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lundi 11 février 2008

Prendre soin avec tendresse








Extrait du livre "Etre une île" de Ayya Khema (Chapitre VII : Prendre soin avec tendresse)


Un enseignement magnifique à lire ou à relire avec tendresse et attention.....



Prendre soin avec Tendresse

Avez-vous déjà entendu l’expression « TLC », "tender loving care" en anglais — prendre soin avec tendresse ? Les nouveau-nés ne peuvent pas prospérer sans ce genre d’attention. Les gens ne peuvent pas vivre non plus sans cet ensemble. Les plantes non plus.

Si les bébés et les petits enfants sont privés de tendresse et d’amour, ni la meilleure nourriture ni les meilleurs médicaments ne parviendront à les faire grandir convenablement. Rien ne croît sans « TLC ». Les relations ne se développent pas sans.

Comment la méditation pourrait-elle prospérer sans cela ? Elle ne le peut pas. Rien ne le peut.

C’est en prenant soin avec tendresse qu’à longueur de temps nous devrions utiliser notre esprit, et non pas comme un « éléphant dans un magasin de porcelaine ». Un pachyderme laissé à lui-même crée des ravages parce qu’il casse des choses. Pourquoi saccage-t-il ? Parce qu’il n’a pas conscience et agit instinctivement.


Ne pas Respecter les Préceptes interrompra la méditation

Même dans les plus infimes détails, l’insouciance est un manque de TLC.

Ainsi, ne pas respecter les préceptes dans leurs moindres détails manifeste cette imprévoyance.
Les préceptes ne sont pas arbitraires. Chaque vœu est conçu dans un but bien particulier. Leur but général est de nous éloigner des préoccupations mondaines, de nous tourner vers l’intérieur avec attention et soin.

Chaque précepte que nous ne traitons pas avec amour et tendresse, même dans sa plus petite déviation, interrompra la méditation parce que notre esprit se refuse à obéir ou, par habitude, reste insouciant.

Si l’esprit dévie encore davantage, résiste aux gens et ne manifeste aucun respect ni ouverture envers les autres, la méditation ne peut s’avérer fructueuse.


Prendre soin de son esprit

Il faut prendre soin de notre esprit tout au long de la journée, et être concerné par tout ce qu’il touche. Il établit le contact avec tant de choses. Il adhère à ses propres pensées. Il répond aux interlocuteurs. Il est constamment occupé, la plupart du temps d’une mauvaise manière.

Notre esprit est inattentif à ce qui se passe réellement, inconscient, concerné seulement par son propre confort, et le plus souvent manque de tendresse.

Avec ces blocages pendant la journée, comment pourrions-nous nous attendre à ce qu’il n’ait pas les mêmes blocages le soir ou tôt le matin ? Au nom de quoi devraient-ils disparaître ? Pour quelle raison serait-il possible qu’ils s’évanouissent ?


La méditation ne peut fleurir que si, d’une part, nous utilisons notre esprit de façon juste tout au long de la journée, et si, d’autre part, nous portons aussi le même soin, le même amour et la même tendresse envers la méditation elle-même.

Si nous nous asseyons en décrétant : « Maintenant je vais méditer. C’est ce que je vais faire. Je ne vais pas être dérangé par quoi que ce soit », ça ne peut pas marcher.

Nous devons nous asseoir avec un sentiment d’amour envers tout ce qui est lié à la méditation. Nous devons nous soumettre avec grâce à la situation.

Dans la pratique du zen, avant même de prendre la posture, on salue très respectueusement le coussin sur lequel on va s’asseoir ainsi que la personne en face de soi. C’est un très beau geste, un sentiment au coeur et dans l’esprit, de respect et d’attention envers le coussin et la personne assise à côté ou en face.

Même avant de commencer, il faut extérioriser l’amour et l’attention envers tout ce qui nous entoure, par exemple l’autel, pour tout ce qui tombe dans notre champ de perception, et ensuite, nourrir des pensées d’amour et d’attention vis à vis du souffle.


Un esprit débordant de doutes, de regrets, d’incohérences, de résistances, de soucis, de jugements ne peut pas méditer.

Pourquoi le pourrait-il ? Il ne cesse pas de juger, de s’inquiéter, de résister. Pourquoi s’arrêterait-il ? Pour quelles raisons ? Agité à longueur de journée, au nom de quoi se calmerait-il tout d’un coup ?

Il n’y a qu’une façon de pouvoir se concentrer convenablement — en s’éloignant du profane. La méditation est une activité transcendante. On ne peut pas la pratiquer avec un esprit mondain. Tant que celui-ci occupe la place, l’activité sublime ne peut pas commencer.

Les préoccupations du monde nous sollicitent constamment en nous promettant des choses qui seraient source d’un genre de satisfaction. Chaque fois qu’elles apparaissent dans l’esprit pendant la journée, examinons-les. Est-ce qu’elles nous ont jamais donné quelque satisfaction ? Si la réponse est « non », alors : abandonnons-les !



Chaque chose à laquelle nous nous appliquons journellement, nous devons et pouvons l’accomplir comme une partie de la pratique

en y engageant une attention totale et complète, une attention en un point, sans jugement, sans essayer de décider s’il s’agit d’une chose nécessaire, une chose importante à faire, ou si cela parait trop lourd, trop encombrant, trop ennuyeux, trop long. Rien qu’une attention totale à ce qui se passe, accompagnée, en esprit, de soin, Amour et de tendresse afin d’agir le mieux possible.

Si nous nettoyons pas une chambre avec la meilleure volonté, pourquoi devrions-nous faire de notre mieux quand nous méditons ? Y a-t-il une raison pour que ces deux choses soient différentes ? Faisons de la meilleure façon tout ce que nous entreprenons.

Prenant soin amoureusement de notre ménage, de notre travail quotidien, nous pourrons apporter le même soin et le même amour lorsque nous nous assiérons pour méditer. C’est seulement comme ça que les choses peuvent marcher.

Depuis de nombreuses années l’esprit fonctionne selon ses habitudes. Il faut les reconnaître. Les abandonner. En substituer d’autres. Essayons d’implanter de nouvelles habitudes dans notre esprit. Pensons différemment. Il n’est pas nécessaire d’utiliser nos vieilles manières de penser.

Chaque fois que nos lubies nous utilisent, soyons en conscients

« Tiens, voilà la routine mentale. Elle est superflue ! Il m’est loisible de penser en termes complètement différents, en termes d’amour dépersonnalisé, de service pour les autres, du manque de permanence de tout ce qui apparaît, de souffrance universelle (dukkha). »

N’importe quel enseignement qui nous revient en mémoire, n’importe quelle phrase que nous pouvons nous rappeler est utile. Pensons en ces termes. Cela mettra notre esprit dans une bonne disposition. S’il suit ses vieilles habitudes, pourquoi méditerait-il ? Il ne se calmait pas auparavant, pourquoi serait-il en mesure de méditer maintenant ?

L’amour envers ce que nous exécutons est l’aspect le plus important pour bien le faire. Sans sympathie envers nos actions nous n’avons aucune chance de bien les faire. Au pire, nous rencontrons de la résistance et du rejet, ou, pour le moins, de l’indifférence. Il n’y a pas d’autres possibilités. Soit ce que nous entreprenons nous laisse indifférents, soit nous l’aimons, soit nous le rejetons. Quel est votre choix ?


Notre désir est de bien méditer mais nous n’y parvenons pas, parce qu’il faut laisser tomber tout ce qui encombre encore l’esprit.

Oubliez l’encombrement car tout fonctionne ensemble. Le tout forme une image complète, si vous n’en avez entraperçu que des bribes, ne vous inquiétez pas. L’image deviendra entièrement claire, mais seulement si nous nous occupons de chaque partie avec soin. C’est comme d’assembler un puzzle — sans se soucier de chaque composant, nous n’obtiendrons pas la scène complète. Chaque petite pièce a sa place et il faut chacune les manipuler avec soin.

L’esprit est un instrument très fragile. Rien n’est plus fragile. Vous avez tous fait l’expérience d’états d’esprit stimulants — ou totalement déprimants. Tout le monde l’a faite. Poussé dans ses retranchements l’esprit peut tomber par-dessus bord, d’un côté ou de l’autre. C’est un instrument délicat, et il ne fleurira pas sans soin ni amour ni tendresse.

Pour chacun de nous, la méditation s’apparente à un bébé. Elle n’a pas encore grandi. Elle n’a pas mûri. Il faut traiter les nourrissons avec soin.

