffrance est également présente. Quand bonheur et souffrance apparaissent, on les voit comme égaux, ils ont la même valeur.

Les expériences sensorielles que nous aimons ou n’aimons pas sont, dans l’absolu, de même valeur, mais quand elles nous touchent, nous ne les percevons pas ainsi. Si quelque chose nous plaît, nous nous en réjouissons ; si quelque chose nous déplaît, nous voulons que cela disparaisse. Donc les expériences sont différentes pour nous mais, en vérité, elles sont égales. Nous devons nous exercer à les voir ainsi : les choses sont de même valeur dans la mesure où elles sont toutes instables et impermanentes.

C’est comme l’exemple de la nourriture. Nous disons que ce type d’aliment est bon, ce plat est délicieux, celui-là est merveilleux. Mais quand ils se retrouvent tous mélangés dans le corps et quand ils sont ensuite éjectés, c’est tout pareil. A ce moment-là, personne ne va se plaindre qu’il n’en a pas eu assez ; à ce moment-là, l’esprit ne va pas se laisser emporter.

Si nous ne voyons pas la vérité de l’impermanence, de l’insatisfaction et du non-soi, il ne peut y avoir de fin à la souffrance. Si nous sommes attentifs, nous pouvons voir cette vérité à tout moment. Elle est présente dans l’esprit et le corps et nous pouvons la voir. C’est là que nous trouvons la paix.


Ajahn Chah


Source : le dhamma de la Forêt




samedi 27 juin 2009

Les empêchements à la méditation

Depuis quelques temps déjà je ne médite plus tous les jours et comme par hasard les douleurs liées à une ancienne sciatique sont revenues. Et j'ai même craqué cette nuit en prenant des antalgiques.

L'esprit nous joue des tours et le corps en paye les conséquences.

Cette nuit je me suis laissée emporter et même dépasser par la douleur car je n'ai pas réussi à l'observer sereinement.

Je désirais tellement que la douleur s'en aille qu'elle est restée.

Si le retour de la douleur est liée à la Non médiation, je suis dans l'impasse car si je médite de nouveau, ce sera indirectement Pour que la douleur disparaisse et bien sûr, dans ces conditions, elle ne disparaîtra pas.

Et surtout méditer pour obtenir quelque chose c'est faire fausse route.

Méditer ce n'est pas seulement s'assoir sur son tapis de méditation, méditer c'est reprendre le chemin emprunté par le Bouddha.

Si s'assoir les yeux fermés pour pouvoir mieux observer mon corps et mon esprit est indispensable à la débutante que je suis, cela ne me suffit plus, peut-être est-ce pour cela que je m'en suis éloignée?

Je réalise que les années les plus faciles sont les premières années car on est porté par l'ivresse du débutant, pour ne pas dire l'ignorance du débutant.

Plus les années passent plus les obstacles sont subtiles et plus on trouve de raison pour s'éloigner du chemin.

L'esprit nous emprisonne.

Lorsque des empêchements s'installent il faut les observer et s'en servir pour franchir une nouvelle étape. Etre conscient de la présence des ces obstacles c'est très important car comment lutter contre quelque chose qu'on ignore.

Les empêchements à la méditation portent bien leur nom....


Kathy, le 27 juin 2009





jeudi 7 mai 2009

Nous sommes responsable de la souffrance infligée aux animaux d'élevage

"Jusqu’à présent, personne ne sait si la grippe A H1N1 pourrait être à l’origine d’une pandémie mondiale, mais sa provenance semble néanmoins de plus en plus évidente: sa source se trouverait fort probablement dans une méga-porcherie de Veracruz, au Mexique, propriété d’une compagnie multinationale américaine....

Ces 
méga-porcheries sont dégoûtantes, dangereuses , et elles se multiplient rapidement. Des milliers de porcs y sont entassés dans des entrepôts sales et se font administrer un cocktail de médicaments, ce qui entraîne des problèmes sanitaires à plusieurs niveaux. Ces méga-porcheries et les lacs de lisier qu’elles créent constituent des milieux extrêmement propices au développement de nouveaux virus dangereux tels que le A H1N1. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) doivent entamer des recherches et développer des moyens de contrôle pour ces fermes afin de protéger la santé mondiale. 

Les grandes entreprises agro-alimentaires essaieront de bloquer toute tentative de réforme, nous devons donc lancer un cri de protestation que les autorités sanitaires ne pourront ignorer. 
Signez la pétition ci-dessous demandant des règles et des contrôles pour les fermes-usines et faites passer le mot à vos amis et aux membres de votre famille. Nous remettrons cette pétition aux agences de l’ONU.

Les études abondent sur les conditions horribles que les porcs subissent dans ces méga-porcheries et sur l’impact dévastateur de ces fermes sur l’économie locale des petites communautés agricoles......

Même avec toutes ces preuves des torts causés, la combinaison de l’augmentation de la consommation de viande mondiale avec une industrie puissante, motivée par les profits au prix de la santé humaine, signifie qu’au lieu d’être fermées, 
ces méga-porcheries se multiplient autour du monde graĉe à des subsides.

Nous devons trouver une solution à la crise sanitaire mondiale actuelle en réévaluant notre consommation et notre production alimentaire. Si nous demandons de toute urgence que des enquêtes soient entreprises sur l’impact des méga-porcheries sur notre santé, des règles plus sévères seront mises en place pour la production agricole, ce qui pourrait nous permettre d’éviter les épidémies futures de maladies trouvant leur origine chez les animaux de l’industrie agro-alimentaire. 

Avec espoir, 

Alice, Pascal, Graziela, Paul, Brett, Ben, Ricken, Iain, Paula, Luis, Raj, Margaret, Taren et toute l’équipe d’ Avaaz"


Signer la pétition: ICI


Je suis végétarienne notamment parce que je trouve insupportable la souffrance qu'on inflige à tous les animaux d'élevage. 

Idem avec les vaches laitières, elles vivent dans des conditions terribles.

Par notre comportement alimentaire, nous sommes responsable de la souffrance causée aux animaux d'élevages industriels

L'homme est responsable de ses actes et des conséquences de ses actes. 



mardi 7 avril 2009

Douleur

La douleur l'empêchait de dormir tellement elle était forte et elle pouvait dire,  "Il y a de la douleur en moi". Mais elle ne voulait pas prendre d'antalgique, endormir la douleur pour pouvoir s'endormir à son tour et ne pas comprendre pourquoi la douleur était revenue.

Prendre des antalgiques, c'était comme nier la douleur, la fuir. Mais si on fuit la douleur on fuit la vie puisque qu'il y a de la douleur dans la vie. 

