dimanche 11 novembre 2007

Birmanie; ne pas devenir un "sot au bon cœur"


Mise à jour au 13 novembre





Sur celui qui offense un homme inoffensif, pur et innocent, sur ce vrai fou, le mal retombe comme une fine poussière jetée contre le vent. Le Bouddha



«La compassion n'implique pas de se borner à essayer d'être bon. Quand on se trouve dans une relation agressive, il faut établir des limites précises. La meilleure chose qu'on puisse faire pour toutes les parties concernées est de savoir quand dire "ça suffit". Beaucoup de gens se servent des idéaux bouddhistes pour justifier l'auto-avilissement. Sous prétexte de ne pas refermer son cœur, on se laisse piétiner par les gens. Il est dit que pour ne pas avoir à rompre son vœu de compassion, on doit apprendre à arréter l'agression et à fixer une limite. Il y a des moments où la seule manière de faire tomber les barrières est de tracer des frontières». Pema Chödrön,




Plan de ce message : Vous trouverez ci après:

1) Réflexions sur le "Bouddhisme engagé"
2) Articles et reportages (suite):

  • Le Conseil de sécurité de l'ONU exhorte la junte à faire davantage.
le 13 novembre
  • Des moines racontent (mort en détention)
Le 12 novembre :
  • Une vidéo sur l'armée en Birmanie
Le 11 novembre :
  • Birmanie, entre répression et espoir : Deux reportages à regarder
  • L'émissaire des Nations unies pour les droits de l'homme arrive en Birmanie





L’apparition d’un bouddhisme engagé est un développement salutaire (Ken Knabb)




(...)Certains dénoncent haut et fort. Tant mieux. Ils ont l’énergie pour cela.
D’autres vont suivre l’enseignement du Bouddha(...)


Mais on peut "dénoncer haut et fort" une injustice tout en suivant l'enseignement du Bouddha, les deux ne sont pas contradictoires.
Dénoncer un injustice "haut et fort" sans véhiculer un message de haine, ne viole pas les préceptes bouddhistes.

Mais parler ne suffit pas, il faut aussi AGIR; agir de manière juste et sereine, ce qui n'est pas toujours facile.
Mais en même temps, Ecrire c'est comme Parler et en parlant on peut dénoncer et DENONCER des injustices, c'est déjà AGIR...



Ce qu’enseigne le Bouddha, c’est la voie du milieu : apprendre à découvrir l’équilibre, l’harmonie qui nous rapproche du Dhamma. La voie du milieu consiste à éviter en toutes circonstances de se figer dans les extrêmes. (Ajahn Chah)



..Que mes proches soient heureux. Que la pluie tombe en saison ! Que les récoltes soient abondantes ! Que la prospérité se répande ! Que les gouvernants soient justes ! Que les accablés soient consolés ! Que les effrayés soient rassurés ! Que les affligés soient réconfortés ! Que tous les êtres soient heureux !


"..Une des gloires de la démocratie, c’est qu’elle donne au peuple le droit de protester. Nous le ferons, mais sans violence ni haine. L’amour du prochain sera notre règle.." Martin Luther King




Pour rappel, de nombreux moines , dont certains sont mondialement connus, ont dénoncé haut et fort, la situation en Birmanie: Faire une déclaration de soutien du peuple Birman en sachant qu'elle sera transmise dans le Monde entier, c'est cela "dénoncer haut et fort" : Le dalaï Lama lui même a dénoncé l'horreur, mais aussi Ajahn Sumedho ( voir sa déclaration dans mon message précédant), Thich Nhât Hanh, Matthieu Ricard et bien d'autres, connus ou moins connus. ( leurs soutiens dans "Un moine peut-il manifester")

Même l'Union Bouddhiste de France a, dénoncé, au tout début, ce qui se passait en Birmanie. C'est vrai qu'aujourd'hui on ne l'entend plus, mais c'est son choix.

Plusieurs sites bouddhistes n'ont pas hésité à parler de la Birmanie dés le début :

De même, "dénoncer haut et fort" cela ne veut pas dire qu'on ne se contrôle pas, du moment qu'on ne profère pas de message de haine.

Lorsque l'on dénonce une injustice on le fait pour les victimes de cette injustice pas pour soi même.


Savoir dénoncer une situation, tout en ne proférant aucun message de haine c'est cela le Bouddhisme engagé !



1) Réflexions sur le Bouddhisme engagé



Dans un excellent article du Monde : "Un courant engagé, en rupture avec une tradition de soumission", Henri Tincq écrit :

(...)les moines birmans participent de fait au "bouddhisme engagé", ce mouvement panbouddhique, non issu d'une école particulière, diffus et peu structuré, né du contact avec la modernité occidentale et l'histoire de ses luttes révolutionnaires.

Le bouddhisme engagé renouvelle l'approche bouddhiste de la compassion. Il considère comme légitime l'opposition aux structures politiques en place pour restaurer un idéal de société juste. Il ne remet pas en cause les notions clés de respect, de non-violence, de compassion, mais se refuse à faire de la souffrance l'état de la seule conscience personnelle. Il existe une souffrance liée aux inégalités sociales, aux crises économiques, à l'oppression politique.

Le bouddhisme engagé représente une rupture radicale avec l'histoire du bouddhisme faite de subordination et de collusion avec les pouvoirs politiques, jusqu'aux plus despotiques : des petits monarques locaux aux colonisateurs et aux régimes marxistes. Pour Eric Rommeluère, spécialiste du bouddhisme, le bouddhisme engagé représente "la prise de conscience d'une dimension politique autre que celle qui a toujours existé chez les bouddhistes, celle d'une entente tacite avec les pouvoirs en place : "Je vous protège ; vous me soute nez"" .

Cette prise de conscience n'est, bien sûr, pas la même dans tous les pays bouddhistes, mais pour beaucoup d'observateurs, le bouddhisme engagé est en passe de devenir la principale composante du bouddhisme moderne.

Lire cet article en entier dans :"Birmanie ou le retour du Bouddhisme engagé"



Malheureusement, il semble aujourd'hui que cette "rupture avec une tradition de soumission" dont parle l'auteur, ne soit pas aussi importante qu'on pouvait le penser.



Il y a aujourd’hui des approches différentes du bouddhisme engagé, certaines étant plus « frileuses » que d’autres.

Dans le bouddhisme engagé, les mots utilisés ont une grande importance et, à force de vouloir plaire à tout le monde ou ne choquer personne, ce qui revient au même, le bouddhisme engagé est vidé de sa substance : l’engagement réel sans peur, sans attachement, sans langue de bois.. La voie du milieu c’est aussi cela.



Le Bouddha n’a jamais eu peur de déplaire, il n’a jamais eu peur de ce que pouvait penser les autres de son enseignement. Il a enseigné le dhamma durant 40 ans avec courage et détermination. Le premier bouddhiste engagé n’était-il pas le Bouddha lui même ?

« Si le Bouddha revenait aujourd’hui, je ne crois pas qu’on lui offrirait des fleurs et de l’encens, qu’on l’honorerait avec des lumières, je crois qu’on lui dirait simplement qu’il n’est pas un bon bouddhiste... » (la peur est-elle contagieuse)



Il faut nous interroger sur ce qu’est réellement le bouddhisme engagé, ses différentes approches et son évolution.

Pour en parler, le site Karuna vient d'ouvrir
un forum pour permettre une discussion sur le bouddhisme engagé : ICI

"Pour les occidentaux le bouddhisme engagé n’en est qu’à ses balbutiements... Un échange s’avère necessaire... c’est pourquoi en plus des échanges sur le site et les commentaires des articles nous avons ouvert un FORUM "





Même si nous ne devons pas éprouver de haine à l'encontre de la junte mais de la compassion, que cela ne nous empêche pas de dénoncer ouvertement ses crimes en employant les mots justes.

On ne peut pas mettre sur le même niveau, la souffrance de la junte et celle du peuple birman. Je veux dire que l'on ne peut pas employer les mêmes mots pour parler de la souffrance du peuple birman et celle de la junte...



Le Bouddha a dit ( dhammapada 125)

Sur celui qui offense un homme inoffensif, pur et innocent, sur ce vrai fou, le mal retombe comme une fine poussière jetée contre le vent.

Le Bouddha n'avait pas peur des mots.

Ainsi, les militaires au pouvoir risquent fort de voir le mal retomber sur eux comme une fine poussière jetée contre le vent....



Même si le bourreau souffre, la victime souffre davantage et surtout elle ne fait souffrir personne volontairement, rien que pour cela, elle mérite notre compassion (karuna) et notre metta, mais elle mérite aussi qu'on prenne des risques pour elle et la différence est de taille :

Eprouvons de la compassion pour ceux qui font souffrir volontairement le peuple birman, mais n'ayons pas peur d'aider le peuple qui souffre, sans avoir peur de REVENDIQUER la fin de cette dictature, sans haine ni colère.




C'est ainsi que: Nous ne pouvons pas accepter, comme le souligne Amnesty International, que la junte continue :

  • -de garder en détention quelque 700 prisonniers politiques, dont au moins 15 personnes condamnées à des peines d’emprisonnement allant jusqu’à neuf ans et demi.
  • -de Prendre en « otages » des membres de la famille et amis afin que les personnes recherchées se livrent aux autorités.
  • - de Tuer des gens en détention en les passant à tabac et en utilisant d'autres formes de torture.
  • -de Garder des personnes en détention dans des conditions déplorables, notamment le manque de nourriture, d’eau et d’installations sanitaires, ainsi que le placement des détenus dans des cellules initialement conçues pour servir de niches aux chiens.
  • - de Faire disparaître des moines et des laïcs : on ignore tout du sort réservé à au moins 72 personnes.
  • - d'être dans l'incapacité de s’expliquer sur le nombre de personnes tuées au cours de la répression.
  • - d’interdire aux ambulances de se rendre auprès des victimes dans les rues au cours des manifestations et de donner l'ordre aux cliniques privées de ne pas soigner les blessés.

Amnesty International demande aux autorités du Myanmar de livrer toutes les informations dont elles disposent sur les victimes et les personnes qui ont disparu. En outre, elles doivent fournir au rapporteur spécial la liste exhaustive de toutes les personnes détenues et condamnées depuis le début de la répression et lui permettre de se rendre sans restriction dans tous les lieux de détention et les crématoriums.


Cette demande ou revendication de Amnesty International peut aussi être celle des Bouddhistes.

Les démarches de "Amnesty international", de "Reporter sans frontières" et aussi de l'UNESCO sont finalement très proches de l'enseignement du Bouddha.


