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mardi 2 septembre 2008

La Claire Compréhension


La Claire compréhension  (Sampajañña en Pali), par Bhante Henepola Gunaratana

Voici la suite des enseignements (5e partie) donnés par Henepole Gunaratana durant une retraite au Centre Kanshoji, en mai 2007 ("Dhamma talk" Retranscrit par Emmanuel Mancuso traduit par Jeanne Schut)


Pour lire les autres dhamma talk :


Chers amis, cet après-midi j’aimerais parler de la Claire Compréhension ou sampajañña en pāli. La Claire Compréhension est une partie essentielle de la méditation de la tranquillité (samathā, la concentration) mais aussi de la méditation de la vision pénétrante (vipassanā).

Quand nous pratiquons la concentration, nous commençons par l’attention. Le Bouddha a mentionné quatre éléments de la méditation de la concentration :
- les principes moraux : l’observation de principes éthiques
- le contentement : se satisfaire de ce que l’on a
- la claire compréhension des choses
- la pratique de l’amitié bienveillante.

J’utilise certains termes qui sont généralement traduits différemment. Par exemple, je traduis mettā par « amitié bienveillante » et non « amour bienveillant » ou « bienveillance ». Pourquoi utiliser le mot « amitié » ? Comme je vous l’ai dit, j’aime rester au plus près des paroles originelles du Bouddha. Or le mot pāli mettā a pour origine un autre mot pāli : mitta et mitta signifie « ami ». Souvent le Bouddha a conseillé à ses disciples : « Associez-vous à des amis excellents » en employant le mot kalyānamitta, « excellent ami ». Donc mitta signifie simplement « ami » et mettā est la nature de mitta. Nous devons donc développer les qualités et la nature d’un ami.

Il existe un autre mot pāli, karunā, qui exprime la gentillesse envers autrui, la compassion. On trouve de nombreux passages dans les textes où le Bouddha parle de karunā dans ce sens-là.

 Donc traduire mettā par « amour bienveillant » ou « bienveillance », c’est le rendre presque synonyme de karunā. Comme le Bouddha a utilisé deux mots différents, nous devons garder deux sens séparés et dire « amitié » pour mettā et « compassion » pour karunā. 
Je pense que les premiers traducteurs du mot « mettā » n’ont pas tenu compte de sa racine en pāli.

Donc, quand nous pratiquons la méditation de la tranquillité, l’une des exigences premières est la pratique de l’amitié bienveillante. De même quand nous pratiquons la méditation de l’attention, l’une des exigences premières est la pratique de mettā. 

Dans la méditation de l’attention, nous avons ces quatre facteurs de la Claire Compréhension et quand nous pratiquons la méditation de la tranquillité, nous avons aussi cette Claire Compréhension. (...)  LIRE LA SUITE >>>>>>>


mardi 26 août 2008

Samatha et vipassana fonctionnent ensemble et non séparément

Le texte ci après est une transcription d'un enseignement ("Dhamma Talk") de Bhante Henepola Gunaratana qui a eu lieu durant une retraite de méditation au Centre Kanshoji, en mai 2007.

Je voudrais remercier Emmanuel Mancuso qui a retranscrit cet enseignement, Jeanne Schut pour la traduction en français et le site le dhamma de la Forêt qui l'a publié :
Mention des traducteurs : 
 "La forme orale, avec ses imperfections et ses répétitions, a été maintenue pour que le texte bénéficie de son authenticité d’origine, et pour que la générosité, la bonté et l’humour de Bhante Gunaratana transparaissent autant que possible à travers ces lignes."

Pour toutes les personnes qui n'ont pas eu la chance de faire une retraite sous la guidance de Bhante henepola Gunaratana, cet enseignement sera très profitable pour votre pratique.



La Méditation comme la Cité aux Six Portes

(Récitation en pāli)

Chers amis, vous entendez ces textes en pāli et vous vous demandez peut-être si je vais continuer dans cette langue ! Non, mais c’est la façon traditionnelle de commencer un enseignement dans la tradition bouddhiste Theravada. Nous commençons par inviter les dévas à venir écouter le Dhamma ; ensuite nous rendons hommage au Bouddha et puis nous récitons un texte sur un thème donné. Telles sont les trois étapes que nous suivons normalement avant de dispenser un enseignement formel.

C’est une très bonne chose d’inviter les dévas en ce début de XXIème siècle. En effet, à cause de notre technologie, de notre philosophie, et de toutes les idées avec lesquelles nous vivons, nous avons chassé tous les dévas de notre monde. C’est pourquoi le monde est surchargé de problèmes. Alors nous invitons les dévas à revenir et à prendre soin des problèmes de notre monde. C’est une chose en laquelle nous croyons beaucoup.

Dans l’enseignement que je vais donner aujourd’hui, il n’y aura pas de place pour des questions mais si vous en avez, notez-les mentalement ou sur un papier et vous pourrez les poser les jours où nous aurons des sessions de questions-réponses.


Je voudrais commencer par évoquer une comparaison que le Bouddha a faite. 
Il s’agit d’une ville et cette ville a un maire — aujourd’hui nous dirions « un maire » mais autrefois on disait « le Seigneur de la cité ». Le maire est assis à un carrefour, au centre de la ville. Cette ville a six portes auxquelles sont postés des gardes. A chacune de ces portes arrivent deux messagers venus voir le maire et chacun lui apporte un message. Les messagers viennent de toutes les directions — de l’est, du nord, de l’ouest et du sud. Donc chaque paire de messagers arrive à une porte et se trouve face à un garde. Là, tous deux demandent où se trouve le maire.

De son côté, le garde est intelligent et très bien entraîné, c’est un homme habile et plein de discernement, capable de distinguer qui il peut envoyer jusqu’au maire et à qui il doit refuser l’accès. Quand une personne lui paraît douteuse ou mal intentionnée, le garde la renvoie. Quand une autre lui paraît être porteuse de bonnes choses pour la ville comme pour le maire, une personne serviable et utile pour tous, le garde la laisse entrer et lui montre où trouver le maire.

La même scène se reproduit à chacune des six portes de la ville. Finalement chaque paire de messagers arrive jusqu’au maire, lui transmet son message et puis tous repartent par où ils sont venus. Le maire, ayant reçu les deux messages d’égale importance de la part de chaque paire de messagers, les met en œuvre et parvient ainsi à se libérer lui-même, ainsi que la ville, de tout souci.

Le Bouddha a donné cette image pour expliquer la pratique de la méditation. Les deux messagers sont samatha et vipassanā, c’est-à-dire la méditation de la tranquillité et la méditation de la vision pénétrante. Les six portes de la ville sont nos six sens. La ville est notre corps. Le maire, le seigneur du lieu assis au carrefour, est notre conscience.
Essayons maintenant de comprendre tout le sens de cette comparaison.

Une ville se compose de plusieurs éléments : elle est entourée de remparts (du moins à l’époque), elle a des rues, des maisons et des habitants — ce n’est pas une ville morte : elle vit, elle est très dynamique … tout comme notre corps avec sa conscience. C’est la conscience qui se trouve au centre de ce corps, tout comme le maire se trouve au carrefour du centre de la ville.

Comme la ville habitée par des êtres vivants, le corps se compose de toutes sortes d’êtres vivants et de choses non vivantes. Les êtres vivants sont, par exemple, les plus minuscules parcelles de notre corps qui sont bien vivantes et actives en permanence. Nous pouvons donc dire très justement que ce corps est un corps vivant avec des millions d’éléments vivants à l’intérieur. Chaque cellule de notre corps est vivante et chaque cellule vivante est aussi en train de mourir. Il n’existe pas de cellule qui vive éternellement ; toute cellule doit mourir pour que de nouvelles cellules puissent apparaître. Comme dans la ville : elle est habitée par beaucoup d’êtres humains, d’animaux, etc. qui sont tous actifs et qui participent tous à la vie de la cité.


Samatha et vipassana sont d'importance égale, les deux fonctionnent toujours ensemble

Quant aux messagers — la tranquillité et la vision pénétrante — ils arrivent ensemble, ce qui signifie qu’ils sont d’importance égale. De nos jours on entend les gens parler de samatha et de vipassanā comme s’il s’agissait de deux écoles différentes. On fait une distinction entre les deux. Certains sont tellement férus de vipassanā qu’ils laissent entendre que la concentration de samatha est totalement inutile.

Quand le Bouddha a enseigné la méditation, il n’a jamais enseigné deux systèmes de méditation séparés parce que les deux fonctionnent toujours ensemble.

Vous pouvez alors vous demander : « Comment les distinguer l’un de l’autre dans ce cas ? Qu’est-ce qui relève de la concentration et qu’est-ce qui relève de la vision pénétrante ? » 


Samatha, permet de développer tout particulièrement la concentration

S’il faut vraiment les distinguer, disons que samatha, la méditation de la tranquillité, permet de développer tout particulièrement la concentration. Si cette concentration est poussée à un très haut niveau, elle prend un nom différent du fait de la qualité de puissance qu’elle génère. Ce nom est jhāna.

Entre parenthèses, j’ajouterai, puisque cette retraite a lieu dans un centre de méditation zen, que le mot « zen » vient de cette racine jhāna — en sanskrit dhyāna, en chinois chan et en japonais zen. Dans la méditation zen, il est entendu que les personnes concentrent leur esprit sur un unique objet, de façon à obtenir une concentration très forte, très profonde. Si vous vous souvenez du Noble Octuple Sentier enseigné par le Bouddha, la dernière étape du sentier s’appelle « la concentration juste », samādhi, et cela se définit en termes de jhāna. En conséquence, jhāna est en quelque sorte l’aboutissement de la méditation.


Vipassana, c'est la méditation de l'attention

L’autre aspect de la méditation s’appelle méditation de l’attention ou de la vision pénétrante. Celle-ci correspond à la septième étape de l’Octuple Sentier. On travaille cette méditation, on la développe pour voir l’impermanence, l’insatisfaction et le non-soi des cinq agrégats.


Mais Vipassana n'est pas dépourvue de Concentration

Mais le développement de l’attention ne prend tout son sens que lorsqu’il se combine avec la concentration, de même que la concentration ne peut se développer qu’à travers la pratique de l’attention. Donc ce dont on entend toujours parler — la méditation de l’attention, la méditation de la vision pénétrante, vipassanā — ce sont des mots que nous utilisons mais il est bien entendu que cette forme de méditation n’est pas dépourvue de concentration.

Pour en revenir à notre comparaison, le Bouddha a dit que les deux messagers qui arrivent par chacune des six portes sont la méditation de la tranquillité et la méditation de la vision pénétrante et qu’ils viennent ensemble pour apporter un message de liberté.


L'Attention est ce qui permet de faire la différence entre le vrai et le faux

Le gardien de chaque porte, extrêmement attentif et vigilant, représente sati sampajañña autrement dit l’attention doublée d’une claire compréhension des choses. L’attention filtre, l’attention distingue ce qui est bénéfique de ce qui ne l’est pas. Ensuite elle ne laisse pas ce qui est bénéfique s’éloigner ; elle l’invite à entrer, elle l’accepte. L’attention est donc ce qui permet de faire la différence entre le vrai et le faux.

Quant aux six portes de la ville, elles correspondent aux yeux, aux oreilles, au nez, à la langue, au corps et à l’esprit. La méditation de l’attention implique la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher et la pensée. Quoi qu’il se produise au niveau de ces sens, c’est là que se situe notre terrain de pratique de l’attention.

En général les méditants vipassanā se disent : « On s’assoit sur un coussin, on observe la respiration et voilà tout ce qu’il y a à faire pour pratiquer vipassanā. » Il est vrai que l’on commence par s’asseoir sur un coussin et par observer sa respiration, comme je l’ai dit ce matin, mais ce n’est pas tout. Ce n’est qu’une partie de la méditation de l’attention.


La méditation de l'attention (vipassana) c'est l'observation de tout ce que nous voyons et pas seulement l'observation de la respiration

Cette pratique est en réalité très dynamique et elle inclut tout. Tout ce que nous voyons, entendons, sentons, goûtons, touchons et pensons devient objet de méditation. En vérité, toutes ces choses que nous voyons, entendons, sentons, goûtons, touchons et pensons, sont marquées par les mêmes caractéristiques. Normalement, quand nous voyons un objet, nous nous laissons happer par son apparence extérieure mais le seigneur de la cité ne reçoit pas ce message-là — cela signifie que la conscience devrait recevoir le réel message de ce que nous voyons. Et quelle est cette réalité, cette vérité ? C’est que, quoi que nous voyions, cette chose que nous voyons n’est pas permanente.


