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vendredi 22 octobre 2010

La compassion : Un dialogue de sourd



Daw Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix, a dit : « La peur est une habitude. Elle ne me fait pas peur ». 


Elle dit qu’elle n’a pas peur parce qu’elle est, elle-même, enveloppée de l’amour universel et de la compassion. 


la violence ne peut être stoppée que par la non-violence. La violence ne cesse jamais par la violence, comme la haine ne cesse jamais par la haine ; c’est seulement par l’amour que la haine cesse. C’est la Loi universelle enseignée par le Bouddha depuis 2 546 ans. C’est ainsi que la voie bouddhiste nous l’indique : « La sagesse et la compassion ne doivent pas être séparées ». C’est pourquoi un vrai bouddhiste, comprenant avec cœur et esprit les choses telles qu’elles sont, est plein d’amour et de compassion pour tous les êtres vivants.







Je réalise à quel point il est difficile de parler de compassion dans ce monde.


Je suis devenue végétarienne, puis végétalienne/végan car je ne supporte pas la souffrance que l'on inflige volontairement aux animaux :  conditions de l'élevage industriel, "maltraitance"...


Les images sur la "maltraitance" envers les animaux que l'on peut voir ici et là sont d'une telle violence envers les animaux, qu'elles suscitent beaucoup de haine. Les "défenseurs" de la cause animale éprouvent une haine incontrôlable à l'encontre de ceux qui font souffrir les animaux.


Et quand vous voulez leur expliquer que vous avez de l'amour et de l'empathie pour les animaux qui souffrent et de la compassion pour les criminels qui agissent de la sorte, c'est l'incompréhension totale, un vrai dialogue de sourd.


 Pour illustrer mes propos,  voici quelques exemples d'échanges sur Facebook.


Je ne reprend que les commentaires et pas les noms , mes réponses sont en italiques


Il s'agit de commentaires à propos d'images de personnes maltraitant des animaux 

-P : Qu'ils crèvent, ces connards d'humains !


-Réponse:  Non P , je ne peux pas laisser dire cela, la souffrance engendre la souffrance et je plains ceux qui font souffrir les animaux car il ne peuvent pas être heureux. J'ai de la compassion pour ceux qui font souffrir les animaux et de l'amour pour les animaux.
N'ayons pas de haine car la haine engendre la haine , seul l'amour peut combattre la haine. Alors essayons de plaindre les bourreaux pour avoir une chance qu'un jour il n'en soit plus

- S : Pourquoi pas de la compassion pour les violeurs d'enfants et tueurs de p'tits vieux aussi !!!!!!! sur quelle planète vivez-vous ???

-Réponse : Je vous invite à lire ce texte " Le boudha et le criminel"
je suis boudhiste et végétarienne et je ne veux pas être envahie par la haine. 

http://bica-vipassana.blogspot.com/2008/01/le-bouddha-et-le-criminel-angulimala.html

- S : Et vous, ayez de la "compassion" et tolérance pour mes idées et respectez mon souhait de JUSTICE !!!

- Réponse : Vouloir la justice est une chose avoir de la haine en est une autre
Avoir de la compassion pour un criminel ne veut pas dire qu'on ne veut pas qu'il soit puni, ça n'a rien à voir

- S : Alors, je vous invite à tendre l'autre joue quand vous serez victime !!!... :) vous vous perdez dans les "détails" à mon avis...


- Réponse : Vous n'avez pas compris, la compassion ce n'est pas tendre l'autre joue. J'essaye juste d'expliquer que nous ne devons pas tenir des propos haineux à l'encontre des bourreaux, cela ne sert à rien, au contraire, cela dessert notre cause qui est la fin de la souffrance. Ce n'est pas par la haine que nous arriverons à la faire cesser. C'est tout ce que je voulais dire,
Avec Bienveillance
cathy

-P : Je n'adhère pas à la naïveté : "tendre l'autre joue" est une manipulation du judéo-christianisme.
Je n'ai aucune compassion pour les pourritures.
La violence ne peut appeller qu'à la contre-violence.
Sortons des contes (des comptes) à l'eau de rose svp.
Ou c'est sans moi !