Pourtant elle avait comprit que douleur et souffrance ce n'était pas la même chose. La douleur était physique, la souffrance surtout mentale. Elle essayait tout simplement de ne pas ajouter de la souffrance à sa douleur, non, pas à "sa" douleur mais à "la" douleur.  Et elle répêtait mentalement pour ne pas devenir la douleur , "il y a de la douleur en moi, mais je ne suis pas la douleur, ce n'est pas "ma" douleur, c'est juste une douleur qui passe dans ce corps et qui en sortira tôt ou tard puisque rien n'est permanent"

Si on observe sans cesse la douleur on verra que par moment elle augmente tellement, qu'on ne peut plus respirer, puis, elle diminue de nouveau pour devenir supportable... ensuite elle augmente de nouveau et on crie intérieurement. La douleur est en mouvement et change d'endroit et d'intensité. 

Penser que la douleur est la nôtre c'est créé de la souffrance justement.. 

la position en demi-lotus qu'elle prenait pour méditer devenait de plus en plus difficile à maintenir et elle devait s'allonger pour méditer, ou marcher, rester debout ou couché mais surtout pas assise.


Observer la douleur, mais il n'y avait plus que la douleur à observer. Son principal objet de méditation c'était la douleur. C'est la douleur qui était devenue le centre, le centre de la vie, le début de sa renaissance.

Pourtant en observant davantage elle pouvait voir qu'il y avait d'autres objets à observer mais la douleur les cachait. c'est ainsi qu'il  y avait aussi  "la colère" mais surtout "la peur". 

tant qu'il y aura de la peur en elle, elle ne sera pas guéri, guéri de l'avidité et du désir, du terrible désir de vivre qui est la cause de toute souffrance.

Ne plus désirer vivre ne veut pas dire désirer mourir, car il s'agit là encore d'un désir. Ne plus désirer vivre,  c'est vivre enfin sereinement, paisiblement sans peur, sans souffrance. 

Quand il n'y aura plus de désir de vivre en elle, elle sera enfin arrivé sur l'autre rive, elle sera guérie.

Kathy- avril 2009

dimanche 8 mars 2009

Naissance et mort

Réflexions
Extraits d’enseignements d’Ajahn Chah
Traduit par Jeanne Schut
Cet ouvrage est précédemment paru en anglais sous le titre:
« No Ajahn Chah »


1
Il est bon de se poser régulièrement la question, très sincèrement :
« Pourquoi suis-je né ? »
Posez-vous cette question matin, midi et soir…
tous les jours.

2
Naissance et mort forment un tout. Impossible d’avoir l’une sans l’autre.
C’est assez bizarre de voir combien les gens sont malheureux et tristes lors d’un décès,
alors qu’ils se réjouissent d’une naissance.
C’est se mentir à soi-même.
Je crois que si on veut vraiment se lamenter,
il vaudrait mieux le faire quand quelqu’un naît.
Pleurez à l’origine
car, s’il n’y avait pas de naissance, il n’y aurait pas de mort.
Comprenez-vous cela ?

3
On pourrait croire que les gens se rendraient compte de ce que signifie
vivre dans le ventre de quelqu’un, combien cela doit être désagréable !
Voyez comme il est déjà difficile de passer simplement une journée enfermé
dans une petite cabane. Si on ferme porte et fenêtres on suffoque.
Alors que dire de passer neuf mois dans le ventre de quelqu’un ?
Et pourtant c’est exactement là que vous voulez être à nouveau,
pour vous faire piéger à nouveau.

4
Pourquoi sommes-nous nés ?
Nous sommes nés pour ne plus avoir à renaître.

5
Quand on ne comprend pas la mort,
la vie peut paraître très compliquée.

6
Le Bouddha a recommandé à son disciple Ananda
de voir l’impermanence, de voir la mort,
à chaque respiration.
Nous devons nous familiariser avec la mort ;
nous devons mourir pour pouvoir vivre vraiment.
Qu’est-ce que cela signifie ?
Mourir c’est arriver au bout des doutes, de toutes les questions
et être simplement présent à la réalité de l’instant.
On ne pourra jamais mourir demain ;
c’est maintenant qu’il faut mourir.
Saurez-vous le faire ?
Si vous y parvenez, vous connaîtrez la paix
qui vient quand il n’y a plus de questions.

7
La mort est aussi proche de nous
que notre souffle.

8
Si vous avez pratiqué correctement,
vous ne serez pas désemparé quand vous tomberez malade,
ni bouleversé par la mort.
Quand vous allez vous faire soigner à l’hôpital, dites-vous clairement :
« Si je guéris, c’est bien et si je meurs, c’est bien aussi. »
Je vous garantis que si les médecins me disaient que j’allais mourir d’un cancer dans quelques mois, je leur dirais : « Attention, la mort va finir par vous atteindre vous aussi. C’est seulement une question de qui part le premier et qui part plus tard. »
Les médecins ne vont pas guérir ni prévenir la mort. Seul le Bouddha connaissait ce remède. Alors pourquoi ne pas essayer de faire usage du remède du Bouddha ?

9
Si vous avez peur de la maladie, si vous avez peur de la mort,
voyez d’où elles viennent.
D’où viennent-elles ? Elles viennent de la naissance.
Alors ne soyez pas triste quand quelqu’un meurt —
c’est naturel et c’est la fin de sa souffrance dans cette vie.
Si vous voulez être triste, alors soyez triste quand les gens naissent :
« Oh ! Non ! Ils sont revenus. Ils vont encore souffrir et mourir ! »

10
« Ce qui sait » en nous, sait très bien
que tous les phénomènes sont sans substance réelle.
Alors « ce qui sait » ne se réjouit pas et ne s’attriste pas
car il ne suit pas le gré des conditions changeantes.
Se réjouir, c’est naître ; se laisser abattre, c’est mourir.
Une fois mort, on naît encore ; une fois né, on meurt encore.
Cet enchaînement de naissances et de morts
d’instant en instant
est la roue sans fin du samsara.


vendredi 10 octobre 2008

Une pause

Bonjour

Je tenais à remercier tous les visiteurs de ce blog, ainsi que toutes les personnes qui m'ont écrit ou qui ont laissé un commentaire depuis la création de ce blog, et vous êtes nombreux. C'est d'ailleurs grâce à vos encouragements que j'ai continué d'alimenter ce blog pendant plus d'un an. 

Je suis de retour chez moi mais je pense faire une pause dans la publication des messages de ce blog, ainsi que dans celui sur la Birmanie et prendre du recul. Rien n'est permanent de toute manière. En réalité il s'agit sans doute d'un arrêt des publications, mais dans tous les cas je ne supprimerai pas le blog de manière à ce qu'il puisse servir à d'autres. 
Et puis peut-être n'aviez vous pas trouvé le temps de lire tous les messages de ce blog (il y en a plus de 300) et/ou de consulter la liste de LIENS... 

Je pense, par la suite, faire une retraite de quelques jours ou quelques mois, je ne sais pas encore, mais ce sera une retraite non formelle, dans un endroit calme, propice à la méditation et à la pratique en général. Il ne s'agit en aucune manière d'un "renoncement" définitif (je n'ai pas l'intention de devenir none...) mais d'une simple pause, afin de revenir dans la "vie trop active" mieux armée, plus sereine et plus en paix. 

