lundi 19 octobre 2009
La vague du désir des sens
vendredi 25 septembre 2009
Tout apparaît, tout disparaît
Tout apparaît, tout disparaît - Ajahn Chah
traduit par Jeanne SchutLe Bouddha a enseigné qu’il faut observer tout ce qui se présente. Les choses ne durent pas. Après s’être manifestées, elles cessent ; ayant cessé, elles apparaissent à nouveau puis, étant apparues, elles cessent encore. Mais quelqu’un dont l’esprit est confus et qui n’a pas la connaissance, ne veut pas qu’il en soit ainsi. Quand nous méditons et que l’esprit s’apaise, nous voulons demeurer ainsi, sans être dérangés, mais ce n’est pas réaliste. Le Bouddha nous a recommandé de regarder d’abord les faits et de voir combien ces choses sont trompeuses ; ensuite seulement pouvons-nous trouver la paix. Quand nous ne connaissons pas les choses telles qu’elles sont, nous croyons les posséder et le piège du « sentiment de soi » fait surface. Nous devons donc remonter à l’origine et découvrir comment cela s’est produit. Il faut que nous comprenions comment les choses sont en réalité, comment elles entrent en contact avec l’esprit et comment l’esprit réagit ; après, nous pourrons être en paix. Voilà ce que nous devons étudier à fond. Si nous refusons que les choses se passent comme elles se passent, nous ne pouvons pas connaître la paix. Où que nous tentions de nous échapper, les choses se produisent toujours de la même manière — c’est leur nature.
En termes simples, ceci est la vérité. L’impermanence, la souffrance et l’absence de soi sont la nature même des phénomènes. Ils ne sont rien d’autre que cela, mais nous donnons aux choses bien plus de sens qu’elles n’en ont en réalité.
Il n’est pas vraiment si difficile de permettre à la sagesse d’émerger. Il s’agit simplement de chercher les causes et de comprendre la nature des choses. Quand votre esprit est agité, vous pouvez vous dire : « Cet état n’est pas certain. Tout est impermanent. » Et quand l’esprit est calme, ne vous dites pas : « Oh ! C’est vraiment la paix ! » — parce que cela non plus n’est pas certain.
Si on vous demande : « Quel type de nourriture préférez-vous ? » ne prenez pas la question trop au sérieux. Si vous dites que vous aimez vraiment quelque chose, quelle importance ? Réfléchissez : si vous en mangiez tous les jours, l’aimeriez-vous toujours autant ? Vous en viendriez probablement à dire : « Oh, non ! Pas encore de ça ! »
Vous comprenez ? On peut finir par se rendre malade précisément avec ce que l’on croyait aimer et cela à cause de la nature changeante de toute chose. Voilà ce qu’il vous faut découvrir. Le plaisir est incertain, le malheur est incertain, l’amour est incertain, la tranquillité est incertaine, l’agitation est incertaine. Tout, absolument tout, est incertain. Donc, quoi qu’il arrive, si nous comprenons cela, nous ne sommes piégés par rien. Tout ce que nous pouvons vivre, sans exception, est incertain car tout, par nature, est impermanent. L’impermanence signifie que les choses ne sont pas figées, ne sont pas stables et, en termes très simples, cette vérité est le Bouddha.
Anicca, l’incertitude, est la vérité. La vérité est là, sous nos yeux, mais nous ne lui accordons pas un regard clair et direct. Le Bouddha a dit : « Ceux qui voient le Dhamma me voient. » Si nous voyons anicca — cette qualité d’incertitude — en toute chose, alors apparaîtront le détachement et le désintéressement par rapport au monde : « Oh ! Ce n’est que ceci. Bah ! Ce n’est que cela. Il n’y a là rien d’extraordinaire, ce n’est que cela.» L’esprit se stabilise dans cette réalisation : « Ce n’est rien d’extraordinaire. Bah ! » Quand on a réalisé cela, il n’y a rien de bien difficile à faire en méditation. Quoi qu’il se présente, l’esprit dit : « Ce n’est que cela », et il s’arrête. C’est la fin. On comprend que tous les phénomènes ne sont que tromperies ; rien n’est stable ni permanent ; au contraire, tout change constamment et présente les caractéristiques de l’impermanence, de la souffrance et du non-soi. C’est comme une boule de fer en fusion que l’on aurait mise à chauffer dans un four. Quelle partie sera fraîche ? Essayez d’y toucher et vous verrez. Touchez le dessus, il sera brûlant. Touchez le dessous, il sera brûlant. Touchez les côtés, ils seront brûlants. Pourquoi est-ce brûlant ? Parce qu’une boule de métal en fusion est brûlante partout. Quand on comprend cela, on n’y touche pas. Quand vous vous dites, à propos de quelque chose : « Oh ! Comme c’est bon ! J’aime ça, je le veux ! », n’accordez aucun crédit à ces pensées, ne les prenez pas trop au sérieux car elles sont comme la boule de métal en fusion : quelle que soit la partie que vous touchiez, si vous essayez de la prendre, vous vous brûlerez, vous aurez très mal, votre peau se fendra et vous saignerez.
Nous devrions contempler cela à tout moment, quand nous marchons, quand nous sommes debout, assis ou couchés ; même quand nous sommes aux toilettes, quand nous allons quelque part, quand nous mangeons ou, après avoir mangé, quand nous déféquons les résidus de notre repas. A tout moment, nous devrions voir que tout ce dont nous faisons l’expérience est instable et impermanent ainsi qu’insatisfaisant et non personnel. Les choses qui sont instables et impermanentes sont incertaines et sans réalité absolue. Sans exception, elles sont toutes illusoires. C’est exactement comme la boule de fer brûlante : où pourrions-nous y trouver un endroit non brûlant ? Toutes ses parties sont brûlantes, alors nous cessons d’essayer de la toucher.
Il n’y a rien là qui exige un entraînement difficile. Par exemple, des parents préviennent un enfant qu’il ne doit pas jouer avec le feu : « Ne t’approche pas du feu, c’est dangereux, tu vas te brûler ! » L’enfant peut ne pas croire ses parents ou ne pas comprendre de quoi ils parlent mais, s’il touche le feu une seule fois et se brûle, ses parents n’auront plus besoin de lui expliquer les choses ni de le surveiller.
Peu importe l’attirance ou le plaisir que l’esprit peut éprouver, rappelez-vous seulement : « Ce n’est pas sûr ! Ce n’est pas permanent ! » Par exemple, si on vous offre un verre que vous trouvez très beau, vous vous direz peut-être : « Quel beau verre ! Je vais le ranger et en prendre grand soin pour éviter qu’il ne se casse. » Mais ajoutez ensuite : « Ce n’est pas certain. » Il se peut que, après avoir bu, vous posiez le verre près de vous et que, dans un moment d’inattention, vous lui donniez un coup de coude et qu’il se casse. S’il ne se casse pas aujourd’hui, il se cassera demain et s’il ne se casse pas demain, ce sera le jour suivant. Ne placez pas votre confiance dans des choses susceptibles de se casser.
Cette impermanence est le véritable Dhamma. Les choses ne sont ni stables ni réelles. Rien en elles n’est réel — voilà ce qui est réel. Allez-vous mettre en doute cette évidence ? C’est la chose la plus certaine qui soit : nous naissons et puis inévitablement nous vieillissons, tombons malades et mourons. Telle est la réalité permanente et certaine, et cette vérité permanente est née de la vérité de l’impermanence. Quand on étudie les choses en profondeur, à l’aune de ce « pas permanent, pas certain », il se produit une transformation en quelque chose de permanent et de certain et, à partir de là, on cesse de porter le poids des choses.
Les disciples du Bouddha se sont éveillés à la vérité de l’impermanence. Parce qu’ils ont réalisé l’impermanence de tous les phénomènes, ils ont connu le détachement et le désintéressement par rapport aux choses — nibbida. Ce désintéressement n’est pas de l’aversion. S’il y a aversion, ce n’est pas vraiment du désintéressement et cela ne devient pas une voie. Nibbida n’est pas ce que nous considérons d’ordinaire comme du désintéressement par rapport aux choses de ce monde. La vie de famille, par exemple, quand les relations ne sont pas bonnes, peut donner à penser que nous sommes vraiment devenus désenchantés, comme il est dit dans les enseignements, mais ce n’est pas le cas. Il ne s’agit, dans ce cas, que de « pollutions mentales » qui s’accumulent et oppressent notre cœur. Quand vous vous dites : « J’en ai vraiment assez. Je vais tout abandonner ! », il s’agit d’une lassitude due aux pollutions mentales. Ce qui se passe, en réalité, c’est que ces pollutions sont plus fortes maintenant qu’avant que vous ne vous mettiez en tête cette idée de lassitude par rapport aux choses qui vous posent problème.