Notre esprit en est encore, également, à ses vagissements. Tant que nous n’avons pas eu un aperçu de la libération (Nibbana), notre esprit est un bébé. Il est à manipuler avec beaucoup de soin, prêtant toujours attention à sa fragilité.

N’abusez jamais de lui en vous laissant dominer par la colère, la haine, la résistance, le refus, l’inquiétude ou la peur, l’aversion ou le doute. Faites en sorte qu’il aime chaque aspect de ses relations —avec ce qui est confortable comme avec ce qui est inconfortable. Sans le traiter avec infiniment de soin, il ne grandira pas, or, grandir, murir est le but de la pratique.

La maturité de l’esprit ne dépend aucunement de l’âge, elle dépend seulement de l’entraînement.



L'entraînement ne se limite pas à la méditation

De plus, l’entraînement ne se limite pas à la méditation. Très peu de gens, s’il y en a, méditent vingt-quatre heures par jour, ou même vingt heures, et ne dorment que deux ou trois heures. Peut-être en existe-t-il quelques-uns. L’esprit fait autant partie de la vie quotidienne que de la méditation. Comment peut-on séparer les deux ?

Si nous ne nous engageons pas à fond dans ce que nous entreprenons, nous ne pouvons pas y mettre tout notre cœur. Ne choisissez pas. Une chose choisie et faite avec tout votre cœur, tout en en laissant une autre de côté, provoque un blocage.

Ne choisissez pas les gens que vous désirez aimer. Ne choisissez pas les enseignements dont vous voulez vous souvenir. Ne choisissez pas les préceptes que vous aimeriez observer.

Chaque fois que vous rejetez, refusez ou ignorez un sujet de ces catégories, vous construisez un blocage qui sera un obstacle à votre méditation.

Efforcez-vous de mettre tout votre cœur dans ce que vous faites. Chaque personne doit être aimée, chaque action, chaque événement méritent d’être choyés, chaque précepte d’être pris en considération.

Tant que votre esprit ne se donnera pas à fond, sans opposer de réticence, il résistera à la pratique méditative, et ne s’y engagera qu’à moitié.

Peut-être aime-t-il les vingt premières minutes, et n’aime-t-il pas les quarante ou cinquante minutes qui suivent. Peut-être aime-t-il suivre le souffle pendant un petit moment, mais n’aime pas qu’une pensée surgisse. Et de même si quelqu’un se met à tousser... Quelle utilité peut avoir une telle attitude ?

Il faut nourrir le bébé-esprit et le traiter avec tendresse sinon il ne grandira pas, ne deviendra pas adulte. S’il croît, devient adulte et apprend à se connaître, il prendra habilement soin de lui, et se sentira toujours à l’aise parce qu’il n’aura pas de blocages. Il ne résistera pas. Ce niveau ne veut pas dire qu’il ne sait pas. L’esprit sait mais ne résiste pas.


Observons notre esprit, et traitons-le convenablement

Une pensée sans amour, n’est pas convenable. Seul l’amour — la triade soin, amour et tendresse — lui donnera les capacités nécessaires et la possibilité de transcender cette existence mondaine. Occupons-nous réellement de notre esprit avec l’amour maternel qu’un bébé mérite. Si nous ne pouvons pas appliquer un tel sentiment envers lui, pour qui pourrons-nous l’avoir ?

La méditation, une bonne méditation réussie, est notre stimulant. En fait, il s’agit quasiment d’une sorte de chantage :

« Si je me conduis bien toute la journée, ma concentration du soir sera bonne ». Personne ne peut savoir comment notre esprit se conduit sinon nous mêmes. Faisons en sorte qu’il se conduise bien.


L'esprit est le seul instrument pouvant tout rendre possible

Occupons-nous de lui en sachant qu’il est le seul et l’unique instrument pouvant tout rendre possible. Il permet les désirs les plus bas et les actions les plus viles, mais aussi de transcender tout cela et d’atteindre les niveaux de conscience les plus élevés. Toutefois, souvenons-nous d’être soigneux et attentionnés, et de voir les choses d’une manière juste. Tout ce qui se produit — tout ce que nous générons, tout ce que les autres gens provoquent — fait partie intégrante de la pratique, en conséquence fait partie intégrante de notre méditation.

Si nous prêtons une gentille attention à notre souffle, il sera beaucoup plus facile de l’accompagner. On peut se tenir sur ce que le coeur chérit. On ne trouve aucun intérêt à être avec ce dont on ne se soucie pas. Aimons notre souffle parce que c’est notre sujet de méditation. C’est une raison suffisante pour l’aimer. Aimons notre coussin parce qu’il nous supporte pendant que nous méditons. Aimons les gens qui sont avec nous. Soyons reconnaissants. Voyons si nous pouvons donner le soin, l’amour et la tendresse qui font tout fleurir — depuis les plus petites graines jusqu’aux états de conscience pénétrant les jhanas
(niveaux d’absorptions), bref, tout ce que l’esprit peut toucher.

Source : "Etre une Ile" de Ayya Khema (éditions dharma)


  • Lire d'autres extraits de ce livre : ICI

dimanche 10 février 2008

L'effort Juste

Ayya Khema : Biographie





Amis, qu'est-ce que l'Effort Juste ?
C'est un disciple qui espère, lutte, s'efforce, maîtrise son mental, s'exerce pour combattre l'apparition du Mal et de mauvaises pensées.
Il espère, lutte, s'efforce, maîtrise son mental, s'exerce pour l'apparition de bonnes pensées.
Il espère, lutte, s'efforce, maîtrise son mental, s'exerce pour la stabilité, pour l'absence de confusion, pour la croissance, la plénitude, et la culture du mental, pour la consolidation des bonnes pensées apparues.
Amis, tel est l'Effort juste.




L'extrait ci après est intitulé : Pluie de gouttes emplit un seau ( il s'agit du chapitre IV du livre de Ayya Khema : Etre une île )



L'effort juste est une des étapes du Noble sentier Octuple

L'effort juste est une des étapes du Noble Chemin Octuple, essentiel en toutes circonstances tant dans les entreprises mondaines que dans la pratique spirituelle.

L'effort juste est nécessaire mais ayant quelques difficultés à comprendre ce dont il s'agit, nous commettons beaucoup d'erreurs. La plupart du temps nous péchons par manque d'effort mais comment nous en rendre compte?


Établissons une ligne de conduite

Le soir, au moment du coucher, nous pouvons récapituler les évènements de notre journée et nous poser la question:

« Ai-je vraiment fait un effort aujourd'hui? Suis-je allé jusqu'à ma limite personnelle (quelle qu'elle soit), ou me suis-je arrangé pour en faire le moins possible?»

Nul besoin de s'adresser à une tierce personne, qui d'autre que moi pourrait donner la réponse? Pourquoi en parler aux autres, le constater personnellement suffit.


L'effort juste consiste à s'efforcer de réaliser quelque chose avec toutes nos capacités physiques et mentales

Pour chacun, elles sont différentes et chacun doit savoir quelle est sa limite. Il est loisible d'en juger communément ainsi:

« Ai-je essayé d'aller juste un tout petit peu plus loin qu'hier? Ai-je essayé de me lever cinq minutes plus tôt? De me souvenir de deux mots supplémentaires du texte psalmodié?»


Il ne s'agit pas d'efforts minuscules mais d'efforts justes.

« Suis-je parvenu à rester assis plus longtemps dans la même position? Deux secondes ou cinq minutes de plus? Ai-je essayé de rester concentré un petit peu plus longtemps, d'avoir moins de pensées négatives aujourd'hui? », ne serait-ce qu'une de moins ?


Le chemin est constituée de très petits pas

Il faut beaucoup de gouttes d'eau pour remplir un seau

Le chemin spirituel n'est pas un arc-en-ciel multicolore qui apparaît au moment idoine. La voie est constituée de très petits pas, comme la vie est constituée de très petits incidents.

Normalement, l'existence n'est pas formée de quelques grands évènements qui ne se présentent qu'une, deux, trois, ou quatre fois dans une vie.

Chaque jour est tissé de très petits évènements renouvelés du matin jusqu'au soir, pendant cinquante, soixante, soixante-dix ou quatre-vingts ans. Notre effort devrait être similaire, infime peut-être, mais juste un petit peu plus grand que la veille.

II est certain que, continuant ainsi pendant un certain temps, le seau finira par se remplir.

Un jour nous aurons à fournir le dernier effort, dernier effort qui éliminera totalement l'illusion, l'illusion de l'ego.