C'est d'ailleurs ce que souligne Michel Henri Dufour, lorsqu'il écrit :

Il est frappant de constater que, dans sa formulation, le préambule de l’Acte constitutif de l’UNESCO est parfaitement en accord avec l’Enseignement du Bouddha...

...Une paix fondée sur les seuls accords économiques et politiques des gouvernements ne saurait entraîner l’adhésion unanime, durable et sincère des peuples et, par conséquent, cette paix doit être établie sur le fondement de la solidarité intellectuelle et morale de l’humanité. » Equivalent dans l’Enseignement du Bouddha : la voie de la cessation de la souffrance passe par l’adoption d’une éthique solide et la culture dynamique de la sagesse en son propre esprit (méditation).



-DIRE que l'on souhaite la fin de la souffrance pour la junte comme pour le peuple Birman, c'est bien, mais ça ne suffit pas.


- DIRE qu'on éprouve de la compassion pour la junte comme pour le peuple Birman c'est bien, mais ça ne suffit pas.


D'ailleurs , la "souffrance" pour un bouddhiste, c'est la fin de la naissance et même de la renaissance, de la maladie et de la mort.

Donc ce n'est pas la fin de la souffrance qu'il faut revendiquer, mais la fin de la Dictature !


Sous prétexte que nous sommes "bouddhistes" nous ne devrions surtout pas critiquer ouvertement la junte et rappeler ce qu'elle à fait subir, en toute impunité, au peuple birman depuis des années?!

Sous prétexte que nous sommes "bouddhistes" nous ne devrions surtout pas revendiquer?!



Il y aurait alors d'un côté les vrais "bouddhistes", ceux qui ne parlent que de "compassion" et de "souffrance" et les autres ?!


Mais n'oublions pas qu'il n'y a pas que la compassion dans l'enseignement du Bouddha il y a aussi la sagesse (pana en pali)

Et comme le souligne si bien
Mr Aung Ko (Representative of the National Council of the Union of Burma in France), dans son discourt "Liberté de pensée liberté de religion":


Si on ne développe que la compassion, on risque d'être seulement un "sot au bon cœur"



Extraits du discours de Mr Aung Ko:

.. Je rejette absolument les clichés selon lesquels la religion pourrait impliquer nécessairement, intrinsèquement, inévitablement, des formes de soumission politique. Le combat politique et social non-violent trouve sa vigueur, en Birmanie, dans la force de l’amour non-violent et de la compassion. Il est absolument pacifique, mais essentiellement actif au nom de la vérité....

.. Pour qu’un homme ou qu’une femme soit parfait, selon l’enseignement du Bouddhisme, il ou elle doit développer conjointement et également deux qualités : la compassion Karuna, d’une part, et la sagesse Panna d’autre part..

La compassion englobe l’amour, la charité, la bonté, la tolérance ; toutes les nobles qualités de cœur qui sont le côté affectif. La sagesse, quant à elle, signifie le côté intellectuel, c’est-à-dire toutes les qualités de l’esprit. Si le côté affectif est développé, seul, tout en négligeant le côté intellectuel, on devient un sot au bon cœur. Si, au contraire, on développe exclusivement le côté intellectuel en négligeant l’affectif, on risque de devenir un intellectuel manquant de sentiment pour les autres. La perfection exige que ces deux côtés soient développés l’un tout autant que l’autre. C’est le but de la voie bouddhiste qui mène à l’absence de peur, d’impureté. Ce qui constitue la peur, l’impureté, c’est l’avidité, la haine, et l’illusion....

( lire ce discours magnifique en entier: ICI):




La revendication


Revendiquons avec courage, non pas la fin de la souffrance, mais la fin de la Dictature militaire pour le peuple Birman.

Dans ce message : je revendique sans en avoir honte, la liberté pour le peuple Birman et pour tous les êtres qui ne sont pas libres. Je revendique la fin du régime militaire en Birmanie, régime qui n’hésite pas à acheter des enfants pour les enrôler dans son armée.

Ce n'est pas parce qu'on revendique que l'on va faire du bouddhisme engagé "un nouvel étendard, créateur de souffrances et d’ignorance"


Celui qui créé la souffrance ce n'est pas celui qui revendique la fin de la souffrance mais bien celui qui commet des actes criminels, ne nous trompons pas de "victime".


Pour moi, une revendication n'est pas un acte "violent" ou "haineux".
Revendiquer doit être interprété, ici, comme une demande faites avec détermination et courage.



J'ai également publié ce message sous forme d'article sur le site Karuna


L’Association bouddhiste pour la paix

Sagesse et compassion Pour un changement social

L’Association bouddhiste de la paix, établie en 1978, se donne pour mission la poursuite d’un bouddhisme engagé. Notre but c’est d’aider tous les êtres à se libérer de la souffrance qui se manifeste dans les individus, dans les relations entre individus, dans les institutions et dans les systèmes sociaux. Les programmes, les publications, et les groupes de pratique bouddhiste de l’Association réunissent les leçons bouddhistes sur la sagesse et sur la compassion avec un engagement en faveur du changement social progressiste.

Notre pratique, qui rejoint la contemplation et l’engagement, s’inspire de notre intention de :

Reconnaître l’interdépendence de tous les êtres
S’affronter franchement et avec compassion à la souffrance

Apprécier l’importance de ne pas s’attacher aux opinions et aux resultats

Travailler avec des Bouddhistes de toute tradition

Lier la transformation personnelle à la transformation sociale Pratiquer la non-violence

Prendre des décisions avec la participation de tous

Protéger et élargir les droits humains

Soutenir l’égalité des sexes et des éthnies, et s’opposer à toute discrimination injuste

Promouvoir la justice économique et l’élimination de la pauvreté

Promouvoir un équilibre écologique durable



LIRE aussi cet article (que j'ai déjà cité dans mon message précédant) : les bonzes en politique: ICI

Extraits :

... Que la communauté bouddhiste (le Sangha) ait été l'un des éléments moteurs des manifestations contre la vie chère qui ont secoué la Birmanie en septembre dernier n'est pas surprenant. Dans un pays profondément imprégné de la doctrine du « Petit Véhicule », les religieux birmans, qui le plus souvent ne sont bonzes que pendant quelques mois ou années de leur vie, ont toujours constitué une élite religieuse vénérée par la population et crainte du pouvoir. Pour autant, l'ensemble du monde monastique n'a jamais été intégré dans une structure hiérarchique clairement définie. Ni uni dans son rapport au politique...

....Mais après quinze ans de retrait de la scène politique, le Sangha est brusquement redevenu porteur d'un élan de contestation à la faveur des manifestations des mois d'août et septembre 2007. Impulsé par les jeunes novices, tout aussi affectés par la hausse des prix que la population dont ils dépendent chaque jour pour leur aumône, ce mouvement aux motivations d'abord économiques et sociales a pris un tournant politique. Certains « vénérables » l'ont encouragé en laissant leurs jeunes élèves quitter le monastère, mais force est de constater que la majorité des établissements religieux s'est tenue à l'écart. En outre, le mouvement a été promptement maté par les autorités militaires, peu enclines à voir de nouveau se développer la seule force d'opposition plus populaire que l'Armée elle-même....

... La rapidité et la redoutable efficacité de la répression attestent des craintes du régime qui a ainsi tué dans l'œuf cette « vague safran ». De la façon dont réagira à moyen terme la population birmane, certes choquée par les violences à l'encontre des bonzes, mais surtout traumatisée par des années de dictature silencieuse et de plus en plus résignée face à l'impuissance de la communauté internationale, dépendra l'évolution d'une protestation encore inconcevable il y a quelques mois....


Un autre exemple d'action non violente active: revendiquer haut et fort l'abolition de la Peine de mort. Ce combat peut-être celui d'un bouddhiste engagé.

Le premier des préceptes dans le bouddhisme théravada (et dans le bouddhisme en général) est de s’abstenir de tuer et de nuire à toute créature, y compris les animaux, insectes…

La peine de mort va à l’encontre de ce précepte. On ne peut pas se dire « bouddhiste » et être pour la peine de mort.

On peut éprouver de la compassion pour un condamné à mort, de la même manière qu'on peut éprouver de la compassion pour le bourreau.
Mais on peut aussi choisir de se « battre » pour l’abolition de la peine de mort. Il s’agit alors de « compassion active »



En conclusions, je voudrais rappeler ce que les vénérables, AJahn Chah et Thich Nhât Han ont dit à propos de la méditation bouddhique :

"La méditation, c’est de parvenir à la pénétration, la compréhension et la compassion, et lorsque vous y parvenez, vous devez agir. Le Bouddha, après l’illumination, est sorti afin d’aider le peuple. La méditation ne signifie pas éviter la société ; elle signifie regarder au plus profond de soi afin de trouver une forme de pénétration nécessaire à l’action. Penser qu’elle ne consiste qu’à s’asseoir et profiter du calme et de la paix, est une erreur." (Thich Nhât Han)

"La méditation n’est pas séparée du reste de la vie. Toutes les situations offrent l’opportunité de pratiquer, d’accroître la sagesse et la compassion" (AJahn Chah)





La Non-Violence


Deux autres mots ont une grande importance pour les bouddhistes engagés : la NON VIOLENCE. Mais ici encore, certains bouddhistes peuvent se réfugier derrière ces mots pour rester passif.

Le site karuna lance un débat sur son "forum de discussion" sur ce sujet et évoque ce que l'on peut appeler: la Non-Violence active :

Il importe de ne pas laisser la Non violence être rendue inactive et trahir ainsi l’action et la pensée de Gandhi, de Martin Luther King et de tous les autres... Ni la pensée du Bouddha lui même... Une grande réflexion s’impose...

LIRE : Une non-violence de l’intérieur

La non-violence résulte d’une pratique...
...Une culture de la paix et de la non-violence ne se crée ni ne s’acquiert en un jour. Le bouddhisme, s’il a réussi, dans son ensemble, à maintenir les éléments d’une telle culture et à les régénérer périodiquement, a connu lui aussi ses échecs et ses faces obscures, ses régimes tyranniques, ses collabos, ses moines habiles à justifier des massacres.



L'UNESCO a lancé une opération : "Education pour la Non-violence"


Education pour la non violence

La non-violence, théorie et pratique rejetant l’agression et la violence, vise à la résolution des conflits et à la réalisation d’objectifs communs d’une façon constructive.

Cette perspective, qui donne du pouvoir aux individus et à la société et qui évolue en permanence, ne consiste pas à dénier les sentiments de colère ou les conflits.

Au contraire, elle cherche à canaliser l’énergie sous-jacente dans le but d’élaborer des stratégies efficaces et respectueuses d’autrui.