C’est comme l’idée que nous nous faisons de mettā, l’amour bienveillant. Nous croyons que nous sommes censés aimer tout le monde et tous les êtres vivants, alors nous nous disons : « Je ne devrais pas être en colère contre eux ; je devrais avoir de la compassion ; les êtres vivants sont vraiment dignes d’amour. » Au début, vous avez de l’affection pour eux et, à la fin, cette affection se transforme en désir et en attachement. Faites attention ! Il ne s’agit pas de ce que nous appelons généralement « amour », ce n’est pas mettā dans le sens du Dhamma, c’est mettā mélangé à de l’égoïsme. Nous voulons obtenir quelque chose des autres et nous appelons cela mettā. C’est un peu comme notre soi-disant désintérêt pour le monde. « Oh ! Oui, je suis vraiment fatigué de tout cela, je me retire ! » C’est tout simplement une grosse pollution mentale, pas une lassitude du monde ou un détachement. On emploie les mêmes termes mais pas dans le sens que leur a donné le Bouddha. Si c’est authentique, il y a renoncement sans aversion ni agressivité, sans qu’aucun mal ne soit fait à personne. On ne se lamente pas, on ne blâme rien. On considère simplement tout comme étant vide.
On arrive alors à ce point où l’esprit est vide, vide de tout attachement aux choses. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien, ni gens ni objets dans le monde. Il y a l’esprit vide ; il y a les gens, il y a les choses, mais dans l’esprit tout ceci est perçu dans sa vérité, c’est-à-dire comme quelque chose d’incertain. On voit les choses pour ce qu’elles sont, on voit qu’elles suivent leur cours naturel comme éléments de la nature apparaissant et disparaissant.
Imaginons que vous ayez un vase. Pour vous, c’est un bel objet mais, de son côté, le vase existe de manière neutre. Il n’a rien à dire. Vous êtes le seul à avoir des sentiments à son sujet, à en faire une question de vie ou de mort. Si vous ne l’aimez pas ou si vous le détestez carrément, cela ne le touche pas, c’est votre affaire, il y est indifférent ; tandis que vous, vous avez des sentiments d’attirance ou d’aversion et vous vous y attachez. Nous jugeons les choses comme étant bonnes ou mauvaises. Ce « bon » trouble notre cœur et ce « mauvais » trouble notre cœur. Tous deux sont des pollutions mentales, le produit d’une compréhension erronée.
Il est inutile de nous enfuir ailleurs ; tout ce que nous avons à faire, c’est regarder et étudier cela à fond. L’esprit est ainsi. Quand nous n’aimons pas quelque chose, l’objet de notre aversion n’est pas touché, il reste tel quel. Quand nous aimons quelque chose, cette chose n’est pas touchée par notre attirance, elle reste telle quelle. Tout ce que nous faisons, c’est nous rendre fous.
Nous croyons certaines choses bonnes, nous voyons d’autres choses comme fantastiques, mais nous ne faisons que projeter ces idées à partir de nous-mêmes. Si nous sommes conscients de nous-mêmes, nous comprendrons que toutes ces choses sont égales.
Nous pouvons aisément illustrer cela avec l’exemple de la nourriture. Nous trouvons que tel ou tel aliment est délicieux ; quand nous voyons les plats sur la table, ils nous attirent ; mais une fois que tout est mélangé dans notre estomac, c’est une autre histoire. Pourtant nous regardons tous les plats et disons : « Celui-ci est pour moi, celui-là est à toi, celui-là est à elle. » Mais quand nous aurons fini de manger et que la nourriture ressortira de l’autre côté, il est probable que personne ne va se pencher dessus pour dire : « Ceci est à moi et cela est à toi », n’est-ce pas ? Serez-vous toujours aussi possessif et gourmand à ce moment-là ?
Ceci pour exprimer les choses brièvement et simplement. Si notre vision est claire et que nous fonctionnons en conséquence, tout aura une même valeur à nos yeux. Quand nous avons des désirs et que nous pensons en termes de « mien » et de « tien », les choses se terminent en conflit. Quand nous donnons une même valeur à tout, il n’y a pas d’appartenance à qui que ce soit, ce ne sont que des conditions qui existent telles qu’elles sont. Quel que soit le raffinement de la nourriture que nous mangeons, une fois transformée en excrément, personne ne veut la ramasser et en faire toute une histoire, personne ne va se battre pour elle.
Quand nous réalisons que toute chose fait partie de ce Dhamma unique, que tout est de même nature, nous relâchons notre saisie, nous posons les choses ; nous voyons qu’elles sont vides et nous ne ressentons ni amour ni haine pour elles. Nous sommes en paix. Il est dit : « Le nibbāna est le bonheur suprême, le nibbāna est la vacuité suprême. »
Je vous demande de bien écouter ceci : le bonheur dans le monde n’est pas le bonheur suprême, le bonheur ultime. Ce que nous concevons comme la vacuité n’est pas la vacuité suprême. S’il s’agit réellement de la vacuité suprême, il y a la fin de la saisie et de l’attachement. S’il s’agit réellement du bonheur suprême, il y a la paix. Mais la paix que nous connaissons n’est pas encore suprême, le bonheur que nous connaissons n’est pas suprême. Si nous atteignons le nibbāna, la vacuité est suprême, le bonheur est suprême. Et il y a une transformation : le bonheur est transformé en paix ; le bonheur est présent mais on ne lui accorde pas de sens particulier ; et la souffrance est également présente. Quand bonheur et souffrance apparaissent, on les voit comme égaux, ils ont la même valeur.
Les expériences sensorielles que nous aimons ou n’aimons pas sont, dans l’absolu, de même valeur, mais quand elles nous touchent, nous ne les percevons pas ainsi. Si quelque chose nous plaît, nous nous en réjouissons ; si quelque chose nous déplaît, nous voulons que cela disparaisse. Donc les expériences sont différentes pour nous mais, en vérité, elles sont égales. Nous devons nous exercer à les voir ainsi : les choses sont de même valeur dans la mesure où elles sont toutes instables et impermanentes.
C’est comme l’exemple de la nourriture. Nous disons que ce type d’aliment est bon, ce plat est délicieux, celui-là est merveilleux. Mais quand ils se retrouvent tous mélangés dans le corps et quand ils sont ensuite éjectés, c’est tout pareil. A ce moment-là, personne ne va se plaindre qu’il n’en a pas eu assez ; à ce moment-là, l’esprit ne va pas se laisser emporter.
Si nous ne voyons pas la vérité de l’impermanence, de l’insatisfaction et du non-soi, il ne peut y avoir de fin à la souffrance. Si nous sommes attentifs, nous pouvons voir cette vérité à tout moment. Elle est présente dans l’esprit et le corps et nous pouvons la voir. C’est là que nous trouvons la paix.
Ajahn Chah
Source : le dhamma de la Forêt
dimanche 8 mars 2009
Naissance et mort
Extraits d’enseignements d’Ajahn Chah
Traduit par Jeanne Schut
Cet ouvrage est précédemment paru en anglais sous le titre:
« No Ajahn Chah »
1
Il est bon de se poser régulièrement la question, très sincèrement :
« Pourquoi suis-je né ? »
Posez-vous cette question matin, midi et soir…
tous les jours.
2
Naissance et mort forment un tout. Impossible d’avoir l’une sans l’autre.
C’est assez bizarre de voir combien les gens sont malheureux et tristes lors d’un décès,
alors qu’ils se réjouissent d’une naissance.
C’est se mentir à soi-même.
Je crois que si on veut vraiment se lamenter,
il vaudrait mieux le faire quand quelqu’un naît.
Pleurez à l’origine
car, s’il n’y avait pas de naissance, il n’y aurait pas de mort.
Comprenez-vous cela ?
3
On pourrait croire que les gens se rendraient compte de ce que signifie
vivre dans le ventre de quelqu’un, combien cela doit être désagréable !
Voyez comme il est déjà difficile de passer simplement une journée enfermé
dans une petite cabane. Si on ferme porte et fenêtres on suffoque.
Alors que dire de passer neuf mois dans le ventre de quelqu’un ?
Et pourtant c’est exactement là que vous voulez être à nouveau,
pour vous faire piéger à nouveau.
4
Pourquoi sommes-nous nés ?