Que vous puissiez avoir l'énergie nécessaire pour continuer d'avancer sur le chemin en toutes circonstances.

Avec toute ma bienveillance.

Kathy


vendredi 3 octobre 2008

Chers Lecteurs(trices) et ami(e)s




Que vous puissiez être libre de toute souffrance tant physique que morale.





dimanche 28 septembre 2008

Transcender la douleur

J'ai déjà abordé dans de nombreux messages la douleur physique et les différentes manière de la percevoir et de la "recevoir", que ce soit durant une retraite, durant une séance de méditation ou durant la vie de tous les jours, en toutes circonstances. La douleur physique fait partie de notre vie et nous devons apprendre à lâcher prise. Plus facile à dire qu'à faire.

Il s'avère que je connais très bien la douleur physique puisque durant des années, j'ai souffert de douleurs chroniques très fortes liées à mes différentes hernies discales, tant lombaire que cervicale. Depuis 2 ans environ, je ne souffre presque plus et surtout je ne prend plus de médicaments antalgiques.
Si il m'arrive encore de temps en temps (mais de moins en moins) de ressentir des douleurs, au lieu de me jeter sur une boite de comprimés, je ferme les yeux et je médite. 
J'observe alors l'aversion que j'éprouve encore à l'encontre de la douleur, mais de plus en plus j'en suis consciente, je veux dire par là que je commence à être moins ignorante et grâce à cette "connaissance", à cette "attention", je peux commencer à voir les choses comme elles sont.

Je ne pourrais pas vous dire si c'est la douleur physique qui a diminué considérablement où si c'est le fait d'avoir une approche différente de la douleur qui a changé ma vie. Sans doute un peu des deux. 

Une nouvelle épreuve m'a permis récemment de pratiquer davantage et en toutes circonstances. Je n'ai pas écris "Hélas une nouvelle épreuve.. " car je suis persuadée que c'est une opportunité pour progresser sur le chemin.  
J'accepte dorénavant tout ce qui arrive dans ma vie comme une opportunité.

Trop souvent nous éprouvons de l'aversion à l'encontre de la douleur et nous souhaitons qu'une seule chose : que la douleur s'en aille et qu'elle ne revienne jamais.
Lâcher prise revient au contraire à penser sincèrement : peu importe qu'elle reste ou qu'elle parte. Lâcher prise c'est en quelque sorte apprendre à vivre dans l'équanimité.

A la douleur physique vient alors s'ajouter la souffrance mentale qui amplifie la douleur.

Avant de savoir lâcher prise, il y a une situation intermédiaire si je puis dire, qui consiste à être au moins conscient de cette aversion et à l'observer. C'est grâce à l'attention que nous apportons à tout ce qui se passe dans notre corps et dans notre esprit que nous arriverons, un jour, à lâcher prise, à vivre dans l'équanimité.

Rare sont les personnes qui n'éprouvent pas d'aversion à l'encontre de la douleur, rare sont les personnes éveillées....


Pour rappel, d'autres messages de ce blog parlant de la douleur :
Ci après, vous trouverez des extraits d'un enseignement d'Ajahn Brahmavamso sur la douleur-Enseignement Traduit par Luc Guillard
Il s'agit d'un Discours donné le 2 juin 2006 à la « Buddhist Society of Western Australia » dont le Titre original est Dealing With Pain.

Le Vénérable Ajahn Brahmavamso est né à Londres, sous le nom de Peter Betts, en 1951. Issu des classes laborieuses, il a étudié la physique à l’université de Cambridge. Après avoir obtenu ses diplômes et enseigné pendant un an, il est partit en Thaïlande où il a prononcé ses vœux monastiques. Il est resté pendant 9 ans moine auprès du célèbre Ajahn Chah dans un monastère retiré de la jungle. En 1983, il a créé, avec d’autres moines, le Bodhinyana Monastery sur un petit terrain dans la banlieue de Perth en Australie. Il en est devenu l’abbé depuis 1994. Il consacre beaucoup de temps aux malades et aux personnes en fin de vie mais aussi en tant que visiteur spirituel aux prisonniers et, tout simplement, aux moines et aux laïques du monastère Bodhinyana. ( Bouddhist Society of Western Australia)



Quelle est l’attitude bouddhiste face à la douleur physique et face aux expériences douloureuses de la vie ?

Je suis rentré hier de Singapour avec une intoxication alimentaire. J’ai été très malade la nuit dernière et, en ce moment-même, j’ai encore beaucoup d’acidité dans l’estomac. Quelqu’un m’a demandé, il y a quelque temps : « Quelle est l’attitude bouddhiste face à la douleur physique et face aux expériences douloureuses de la vie ? »

Je crois que ce sera un excellent sujet pour ce soir. Il n’y a rien de négatif à parler de la douleur car, qui que nous soyons et quel que soit notre mode de vie, même si nous pensons être en bonne santé, il y a forcément des moments où nous tombons malades et où nous faisons l’expérience de la douleur ou de situations douloureuses.

Un jour quelqu’un m’a dit : « Vous êtes moine, vous méditez, vous avez un mode de vie très éthique, donc vous ne devriez pas tomber malade. » Comme si un moine ne pouvait ni être malade ni mourir ! Il n’y a rien d’anormal à être malade de temps en temps, pour un moine comme pour tout le monde. Par contre, ce qu’il y a de merveilleux quand on est moine, c’est que l’on a toute une panoplie de techniques à sa disposition pour gérer la douleur physique et les difficultés de la vie.

Ainsi la douleur ne nous rend pas négatifs ou dépressifs ; elle est, au contraire, l’occasion d’apprendre à la dépasser, à la transcender, à se situer au-delà d’elle — de sorte que nous pouvons être en pleine forme même si nous avons reçu un coup dans l’estomac !

Que dit le Bouddha à propos de la douleur ? Il souligne qu’il y a deux aspects à notre malaise — et c’est, à mon avis, l’une des clefs de son enseignement pour comprendre ce qu’est la douleur et s’en libérer.
Le Bouddha dit que la douleur a deux aspects : l’un qui est physique et auquel on ne peut pas grand-chose ; et l’autre qui est mental et sur lequel on peut agir. Or c’est l’aspect mental qui est le plus important.

En fait, l’attitude de l’esprit vis-à-vis de la douleur physique est parfois si puissante qu’elle peut faire s’évaporer complètement la douleur. Je pense que vous connaissez tous ces histoires de sportifs qui se cassent une jambe ou un bras mais qui continuent à jouer, ne réalisant qu’après un certain temps qu’ils se sont blessés. J’ai pu moi-même faire l’expérience, maintes fois dans ma vie, de la puissance de l’esprit et constater comment la douleur physique est considérablement influencée par notre attitude. (...)

changer d’attitude peut nous guérir. C’est la partie mentale de la douleur qui est la plus importante.