C’est pourquoi toute attitude de passivité est à exclure et nous pouvons parler de « non-violence active ».


« J’ai combattu trop longtemps et trop durement la ségrégation pour m’accomoder de la ségrégation dans mes jugements moraux...la justice est indivisible. Une injustice, où qu’elle soit, est une menace contre la justice partout »

« Nous en avons assez d’être maltraités et opprimés. Nous avons été trop patients. Une des gloires de la démocratie, c’est qu’elle donne au peuple le droit de protester. Nous le ferons, mais sans violence ni haine. L’amour du prochain sera notre règle » Martin Luther King



2) Articles et Reportages (suite)

Plan détaillé de tous mes messages sur la Birmanie : ICI


Le 13 novembre:
  • Le Conseil de sécurité de l'ONU exhorte la junte à faire davantage
(...)M. Gambari a en outre parlé de "préoccupations sérieuses sur des informations concernant des abus sur les droits de l'Homme et sur la volonté du gouvernement d'avancer dans une nouvelle direction".

"Dans le monde d'aujourd'hui, aucun pays ne peut délibérément rester en dehors du mouvement vers la stabilité, la prospérité et la démocratie", a-t-il déclaré. "Il est de la responsabilité de tout gouvernement d'écouter son peuple, de répondre aux revendications légitimes de la population et de respecter les droits de l'Homme de ses concitoyens", a dit M. Gambari, qui prévoit de retourner prochainement en Birmanie à l'invitation du régime.(...)

Lire l'article en entier ICI



  • Des moines racontent: mort en détention
«Ce n’est que le lendemain matin que nous avons osé retourner au monastère. Le bâtiment était sens dessus dessous et des portes avaient été ouvertes à coups de pied. On a vu des taches rouges sur le sol... et ce qui semblait être du sang coagulé.»

U Thilavantha ( sa photo au début du message) était respecté et très aimé dans sa communauté. Après avoir étudié pendant plusieurs années à Sri Lanka pour devenir moine, il exerçait la fonction de supérieur adjoint de l’école monastique de Myitkyina. Il donnait des cours d’anglais aux enfants des environs, et était âgé d’à peu près trente-cinq ans.

Le 25 septembre, c’est-à-dire le lendemain du jour où des moines de Myitkyina avaient participé à des défilés pacifiques réclamant la fin des restrictions imposées par le régime militaire, la police a fait une descente au monastère où vivait U Thilavantha. Ce dernier a été frappé et arrêté. Il a été placé en détention et de nouveau passé à tabac. Le lendemain, il est mort des suites de ses blessures.

Des responsables de l’hôpital local ont subi des pressions afin qu’ils déclarent qu’U Thilavantha était mort d’une crise cardiaque.

Cent quarante-deux moines habitaient dans le monastère où vivait U Thilavantha. Le 31 octobre, ils n’étaient plus que 11.

Des moines racontent (en anglais) : ICI


Le 12 novembre

  • Une vidéo sur l'armée en Birmanie ICI

Le 11 novembre :

  • Birmanie, entre répression et espoir : 2 reportages à regarder ICI
1) Réalisés il y a 5 ans le reportage de Claude Schauli et Romain Guélat garde aujourd'hui bien malheureusement toute son actualité.
Victimes du travail forcé et des exactions de l'armée birmane, des milliers de Birmans ont été contraints de se réfugier en Thaïlande, le long de la frontière. Dans le camp d'Um Pienh, où 20.000 Birmans ont trouvé refuge, une trentaine de temples, chapelles et mosquées ont été construits. Bouddhistes, musulmans et baptistes y vivent en totale harmonie.

2) Le 2e reportage évoque une figure exemplaire de solidarité et d'humanisme. En effet depuis 13 ans, la Doctoresse Cynthia, baptiste d'origine karen, dirige en Thaïlande, près de la frontière, une clinique réservée aux Birmans. Aux côtés d'une centaine de bénévoles, elle accueille quotidiennement 200 patients souffrant notamment de malaria, de malnutrition et de problèmes respiratoires.


  • L'émissaire des Nations unies pour les droits de l'homme arrive en Birmanie.

Paulo Sergio Pinheiro, est arrivé, dimanche 11 novembre, en Birmanie, où il effectue sa première visite depuis quatre ans, afin d'y enquêter sur les abus commis durant la répression des manifestations de septembre en faveur de la démocratisation.

Au programme de cette visite de 5 jours : des entretiens avec des responsables et des visites de prisons. Une liste d’établissements aurait été soumise aux autorités de Rangoun.

En compagnie des représentants des autorités, il s'est tout d'abord rendu dans un monastère de Bago, 80 km au nord de Rangoon, a précisé l'ONU, avant de retourner à la Pagode Shwedagon, sanctuaire le plus révéré du pays, et qui fut le point de départ des manifestations géantes de septembre.

Leur répression les 26 et 27 septembre, lorsque l'armée a tiré sur la foule, a fait, selon la junte, dix morts. Mais Pinheiro a fait état de témoignages non-identifiés parlant d'entre 30 et 40 moines tués, et 50 à 70 autres opposants.


On est donc plus proche des 200 morts que de 10, et peut-être même davantage....

dimanche 4 novembre 2007

Birmanie; Marcher pour la Paix

Mise à jour au 10 novembre





  • Nouveaux éléments d’information concernant les détentions massives, les prises d’otages, les morts en détention et les disparitions forcées
Amnesty International a adressé vendredi 9 novembre 2007 aux autorités du Myanmar une synthèse mettant en avant les graves violations des droits humains qui se poursuivent depuis le début de la répression de septembre.

Cette synthèse prélude à la visite au Myanmar prévue la semaine prochaine du rapporteur spécial des Nations unies sur les droits humains, Paulo Sergio Pinheiro.

« Les détentions arbitraires généralisées, les prises d’otages, les passages à tabac et les actes de torture en détention, ainsi que les disparitions forcées, réfutent à l’évidence les assertions du gouvernement du Myanmar concernant un retour à la normale, a déclaré Catherine Baber, directrice du programme Asie-Pacifique d’Amnesty International.

« Plutôt que de dénoncer l’ingérence dans leur souveraineté, les autorités du Myanmar doivent tenir leurs promesses de « pleine et entière » coopération avec les Nations unies, en autorisant M. Pinheiro à se déplacer sans restriction et en mettant en œuvre les améliorations concrètes relatives aux droits humains proposées par le Conseil des droits humains et le Conseil de sécurité. »


Amnesty International demande aux autorités du Myanmar de livrer toutes les informations dont elles disposent sur les victimes et les personnes qui ont disparu. En outre, elles doivent fournir au rapporteur spécial la liste exhaustive de toutes les personnes détenues et condamnées depuis le début de la répression et lui permettre de se rendre sans restriction dans tous les lieux de détention et les crématoriums.
source : Amnesty International





soutien du sangha (suite):


Lettre d'Ajahn Sumedho,
en réponse à la situation en Birmanie:




Moine de la tradition théravada-Ecole de la Forêt
Biographie et entretiens avec Ajahn Sumedho (format PDF): ICI


Ceci est une déclaration de mon soutien et de ma sympathie envers les efforts héroïques des moines, des nonnes et des étudiants(es) bouddhistes, et envers tout le peuple birman qui proteste pacifiquement contre l’injustice et l’oppression du gouvernement actuel de Myanmar.

Il est incompréhensible et douloureux de voir un gouvernement qui prétend respecter la religion bouddhique réagir à une pacifique protestation de façon si violente et si brutale. J’ai toujours eu le plus grand respect pour la Sangha de la Birmanie. Je demande au présent gouvernement d’écouter la Sangha et de chercher une voie de réconciliation en accord avec le Dhamma qui respectera le bien-être et le bonheur de tous.
J’envoie toutes mes bénédictions aux pacifiques manifestants et ma compassion au gouvernement de Myanmar qui s’est tant éloigné de la sagesse et de la compassion du Seigneur Bouddha,

Mes sincères salutations,

Vénérable Ajahn Sumedho
29th September, 2007
Amaravati Buddhist Monastery

Cette lettre est publiée et traduite par: lerefuge


Original de cette lettre en anglais:

I am making a statement of support and sympathy for the heroic efforts of the Buddhist Monks, Nuns, Students, and all the Burmese Laypeople who are peacefully protesting against the injustice and oppression of the present government of Myanmar.

It is very confusing and distressing to witness a government which claims to respect the Buddhist religion react to a peaceful protest in such a violent and brutal way. I have always held the Sangha in Burma with great respect. I ask the present government to listen to the Sangha and to seek a way of reconciliation in accord with the Dhamma which will be for the welfare and happiness of all.

I send all my blessings to the peaceful protesters and my compassion to the Government of Myanmar which has strayed so far from the wisdom and compassion of the Lord Buddha.

yours in Dhamma

Venerable Ajahn Sumedho

29th September, 2007
Amaravati Buddhist Monastery
Hemel Hempstead, UK




Table des Matières de tous mes messages sur la Birmanie : ICI

Le plan de ce message: vous trouverez ci après :
1) soutenir la Bimanie
  • -L’UNEF et Info Birmanie organise, le 12 novembre, à 18h, une conférence sur la Birmanie.
  • - La Birmanie, on ne sait plus où c'est.
  • -Marcher pour la Birmanie le 17 novembre à Paris et à Toulon.
2) Articles et Reportages
Le 10 novembre:
  • Opération séduction en Birmanie
Le 9 novembre:
  • 700 prisonniers politique
  • Cimetière diplomatique
Le 8 novembre:
  • Des bonzes en politique
Le 7 novembre:
  • Un entretien avec Thich Nhât Hanh : c’est au peuple de Birmanie et au monde de continuer.
  • Un article plein d'humour, sur la présence de Total en Birmanie : "La french Touch s'exporte en Birmanie.
  • Invoquant la "souveraineté" de la Birmanie, la junte campe sur ses positions.
  • Comprendre la crise en Birmanie
Le 6 novembre:
  • Liberté de pensée, liberté de religion : un magnifique témoignage de Mr Aung Ko, Representative of the National Council of the Union of Burma in France.
  • Une carte postale de Birmanie : 'S’il vous plait, dites aux autres ce que vous avez vu ici".
Le 5 novembre:
  • La « prière » des moines bouddhistes théravada

1) soutenir la Birmanie (suite)


L’UNEF et Info Birmanie organise, le 12 novembre, à 18h,
une conférence sur la Birmanie
:

à l'Université Denis Diderot (paris 7 - PRG) - Restaurant Universitaire de la Halle aux Farines -3 esplanade des grands moulins ou rue Francoise Dolto (métro BNF - ligne 14)

2 thématiques :

- Situation Politique et humanitaire sur place
- Actions possibles au niveau national et international

Avec

Noël Mamère, ancien journaliste, député de Gironde et maire de Bègles
Valérie Pardessus, Vice Présidente secteur ASIE de Médecins du Monde
Un intervenant d’Info-Birmanie (ONG)
Un exilé Birman
Francis Christophe, écrivain - journaliste, membre de l’Observatoire géopolitique des drogues, spécialiste de la Birmanie
source ICI


Mise à jour du 10 novembre :
Cette info., sur la conférence du 12 novembre, se trouve aussi sur le site de
info birmanie:


cliquer sur l'image pour l'agrandir



  • La Birmanie, on ne sait plus où c'est !