Nous sommes nés pour ne plus avoir à renaître.
5
Quand on ne comprend pas la mort,
la vie peut paraître très compliquée.
6
Le Bouddha a recommandé à son disciple Ananda
de voir l’impermanence, de voir la mort,
à chaque respiration.
Nous devons nous familiariser avec la mort ;
nous devons mourir pour pouvoir vivre vraiment.
Qu’est-ce que cela signifie ?
Mourir c’est arriver au bout des doutes, de toutes les questions
et être simplement présent à la réalité de l’instant.
On ne pourra jamais mourir demain ;
c’est maintenant qu’il faut mourir.
Saurez-vous le faire ?
Si vous y parvenez, vous connaîtrez la paix
qui vient quand il n’y a plus de questions.
7
La mort est aussi proche de nous
que notre souffle.
8
Si vous avez pratiqué correctement,
vous ne serez pas désemparé quand vous tomberez malade,
ni bouleversé par la mort.
Quand vous allez vous faire soigner à l’hôpital, dites-vous clairement :
« Si je guéris, c’est bien et si je meurs, c’est bien aussi. »
Je vous garantis que si les médecins me disaient que j’allais mourir d’un cancer dans quelques mois, je leur dirais : « Attention, la mort va finir par vous atteindre vous aussi. C’est seulement une question de qui part le premier et qui part plus tard. »
Les médecins ne vont pas guérir ni prévenir la mort. Seul le Bouddha connaissait ce remède. Alors pourquoi ne pas essayer de faire usage du remède du Bouddha ?
9
Si vous avez peur de la maladie, si vous avez peur de la mort,
voyez d’où elles viennent.
D’où viennent-elles ? Elles viennent de la naissance.
Alors ne soyez pas triste quand quelqu’un meurt —
c’est naturel et c’est la fin de sa souffrance dans cette vie.
Si vous voulez être triste, alors soyez triste quand les gens naissent :
« Oh ! Non ! Ils sont revenus. Ils vont encore souffrir et mourir ! »
10
« Ce qui sait » en nous, sait très bien
que tous les phénomènes sont sans substance réelle.
Alors « ce qui sait » ne se réjouit pas et ne s’attriste pas
car il ne suit pas le gré des conditions changeantes.
Se réjouir, c’est naître ; se laisser abattre, c’est mourir.
Une fois mort, on naît encore ; une fois né, on meurt encore.
Cet enchaînement de naissances et de morts
d’instant en instant
est la roue sans fin du samsara.
mardi 8 juillet 2008
Un Don du dhamma
Cet enseignement était offert aux parents des moines à l’occasion de leur venue depuis la France.
Merci à isara pour sa traduction.
« A Gift of Dhamma »
Il n'y a peu de dhamma en France...
Je suis heureux que vous ayez saisi cette opportunité de venir visiter Wat Pah Pong et de venir voir votre fils qui a été ordonné moine, ici. Je suis cependant désolé de n’avoir aucun cadeau à vous offrir. Il y a en France, tant d’objets matériels, mais du Dhamma, il y en a vraiment peu.
La France connaît une prospérité matérielle, il y a à offrir tant de choses si attirantes pour les sens : des sons, des spectacles, des senteurs, des goûts, des textures. Toutefois, les gens qui sont ignorants du Dhamma ne peuvent être qu’embrouillés par cela. Aussi, aujourd’hui, j’aimerais vous offrir quelques enseignements sur le Dhamma, que vous pourrez ramener en France avec vous. Un cadeau du Wat Pah Pong et du Wat Pah Nanachat.
Les problèmes sont les mêmes partout
Qu’est-ce que le Dhamma ? Dhamma, c’est ce qui peut réduire les problèmes et les difficultés de l’humanité, et graduellement les faire disparaître. C’est cela que l’on appelle le Dhamma et qui doit être étudié tout au long de notre vie quotidienne afin d’être en capacité, chaque fois qu’une impression survient en nous, de l’observer, de savoir comment la traiter, pour avancer plus avant.
Les problèmes sont les mêmes que nous vivions en Thaïlande ou dans n’importe quel autre pays. Si nous ne savons pas comment les résoudre, nous serons en permanence sujets à la souffrance et à la détresse. Et pour acquérir cette sagesse, nous devons développer et entraîner l’esprit.
L’objet de la pratique n’est pas bien éloigné : c’est juste là dans notre corps et notre esprit. Occidentaux et thaïs sont semblables, ils ont, les uns et les autres, un corps et un esprit. Un corps et un esprit confus font une personne perdue dans la confusion. Un corps et un esprit apaisés, c’est une personne qui est en paix.
Apaiser l'esprit pour apaiser le corps
De fait, l’esprit, tout comme l’eau de pluie, est pur naturellement. Si vous laissez tomber une goutte de colorant vert dans de l’eau de pluie, aussitôt elle se teindra en vert. Avec un colorant jaune, elle se teindra en jaune.
L’esprit réagit exactement de la même manière. Quand une impression de bien-être « tombe » dans l’esprit, l’esprit est bien. Quand c’est une impression d’anxiété, l’esprit est anxieux. L’esprit se « teinte » tout comme l’eau colorée.
Quand l’eau claire entre en contact avec le colorant jaune, elle vire au jaune. Quand elle entre en contact avec le colorant vert, elle vire au vert. Elle change de couleur à chaque fois. Mais en fait, cette eau qui devient soit jaune, soit verte est, naturellement, claire et propre. C’est aussi l’état naturel de l’esprit, propre et clair et serein. Il devient confus seulement parce qu’il poursuit des impressions mentales ; il se perd dans ses propres humeurs.
Laissez-moi vous expliquer plus précisément. Maintenant, vous êtes assis dans une forêt paisible. Ici, il n’y a pas de vent, la feuille reste immobile dans l’arbre. Quand le vent se met à souffler, la feuille s’agite. L’esprit est semblable à cette feuille. Quand il rencontre une impression mentale, lui aussi s’agite suivant la nature de cette impression mentale. Et moins nous connaissons le Dhamma, plus notre esprit sera à la poursuite de ces impressions mentales.
Finalement, les gens deviennent névrosés. Pourquoi ? Parce qu’ils suivent sans cesse leurs humeurs et ne sont pas capables de voir au-delà de l’agitation de leur esprit. Quand l’esprit n’a personne pour veiller sur lui, il est comme un enfant sans mère, ni père pour prendre soin de lui. Un orphelin n’a aucun refuge et sans refuge, il est en danger.
La méthode pour entraîner l’esprit, c’est cela que je vous donne aujourd’hui.
C’est « kammatthana » : kamma veut dire « action » et « thana » signifie la base, le fondement. Dans le bouddhisme, c’est la méthode pour rendre l’esprit tranquille et apaisé. C’est à vous d’entraîner l’esprit, puis avec cet esprit entraîné, d’examiner le corps.
Notre être est composé de deux parties : l’un est le corps ; l’autre, l’esprit. Il n’y a que cela. Ce que nous appelons « le corps », c’est ce que nous pouvons voir avec nos yeux organiques. « L’esprit », de l’autre coté, n’a pas d’aspect physique. L’esprit ne peut être vu qu’avec nos « yeux de l’intérieur » ou nos « yeux de l’esprit ». Ces deux composantes, le corps et l’esprit, sont en permanente mutation.
Qu’est-ce que l’esprit ? L’esprit n’a aucune véritable réalité. Conventionnellement parlant, c’est ce qui ressent, qui expérimente. C’est ce qui sens, reçoit, et expérimente toutes les sensations mentales, c’est cela que nous appelons « l’esprit ». Là, maintenant, il y a l’esprit. Comme je suis en train de vous parler, l’esprit reconnaît ce que je suis en train de dire. Des sons entrent par l’oreille et vous savez ce qui est en train d’être dit. Ce qui fait l’expérience de ceci est appelé « esprit ».
L’esprit est l’esprit. Les objets mentaux sont les objets mentaux. Les objets mentaux ne sont pas l’esprit et l’esprit n’est pas les objets mentaux. Afin d’avoir une claire compréhension de notre esprit et des objets mentaux de notre esprit, nous disons que l’esprit c’est ce qui perçois les objets mentaux qui apparaissent en lui.
Quand deux choses, l’esprit et les objets de l’esprit entrent en contact l’un avec les autres, ils donnent naissance aux sensations. Certaines sont agréables, d’autres mauvaises, certaines froides, d’autres chaudes, ainsi de suite !
Sans la sagesse pour traiter ces sensations, l’esprit restera dans la confusion.