L'expérience de l'impermanence

En d’autres termes, ce que nous avons vu disparaît immédiatement. Pour rafraîchir la conscience de ce que nous avons vu, il faut voir cette chose à nouveau. Les images qui pénètrent notre esprit par les yeux ne restent pas dans l’esprit. Dès que nous fermons les yeux, l’image disparaît complètement et il faut les rouvrir pour que l’image réapparaisse. Tant que nous fixons le regard sur l’objet, celui-ci engendre de plus en plus d’images dans la conscience mais dès que nous fermons les yeux, les images cessent de pénétrer dans la conscience. Tout ce qu’il reste, c’est un petit souvenir de l’image et, au fil du temps, ce souvenir lui-même va s’estomper peu à peu. Cela revient à dire que ce que nous voyons est impermanent.

Les objets extérieurs sont eux aussi impermanents mais nous ne le voyons pas aussi clairement. Par exemple, on pense à quelqu’un que l’on a connu il y a longtemps et quand on le revoit des années plus tard, on se dit : « Je suppose que c’est lui mais comme il a changé ! »

A une certaine époque, quand je vivais à Washington, j’étais très gros et ma tête était ronde comme un ballon de football ! Quelqu’un qui m’avait connu à cette époque est venu me rendre visite quinze ou vingt ans plus tard. Entre-temps mes cheveux avaient commencé à grisonner, mon visage avait maigri, j’étais devenu tout mince et cet homme m’a dit : « La dernière fois que je suis venu il y avait un jeune moine sympathique, bel homme, assez fort. Où est-il ? » J’ai répondu : « Il est mort. » … (rires). Plus tard je lui ai dit : « C’était moi à cette époque-là. Maintenant je suis très différent. »

Ainsi, même les objets que nous voyons changent ; les images que nous amenons à l’esprit à travers les yeux changent ; les souvenirs que nous gardons après avoir vu quelque chose changent. Et il en va de même avec les sons que nous entendons : pendant que nous entendons un son il est vivant mais, dès que nous nous bouchons les oreilles ou que nous n’y prêtons pas attention, le son disparaît. C’est très évident en ce moment même, n’est-ce pas ? Quand les mots sortent de mes lèvres, il y a un son ; quand le son ne passe plus par ces lèvres, ce son disparaît. Quand un son vient de la traductrice, pendant qu’il arrive, vous pouvez l’entendre et quand elle cesse de parler, ce son n’est plus là. C’est l’impermanence simple et évidente. Le son peut demeurer un certain temps sous forme de résonance ou de vibration mais ensuite il disparaît complètement, même à l’intérieur.

Il en va de même pour les odeurs : pendant que nous reniflons, nous sentons l’odeur et ensuite l’odeur n’est plus là. Le goût que nous sentons quand nous mangeons ou buvons est présent pendant que nous mangeons ou buvons mais quand nous cessons de manger ou de boire, au bout d’un moment le goût disparaît. Et le toucher ? Nous touchons avec nos mains et notre corps. Nous faisons l’expérience du contact physique pendant que nous avons un contact mais quand celui-ci cesse, nous n’éprouvons pas cette sensation.

De la même manière, quand nous pensons à un objet, pendant que nous sommes en train de penser, cette pensée est animée dans notre esprit mais dès que nous cessons de penser, elle n’y est plus.

Dans cette méditation de l’attention, nous devenons pleinement conscients de ce qui se passe pendant que cela se passe — ni avant, ni après. Cela signifie que nous ne pouvons faire l’expérience de l’impermanence que lorsque nous sommes vraiment en train de la vivre. Nous ne faisons l’expérience des sensations et des sentiments que pendant que nous sommes en train de sentir ou ressentir les choses. Ensuite, cette sensation ou ce sentiment n’est plus là. Voilà ce que signifie vipassanā avec anupassanā.


Vipassana signifie voir quelque chose avec l'esprit avec l'oeil intérieur, tel qu'il est entrain de se produire

Vous avez déjà entendu le mot vipassanā. Vipassanā signifie « voir quelque chose avec l’esprit — avec l’œil intérieur — tel qu’il est en train de se produire ». Passanā signifie « voir », anu signifie « pendant que cela se produit ». 

Par exemple pour dire « aller » en pāli, on dit gacchati et si on suit celui qui va, on dit anugacchati. Quand quelqu’un est assis, on dit nisīdati et quand on s’assoit en même temps que cette personne, on dit anunisīdati. Quand quelqu’un dort, on dit sayati, et anusayati signifie : 
« dormir avec » cette personne. 

Donc, pour décrire une action que l’on fait en même temps que quelqu’un d’autre, on utilise le préfixe anu. C’est pourquoi anupassanā signifie : « voir les choses au moment où elles se déroulent ». C’est un mot pāli très beau. On utilise ce préfixe anu pour dire que l’on fait quelque chose en même temps qu’une autre chose ou que l’on voit les choses au moment où elles se produisent. 

En conclusion, pour pouvoir réellement pratiquer la méditation de l’attention, ces deux choses doivent aller de pair. Autrement dit, une chose doit être observée et vécue au moment où elle est en train de se produire.

Il y a une expression très courante en pāli qui dit : « parimukham satim upatthapetvā, so sato va assasati, sato passasati », c’est-à-dire : « En gardant l’esprit devant soi, inspirer et expirer. » « Avoir l’esprit devant soi » ne signifie pas qu’il doit être suspendu devant vous comme une carotte devant un cheval.

Vous savez, il est étrange de constater que certains méditants ont pris ces paroles à la lettre et suspendent quelque chose devant eux. Il y a un nouveau mouvement de méditation en Thaïlande où on suspend un cristal devant soi pendant la méditation en étant attentif et en gardant l’attention devant soi. Mais, du coup, l’attention … c’est ce qui est suspendu !


Le sens des mots

Vous savez, quand les gens ne connaissent pas le sens des mots, ils les prennent à la lettre. 

Il y a un exemple très connu à ce propos. Juste après son Eveil, le Bouddha alla à Bénarès et, en chemin, il rencontra un ascète du nom de Upekkhā. Upekkhā lui demanda où il allait et le Bouddha répondit : « Je vais à Kasi (l’ancien nom de Bénarès) pour battre le tambour du Dhamma. » Il a littéralement dit, en pāli : « J’y vais pour battre le tambour du Dhamma. » 
Eh bien, un moine japonais a pris ces paroles littéralement. Il a introduit un tambour dans sa pratique et, chaque matin, il sort en frappant sur son tambour tout en disant : « Namu Myo Ho Ren Ge Kyo, Namu Myo Ho Ren Ge Kyo ». C’est devenu une secte très célèbre au Japon maintenant ; elle s’appelle la secte Nipponzan - Myōhōji.

L’un de ces moines a séjourné dans notre monastère et, tous les jours, il sortait dans la rue en frappant sur son tambour. Un jour je lui ai demandé : « Pourquoi jouez-vous du tambour ? » Et il a répondu : « Ne savez-vous pas que c’est ce que le Bouddha a fait ? » 

Ces mots que le Bouddha a utilisés comme une métaphore ont été pris littéralement et c’est ainsi que le tambour est apparu et qu’aujourd’hui c’est une des sectes japonaises du bouddhisme. Et dans cette secte on ajoute : « Quand on joue du tambour, quiconque entend le son de ce tambour atteint l’Eveil. » N’est-ce pas formidable ? Inutile de faire des efforts assis sur votre coussin ! Ecoutez simplement le tambour ! Ou bien prenez vous-même un tambour et éveillez les autres ! 

C’est une secte qui existe aujourd’hui au Japon. Son chef s’appelle Fuji Guruji ; il est très célèbre, ce n’est pas un secret, mais je n’en parle que pour que les gens comprennent comment certaines métaphores sont prises littéralement.

De la même manière, « parimukham satim upatthapetvā, so sato va assasati, sato passasati » a été compris littéralement et les gens disent que l’attention doit être « devant ». Pour montrer que l’attention est devant, il faut qu’il y ait un objet, alors ils prennent un cristal qu’ils suspendent à un fil de nylon très fin et ils disent : « Vous voyez, l’attention est suspendue là. »

Mais ce que cette phrase signifie réellement, c’est que nous devons être attentifs à quelque chose dans l’instant présent. Ce n’est que quand quelque chose se passe, et seulement à ce moment-là, que nous pouvons être conscients de ce qui se passe vraiment — ni avant, ni après. L’impermanence n’est donc qu’une théorie, qu’un simple mot, tant qu’elle se situe dans le passé ou dans l’avenir. Par contre, elle est présente, c’est une réalité vivante, si vous l’observez au moment où elle est en train de se produire.

Dans la comparaison que nous avons utilisée, c’est le travail du bon gardien d’être très vigilant, conscient et zélé pour devenir pleinement conscient de ce qui est présent dans l’instant. Dès que nous devenons inattentifs, que nous ne sommes plus présents, les choses passent et nous n’en sommes pas conscients. Ensuite nous devons y penser pour les évoquer mais quand on y pense, c’est trop tard. Nous devons être si vigilants, si attentifs, si vifs qu’il n’y ait rien entre ce qui est en train de se produire et notre présence d’esprit. Nous devrions pouvoir voir ce qui est réellement en train de se passer sans aucun obstacle.


Il ne faut pas pas utiliser de mots, d'étiquettes, de noms ou d'idées. Accordez simplement une pleine et entière attention à ce que vous observez

C’est pour cela que je recommande toujours très fermement de ne pas utiliser de mots, d’étiquettes, de noms, de concepts ou d’idées. Accordez une attention pleine et entière à ce que vous vivez. Quand on colle un mot ou une étiquette sur un ressenti, l’esprit est piégé par l’étiquette, le concept ou le nom et, du même coup, il ne pourra plus saisir ce qui se trouve derrière le nom, l’étiquette ou le concept. 

Nous devons donc veiller à ne pas bloquer la vision de la réalité. Nous ne devons pas effacer la vérité de l’impermanence en mettant quelque chose comme des étiquettes entre ce qui se produit et notre conscience. Alors essayez de ne pas utiliser de mots. Par exemple, quand vous marchez, au moment où vous soulevez le pied, n’allez pas dire : « Soulever, soulever, soulever» Si vous vous contentez de mettre votre attention dans ce mot, l’esprit va se satisfaire du mot et il ne sera pas conscient du fait que vous soulevez le pied !

Dans l’image que le Bouddha a utilisée — la ville représentant notre corps tout entier, composé d’éléments, composé de nourriture, de liquides et de milliards de particules, de cellules qui sont dans un état de flux constant, changeant tout le temps — tout ce que nous avons à faire à tout moment, c’est accorder notre attention à tous les aspects du corps. Nous commençons avec la respiration parce qu’elle représente l’ensemble, le champ tout entier des activités. Comme la respiration est très active, qu’elle a un mouvement, elle est représentative de l’impermanence.


Les cinq agrégats sont contenus dans la respiration 

Vous savez, quand on est très attentif à la respiration, on constate que tous les cinq agrégats sont contenus dans la respiration. Quels sont les cinq agrégats ? La forme, les sensations, les perceptions, les pensées et la conscience.

1) La respiration est une forme parce qu’elle se compose d’éléments. Tout ce qui se compose d’éléments est une forme et la respiration contient l’élément terre, l’élément air, l’élément eau et l’élément feu. Donc la respiration est une forme.

2) La respiration est une sensation : quand nous inspirons et expirons, nous sentons le souffle. Nous sentons quand il est long et quand il est court ; nous sentons le contact avec les narines, nous sentons le passage dans les poumons. Nous sentons tout cela. La sensation est donc bien là, dans la respiration.

3) Nous percevons également la respiration et la sensation mentalement.

4) Nous respirons volontairement pour connaître toutes ces choses. Il y a donc bien intention ou volition.

5) Enfin nous respirons consciemment, donc la conscience est aussi incluse dans notre respiration.

Les cinq agrégats sont bien présents. Si, sans utiliser le moindre mot, vous portez toute votre attention à votre respiration, vous pouvez les voir changer constamment tous les cinq : la respiration change, les sensations changent, les perceptions changent, l’intention change et la conscience change.