Mais, à moins de s'efforcer chaque jour, aussi petites que soient ces tentatives, cela ne se produira pas parce que nous rétrograderons.
Notre intérêt se porte vers les sensations agréables. Nous désirons une vie exquise et confortable, c'est pourquoi l'effort - juste ce petit plus - s'avère inconfortable. En fait, confort et inconfort n'ont pas vraiment d'importance car ils ne produiront rien de notable. Mais si l'on s'en préoccupe notre capacité pour l'effort diminuera.


Nous devons apprendre à ignorer notre confort personnel

Si nous restons incapables d'ignorer un moment notre confort personnel, nous nous retrouverons sans stimulation ni motivation. Et finalement, si nous ne fournissons jamais ce genre d'effort, nous ne saurons plus du tout pourquoi nous agissons, et, nous ne rechercherons qu'une vie douillette.

Dévaler la pente est beaucoup plus facile que de la grimper, quelle que soit la manière! Le corps obéit à la loi de la gravité, l'esprit aussi. Il est tellement plus aisé de se laisser glisser.

Ce petit mouvement supplémentaire de l'esprit au profit d'un sur-effort supplémentaire procure beaucoup de satisfaction. Il devient loisible de récapituler sa journée avec un esprit satisfait.

Il n'est pas conseillé de laisser passer un jour sans recollection.

Comment pourrions-nous apprendre ce qui est important et ce qui ne l'est pas si nous ne passons pas nos actions au crible?

Lors de cette révision nous voyons que le petit effort supplémentaire donne un sentiment de contentement: « J'ai essayé. J'ai essayé et j'ai réussi à vaincre encore une petite résistance. »


Un seul moment est là : le présent. Le futur n'existe pas. C'est une création de notre imagination. 

Lorsque finalement le futur survient, c'est le présent. Rien ne peut être produit dans le futur. Tout ce que nous imaginons concernant le futur ne se passera jamais comme imaginé parce que la personne qui imagine n'est pas celle qui fera l'expérience d'une production future. Donc, se soucier du futur est une perte de temps.


Fouiller le passé est certainement aussi une complète perte de temps

Il est irrémédiablement enfui. Il ne reviendra jamais. Il ne peut pas être ressuscité. Nos souvenirs sont défaillants, c'est pourquoi nous ne pouvons pas nous remémorer avec précision les évènements anciens.

La seule chose utile à savoir à propos du passé est de reconnaître que telle action fut une erreur. Ce serait bien d'être capable de tirer la leçon de cet évènement particulier afin de ne pas répéter la même méprise. Voilà un sujet vivement réglé, nous avons d'ailleurs tout avantage à laisser de côté tout autre aspect du passé.

Ce moment spécifique, présent, est le seul que nous ayons (...)


Source : "Etre une Ile" de Ayya Khema (éditions dharma)


Lire d'autres extraits de ce livre : ICI



Etre en relation avec soi






Extrait du livre "Etre une île" de Ayya Khema (Chapitre VIII : Etre en relation avec soi)


Remarque : Les extraits du Metta Sutta (en bleu) ne sont pas dans le texte original. 




Le Discours de l'amour bienveillant (Karaniya-Metta Sutta) nous explique comment nous comporter avec les autres. Nous devons les traiter comme nos propres enfants.

"Ainsi qu'une mère au péril de sa vie surveille et protège son unique enfant...."

Mais Ce sutta ne dit rien de particulier sur le comportement à tenir vis à vis de nous-mêmes ni comment agir.

Pourtant, la façon dont nous nous traitons est le plus vraisemblablement celle dont nous allons user avec les autres.

La manière dont nous agissons avec les autres est certainement la façon dont nous nous conduirons envers nous-mêmes. (...)


Nos espérances sont des désirs non fondés et nos peurs sont des inquiétudes sans fondement.

Le plus fort des sens est l'esprit, le dispositif du penser qui a, d'ailleurs, la facheuse tendance à échapper à notre contrôle. Nous ne sommes pas présents à ce qui se passe réellement pour la bonne raison que nous ignorons ce qui vraiment est en action. Nous sommes intéressés par ce que nous croyons qu'il se passe.

Deux façons de penser président aux choses pouvant arriver : soit les craindre, soit les espérer. Aucune des deux n'est réaliste. Nos espérances sont des désirs non fondés et nos peurs sont des inquiétudes sans fondement. Les deux créent du tumulte.

Les espoirs sont mêlés à la peur qu'ils ne se réalisent pas. Chaque aspiration vécue renferme une angoisse non encore matérialisée, qui peut être jamais, allez savoir! ne se matérialisera.

Nos peurs sont également liees à l'espérance. Peut être ne se produiront-elles pas si nous négocions les choses avec assez d'habileté. Et, de nouveau, nous avons peur de ne pas être assez intelligents.


Nous aimons soulager nos malaises par toute sortes de distractions


Nous nous trouvons ainsi dans une situation de tension et de malaise que nous aimons soulager par toutes sortes de distractions. Nous essayons d'amoindrir nos crispations par la nourriture, la boisson, les loisirs, la parole, le sommeil.

N'importe laquelle de ces disponibilités semble faire l'affaire. Dans le monde, nous avons les journaux, la télévision, le téléphone; sans pouvoir user de ces moyens, tout ce qui nous tombe sous la main fait l'affaire. S'il nous est impossible de trouver quoi que ce soit, nous devenons déprimés ou irrités.


Il y a dispersion  parce que l'esprit s'octroie la liberté de demeurer hors de contrôle.

Au lieu de s'occuper de ce qui se passe réellement, nous le laissons aller dans toutes les directions - penser au futur avec crainte ou espoir, penser au passé avec regret ou nostalgie.


L'attention consiste à demeurer attentif à chaque moment.

Mais l'attention parfaite est difficile à réaliser, parce que l'esprit a tendance à s'éparpiller. Nous devons faire plus que juste nous dire de rester attentifs. Si nous étions attentifs, parfaitement, à chaque moment, cette dispersion n'aurait pas lieu. Elle ne serait pas possible. Mais puisque nous ne sommes pas vigilants, nous avons besoin d'autres aides pour garder notre équilibre.


Un esprit sain n'est pas inquiet, ni déprimé, ni craintif ou exubérant

Un esprit sain est un esprit bien équilibré. Un esprit sain est un esprit qui ne prend pas la tangente. Il n'est pas inquiet, déprimé et craintif ou exubérant à propos de rien du tout.

Pour jouir d'un esprit bien équilibré, il ne suffit pas de nous dire : "sois attentif". Si nous en étions capables nous n'aurions besoin de rien d'autre. Tout irait.

Une des meilleures choses à faire pour nous aider est de ne pas nous sous-estimer. S'apprécier à sa juste valeur ne connote pas un quelconque sentiment de supériorité ni l'esprit de compétition (...)

Rien n'a d'importance mis à part ce que nous faisons vraiment (...) Mais ce que nous faisons vraiment porte à conséquence (...)

Il s'avère pour nous d'être personnellement content. Si nous ne sommes pas capable de créer un tel sentiment, nous ne le serons jamais nulle part ni avec qui que ce soit (...)



La première et principale priorité reste de trouver du plaisir à vivre avec soi-même.

Le Karaniya-Metta sutta exprime cela très bien. Ce texte conseille d'être pleinement content, et facilement satisfait. Il mentionne quinze conditions conduisant à la tranquillité. Sans trouver ces quinze conditions en nous même, nous ne trouverons la paix nulle part.

"Voici ce qui doit être accompli par celui qui est sage, qui recherche le bien et a obtenu la Paix.

Qu'il soit appliqué, droit, parfaitement droit, ( 2 conditions)
Docile, doux, humble, content, (4 ")
Aisément satisfait;.... ( 1 )
Qu'il ne se laisse pas submerger par les affaires du monde, ( 1)
Qu'il ne se charge pas du fardeau des richesses, (1)
Que ses sens soient maîtrisés; (1)
Qu'il soit sage, sans orgueil (2)
Et ne s'attache pas aux familles, (1)
Qu'il ne fasse rien qui soit mesquin ( 1)
Et que les sages puissent réprouver ......" (1)



Etre assez content intérieurement signifie être satisfait de ce que nous possédons, de notre apparence, de nos paroles, de notre vie, de nos réactions (...)


(...) Nous défendons tous la notion erronée que le contentement dépendrait de certaines conditions ou de certaines personnes- une autre de nos lubies-. Comment peut-il dépendre d'une chose extérieure à nous? (...)

Les gens et les situations qui nous procurent de la satisfaction se transforment en une dépendance par le fait qu'ils nous rendent esclaves des autres. (...)