La méditation est la voie pour développer l’esprit, pour qu’il devienne une base sur laquelle croîtra la sagesse.
Anapanasati ou l'Attention à la respiration
La respiration est le support physique pour développer l’esprit. Nous appelons cela « anapanasati » ou « pleine conscience de la respiration ». Nous prenons notre respiration pour objet mental. Nous prenons cet objet parce qu’il est simple et parce qu’il est le cœur de la méditation depuis des temps immémoriaux.
Quand l’occasion se présente de s’asseoir en méditation, asseyez-vous, les jambes croisées : pied droit sur la cuisse gauche, main droite au-dessus de la main gauche. Maintenez votre dos droit et ferme. Dites en vous-même : « Maintenant, je laisse aller tous mes soucis, toutes mes inquiétudes. » Vous ne devez rien vouloir qui pourrait vous causer du tracas. Laissez de coté toutes vos inquiétudes pour le moment.
Maintenant fixez votre attention sur la respiration, n’essayez pas de rendre votre respiration plus longue ou plus courte. Pas plus que vous devez la rendre forte ou légère. Laissez-la couler normalement et naturellement. La pleine conscience et l’attention vont croître dans votre esprit, et se concentrer sur l’inspiration et l’expiration.
Soyez à l’aise. Ne pensez à rien. Inutile de penser à ceci ou cela. La seule chose que vous ayez à faire, c’est de fixer votre attention sur le va et vient de votre respiration. Vous n’avez rien d’autre à faire, que cela ! Gardez votre pleine conscience focalisée sur le va et vient du souffle quand il se produit. Soyez attentif au début, au milieu et à la fin de chaque respiration. Lors de l’inspiration suivez d’abord le souffle à l’extrémité du nez, le milieu de l’inspiration au niveau du cœur et la fin, dans l’abdomen. Lors de l’expiration, suivez le chemin inverse : le début de l’expiration dans l’abdomen, le milieu au niveau du cœur et la fin à l’extrémité du nez.
Finalement, l’esprit restera attentif à la respiration à chacun de ces trois stades. Quand vous aurez pratiqué quelques fois, l’esprit et le corps vont s’habituer à ce travail. La fatigue va disparaître. Le corps va se sentir plus léger et la respiration devenir de plus en plus légère. Attention et conscience de soi protègent l’esprit et veillent sur lui.
Nous pratiquons comme cela jusqu’à ce que l’esprit soit calme et en paix, jusqu’à ce qu’il soit unifié. Etre unifié signifie que l’esprit sera complètement focalisé sur la respiration, qu’il ne sera pas séparé de la respiration. L’esprit sera clair et tranquille. Il connaîtra le début, le milieu et la fin du souffle et restera concentré sur lui.
Quand l’esprit est apaisé, nous fixons notre attention sur l’inspiration et l’expiration au niveau des narines seulement. Nous n’avons pas à suivre son cheminement, montant et descendant, dans l’abdomen. Il suffit de se concentrer sur le nez par où le souffle entre et sort.
Ceci s’appelle « calmer l’esprit », le rendre calme et apaisé. Quand la tranquillité apparaît, l’esprit s’arrête ; il s’arrête sur un seul objet, la respiration. C’est rendre l’esprit apaisé afin que la sagesse puisse apparaître.
C’est le début, le fondement de notre pratique. Vous devez essayer de pratiquer de la sorte chaque jour, où que vous soyez. Que ce soit à la maison, dans une voiture, étendu ou assis, vous devez être pleinement attentif et surveiller votre esprit en permanence.
Ceci s’appelle « l’entraînement mental » qui peut être pratiqué dans toutes les positions. Pas seulement en étant assis, mais debout, en marchant ou couché, tout aussi bien. L’objectif est de pouvoir savoir quel est l’état de l’esprit à chaque moment. Et pour être capable de le faire, nous devons être en permanence conscient et attentif. L’esprit est-il heureux ou souffrant ? Connaît-il la confusion ? Est-il en paix ? Apprendre à connaître l’esprit de la sorte, lui permet de devenir tranquille et lorsqu’il sera tranquille, la sagesse apparaîtra.
L'observation du corps
Avec cet esprit apaisé, observez cet objet de médiation qu’est le corps… depuis le sommet du crâne jusqu’à la plante des pieds et revenir jusqu’au sommet du crâne. Faites ceci encore et encore. Regardez et voyez les cheveux sur la tête, les poils du corps, les ongles, les dents et la peau. Durant cette méditation, vous verrez que toutes ces parties du corps sont composées de quatre éléments : terre, eau, feu, air.
Les parties solides du corps sont composées d’éléments « terre », les substances liquides sont composées d’éléments « eau ». Tous les vents qui traversent le corps sont des éléments « air » et la chaleur de notre corps est l’élément « feu ».
Pris ensemble, ils composent ce que nous nommons « être humain ». Cependant, quand le corps se décompose, seuls ces quatre éléments subsistent. Le Bouddha dit qu’il n’y avait aucun « être » en soi, pas d’humain, pas de thaï, ni d’occidental, personne, mais seulement ces quatre éléments… et rien d’autre ! Nous sommes convaincus qu’il y a une personne, un « être », mais en réalité, il n’y a rien de la sorte.
Que l’on prenne séparément ces éléments, terre, eau, air et feu, ou qu’on les prenne ensemble dans ce que nous désignons sous l’appellation d’ « être humain », ils sont tous impermanents, sujets à la souffrance et sans identité propre. Ils sont instables, impermanents et dans un état constant de changement… rien de stable, ne serait-ce qu’un instant !
Notre corps est instable, il se dégrade et change en permanence. Les cheveux changent, les ongles changent, les dents et la peau de même… tout, absolument tout change.
Notre esprit aussi change continuellement. Il ne possède ni soi, ni substance. Il n’est pas réellement « nous », pas réellement « eux », bien qu’il le pense. Peut-être pensera-t-il se tuer lui-même, peut-être pensera-t-il au bonheur ou à la souffrance… ou à tout autre sorte de chose ! Il est instable.
Observer le corps et l'esprit
Cet esprit est impermanent. Ce corps est impermanent. Ensemble, ils sont impermanents. Ensemble, ils sont source de souffrance. Ensemble, ils sont dépourvus d’un « soi ». Ceux-ci, ce corps et cet esprit, le Bouddha l’a montré, ne sont ni un être, ni une personne, ni un « soi », ni une âme, ni « nous », ni « eux ». Ils ne sont que de simples éléments : terre, eau, air et feu. Seulement des éléments !
Quand l’esprit verra cela, il se libèrera des attachements qui l’emprisonnent, des pensées comme : « je suis beau », « je suis bon », « je suis mauvais », « je souffre », « je possède », « je » ceci, « je » cela. Vous expérimenterez un état où vous pourrez voir que toute l’humanité est semblable par essence. Il n’y a pas de « je », il n’y a que des éléments.
Quand vous voyez l’impermanence, la souffrance et le non-soi, il n’y a plus d’attachement à un soi, un être, je, il ou elle. L’esprit qui voit cela donnera naissance à « nibbida », le désenchantement et la cessation des passions. Il verra toute chose comme étant impermanente, cause de souffrances et sans « soi » propre.
L’esprit alors s’arrêtera. L’esprit est Dhamma. L’avidité, la détestation, l’illusion diminueront et reculeront petit à petit, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que l’esprit… juste le pur esprit. C’est ce que nous appelons « pratiquer la méditation »
Voilà, je vous demande de recevoir ce cadeau du Dhamma que je vous offre pour que vous puissiez l’étudier et le contempler dans votre vie quotidienne.
S’il vous plaît, acceptez cet enseignement du dhamma venant du Wat Pah Pong et du Wat Pah Nanachat comme un héritage que vous recevriez. Tous les moines ici présents, parmi lesquels se trouve votre fils, et tous les enseignants, vous font offrande de ce Dhamma pour que vous l’emmeniez avec vous en France. Il vous montrera le chemin de la paix de l’esprit, il rendra votre esprit calme et détendu. Votre corps pourra être troublé, mais pas votre esprit. D’autres par le monde pourront être dans la confusion, mais pas vous. Même si la confusion règne dans votre pays, vous ne serez pas dans la confusion vous-même, parce que l’esprit aura vu, l’esprit est Dhamma.
C’est le juste chemin, la vraie Voie.
Puissiez-vous vous souvenir de cet enseignement dans la futur.
Puissiez-vous être en paix et heureux.