Donc le gardien des portes est là, sous nos narines, et ce gardien, cette attention, cette conscience, sait qu’il ne faut pas coller de mots ou de concepts qui empêcheraient de voir la réalité de l’impermanence des formes, des sensations, des perceptions, etc.
C’est pourquoi le gardien, l’esprit très habile ou l’attention, laissera tomber les étiquettes et les mots et se posera tout entier sur la respiration, observant simplement l’air entrer et sortir.

Prenez n’importe quel exemple, que vous soyez en train de voir, d’entendre, de sentir, de goûter, de toucher ou de respirer, vous retrouverez toujours la même caractéristique d’impermanence. Certaines de ces expériences seront très belles, très agréables mais malheureusement elles ne demeureront pas et vous serez déçu — c’est la caractéristique de l’insatisfaction. Et comme vous n’avez aucun contrôle sur tout cela dans la mesure où vous ne pouvez pas garder ce qui est agréable ni éloigner ce qui est désagréable parce que tout se produit naturellement, comme il n’y a aucun moyen de maîtriser la moindre de ces choses, nous disons qu’il n’y a pas de « soi » permanent pour contrôler tout cela.

Mes amis, je crois que nous allons en rester là pour cet après-midi. Ce n’est qu’une introduction ; nous continuerons dans les jours qui viennent à clarifier le sens de notre pratique et j’essaierai de rendre cela aussi simple que possible.



Remarques : 
- J'ai commencé la pratique de la méditation en faisant des "notes mentales" ( Cf Récit de ma retraite) Mais très vite, j'ai abandonné cette habitude au profit de l'attention pure, sans mettre de mot sur les phénomènes observés. Si au début vous avez l'impression que c'est une aide, vous êtes effectivement très vite "piégé" par cet étiquetage, d'autant plus que le but est d'arriver à conserver l'attention dans la vie de tous les jours et pas simplement durant la méditation formelle.
- Les sous titres (en violet) ne sont pas dans le texte initial 




mardi 1 avril 2008

APRES SAMATHA IL Y A VIPASSANA..



La pratique ne s'arrête pas à samatha, après il y a vipassana, après il y a la libération..


Malgré le fait qu’un certain état d’apaisement ait été atteint, la pratique n’est pas encore terminée. Le Bouddha l’a vu dans sa propre expérience, ceci n’est pas la fin de la pratique. Le processus du devenir ne s’est pas encore complètement épuisé ; les conditions de naissance continuelle existent encore ; la pratique de la Vie Sainte est encore incomplète.

Pourquoi est-elle incomplète ? Parce que la souffrance existe encore. Il a donc repris le calme de samatha et a continué à le contempler, en investiguant pour gagner en vision pénétrante jusqu’à ce qu’il n’y soit plus attaché.(...)


Le Bouddha résolut de contempler les causes derrière le devenir et la naissance. Tant qu’il était incapable de complètement comprendre la vérité de ce sujet, il continua à utiliser l’esprit tranquille comme moyen pour pénétrer de plus en plus profondément dans sa contemplation.


C’est une erreur de s’attacher aux états d’esprit calmes, ou de penser que le calme c’est vous ou qu’il y a un "soi" qui soit calme

Il réfléchit sur toutes les formations qui apparaissaient, paisibles ou agitées, jusqu’à ce qu’il vît enfin que toutes les conditions étaient comme une boule de fer chauffée à blanc.

Les cinq khandas (agrégats) sont exactement comme ça. Quand un morceau de fer est complètement chauffé à blanc, y en a-t-il une partie que vous puissiez toucher sans vous brûler De façon similaire, chacun des cinq khandhas est, au contact, comme chauffé à blanc.

C’est une erreur de s’attacher aux états d’esprit calmes, ou de penser que le calme c’est vous
ou qu’il y a un soi qui soit calme. Si vous présumez que le calme c’est vous, ou qu’il y a quelqu’un qui soit calme, ça ne fait que renforcer l’idée qu’il y a une entité solide, un soi ou atta.

Mais ce sentiment de soi n’est qu’une réalité conventionnelle. Si vous vous attachez à la pensée « je suis paisible », « je suis bon », « je suis mauvais », « je suis heureux » ou « je souffre », ça veut dire que vous êtes pris dans davantage de devenir et de naissance. C’est encore de la souffrance. Lorsque le bonheur disparaît ça se change en souffrance. Lorsque la
souffrance disparaît ça se change en bonheur. Et vous vous retrouvez pris à tourniquer sans cesse entre bonheur et souffrance, ciel et enfer, incapable d’y mettre une halte.

Le Bouddha observa que son esprit était ainsi conditionné et vit que les causes du devenir et de la naissance étaient encore présentes, et la pratique encore inachevée.

Tant que vous ne connaissez pas les choses selon la vérité, vous n’avez pas de choix que de souffrir. Vous ne pouvez pas les lâcher. Mais une fois que vous avez pénétré la vérité et comprenez comment sont les choses, vous voyez ces choses comme trompeuses. (...)

Source : Ajahn Chah "la clé de la libération" - Lire davantage d'extraits : ICI

mercredi 23 janvier 2008

Comme une eau calme qui coule






Un enseignement de Ajahn Chah, traduit par Jeanne Schut


Je vous demande, à présent, d’être très attentifs, de ne pas laisser votre esprit vagabonder ailleurs. Essayez de vous percevoir comme si vous étiez assis sur une montagne ou quelque part dans une forêt, tout seul.



nama et rupa le corps et l’esprit.

Qu’avez-vous là, tandis que vous êtes assis ? Il y a le corps et l’esprit, c’est tout, rien d’autre que ces deux choses-là. Tout ce qui est contenu à l’intérieur de cette forme assise ici, c’est « le corps ». Quant à «l’esprit », c’est ce qui est conscient et qui pense à cet instant précis. On les appelle aussi nama et rupa.

Nama c’est ce qui n’a pas de rupa, c’est-à-dire de forme. Toutes les pensées, les sensations ou encore les quatre khandha de la sensation, de la perception, de la volition et de la conscience. Tous sont nama, sans forme. Quand les yeux voient une forme, cette forme est appelée rupa, tandis que la conscience de la forme est nama.
Ensemble ils forment nama et rupa ou, tout simplement, le corps et l’esprit.

Comprenez que ce qui est assis ici en ce moment, ce ne sont que le corps et l’esprit. Mais nous confondons ces deux choses. Pourtant, si vous voulez la paix, vous devez les connaître pour ce qu’elles sont. Tel qu’il est actuellement, l’esprit n’est pas encore entraîné, il est sale, opaque. Ce n’est pas encore le pur esprit. Nous devons continuer à l’entraîner au moyen de la méditation.



On peut pratiquer à tout moment.

Certains croient que méditer signifie s’asseoir d’une certaine façon mais en réalité
toutes les positions sont de bons véhicules pour la pratique de la méditation, que l’on soit
debout, assis, en marche ou allongé.

Samadhi signifie littéralement « l’esprit fermement établi ». Pour développer le samadhi, il ne faut pas étouffer l’esprit. Certaines personnes essaient d’apaiser leur mental en s’asseyant calmement et en faisant en sorte que rien ne vienne les déranger, mais cela revient à être mort !


La pratique de samadhi a pour but de développer la sagesse et la compréhension.

Samadhi c’est l’esprit stable, fixé sur un point unique. Sur quel point est-il fixé ? Sur le point d’équilibre. C’est là qu’il se fixe.

Mais les gens pratiquent la méditation en essayant de faire taire leur mental. Ils disent : « J’essaie de m’asseoir en méditation mais mon mental refuse de se calmer une seule minute. Il ne cesse de partir dans tous les sens. Comment puis-je l’arrêter ? »

Il ne s’agit pas de l’arrêter. Il faut qu’il y ait du mouvement pour que la compréhension surgisse. Les gens se plaignent : « Mon esprit s’échappe, je le ramène et puis il repart à nouveau. » Et ils passent leur temps, assis là, à courir derrière leur esprit.

Ils croient que leur esprit court dans tous les sens, mais en réalité ce n’est qu’une impression. Regardez cette salle, par exemple. Certains diront : « Oh ! Comme elle est grande ! » alors qu’en fait elle n’est pas grande du tout. Si elle vous paraît grande, c’est à cause de votre perception personnelle des choses. En fait, cette salle a simplement la taille qu’elle a, elle n’est ni grande ni petite. Mais voilà, les gens passent leur temps à courir derrière leurs sensations.


Il faut d’abord comprendre ce qu’est la paix, sinon vous ne pourrez jamais la trouver.

Méditer pour trouver la paix … Il faut d’abord comprendre ce qu’est la paix, sinon vous ne pourrez jamais la trouver. Supposons, par exemple, que vous soyez venu au monastère aujourd’hui avec un stylo très cher dans la poche de votre veste. A un certain moment vous vous en êtes servi et puis vous l’avez rangé ailleurs, par exemple dans la poche de votre pantalon. Et puis voilà que vous touchez votre poche de veste et vous sentez qu’il n’y est plus. Alors, vous paniquez. Vous paniquez du fait de votre compréhension erronée de la situation. Résultat : vous en souffrez. Tout en allant et venant, vous ne cessez de penser au stylo que vous croyez avoir perdu. Votre compréhension erronée fait que vous souffrez. Une compréhension erronée des choses engendre la souffrance. « C’est tellement dommage ! Je venais juste d’acheter ce stylo et voilà que je l’ai perdu. »

Et puis tout à coup, vous vous souvenez : « Mais bien sûr ! Quand j’ai retiré ma veste, je l’ai mis dans la poche de mon pantalon. » A peine vous rappelez-vous cela que vous vous sentez déjà mieux, alors que vous n’avez même pas vu votre stylo. Vous me suivez ? Vous êtes déjà heureux, vous cessez de vous inquiéter pour votre stylo. Vous êtes absolument sûr de vous. En marchant vous passez la main sur la poche de votre pantalon et vous le sentez. Pendant tout ce temps votre esprit vous a trompé. L’angoisse venait de votre ignorance. Et puis vous voyez le stylo et tous vos doutes s’envolent, vos angoisses s’apaisent.

Cette forme de paix surgit quand on perçoit la cause du problème, samudaya, la cause de la souffrance. Dès que vous vous rappelez avoir mis le stylo dans votre poche de pantalon nirodha apparaît, la cessation de la souffrance.


Ce que les gens appellent généralement « paix » est simplement l’apaisement du mental, pas l’apaisement des illusions.

Il faut donc savoir observer pour pouvoir trouver la paix. Ce que les gens appellent généralement « paix » est simplement l’apaisement du mental, pas l’apaisement des illusions.
Les illusions sont mises de côté pendant ce temps-là, comme de l’herbe que l’on couvrirait d’un rocher. Si vous retirez le rocher trois ou quatre jours plus tard, très vite l’herbe recommencera à pousser. Elle n’avait pas disparu, elle avait seulement été dissimulée.

C’est exactement la même chose en méditation : le mental se calme mais pas les illusions qu’il charrie. C’est pourquoi le samadhi n’apporte aucune certitude.


Pour trouver une paix véritable, il vous faut développer la sagesse.

Le samadhi apporte une certaine forme de paix, comme le rocher qui couvre l’herbe … mais elle repousse quand vous le retirez. Ce n’est qu’une paix temporaire.

La paix qu’apporte la sagesse, c’est comme poser le rocher et puis le laisser là, ne plus le retirer. Alors l’herbe ne pourra plus repousser. Là se trouve la véritable paix, l’apaisement des illusions, la paix certaine qui résulte de la sagesse.

Nous parlons de la sagesse (pañña) et du samadhi comme s’il s’agissait de deux choses différentes mais il faut savoir que fondamentalement, ils ne font qu’un. La sagesse est l’aspect dynamique de samadhi et samadhi l’aspect passif de la sagesse. Ils ont la même origine mais prennent des directions différentes, assument des fonctions différentes.
(...)
Dans la pratique du Dhamma, on appelle un certain état samadhi et un autre état pañña mais en réalité sila, samadhi et pañña ne font qu’un.

Dans tous les cas, quel que soit l’aspect que vous considérez, vous devez toujours aborder votre pratique à partir de l’esprit. Savez-vous ce qu’est l’esprit ? A quoi il ressemble, ce qu'il est, où il est — nul ne le sait. Tout ce que nous savons, c’est que nous avons envie d’aller ici ou là, d’avoir ceci ou cela, que nous nous sentons bien ou mal … mais l’esprit lui-même semble impossible à connaître.