Il y a quelques semaines, la révolte en Birmanie faisait la une des médias. Il faut dire que toutes ces manifestations menées par des prêtres en robe safran, c'était très télégénique. Et puis, suite à ces manifestations, et pour répondre à l'émotion créé par la violence de la répression, les grandes puissances de cette planète se sont manifestées, ont appelé à ce que l'ONU intervienne, à prendre des mesures draconiennes contre la Chine qui soutient la junte au pouvoir. Enfin bref, plein de beaux discours
Mais depuis, le calme est revenu en Birmanie, les médias, les politiques, l'opinion en général, tout le monde est passé à autre chose. Pourtant, la répression continue, la liberté d'expression n'existe toujours pas, de forts soupçons subsistent toujours sur les autorités chinoises, ou sur le rôle de certaines multinationales, en particulier Françaises
Malgré cela, plus rien. Pourtant, maintenir la Birmanie sous le feu des projecteurs aurait pu faire bouger les dirigeants internationaux. Mais la Birmanie n'existe plus, elle n'est plus intéressante du point de vue du seul registre qui fait désormais agir : l'émotion.
source : ICI



Le 17 novembre : Une marche à PARIS , une autre à TOULON





On m'apprend ce jour qu'une autre marche est organisée le même jour à TOULON.
Le rassemblement est prévu place de la Liberté à 10 h 30.
Pour tous renseignements complémentaires vous pouvez joindre Flora au 06 12 78 45 40 ou sutshione@aol.com









Et si nous faisions de cette marche une forme de méditation pour la rendre plus sereine

Marcher en pleine conscience, avec attention, c'est à dire en ayant conscience de son corps et de son esprit :
Ressentir notre corps comme par exemple le mouvement de nos jambes.

Avant la marche : Observer notre esprit afin qu'il reste calme et serein, en paix.
Observer nos pensées et pouvoir anticiper toute colère, même cachée...


Et n'oublions jamais que :

"La méditation n’est pas séparée du reste de la vie. Toutes les situations offrent l’opportunité de pratiquer, d’accroître la sagesse et la compassion"
Le vénérable AJahn Chah enseignait que le vrai effort pour nous, consiste à être attentifs en toutes circonstances sans fuir le monde, mais en apprenant à agir sans s’attacher.


Le vénérable Thich Nhât Hanh, dans un entretien accordé au Time (voir des extraits plus bas dans la rubrique "articles et reportages", vient de rappeler que :

"La méditation, c’est de parvenir à la pénétration, la compréhension et la compassion, et lorsque vous y parvenez, vous devez agir. Le Bouddha, après l’illumination, est sorti afin d’aider le peuple. La méditation ne signifie pas éviter la société ; elle signifie regarder au plus profond de soi afin de trouver une forme de pénétration nécessaire à l’action. Penser qu’elle ne consiste qu’à s’asseoir et profiter du calme et de la paix, est une erreur."




Restons vigilant

Extraits du dhammapada (versets sur la colère):

Dompter la colère par la non-colère
Dompter le mal par le bien
Dompter l'avarice par le don
Dompter le mensonge par la vérité.

Les Sages qui sont non violents et sont toujours contrôlés quant au corps, vont à l'état sans mort, libres de souffrance.

Il n'y eut jamais, il n'y aura jamais, et il n'y a pas maintenant, une personne qui est totalement blâmée ou totalement louée.



Si nous ne sommes pas en Paix avec nous même, nous ne répandrons pas la paix autour de nous. Aucune haine à l'encontre de la junte mais de la compassion.





- Récitons mentalement des paroles de Metta et pourquoi pas le Metta sutta

Si vous avez déjà pratiqué Metta (metta bhavana), vous connaissez sa force.


Metta nous donne la possibilité de regarder le monde entier comme la terre natale de tous les êtres . De même que le soleil répand sa lumière sur tout sans distinction, la sublime Metta accorde sa douce bénédiction également sur tous les êtres sans exception . Telle était la compassion infinie du Bouddha œuvrant pour le bien et le bonheur, non seulement de ceux qui le vénéraient mais aussi de ceux qui le haïssaient








Marchons comme ils ont marché, pour que la junte ne gagne pas son pari: "réinstaller le silence, l'oubli et la mort après la "preuve de vie" lancée à la face du monde, il y a quelques semaines, par son peuple et par ses moines."


Et comme le dit le site karuna:


AVEC OU SANS REVENDICATION

MAIS AVEC UN CŒUR PUR

POUR LA PAIX ET LA COMPASSION

ENSEMBLE, MARCHONS..







Offrir notre Metta (Amour universel) et notre karuna ( compassion) au peuple Birman:


Que tous les êtres, Partout, En vue ou dans l’ombre, Proches ou éloignés, Nés ou à naître : Que tous les êtres Soient remplis d’une joie durable. Qu’aucun être, Nulle part N’en déçoive un autre, N’en méprise un autre. Qu’aucun être Sous l’emprise de la colère ou du ressentiment Ne souhaite jamais le malheur d’un autre.
(Metta Bhavana)



Extraits du Metta sutta :

..Toute chose qui est vivante,
Faible ou forte,
Longue, grande ou moyenne,
Courte ou petite, visible ou invisible,
Proche ou lointaine, née ou à naître,
Que tous ces êtres soient heureux.

Que nul ne déçoive un autre ni ne méprise aucun être
Si peu que ce soit;
Que nul, par colère ou par haine,
Ne souhaite de mal à un autre.

Ainsi qu'une mère au péril de sa vie surveille et protège son unique enfant,
Ainsi avec un esprit sans limite doit-on chérir toute chose vivante,
Aimer le monde en son entier,
Au-dessus, au-dessous et tout autour,
Sans limitation,
Avec une bonté bienveillante et infinie.

Étant debout ou marchant,
Étant assis ou couché,
Tant que l'on est éveillé on doit cultiver cette pensée.
Ceci est appelé la suprême manière de vivre.

Abandonnant les vues fausses,
Ayant la vision intérieure profonde,
Vertueux, débarassé des appétits des sens,
Celui qui est perfectionné ne connaîtra plus la renaissance.




Il est d'autant plus important de se rendre à cette marche que les médias ne parlent plus de la Birmanie. Lorsqu'il n'y a plus de manifestations de moines et que internet est coupé c'est comme si la Birmanie était retombée dans l'oubli.

Plus nous serons nombreux plus notre Metta sera forte et plus il y a de chance qu'elle soit ressentie par le peuple Birman.




La Birmanie, c’est l’histoire d’un pays pauvre dont le gouvernement est en exil depuis plus de 15 ans. C’est l’histoire d’une junte militaire qui entend imposer ses décisions à un peuple démuni. C’est l’histoire de ce peuple qui se révolte au péril de sa vie. C’est l’histoire d’un long combat : le combat pour la démocratie.

Nous nous devons de mettre tout en œuvre pour aider les Birmans dans leur lutte.



La Compassion (Karuna en pali):

- J'ai déjà évoqué à de très nombreuse reprises "la compassion", en voici une autre approche, celle de Charles GENOUD :

La compassion est l'attitude, le désir, le souhait que soi-même et autrui soyons libres de toute souffrance.

C'est une attitude que nous avons à l'intérieur de nous-même naturellement. Il ne s'agit pas de créer de toute pièce une compassion qui n'existerait pas à l'intérieur de nous-même. Ce qui fait obstacle au surgissement de la compassion dans notre vie quotidienne, ce sont nos habitudes qui vont prendre le dessus, prendre le pas sur la compassion.

Si, par la force de l'habitude, surgit dans une situation de douleur, la peur, la crainte, l'aversion, la culpabilité, lorsque ces émotions prennent le pas, elles ne laissent plus l'espace à la compassion pour surgir. Il s'agit pour nous d'être attentifs et d'ouvrir cet espace pour que cette compassion puisse surgir spontanément. Il s'agit pour nous d'être attentifs et de ne pas suivre ces habitudes et de tomber dans l'aversion, la peur, la culpabilité, la crainte, toute attitude qui voile la possibilité du surgissement de la compassion, donc le fait de vouloir que soi-même et
autrui soient libre de toute souffrance. Cette réflexion ne va pas se limiter aux êtres
humains, vous pouvez l'étendre aux animaux...

Lire la compassion par Charles Genoux (au format PDF) ICI



- Ce que disait le vénérable Walpola Rahula (auteur de l'ouvrage :"L’enseignement du Bouddha, d’apres Les Textes Les Plus Anciens") à propos du bouddhisme et de la compassion:

L’enseignement du Bouddha est fondé sur le vaste concept de l’amour et de la compassion universelle envers tous les êtres vivants et c’est de là que découle le comportement éthique des bouddhistes que cela soit dans le domaine social, économique ou politique(...)

Le Bouddha a enseigné pour le bien et le bonheur de tous, par compassion pour le monde(...)

Le bouddhisme estime que la vie est sacrée, la traiter avec la plus grande considération et le plus grand respect. Le premier précepte d’un bouddhiste est de s’abstenir de détruire la vie pas seulement la vie humaine, mais aussi la vie animale(...)

Si la haine ou l’amour peuvent être apaisés chez l’individu, ils peuvent aussi se concrétiser au niveau national ou international. Même pour une seule personne il faut énormément de courage, d’audace, de confiance et de force morale pour répondre à de la haine par de l’amour. N’en est-il pas de même pour les affaires nationales et internationales ?(...)

Lire davantage sur le site karuna : ICI




2) Articles, reportages, reflexions... (suite)

10 novembre:

  • Opération séduction en Birmanie:
Aung San Suu Kyi a été autorisée samedi à rencontrer des membres de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). Un geste certes symbolique de la junte, mais qui apparaît davantage comme une habile opération de communication destinée à rassurer la communauté internationale que comme un véritable signe d'ouverture.