Ajahn Chah
Source : Extrait de : « A Gift of Dhamma » Traduction par isara : Vimokkha
Remarque : Les sous titres ne sont pas dans le texte original ni dans la traduction.
samedi 28 juin 2008
Le Dhamma est ici même
Le Dhamma est ici même, nous devons regarder ici même
Le Dhamma né du corps doit être vu dans le corps. Et comment regarderez-vous le corps ? Avec l'esprit. Vous ne trouverez le Dhamma nulle part ailleurs, parce que c'est précisément là que naissent aussi bien le bonheur que la souffrance. À moins que vous n'ayez déjà vu le bonheur apparaître dans les arbres ? Ou sortir des rivières ? Ou tomber du ciel ?
Le bonheur et la souffrance sont des émotions qui naissent dans notre corps et dans notre esprit.
Voilà pourquoi le Bouddha nous dit de prendre conscience du Dhamma ici même. Le Dhamma est ici même, nous devons regarder ici même.
Après avoir lu les livres, il faut rediriger les enseignements vers l'intérieur. Alors, vous pourrez les comprendre
Votre Maître vous dira peut-être de regarder le Dhamma dans les livres, mais si vous croyez que c'est vraiment là qu'il se trouve, vous ne le verrez jamais. Après avoir lu les livres, il faut rediriger les enseignements vers l'intérieur. Alors, vous pourrez les comprendre.
Où se trouve le véritable Dhamma ? Ici même, dans ce corps et dans cet esprit qui sont tout ce que vous possédez. Utilisez l'esprit pour contempler le corps. Telle est l'essence de la pratique de la contemplation.
Si nous pratiquons ainsi, la sagesse s'éveillera dans notre esprit.
Quand la sagesse est présente dans notre esprit, où que nous regardions, nous voyons le Dhamma, nous voyons aniccam, dukkham et anatta à tout moment.
Aniccam signifie changement. Dukkham, c'est la souffrance qui naît quand nous nous attachons à ce qui change, parce que ces choses ne sont ni nous ni nôtres : anātta.
Transcender l'apparence
Mais nous ne voyons pas les choses ainsi. Nous les voyons toujours comme étant nous ou nôtres, ce qui signifie que nous ne comprenons pas bien ce que sont les conventions. Il faut comprendre les conventions. Par exemple, nous tous, assis ici, avons un nom. Notre nom est il né avec nous ou nous a-t-il été donné après ? Vous comprenez ? C'est une convention.
Les conventions sont-elles utiles ? Oui, bien sûr. Prenons quatre hommes, A, B, C et D. Il faut qu'ils aient un nom qui leur soit propre pour faciliter la communication et le travail en commun. Si nous voulions parler à monsieur A, nous pourrions l'appeler par son nom et c’est lui qui viendrait, pas les autres. C'est le côté pratique des conventions.
Mais si nous regardons bien les choses, si nous transcendons l'apparence, nous constatons qu'en réalité il n'y a personne derrière le nom, il n'y a que de la terre, de l'eau, de l'air et du feu — les quatre éléments. C'est tout ce que contient un corps humain.
Malheureusement, du fait du pouvoir d'attachement de attavād-upādāna,* (*L'une des quatre bases de l'attachement : kamūpādāna, l'attachement aux objets des sens ; sīlabbatūpādāna, l'attachement aux rites et rituels ; diṭṭhūpādāna, l'attachement aux opinions et attavādūpādāna, l'attachement à l'idée d'un soi) nous ne voyons pas les choses de cette manière.
Une « une personne » n'est vraiment pas grand-chose
Si nous analysions les choses à fond, nous constaterions que ce que nous, appelons « une personne » n'est vraiment pas grand-chose.
La partie solide, c'est l'élément terre ;
la partie liquide, l'élément eau ;
la partie qui souffle ici et là s'appelle l'élément air ;
et la partie qui donne sa chaleur au corps est l'élément feu.
Quand la terre, l'eau, l'air et le feu se combinent d'une certaine manière, ils donnent un être humain. Quand nous décomposons les choses ainsi, nous constatons qu'il n'y a que de la terre, de l'eau, de l'air et du feu. Où voyez-vous une personne là dedans ? Il n'y en a pas.
C'est la raison pour laquelle le Bouddha a dit que la plus grande des pratiques consiste à voir que
« ceci n'est pas moi et cela ne m'appartient pas » — voir qu'il ne s'agit que de conventions.
Les choses ne sont ni nous ni à nous
Si nous comprenons clairement tout cela, nous serons en paix. Si nous réalisons à cet instant la vérité de l'impermanence, que les choses ne sont ni nous ni à nous, au moment où elles se désintègreront nous serons en paix sachant qu'elles n'appartenaient à personne de toute façon, simples agrégats des quatre éléments.
Ne plus être affecté par la colère, l'avidité ou l'illusion
Il est difficile de voir les choses sous cet angle-là, mais ce n'est pas impossible.
Si nous y, parvenons, nous trouverons l'apaisement, nous ne serons plus autant affectés par la colère, l'avidité ou l'illusion.
Le Dhamma sera toujours présent dans notre coeur. Il n'y aura plus aucune raison de jalouser ou de mépriser les autres puisque nous sommes tous de simples agrégats de terre, d'eau, d'air et de feu. Rien de plus.
Quand nous aurons accepté cette idée, nous verrons la vérité contenue dans les enseignements du Bouddha. Si nous pouvions voir la vérité des enseignements du Bouddha, nous n'aurions pas besoin de tant de maîtres ! Il serait inutile d'écouter des discours tous les jours. Quand nous comprenons, nous agissons simplement de manière appropriée aux situations.
Si les gens sont si difficiles à enseigner, c'est qu'ils n'acceptent pas l'enseignement et s'opposent aux enseignants comme aux enseignements. Devant le maître ils se comportent à peu près bien, mais derrière son dos ils deviennent comme des voleurs ! Les gens sont vraiment difficiles à enseigner...
Etre vigilant pour pouvoir voir le Dhamma
Soyez vigilant sinon vous ne verrez pas le Dhamma. Il faut être circonspect : écouter l'enseignement et puis l'étudier bien à fond. Est-ce que cette fleur est belle ?... Êtes-vous capable de voir la laideur à travers la beauté de la fleur ? Pendant combien de jours va-t-elle être belle ? Comment va-t-elle évoluer ? Pourquoi change-t-elle ainsi ? D’ici trois ou quatre jours il faudra la jeter, n’est-ce pas ? Elle aura perdu toute sa beauté.
Les gens s'attachent à ce qui est beau, s'attachent à ce qui est bon. Si, quelque chose leur plaît, ils sont complètement séduits.
Le Bouddha nous dit de regarder les belles choses, de voir qu'elles sont belles, mais sans nous y
attacher. De même, si une sensation est agréable, nous ne devons pas nous laisser piéger par elle
Rien n'est sûr : ni la beauté ni la bonté. Rien n'est certain, il n'y a rien en ce monde qui soit une
certitude. C'est la vérité. Les choses qui ne sont pas réelles sont les choses qui changent, comme la beauté. La seule vérité qu'elle contienne c'est qu'elle est en perpétuel changement. Si nous croyons que les choses sont vraiment belles en elles-mêmes, quand leur beauté s'étiolera, notre esprit s'étiolera aussi. De même, quand les choses ne sont plus aussi bonnes, notre esprit perd également de sa bonté.
Source : Extraits d'un enseignement donné en 1977 par Ajahn Chah, à l'Institut Manjushri, en Angleterre : Livret 15- Le refuge - Les titres ne sont pas dans le texte original
dimanche 22 juin 2008
Bouddhisme : La Tradition de la forêt
Les Moines de la Forêt
Ici, dans la forêt, on a l’occasion d’apprendre à être en harmonie avec la nature, à vivre heureux et en paix.
Ici, on peut contempler la nature des choses.
Quand on regarde autour de soi, on comprend que toutes les formes de vie dégénèrent et finissent par mourir. Rien de ce qui existe n’est permanent. Quand on comprend vraiment cela, on se sent devenir calme et serein.
Dans un monastère de forêt, on apprend à se contenter de peu : on ne mange que selon ses besoins, on ne dort que quand c’est nécessaire et on se satisfait de ce que l’on a. Tels sont les fondements de la méditation bouddhiste...
Ajahn Chah (Extrait de la vidéo « The Mindful Way »)
La tradition de la forêt, par Michel Henri DUFOUR
Le Bouddha est né sous un arbre, il a passé toute la partie de sa vie suivant son Eveil dans la forêt, et il est mort sous un arbre. La forêt se trouve donc au cour des premiers temps du bouddhisme, aussi bien en tant que lieu privilégié de pratique qu'en tant qu'esprit imprégnant toute la pratique, qu'elle soit monastique ou laïque.