Qu’est-ce que l’esprit ?

L’esprit n’a pas de forme. Nous appelons « esprit » ce qui reçoit des impressions, bonnes ou mauvaises. C’est un peu comme le propriétaire d’une maison : il reste chez lui tandis que des visiteurs viennent le voir. Il est celui qui reçoit les visiteurs. Qui reçoit les impressions sensorielles ? Qui les repousse ? Quelle est cette chose qui perçoit ? C’est ce que nous appelons « l’esprit ».

Mais les gens ne le voient pas, ils continuent à tourner en rond dans leurs pensées : « Qu’est-ce que l’esprit ? Qu’est-ce que le cerveau ? » Ne mélangez pas tout comme cela. Qu’est-ce qui perçoit les impressions ? Qui aime certaines impressions et qui n’en aime pas d’autres ? Qui est-ce ? Y a-t-il quelque chose qui aime et qui n’aime pas ? Bien sûr mais vous ne le voyez pas. C’est ce que nous appelons l’esprit.


Dans notre pratique, il est inutile de distinguer samatha de vipassana ; appelez cela simplement la pratique du Dhamma.

Et puis menez cette pratique à partir de votre esprit. Qu’est-ce que l’esprit ? L’esprit est ce qui reçoit ou qui a conscience des impressions sensorielles. A certaines il réagit avec plaisir, à d’autres avec répulsion. Ce récepteur d’impressions nous conduit au bonheur et à la souffrance, au bien et au mal mais il n’a aucune forme. Nous imaginons qu’il s’agit d’un « soi » mais en réalité ce n’est qu’un namadhamma.

Le bien a-t-il une forme ? Et le mal ? Le bonheur et la souffrance ont-ils une forme ? Vous ne les trouverez nulle part. Sont-ils ronds ou carrés ? Courts ou longs ? Vous les voyez ? Ces choses-là sont namadhamma, on ne peut les comparer aux choses matérielles, elles n’ont pas de forme … et cependant nous savons qu’elles existent.


Il est recommandé de commencer la pratique en calmant le mental.

Mettez toute votre attention dans le mental. Quand il est attentif, il est en paix. Certaines personnes n’ont pas envie d’être attentives, elles veulent seulement avoir la paix, une sorte de rideau noir, de « black out », et ainsi elles n’apprennent jamais rien.

Si vous ne vous basez pas sur « ce qui sait » en vous, sur quoi reposera votre pratique ?
S’il n’y a pas de long, il n’y a pas de court ; s’il n’y a pas de bien, il n’y a pas de mal. De nos jours, les gens passent leur temps à étudier, à rechercher le bien et le mal, mais ils ne savent rien de ce qui est au-delà du bien et du mal. Ils ne connaissent que le bien et le mal : « Je ne vais prendre que ce qu’il y a de bien, je ne veux rien savoir de ce qui est mal. Pourquoi m’en préoccuper ? » Si vous essayez de ne prendre que ce qui est bon, très vite cela se transformera en mal. Le bien mène au mal. Les gens étudient le court et le long mais ce qui n’est ni court ni long, ils n’en savent rien du tout.(...)

Les gens recherchent le bien et essaient d’éloigner le mal mais ils n’étudient pas ce qui n’est ni bien ni mal. Si vous n’étudiez pas cela, vous n’en verrez jamais la fin. Si vous prenez le bien, le mal suivra. Si vous choisissez le bonheur, le malheur suivra. S’accrocher aux bonnes choses et refuser les mauvaises, c’est pratiquer un Dhamma pour enfants, c’est comme un jouet. Bien sûr, c’est acceptable jusqu’à un certain point, mais si vous vous emparez du bien, le mal suivra. Le bout de cette voie-là est incertain.

(...)

Pour réussir à calmer l’esprit et prendre conscience du récepteur des impressions sensorielles, nous devons observer comment il fonctionne, suivre « Ce qui sait », entraîner l’esprit jusqu’à le purifier complètement. Jusqu’où le purifier ? Quand l’esprit est vraiment pur, il est au-dessus du bien et du mal, au-dessus de la pureté elle-même. Il est achevé. C’est là que la pratique s’arrête. Ce que l’on appelle « s’asseoir en méditation » ne permet d’obtenir qu’une paix temporaire mais même dans cette sorte d’apaisement peuvent surgir certaines expériences.

Si quelque chose se produit, il doit y avoir une « présence » pour en prendre conscience, pour comprendre, observer, investiguer. Si l’esprit est complètement amorphe, ce n’est pas très fructueux.

En position assise, certaines personnes ont l’air très réservé et croient qu’elles méditent paisiblement mais la véritable paix n’est pas seulement avoir l’esprit au calme. Ce n’est pas la paix qui dit : « Puisse-je être heureux et ne jamais connaître la souffrance. » Avec cette sorte de paix, même l’obtention du bonheur finit par être insatisfaisante et la souffrance apparaît.


Ce n’est que lorsque vous pourrez amener votre esprit au-delà du bonheur et de la souffrance que vous trouverez la paix véritable.

Telle est la paix véritable. Telle est la matière que la plupart des gens n’étudient jamais, qu’ils ne voient jamais vraiment. La façon juste d’entraîner l’esprit est de le rendre lumineux, de développer la sagesse.

Ne croyez pas qu’entraîner l’esprit consiste seulement à s’asseoir tranquillement. Cela c’est le rocher qui recouvre l’herbe. Certains peuvent s’en enivrer. Ils croient que le samadhi, c’est s’asseoir mais ce n’est là qu’un des sens de ce mot. En réalité, si l’esprit connaît le samadhi, alors marcher est samadhi, s’asseoir est samadhi, être debout est samadhi, être allongé est samadhi.


Tout est pratique.

Certaines personnes se plaignent en disant : « Je ne peux pas méditer, je suis trop agité. A chaque fois que je m’assois je pense à ceci et à cela … Je n’y arrive pas. J’ai trop de mauvais karma. Je ferais mieux d’épuiser mon mauvais karma d’abord et puis je reviendrai essayer de méditer. » Essayez pour voir ! Essayez d’épuiser votre mauvais karma !

Voilà comment pensent les gens. Pourquoi pensent-ils ainsi ? Il faut que nous étudiions ces soi-disant empêchements. Quand nous nous asseyons pour méditer, l’esprit s’empresse de s’échapper. Nous le suivons et essayons de le ramener à la conscience et puis nous reprenons l’observation … et il s’échappe à nouveau. Voilà ce que vous devez étudier.

La plupart des gens refusent de tirer leçon de la nature (...) Ils refusent de voir comment l’esprit change. Comment voulez-vous développer la sagesse ? C’est précisément avec ces changements que nous devons vivre. Quand nous constatons que l’esprit est ainsi, sans cesse changeant, quand nous constatons que c’est tout simplement sa nature d’être ainsi, nous le comprenons.

Il faut que nous soyons conscients de notre esprit quand il pense du bien et quand il pense du mal, quand il passe de l’un à l’autre. Il faut le voir. Si nous comprenons bien cela, alors même quand l’esprit pense, nous pouvons être en paix.
(...)



Il faut être conscient des sensations. Certaines sont agréables et d’autres désagréables mais cela est secondaire

La paix est ainsi. Il faut être conscient des sensations. Certaines sont agréables et d’autres désagréables mais cela est secondaire, c’est leur affaire. (...)Nous finissons par comprendre que les sensations sont parfois agréables et parfois désagréables et que c’est dans leur nature. Une fois que nous les comprenons clairement ainsi, nous pouvons les reconnaître pour ce qu'elles sont et les laisser passer.


Les sensations sont incertaines. Elles sont "impermanentes", insatisfaisantes et sans "soi".

Tout ce que nous percevons est ainsi. Quand les yeux, les oreilles, le nez, la langue, le corps ou l’esprit reçoivent des sensations, sachons les reconnaître tout comme nous reconnaissons la nature des singes. Ainsi nous pourrons être en paix.

Quand les sensations s’éveillent, prenez-en simplement conscience — mais n'allez pas courir après ! Les sensations sont incertaines : elles sont comme ceci un instant, et comme cela l’instant d’après. Leur existence est liée au changement, tout comme notre existence à tous est liée au changement.

Pour vivre il faut respirer et, quand on respire, l’air est expiré et puis il doit être inspiré. Ce changement est indispensable. Essayez d’inspirer sans expirer ou d’expirer sans inspirer … Vous y arrivez ? Si ce changement n'avait pas lieu, combien de temps pourriez-vous tenir ? L’expiration et l’inspiration sont toutes deux nécessaires.

Il en va de même des sensations. Elles sont indispensables. Sans elles vous ne pourriez pas développer la sagesse. Sans le mal, le bien n’existerait pas. Il faut d’abord voir juste pour percevoir ce qui est erroné, et il faut comprendre qu’une chose est erronée avant de voir juste. Ainsi vont les choses. Pour le chercheur sérieux, plus il y a de sensations, mieux c’est.


Quand nous sommes clairement conscients de la nature des sensations, nous pratiquons le Dhamma.

Mais beaucoup de méditants essaient de les éviter, refusent de se colleter avec elles. (...) Les sensations sont un enseignement. Quand nous sommes clairement conscients de la nature des sensations, nous pratiquons le Dhamma. Ressentir la paix au coeur même des sensations (...)

(...) Le Dhamma n’est pas loin de nous, au contraire : il est ici même, en nous. Le Dhamma n’est
pas une histoire d’anges dans les airs ou quoi que ce soit de ce genre. Il s’agit de nous, de ce que nous faisons à cet instant précis.

Observez-vous. Voyez comment vous passez du bonheur à la tristesse, du plaisir à la douleur ou de l’amour à la haine … C’est cela, le Dhamma. Vous le voyez ? Il faut avoir conscience de ce Dhamma, étudier tout ce dont vous faites l’expérience.

Avant d’abandonner les sensations, il faut les connaître. Quand vous aurez vu que les sensations sont impermanentes, elles ne vous dérangeront plus. Dès qu’une sensation apparaît, dites-vous : « Hum, rien de permanent, là-dedans. » Quand votre humeur change : « Hum,impermanence. » Vous pouvez être en paix avec ces phénomènes(...)


Si vous connaissez la vraie nature des sensations, vous comprenez le Dhamma.

A ce moment-là, vous pouvez abandonner les sensations, sachant clairement qu’elles sont
toutes, absolument toutes, impermanentes. Ce que nous appelons ici « impermanence », c’est le Bouddha. Le Bouddha est le Dhamma. Le Dhamma est caractérisé par l’impermanence. Quiconque perçoit l’impermanence des choses, perçoit leur réalité immuable. Ainsi est le Dhamma et ainsi est le Bouddha. Si vous percevez l’un, vous percevez l’autre. Si vous êtes conscients de anicca, l’impermanence de toute chose, vous saurez lâcher prise et ne plus vous
accrocher aux choses.

Vous dites : « Ne cassez pas mon verre ! » Pouvez-vous empêcher que se casse un objet dont la nature est d’être cassable ? S’il ne se casse pas aujourd’hui, il se cassera plus tard. Si vous ne le cassez pas vous-même, quelqu’un d’autre le fera, et si personne ne le fait, alors ce sera peut-être une poule qui le cassera !

Le Bouddha nous apprend à accepter ces choses-là. Il a pénétré la véritable nature des choses, il a vu que, quelque part, ce verre est déjà cassé. A chaque fois que vous utilisez ce verre, vous devriez considérer qu’il est déjà cassé. Est-ce que vous comprenez cela ? C’est ainsi que le Bouddha concevait les choses. Il voyait le verre cassé dans le verre intact. Un jour
viendra, inévitablement, où il se brisera.

Développez cette façon de voir les choses. Utilisez le verre, prenez-en soin jusqu’au jour où il vous glissera des doigts et crac ! Mais ce ne sera pas un problème. Pourquoi ? Parce que vous aurez compris et accepté sa nature « cassable » avant qu’il ne se casse.