-S : Merci P. une fois de plus ! la loi du Talion point barre puisque point de justice faut bien la faire soi-même !!!

- N@ Catherine si un psychopate enleve ton enfant et le tue eprouveras tu de la compassion?




- S : Tendre l'autre joue, se flageller etc... ce sont des grands sado-maso au sein des religions !!! c'est glauque pour des croyants...




- B : Oui quil creve ces connard qui maltraite les pauvre bete


- Réponse : Hors sujet mais c'est un droit de réponse en quelque sorte : je suis bouddhiste de la tradition théravada et il est hors de question de tendre l'autre joue, le bouddhisme et la religion catholique non rien à voir , d'ailleurs le bouddhisme Théravada n'est pas une religion...
le bouddhisme c'est tout le contraire puisque par la pratique nous arrivons à voir les choses comme elles sont, nous changer nous même avant de vouloir changer le monde.
C'est un dialogue de sourd
Etre aveuglé par la haine n'a jamais permis de faire avancer les choses. 

S : L'amour de son prochain non plus !!! pas beaucoup de résultats...mais si vous voulez continuez à vivre en aveugle au pays de Candy et des Bisounours c'est votre droit !



Que faire devant tant d'incompréhension ? 

Pourtant , Etre aveuglé par la haine n'a jamais permis de faire avancer les choses. Apprenons à regarder ce qui se passe en nous avant de vouloir changer le monde. Comment pouvons nous espérer un seul instant mettre fin à la souffrance des hommes et des animaux si nous sommes rempli de haine et de colère.


Kathy (Catherine)










mardi 2 septembre 2008

La Claire Compréhension


La Claire compréhension  (Sampajañña en Pali), par Bhante Henepola Gunaratana

Voici la suite des enseignements (5e partie) donnés par Henepole Gunaratana durant une retraite au Centre Kanshoji, en mai 2007 ("Dhamma talk" Retranscrit par Emmanuel Mancuso traduit par Jeanne Schut)


Pour lire les autres dhamma talk :


Chers amis, cet après-midi j’aimerais parler de la Claire Compréhension ou sampajañña en pāli. La Claire Compréhension est une partie essentielle de la méditation de la tranquillité (samathā, la concentration) mais aussi de la méditation de la vision pénétrante (vipassanā).

Quand nous pratiquons la concentration, nous commençons par l’attention. Le Bouddha a mentionné quatre éléments de la méditation de la concentration :
- les principes moraux : l’observation de principes éthiques
- le contentement : se satisfaire de ce que l’on a
- la claire compréhension des choses
- la pratique de l’amitié bienveillante.

J’utilise certains termes qui sont généralement traduits différemment. Par exemple, je traduis mettā par « amitié bienveillante » et non « amour bienveillant » ou « bienveillance ». Pourquoi utiliser le mot « amitié » ? Comme je vous l’ai dit, j’aime rester au plus près des paroles originelles du Bouddha. Or le mot pāli mettā a pour origine un autre mot pāli : mitta et mitta signifie « ami ». Souvent le Bouddha a conseillé à ses disciples : « Associez-vous à des amis excellents » en employant le mot kalyānamitta, « excellent ami ». Donc mitta signifie simplement « ami » et mettā est la nature de mitta. Nous devons donc développer les qualités et la nature d’un ami.

Il existe un autre mot pāli, karunā, qui exprime la gentillesse envers autrui, la compassion. On trouve de nombreux passages dans les textes où le Bouddha parle de karunā dans ce sens-là.

 Donc traduire mettā par « amour bienveillant » ou « bienveillance », c’est le rendre presque synonyme de karunā. Comme le Bouddha a utilisé deux mots différents, nous devons garder deux sens séparés et dire « amitié » pour mettā et « compassion » pour karunā. 
Je pense que les premiers traducteurs du mot « mettā » n’ont pas tenu compte de sa racine en pāli.