Aung San Suu Kyi a elle bénéficié d'une faveur sans précédent de la part de Than Shwe, le "généralissime " à la tête de la junte militaire en Birmanie. Autorisée à sortir de sa résidence pour rencontrer les dirigeants de son parti à Rangoun, la lauréate du prix Nobel en 1991 s'est déclarée - par l'intermédiaire du porte-parole de la LND Nyan Win - "optimiste", au vu des "mesures pratiques" qui laissent penser que le pouvoir pourrait assouplir l'emprise totale qu'il exerce sur le pays.

L'objectif, bien plus que d'amorcer le véritable dialogue avec l'opposition interne, semble bien de rassurer la communauté internationale. Car les tentatives menées depuis sa nomination par l'émissaire spécial de l'ONU, Ibrahim Gambari, pour établir ne serait-ce qu'un contact avec les autorités birmanes, Than Shwe notamment, se sont révélées vaines.
source : ICI


9 novembre:
  • Birmanie: 700 prisonniers politiques

La junte militaire au pouvoir en Birmanie maintient encore en détention environ 700 "prisonniers politiques", affirme Amnesty International, qui appelle à leur libération immédiate dans une note publiée vendredi. Les généraux affirment que seules sont encore détenues 91 des trois milliers de personnes interpellées lors de la répression des manifestations fin septembre.

L'organisation de défense des droits de l'Homme, dont le siège est à Londres, affirme avoir reçu de "nombreuses informations" de prisonniers retenus dans des centres de détention dont la junte n'a jamais reconnu l'existence.

Selon l'organisation, des enfants figurent parmi ces prisonniers, ainsi qu'au moins deux femmes enceintes de trois et sept mois. L'organisation dit posséder des "informations confirmées" faisant état de mauvais traitements et de détention dans des cellules surpeuplées, sans nourriture, eau, couverture ni médicaments.

source AFP via lefigaro



  • Cimetière diplomatique

La chef de file de l'opposition birmane, Aung San Suu Kyi, assignée à résidence à Rangoun, a été autorisée par la junte à rencontrer, vendredi 9 novembre, la direction de son parti politique, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), au lendemain d'une nouvelle mission de l'envoyé spécial des Nations unies, Ibrahim Gambari, auprès des militaires au pouvoir en Birmanie.

Concessions de pure forme de la part des militaires ? Les Nations unies le craignent, M. Ibrahim ayant par ailleurs été confronté à un mur de fermeté au cours de sa visite à Rangoun et dans la capitale de la junte, Naipyidaw. Il n'a pas rencontré le chef du régime, le général Than Shwe, à qui il apportait un message du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.

On lui a répété l'ordre d'expulsion de facto du coordinateur des Nations unies en Birmanie, Charles Pétrie, coupable d'avoir exprimé, fin octobre, des propos mesurés sur les besoins élémentaires de la population que la junte se refuse à satisfaire. Les généraux ont "chargé" l'émissaire onusien "d'expliquer" à Mme Suu Kyi qu'elle devait, à leurs yeux, en préalable à toute négociation, renoncer à son soutien aux sanctions imposées au pays par les Etats-Unis, "un tyran", et l'Union européenne.

Pour l'opposition en exil, le bilan de M. Gambari sur le terrain est maigre. La Birmanie confirme sa réputation de "cimetière diplomatique" pour les émissaires onusiens, commente Kyaw Zaw Moe, un des animateurs éditoriaux du magazine Iarrawaddy, en Thaïlande. Six prédécesseurs de l'envoyé spécial ont baissé les bras depuis 1989. La Maison Blanche a appelé à une accélération des consultations inter-birmanes.

source : lemonde




8 novembre:

  • Des bonzes en politique, par Renaud Egreteau, Docteur de l’IEP de Paris, est Post-Doctorant rattaché au CERI-Sciences Po.

Des moines birmans ont été à la pointe du combat non-violent contre la dictature durant les manifestations de septembre. Ils ont ainsi renoué avec une longue tradition chez les religieux du pays. Cet engagement en politique ne fait pourtant pas l’unanimité dans la communauté monastique.

Que la communauté bouddhiste (le Sangha) ait été l'un des éléments moteurs des manifestations contre la vie chère qui ont secoué la Birmanie en septembre dernier n'est pas surprenant. Dans un pays profondément imprégné de la doctrine du « Petit Véhicule », les religieux birmans, qui le plus souvent ne sont bonzes que pendant quelques mois ou années de leur vie, ont toujours constitué une élite religieuse vénérée par la population et crainte du pouvoir. Pour autant, l'ensemble du monde monastique n'a jamais été intégré dans une structure hiérarchique clairement définie. Ni uni dans son rapport au politique.

Lorsque les colonisateurs britanniques renversèrent en 1886 la monarchie birmane, traditionnelle protectrice du Sangha, celui-ci se posa progressivement en véritable force d'opposition. En réaction à l'instauration d'un système colonial qui facilitait la pénétration dans le pays de missionnaires chrétiens en même temps que l'immigration d'une main d'œuvre indienne hindoue et musulmane, la communauté bouddhiste devint l'un des fers de lance du nationalisme birman. Matrice de ce mouvement anti-colonial, la Young Men Buddhist Association (YMBA) fut créée à Rangoun en 1906 afin de promouvoir un renouveau des valeurs bouddhistes au sein de la société birmane. Deux bonzes (pongyis) se distinguèrent en apportant à ce mouvement intellectuel et religieux un caractère véritablement politique : U Ottama et U Wisara (qui décéda dans les geôles britanniques à la suite d'une grève de la faim dénonçant les exactions des autorités coloniales) ont été les premiers à systématiquement utiliser le bouddhisme comme outil de contestation non-violente du pouvoir colonial.

Au cours de l'année 1988, le Sangha mena une nouvelle fois la fronde face à l'ancien régime décadent, puis à la nouvelle junte qui lui succéda par le coup d'état du 18 septembre. Victimes au même titre que les étudiants et activistes pro-démocratiques de la vague répressive qui se poursuivit pendant deux ans, les bonzes payèrent d'un lourd tribut leur engagement politique. Depuis, le régime militaire s'est appliqué à effacer les traces de cette répression sanglante : offrandes, réparation de pagodes, soutien financier aux monastères et prosternations médiatiques de généraux devant de vénérables bonzes ont été au cœur de la stratégie de la junte, qui s'affirme profondément bouddhiste et cherche à retrouver le même rôle de protecteur du Sangha que les rois birmans possédaient avant l'époque coloniale. Parallèlement, elle a poursuivi au cours des années 1990 son encadrement des activités des monastères, soudoyant la hiérarchie du haut-clergé, infiltrant une communauté de plus en plus muselée. Et créant un haut conseil réunissant les moines les plus prestigieux pour tenter de discipliner le Sangha.

Mais après quinze ans de retrait de la scène politique, le Sangha est brusquement redevenu porteur d'un élan de contestation à la faveur des manifestations des mois d'août et septembre 2007. Impulsé par les jeunes novices, tout aussi affectés par la hausse des prix que la population dont ils dépendent chaque jour pour leur aumône, ce mouvement aux motivations d'abord économiques et sociales a pris un tournant politique. Certains « vénérables » l'ont encouragé en laissant leurs jeunes élèves quitter le monastère, mais force est de constater que la majorité des établissements religieux s'est tenue à l'écart. En outre, le mouvement a été promptement maté par les autorités militaires, peu enclines à voir de nouveau se développer la seule force d'opposition plus populaire que l'Armée elle-même.

La rapidité et la redoutable efficacité de la répression attestent des craintes du régime qui a ainsi tué dans l'œuf cette « vague safran ». De la façon dont réagira à moyen terme la population birmane, certes choquée par les violences à l'encontre des bonzes, mais surtout traumatisée par des années de dictature silencieuse et de plus en plus résignée face à l'impuissance de la communauté internationale, dépendra l'évolution d'une protestation encore inconcevable il y a quelques mois.

Au lendemain de l'indépendance en 1948, le bouddhisme a conservé son rôle de premier plan tout devenant l'une des sources essentielles de légitimation de l'Etat. U Nu, fervent religieux et Premier ministre de la Birmanie parlementaire (1948-58 et 1960-62) chercha même à l'imposer comme religion d'Etat, n'y renonçant en 1961 que face à l'explosion des insurrections armées de minorités ethniques chrétiennes (Karens, Kachins, Chins...).

Sans en faire la religion officielle, le régime militaire du général Ne Win qui renversa U Nu en mars 1962 approfondit cette récupération idéologique du bouddhisme pour justifier ses politiques xénophobes qui provoquèrent l'exil de milliers de Chinois et Indiens musulmans ou hindous au cours des années 1960. Néanmoins, la communauté des moines dénonça rapidement les dérives autoritaires du fantasque Ne Win qui s'était attaché à contrôler les monastères en encadrant leur hiérarchie, leur mode de recrutement et leurs finances. Reprenant une stratégie d'opposition non-violente, les bonzes birmans furent ainsi avec les mouvements estudiantins à la tête de l'opposition au régime ne winien (1962-88).
Le 11/10/07- source alternatives économiques




7 novembre:


  • LIRE : Un entretien avec le vénérable Thich Nhât Hanh (accordé au Time)
Traduit de l’Anglais par Hélène LE, pour bouddhachanneltv

Extraits:

c’est au peuple de Birmanie et au monde de continuer...

Les moines birmans ont fait leur travail. C’est déjà un succès car si les moines ont été emprisonnés ou sont morts, ils ont offert leur direction spirituelle. Et c’est maintenant au peuple de Birmanie et au monde de continuer.

Questionné sur le martyr, il répond : nous nourrissons la conscience que les moines sont persécutés et qu’ils continuent de souffrir afin de soutenir le peuple en Birmanie pour le salut de la démocratie.
Le geste le plus frappant accompli par ses frères birmans avant d’être attaqués, a sans doute été l’acte symbolique de retourner leurs bols de mendiant vers le sol.





Dans la culture occidentale où l’aumône se déroule aux confins d’une église ou d’une synagogue, cela a pu paraître étrange.

Dans la culture bouddhiste" explique t-il: offrir de la nourriture aux moines symbolise une action généreuse, et si vous n’avez pas l’opportunité de soutenir la pratique de la spiritualité, vous êtes en quelque sorte abandonné dans le royaume de l’obscurité.
Leur acte suprême de condamnation : ne pas donner au régime une chance de faire le bien. L’importance des moines en Birmanie a aussi été suggérée, d’une façon macabre, par des comptes-rendus de centaines de soldats birmans arrêtés pour avoir refusé de leur tirer dessus.

