vendredi 3 août 2007

Satipatthana, la voie du bonheur




Voici quelques extraits du livre de Robert Kientz : Satipatthana, la voie du bonheur

Originaire d'Alsace, Robert Kientz, terrassé par la souffrance causée par une trés grave maladie nerveuse, rencontre un moine bouddhiste de passage en Californie. Il reçoit de lui les premières directives de la méditation.
Peu à peu, son expérience le conduira en Birmanie, où il rencontrera le très fameux Mahásí Sayádaw, auprès de qui il s'immergera dans une profonde retraite de satipatthána vipassaná...

Ce livre est un magnifique et instructif témoignage de sa longue retraite en Birmanie, sous la direction de Sayadaw Mahasi.

Pour information, ce livre n'est malheureusement plus en libre téléchargement sur le site dhammadana, où je l'avais téléchargé il y a plusieurs mois déjà. (Je n'en connais pas les raisons exactes, mais selon un témoignage lu sur le web, l'auteur serait décédé et ses ayants droits auraient demandé qu'on retire son libre téléchargement, il ne s'agit donc ici que d'extraits.



Extraits chapitres I à III

L'opération de la colonne vertébrale dont j'avais besoin ne réussissait pas toujours. C'est ce que me dit le chirurgien, et je m'imaginais aussitôt cloué dans un fauteuil roulant, inutile et misérable, jusqu'à la fin de mes jours. Je ne pouvais pourtant pas continuer encore longtemps comme ça, pas avec cette douleur qui me tenaillait. Il fallait que je prenne une décision. Je ne voulais pas penser à l'avenir...


...Sans que rien ne le laissât prévoir, tous les muscles situés le long de ma colonne vertébrale, de la nuque au bas de l'épine dorsale, se tendaient et devenaient aussi durs que le roc. La douleur était insupportable. J'étais obligé de rester immobile, impuissant, en attendant que le spasme disparaisse. Chaque spasme, quoique bref, semblait durer une éternité. Je n'étais plus capable de conduire ou de sortir seul de chez moi. Il fallait que quelqu'un m'accompagne.
J'étais atteint d'une maladie nerveuse qui empirait avec les années. Les divers traitements que j'avais essayés ne laissaient entrevoir aucun espoir de guérison. Les attaques devenaient plus violentes et plus fréquentes. Après les attaques, la douleur subsistait. J'étais affecté de tremblements, je ressentais une immense fatigue, j'avais perdu complètement l'appétit. Seule, la prière aidait à soulager le désespoir et le découragement profonds qui s'étaient emparés de moi....



Mes amis furent stupéfaits du changement remarquable qui s'était fait en moi au cours des premières semaines. J'appréciais ma nourriture et je retrouvais l'appétit. Je me sentais plus solide ; je reprenais du poids ; j'étais moins tendu nerveusement et, de façon générale, j'étais plus satisfait de mon sort. Je dormais d'un sommeil profond toute la nuit sans avoir ces horribles cauchemars qui, d'ordinaire, me réveillaient en pleine nuit, le corps couvert de transpiration et tremblant d'angoisse. Les violents battements de coeur, les vertiges et les tremblements de mes membres avaient disparu. Ma colonne vertébrale s'était considérablement redressée. Mes mouvements étaient plus détendus et je me sentais dans l'ensemble moins surmené. Mon dos me faisait encore souffrir mais j'étais mieux armé pour le supporter sans trop m'irriter. Vers la fin des premières semaines, les horribles attaques spasmodiques cessèrent....


Extraits du chapitre IV: Rencontre avec le Maître

Je foulai le sol birman pour la première fois, à dix heures précises, un dimanche matin de la mi-janvier. Je repensai au temps où j'étais enfant de choeur en Alsace. Qui m'aurait dit alors qu'un jour lointain j'irai chercher la clé de la Réalité dans une contrée aussi éloignée, au lieu d'assister à la grand-messe de dix heures, le dimanche matin !


....Je regagnai lentement la maison, légèrement déprimé et assailli de doutes. Je mis les ventilateurs en marche, je pris une douche pour me rafraîchir, et je m'assis sur mon lit. J'arrimai soigneusement la moustiquaire sous le matelas et je tentai de méditer. Des pensées de dysenterie couraient dans ma tête et je commençai à craindre pour ma santé. Il me revint en mémoire que le Vénérable Nyanaponika avait mentionné que la nourriture birmane épicée pouvait ne pas convenir à mon estomac d'Européen. Il m'avait conseillé de ne pas manger de fruits sans les avoir pelés, et de ne boire sous aucun prétexte l'eau du robinet. Je me jurai d'être extrêmement prudent en matière de nourriture et de boisson, ce qui me calma un peu l'esprit.