Que font les gens qui ont mal quelque part? Ils dirigent leur esprit vers cet endroit et se crispent dessus. Je pense que tous les médecins savent que nous réagissons exagérément à la douleur. Bien sûr, il y a une cause interne, mais le fait de tendre tous nos muscles autour de cette douleur amplifie le traumatisme.

La plupart du temps, il nous suffit de nous ouvrir et de nous détendre pour que la douleur physique diminue de manière significative. On comprend alors que, plus on combat la douleur, plus on lui envoie de la négativité. Plus vous lui dites : « Va-t-en ! Tu n’as rien à faire ici », plus elle devient aiguë et se transforme en une énergie dure et insoutenable.

En tant que moine bouddhiste, j’ai appris à aller dans la direction opposée à la tendance habituelle. Quand on a mal, la tendance habituelle consiste à essayer d’échapper à la douleur. (...) Quel que soit le problème, on a cette tendance automatique qui, très souvent, fait empirer la situation.

Dans ma vie, au lieu de chercher à m’éloigner de cette douleur, de cet inconfort lié aux difficultés physiques ou mentales, j’ai appris à aller dans la direction opposée. Si l’esprit va simplement à la rencontre de la douleur au lieu de s’en éloigner aussitôt, il va se familiariser avec cette sensation plutôt que s’y opposer, il lui donne de l’amitié plutôt que de la haine.

Voilà un principe général pour toute votre vie : faire la paix et non la guerre. Etre pacifiste, non seulement vis-à-vis de la guerre dans le monde mais aussi de la guerre que vous menez, dans votre vie, contre la réalité ; cette guerre que vous menez contre la douleur, la maladie et quelquefois aussi contre des problèmes d’ordre mental ou social. Nous faisons la guerre à tout cela : « Les choses n’auraient pas dû se passer ainsi … Cela ne va pas arriver, je vais le résoudre … Va-t-en douleur ! Va-t-en, maladie ! Va-t-en, stress ! »

C’est cette négativité qui nourrit la douleur et la renforce. Mais il y a une autre voie : « Sois la bienvenue, douleur ! Merci d’être là. Je peux être ton ami. Je vais t’apprécier comme ma meilleure amie, douleur. »

J’ai appris cette façon de faire du temps où j’étais jeune moine en Thaïlande. La vie auprès de mon maître, Ajahn Chah, était dure. Il n’aurait pas toléré de moines douillets ! Nous vivions dans un monastère de la jungle, au nord de la Thaïlande, où le climat est très chaud et humide. Et la pire des choses était les moustiques — des centaines de moustiques ! 

Le soir, pendant la méditation assise, sous les arbres, juste après le coucher du soleil, c’était comme si un écriteau pour moustiques annonçait soudain : « Restaurant ouvert ». Nos têtes rasées étaient des pistes d’atterrissage de choix pour les moustiques ! Et puis, ils semblaient savoir que nous étions non violents et que n’allions pas les écraser comme l’auraient fait d’autres gens ! J’étais l’un des premiers moines occidentaux dans ce monastère et les moustiques se régalaient de cette nourriture venue de l’ouest. (Rires) Je suis sûr qu’ils disaient à tous leurs copains moustiques : « Eh ! Venez dans cette forêt ! Il y a de la nourriture occidentale ! » (Rires)

Ils étaient terribles. Un jour je les ai comptés sur mon bras : ils étaient plus de cinquante — et je n’exagère pas ! Un seul moustique provoque une certaine irritation, alors imaginez cinquante ou soixante moustiques en même temps ! Pas de protection, pas de moustiquaire, pas de pommade calmante … Les moines thaïlandais n’étaient pratiquement pas piqués, tandis que nous, les moines occidentaux, nous l’étions tout le temps. 

Alors, un jour, nous sommes allés voir Ajahn Chah et nous lui avons demandé de changer l’heure de la méditation pour éviter les moustiques. Pour toute réponse, il nous a rappelé la signification du terme « ajahn » — mot qui signifie professeur ou enseignant. « A partir de maintenant, a-t-il dit, vous avez un nouveau professeur. Votre enseignant ne sera plus Ajahn Chah mais Ajahn Moustique. » Quelle brillante leçon cela a été pour nous ! Et nous avons dû apprendre d’Ajahn Moustique …

On apprend beaucoup plus à partir d’expériences telles que celle-ci que dans les livres, à l’université ou en venant écouter des discours. On apprend de la vraie vie comment gérer les difficultés et les douleurs. On comprend que, plus on s’inquiète, plus on se crispe et plus le problème s’aggrave. Quand on se détend vraiment et qu’on lâche prise, tous les problèmes disparaissent.

Ce que je pris alors l’habitude de faire — et qui m’a vraiment appris à méditer correctement — c’est de me concentrer réellement sur ma respiration. Quand on se concentre, on ne peut plus s’inquiéter ou penser à autre chose ; par contre, dès que l’esprit perd sa concentration, on retrouve tout de suite ses douleurs et ses maux de tête. 

Après quelque temps, j’ai appris comment entrer dans cette méditation profonde où on ne sent plus son corps mais où on ressent une grande paix, et une chose étrange est survenue : quand je sortais de ces états, de ces méditations, les moustiques avaient dû s’endormir car il n’y avait aucune piqûre sur mes bras. Au début, j’ai cru que la méditation avait le pouvoir de guérir le corps mais, quelques années plus tard, j’ai compris que les moustiques sont attirés par l’oxyde de carbone qui sort de nos pores. Plus notre métabolisme est actif, plus les moustiques détectent notre présence. Autrement dit, plus nous nous inquiétons, nous nous crispons et nous nous énervons à cause des moustiques qui nous piquent, plus nous leur disons : « Venez par ici ! Je suis là ! » Par contre, plus nous nous détendons et nous lâchons prise, plus notre métabolisme se ralentit et moins les moustiques détectent notre présence.

J’ai calmé mon métabolisme en me relaxant, en faisant la paix, en ne m’inquiétant de rien, en étant simplement très attentif à ma respiration … et je suis devenu invisible pour les moustiques ! C’est parce qu’ils ne me voyaient pas qu’ils ne me piquaient plus. Ce fut une grande leçon. Ils m’ont appris à méditer et ce fut également l’occasion pour moi de découvrir tous les bienfaits de la relaxation dans des circonstances irritantes et douloureuses. 

Dès que l’on se relaxe, toutes les tensions se dissipent. Parfois, quand on a mal quelque part, on se crispe autour de ce point et, au lieu de visualiser cette douleur et de lui donner de l’espace, on essaie de s’en débarrasser. Or procéder ainsi, c’est créer de l’énergie négative. Mieux vaut, au contraire, diffuser cette douleur dans le corps entier et aller en sens inverse de la pratique habituelle qui consiste à chercher à s’en débarrasser.