Le Bouddha a toujours rejeté les pratiques ascétiques extrêmes telles qu'ils les avait expérimentées avant son Éveil. Cependant il reconnaissait qu'un certain degré d'austérité était nécessaire dans la vie des moines.
Pendant plus de 2 500 ans cette existence sylvestre fut le lot quotidien de nombreux moines dans divers pays d'Asie.
La Communauté monastique évolue mais demeure
Dès la fin de la vie du Bouddha déjà, ses disciples étaient passés du stade d'un petit groupe de moines errants à celui d'une large communauté parfaitement organisée, résidant, à l'invitation de riches donateurs laïcs, dans de vastes monastères répandus dans toute la région centrale de l'Inde. Cette situation résultant du fait que, bien que les moines acceptent avec joie ce qui est offert et se contentent de conditions parfois austères en termes de logement et de nourriture, l'évolution naturelle veut qu'ils soient toujours en mesure de répondre aux besoins spirituels de la communauté laïque.
La Communauté monastique a néanmoins survécu dans sa forme originelle à des siècles de bouleversements, à la naissance et à la disparition de nombreux empires. De l'Inde au Sri Lanka, à la Birmanie, à la Thaïlande et à travers toute l'Asie, elle s'est répandue et a prospéré. Dans toute société où des valeurs spirituelles florissaient la Communauté a pu trouver nourriture et soutien, et en retour a offert un sens à cette société.
La Thaïlande est particulièrement favorisée par la présence d'un certain nombre de Maîtres bouddhistes de grande valeur, l'un d'entre eux étant Ajahn Chah (1918 - 1992). Ajahn Chah faisait partie d'un mouvement destiné à restaurer la direction et l'austérité originelles de la vie du moine en établissant des communautés monastiques à la vie très simple, dans les forêts les plus reculées. Une telle communion directe avec les éléments favorisait la clarté du mental et renforçait le coeur.
À ce jour, plus d'une centaine de monastères de forêt ont été créés, inspirés de son enseignement. De très nombreux disciples d'Ajahn Chah résident à travers le monde, le noyau de cette Communauté en Occident étant constitué par le monastère de Chithurst et le centre bouddhique Amâravatî en Angleterre, ouvert en 1985, sous la direction du Vénérable Sumedho, l'un des premiers disciples occidentaux du Maître. D'autres monastères ont été par la suite créés en Australie, Nouvelle-Zélande, Italie, États-Unis et Suisse. Ils accueillent pour des enseignements et des retraites nombre de laïcs.
Par ses caractéristiques mêmes, situées aux antipodes des pseudo-valeurs de notre civilisation, la tradition de Forêt ne semble rien posséder qui puisse séduire l'homme contemporain et il est à craindre que, malgré son ancienneté et sa vitalité actuelle, elle ne disparaisse, avec beaucoup d'autres, dans le chaos des comportements contradictoires de notre modernité.
L'obéissance à tous les désirs prenant la prééminence sur l'esprit de pauvreté et le contentement, la recherche du superflu sur la culture de l'essentiel, la vitesse et la précipitation sur la lenteur et la circonspection, l'agressivité sur la douceur et la paix mentale, la conformité sociale sur la transcendance.
Association Bouddhique Théravada (M.H. Dufour)
Sur ce blog vous trouverez de nombreux enseignements des moines de la forêt .
Sur ce site vous trouverez des enseignements de Ajahn Chah, de Ajahn Sumedho , de Ajahn Sucitto et de Ajahn Jayasaro
Sur ce site presque tous les enseignements de Ajahn Chah traduits en francais. certains sont proposés au format PDF sous forme de petits livre. Une Mine d'Or.
Est exposé sur ce site, l'enseignement du Bouddha selon la tradition du bouddhisme Théravàda et plus particulièrement selon l'école de forêt. On peut télécharger le "Vade-mecum bouddhique" de Michel-Henri Dufour et beaucoup d'autres textes et Enseignements. Un site très complet
Centre Bouddhique d'études et de méditation. Textes et livrets "collection Théravada" à télécharger. "Le Refuge prend son orientation et son enseignement auprès des Maîtres de la Forêt de Tradition Theravada"
- Et un tout nouveau blog : Vimokkha, la Tradition des moines de la Forêt
L'idée d'un "soi" est la cause même de la souffrance
Ajahn Chah nous enseigne ici un Dhamma que vous ne trouverez pas dans les Écritures. Beaucoup lisent les Écritures sans voir le Dhamma....Faites attention à ne pas manquer l'essentiel ni à vous méprendre sur son sens.....
Si vous voulez connaître le Dhamma, où allez-vous le chercher ? Il faut le chercher à l'intérieur de votre corps et de votre esprit. Vous ne le trouverez pas sur les étagères d'une bibliothèque (Ajahn Chah) ni sur ce blog....
Cet enseignement a été donné en 1977 à l'Institut Manjushri, dans le Comté de Cumbria, en, Angleterre.
Le Supérieur de l'Institut m'a invité à vous donner aujourd'hui un enseignement. Je vous demanderai donc à tous de vous asseoir en silence et de pacifier votre esprit...
Certains comprennent, mais ne prennent pas la peine de pratiquer, tandis que d'autres ne comprennent pas et n'essaient pas de comprendre. Je ne sais pas que faire d'eux.
L'enseignement que je vous propose aujourd'hui est un moyen de résoudre les problèmes dans l'instant présent et dans la vie présente.
... Dans les enseignements, il y a une réflexion sur le non-soi : « Ceci n'est pas moi, cela ne m'appartient pas. » Mais les gens n'aiment pas entendre ce genre d'enseignement parce qu'ils sont attachés à l'idée d'un soi. Or voilà : c'est la cause même de la souffrance. Il ne faut pas perdre cela de vue.
... la colère ne nous appartient pas, alors nous ne pouvons pas lui donner des ordres. Il arrive que deux heures plus tard elle soit toujours là et puis, d'autres fois, elle disparaîtra en une heure. S'attacher à la colère comme si elle nous appartenait en propre ne peut que nous faire souffrir. Si elle était vraiment à nous, elle devrait nous obéir. Si elle n'obéit pas, c'est que nous faisons erreur. Ne vous laissez pas piéger par cette erreur. Que l'esprit soit heureux ou triste, n'y croyez pas ! Que l'esprit adore ou déteste quelque chose, n'y croyez pas ! Tout cela ne sont que des vues erronées...
Dans l'enseignement du Bouddha, il est dit que le meilleur moyen de dépasser la souffrance est de voir que « ceci n'est pas moi » et « ceci n'est pas à moi ». C'est la méthode la plus efficace qui soit. Mais, en général, nous n'y prêtons pas grande attention et, quand la souffrance arrive, nous nous contentons de nous lamenter sans rien en apprendre. Pourquoi ? Nous devons absolument approfondir ces choses et développer « Bouddho », « Ce qui sait ».
La loi d'aniccam nous dit que tout est impermanent. Si on veut que les choses soient permanentes, on se prépare beaucoup de souffrance. À chaque fois qu'apparaîtra un signe d'impermanence, on sera malheureux. Par contre, si on voit que les choses changent parce que c'est dans leur nature, on est en paix, il n'y a pas de conflit. Si on veut que les choses soient permanentes, on va vivre sans cesse en conflit, on peut même arriver à en perdre le sommeil. Tout cela à cause de l'ignorance d'aniccam, l'impermanence, l'enseignement du Bouddha....
Pour vraiment voir le Dhamma, vous devrez regarder dans votre propre corps et dans votre esprit... Avant de pouvoir réaliser le Dhamma, vous devez savoir où le chercher. Le Dhamma né du corps doit être vu dans le corps. Et comment regarderez-vous le corps ?
Avec l'esprit. Vous ne trouverez le Dhamma nulle part ailleurs, parce que c'est précisément là que naissent aussi bien le bonheur que la souffrance. À moins que vous n'ayez déjà vu le bonheur apparaître dans les arbres ? Ou sortir des rivières ? Ou tomber du ciel ? Le bonheur et la souffrance sont des émotions qui naissent dans notre corps et dans notre esprit.
Voilà pourquoi le Bouddha nous dit de prendre conscience du Dhamma ici même
Source : Livret 15- Le refuge
samedi 14 juin 2008
Ne pas avoir peur de mourir...