Mais, en général, les gens disent : « J’aime tant ce verre, pourvu qu’il ne se casse jamais. » Plus tard, si le chien le casse : « Je pourrais tuer cette sale bête ! » et vous êtes furieux contre votre chien pour avoir brisé le verre. Si c’est l’un de vos enfants qui le casse, vous lui en voudrez tout autant. Pourquoi ? Parce que vous vous êtes enfermé dans un barrage dont l’eau ne peut pas s'écouler. Vous avez érigé un barrage sans vanne, alors il ne lui reste plus qu’à déborder, n’est-ce pas ?

Quand vous construisez un barrage, vous devez prévoir une vanne. Ainsi, quand l’eau monte trop, elle peut se déverser en toute sécurité dès que vous ouvrez la vanne. Il faut absolument avoir une « valve de sécurité » comme cela. L’impermanence est la valve de sécurité des Etres Eveillés.

Avec cette conscience des choses, vous serez en paix.


Debout, en marche, assis ou allongé, pratiquez constamment en utilisant sati, l’attention, pour observer et protéger l’esprit, c’est cela le samadhi et c’est aussi la sagesse.

Les deux sont semblables, même s’ils se présentent différemment. Si nous sommes vraiment conscients de l’impermanence, nous percevrons ce qui est permanent. La permanence c’est que tout doit inévitablement être ainsi et pas autrement. Comprenez-vous cela ? Même si vous ne comprenez que cela, vous pouvez connaître le Bouddha et lui rendre réellement hommage.

Tant que vous ne rejetterez pas les enseignements du Bouddha, vous ne souffrirez pas, tandis que si vous les rejetez, vous connaîtrez la souffrance.

Dès que vous rejetez ses enseignements sur l’impermanence, l’insatisfaction et le non-soi, la souffrance apparaît. Même si vous ne pouvez pas pratiquer davantage, c’est suffisant : vous ne connaîtrez pas la souffrance ou, si elle se fait sentir, vous saurez l’apaiser facilement et cela évitera qu'elle ne réapparaisse à l’avenir.

C’est là que s'arrête notre pratique : au moment où cesse la souffrance. Et pourquoi la souffrance cesse-t-elle ? Parce que nous avons éliminé sa cause, samudaya. Il n’est pas nécessaire d’aller plus loin, il suffit de savoir cela et de méditer dessus.


Si vous avez les Cinq Préceptes comme base de votre conduite, il est inutile d’aller étudier le Tipitaka.

Concentrez-vous d’abord sur les Cinq Préceptes. Au début vous commettrez des erreurs mais, quand vous le constaterez, arrêtez-vous, faites marche arrière et recentrez-vous sur les préceptes.

S'il vous arrive de dévier encore et de commettre une autre erreur, reprenez-vous dès que vous en avez conscience. En pratiquant ainsi, votre attention sera plus aiguisée, plus régulière(...)

Il faut parler du Dhamma comme cela, en faisant des comparaisons, parce que le Dhamma n’a pas de forme. Est-il rond ? Est-il carré ? Nul ne peut le dire. La seule façon d’en parler est au moyen de comparaisons comme celle-ci.


Ne croyez pas que le Dhamma soit loin de vous. Il est ici même avec vous, tout autour de vous.

Regardez : vous êtes heureux un moment et puis malheureux et puis en colère … Tout cela, c’est le Dhamma. Observez et comprenez. Quelle que soit la cause de votre souffrance, vous devez y remédier. Si la souffrance perdure, c’est que vous ne percevez pas encore les choses clairement. Si vous perceviez les choses clairement, vous ne souffririez pas, parce que la cause de la souffrance ne serait plus là. Si la souffrance est toujours présente, si les choses sont encore difficiles pour vous, c’est que vous n’êtes pas encore sur la bonne voie.

A chaque fois que vous vous sentez coincé ou que vous souffrez trop, c’est que vous avez tout faux. Et à chaque fois que vous nagez dans le bonheur et que vous flottez sur un nuage … même chose ! Vous avez encore tout faux.

Si vous pratiquez ainsi, vous serez attentif à tout instant et dans toutes les postures. Avec sati, l’attention et sampajañña, l’observation de soi, vous saurez reconnaître le bien et le mal, le bonheur et la souffrance, et le fait d'en être conscient vous donnera les moyens d’y faire face.

C’est ainsi que j’enseigne la méditation. Quand c’est le moment de vous asseoir en méditation, asseyez-vous, il n’y a rien de mal à cela, au contraire.


On ne médite pas seulement assis. Il faut donner à votre esprit l’occasion de vivre pleinement les choses, permettre à ces choses de se dérouler et percevoir ainsi leur véritable nature.


Comment les étudier ? Voyez-les comme étant impermanentes, imparfaites et sans soi. Tout est incertain : « Comme c’est beau ! Il me le faut absolument » — il n’y a rien de sûr là dedans.
« Je n’aime pas cela du tout » — pas sûr. Est-ce vrai ? Absolument, aucune erreur possible. Peu importe qu'une chose vous attire ou pas, souvenez-vous simplement que rien n'est sûr.

(...)
Permettez aux choses de s'écouler librement, comme l'inspiration et l'expiration. Les deux sont nécessaires, la respiration dépend de cette alternance. De même, tout dépend du changement.

Ces choses-là sont en nous et nulle part ailleurs. Si nous mettons fin au doute, alors, que ce soit assis, en marche, debout ou couché, nous serons en paix. Le samadhi ne se limite pas à la position assise. Certains méditants restent assis jusqu'à être à moitié hébétés, on les croirait morts, ils ne savent même plus où ils sont. Ne tombez pas dans ces extrêmes : si vous sentez venir la somnolence, marchez ou changez de posture.

Développez la sagesse. Si vous êtres vraiment épuisé, reposez-vous mais, sitôt réveillé, ne vous rendormez pas : reprenez votre pratique ! C'est ainsi qu'il faut pratiquer, en utilisant son bon sens de même que sagesse et mesure.


Que votre pratique s'appuie avant tout sur l'observation du corps et du mental.

Voyez leur impermanence et tout le reste s'ensuivra. Pensez-y quand vous vous régalez d'un bon plat. Dites-vous : « Pas sûr. » Mettez vite votre réaction K.O. au lieu que ce soit
elle qui vous mette K.O. à chaque fois. Quand vous n'aimez pas quelque chose, vous vous contentez d'en souffrir : voilà comment les situations nous mettent K.O. ! « Si elle m'aime, je l'aime aussi » — et encore une claque ! Jamais vous n'arriverez à les mettre K.O. comme cela. Voyez plutôt les choses ainsi : à chaque fois que quelque chose vous plaît, dites-vous simplement : « Ce n'est pas sûr ! »


Il faut aller un peu à contre-courant de nos attirances et de nos répulsions pour réellement voir le Dhamma.

Et puis pratiquez dans toutes les postures : assis, en marchant, debout ou couché. Vous êtes capable de ressentir une émotion comme la colère dans n'importe quelle position, n'est-ce pas ? Vous pouvez être en colère aussi bien assis, debout, qu'en marchant ou allongé. Vous pouvez, de même, ressentir une envie dans n'importe quelle posture. Alors soyez cohérents et étendez votre pratique à toutes les positions possibles.

Et puis, ne faites pas semblant de pratiquer, faites-le vraiment.

Nous en arrivons maintenant au point le plus important. Si vous savez que tout est impermanent, vos pensées vont se détendre petit à petit. Quand on réfléchit à l'incertitude liée à toute chose qui passe, on constate qu'il en va de même pour tout. Dès lors, à chaque fois que quelque chose arrive, on se dit simplement : « Tiens, voilà encore quelque chose ! »

Si votre esprit est tranquille, il sera exactement comme une eau calme qui coule.
Avez-vous déjà vu une eau calme couler ? Ah, voilà ! Vous avez vu soit une eau couler
soit une eau calme mais vous n'avez jamais vu une eau calme couler.
C'est précisément là, à ce point où votre pensée, même apaisée, ne peut vous conduire, que vous pouvez développer la sagesse. Votre esprit sera comme une eau qui coule et pourtant il sera calme. Il vous paraîtra presque immobile et pourtant il coulera. C'est pourquoi je dis que c'est « une eau calme qui coule. » C'est là que la sagesse peut s'éveiller.



Pour lire les autres enseignements de Ajahn Chah sur ce blog:
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jeudi 17 janvier 2008

Effort et détente dans la méditation


photo : isarablog



EFFORT ET DETENTE, par Ajahn Sumedho


L’effort, c’est simplement faire ce qu’il y a à faire. Le degré d’effort peut varier selon le tempérament et les habitudes de chacun. Certaines personnes ont beaucoup d’énergie, sont pleines d’allant et passent leur temps à essayer de trouver quelque chose à faire ; pour elles, tout est tourné vers l’extérieur.


En méditation nous ne cherchons pas à faire quelque chose pour échapper à l’instant présent

Nous développons une sorte d’effort intérieur. Nous observons l’esprit et nous nous concentrons sur le sujet.

Trop d’effort finit par créer de l’agitation mais sans un minimum d’effort la torpeur s’installe et le corps s’avachit. Le corps est un moyen idéal de mesurer l’effort : si votre dos est bien droit, le corps peut accueillir l’effort, les vertèbres sont bien empilées les unes sur les autres, le torse est redressé, les épaules dégagées.

Il faut une certaine volonté pour arriver à faire de votre corps un bon récipient pour l’effort. Si vous êtes trop relâché, vous allez arriver à la posture la plus facile, c’est à dire que la gravité va vous attirer vers le bas. Or nous savons par exemple que, quand il fait froid, il faut alimenter le dos en énergie pour en remplir le corps plutôt que se rouler en boule sous les couvertures.


Avec anapanasati ou l’attention au souffle, vous vous concentrez sur le rythme.

Cela m’a beaucoup aidé pour m’apprendre à ralentir au lieu de tout faire en vitesse. C’est comme pour la pensée : vous vous concentrez sur un rythme qui est beaucoup plus lent que celui de vos pensées. La pratique d’anapanasati nécessite de se calmer pour se mettre au diapason du rythme lent de la respiration. Alors nous cessons de penser. Nous nous satisfaisons du simple fait d’inspirer et puis du simple fait d’expirer, en prenant tout notre temps pour être présent à cette respiration du début jusqu’à la fin et à chacune des étapes intermédiaires.

Si vous utilisez anapanasati dans le but d’arriver à la concentration du samadhi, vous vous êtes déjà fixé un but, vous essayez d’obtenir quelque chose pour vous-même et dans ce cas anapanasati va cruellement vous décevoir et même vous faire enrager.

Etes-vous capable de rester présent à toute la durée d’une inspiration ? A vous satisfaire d’une simple expiration ? Pour vous satisfaire de ce bref moment, il faut ralentir votre rythme, n’est-ce pas ?



Etre attentif à toute la durée d’une inspiration et à toute la durée d’une expiration.

Quand on pratique anapanasati pour atteindre un niveau de jhana ou absorption, on y met beaucoup d’effort et par conséquent on ne ralentit rien du tout, obnubilé que l’on est par le but à atteindre, au lieu de se contenter humblement d’une simple respiration. Tout le succès d’anapanasati réside là : être attentif à toute la durée d’une inspiration et à toute la durée d’une expiration.

Posez votre attention au début et à la fin ou au début, au milieu et à la fin. Cela vous donne des points de repère précis pour le cas où votre mental s’échapperait souvent pendant la pratique. En portant une attention particulière au début, au milieu et à la fin de la respiration, vous empêcherez le le mental de s’échapper.

C’est uniquement là que nous devons concentrer tous nos efforts. Pendant ce temps, autorisez-vous à oublier tout le reste.

Réfléchissez à la différence entre l’inspiration et l’expiration examinez-la. Laquelle préférez-vous ? Parfois vous aurez l’impression de ne plus respirer tellement la respiration se sera affinée. Le corps semblera respirer de lui-même et vous aurez l’étrange impression que vous allez cesser de respirer — ce qui peut être un peu inquiétant mais sans risque. Il s’agit là d’un exercice complètement centré sur la respiration.

N’essayez à aucun moment de contrôler votre respiration

Quand vous vous concentrez sur les narines, il peut vous sembler que le corps tout entier est en train de respirer, que le corps respire tout seul. Parfois nous prenons les choses trop au sérieux, sans joie, sans le moindre sens de l’humour, nous réprimons tout. Réjouissez donc votre esprit, détendez-vous, soyez à l’aise, prenez tout votre temps sans vous fixer aucune tâche à accomplir : ce n’est rien de spécial, il n’y a rien à atteindre, rien de grave. C’est une petite chose.