Pourquoi vais-je diffuser la douleur de mon estomac, par exemple, dans tout mon corps, mes bras, mes jambes et même ma tête ? Parce que, quand on crée une expansion, on libère les tensions ; la douleur se répand sur une zone plus grande mais elle est plus diffuse, moins dure. Quand on crée cette expansion, au début on la ressent comme un cube de glace puis comme un nuage dans le ciel, lequel devient de plus en plus léger et finit par remplir tout l’univers ; ensuite, il devient si subtil qu’il finit par disparaître.
 J’ai trouvé là une manière très efficace de surmonter la douleur, parce qu’elle ne va pas à contre-courant des choses mais dans leur sens.

Quand vous êtes concentré sur votre respiration, la douleur est perçue comme étant à l’extérieur. (...)

Ce que je vous dis là est de la psychologie et c’est la vérité. Si vous comprenez cela, vous pouvez comprendre une seconde manière de dépasser la douleur : porter son attention sur un autre objet et mettre cet objet d’attention au centre de votre conscience. Pour moi qui pratique la méditation depuis longtemps, c’est la respiration que je place au centre de mon attention … et la douleur se retrouve à l’extérieur ! Bien sûr elle est toujours présente, mais elle est à l’extérieur. Et puis vous maintenez votre attention, encore et encore, le plus longtemps possible, et à un certain moment — vous ne savez pas quand c’est arrivé mais vous savez que c’est arrivé — la sensation de douleur a disparu. (...)

Il y a des fois où la douleur est tellement présente qu’il semble impossible de s’en extraire — nous en avons tous fait l’expérience un jour ou l’autre. Dans ce cas, on n’essaie pas d’être avec la douleur mais de s’en évader. Je ne parle pas d’un rhume ou de petites douleurs d’estomac mais de douleurs chroniques, par exemple, qui ne disparaissent pas facilement, qui sont là continuellement heure après heure, après heure et que la médecine est parfois impuissante à soulager. 

Alors, si vous avez compris mes explications sur les deux aspects de la douleur, que se passe-t-il ? Nous avons vu qu’il y a la douleur mentale et la douleur physique. La douleur mentale est celle qui dit : « J’en ai assez de souffrir ! Va-t-en ! Pourquoi dois-je passer par cette épreuve ? » — comportement qui ne fait qu’empirer et accroître la douleur. Si, réellement, vous lâchez prise et abandonnez cette résistance mentale, il devient incroyablement plus facile de traiter la douleur physique. 

De ces deux formes de souffrance, la réaction mentale à la douleur représente quatre-vingt-dix pour cent du problème et la douleur physique seulement dix pour cent.

Donc si nous pouvons apprendre à faire face à la souffrance mentale, nous allons énormément progresser vers la paix et même apprécier la vie au lieu la passer dans la résistance et le stress. Nous devons nous dire : « Que fais-je de ma douleur ? Quelle est ma réaction ? Quelle est mon attitude envers cette sensation physique ? »

Souvent nous nous disons : « Je ne devrais pas avoir mal, cela ne devrait pas m’arriver » et nous nous sentons coupables. C’est pourquoi j’ai pris l’habitude de faire un petit test. Je demande à une assemblée : « Combien de personnes ici n’ont jamais étés malades ? Levez la main ! » Bien entendu, personne ne lève la main. Nous avons tous été malades de temps en temps et c’est normal — même si notre société moderne n’accepte plus la maladie et nous fait croire qu’il est anormal d’être malade, ce qui montre bien notre attitude mentale envers la douleur, la maladie et la difficulté : dès le départ, nous les jugeons mauvaises, et c’est là notre erreur.

Les gens qui ont le cancer se sentent coupables, ils ont l’impression d’avoir commis une faute. Comment se fait-il que nous nous sentions coupables des douleurs et des maladies que nous rencontrons dans la vie ? C’est une souffrance mentale qui vient s’ajouter à ce qui arrive tout naturellement. Vous pouvez toujours manger du riz complet, méditer régulièrement, faire de l’exercice ou ne manger que des légumes, mais vous n’échapperez peut-être pas au cancer et certainement pas à la mort !

(...) Quand vous avez un comportement négatif vis-à-vis de la douleur, vous ne faites que l’empirer. Dites-vous qu’il est normal d’être malade, qu’il est normal d’avoir le cancer, qu’il est normal que les gens meurent, qu’il est normal d’avoir des douleurs de temps en temps. Ne pensez pas que c’est anormal, ne pensez pas que c’est une erreur, ne pensez pas que c’est mal.

 Acceptez mentalement cet aspect de la vie et vous pourrez lui faire face et apprendre à le gérer. Remarquez que, quand vous fuyez, vous êtes dans la direction opposée au danger : vous ne pouvez donc même pas voir ce qui vous fait fuir ! Quand vous faites face au problème, vous pouvez le voir et, en le voyant, vous découvrez des choses incroyables, notamment, comment réussir à le gérer, le dépasser, le transcender et être libre.

L’une des manières de gérer les problèmes consiste à utiliser la base même de la méditation : la conscience du moment présent. Quand vous faites face à la douleur, vous voyez les problèmes et vous constatez aussitôt combien la peur du mental concerne le futur : 
« Je ne peux pas rester ainsi plus longtemps. » Vous êtes là, maintenant, dans ce moment présent, mais ce qui rend la douleur insupportable, c’est la pensée quelle va continuer de minute en minute, d’heure en heure et de jour en jour. C’est ce mouvement du mental vers le futur qui rend la douleur insupportable

Parfois c’est aussi le souvenir de douleurs passées qui fait craindre que cela va recommencer. Toutes les fois où vous évaluez ce moment présent en fonction du passé ou en anticipant le futur, c’est la part mentale de la douleur que vous renforcez et qui rend la situation très difficile à supporter. Mais nous pouvons, au contraire, apprendre à rester dans le moment présent avec la douleur physique de l’instant.

Je vous ai déjà raconté une histoire classique à ce sujet, celle d’un moine de notre monastère qui avait de très mauvaises dents. Je ne sais pas quel était son problème mais il en avait assez d’aller voir le dentiste et, un jour, il s’est arraché lui-même une dent. Nous lui avons demandé : « Comment as-tu pu faire cela ? » Il a répondu : « Une fois que j’ai décidé de le faire moi-même, cela n’a pas été très difficile. J’ai eu mal pendant deux secondes et c’était fini ! »
C’est la pensée de se faire arracher une dent qui fait peur : en marchant dans la rue pour aller chez le dentiste on a déjà mal, on grimace rien qu’en y pensant. Là, on est confronté à la douleur mentale puisqu’on ne ressent encore rien. C’est l’occasion de vraiment comprendre que la part mentale est la plus importante : deux secondes de douleur c’est beaucoup mieux qu’une ou deux heures d’angoisse avant le rendez-vous chez le dentiste, non ?

Ce qu’il y a d’intéressant avec la douleur physique, c’est qu’on ne sait pas ce qui va se produire le moment suivant. Beaucoup de gens, notamment dans les retraites de méditation, ont des expériences étonnantes où de grosses douleurs disparaissent soudainement. (...)