Supposez que vous soyez malade et que vous deviez aller à l'hôpital. La plupart des gens diraient : « S'il vous plaît, ne me laissez pas mourir, je veux m'en sortir. » Mais c'est là une forme de pensée erronée qui ne peut conduire qu’à la souffrance.
Il vaudrait mieux vous dire : « Si je guéris, je guéris et si je meurs, je meurs. » C'est la pensée juste parce que, en fin de compte, nous ne pouvons pas maîtriser les conditions. Si vous considérez les choses ainsi, que vous mouriez ou que vous guérissiez, vous n'avez rien à craindre, aucun souci à vous faire.
Vouloir guérir à tout prix et avoir peur de mourir, c'est le fait d'un esprit qui ne comprend pas les conditions. Il faut vous dire : « Si je vais mieux, c'est bien et si je ne vais pas mieux, c'est bien. » Ainsi, vous ne pouvez pas vous égarer, vous n'avez pas à avoir peur ni à pleurer, tout simplement parce que vous êtes en harmonie avec le flot naturel de la vie.
Le Bouddha a vu les choses avec lucidité. Son enseignement est toujours aussi valable, aussi vrai aujourd'hui que de tout temps ; il ne s'est pas démodé parce que les conditions du monde n'ont pas changé. Si nous pratiquons cet enseignement avec coeur, nous bénéficierons de la paix et du bien être qu'il apporte. (...)
Lire d'autres extraits de cet enseignement : Souffrance ordinaire et extraordinaire
Lire cet enseignement en entier dans : Livret n° 15 du refuge
Souffrance ordinaire et souffrance extraordinaire
(Jeanne Schut était l'invitée de sagesse Bouddhiste dimanche 8 juin)
(...) Avez-vous déjà connu la souffrance ? Avez-vous déjà connu le bonheur?... C'est précisément dans ces moments-là que se trouve la vérité, c'est là que vous devez pratiquer le Dhamma. Qui est heureux ? C'est le mental. Qui souffre ? C'est le mental.(...)
Il y a deux sortes de souffrance : la souffrance ordinaire et l'extraordinaire.
La souffrance ordinaire est celle qui est liée à la nature inhérente des conditions : être debout peut faire souffrir, être assis peut faire souffrir, être couché peut faire souffrir. C'est la souffrance inhérente à tous les phénomènes conditionnés. Le Bouddha a lui-même vécu ces choses-là, il a connu aussi bien le confort que la douleur, mais il a su les voir comme des conditions naturelles. Il savait comment dépasser ces sensations naturelles et ordinaires, de confort comme de douleur, en comprenant leur véritable nature. C'est parce qu'il comprenait cette forme de souffrance naturelle qu'elle ne le perturbait pas.
La forme de souffrance la plus répandue est la deuxième sorte, la souffrance qui s'introduit depuis l'extérieur, la souffrance « extraordinaire ».
Quand nous sommes malades, il arrive que nous devions aller chez le médecin pour nous faire faire une piqûre. Quand l'aiguille pénètre sous la peau, il y a une certaine douleur, ce qui est tout à fait naturel et puis, quand on retire l'aiguille, cette douleur disparaît. Il s'agit là de la souffrance ordinaire, ce n'est pas un problème, nous la connaissons tous.
La souffrance extraordinaire est celle engendrée par uppādana, c'est-à-dire le fait de s'attacher aux choses. Alors, c'est comme si notre seringue était remplie de poison. Cette fois il ne s'agit plus d'une douleur ordinaire, mais d'une douleur qui se terminera dans la mort. Voilà à quoi ressemble la souffrance causée par l'attachement.
Avoir une vision erronée des choses, ne pas connaître la nature impermanente des phénomènes conditionnés est une autre source de problèmes. Les choses conditionnées sont du domaine du samsara. Si nous refusons que les choses changent, il est inévitable que nous souffrions.
Quand nous croyons que nous sommes le corps ou qu'il nous appartient, nous prenons peur en constatant combien il change. Et pourtant, regardez le souffle : une fois que nous avons inspiré, nous devons expirer ; l'air qui est entré doit ressortir.
C'est la nature et c'est ce qui nous maintient en vie. Si nous,ne faisions qu'inspirer ou qu'expirer, nous ne pourrions pas vivre. Les choses ne fonctionnent pas comme cela. Voilà ce que sont les conditions naturelles, mais nous ne voulons pas le comprendre.
Pratiquer le Dhamma, c'est développer une compréhension des choses qui permette d'éviterb l'apparition de la souffrance. Si notre compréhension est incorrecte, nous sommes en conflit avec le monde, avec le Dhamma et avec la vérité.
Lire cet enseignement en entier dans : Livret n° 15 du refuge
jeudi 3 avril 2008
IL N'Y A RIEN DE MIRACULEUX DANS LE BOUDDHISME

Il n'y a rien de miraculeux dans le Bouddhisme : il y a de la compassion, de la bienveillance, de la sagesse, mais pas de miracle..
Kathy
Pour Ajahn Chah
Le bouddhisme n’est pas fondé sur quoi que ce soit d’étrange ou d’inhabituel. Il ne dépend pas de différentes sortes de manifestations miraculeuses, de pouvoirs psychiques ou d’habilités surhumaines. Le Bouddha n’a pas loué ni encouragé ces choses.
De tels pouvoirs peuvent exister et avec votre pratique de la méditation il est possible de les développer, mais le Bouddha n’en a pas fait l’éloge et ne les a pas encouragé parce qu’ils sont potentiellement une source d’illusions, de tromperie. Les seules personnes dont il a fait l’éloge sont ces êtres qui ont été capables de se libérer de la souffrance.
Pour ce faire ils ont dû dépendre de la pratique – nos outils qui sont dana (la générosité), sila, samadhi et pañña. Voilà les choses avec lesquelles nous devons nous entraîner.
(...) Nous devons compter sur la patience et l’endurance, la retenue et la frugalité.
Nous devons pratiquer pour nous-mêmes, pour que ça vienne de l’intérieur et transforme vraiment notre esprit.
Les érudits, toutefois, tendent à douter passablement. Lorsqu’ils sont assis en méditation, dès qu’il y a un peu de calme ils commencent à se demander si peut-être ils ont atteint la première jhana. Ils ont tendance à penser comme ça. Mais dès qu’ils commencent à proliférer, l’esprit se détourne de l’objet et ils sont complètement distraits de la méditation.
En un instant, ils sont déjà repartis, pensant que c’est déjà la deuxième jhana. Ne commencez pas à proliférer au sujet de telles choses. Il n’existe pas de points de repère qui vous disent quel degré de concentration vous avez atteint ; c’est complètement différent. Il n’y a pas de signes qui surgissent (...)
Beaucoup de maîtres célèbres ont donné des descriptions de la première, deuxième, troisième et quatrième jhana, mais cette information existe à l’extérieur, dans les livres. (Jhana : il s’agit du nom donné à différents états d’absorption méditative.)
Si l’esprit est vraiment entré dans de tels états de calme, il ne connaît rien de pareilles descriptions. Il y a la conscience, mais ce n’est pas pareil aux connaissances que vous acquérez en étudiant la théorie (...)
Source : Ajahn Chah "La clé de la Libération" :davantage d'extraits: ICI
mardi 1 avril 2008
Paroles d'Ajahn Chah sur la GENEROSITE

Certains ont peur de la générosité. Ils sentent qu’une attitude généreuse les rendraient exploités ou opprimés, et les empêcherait de prendre soin d’eux-mêmes.
Mais en développant la générosité, nous n’opprimons que notre cupidité et notre attachement, et nous permettons à notre véritable nature de s’exprimer, de devenir plus éclairée et libre
Ajahn Chah
Si nous nous tournons vers les discours (Sutta) du Bouddha pour rechercher les idéaux propres à une vie bouddhique, nous découvrons cinq qualités que le Bouddha a souvent considérées comme les marques du véritable disciple, qu’il soit moine ou laïc
Ces cinq qualités sont la confiance (foi raisonnée), la vertu (conduite correcte), la générosité (absence d’égocentrisme), la connaissance (étude théorique) et la sagesse (vision au-delà des apparences). Parmi ces cinq qualités, deux (confiance et générosité) concernent d’abord le coeur, le contrôle de la facette émotionnelle de la nature humaine. Deux concernent l’intellect (l’étude et la sagesse). La cinquième, la vertu ou la conduite éthique, procède des deux aspects de la personnalité ; les trois premiers préceptes (l’abstinence de tuer, de s’approprier indûment et d’excès sensuels) gouverne les émotions ; les préceptes de s’abstenir de paroles fausses et d’intoxicants aident à développer la clarté et l’honnêteté nécessaires à la réalisation de la Vérité... (Michel Henri Dufour)
Source :Vers une éducation Bouddhique- vademecum bouddhiste de Michel Henri Dufour
APRES SAMATHA IL Y A VIPASSANA..