(...) Seule la gratitude pour les conditions positives crée le contentement. (...)

Quand les difficultés apparaissent, nous regardons autour de nous et cherchons de l'aide. ce soutien réside dans notre propre coeur (...)


Dépendre des autres pour notre bonheur est insensé

Nous devons apprendre à abandonner chaque pensée malsaine afin de ne garder en nous que ce qui est sain, habile, bienfaisant et positif. (...)

Avec un sentiment de chaleur et de sécurité au coeur, la méditation s'en porte mieux. Pas seulement la concentration mais l'existence même prend une texture différente (...)

Un amour certain pour soi-même a, bien sûr, tendance à rayonner à l'extérieur de nous. Nul besoin d'essayer d'être délibérement aimant avec les autres, cette modalité est une conséquence de s'aimer soi-même

S'aimer soi même dans ce contexte n'a rien à voir avec de la complaisance. Nous aimer signifie cultiver un sentiment positif envers nous-mêmes. Avoir de l'amour pour les autres devient alors facile (...)


Source : "Etre une Ile" de Ayya Khema (éditions dharma)


Lire le Metta sutta en entier : ICI



mercredi 12 septembre 2007

Prendre refuge



Namo Tassa Bhagavato Arahato Sammâ Sambuddhassa

Hommage â lui, l'Arahat, le Bienheureux, le parfaitement et pleinement éveillé (trois fois)


Buddham saranam gacchâmi
Dhammam saranam gacchâmi
Sangham saranam gacchâmi

Je vais vers le Bouddha comme vers un refuge
Je vais vers le Dhamma comme vers un refuge
Je vais vers la Sangha comme vers un refuge


Dutiyam pi Buddham saranam gacchâmi
Dutiyam pi Dhammam saranam gacchâmi
Dutiyam pi Sangham saranam gacchâmi

Pour la seconde fois,
Je vais vers le Bouddha comme vers un refuge
Je vais vers le Dhamma comme vers un refuge
Je vais vers la Sangha comme vers un refuge


Tatiyam pi Buddham saranam gacchâmi
Tatiyam pi Dhammam saranam gacchâmi
Tatiyam pi Sangham saranam gacchâmi

Pour ta troisième fois.
Je vais vers le Bouddha comme vers un refuge
Je vais vers le Dhamma comme vers un refuge
Je vais vers la Sangha comme vers un refuge



Ecouter la prise de refuge (format MP3) : ICI

Lors d'une retraite, la prise de refuge a lieu tous les matins, juste après l'engagement de respecter les 8 préceptes.

Il faut vraiment le vivre pour comprendre l'émotion que l'on ressent, à chaque fois que l'on se prosterne, après avoir chanté : "Buddham pujemi" puis "Dhammam pujemi" et "Sanghma pujemi."

Mais c'est avant tout dans son cœur que l'on prend refuge, pas besoin de cérémonie, ou même de prendre refuge en chantant durant une retraite, cette prise de refuge peut avoir lieu "en solitaire" tous les jours, avant de méditer par exemple.

Mais puisque l'on prend refuge dans le sangha, c'est important aussi de prendre refuge lorsque l'on est entouré d'autres personnes, laîcs et moines. Le sangha n'est plus seulement un mot mais une réalité.

On est très loin des cérémonies de "prise de refuge" du bouddhisme tibétain, mais c'est justement c'est absence de "formalité" et de "rituels" systématiques qui me plait dans le bouddhisme théravada.


Lire (format PDF) La pratique Laïque: ICI


Plan de ce message:
- Présentation de la prise de refuge et des extraits du canon pali sur le refuge

- Prendre refuge décrit par :
  • Ajahn Sumedho
  • Thich Nhat Hanh
  • Ajahn Khemasiri
  • Ayya Khema ( Extraits de son livre : Etre une île )



"On ne devient pas bouddhiste par la naissance (comme c'est le cas pour le judaïsme) ou par un baptême (comme dans le christianisme) mais par un engagement personnel dont l'expression formelle s'appelle la "Prise de Refuge" dans les "Trois Joyaux" : le Bouddha, le Dharma et le Sangha. Cette "profession de foi" marque l'entrée dans la communauté des disciples - le Sangha - et le souhait de suivre l'enseignement - le Dharma - de celui qu'on appelle "l'Eveillé" - le Bouddha.
Le terme de "sarana", qu'on traduit généralement par "refuge", n'est pas à comprendre comme un endroit où l'on se réfugie pour fuir ou échapper au malheur. Etymologiquement, "sarana" veut dire "point d'appui", "source de lumière". Les Trois Joyaux sont donc les fondements de la pratique, sur lesquels on prend appui pour marcher sur la Voie, Trois Joyaux qui illuminent les ténèbres de l'ignorance.
Même si, en principe, cet engagement ne regarde que soi et peut donc être pris "en solitaire", il est généralement formulé au cours d'une fête ou d'une cérémonie, publique ou privée, en présence d'un maître ou de pratiquants déjà confirmés, le plus souvent devant une statue de Bouddha.
La prise de refuge n'est pas une déclaration solennelle qui engage à vie celui qui la prononce ; elle est d'ailleurs souvent reformulée, parfois même plusieurs fois par jour, et la récitation de la formule traditionnelle est aussi considérée, dans certaines pratiques de méditation, comme un moyen de fixer l'exprit et de renforcer la motivation du pratiquant."


"Cette "prise de refuge" n'a de sens que si l'on s'applique, par la suite, à mettre en pratique l'enseignement du Bouddha. Outre l'exercice de la méditation, le disciple de Bouddha suivra généralement une conduite morale (sîla) qui s'exprime à travers des préceptes ou des voeux.
Leur nombre varie selon les écoles et le degré d'engagement. Ils sont généralement de 5, parfois 8 ou 10.
Ces préceptes ne sont pas tant des "commandements" que des engagements à suivre une discipline intérieure afin de progresser vers l'éveil. C'est ce qu'exprime, dans leur formulation habituelle, l'expression introductive : "Je m'engage à pratiquer la discipline de m'abstenir de...". Plus que l'acte lui-même, c'est l'intention qui le sous-tend à laquelle le disciple devra prêter toute son attention et qu'il est appelé à modifier."



J'ai déjà parlé des préceptes bouddhistes : ICI
Et de la prise de refuge durant une retraite, qui a lieu tous les jours : ICI
Pour en savoir plus sur les 8 préceptes lire LA
Sur les 5 préceptes : ICI





"Ni la coutume d'aller nu, ni celle des cheveux tressés, ni celle de répandre de la poussière sur son corps, ni le jeûne, ni le sommeil sur le sol, ni le fait de se recouvrir de cendres, ni les prosternations, aucune de ces choses ne purifie le mortel qui n'a pas dépassé le doute" (Dhammapada, Dhp 10).


Au fur et à mesure de la pratique, lorsque nous commençons à comprendre la profondeur des enseignements bouddhiques, prendre ces refuges devient une très grande joie. Après vingt-deux ans de vie monastique, j’aime encore réciter « Buddham saranam gacchâmi ». En fait, j’aime cela plus encore qu’il y a vingt-deux ans, parce qu’alors cela ne signifiait rien pour moi, je le récitais par devoir, parce que cela faisait partie de la tradition. Prendre refuge en Bouddha, seulement en paroles, ne signifie pas que vous preniez refuge en quoi que ce soit. On pourrait entraîner un perroquet à dire "Buddham saranam gacchâmi" et cela aurait probablement autant de signification pour le perroquet que pour de nombreux bouddhistes. Il faut méditer sur ces mots, les observer et vraiment essayer de comprendre de qu’ils signifient, ce que signifie « refuge », ce que signifie « Bouddha ». Lorsque nous disons « Je prends refuge auprès de “ Bouddha ”«, qu’entendons-nous par là ? Comment pouvons-nous utiliser cela pour que ce ne soit pas seulement une suite de syllabes dépourvue de sens, mais quelque chose
qui nous aide réellement à nous rappeler, nous donner une direction et à développer notre dévotion, notre dévouement à la Voie du Bouddha.
Ajahn Sumedho




Un refuge suprême

Ils vont vers de nombreux refuges,
montagnes et forêts,
parcs et sanctuaires:
ceux-là que le danger menace.
Ce n'est pas un sûr refuge,
ni le suprême refuge,
ce n'est pas un refuge,
par lequel, en y allant,
on obtient la libération
de toute souffrance et de tout stress.