  Il y a des moments dans la vie où on est désespéré, où la douleur est insupportable. Il n’y a rien à faire et pourtant on se dit que l’on ne pourra pas supporter cela plus longtemps. Ces moments sont très importants dans la vie, ils sont la clé qui permet de nous éveiller spirituellement. (...)

 Quelquefois, dans la vie, on se bat contre un mur, contre la douleur, et la seule chose à faire est de laisser tomber, de lâcher prise. (...)
Quand on lâche vraiment prise, cela fonctionne immédiatement. Une minute vous souffrez affreusement et la minute suivante … plus rien ! 

(...) beaucoup de gens disent qu’ils lâchent prise — « Je lâche ! Je te dis que j’ai lâché !!! » (en criant) — et puis s’étonnent que cela ne fonctionne pas.  (...) Le problème est que vous n’avez pas vraiment lâché prise, vous n’avez fait qu’utiliser une nouvelle technique pour vous débarrasser de la douleur. Ce n’est pas le lâcher prise, c’est une autre manière de contrôler la douleur. 

Pour vraiment s’abandonner, il faut pouvoir dire quelque chose comme : « Douleur, tu peux rester ici pour toujours, si tu veux » — et bien en comprendre le sens. « Tu peux même t’aggraver si tu le désires, la porte de mon cœur t’est complètement ouverte quoi que tu fasses. Tu peux rester, empirer … je t’accueille. » C’est une chose très difficile à faire, qui demande beaucoup de courage et même de la compassion — de la compassion envers la douleur, pour accueillir la douleur en réalisant qu’elle fait partie de la vie.

Tout cela n’a rien d’anormal. Pourquoi faire de la discrimination envers la douleur et dire : « Je ne veux pas de toi ! » Quand vous la laissez être, la laissez venir et rester, vous avez vraiment laissé tomber la part mentale de la douleur. On lâche cet esprit négatif qui se complaît dans les lamentations et, de ce fait, l’esprit se libère, le corps se détend et la douleur disparaît. C’est une expérience fascinante. 

Bien entendu, si on l’a vécue une fois, il est très facile de comprendre comment gérer la douleur quand on n’a pas d’autre choix. On ressent une douleur et, plutôt que la combattre et créer des tensions qui vont engendrer encore plus d’énergie négative, on lâche prise, on se familiarise avec cette douleur, on est gentil avec elle, on a de la compassion.

Si vous le faites correctement, à cent pour cent, vous serez impressionné par l’effet que cela peut avoir. La partie mentale de la douleur est la plus dure à supporter. Mais, un jour, vous aurez peut-être une douleur qui vous tuera. Vous serez mort. Pour la plupart d’entre vous ce ne sera pas un moment très plaisant. Mais si vous apprenez maintenant à faire face à la douleur, vous aurez une mort douce, tranquille. Vous êtes là, dans la souffrance et vous souriez, vous appréciez la vie et vos derniers instants avec vos proches. 

J’ai vu cela maintes fois, spécialement avec des méditants qui connaissaient un peu le Dhamma (l’enseignement du Bouddha mais aussi la loi de la nature, la vérité qui nous entoure) et qui savaient comment l’esprit et le corps sont reliés. Certains d’entre eux étaient même à l’agonie et les médecins ne comprenaient pas ce qui se passait. Mais ces personnes vivaient leurs derniers instants dans la paix. C’est beau de voir cela, c’est inspirant et cela montre tout ce que l’esprit peut faire. (...)

D’après ma compréhension des textes bouddhiques anciens — et je les ai souvent lus — le Bouddha parle des flux qui parcourent le corps. Quand ces flux se bloquent, un problème apparaît ; c’est ce que dit la médecine indienne traditionnelle. Je me rappelle un article où le médecin personnel du Dalaï Lama avait été invité dans un hôpital aux USA. Les scientifiques voulaient savoir comment se font les diagnostics dans une médecine basée sur la médecine traditionnelle indienne. On lui présenta des malades sans aucune explication préalable et son diagnostic était toujours précis mais expliqué avec des mots différents. Il parlait de flux d’énergie bloqués dans telle ou telle partie du corps. En médecine chinoise cela s’appelle le « chi ».
Quand vous êtes malade, des canaux d’énergie se bloquent mais vous en bloquez encore plus quand vous vous crispez. Vous n’êtes pas détendu, vous résistez aux douleurs de la vie, de sorte que le processus naturel de guérison du corps ne peut pas fonctionner. 

Mais le contraire est vrai ; je l’ai vu en méditation de nombreuses fois. Dans les retraites, je dis aux participants de vraiment, vraiment se détendre et de méditer, de ne pas faire la méditation de manière forcée, d’être doux et ouverts, d’ouvrir la porte de leur cœur. Et certains sentent des points de chaleur dans leur corps. 

C’est incroyable quand cela arrive. Un jour, une méditante est venue me voir pour me dire : « Ma méditation était vraiment très paisible mais mon dos est soudain devenu brûlant, que s’est-il passé ? » Je lui ai répondu : « N’avez-vous jamais eu un problème avec votre dos ? » Toute surprise, elle m’a dit : « Ajahn Brahm, vous lisez dans mes pensées. Comment savez-vous que j’ai eu un accident il y a deux ans ? »

Je n’avais pas lu dans ses pensées, elle venait de me le dire ! Voilà ce qui arrive. Vous avez eu un accident du dos mais vous ne vous relaxez pas ; vous ne vous relaxez pas suffisamment pour donner une chance à votre corps de se guérir lui-même. Pendant la retraite, elle était très détendue et l’énergie de son corps s’est dirigée vers cette zone ; elle en a senti la chaleur. Après coup, on se dit que c’était très agréable ; c’est un processus de guérison. Quand vous lâchez vraiment prise, la douleur et les difficultés ont tendance à s’alléger et à s’évaporer.  

Il y a aussi l’histoire de cet homme qui participait à l’une de mes retraites. Les gens venaient se plaindre de lui car, pendant la méditation, il avait une respiration vraiment très forte tout le temps et c’était très gênant pour tout le groupe. Après ces plaintes j’ai dû faire une annonce : cet homme avait un cancer du nez en phase terminale. Il n’y avait plus aucun traitement possible, plus aucun espoir du côté de la médecine, c’était sa dernière chance. Bien sûr, dès que j’ai annoncé cela, plus personne n’est venu se plaindre. Et puis, tout à la fin de cette retraite, l’homme est venu me voir et il m’a dit : « Il m’est arrivé quelque chose d’incroyable : pendant la méditation j’étais vraiment très détendu et j’ai senti quelque chose se décoincer dans mon nez ». C’était la première fois, depuis des semaines, qu’il pouvait respirer par le nez mais, après quelques minutes, cela s’est refermé. Je pensais qu’il était mort ensuite mais je l’ai revu quelques années plus tard à Sydney. Il est venu vers moi : « Vous vous souvenez de moi ? J’ai eu une rémission complète de mon cancer. » Maintenant il enseigne la méditation !