La méditation, c’est de parvenir à la pénétration, la compréhension et la compassion, et lorsque vous y parvenez, vous devez agir. Le Bouddha, après l’illumination, est sorti afin d’aider le peuple. La méditation ne signifie pas éviter la société ; elle signifie regarder au plus profond de soi afin de trouver une forme de pénétration nécessaire à l’action. Penser qu’elle ne consiste qu’à s’asseoir et profiter du calme et de la paix, est une erreur.

Lire cet entretien en entier ICI


A propos de la Méditation:

Sur les remarques de Thich Nhât Hanh dans cet entretien, à propos de la méditation, je voudrais faire un rapprochement avec les paroles du Vénérable Ajahn Chah (moine de la tradition théravada "Ecole de la Forêt" -1918-1192) à propos de la méditation :

"La méditation n’est pas séparée du reste de la vie. Toutes les situations offrent l’opportunité de pratiquer, d’accroître la sagesse et la compassion"

Ajahn Chah enseignait que le vrai effort pour nous consiste à être attentifs en toutes circonstances sans fuir le monde, mais en apprenant à agir sans s’attacher.


Malheureusement, certains moines européen, de la tradition théravada, continuent de penser que les moines birman n'auraient pas dû manifester.
Pour rappel : lire : Un moine peut-il manifester




  • un article plein d'humour, sur la présence de Total en Birmanie : "La french Touch s'exporte en Birmanie" :
Le Pdg de Total, Christophe de Margerie, ne recule devant rien pour sauver la peau de sa société en Birmanie. Le 16 octobre, il a quelque peu divagué devant la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée national....la suite




  • Invoquant la "souveraineté" de la Birmanie, la junte campe sur ses positions:

La junte offre aucune concession apparente à l'émissaire de l'ONU Ibrahim Gambari qui a entamé mercredi sa quatrième journée d'entretiens dans le pays.

Le régime a rejeté une proposition onusienne de "rencontre à trois" entre M. Gambari, la célèbre opposante Aung San Suu Kyi et un intermédiaire nommé par les généraux au plus fort de la crise le mois dernier, ont indiqué les médias officiels.

Une telle rencontre n'est "pas possible" actuellement, a déclaré à M. Gambari le ministre de l'Information, le général Kyaw Hsan.

La junte a dénoncé toute ingérence onusienne ou étrangère dans ce qu'elle considère être des affaires intérieures. La Birmanie "n'acceptera jamais la moindre interférence susceptible d'affecter sa souveraineté", a dit le général Kyaw Hsan.

Sans citer nommément les Etats-Unis, le ministre a déclaré à M. Gambari que la Birmanie est "une petite nation" et que "si une grande puissance la persécute en plaçant les affaires (du pays) à l'ordre du jour du Conseil de sécurité de l'ONU, nous n'aurons d'autre choix que de faire face et d'endurer".

source : ICI


  • Comprendre la crise en Birmanie: ICI

Extraits de cet article

«Depuis un mois, des signes que la situation en Birmanie allait se détériorer étaient clairs et évidents » rappelait Paulo Sergio Pinheiro, rapporteur spécial des Nations Unies pour le Myanmar, le 29 septembre, dans les colonnes du journal Le Monde

Selon les docteurs Pierre Micheletti et Françoise Sivignon de Médecins du Monde (MDM), 90% de la population birmane vivraient en dessous du seuil de pauvreté (Libération du 27 septembre). « On assiste donc à une flambée des maladies "de la pauvreté" que sont en particulier la tuberculose, le paludisme et les infections respiratoires. […] Il est un autre constat fait par les équipes humanitaires de MDM : celui de besoins croissants en nourriture. Encore marginal il y a quelques années, le mauvais état nutritionnel des personnes accueillies dans nos dispensaires nous a conduit à intégrer un apport de nourriture dans nos programmes » rapportent les deux humanitaires (...)

Parce qu'ils vivent des offrandes de la population dans un pays à 85% bouddhiste, les moines sont touchés de plein fouet par les difficultés de la population. Ils se sont donc engagés auprès des manifestants.

Pour Gustaaf Houtman, chercheur au Royal Anthropological Institute (Libération du 1er octobre), les moines jouent de facto un rôle politique car le régime contrôle l'ensemble de la population. Les monastères représentent les seuls lieux sûrs du pays. « La crise s'est développée à partir d'une organisation spontanée de jeunes moines constitués en réseau. Ils ont fait quelques modestes demandes, comme la réduction des prix des biens de première nécessité […] mais le régime n'a jamais répondu ». Cependant, on aurait tort de parler de "force politique" proprement dite, c'est-à-dire d'une force organisée et tournée vers la vie politique. « [Les moines] ne protestent pas politiquement. Ils sont dans leur bon droit en descendant dans la rue parce qu'ils ne peuvent plus pratiquer leur religion. […] Les moines se sont rassemblés dans la rue parce que leur moyen de subsistance s'est épuisé : la population n'a plus les moyens de subvenir à leurs besoins alimentaires. Cette situation affecte leur capacité à mener une vie de moine selon les règles ».

La Birmanie compte quelques 400 000 moines, soit presqu'autant que le nombre de militaires. Tous les garçons peuvent devenir moine, tous les garçons sont ordonnés au moins une fois. Les moines délivrent des enseignements dans les temples qui longent les rues de toutes les villes birmanes. Il leur est interdit de travailler : les Birmans les nourrissent par des offrandes qui doivent être consommées dans la journée. Mais la crise économique menace aujourd'hui le corps religieux.

Les moines jouissent par ailleurs d'un statut à part, qui leur permet de s'opposer au régime le cas échéant. Le journaliste Brian McCartan, du Asia Times Online, rappelle la longue tradition d'activisme politique des moines birmans, dès la période coloniale, grâce à leur autorité morale(...)

« Le pouvoir militaire semble aujourd'hui bien plus solide qu'il ne l'était il y a 20 ans » rappelle Renaud Egreteau, professeur à Sciences Po (Le Monde du 29 septembre). Cette crise n'est pas la première d'un régime installé depuis 1962.

Quand l'armée arrive au pouvoir en 1962, elle prend également le contrôle de la sphère économique. Petit à petit, la « voie birmane vers le socialisme » permet aux militaires de s'enrichir en dirigeant les entreprises publiques et l'armée devient un « État dans l'État » selon la journaliste Bertil Lintner (Courrier International du 4 octobre). Les militaires disposent d'hôpitaux, d'écoles à leur seul usage. Familles et amis jouissent de nombreux privilèges pour l'emploi ou la santé quand la population birmane voit ses conditions de vie se dégrader. Bertil Lintner rappelle qu'avant la prise de pouvoir de 1962, la Birmanie avait « l'un des meilleurs niveaux de vie et d'éducation de l'Asie du Sud-est ».

Lire l'article en entier : ICI





6 novembre :


  • LIRE : Liberté de pensée, liberté de religion : un magnifique témoignage de Mr Aung Ko, Representative of the National Council of the Union of Burma in France
Extraits

(...)La Birmanie, comme vous le savez peut être, est surnommée le « Pays des mille pagodes et de la douceur de vivre » mais, depuis des années, il est devenu le pays de la dictature militaire et des violations des droits de l’Homme. Il est gouverné au prix de mille mensonges..

(...)On m’a demandé plusieurs fois si la liberté est contrôlée en Birmanie. Selon la Loi du Karma, ou « Loi de Cause et Effet », la liberté est triple par nature : elle est physique, verbale et mentale. Et bien, au regard de ces trois dimensions de la liberté, ma réponse à cette question sur mon pays est simplement : Non ! La liberté en Birmanie n’est pas contrôlée, elle est tout bonnement inexistante. La liberté a été confisquée par la junte militaire, par le coup d’état et par la loi martiale(...)

Je rejette absolument les clichés selon lesquels la religion pourrait impliquer nécessairement, intrinsèquement, inévitablement, des formes de soumission politique. Le combat politique et social non-violent trouve sa vigueur, en Birmanie, dans la force de l’amour non-violent et de la compassion. Il est absolument pacifique, mais essentiellement actif au nom de la vérité. Il ne s’agit pas du tout de résistance civile passive, ni de non-résistance « lâche », comme l’on dit et comme on l’entend trop souvent. Autrement dit, c’est une force non-violente de non-coopération avec l’injustice et les criminels. C’est la désobéissance civile qui mène à la résistance forte et bonne pour pouvoir dire « Non », pour pouvoir s’opposer aux princes des ténèbres qui veulent faire peur à leurs propres citoyens par les balles, et qui tentent de les dominer.

La vraie essence de notre combat est le combat de l’esprit. Nous combattons avec nos « sources » que nous avons cultivées et avec nos « forces intérieures » que nous avons développées. Au-delà de la passion de soi, de l’amour personnel, il s’agit d’un amour universel sans barrière et sans exception, à l’égard de tous les êtres vivants. Nous suivons notre chemin de lutte et de combat politique et social, par une autre culture et par un autre esprit de combat. Que la pensée soit plus forte que des balles !

(...)Pour qu’un homme ou qu’une femme soit parfait, selon l’enseignement du Bouddhisme, il ou elle doit développer conjointement et également deux qualités : la compassion Karuna, d’une part, et la sagesse Panna d’autre part. La compassion englobe l’amour, la charité, la bonté, la tolérance ; toutes les nobles qualités de cœur qui sont le côté affectif. La sagesse, quant à elle, signifie le côté intellectuel, c’est-à-dire toutes les qualités de l’esprit. Si le côté affectif est développé, seul, tout en négligeant le côté intellectuel, on devient un sot au bon cœur. Si, au contraire, on développe exclusivement le côté intellectuel en négligeant l’affectif, on risque de devenir un intellectuel manquant de sentiment pour les autres. La perfection exige que ces deux côtés soient développés l’un tout autant que l’autre. C’est le but de la voie bouddhiste qui mène à l’absence de peur, d’impureté. Ce qui constitue la peur, l’impureté, c’est l’avidité, la haine, et l’illusion.

(...)Daw Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix, a dit : « La peur est une habitude. Elle ne me fait pas peur ». Elle dit qu’elle n’a pas peur parce qu’elle est, elle-même, enveloppée de l’amour universel et de la compassion. Seuls les êtres inhumains sont incapables de comprendre une chose ; c’est que la violence ne peut être stoppée que par la non-violence. La violence ne cesse jamais par la violence, comme la haine ne cesse jamais par la haine ; c’est seulement par l’amour que la haine cesse. C’est la Loi universelle enseignée par le Bouddha depuis 2 546 ans.