Mais quand, étant allés
au Bouddha, au Dhamma,
et au Sangha pour refuge,
on voit avec un bon discernement
les quatre nobles vérités --
le stress,
la cause du stress,
la transcendance du stress,
et le noble octuple sentier,
la manière de calmer le stress:
c'est là le sûr refuge,
cela, le suprême refuge,
c'est là le refuge,
par lequel, en y allant,
on obtient la libération
de toute souffrance et de tout stress.

-- Dhp 188-192



Le Triple Joyau (tiratana)

"Certes, le Béni du Ciel est honorable et correctement éveillé par lui-même, achevé en connaissance et comportement, bien-allé, un expert par rapport au monde, insurpassé en tant qu'entraîneur pour ceux qui sont prêts à être domptés, le Maître des êtres divins et humains, éveillé, béni...

"Le Dhamma est bien exposé par le Béni du Ciel, pour qu'on le voie ici et maintenant, intemporel, qui invite à la vérification, pertinent, à être réalisé par les sages pour eux-mêmes...

"Le Sangha des disciples du Béni du Ciel qui ont bien pratiqué... qui ont pratiqué sans artifices... qui ont pratiqué méthodiquement... qui ont pratiqué avec maîtrise -- autrement dit, les quatre types [de nobles disciples] quand on les prend par paires, les huit lorsqu'on les prend en tant que types individuels -- ils sont le Sangha des disciples du Béni du Ciel: digne de cadeaux, digne d'hospitalité, digne d'offrandes, digne de respect, l'incomparable champ du mérite pour le monde."

-- AN XI.12


Refuge contre la douleur

Si tu as peur de la douleur,
si tu n'aimes pas la douleur,
va prendre refuge dans l'Eveillé,
va prendre refuge dans le Dhamma et le Sangha.
Prend les préceptes:
Qui te conduiront à ta libération.

-- Thig XII

source : canonpali



Vous trouverez ci après:

-Significations : Que signifie la prise des refuges et les trois joyaux et pourquoi prendre refuge
- Prendre refuge dans les trois joyaux, par Thich Nhat Hanh
- Les refuges.... par Ajahn Khemasiri
- Réflexions sur les refuges, par Ajahn Sumedho
- "Prendre refuge" par Ayya Khema



Significations:


Que signifie la Prise des Refuges ?


C'est littéralement, revenir et s'abriter. C'est revenir au lieu que notre ignorance et nos égarements nous ont fait quitter, et y chercher refuge. Tel l'enfant prodigue, qui s'est enfin aperçu de ses fautes à travers l'expérience de la souffrance, revient chercher l'abri, le bonheur et l'affection de la demeure paternelle. Cette expression est la traduction chinoise du terme sanskrit 'Namo'. Elle a aussi le sens d'hommage respectueux, de soumission.


Que signifient les Trois Joyaux ?

Les Trois Joyaux désignent le Bouddha, la Doctrine, l'Ordre des Moines. En ce monde, ce que les humains considèrent comme précieux, ce sont l'or, l'argent, les pierres précieuses, l'ivoire, les honneurs... Cependant, en réalité, richesses et honneurs ne nous préservent pas de ces maux que sont l'existence, la vieillesse, la maladie, la mort. Bien souvent, au contraire, ils sont encore la Source d'autres souffrances, alors que le Bouddha, Sa Doctrine, Son Ordre des moines peuvent nous faire échapper de toutes ces peines que nous venons de désigner. C'est la raison pour laquelle les hommes entourent les Trois Joyaux de leur Vénération.
a) Le Bouddha. Le terme Bouddha provient du sanskrit. Les chinois le traduisent par l'expression 'celui qui sait' ; les français par 'éveillé'. Ces expressions désignent Celui qui est parvenu à la Sagesse parfaite.
b) La Doctrine. C'est la traduction du terme sanskrit Dharma. La Doctrine est l'ensemble des règles et pratiques religieuses énoncées par Bouddha et qui permettent d'anéantir tout aveuglement, toute souffrance, et d'atteindre à l'Éveil. Les Trois Canons bouddhiques constituent, ensemble, la Doctrine.
c) L'Ordre des moines. C'est la traduction du terme sanskrit Sangha que les Chinois désignent par "Groupe de personnes en communion de vie et de pensées." L'Ordre peut être formé à partir de tout groupement d'au moins quatre membres, vivant en un même lieu, observant tous ensembles les règles de discipline du Bouddha, partageant, entre eux en concorde, tout ce qu'ils ont pu recueillir ou acquérir dans les domaines tant temporel que spirituel.


Lire : Le sangha : ICI



Pourquoi prendre les Refuges auprès des Trois Joyaux ?

Prendre les refuges auprès des Trois Joyaux c'est revenir se réfugier auprès de Bouddha, de la Doctrine, de l'Ordre des moines.
Pourquoi prendre refuge auprès du Bouddha ? Parce que Bouddha est la Lumière Transcendante, la Charité Infinie, le Bonheur sans limites, la Vertu complète ; parce que Bouddha est le plus grand des Guides, Celui qui, par sa propre recherche, s'est libéré du Cycle de Renaissance pour montre la Voie.
Pourquoi prendre refuge auprès de la Doctrine ? Parce que seules les règles énoncées par Bouddha ont le plein pouvoir de nous faire traverser l'Océan de la Souffrance et aborder au Rivage de la Délivrance.
Pourquoi prendre refuge auprès de l'Ordre des moines ? Parce que l'Ordre comprend des hommes qui ont renoncé aux attaches familiales, aux richesses et aux honneurs, et se sont engagés à représenter Bouddha pour conduire les êtres vivants dans la Voie.

source : Micro hebdo de l'UBE




Prendre refuge dans les trois joyaux, par Thich Nhat Hanh

Lorsque nous récitons les cinq entraînements à la pleine conscience ou chantons des soutras, nous prenons refuge dans les Trois Joyaux, en touchant la Terre, pour montrer notre gratitude au Bouddha, au Dharma, et à la Sangha. Prendre refuge c'est montrer notre détermination d'aller vers ce qui est beau, vrai et bon; c'est aussi reconnaître que nous avons tous en nous la capacité de comprendre et d'aimer.

Le Bouddha est celui qui nous montre la voie dans cette vie. Le Bouddha est un personnage historique qui a vécu il y a deux mille six cents ans, mais il a aussi tous les Maîtres ancestraux qui nous relient à lui. Le Bouddha est aussi la nature éveillée en chacun de nous et tout ce qui dans l'univers nous montre la voie de la compréhension et de l'amour : le regard d'un enfant, les rayons du soleil, la beauté d'une fleur...

Le Dharma c'est l'ensemble des enseignements du Bouddha historique et de ses disciples sous la forme de discours, de commentaires et de préceptes. Il nous montre le chemin conduisant à la paix, au regard profond, à l'amour et à la compréhension. Le Dharma est la totalité des éléments de notre monde et de notre conscience qui nous guident sur le chemin de la libération. Le Dharma vivant est contenu dans chaque coin de l'univers : le nuage flottant nous enseigne silencieusement la liberté et la feuille d'automne tombant doucement nous enseigne le lâcher-prise. Chaque fois que vous respirez en pleine conscience, que vous marchez en pleine conscience ou que vous regardez une autre personne avec les yeux le la compréhension et de la compassion, vous donnez un enseignement silencieux du Dharma.

La Sangha est la communauté de pratique qui vit en harmonie et dans la pleine conscience. Elle est composée de vos Maîtres, de vos amis et de vous-même. Un chemin de forêt peut aussi être un élément de votre Sangha, de même qu'un arbre, qu'une fleur ou que votre chien ou votre chat… Vous pouvez partager vos joies et vos difficultés avec votre Sangha, vous pouvez vous reposer sur votre Sangha : elle est solide et généreuse. La Sangha est une rivière qui coule et serpente, épousant l'environnement dans lequel elle se trouve. Prendre refuge dans la Sangha c'est s'unir au courant de vie, c'est devenir un avec tous nos frères et sœurs dans la pratique. Au sein de la Sangha, vous trouverez la pratique plus facile et plus agréable.






Les refuges.... par Ajahn Khemasiri:

Un refuge peut être intérieur ou extérieur.

C’est un lieu ou un espace qui permet de développer le calme et la vision pénétrante. Sur le plan extérieur, il y a trois Refuges dans les enseignements bouddhistes : le Bouddha, le Dhamma et le Sangha. On peut les voir comme des choses extérieures :

le Bouddha historique qui vécut il y a 2500 ans ; le Dhamma ou "Enseignements" donnés par le Bouddha sur la véritable nature des choses ; et le Sangha ou "Communauté des moines et nonnes bouddhistes" que l’on l’appelle aussi la "Quadruple Assemblée" car, au sens large, il se compose non seulement des moines et des nonnes mais aussi des hommes et des femmes laïcs qui suivent les enseignements du Bouddha.