C’est incroyable ce qui peut arriver et comment cela arrive. Quand vous êtes vraiment, vraiment détendu, l’énergie du corps peut opérer une auto-guérison et aussi nous libérer de la douleur. Je ne vous raconte pas d’histoires : quand j’ai commencé à vous parler, ce soir, j’avais une énorme boule de douleur dans l’estomac et maintenant je la sens à peine, elle est en train de partir. C’est incroyable comme il est possible de gérer sa douleur si on a cette belle attitude qui consiste à ne pas s’inquiéter du passé, à être simplement ici, dans l’instant présent. Ne pas se battre, arrêter la résistance mentale et quatre vingt dix neuf pour cent de la douleur disparaît — parfois même cent pour cent.

Et ceci est tout aussi valable pour les difficultés de la vie : un licenciement, une séparation, une disparition, un suicide … Faites attention à la part que joue le mental dans ces occasions. Si vous arrivez à gérer cela, le reste ira bien.

 
Source : ehi passiko (blog de mon ami isara) 




mercredi 24 septembre 2008

LES EMOTIONS


Extraits choisis de "LES EMOTIONS" : Questions/réponses par Ajahn Akincano Bhikkhu



Question
Comment explique- t-on l’apparition, d’une émotion… Par exemple, il y a-t-il d’abord une impression sensorielle, ensuite la perception qui va chercher dans un catalogue, et puis un des éléments du catalogue qui a une connotation émotionnelle forte ressurgit ?


Réponse
Je pense qu’on trouve les raisons de nos émotions dans notre sensibilité. Il y a une capacité de résonance affective en nous, qui fait partie de notre être, qui fait partie de notre existence, et qu’on développe très vite. On n’a pas besoin des références du catalogue comme vous le dites.
Souvent cela se produit comme ça, car en fait on peut démontrer des émotions : il n’y a pas de référence.(...)

Certaines de nos émotions viennent à travers des références de catalogues, mais il y a aussi je pense, une émotivité fondamentale dans notre être, qui est là, comme la capacité de donner notre attention.

On peut s’engager dans un questionnement concernant les origines, de la formation des êtres humains, et évidemment la cosmologie bouddhiste a quelques idées à ce sujet.

Fondamentalement on est là parce qu’on n’est pas éveillé et tant que nous ne le serons pas, on va réapparaître. Mais pour la plupart de nous c’est une théorie que l’on ne peut pas vérifier, enfin moi je ne peux pas vérifier cela à travers l’expérience personnelle qui m’est accessible. Je la prends comme hypothèse de travail avec une grande probabilité et je l’ai acceptée en tant que doctrine bouddhiste. (...)

Mais on trouve beaucoup de cas dans l’enseignement du Bouddha (qui diffère fortement d’autres enseignements indiens). Les bouddhistes ne s’intéressent pas trop au « pourquoi » des choses, ni a ce qu’elles sont, ils s’intéressent beaucoup au « comment » quelque chose advient.

Si on regarde l’arrière plan de l’enseignement bouddhiste et des enseignements Védiques et Brahmaniques, on constate que les Brahmans étaient obsédés par la question du quoi, par la quête de l’essence des choses. Ils cherchaient le grand Quid, ils essayaient de trouver l’essence de l’individu, si elle est différente de l’essence du Total, de l’essence de l’Atman, de l’essence de Brahmâ. De toute cette ontologie les bouddhistes se sont totalement désintéressés.

L’enseignement du Bouddha laisse la question du « quoi » complètement de côté, il s’intéresse à « comment » quelque chose fonctionne, comment quelque chose apparaît, disparaît, ce qu’on peut en faire. Quoique ce soit, sur un niveau ontologique, n’a pas vraiment intéressé l’enseignement du Bouddha dans les écritures Pali.

On pourra peut être admettre que quelques écoles tibétaines ont développé un goût pour l’ontologie, mais les enseignements en pâli sont ce qu’on appellerait aujourd’hui, fortement psychologiques. On y trouve quelques affirmations métaphysiques assez claires concernant le Nibbana, que ce Nibbana existe, et aussi au sujet des réalisations des Aryas, des différents stades de leur irréversibilité. Ils ne manquent pas d’affirmations métaphysiques à ce sujet, mais tout le reste de l’enseignement bouddhiste vise directement la compréhension : comment les choses fonctionnent, comment les choses s’enchaînent, comment on peut les désenchaîner, les défaire.

Et c’est très important de savoir qu’il y a ici un grand pragmatisme pourrait-on dire, pour les exercices. Vous voyez, on n’essaie pas de trouver la vraie nature des émotions. On sait que leur vraie nature est qu’elles apparaissent, qu’elles font quelque chose avec nous, on ne peut pas s’en empêcher, et puis qu’elles disparaissent et on se sent un peu plus fatigué après.

Peut être a-t-on réussi à en faire quelque chose, peut être a-t-on échoué, mais en tout cas le carburant est passé, il n’était pas fiable. C’est important, c’est solide, ça pèse lourd... et puis ça a changé.

Toutes mes émotions ont toujours changé, même mon inspiration pour l’enseignement du Bouddha a changé. J’ai subi des changements dans ma vie, il y a eu des moments où j’avais beaucoup plus d’inspiration que quelques années plus tard. Et puis, quand je pensais ne plus dépendre de l’inspiration parce qu’il y avait d’autres choses qui commençaient à fonctionner
dans ma pratique, tout à coup cette inspiration recommençait à grandir parce qu’elle avait gagné un autre goût.

Donc ce qui est intéressant c’est de savoir comment les choses se produisent et à quel niveau nous sommes les acteurs complices dans les choses qui nous font souffrir, et à quel niveau nous sommes capables de cultiver les choses qui nous sont bénéfiques.

Une partie de l’enseignement du Noble Octuple sentier, celui de l’effort émancipatoire, consiste très pratiquement à discerner les états bénéfiques des états non bénéfiques et de soutenir les états déjà apparus comme bénéfiques, de laisser mourir les états non bénéfiques, d’éviter qu’on embarque sur des états non bénéfiques, de donner naissance aux états bénéfiques.

On commence par favoriser ces états, mais en fait, il s’agit d’en faire plus. Le mot Pali Suva, est très révélateur. Ça parle de mettre l’esprit là-dessus, de le prendre, d’en faire beaucoup.


Question
Est-ce qu’on peut dire que le fait d’observer en témoin, les effets d’une émotion lui fera perdre son énergie et finalement lui permettra de s’atténuer et de disparaître ?


Réponse
Oui, on peut dire cela. Parfois cela fonctionne mais parfois non. Cela dépend vraiment de la qualité. Etre témoin de quelque chose veut dire plusieurs choses, par exemple qu’on se tient à l’extérieur. En fait, dans ce cas, on ne témoigne pas vraiment, on voit avec deux doigts, cliniquement, quelque chose qu’on a distancé en soi, qu’on n’a pas vraiment accepté comme sien.