C’est ainsi que la voie bouddhiste nous l’indique : « La sagesse et la compassion ne doivent pas être séparées ». C’est pourquoi un vrai bouddhiste, comprenant avec cœur et esprit les choses telles qu’elles sont, est plein d’amour et de compassion pour tous les êtres vivants(...)

Le Bouddha nous a enseigné la souffrance et la Délivrance de la souffrance par les moyens de l’amour universel, la compassion, la joie sympathique et l’équanimité, mais ces généraux birmans font souffrir le peuple en Birmanie par la violence, la cruauté, la jalousie et la partialité. Birmanie : La souffrance du mal !(...)


Lire cet article en entier sur Karuna


  • Une carte postale de Birmanie : 'S’il vous plait, dites aux autres ce que vous avez vu ici"





Cet article a été envoyé par deux personnes qui ont voyagé en Birmanie. Ils ont demandé à ce que leurs noms soient tenus secrets, de peur que leurs propres déplacements ne soient rétrospectivement retracés, mettant ainsi en danger les personnes avec qui ils ont parlé.

Comme l’a dit l’un des deux: "Il y a peu de chance que quiconque ait des problèmes à cause de ce que nous avons écrit, mais nous ne voulons pas prendre de risque. Vous voyez comment la paranoïa gagne même les étrangers?"

Pour des raisons de sécurité, M. Quick est le seul nom que nous utiliserons dans cet article, même les nôtres ne doivent pas y figurer. Dans notre conversation avec lui, nous avons trouvé ce moine représentatif du peuple birman : courageux, amical, conciliant, généreux (en dépit de sa pauvreté), gentil - et dans une attente désespérée de changements.

C’était la mi-septembre. Nous faisions une excursion d'un jour de Mandalay à une ancienne ville des environs, un endroit magnifique, sacré, rempli d’innombrables temples et de pagodes. Grimpant une longue suite d’escaliers menant à une pagode au sommet d’une colline, nous avons heurté un moine d'une trentaine d'années, surnommé M. Quick parce qu'il a le pied léger.

Nous sommes restés avec lui deux heures pendant lesquelles nous avons découvert son passé, son monastère, ses élèves, mais principalement son aversion pour la junte militaire qui gouverne depuis plus de 40 ans la Birmanie. Son visage, pendant la discussion, montrait de la prudence et de la nervosité, mais également de l’espoir. Constamment en train de regarder par-dessus son épaule pour jauger les gens qui pourraient nous entendre, il parlait doucement, et il nous a informé, sans nous le dire exactement, que quelque chose allait se produire bientôt en Birmanie et que les moines du pays seraient en première ligne. Il a constamment fait référence aux manifestations de 1988.

Le lendemain, nous avons entendu dire que des moines avaient entamé des manifestations pacifiques sur une grande échelle à Rangoon.

En tant que voyageurs indépendants en visite en Asie du Sud- Est, nous avions décidé d’aller en Birmanie pour en savoir plus sur ce pays, son peuple et comprendre ce qu’est la vie quotidienne sous la férule de la junte militaire. Nous étions conscients des petites manifestations qu’il y a eu à Rangoon à la mi-août sur le prix de l’essence, mais nous n’avons jamais pensé que ces évènements conduiraient à un soulèvement de masse pour la liberté et la démocratie dont nous serions témoins.

Au troisième jour, grâce a un accès limité à Internet et à la télévision par satellite, nous avons appris que les manifestations prenaient de l'ampleur, que les moines étaient rejoints par les civils et que leur action s'étendait à d' autres régions du pays. À ce moment là, la Junte n’avait pas engagé d’action ouverte, mais avait prévenu que les protestations étaient inacceptables et qu’elles auraient des conséquences.

Peu après, des mouvements de protestation commencèrent à Mandalay, alors que nous y étions. Les moines ont été rejoints par des civils et les manifestations sont restées pacifiques. Les militaires étaient présents dans les rues, mais il n’y eut aucune intervention.

Le 25 septembre, on savait que les militaires s’étaient déployés dans Rangoon et qu’il y avait eu des actes de violence perpétrés contre des manifestants. Le même jour, marchant dans le centre- ville de Mandalay, nous avons été témoins d’une grande manifestation. Moines et civils marchaient dans les rues, au milieu des applaudissement et des acclamations de spectateurs avides de montrer leur soutien. De la foule, se dégageait une étonnante positivité, mais également une tension sous-jacente.

Très rapidement les miliaires se sont positionnés dans des zones du centre- ville dans cinq camions, de jeunes troupes pointant des mitrailleuses vers la foule,sur leur chemin. Après qu’ils aient atteint le cœur de la manifestation, une détonation se fit entendre. Des gaz lacrymogènes ont été envoyés dans la foule et un large panache de fumée s’est élevé, visible à plusieurs quartiers de là. Les gens ont commencé à fuir dans toutes les directions, à pied, à vélo,ou à mobylette. L’atmosphère est passée à la peur et à l'affolement.

Les commerçants ont commencé à baisser le rideau, les salons de thés se sont vidés et les enfants jouant dans les petites rues furent rapidement mis à l’abri. Une famille nous a offert un refuge dans son magasin, jusqu’à ce que la situation se soit calmée suffisamment pour que nous puissions rentrer à notre pension de famille. Nous avons quitté Mandalay peu de temps après et nous avons continué à être témoins de ce qui semblait être des manifestations spontanées impliquant des moines et des civils, dans les petites villes que nous traversions.

À partir de ce moment-là la junte a utilisé la force militaire pour réprimer les manifestants et de nombreux moines et des civils furent arrêtés, détenus, battus et tués comme cela a été rapporté dans les médias, preuves à l’appui. Les rassemblements publiques de de cinq personnes ou plus ont été interdits, l’accès à Internet a été coupé et le couvre-feu a été mis en place toute la nuit avec l’ordre de tirer à vue.
Le onzième jour après le début des incidents, en dépit de l’indignation de la communauté internationale, une telle force a été utilisée que les manifestations ont effectivement pris fin, et,avec elles, tout espoir de changement.

Etant restés loin de Rangoon pour des raisons de sécurité, nous y sommes retournés au début du mois d’octobre pour y passer quelques jours avant de quitter le pays. A première vue, il semblait que rien ne s’était produit lors des semaines précédentes, les gens marchaient dans les rues, les salons de thés étaient pleins , les commerçants faisaient des affaires. Le seul signe évident d’un problème quelconque était des tas de pavés ainsi qu’une forte présence des militaires brandissant des armes dans le centre -ville.

Mais le contrôle réel est discret. La plupart des Birmans sont convaincus que les rues sont remplies d’agents du gouvernement qui sont constamment à l’écoute pour découvrir quelque chose à dénoncer. L’existence de ces espions ne fait aucun doute. Mais en réalité, la seule idée de leur existence suffit pour maintenir la plupart des gens dociles. Les conversations avec les habitants sont tendues et alimentées d’histoires qui se sont produites ou de choses qui seraient en passe de se produire.

Les Birmans ont une envie désespérée de s’exprimer mais les risques encourus sont extrêmes, rapides et souvent assez irrationnels. C’est la clé du contrôle qu’utilise la junte sur le peuple- il n’y a pas de fait, pas d’information solide et pas de transparence. Les Birmans vivent dans un constant état de peur que nous pouvons à peine comprendre.

En dépit des dangers, certaines personnes ont très envie de discuter avec nous, bien que l’atmosphère ait changé depuis notre rencontre avec M. Quick. Un commerçant nous a parlé ouvertement des récents évènements. Ses yeux étaient tristes et apeurés, il a exprimé sa colère contre la façon dont le gouvernement a traité les moines. Dans un pays où les moines sont très respectés, la brutalité des matraquages et des tirs signifiait que le gouvernement venait précisément de commettre l’impensable et l’incroyable. Il espérait que la colère en réaction à ces actions galvaniserait à nouveau les habitants de Rangoon pour qu’ils redescendent dans les rues, que ça ne serait pas la fin.

Il a déclaré que, pour beaucoup, ce mouvement était considéré comme étant leur dernière chance de se libérer du régime actuel. Si rien n’est fait maintenant, si rien n’est réussi par cette démonstration de bravoure, combien de temps le peuple birman aura-t-il à attendre pour un changement?

Les Birmans ne peuvent y parvenir par eux- mêmes, et après les récentes brutalités, cela s'est imposé d’une manière encore plus évidente, dit-il. Ils n’ont pas d’armes, et même s’ils en avaient, ils sont pacifiques et plutôt enclins à éviter la violence, quand bien même se serait la seule option. Que peuvent-ils faire, nous demande t-il, contre une force militaire composée de 400 000 personnes—des militaires qui n’hésitent pas à ouvrir le feu sur des moines sans arme?

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Le 5 novembre

  • La « prière » des moines bouddhistes théravada : Lire l'article en entier sur: KARUNA

Dans cet article, écrit pour Karuna, j'ai essayé d'apporter un éclaircissement sur ce que signifie "prier", pour les moines de la tradition théravada.
Mais en tant que bouddhiste théravada occidental, je ne peux avoir qu'une approche "déformée" de la réalité des souhaits des moines birman.


Extraits :

On peut lire dans presque tous les journaux , lorsque l’on parle des manifestations des moines bouddhistes, qu’ils défilaient « en priant ».

Dans le Bouddhisme et notamment dans la tradition théravada, la prière à une signification différente de la prière au sens « biblique » du terme.

Les bouddhistes sont conscient qu’ils doivent « travailler eux-même à leur libération. »

La paix dans le monde sera impossible tant que les hommes ne seront pas en Paix avec eux même.

Cette paix, les bouddhistes laïcs y travaillent tous les jours en méditant.

Les bouddhistes de la tradition théravada n’ont pas de Dieu contrairement aux religions monothéistes ; Bouddha était un être humain.

Cependant, les moines et bouddhistes s’adressent aux devas ; qui sont les protecteurs des humains comme ils le furent du Bouddha lui même... lors de son illumination

Mais ces devas n’ont rien à voir avec le Dieu des autres religions monothéistes.

Bouddhisme théravada « Littéralement « la Parole des Anciens », c’est la seule école des premiers temps du développement du bouddhisme à s’être maintenue. Ce terme désigne actuellement la forme primitive du bouddhisme, transmise par les moines les plus anciens de la Communauté originelle (les thera), jusqu’à nos jours. Il est parfois nommé bouddhisme du Sud ou bouddhisme pâli . »
La suite








allez j'ose :
Humour birman:
Sous la torture, des moines finissent par répondre à la question : qui est votre chef ? « Il s’appelle Siddharta. » L’identité et le signalement du fauteur de troubles montent les échelons de la hiérarchie en vue de l’établissement d’un mandat d’arrêt diffusé nationalement.
J'ai osé.....

jeudi 1 novembre 2007

Birmanie, la peur est-elle contagieuse ?