On peut également comprendre ces "Refuges" sur le plan intérieur. Dans ce cas le mot "Boudd ha" signifie "savoir, connaître". Il ne s’agit pas d’un savoir intellectuel même si nous devons développer nos facultés cognitives pour comprendre la voie proposée par le Bouddha. Ce mot recouvre également la connaissance acquise grâce à la méditation. Dans tous les cas, il se réfère à cette perception très immédiate des choses qui se passent dans notre coeur et notre esprit à chaque instant, perception qui dépasse les pensées, les émotions et tout ce qui pourrait nous distraire de l’observation connaissante des phénomènes. Une expression souvent utilisée à ce propos c’est "voir ou connaître les choses telles qu’elles sont". On dit que c’est la connaissance de Bouddha, ce que Bouddho en nous connaît ou ce que le Bouddha historique a pu connaître. Donc la seule différence entre un Bouddha et nous, qui n’avons pas encore atteint l’état de bouddhéïté, c’est qu’un Bouddha vit dans cette état de connaissance en permanence, en continu, tandis que nous avons parfois des flashs, des aperçus de cette connaissance dans notre méditation ou dans la vie et puis nous retombons dans un état communément appelé l’état d’ignorance. Nous ne sommes pas complètement conscients, d’où nous sommes, de ce qui se passe en nous, nous vivons dans la confusion et le doute ou complètement submergés par les émotions qui nous agitent. Dans ce sens là, nous prenons Refuge dans le Bouddha intérieur appelé aussi "sagesse intérieure", qualité que nous possédons tous à un degré ou un autre … Quand nous abordons une session de méditation, nous devons rendre hommage à cette qualité intérieure. Et en prenant Refuge, nous confirmons en réalité cette qualité intérieure qui est nôtre.

Le second Refuge intérieur outre le sens premier du mot Dhamma - les enseignements du Bouddha - signifie aussi "la vérité" et parfois simplement "la nature" dans ce sens que, si nous développons vraiment par la méditation un esprit clair et établi dans la connaissance, nous comprenons la véritable "nature" des choses, de la réalité. Dans les enseignements bouddhistes on dit que la nature a trois caractéristiques que l’on appelle aussi les "Trois caractéristiques de l’existence" : anicca, dukkha et anattâ en Pâli. Traduit à un premier niveau, anicca représente la loi d’impermanence, ce que l’on peut observer autour de soi dans les changements qui s’opèrent dans la nature, dans les saisons, par exemple comment les fleurs poussent et puis meurent et pourrissent. Mais quand on applique la caractéristique d’ anicca à notre monde intérieur, on y trouve un sens plus profond. Même chose pour la seconde caractéristique, dukkha : à un premier niveau il s’agit de la souffrance. Quand les gens entendent ce mot, ils se disent que le Bouddhisme a une approche très pessimiste de la vie. Mais les enseignements bouddhistes ne disent pas que tout est souffrance ; ils disent que tout est souffrance si nous ne comprenons pas correctement nos mécanismes intérieurs. Ils disent aussi que nous
avons la capacité de changer notre attitude, d’avoir une autre relation à notre expérience intérieure et par conséquent au monde extérieur. Alors, quand nous réalisons la vérité de la souffrance, nous sommes en mesure de dire que nous sommes réellement libérés de la souffrance.
Ceci est le coeur et le but même de l’enseignement du Bouddha. Un de ses discours les plus brefs dit ceci : "Je n’enseigne que deux choses : la souffrance et la cessation de la souffrance". Voilà quelque chose dont nous devons nous souvenir quand nous prenons le second Refuge.

Le troisième Refuge est dans le Sangha, c’est-à-dire la "Communauté". Il est très important, je crois, de prendre conscience qu’il s’agit là d’une communauté composée de véritables êtres humains, de moines et de nonnes engagés sur la voie proposée par le Bouddha. Nous pouvons aussi étendre cette définition du Sangha aux personnes qui partagent ces intérêts, qui pratiquent la méditation et suivent la même voie. En particulier quand on ne vit pas à proximité d’un "vrai" Sangha, on peut se connecter intérieurement à ces amis spirituels. On crée ainsi un lien, non
seulement avec ces autres pratiquants mais aussi avec tous les méditants qui ont vécu depuis l’époque du Bouddha. Là est notre Refuge. Nous pouvons renforcer ce lien en lisant des livres sur les grands maîtres qui ont réalisé la vérité dans leur vie. Grâce à ce lien nous pouvons développer une force intérieure qui nous aidera dans les moments de doutes, de dépression ou de manque de confiance en nous. Il nous rappellera que nous avons tous, en tant qu’êtres humains, la potentialité de réaliser l’Eveil total. Tous ceux qui sont passés par là avant nous ont préparé le terrain et
démontré que cela était possible, que l’Eveil n’est pas un idéal élevé mais quelque chose que nous pouvons réellement vivre. Nous pouvons transformer notre coeur et notre esprit.
Source : Le refuge




Réflexions sur les refuges, par Ajahn Sumedho:


Lorsque nous prenons refuge dans le Bouddha nous prenons refuge dans ce qui est sage. Le mot « bouddha » est véritablement un terme pour la sagesse humaine ; il signifie « celui qui connaît la Vérité » ou « ce qui connaît ». Si nous nous appelons un bouddhiste nous pouvons penser avoir rejoint une religion, ou nous pouvons penser être quelqu'un qui prend refuge dans la sagesse. La manière d'être sage est de réfléchir et de contempler les choses. La sagesse est quelque chose qui se trouve déjà là. Ce n'est pas quelque chose que l'on obtient, c'est quelque chose que l'on utilise. Il est erroné de penser que nous allons parvenir à la sagesse en méditant. La méditation est un moyen d'apprendre à utiliser la sagesse qui est déjà présente. Aussi, dans la méditation, nous contemplons et réfléchissons sur le Dhamma, ou la Vérité des choses. Nous utilisons véritablement la sagesse en faisant cela. La sagesse n'est pas quelque chose que nous ne possédons pas, mais c'est quelque chose que, peut-être, nous n'utilisons pas toujours ou dont nous ne nous sommes pas toujours conscient.
(...)
Aussi lorsque nous prenons refuge dans le Bouddha et le Dhamma, cela nous rappelle à cet état d'attention et de vigilance. Nous n'essayons pas de nous « concentrer » sur ceci et de nous débarrasser de cela ; nous ne nous laissons pas prendre aux habitudes de complaisance ou de répression. Lorsque nous nous ouvrons réellement - lorsque nous apprenons à nous ouvrir, ici et maintenant - alors nous commençons à expérimenter la paix, car nous ne cherchons rien à quoi nous attacher. Nous ne nous agitons pas de tous côtés ; nous avons stoppé cette course frénétique. Ainsi s'ouvrir au Dhamma est-il le chemin de la paix, que nous devons réaliser nous-mêmes. Nous devons réaliser la Vérité par nous-mêmes ; il n'est pas question d'attendre que quelqu'un le fasse pour nous ou nous dise ce qu'il en est.
Bouddha et Dhamma ne sont pas simplement de charmants concepts que l'on récite ; ce sont des bases de réflexion. Ce sont des enseignements que nous examinons et appliquons à notre propre expérience. Plutôt que de penser au Bouddha comme à un prophète mort il y a 2 500 ans, nous devons le considérer comme représentant cette sagesse en chacun de nous, ce qui nous replace dans le moment présent. Nous n'avons pas besoin d'aller chercher le Bouddha dans l'Himalaya. Simplement s'ouvrir à ce qui est - actuellement et en ce lieu - c'est prendre refuge dans Bouddha et Dhamma. Prendre refuge n'est pas rechercher quelque chose quelque part, mais s'ouvrir à ce qui se présente, tel que cela se présente, ici et maintenant. Prendre refuge c'est regarder comment sont véritablement les choses plutôt que de les concevoir de façon romantique.
(...)
Sangha est la société, ou la communauté des vertueux, de ceux qui pratiquent, qui utilisent la sagesse, qui contemplent la Vérité. Lorsque nous prenons refuge dans Sangha, nous ne prenons plus refuge dans notre personnalité ou dans nos capacités individuelles, mais dans quelque chose de plus grand que cela. Sangha est une communauté dans laquelle nos personnalités ne sont plus si importantes. Que nous soyons homme ou femme, jeune ou vieux, instruit ou pas, ou quoi que se soit, ce ne sont plus des choses importantes dans Sangha. Le Sangha est ceux qui pratiquent, ceux qui vivent de la manière correcte, ceux qui contemplent la Vérité et utilisent la sagesse.
Lorsque nous prenons refuge dans Sangha cela signifie que nous désirons abandonner nos qualités personnelles, nos exigences et nos attentes en tant qu'individu séparé. Nous abandonnons ces choses pour le bénéfice du Sangha, de ceux qui pratiquent, se dirigent vers la Vérité, réalisent la Vérité.