Même si vous n’avez qu’une seule respiration consciente dans toute la matinée, ce sera déjà mieux qu’être inattentif tout le temps, comme la plupart des gens.

Si vous êtes négatif de tempérament, essayez de vous montrer plus gentil et plus tolérant avec vous-même. Détendez vous, ne faites pas de la méditation un lourd fardeau. Voyez-la comme une occasion d’être à l’aise et en paix avec le moment présent. Détendez votre corps et soyez en paix. Vous n’êtes pas en train de combattre les forces du mal.


N’ayez pas le sentiment que vous êtes obligé de pratiquer

Si vous sentez une résistance par rapport à la pratique d’anapanasati, soyez-en simplement conscient. N’ayez pas le sentiment que vous êtes obligé de pratiquer ; faites en sorte que ce soit plutôt un plaisir. Vous n’avez rien d’autre à faire, vous pouvez vous détendre complètement. Vous avez tout ce dont vous avez besoin, vous avez votre respiration, il vous suffit de rester assis ici, ce n’est pas difficile à faire ; vous n’avez pas besoin d’être spécialement doué ni spécialement intelligent.

Si vous vous dites : « Je n’y arrive pas », reconnaissez qu’il s’agit là d’une résistance, d’une peur ou d’une frustration et puis détendez-vous. Si vous sentez que vous devenez de plus en plus tendu et agacé par anapanasati, arrêtez la pratique. N’en faites pas quelque chose de difficile, n’en faites pas une tâche impossible. Si vous n’y arrivez pas, restez simplement assis.

Quand autrefois cette pratique arrivait à me mettre dans tous mes états, j’arrêtais et je me contentais d’observer la paix retrouvée. Au début c’était : « Il faut que j’y arrive … Il faut ceci, il faut cela ». Et puis je me disais : « Détends-toi, sois en paix. » Je voyais défiler les doutes, l’agitation, le mécontentement, la résistance et puis je méditais sur la paix en répétant le mot « paix » encore et encore, en m’hypnotisant avec :« Détends-toi, détends-toi ». Les doutes arrivaient — « Ceci ne me mène à rien, ne m’apporte rien » — mais très vite j’étais en mesure de faire la paix avec eux.

On peut arriver à se calmer ainsi et quand on est détendu à nouveau, on peut faire anapanasati. Si vous voulez faire quelque chose, eh bien faites cela !

Au début vous trouverez peut-être cela très ennuyeux ou vous penserez que vous n’êtes pas doué. C’est comme apprendre à jouer de la guitare : d’abord les doigts manquent de souplesse et cela paraît impossible mais après un certain temps, on est plus habile et cela devient facile.


Avec anapanasati vous apprenez à observer ce qui se passe dans votre esprit,

Vous appernez à reconnaître les moments où l’agitation pointe, où la tension s’éveille, où la résistance se manifeste ; vous n’essayez plus de vous convaincre du contraire.

Vous êtes pleinement conscient des choses telles qu’elles sont et ensuite, que faites-vous quand vous êtes tendu, agité et nerveux ? Vous vous détendez.

Mes premières années auprès d’Ajahn Chah, j’étais très sérieux dans ma méditation. Beaucoup trop sévère et solennel, j’avais perdu tout sens de l’humour. J’étais devenu mortellement sérieux, tout desséché comme une vieille branche.

Je consacrais beaucoup d’efforts à la pratique, j’étais toujours tendu et désagréable et je me répétais sans cesse : « Il faut que je fasse ceci ou cela. Je suis trop paresseux ». Je me sentais affreusement coupable si je ne passais pas tout mon temps à méditer — j’étais dans un état d’esprit sombre et sans joie.

Alors j’ai observé cela, j’ai médité sur moi-même en tant que vieille branche desséchée et quand cela devenait trop pénible, je me rappelais que le contraire était possible : « Tu n’es pas obligé de faire quelque chose ni d’aller quelque part. Sois en paix avec les choses telles qu’elles sont en cet instant, détends toi, lâche toute cette souffrance. »

Quand le mental en arrive à ce point de tension, utilisez le contraire, apprenez à prendre les choses avec calme et légèreté. Vous lisez dans certains livres qu’il ne faut pas faire d’effort — « laissez les choses se faire naturellement » — et vous vous dites qu’il n’y a qu’à se laisser bercer tranquillement. Mais c’est précisément à ce moment-là que vous sombrez dans un état de passivité et de torpeur ; c’est là qu’il faut fournir un peu plus d’effort.

Avec anapanasati vous pouvez maintenir l’effort pendant une inspiration et, si vous n’y arrivez pas, maintenez-le au moins pendant une demi-inspiration — ainsi vous n’essaierez pas de devenir parfait d’un seul coup ! Vous n’êtes pas obligé de réussir à cause d’une idée préconçue de comment les choses devraient se passer ; faites plutôt face aux problèmes tels qu’ils se présentent. Et si votre esprit est agité de pensées, le reconnaître est une forme de sagesse, de vision pénétrante des choses telles qu’elles sont.

Croire que vous ne devriez pas être comme cela, vous détester ou vous décourager parce que vous êtes effectivement comme cela, est une forme d’ignorance.


La pratique d’anapanasati c’est votre point de départ

La pratique d’anapanasati vous permet de voir les choses telles qu’elles sont à cet instant ; c’est votre point de départ : maintenez l’attention encore un peu plus longtemps et vous commencerez à comprendre ce qu’est la concentration.

A présent, vous êtes en mesure de prendre des résolutions que vous pouvez tenir. Ne prenez pas des résolutions de Superman si vous n’êtes pas Superman. Pratiquez anapanasati pendant dix ou quinze minutes plutôt que décider de tenir toute la nuit : « Je vais faire anapanasati jusqu’à l’aube ». Parce que si vous n’y arrivez pas, vous allez être furieux. Fixez-vous des temps de méditation que vous savez pouvoir tenir. Faites-en l’expérience, travaillez avec votre esprit jusqu’à savoir exactement quel effort vous pouvez fournir et comment vous détendre.

Anapanasati est quelque chose d’immédiat, c’est une pratique qui vous mène directement à la vision pénétrante, vipassana. La nature impermanente de la respiration ne vous appartient pas, n’est-ce pas ? Une fois né dans ce monde, le corps respire tout seul — inspiration et expiration, l’une conditionnant l’autre — et il en sera ainsi tant que le corps sera en vie. Vous ne contrôlez rien, la respiration relève de l’ordre naturel des choses, elle ne vous appartient pas, elle n’est pas vous.

Quand vous observez cela, vous pratiquez vipassana, la vision pénétrante. Il n’y a là rien d’excitant, de fascinant ni de désagréable. C’est tout à fait naturel.




- Lire sur ce blog d'autres enseignements de Ajahn Sumedho,



- Lire sur ce blog, d'autres enseignements sur anapanasati :

mercredi 16 janvier 2008

Le mantra "BOUDDHO"




Le mantra BOUDDHO , Par Ajahn Sumedho ( disciple de Ajahn Chah)


D'autres enseignements de Ajahn sumedho, (et sa biographie) sur ce blog :



Si votre mental est très agité, vous pouvez vous aider du mantra « Bouddho ».

Inspirez sur la syllabe « Boud » et expirez sur « dho », de sorte que vous ne pensiez finalement qu’à cela à chaque respiration.

C’est un moyen de maintenir son attention.

Je vous propose donc, pendant les quinze minutes qui suivent, de faire anapanasati en portant toute votre attention, en emplissant tout votre esprit du son du mantra « Boud-dho ».

Apprenez à entraîner votre esprit jusqu’à atteindre ce point de clarté et de vivacité, ne le laissez pas sombrer dans la passivité. Cela requiert un effort soutenu : une inspiration sur « Boud- » bien claire et lumineuse, la pensée elle-même étant élevée et illuminée du début jusqu’à la fin de l’inspiration ; et puis « dho » sur l’expiration.
Oubliez tout le reste. L’occasion se présente à cet instant précis de n’avoir que cela à faire, vous pourrez toujours solutionner vos problèmes et ceux du monde plus tard. Pour l’instant, c’est tout ce que vous avez à faire.

Amenez le mantra jusqu’à votre conscience, rendez-le pleinement conscient. Il ne s’agit pas de le dire d’une façon passive et mécanique qui abêtit l’esprit. Envoyez de l’énergie à l’esprit de sorte que l’inspiration sur « Boud » soit une inspiration lumineuse et pas un son que vous faites parce qu’il faut le faire et qui s’éteint, faute d’avoir été éclairé ou rafraîchi par votre esprit.

Vous pouvez visualiser l’orthographe du son pour être en parfaite harmonie avec la syllabe tout au long de l’inspiration, du début jusqu’à la fin. Et puis faites « dho » sur l’expiration de la même façon ; ainsi l’effort est continu, soutenu plutôt que sporadique et entrecoupé de sursauts et d’échecs.

Soyez attentifs aux pensées obsessionnelles qui peuvent vous venir à l’esprit, aux choses insignifiantes qui vous passent par la tête. Si vous sombrez dans un état passif, les pensées obsessionnelles vont prendre le dessus.

Par contre quand vous apprenez comment fonctionne le mental et comment l’utiliser intelligemment, vous prenez cette pensée particulière qu’est le concept de Bouddho (le Bouddha, Celui Qui Sait) et vous la gardez en esprit comme une pensée. Non pas comme ces pensées obsessionnelles habituelles mais comme une manière habile d’utiliser la pensée pour maintenir la concentration sur toute la durée d’une inspiration et d’une expiration pendant quinze minutes.

Toute la pratique est là. Peu importe le nombre de fois où vous échouerez et où votre mental se mettra à vagabonder.

Prenez simplement conscience que vous avez été distrait, que vous avez pensé à quelque chose ou que vous en avez assez de vous concentrer sur Bouddho — « Je ne veux pas faire ça. J’aimerais mieux m’asseoir tranquillement et me détendre sans avoir à faire d’efforts. Je n’ai pas envie de faire cela. » Ou bien peut-être avez-vous des soucis qui remontent à la conscience à ce moment-là ; contentez-vous d’en prendre note mentalement.

Soyez conscient de l’humeur qui vous habite en cet instant, non pour vous critiquer ou vous décourager mais calmement, simplement. Voyez si cette pratique vous calme ou vous endort, si vous n’avez pas arrêté de penser tout le temps ou si vous étiez concentré. Juste pour savoir.

L’obstacle à la pratique de la concentration est notre horreur de l’échec et notre besoin incroyable de réussite. La pratique n’est pas une question de volonté mais de sagesse, de prise de conscience de la sagesse.

Cette pratique vous permet de connaître vos points faibles, là où vous perdez le fil. Vous devenez conscient des traits de caractère que vous avez développés tout au long de votre vie, non pour les critiquer mais pour savoir comment vivre avec sans en être esclave. Ceci sous entend une réflexion sage et attentive sur les choses telles qu’elles sont. Ainsi, au lieu d’éviter à tout prix de voir nos pires aspects, nous les observons et les reconnaissons. C’est une forme de persévérance.

(...)

Le mot « Bouddho » peut vous aider, au fil de votre vie, à remplacer dans votre esprit les pensées d’inquiétude et toutes les mauvaises habitudes mentales. Etudiez bien ce mot, regardez-le, écoutez-le. « Bouddho ». Cela signifie « celui qui sait », le Bouddha, l’Eveillé, ce qui est éveillé. Vous pouvez le visualiser mentalement.

Ecoutez donc ce qui se passe constamment dans votre tête : bla-bla-bla-bla … C’est un flot interminable auquel se mêlent des relents de peurs refoulées et de résistances. A ce stade, nous reconnaissons qu’il en est effectivement ainsi. Nous n’allons pas nous servir de « Bouddho » comme d’un bâton pour taper sur les choses ou les refouler mais comme d’un moyen habile.

Nous savons utiliser les outils les plus raffinés pour tuer et pour faire du mal autres, n’est-ce pas ? Nous pouvons même prendre une superbe statue de Bouddha et nous en servir pour taper sur la tête de quelqu’un, si cela nous chante ! Mais ce n’est pas exactement ce que l’on appelle buddhanussati, c’est-à-dire « réflexion sur le Bouddha » ! Nous pourrions en faire autant avec le mot « Bouddho » : l’utiliser pour supprimer nos pensées et nos sentiments mais ce serait faire mauvais usage du mantra.