  • Plan détaillé de tous mes message sur la Birmanie : LA
  • Pour ne pas oublier la violence de l'armée à l'encontre des moines et des laïcs VOIR cette incroyable vidéo : ICI et Liste des morts et disparus : LA
  • PHOTOS : REGARDER les très belles photos du collectif "Les yeux dans le Monde": LA et ICI
  • LIRE : Birmanie, apprendre à se libérer de la peur. (format PDF : texte et photos) ICI






La peur est-elle contagieuse? par Tinh'y (une amie du dhamma)




Les derniers événements de Birmanie ont laissé sans voix la plupart de bouddhistes occidentaux et surtout, apparemment quelques pratiquants du bouddhisme Théravada...

Que fallait-il penser ? que fallait-il croire ?



Une peur sournoise et destructrice

Bien que chacun s’en défende, on peut dire qu’il y avait là un retour sournois du religieux et du cléricalisme... Du religieux dans la mesure où le propre de la religion est d’être un phénomène social et culturel.... du cléricalisme car on s’en remettait à autrui pour son propre jugement, en l’occurrence, un moine ou une organisation ..



Cette peur n’est pas celle des coups de matraque ou de fusil, la peur de la prison, la peur d’être tué. Non il s’agit d’une peur beaucoup plus insidieuse et sournoise, mais aussi plus dangereuse. Il s’agit de la peur d’être désavoué, de ne pas être reconnu, de ne pas être dans la ligne... Une peur qui fait perdre tout jugement et discernement... Cette peur qui nous rend honteux de notre propre ressenti, de notre propre pensée, si honteux que nous en deviendrons muets...

Cette peur est la victoire de la junte sur nos esprits occidentaux...

la junte birmane peut ainsi compter sur le soutien tacite des bouddhistes occidentaux... Non qu’ils lui donnent raison, mais ils donnent tort aux moines qui ont manifesté et qui n’auraient pas du se mêler de politique. Il n’y a pas de neutralité possible en ce domaine...

Mais les boudhistes craignent la politique... Pourtant


Le simple fait d’être bouddhiste est un acte politique.

Le bouddhiste s’engage à préserver la vie sous toutes ses formes, et la préserver envers et contre tout...

Tel est le premier précepte qui détermine l’attitude de toute une vie, une attitude qui se trouvera forcément, tôt ou tard, en contradiction avec l’idéologie d’appropriation des régimes politiques en place...

    Verset 5.9 Le Bienheureux dit : Quel est, ô chefs de famille, le mode de vie qui procure un profit à chacun ? Imaginons, ô chefs de famille, que le disciple noble réfléchisse ainsi : "J’aime la vie et je ne veux pas mourir. J’aime la joie et je répugne aux douleurs. Si je suis privé de la vie par quelqu’un, c’est un fait qui n’est ni agréable ni plaisant pour moi. Si, moi, je prive quelqu’un d’autre de sa vie, ce ne sera un fait ni agréable ni plaisant pour lui, car il ne veut pas qu’on le tue, et il aime la joie, et il répugne aux douleurs.

    Verset 5.10 Ainsi, un fait qui n’est ni agréable ni plaisant pour moi doit être un fait qui n’est ni agréable ni plaisant pour quelqu’un d’autre. Donc, un fait qui n’est ni agréable ni plaisant pour moi, comment puis-je l’infliger à quelqu’un d’autre ?

    Verset 5.11 Le résultat d’une telle réflexion est que le disciple noble lui-même s’abstient de tuer les êtres vivants. Il encourage les autres à s’abstenir de tuer les êtres vivants. Il parle et fait l’éloge d’une telle abstinence. Ainsi, en ce qui concerne la conduite de son corps, il est complètement pur.







Face à la junte Birmane

la situation est d’une grande clarté : une partie de la population s’enrichit en exploitant et en affamant l’autre ...

Cela ne mérite pas une grande analyse politique,le simple bons sens suffit... Face à la misère du peuple birman, aucun argument politique ou religieux ne peut justifier l’accord tacite de bouddhistes silencieux...

Face à la junte birmane il n’y a qu’une seule attitude possible... et cette attitude c’est le REFUS..

C’est NON à cette politique qui tue et qui exploite...

Toute manifestation revêtira forcément un aspect politique, mais il s’agit là d’une forme de politique qui contribue à préserver la vie. Dans ce sens on peut dire qu’il y a une manière bouddhiste de faire de la politique...

Une manière bouddhiste de faire de la politique

Cela consiste à développer notre capacité de discrimination et de discernement... Rien jamais n’est tout blanc et tout noir... les généraux de la junte sont des humains comme nous, et il ne nous appartient pas ni de les juger, ni de les supprimer, seulement de stopper leurs actes...

Ainsi que je l’ai dit plus haut la situation en Birmanie est relativement claire, quoique...

La Birmanie comporte 120 ethnies différentes et qui se font la guerre... On est donc en droit de penser qu’une démocratie à l’occidentale ne sera pas forcément la bonne solution... et c’est là que se situe la manière d’intervenir avec justesse et discernement du bouddhisme engagé... Peu importe le système politique, peu importe droite ou gauche pourvu que la vie humaine soit respectée non seulement dans son existence mais aussi dans sa dignité....

Le bouddhisme engagé,

Et même le bouddhisme tout court, c’est un engagement pour préserver la vie : la vie de tous les êtres... Ce n’est pas un engagement pour sauver une institution même pas le bouddhisme .

Le Bouddha n’a jamais demandé qu’on sauve une institution... Il savait d’ailleurs lui même que cette institution serait la première à déformer son enseignement... Ce que le Bouddha a enseigné c’est la libération de tous les êtres de la souffrance et de la mort, par la voie de la compréhension et de la pratique du Noble Octuple Sentier.

Si le Bouddha revenait aujourd’hui, je ne crois pas qu’on lui offrirait des fleurs et de l’encens, qu’on l’honorerait avec des lumières, je crois qu’on lui dirait simplement qu’il n’est pas un bon bouddhiste...

Cette peur qui nous fait douter

n’est pas ce que le Bouddha nous a enseigné. Le Bouddha nous a enseigné à trouver notre liberté intérieure :

    Le Bouddha dit ensuite : Le doute n’est pas une chose que quelqu’un d’autre peut résoudre à notre place. L’autre ne peut que nous expliquer en quoi consiste le doute ; à nous ensuite d’appliquer cela à notre propre vécu et d’en avoir une connaissance directe par nous-mêmes.

    .../..

    Le Bouddha ne faisait pas l’éloge de ceux qui se bornent à croire ce qu’on leur dit, de ceux qui se fient aux paroles des autres et se laissent enthousiasmer ou déprimer par elles. Une fois que l’on a compris ce que quelqu’un a dit, on doit lâcher prise parce que ces paroles ne sont pas nôtres et qu’il ne faut pas s’y accrocher. Même si elles sont vraies. elles le sont pour celui qui les a prononcées. Si nous ne les étudions pas et ne les rendons pas justes dans notre cœur, elles ne deviendront jamais vraiment justes pour nous et les doutes ne cesseront jamais.


La peur est un poison mortel, elle aveugle l’esprit. La peur de ne pas être reconnu, aimé choyé, encensé, approuvé, la peur d’être rejeté entraine le disciple sur les voie de l’égarement loin de la voie de la libération et de la vision pénétrante...

la vertu (sila) et le discernement sont les qualités essentielles du disciple du Bouddha...

    Dans le boud­dhisme pāli, n’existe guère de place pour un culte du gou­rou . Il est vrai que dans les pays où le bouddhisme pāli est toujours vivant, il y a des maîtres qui enseignent la médi­tation et ceux qui font des prédications. Mais en aucune façon ils ne se présentent comme des bouddhas ou les éma­nations des anciens maîtres. Ces prédicateurs ne sont pas placés non plus sur de hauts piédestaux mythologiques. Les maîtres sont respectés en tant que conseillers spirituels, mais eux et leurs élèves ne sont que les disciples du Boud­dha. Dans ce bouddhisme-là, les fidèles laïcs hommes (upāsaka) et femmes (upāsikā) sont également considérés comme disciples du Bouddha, mais non pas comme les dis­ciples de tel ou tel maître bouddhiste. Les laïcs bouddhistes qui suivent les textes palis ne sont pas obligés de suivre aveuglément les conseils des bhikkhus. Si ceux-ci sont vénérés par les laïcs, c’est plutôt pour leur vie vertueuse . Les bouddhistes refusent de respecter les bhikkhus non vertueux ou malhonnêtes. Lorsqu’un bhikkhu ne se com­porte pas bien, les laïcs bouddhistes sont très critiques à son égard. Ainsi, dans les pays où les textes palis sont respectés, d’une certaine façon, ce sont les laïcs qui contrô­lent la conduite des bhikkhus. Mohan Vijayaratna


La compassion ne connait pas la peur

Elle est écoute, reconnaissance, action, engagement, don de soi et de sa propre vie... Il n’y a pas de limite à la compassion...

Car la compassion véritable est libérée de tout désir de soi, de tout désir d’appropriation, de reconnaissance...

La compassion véritable agit sans que personne ne soit à l’intérieur de cette action... C’est une action sans acteur... pour reprendre quelques phrases des textes chrétiens on peut dire que « la main droite ignore ce que donne la main gauche ».. . ou bien que l’on « agit comme n’agissant pas »...

La compassion est au dessus de toute peur, de tout jugement,...

    En manifestant notre désapprobations de l’injustice nous sommes tout autant au service de la victime que du tyran... C’est un éveil de l’esprit pour qui veut l’entendre..

La compassion est ACTION

...

Et revendication, : une revendication au respect de la vie, une revendication sans bémol, sans état d’âme... la compassion véritable c’est l’acte pur...

Vouloir avoir de la compassion sans action et sans revendication c’est tout simplement être compassé... et ce n’est vraiment pas la même chose... L’être compassé n’a pitié que de lui même... il a pitié de l’écho que réveille en lui la douleur d’autrui, il pleure la douleur que lui fait la douleur de l’autre...

La compassion véritable est au delà de la douleur, du ressentiment, elle agit sans passion, alors elle peut être revendicative... une revendication calme et sereine, sans violence... mais d’une fermeté absolue et sans compromission...

Elle ne se courbe ni devant le bourreau, ni devant le tyran, ni devant son père ou sa mère, ni devant les institutions religieuses... Elle avance libre et sereine pour une seule chose, une chose unique : le bien de tous les êtres..


source : Tinh'y pour anussati