source : vivekarama



"Prendre refuge" par Ayya Khema

Prendre refuge dans l’Eveillé (le Bouddha), l’enseignement (le Dhamma) et la communauté des disciples éveillés (la Sangha) contient une signification profonde. Un refuge est un abri, un endroit sûr. Il yen a très peu dans ce monde. Dans le monde profane il est en fait impossible de trouver où que ce soit, un abri tout à fait certain. Les habitats protecteurs brûlent, sont détruits, disparaissent. Le "Bouddha-Dhamma-Sangha" ne constitue pas un abri physique mais un abri spirituel, c’est pourquoi il peut et doit nous donner la sensation d’avoir enfin trouvé un havre, un havre où la tempête s’est calmée. Dans l’océan, la tempête, les vents et les vagues rendent la navigation très difficile. Mais lorsqu’ enfin le navire arrive au port, l’eau est calme. Dans l’abri du port toutes les vagues et les tempêtes sont apaisées. Le navigateur peut jeter l’ancre. Voilà ce que signifie prendre refuge dans le Bouddha-Dhamma-Sangha. Celui qui n’en comprendrait pas cette signification prendrait refuge en vain.

Prendre refuge signifie avoir finalement trouvé l’endroit se reposer. A savoir, l’enseignement qui nous promet sans l’ombre d’un doute qu’il y a une fin à la souffrance, une fin à tous les maux qui accablent l’humanité. L’enseignement, le Dhamma, exposé par le grand maître et perpétué par sa Sangha, nous montre la voie. Dans ce cas, la Sangha désigne ceux qui atteignent l’éveil en suivant l’enseignement du Bouddha mais pas simplement quiconque portant la robe. Tant que cette perspective n’est pas intégrée, ce qui n’implique pas nécessairement avoir expérimenté la libération de la souffrance en question, mais en avoir entrevu sa possibilité, et ancré sa foi et sa confiance dans l’efficacité du Dhamma, prendre refuge ne veut rien dire.
Buddham Saranam Gacchami
Dans le Bouddha je prends refuge
Dhammam Saranam Gacchami
Dans le Dhamma je prends refuge
Sangham Saranam Gacchami
Dans la Sangha je prends refuge.

Versets que nous récitons trois fois. Il est important d’en comprendre le sens, sans quoi nous répéterions simplement des mots dans une langue étrangère comme le font les perroquets ne sachant pas ce qu’ils profèrent.

Lorsque nous ressentons que prendre refuge devient pour nous une réalité, notre cœur s’ouvre avec dévotion, gratitude et respect envers le Bouddha-Dhamma-Sangha, le maître, l’enseignement et les disciples éveillés venus après lui pour perpétuer l’enseignement. Nous éprouvons de la gratitude parce que la cessation de la souffrance devient disponible. Nous ressentons aussi de la dévotion envers ce qui nous promet une tout autre réalité du monde, et de l’estime pour ceux ayant consacré leur vie à propager cet enseignement.

Prendre refuge peut devenir la chose la plus importante de notre vie. Tout ce que nous faisons, nous pouvons l’entreprendre pour le Bouddha-Dhamma-Sangha.

En leur nom, je peux facilement transporter des pierres. Elles ne pèsent quasi rien. Mais si je porte des pierres parce que quelqu’un me commande de les déplacer, elles paraissent bien lourdes. C’est un labeur fatigant. Une fois vu que la réalité dans laquelle vit l’humanité n’est pas satisfaisante, en possédant la volonté et la capacité de lâcher prise, il est très facile d’accomplir une tâche au nom du plus élevé, de ce qui nous promet une autre réalité.

Prendre refuge dans le Bouddha-Dhamma-Sangha est très souvent fait à la manière des perroquets dont beaucoup participent. Heureusement, maintes personnes également s’engagent avec dévotion, gratitude et respect - respect pour une personne, un être humain qui a été capable d’atteindre l’état le plus élevé qu’un être puisse obtenir et qui a eu la capacité et la volonté d’expliquer cet état afin que d’autres puissent suivre sa voie. Il l’a exposé de telle façon que nous, aussi ordinaires que nous soyons, puissions effectivement le comprendre. C’est un des plus grands actes de génie de l’histoire de l’humanité. Il mérite tout le respect que nous sommes capables de lui offrir.

Lorsque nous manifestons gratitude, dévotion et respect, l’amour vient s’y joindre. Ces trois qualités sont liées à l’amour. Nous ne pouvons pas être reconnaissants, dévoués et respectueux envers quelqu’un que nous n’aimerions point. L’amour et le respect vont de concert avec le cheminement spirituel. Ils sont tous deux nécessaires dans toutes nos relations mais en particulier sur le chemin spirituel qui est relation intime, la plus intime que nous puissions avoir, du fait d’être en symbiose avec soi-même. Nous devrions nous engager avec le coeur et l’esprit. L’esprit comprend et le coeur aime. Faute de cela nous ne marcherons que sur une jambe, sautillant de-ci de-là, au lieu d’avancer fermement.

Cette instabilité dans notre pratique sera toujours au cœur une source d’insatisfaction et aussi une source de doute et de scepticisme : « Ce que je fais est-il juste ’ ? » ou « Qu’est--ce que je fais ici ? Comment y suis-je arrivé ? Que veut dire tout cela pour moi’ ? Pourquoi ne retournerais-je pas chez moi faire comme tout le monde ?». Le doute et le scepticisme apparaissent parce que nous sommes chancelants. Aller de l’avant sur une seule jambe est une activité très instable. Il y faut une base solide. Pour avancer, il faut engager pleinement son coeur et son esprit dans chaque action. Cet engagement sans réserve n’est possible que si le coeur s’ouvre.
Trouver un refuge, un endroit sûr dans ce monde humain semé d’ennuis, de difficultés, de craintes constantes pour nous--mêmes et pour les êtres chers, produit en tant qu’humain une modalité de vie anxieuse. Trouver un endroit sûr dans l’angoisse intense de l’existence, est extrêmement rare, une chose qui arrive si rarement, qui est si précieuse que la plupart des gens n’en reconnaissent même pas la valeur.

Nous parlons des Trois Joyaux, ou de la Triple Gemme (Tirattana), parce que ces Trois - Bouddha-Dhamma-Sangha - sont ce qui recèle le plus de valeur dans tout l’univers. Il ne s’agit pas du corps physique dans lequel le Bouddha est apparu, ni de ceux dans lesquels la Sangha est apparue, ou apparaît, mais ce qu’ils représentent : la transcendance, la réalité absolue, la relation avec un type de conscience surpassant toutes choses.

Etre à même de prendre refuge est non seulement une chose rare, cela dénote également un excellent kamma. Il faut une bonne destinée pour en rencontrer la possibilité. Toutefois cet acte ne portera des fruits que si nous prenons refuge par le cœur, et pas uniquement par la parole.

Je suis sûre que au moins une fois dans votre vie, vous avez tous été amoureux. Peut-être même plus d’une fois, mais disons une fois... Vous vous souvenez tous de la sensation prouvée surtout si l’amour était partagé. C’était merveilleux l’est-ce pas ? Eh bien c’est ce que vous ressentez lorsque vous limez le Bouddha-Dhamrna-Sangha parce que vous portez les [rois joyaux à longueur de temps dans votre coeur C’est une perpétuelle histoire d’amour. Que peut-on connaître de plus :exaltant ? Tout ce qu’on entreprend est fait au bénéfice du bien-aimé et devient très facile.

L’énergie devient alors un phénomène naturel. Il n’est pas nécessaire de la raviver car elle provient de la certitude et de la direction que nous nous sommes données. Il n’est pas nécessaire de la rechercher. L’énergie est simplement disponible parce que notre coeur se trouve complètement engagé dans nos actions.