.... Les progrès pratiques de la Concentration Juste : (samma samadi) dépendent de la Moralité : (sila). Sans moralité il n'y a pas de Concentration Juste. La Concentration juste est indispensable à l'obtention de la Sagesse : (pañña). Ces préceptes ne sont pas des commandements, ils servent de guide et de soutien. Chacun est libre d'enfreindre le code moral s'il le désire ou s'il ne peut s'empêcher d'agir ainsi. Mais le bouddhiste sait qu'il enfreint les règles à ses risques et périls. Une fois qu'on a compris le fonctionnement de la loi de causalité : (kamma), on constate que l'on souffre inévitablement des conséquences de ses actes....




... On m'expliqua que Les huit préceptes préceptes ne constituaient pas de dogme rigide mais qu'ils reposent plutôt sur des motifs clairs et précis. Derrière eux se cache un but, celui de surmonter le désir insatiable que notre ego engendre. Ce désir obsédant est l'un des plus grands maux qui nous affligent. Mauvais veut dire ce qui nous rend esclave de notre moi trompeur, ce qui nous condamne au cycle des renaissances et de mort (samsara). Il faut bien comprendre que la convoitise, l'envie, la jalousie, la colère, le mécontentement, les désirs lascifs, etc. sont des pollutions de l'esprit, de véritables chaînes qui maintiennent l'esprit prisonnier dans un état inférieur où règne la confusion. Elles sont créées par l'illusion du moi. C'est dire que tant que l'illusion du moi n'est pas résolue, l'esprit continue de penser le mal, de dire le mal, et le corps fait le mal. l'objectif principal de l'entraînement à la méditation que j'entreprenais était de détruire cette illusion....


...Parmi les règles, une seule me causait quelque souci : ne pas manger après-midi. Depuis ma maladie nerveuse, je n'avais jamais retrouvé on poids normal, et je craignais, en supprimant le repas du soir, de perdre encore plus de poids. Le Sayadaw comprit mes craintes et m'autorisa à maintenir le repas du soir. Le Maître me demanda ensuite si je connaissais les Trois Joyaux Sacrés. Je lui répondis que non. Il me recommanda d'apprendre ce Triple Refuge, et de le réciter souvent, car sa bénédiction me préserverait du danger...


Le sens du Triple Refuge s'explique de la manière suivante : le Bouddha, l'Éveillé ou l'Illuminé, est mon refuge, mon principe directeur, ma protection contre le mal et ma providence. C'est à lui que je viens, il est mon recours. En tant que l'un des Trois Joyaux Sacrés, le dhamma signifie le Noble Sentier Octuple qui mène au nibbana, la paix supra mondaine.


Extraits du chapitre V : Obstacles sur le sentier

La pratique de la méditation vingt heures sur vingt-quatre heures, jour après jour, fit surgir des choses qui ne seraient jamais remontées en surface en méditant comme je le faisais en Californie. Très vite, je me heurtai à de puissants obstacles mentaux qui résistaient en me barrant la route. Certains furent très difficiles à surmonter. Ils étaient pourtant un signe de progrès, et l'on me demanda de les affronter avec courage. Ces obstacles surgissent dans l'esprit en fonction directe avec l'accroissement et le développement de la conscience. Ce qui veut dire que si des problèmes bien enracinés se présentent, le méditant dispose des outils qui lui permettent de les résoudre.

Le premier obstacle fut le manque de sommeil:
Je décidai de m'asseoir sur le plancher dur au lieu du lit, afin de rester éveillé jusqu'à minuit. Je demandai une autre moustiquaire que je m'installai au milieu de ma chambre. Yogi U Tin a dû certainement se demander ce que faisait ce filet qui pendait au centre de la pièce, mais ilne posa jamais de question à ce sujet, me laissant libre de faire ce que bon me semblait. La première nuit, je m'assis à même le plancher, sans couverture ni coussin. Je tournai le dos au lit pour laisser la tentation derrière moi...

Un obstacle n'a besoin d'être surmonté qu'une seule fois, m'expliqua leSayadaw. Quelle que soit sa nature ou sa puissance, il ne se représentera plus jamais.
Des obstacles sont toujours susceptibles de surgir dans unesprit sous-développé. La faute en est, non pas aux choses qui nous entourent, mais à l'esprit lui-même..