La pratique ne s'arrête pas à samatha, après il y a vipassana, après il y a la libération..
Malgré le fait qu’un certain état d’apaisement ait été atteint, la pratique n’est pas encore terminée. Le Bouddha l’a vu dans sa propre expérience, ceci n’est pas la fin de la pratique. Le processus du devenir ne s’est pas encore complètement épuisé ; les conditions de naissance continuelle existent encore ; la pratique de la Vie Sainte est encore incomplète.
Pourquoi est-elle incomplète ? Parce que la souffrance existe encore. Il a donc repris le calme de samatha et a continué à le contempler, en investiguant pour gagner en vision pénétrante jusqu’à ce qu’il n’y soit plus attaché.(...)
Le Bouddha résolut de contempler les causes derrière le devenir et la naissance. Tant qu’il était incapable de complètement comprendre la vérité de ce sujet, il continua à utiliser l’esprit tranquille comme moyen pour pénétrer de plus en plus profondément dans sa contemplation.
C’est une erreur de s’attacher aux états d’esprit calmes, ou de penser que le calme c’est vous ou qu’il y a un "soi" qui soit calme
Il réfléchit sur toutes les formations qui apparaissaient, paisibles ou agitées, jusqu’à ce qu’il vît enfin que toutes les conditions étaient comme une boule de fer chauffée à blanc.
Les cinq khandas (agrégats) sont exactement comme ça. Quand un morceau de fer est complètement chauffé à blanc, y en a-t-il une partie que vous puissiez toucher sans vous brûler De façon similaire, chacun des cinq khandhas est, au contact, comme chauffé à blanc.
C’est une erreur de s’attacher aux états d’esprit calmes, ou de penser que le calme c’est vous
ou qu’il y a un soi qui soit calme. Si vous présumez que le calme c’est vous, ou qu’il y a quelqu’un qui soit calme, ça ne fait que renforcer l’idée qu’il y a une entité solide, un soi ou atta.
Mais ce sentiment de soi n’est qu’une réalité conventionnelle. Si vous vous attachez à la pensée « je suis paisible », « je suis bon », « je suis mauvais », « je suis heureux » ou « je souffre », ça veut dire que vous êtes pris dans davantage de devenir et de naissance. C’est encore de la souffrance. Lorsque le bonheur disparaît ça se change en souffrance. Lorsque la
souffrance disparaît ça se change en bonheur. Et vous vous retrouvez pris à tourniquer sans cesse entre bonheur et souffrance, ciel et enfer, incapable d’y mettre une halte.
Le Bouddha observa que son esprit était ainsi conditionné et vit que les causes du devenir et de la naissance étaient encore présentes, et la pratique encore inachevée.
Tant que vous ne connaissez pas les choses selon la vérité, vous n’avez pas de choix que de souffrir. Vous ne pouvez pas les lâcher. Mais une fois que vous avez pénétré la vérité et comprenez comment sont les choses, vous voyez ces choses comme trompeuses. (...)
Source : Ajahn Chah "la clé de la libération" - Lire davantage d'extraits : ICI
jeudi 27 mars 2008
Paroles d'Ajahn Chah à propos de la pratique de la meditation (suite)

Apprendre au sujet de la pratique, c’est pratiquer dans le but d’apprendre.
Lorsque vous êtes indolents, que vous vous sentez paresseux, vous devez aussi pratiquer ; pas seulement quand vous êtes en forme et dans de bonnes dispositions. C’est cela que nous a enseigné le bouddha. Si nous suivions nos penchants, nous ne pratiquerions que lorsque nous nous sentons bien.
Comment espérer obtenir quoi que ce soit en pratiquant de la sorte ? Comment pourrons-nous couper le courant de nos formations mentales si nous pratiquons seulement au gré de nos lubies ?
Voir par nous même
Quoi que nous fassions, nous devons voir par nous-mêmes. Lire des livres seulement ne produira jamais rien. Les jours vont passer, mais vous ne verrez rien, vous ne comprendrez rien.
Apprendre au sujet de la pratique, c’est pratiquer dans le but d’apprendre.
Laisser apparaître et disparaître toutes choses
Bien sûr qu’il y a des dizaines de techniques de méditation, mais toutes ont un point commun : laisser apparaître et disparaître toutes choses. Passez au-delà, là où tout est calme, hors des combats.
Pourquoi n’essayeriez-vous pas ?
Se contenter de réfléchir au sujet de la pratique, c’est comme foncer sur l’ombre et manquer la cible.
Votre cœur vous dit ce que vous avez à faire.
Alors que je n’avais pratiqué que quelques années, je ne pouvais pas me fier seulement à moi-même. Mais avec davantage d’expérience, j’ai appris à me fier à mon cœur.
Quand vous avez cette compréhension profonde, quoi qu’il arrive, vous pouvez le laisser venir, tout chose apparaît, puis passe son chemin. Vous avez atteint le point où votre cœur vous dit ce que vous avez à faire.
Dans la pratique de la méditation, il est en fait pire d’être englué dans un état de calme que d’être tiraillé par l’agitation, car vous voudrez échapper à l’agitation, alors que vous aurez tendance à vous complaire dans le calme et ne pas aller plus loin.
Quand le bienheureux état de clairvoyance naît de la pratique de la méditation intérieure, ne vous y attachez pas!
La méditation ne concerne que l’esprit et les sensations.
Il n’y a rien après quoi vous devez courir ou pour lequel vous devez vous battre. La respiration se poursuit pendant que vous travaillez. La nature prend soin des processus naturels. Tout ce que nous avons à faire, c’est de rester attentif, aller en nous-même afin d’avoir une vision claire.
Voilà ce qu’est la méditation.
Quand la pratique n’est pas correcte, il n’y a pas de pleine conscience.
Ne pas avoir cette pleine conscience, c’est comme être mort. Demandez-vous si vous aurez le temps de méditer lorsque vous serez au seuil de la mort. Demandez-vous plutôt en permanence : « Quand vais-je mourir ? ». Si vous vous interrogez de la sorte, vous serez attentif à chaque seconde, la pleine conscience sera toujours présente. Voyant toutes choses telles qu’elles sont, la sagesse apparaîtra. La pleine attention permet à l’esprit de voir chaque sensation au moment où elle parait, nuit et jour…
Quels sont Les fondamentaux de notre pratique ?
Les fondamentaux de notre pratique sont : d’abord, être honnête et droit ; ensuite, se méfier des actions incorrectes ; enfin, être posé et savoir se contenter de peu. Si vous savez être modéré dans vos propos et dans tous les autres domaines, alors vous pourrez vous voir tel que vous êtes, vous ne serez plus distraits. L’esprit aura alors comme fondation : la vertu, la concentration, et la sagesse.
Il n’y a absolument rien.
Au début, vous vous dépêchez d’aller de l’avant, vous dépêchez de revenir en arrière, vous dépêchez de vous arrêter. Et vous allez continuer à pratiquer de la sorte jusqu’à ce que vous touchiez le point où il semble qu’avancer ne mène à rien, que reculer n’avance à rien, ni s’arrêter d’ailleurs ! C’est fini.
Pas d’arrêt, pas d’aller, pas de revenir. C’est fini ! Juste là, vous allez voir qu’il n’y a absolument rien.
Rappelez-vous : vous ne méditez pas pour obtenir quoi que ce soit, mais pour être débarrassé de tout.
Vous le faire avec pour seul désir, celui du lâcher-prise.
Si vous « voulez » quelque chose, vous ne le trouverez pas !
C’est vous qui devez voir la Vérité.
Le cœur de l’Enseignement est assez simple, en fait. Pas la peine de se perdre dans de longues explications. Laissez aller l’amour et la haine, laissez être ce qui passe. Toute ma propre pratique se résume à cela.
Poser des questions erronées démontre que vous êtes encore dans le doute. Parler de la pratique est une bonne chose, si cela peut vous aider à atteindre la vision intérieure.
Mais rappelez-vous que c’est vous qui devez voir la Vérité.
Source : Ajahn Chah -extrait de “No Ajahn Chah” -traduction par isara
Un grand merci à isara pour ses traductions