Nous profitons d’un refuge qui promet la fin de chaque petite souffrance ayant pu hanter notre coeur ou qui s’y trouve maintenant, qui promet la fin de toute anxiété, la fin de toutes les peurs, de tous les soucis, jusqu’à la plus petite sensation d’inconfort indiquant que quelque chose ne tourne pas rond -c’est ce que le Bouddha a promis. Si c’est ce qui s’offre à nous, alors, prendre refuge signifie que nous nous sommes engagés dans une relation capable de nous purifier totalement et finalement nous permettre d’être partie prenante de la Sangha éveillé. Seule cette perspective permettra d’en profiter pleinement.

La séance de chant quotidienne ne fut pas instituée pour passer le temps, pour dire quelques mots en pali ou pour exercer nos poumons. Rien à voir avec tout ça ! Les trois premiers chants expriment la gratitude, la dévotion et le respect.
( I) ltipi So Bhagava. . .
(2) Svakkhato Bhagavata Dhammo...
(3) Supatipanno Bhagavato Savakasangho...

Le premier s’adresse au Bouddha, le deuxième au Dhamma et le troisième à la Sangha. C’est aussi un moyen d’apprendre l’enseignement par cœur. De savoir par coeur ce que le Bouddha a dit de l’amour (metta) dans le Discours de l’amour bienveillant

(Karaniya-Metta Sut ta) : « Que je sois libéré de l’inimitié » (aham avero homi). De savoir par coeur ce que le Bouddha a dit à propos du corps, de la sensation, de la perception, des formations mentales et de la conscience :
Sankhittena pancupadanakkhandha dukkha,
en bref, les cinq groupes (ou agrégats constituant l’individualité humaine) auxquels nous sommes attachés sont dukkha (souffrance), Seyyathidam, qui s’énoncent ainsi:
Rupupadanakkhandho, le groupe d’attachement du corps,
Vedanupadanakkhandho, le groupe d’attachement de la sensation,
Sannupadanakkhandhole groupe d’attachement de la perception,
Sankha nlpadanakkandho, le groupe d’attachement des formations mentales, Vinnanupadanakkhandho , le groupe d’attachement de la conscience.

Les mémoriser constitue la première tâche. Cela ne signifie pas nécessairement que nous les expérimentions mais simplement que nous les connaissions. La sagesse a trois niveaux. Le premier est la connaissance. Pour que cette connaissance s’acquière personnellement il faut l’intégrer dans son cœur et essayer de l’actualiser à l’intérieur de soi. C’est ainsi qu’elle devient nôtre. Il ne s’agit plus des mots du Bouddha, ni de ceux du cahier de chant, mais plutôt les nôtres propres. C’est à partir de là que la sagesse sera produite.

Le chant est d’une grande aide pour mémoriser l’enseignement, pour éveiller la dévotion et la gratitude. Il possède également un effet calmant. Et, bien sûr, il s’agit aussi d’un effort communautaire. Que nous ayons une voix fausse ou juste n’a pas d’importance, aucune différence ! Le principal est de s’engager avec tout son cœur. La seule chose qui compte c’est le cœur. Si nous prêtons réellement attention aux mots -ce qui est possible si nous les avons bien retenus - nous pouvons alors apprendre beaucoup sur la façon de diriger nos sentiments envers le Bouddha-Dhamma-Sangha.
Vous avez tous vu des statues du Bouddha. Il yen a partout, ici même plusieurs. Peut-être en possédez-vous une, ou bien quelques représentations picturales de l’Eveillé.

Personne ne sait exactement à quoi il ressemblait. A son époque il n’y avait pas d’appareils photos et à ma connaissance personne n’a exécuté un dessin du Bouddha. Ce que nous voyons dans les statues et les peintures est l’idée que tel créateur se fait de la beauté. Chaque pays développe son propre idéal esthétique.

Chaque artiste essaye de représenter le Bouddha comme parfait, et tout ce que vous contemplez est l’idée de cet artiste loin, peut-être, de celle que vous vous faites de la perfection.

Ceci dit, créez maintenant, en esprit, votre propre image du Bouddha conforme à votre idée de la perfection. Faites-la aussi belle que possible, avec des rayons dorés en émanant. Beauté ! Créez la chose la plus merveilleuse que vous puissiez visualiser ou imaginer et portez-la toujours au cœur. Il est bien préférable de porter en soi une représentation du Bouddha que n’importe quoi d’autre parce qu’elle nous aidera énormément à aimer les autres surtout si nous pensons que, eux aussi au sein d’eux-mêmes, peuvent abriter la même image magnifique. Ils ne parlent peut-être pas la même langue que nous, ou ne disent pas les choses que nous aimerions entendre mais ils portent le même symbole dans leur cœur.

A moins de nous efforcer et de laisser s’épanouir nos sentiments d’amour envers tout ce que nous rencontrons quotidiennement, la partie la plus joyeuse de la vie nous fera défaut. Si nous parvenons à ce degré d’ouverture, nous n’éprouverons aucune difficulté quelle qu’elle soit à être heureux.

Un amoureux dont la relation est une réussite arbore toujours un sourire satisfait. Rien de plus simple.

Ici, dans le contexte (religieux) la relation ne peut s’avérer décevante. Il s’agit d’une qualité de relation en laquelle l’amant ne s’enfuit pas ni n’est infidèle. Dans notre contexte, impossible d’être déçu. Nous ne connaissons pas encore l’ampleur d’un tel amour, c’est à dire que nous ne sommes pas encore à même de sonder la profondeur du Bouddha-Dhamma-Sangha. Celle-ci ne se dévoilera totalement que lorsque nous parviendrons à la complète illumination. Il n’y a donc aucun risque que nous tombions dans l’erreur d’une déception comme lorsque, par exemple, untel ou untel ne se comporte pas de la manière dont nous l’attendons.

Voilà une relation de type transcendant, d’un autre monde. Elle ne dépend pas d’un être humain qui va sans aucun doute mourir, qui est sans aucun doute imparfait. Nous sommes là en présence d’une perfection très difficile à trouver dans le royaume humain, ou dans tout autre. Quel privilège de croiser cette chance !

Certains d’entre nous n’ont pas de relation innée avec le Bouddha-Dhamma-Sangha. Ce n’est pas forcément un grand désavantage, car ce qui est inné depuis la petite enfance est souvent considéré comme déjà gagné. Si cette relation est considérée comme acquise, elle n’aura pas l’impact nécessaire. D’un autre côté, nous avons la possibilité d’approfondir cette relation telle qu’elle est vraiment, bien sûr nous devons en faire l’effort. Lorsque je dis " faire l’effort", cette volonté ne consiste pas à essayer d’aimer, mais à essayer de voir, d’ouvrir toute notre perception à ce qui nous arrive ici même dans notre vie. Dans les moments où nous sommes capables de nous ouvrir totalement à cette relation et de voir clairement les choses, cette qualité d’amour dans le lien se manifestera. Nous n’avons pas besoin de faire d’effort pour être dévoués, reconnaissants, ou respectueux. Lorsque nous comprendrons clairement ce que le Triple Joyau nous offre ces sentiments découleront automatiquement.

Voyant ce qui possède la plus grande beauté et la plus haute pureté, la plus grande sagesse - lorsque nous le contemplons véritablement - nous ne pouvons nous empêcher de l’aimer.

Il faudrait être insensé pour ne pas l’aimer et nous ne le sommes certainement pas puisque nous sommes là.

Soyons très reconnaissants d’être ici par la grâce d’un bon kamma. Nul besoin de nous en féliciter par quelques bourrades de satisfaction ne sachant même pas si cet effet est le fruit de cette existence ou, peut-être, le résultat d’actes courant sur de nombreuses vies. De toutes façons la personne qui a créé le kamma et celle qui en récolte les résultats ne sont certainement pas les mêmes. Quoique n’étant pas différentes non plus ! La réponse réside au milieu, a dit le Bouddha. Aussi, louons ce kamma, ses résultats impersonnels, et exaltons notre coeur pour prendre refuge. Nous pouvons enfin, dans une situation sécurisante, jeter l’ancre et travailler à notre développement intérieur.

Le Dhamma protège son pratiquant. Quand quelqu’un s’exerce réellement aux enseignements, il est complètement protégé. Non parce que

les autres ne l’approchent pas, mais il se trouve hors de danger parce que ses propres réactions sont adéquates. C’est la seule véritable sécurité.

Chaque fois que vous chantez, Buddham Saranam Gacchami, créez un beau Bouddha dans votre coeur. Il vous aidera à vous laisser envahir par le sentiment d’amour éprouvé lorsque nous expérimentons une liaison profonde et une vraie communication avec la personne aimée.
Source : Ce texte est extrait de l’ouvrage « Etre une île » par Ayya Khema paru aux Editions Dharma en 1997.