Autre obstacle : la distraction de l'esprit :

La seule façon de maîtriser le facteur mental négatif de la distraction est de développer la faculté de concentration. C'était lorsque les bruits extérieurs détournaient mon attention que je devais redoubler l'effort de concentration. Le Sayadaw me dit qu'en pratiquant avec assiduité, je vaincrai la distraction......

À mesure que les jours passèrent, je fis des progrès. En fait, après deux semaines de pratique, je fus frappé par la limpidité étonnante de mon mental. En dépit des bruits du dehors, je réussis à le maintenir fermement ancré sur son objet. Les impressions sensorielles étaient là,
isolées et aussi distinctes que l'arbre unique qui se dresse sur la colline dénudée dans la pleine lumière du jour. Plus important encore, les réactions qui faisaient immédiatement suite à ces impressions étaient perçues au moment même où elles commençaient à se manifester...

....J'avais atteint le stade où j'étais capable de pratiquer la contemplation pendant vingt heures d'affilée, sans m'endormir. J'en ressentis un grand réconfort et une grande joie. Je ne m'étais jamais senti aussi bien....


Voici un autre exemple d'obstacle auquel je dus faire face. J'étais assis, pratiquant " monter... descendre...", depuis un bon moment suffisamment longtemps pour que la conscience ait atteint un certain niveau. Soudain, une chose tout à fait terrifiante m'arriva. J'eus la sensation de tomber dans un abîme sans fond. Je réagis immédiatement par la peur. La peur était une sorte de fuite qui fit que je bougeai légèrement le corps. L'expérience cessa aussitôt. La sensation de chute avait disparu mais je ne l'avais pas maîtrisée....


Il n'existe qu'une façon d'empêcher une émotion négative de se manifester, dit le Sayadaw. Il suffit de bien se concentrer sur la sensation pour empêcher l'esprit de vaciller. Lorsqu'il y a Concentration Juste, la fausse notion du " je" ou du "mien" ou du "moi" ne se manifeste pas. Le résultat est une contemplation sereine. Ainsi la sensation disparaît et elle ne revient plus jamais...

...Quelques jours après avoir vaincu la sensation de chute, j'eus l'impression que de petits insectes me couraient par tout le corps, piquant et mordant ma peau tendre...

...Cette fois s'était une douleur insupportable dans les cuisses ; comme si on y enfonçait un fer rouge...
J'eus beaucoup de sensations étranges ce jour là : sensation de froid,d'extrême chaleur, comme si mon corps était en feu, douleurs aiguës, comme si on me plantait un poignard ou un bâton pointu dans le corps, piqûres, comme si on m'enfonçait des milliers d'aiguilles, etc. Toutes ces
sensations douloureuses alternaient, s'estompaient, puis revenaient avec plus d'intensité encore..... Le matin, je m'empressai de rapporter toutes ces sensations au Sayadaw. Celui-ci m'assura que je n'avais aucune raison de m'alarmer. Au contraire, je devais me réjouir....

Lorsqu'il atteint le stade où il prend conscience de ces sensations douloureuses ou déplaisantes, l'élève, parfaitement impassible, doit résolument les contempler pour les vaincre. Si l'on n'est pas capable de contempler ces sensations douloureuses avec sérénité, on a tendance à bouger le corps, ce qui provoque un changement de conscience, et la sensation cesse ; dans ce cas, les sensations reviennent toujours....

Grâce à mes efforts soutenus, je réussis à vaincre ces sensations...

3 commentaires:

GérardV a dit…

J'ai lu, il y a quelques années, le livre de l'édition française. Je suis surpris de constaté que les extraits qui nous sont proposés ici semblent plus précis ou moins épurés. Peut-être s'agit-il d'extraits du manuscrit avant édition (Editions du Rocher - 1979).
Cordialement,
GV

marie a dit…

bonjour
en tapant le mot Satipatthâna je ai trouvé votre site
Ayant pratiqué la méthode J ai rencontré Mr Kientz à plusieurs reprises notamment lors de stages qu' il organisait.
J ai deux exemplaires du livre et les extraits proposés ici sont identiques à ce que l on peut lire dans son livre.
je suis "heureuse" de voir que ce livre est connu
cordialement

Sylvain Tirreau a dit…

Le livre est téléchargeable : http://www.dhammadana.org/book/slvdb.pdf