On n’en n’a pas vraiment accepté la responsabilité mais on espère que cela va s’améliorer. On peut dire que c’est un témoignage, on peut dire, qu’on s’y jette vraiment, qu’on voit avec tout. On l’embrasse et on dit : c’est un témoignage. Mais en fait, on a déjà mis en scène. La qualité de ce témoignage dépend beaucoup de notre capacité à attendre, pouvoir attendre quelque chose, c’est directement dû à Sati, à notre capacité d’unifier l’esprit.

Il y a des choses dont on peut témoigner en les laissant passer, sans s’y mêler. Mais pour cela on a besoin d’une situation de culture. Souvent, même toujours, on ne fait pas comme cela on ne témoigne pas, on met en scène.

Le contraire de cette mise en scène serait le refoulement.

Une autre forme de mise en scène serait de voir les choses calmement : maintenant il y a des pensées de colère qui montent et je peux les mettre en scène en les prenant, en les affirmant, en cherchant des raisons, des causes, un bouc émissaire, en fournissant des images. Et puis je commence à me sentir indigné, il y a une sorte d’énergie qui s’empare de moi que peut être j’affirme aussi parce que j’aime bien l’énergie, cela me donne un sentiment de puissance.

J’aime beaucoup plus l’énergie de la colère que l’énergie de la dépression. Donc, une mise en scène et une affirmation subtile du contenu de cette expérience, disons l’image et la pensée, et on finit avec un état physique où le pouls s’accélère, l’adrénaline coule, les yeux se dilatent. Vous reconnaissez les symptômes n’est ce pas ?

Et quand cela s’intensifie jusqu’à un certain point, votre processus cognitif va changer, les visages sont plus accentués, les gens autour de vous ont l’air de caricatures. Il y a tout un processus que je considère comme une mise en scène du contenu d’une première petite pensée.

Or, témoigner d’une manière qui permet à l’émotion de s’épuiser, est un témoignage qui ressent et qui en même temps reste dehors. Quand il s’agit d’un témoignage de cette sorte, très bien, c’est le cas idéal ; on permet aux choses de monter, on les met dans un cadre transparent mais bien fortifié, et puis on reste témoin jusqu’à ce qu’elles meurent.

Elles font leur bruit, elles font leurs mouvements, on dit : « oui, je t’écoute, je vois très bien de quoi tu me parles, tu as toute ma compassion, mais en fait je ne peux pas vraiment te relâcher, ça fait trop de saleté, trop de dégâts. » Et on témoigne de l’apparition, de la durée et la disparition de cet état, tout en restant en contact, on ne ferme pas son coeur.

Mais on ne dit pas : « Ah oui ! Tu as raison… » On reste en contact de manière neutre mais en résonance. C’est très important de comprendre çà, ce n’est pas une stérilité qui est demandée, ce n’est pas la distance et la coupure. Il est nécessaire de rester en contact donc de sentir les vibrations mais pas de les affirmer ou les transmettre à travers les pensées, les actes, ou les mots. C’est en fait une sorte de grande compassion, une compassion prête à sentir ce qui fait mal dedans.

La traduction parfois utilisée pour Vipassana est de voir à travers quelque chose. C’est le cas idéal, quand on permet aux émotions de se montrer. C’est le meilleur des cas, quand on peut se mettre en résonance avec elles, sans les affirmer, sans les magnifier ni les refouler et en même temps rester avec. C’est cela qui est difficile, parce qu’une émotion, mes émotions, je ne sais pas les vôtres, me disent « prends moi au sérieux, fais quelque chose, ne regarde pas seulement, je suis là, il faut faire quelque chose ! » Elles essaient de m’impliquer. Il y a plein de petits crochets, de petites irritations.

En faisant une telle pratique, la valeur de ce que nous essayons de faire dépend directement de notre capacité de nous mettre vraiment en contact avec ce qui se passe. Donc, penser n’aide pas du tout.

Nous ne redoutons pas nos émotions si nous ne faisons que penser à ce qui nous a fait mal ou à ce qui nous a fait du bien. Il faut vraiment un contact aussi physique que possible avec la qualité et la vibration de cette émotion et en même temps, il faut le calme, une stabilité de l’esprit qui ne se fait pas prendre, qui est capable de sentir l’émotion sans se faire phagocyter. Peut-être que cela clarifie un peu la notion de témoignage…

Source : le refuge



lundi 22 septembre 2008

Méditer pendant une séance de chimiothérapie

Méditer sur son coussin c'est bien, apprendre à méditer partout où l'on se trouve c'est bien aussi et puis ça peut aider à surmonter l'insurmontable : la peur de mourir, la peur de perdre ses cheveux, la peur tout court.

Après quelques respirations, on commence par essayer de trouver le calme mental. Dans de telles circonstances, le compte des respirations peut aider, une fois que l'on a réussi à calmer son mental, on peut essayer d'observer tous les phénomènes : ils sont comme tous les autres : insatisfaisant, impermenant et sans soi.

En fermant les yeux et en étant attentif aux sensations du corps, on peut voir ce qui se passe au moment où ça se passe, afin de ne surtout pas dramatiser. Cette substance qui se répand dans le corps n'est que passagère.

Observer la légère brulure du produit, la chaleur étrange qui commence à apparaître à la surface de la peau, comme une lampe UV mal réglée, c'est presque agréable.... au début.

Observer l'angoisse pour ne pas s'identifier à elle, observer la dépression pour ne pas s'identifier à elle, observer la douleur pour ne pas s'identifier à elle et surtout observer ce sentiment d'aversion à son encontre.

Observer les pensées : "pourquoi moi", "quelle horreur je vais mourir" , "je ne pourrais jamais le supporter", "mes cheveux comment je vais faire si je les perd" .. ect... Surtout ne pas se laisser entraîner par ce genre de pensées et les observer pour ce qu'elles sont : des pensées et non la réalité.


Observer les nausées, l'angoisse, les pensées, la douleur et encore les nausées, la peur, l'angoisse et ainsi de suite, c'est sans fin. Le mental est notre ennemi mais tout n'est qu'agrégat, tout à un début, un milieu et une fin.

Observer les cheveux, observer la peur de les perdre, la souffrance que provoque cet attachement à des cheveux, qui de toute manière vont repousser.

Il n'y a personne pour contrôler la repousse des cheveux , alors ça ne sert à rien d'avoir peur, on ne peut pas empêcher leur chute, juste observer la peur et l'angoisse, la souffrance que l'on créé par ignorance.

On finira tous par perdre nos cheveux, par perdre cette vie qui n'est que passagère.

Observer, être attentif à tout ce qui se passe dans le corps, dans l'esprit.

Grâce au dhamma et à la pratique on est moins ignorant et on peut méditer et rester attentif partout, en toutes circonstances.






Kathy