Souvenez-vous que nous ne souhaitons pas étouffer les choses mais leur permettre de disparaître d’elles-mêmes. C’est une pratique qui exige de la patience : nous imposons le mot Bouddho à notre esprit de façon ferme et délibérée pour qu’il prenne la place de nos pensées habituelles.

Le monde a besoin d’apprendre à pratiquer ainsi, vous ne croyez pas ? Ce serait mieux que de prendre des mitraillettes et des armes nucléaires pour exterminer tout ce qui nous gêne ou de se dire des horreurs. Nous en faisons autant dans notre vie, d’ailleurs. Combien d’entre nous ont dit des choses désagréables à quelqu’un récemment, des paroles blessantes, des critiques virulentes, juste parce que cette personne nous agaçait, nous gênait ou nous faisait peur ? Nous pouvons pratiquer comme cela, dans les petites choses stupides qui nous agacent dans la vie.

Nous dirons « Bouddho » pour nous donner l’espace de voir et de laisser tomber ces obstacles. Pendant les quinze minutes qui vont suivre, reprenez l’attention à la respiration au bout de votre nez avec le mantra « Bouddho ».
Voyez comment il peut vous aider dans votre observation.



samedi 12 janvier 2008

Méditation ou culture mentale, "bhavana"






Remarque préalable : Les titres et sous titres ne sont pas dans le texte initial, je les ai ajouté pour en faciliter le lecture.

Méditation ou culture mentale, par vénérable Walpola Rahula



Le Bouddha dit :

« O bhikkhus, il y a deux sortes de maladie. Quelles sont ces deux (sortes de maladie) ? La maladie physique et la maladie mentale. Il semble qu'il y ait des gens qui ont le bonheur d'être exempts de maladie physique pendant un an ou deux... ou même pendant cent ans et plus. Mais, O bhikkhus, rares sont ceux qui, en ce monde, sont exempts, un seul instant, de maladie mentale, à l'exception de ceux qui sont exempts de souillures mentales (c'est-à-dire des Arahants). »

L'enseignement du Bouddha, particulièrement sa voie de la méditation , vise à procurer un état de parfaite santé mentale, d'équilibre et de tranquillité.



La "méditation" est mal comprise tant par les bouddhistes que par les non-bouddhistes.


Il est bien regrettable qu'il n'y ait guère de section de son enseignement qui ait été aussi mal comprise et faussement mise en pratique que la « méditation », tant par les bouddhistes que par les non-bouddhistes.

Dès que le mot « méditation » est mentionné, on pense à une évasion des activités quotidiennes de la vie, à l'écart de la société.

La véritable « méditation » bouddhique ne signifie nullement ce genre d'évasion.

L'enseignement du Bouddha sur ce sujet fut si mal ou si peu compris que la voie de « méditation » dégénéra ultérieurement en une sorte de rituel ou de cérémonial, presque technique dans sa routine.

Beaucoup de gens s'intéressent à la méditation ou au yoga dans le désir d'acquérir des pouvoirs spirituels ou mystiques, comme le « troisième oeil », que les autres ne possèdent pas.

Il y a quelque temps, en Inde, il y avait une nonne bouddhiste anglaise qui s'efforçait de développer le pouvoir de voir par les oreilles, alors qu'elle était encore en possession d'une vision oculaire parfaite.

Des idées comme celles-ci ne sont que « perversions mentales ».

C'est toujours une question de désir, de « soif » de puissance, que ce soit dans les domaines politique, militaire, économique ou spirituel.

Le mot « méditation » rend très mal le sens du terme original bhavana qui signifie « culture » ou « développement », c'est-à-dire culture mentale, développement mental.


La bhavanâ bouddhiste est, à proprement parler, une culture mentale dans le vrai sens du terme.

Elle vise à débarrasser l'esprit de ses impuretés, de ce qui le trouble, comme les désirs sensuels, la haine, la malveillance, l'indolence, les tracas et agitations, les doutes ; et à cultiver les qualités telles que la concentration, l'attention, l'intelligence, la volonté, l'énergie, la faculté d'analyser, la confiance, la joie, le calme, conduisant finalement à la plus haute sagesse qui voit les choses telles qu'elles sont et qui atteint la Vérité Ultime, le Nirvâna.


Il y a deux formes de méditation:

L'une est le développement de la concentration mentale (samadha ou samadhi), de la fixation unificatrice de l'esprit (cittekaggatà, en Sanskrit cittaikagrata) qui, par des méthodes variées décrites dans les textes, conduit aux plus hauts états mystiques comme « la Sphère du Néant » ou « Sphère de ni-Perception-ni-non-Perception ».

L'autre consiste à vous rendre attentif à tout ce que vous faites:

1- La Première forme de méditation: Le développement de la concentration mentale, existait déjà avant le Bouddha :

Tous ces états mystiques sont, selon le Bouddha, des créations et des productions mentales (samkhata).

Ceux-ci n'ont rien à voir avec la Réalité, la Vérité, le Nirvana


Cette sorte de méditation existait déjà avant lui. Elle n'est donc pas purement bouddhiste, mais elle n'est pas exclue du domaine de la méditation bouddhiste.

Elle n'est cependant pas essentielle pour la réalisation du Nirvana.

Le Bouddha lui-même, avant son Eveil, avait étudié ces exercices yogiques sous la direction de différents instructeurs et il avait atteint les plus hauts états mystiques ; mais ceux-ci ne l'avaient pas satisfait, car ils ne procuraient pas la libération complète, ne donnaient pas la vision de la Réalité Ultime.

Il considérait seulement ces états mystiques comme une manière de « demeurer heureux en cette existence » (ditthadhammasukhavihàra), et rien de plus.



Il découvrit alors l'autre forme de « méditation » connue sous le nom de vipassana
(Sanskrit : vipaSyanà ou vidarsanà), «vision» dans la nature des choses, qui conduit à la complète libération de l'esprit, à la réalisation de la Vérité Ultime, au Nirvàna.

C'est essentiellement la « méditation », la culture mentale bouddhiste.


2- La Deuxième forme de méditation : La véritable « méditation » bouddhiste

C'est une méthode analytique basée sur l'attention, la prise de conscience, la vigilance, l'observation.

Il n'est pas possible de traiter convenablement, en quelques pages, un sujet aussi vaste, aussi profond et aussi important.

On va cependant tenter d'esquisser brièvement ce qu'est la véritable « méditation » bouddhiste en tant que culture mentale, d'une manière pratique dont le lecteur puisse tirer profit.

Le discours le plus important que le Bouddha a jamais donné sur le développement mental (« méditation ») est intitulé « Satipatthàna-sutta »,
« l'Établissement de l'Attention » (Digha-nikàya ou Majjhima-nikàva).

Ce discours est si hautement vénéré dans la tradition qu'on le récite régulièrement, non seulement dans les monastères, mais aussi dans les foyers bouddhistes, devant la famille assise en cercle et écoutant avec une profonde dévotion.

Les bhikkhus récitent très souvent ce sutta au chevet d'un mourant afin de purifier ses dernières pensées.


Les manières de « méditer » n'évitent pas la vie, elles sont toutes en rapport avec notre vie, avec nos activités quotidiennes,

Les manières de « méditer » indiquées dans ces discours ne sont pas retranchées de la vie, elles n'évitent pas la vie. Au contraire, elles sont toutes en rapport avec notre vie, avec nos activités quotidiennes, avec nos tristesses et nos joies, avec nos paroles et pensées, avec nos occupations morales et intellectuelles.


Le discours est divisé en quatre sections principales:

    La première a trait à notre corps (kaya),
    La seconde à nos sensations (vedana),
    La troisième à notre esprit (citta) et
    La quatrième section à des sujets moraux et intellectuels variés (dhamma).


    Quelle que soit la forme de «méditation »ce qui est essentiel, c'est l'attention, la prise de conscience et l'observation

    On doit comprendre clairement que, quelle que soit la forme de «méditation », ce qui est essentiel, c'est l'attention, la prise de conscience (sati), l'observation (anupassana).

    Un des exemples de « méditation » les plus connus, populaires et pratiques, concernant le corps, est « l'attention à la respiration » (ânapanasati).


    L'attention au corps

    1-Attention à la respiration et
    2- Etre attentif à tout ce que l'on fait


    1- L'Attention à la Respiration

    C'est pour cette méditation seulement qu'une posture particulière et définie est prescrite dans le texte.

    Pour les autres formes de « méditation », exposées dans ce sutta, vous pouvez vous asseoir, vous tenir debout, marcher ou rester étendu, comme il vous conviendra.


    Mais pour s'exercer à l'attention à la respiration (inspiration et expiration) on devrait, selon le texte, s'asseoir « jambes croisées, tenant le corps droit, l'attention en alerte ».

    Mais s'asseoir jambes croisées n'est pas pratique ni facile pour les gens de tous les pays, particulièrement pour les Occidentaux.

    Par conséquent, les personnes pour lesquelles il serait difficile de se tenir dans cette posture, peuvent s'asseoir sur une chaise « tenant le corps droit et l'attention en alerte ».

    Il est absolument nécessaire, pour pratiquer cet exercice, que le méditant s'assoie bien droit, mais sans raideur ; les mains reposent à l'aise sur les genoux. Assis de cette manière, vous pourrez soit fermer les yeux, soit diriger votre regard vers l'extrémité de votre nez, comme il vous conviendra.

    Vous inspirez et vous expirez jour et nuit, mais vous n'en avez pas conscience, vous ne concentrez jamais un seul instant votre esprit sur cet acte.

    Vous allez, maintenant, faire justement cela. Respirez comme d'habitude, sans aucun effort ni contrainte. Maintenant, que votre esprit se concentre sur l'inspiration et l'expiration ; qu'il les observe ; que votre esprit soit vigilant sur votre inspiration et votre expiration.

    Votre respiration peut être tantôt longue, tantôt courte. Cela importe peu. Respirez normalement et naturellement. La seule chose importante est que lorsque vous respirez longuement vous soyez conscient que vous respirez longuement ; que lorsque votre respiration est courte, vous en soyez conscient.

    Autrement dit, votre esprit doit être absolument concentré sur votre respiration de sorte que vous ayez bien conscience de ses mouvements et de ses changements de rythme.

    Oubliez tout le reste, tout ce qui vous entoure. Ne levez pas les yeux, ne regardez rien. Essayez de faire cela pendant cinq ou dix minutes. Vous aurez au début, beaucoup de mal à maintenir votre esprit concentré ainsi sur votre respiration. Vous aurez la surprise de constater comment il s'évade. Il ne restera pas fixe. Vous vous mettrez à penser à des choses variées. Vous entendrez les sons du dehors. Votre esprit sera troublé et distrait. Vous en serez découragé et désappointé.

    Mais si vous persévérez et pratiquez cet exercice, deux fois par jour, matin et soir, pendant cinq ou dix minutes chaque fois, vous parviendrez progressivement à réaliser cette concentration.

    Au bout d'un certain temps, viendra un instant bref où votre esprit sera fixé sur votre respiration, où vous n'entendrez plus les bruits du voisinage, le monde extérieur n'existant plus pour vous.

    Ce court moment vous apportera une expérience si grande, si chargée de joie, de bonheur et de calme, que vous aurez le désir de le prolonger.

    Mais vous ne le pourrez pas encore. Si cependant, vous continuez à pratiquer cet exercice régulièrement, l'expérience pourra se reproduire encore et encore, de plus en plus longue.

    C'est le moment où vous vous perdrez complètement dans l'attention à votre respiration. Tant que vous resterez conscient de vous-même, vous ne pourrez jamais vous concentrer sur rien. Cet exercice d'attention à la respiration, qui est un des plus simples et des plus faciles à pratiquer, a pour but de développer un pouvoir de concentration menant à des réalisations hautement mystiques (dhyana).


    Le pouvoir de concentration

    Ce pouvoir est essentiel pour accéder à quelque forme que ce soit de compréhension profonde, de pénétration, de vision dans la nature des choses, y compris la réalisation du Nirvana.

    En dehors de tout cela, cet exercice sur la respiration, vous apportera des résultats immédiats. Votre santé physique en bénéficiera. Il vous procurera la détente, un sommeil profond et rendra efficace votre travail quotidien.

    Cela vous rendra calme, paisible, tranquille. Même dans les moments où vous vous sentirez nerveux ou impatient, si vous pratiquez cet exercice seulement deux minutes, vous verrez que vous vous sentirez calmé et apaisé immédiatement. Vous aurez l'impression de sortir d'un bon repos.



    2- Une autre forme de « méditation » consiste à vous rendre attentif à tout ce que vous faites:

    Une autre forme de « méditation » (de développement mental) consiste à vous rendre attentif à tout ce que vous faites, actes ou paroles, dans la routine quotidienne de votre travail, dans votre vie privée, publique ou professionnelle.

    Que vous marchiez, soyez assis, vous teniez debout, soyez couché ou dormiez, que vous détendiez ou fléchissiez les membres, que vous regardiez autour de vous, que vous enfiliez vos vêtements, que vous causiez avec quelqu'un ou restiez silencieux, que vous mangiez ou buviez, que vous accomplissiez même des fonctions naturelles -- quoi que vous fassiez, vous devriez être pleinement attentif et conscient de votre acte à l'instant même où il est accompli.

    Cela veut dire que vous devriez vivre ainsi dans le moment présent, dans l'action présente.

    Cela ne signifie pas que vous devriez renoncer à penser au passé et à l'avenir. Il vous faut y penser au contraire, mais en relation avec le présent, avec l'action du moment, quand e' où cela est à propos.

    Les hommes, généralement, ne vivent pas dans leurs actes, dans le présent, mais ils vivent dans le passé ou dans le futur.

    Bien qu'ils paraissent faire quelque chose ici, à l'instant même, ils sont ailleurs, dans leurs pensées, dans leurs problèmes et préoccupations imaginaires, perdus le plus souvent dans des souvenirs du passé ou entraînés dans des désirs et des spéculations sur l'avenir.

    Ils ne vivent donc pas dans ce qu'ils font à l'instant même, ils n'en jouissent pas. Aussi sont-ils malheureux, mécontents du présent, de leur travail ; ils sont naturellement incapables de se donner entièrement à ce qu'ils ont l'air d'être occupés à faire.


    La vraie vie c'est le moment présent


    Vous observez parfois, dans un restaurant, un homme qui lit en mangeant un spectacle très courant. Il semble très occupé et n'avoir même pas le temps de manger. On pourrait croire qu'il fait les deux à la fois, mais en réalité, il ne fait vraiment ni l'un ni l'autre.
    Son esprit est tendu, agité, troublé, et il ne jouit nullement de ce qu'il semble faire, il ne vit pas dans le moment présent.

    Inconsciemment et follement, il essaie au contraire d'échapper à la vie réelle. (Cela ne veut pas dire cependant qu'on ne doit pas parler avec un ami au déjeuner ou au dîner.)

    Tant que vous vivrez, vous ne pourrez pas échapper à la vie, quoi que vous fassiez, que vous résidiez dans une ville ou que vous soyez retiré dans une grotte.

    Vous devez la regarder en face et la vivre. La vie vraie, c'est le moment présent non pas les souvenirs d'un passé qui est mort et enfui, ni les rêves d'un futur qui n'est pas encore né.

    Celui qui vit dans le présent se trouve dans la vie réelle et il est le plus heureux. Quand on lui demanda pourquoi ses disciples, qui menaient une existence simple et calme, prenant un seul repas par jour, étaient si radieux, le Bouddha répondit :

    « Ils ne se repentent pas du passé, ils ne se préoccupent pas de l'avenir, mais ils vivent dans le présent. C'est pourquoi ils sont radieux. En se préoccupant de l'avenir et en se repentant du passé, les sots se dessèchent comme des roseaux verts coupés (au soleil) . »

    Attention ou prise de conscience ne signifie pas que vous devez penser et être conscient : « Je fais ceci » ou « Je fais cela ».

    Non, c'est justement le contraire. Dès que vous pensez « je fais ceci », vous devenez conscient de vous-même, et alors vous ne vivez pas dans votre acte mais dans l'idée « Je suis ».

    En conséquence, votre travail est gâché. Vous devez vous oublier complètement et vous perdre dans ce que vous faites.

    Dès qu'un orateur devient conscient de lui-même et pense « je m'adresse à un auditoire », son discours est troublé et le cours de ses pensées rompues, mais quand il se perd dans son discours, dans son sujet, c'est alors qu'il est le meilleur, il parle bien et s'exprime clairement.

    Toute grande oeuvre artistique, poétique, intellectuelle ou spirituelle est accomplie dans le moment où son créateur est complètement absorbé dans son action, où il s'oublie absolument, où il est débarrassé de la conscience de soi.


    Cette attention, cette conscience vigilante de nos activités, que le Bouddha enseigna, consiste à vivre dans le présent, dans l'acte même. (C'est aussi la voie du Zen qui est essentiellement fondé sur cet enseignement).

    Ici, dans cette forme de méditation, vous n'avez rien de particulier à faire pour développer votre attention, vous n'avez qu'à être vigilant et attentif, quoi que vous soyez en train de faire.

    Vous n'avez pas à perdre une seconde de votre temps précieux à cette « méditation » particulière, mais vous devez cultiver l'attention, la prise de conscience, tout le temps, jour et nuit, à l'égard de toutes les activités de votre existence quotidienne.

    Les deux formes de « méditation » dont nous venons de parler concernent notre corps.

    Il y a, maintenant, une manière de pratiquer le développement mental
    ( méditation ) qui concerne nos émotions ou sensations, que celles-ci soient agréables, désagréables ou neutres.




    L'attention aux émotions et sensations


    Vous devriez apprendre à ne pas être malheureux à propos de vos sensations désagréables,

    Prenons un exemple : vous éprouvez une sensation douloureuse. Dans cet état, votre esprit est assombri, plongé dans le vague, il n'est pas lucide, il est déprimé. Parfois même vous ne voyez pas clairement pourquoi vous éprouvez cette sensation pénible.

    Tout d'abord, vous devriez apprendre à ne pas être malheureux à propos de vos sensations désagréables, à ne pas vous tracasser au sujet de vos chagrins.

    Mais essayez de voir clairement pourquoi il y a cette sensation de tristesse, de tracas et de douleur.

    Essayez d'examiner comment elle apparaît, quelle est sa cause, comment elle se dissipe et cesse. Tâchez de l'examiner comme si vous l'observiez du dehors, sans réaction subjective, comme un savant observe un objet. Ici encore vous ne devez pas la regarder subjectivement comme « ma sensation », mais seulement comme « une sensation », objectivement.

    Il vous faut encore oublier cette idée fausse de « je » .

    Lorsque vous discernez sa nature, comment elle apparaît, comment elle disparaît, votre esprit devient impartial à l'égard de cette sensation, il devient détaché et libre. Il en est de même pour toutes les émotions, toutes les sensations.



    La « méditation » qui concerne votre esprit

    Venons-en maintenant à la forme de « méditation » qui concerne votre esprit.

    Vous devriez avoir pleine conscience du fait, chaque fois que votre esprit est passionné ou détaché, chaque fois qu'il est dominé par la haine, la malveillance, la jalousie, ou au contraire plein d'amour, de compassion, chaque fois qu'il est dans l'illusion ou bien qu'il a une connaissance claire et juste, et ainsi de suite.

    Nous devons reconnaître que nous sommes très souvent effrayés ou honteux de regarder notre propre esprit. Aussi nous préférons l'éviter. On devrait être assez hardi et assez sincère pour regarder son esprit comme on regarde son visage dans un miroir.

    Il ne s'agit pas ici d'une attitude critique, de juger et de discerner ce qui est juste et faux ou bien et mal. Il s'agit simplement d'observer, d'être attentif, d'examiner.

    Ici, vous n'êtes pas un juge, mais un savant qui constate un fait. Lorsque vous observez et discernez clairement la vraie nature de votre esprit, vous devenez impartial vis-à-vis de ses émotions, de ses sentiments, de ses états, vous devenez ainsi détaché et libre et vous pouvez voir alors les choses telles qu'elles sont.

    Voici un exemple : supposons que vous soyez en colère, dominé par celle-ci, par la malveillance, par la haine. Il est curieux et paradoxal qu'un homme emporté de cette manière ne soit pas réellement conscient de l'état dans lequel se trouve son esprit. Au moment où il voit sa colère, aussitôt celle-ci devient, dirait-on, timide, honteuse et elle commence à tomber.
    Vous devez examiner sa nature, comment elle apparaît, comment elle disparaît.

    Il faut, ici encore, se souvenir qu'on ne doit pas penser « je suis en colère » ou « ma colère ».

    Vous devez seulement être attentif et être conscient de l'état de l'esprit livré à la colère. Vous observerez objectivement, vous examinerez un esprit en colère.

    Telle est l'attitude qu'il importe de prendre à l'égard de tous sentiments, émotions, états d'esprit.



    Il y a enfin une forme de « méditation » qui porte sur les sujets moraux, spirituels et intellectuels.


    Toutes nos études, nos lectures, nos discussions, toutes nos conversations et nos réflexions sur ces questions, sont incluses dans cette méditation. Lire ce livre-ci et penser profondément aux sujets qui y sont exposés, cela est une forme de méditation.

    Nous avons vu que la conversation entre Khemaka et le groupe de moines était un genre de méditation qui les conduisit à l'atteinte du Nirvana.

    Selon cette forme de méditation vous pouvez ainsi étudier, penser et réfléchir sur les Cinq Empêchements (Nivarana) qui sont :

    1. Les désirs sensuels (kamacchanda) ;
    2. La malveillance, la haine ou la colère (vyapada) ;
    3. La torpeur et la langueur (thina-middha) ;
    4. L'excitation et le remords (uddhacca-kukkucca) ;
    5. Les doutes sceptiques (vicikicchd).


    Ces cinq éléments sont considérés comme s'opposant à toute compréhension claire, en fait à tout progrès. Quand on est dominé par eux, sans savoir comment s'en débarrasser, on ne peut pas comprendre ce qui est vrai ou faux, bon ou mauvais.

    On peut méditer aussi sur les Sept Facteurs d'Eveil (Bojjhariga) :


    1. L'attention
    (sati), c'est-à-dire être conscient et attentif dans tous les actes, dans tous les mouvements physiques et mentaux, comme nous venons de le dire.

    2. L'investigation et la recherche concernant les divers problèmes sur la doctrine (dhamma-vicaya). Sont incluses dans cette rubrique, toutes nos études religieuses, éthiques, philosophiques, toutes nos lectures, recherches, discussions, conversations et même l'assistance à des conférences sur de telles questions doctrinales.

    3. L'énergie (viriya) de travailler avec détermination jusqu'à ce que le but soit atteint.

    4. La joie (piti) : qualité qui s'oppose absolument à une attitude d'esprit pessimiste, sombre ou mélancolique.

    5. La détente (passaddhi) du corps et de l'esprit : on ne doit pas se raidir ni physiquement ni mentalement.

    6. La concentration (samadhi) dont nous avons discuté plus haut.

    7. L'équanimité (upekkha) c'est-à-dire être capable de faire face, avec calme, sans en être troublé, à toutes les vicissitudes de la vie.

    Ce qui est essentiel pour cultiver ces qualités c'est une volonté, une inclination sincères. Les textes décrivent en outre beaucoup d'autres conditions matérielles et spirituelles qui contribuent au développement de chacune de ces qualités.

    On peut aussi « méditer » sur des sujets comme les Cinq Agrégats, en réfléchissant sur la question « qu'est-ce qu'un être ? »

    ou « qu'appelle-t-on « je » ? » ou bien sur les Quatre Nobles Vérités, comme nous en avons discuté plus haut.


    L'étude de ces sujets, les recherches qui les concernent, constituent cette quatrième forme de méditation qui conduit à atteindre la Vérité Ultime.

    A côté de ceux que nous venons de mentionner, il y a encore beaucoup d'autres sujets de méditation, au nombre de quarante, selon la tradition:

    Parmi ceux-ci nous devons mentionner les Quatre Etats Sublimes (Brahma-vihâra)
    1. étendre amour universel, illimité et bienveillance sur tous les êtres vivants, sans discrimination (metta), « comme une mère aime son unique enfant „;
    2. la compassion (karuna) pour tous les êtres qui souffrent, qui sont en difficulté, dans l'affliction ;
    3. joie sympathique (mudita) pour le succès, le bien-être et le bonheur des autres, et
    4. l'équanimité (upekkha) dans toutes les vicissitudes de la vie.