Donc, quand nous pratiquons la méditation de la tranquillité, l’une des exigences premières est la pratique de l’amitié bienveillante. De même quand nous pratiquons la méditation de l’attention, l’une des exigences premières est la pratique de mettā. 

Dans la méditation de l’attention, nous avons ces quatre facteurs de la Claire Compréhension et quand nous pratiquons la méditation de la tranquillité, nous avons aussi cette Claire Compréhension. (...)  LIRE LA SUITE >>>>>>>


lundi 18 août 2008

La Compassion Bouddhiste

par Dominique Trotignon

Le terme de « compassion », par lequel on traduit généralement le terme sanskrit « karunâ », est un bien mauvais cadeau que l’Occident a fait à l’enseignement bouddhique !

Si l’on en suit strictement l’étymologie, la compassion est le fait de « souffrir avec » (« passion » vient du verbe latin « patior » = souffrir ; cf. « la Passion du Christ »). Il s’agit, en français, d’un « sentiment qui porte à plaindre et partager les maux d’autrui » (Le Petit Robert). La compassion, au sens strict, est donc une passion, c’est-à-dire une émotion que l’on subit, « passivement », et qui a tendance à paralyser celui qui l’éprouve (qui la vit comme une « épreuve ») plutôt qu’à l’inciter à l’action.

Or, si la souffrance (duhkha) est bien au centre de la Doctrine bouddhique, elle n’y est pas considérée comme une vertu - loin de là ! - et la vocation d’un disciple du Bouddha n’est ni de partager sa souffrance avec autrui ni de partager la souffrance d’autrui… La karunâ bouddhique est même à l’opposé de l’idée d’un tel « partage de passion », puisqu’elle est censé, tout au contraire, provoquer chez celui qui la cultive la volonté d’agir - afin de détruire, pour soi et pour autrui, toute forme de souffrance comme aussi toute racine de souffrance. 

Karunâ c’est, beaucoup plus exactement, savoir que tout être sensible est soumis à la souffrance, tant qu’il n’est pas parvenu à l’Eveil et à la Libération, et vouloir tout faire pour lui permettre de s’en libérer. Karunâ n’est donc pas une émotion qu’on subit et qui rend passif, mais un état d’esprit qu’on cultive et qui pousse à agir !

La première manifestation de karunâ, traditionnellement, est associée au Bouddha Shâkyamuni lui-même, lorsque, parvenu à l’Eveil, il se décide à enseigner « le Chemin qui mène à la cessation de la souffrance ». Rien ne manifeste mieux karunâ que cette action de vouloir partager la bonne nouvelle du Dharma : la souffrance n’est pas une fatalité, il est possible d’y mettre fin et s’en libérer est accessible à tous ! Sans karunâ, il n’y aurait sans doute jamais eu ni enseignement (Dharma) ni communauté (Sangha) bouddhiques et elle constitue l’une des principales caractéristiques du Bouddha, enseignant et fondateur de la communauté. Autant dire que karunâ est le dénominateur commun aux Trois Joyaux du bouddhisme, dans lequel tout disciple « prend refuge ».

Transmettre l’enseignement délivré par le Bouddha, et le mettre en pratique au sein de la Communauté, est sans doute la meilleure manière de pratiquer karunâ…

Pour les écoles du bouddhisme ancien - comme encore aujourd’hui pour le Theravâda - karunâ se manifeste donc, avant tout, dans le fait d’être un « bon disciple » du Bouddha, un vrai « fils du Sâkya », en s’exerçant au Dhamma-Vinaya : l’étude et la transmission de l’enseignement (Dharma), compris comme il convient grâce au développement de la sagesse (prajñâ), et la pratique de la discipline (sîla, ou vinaya), qui en découle naturellement. 

Dans la pratique plus particulière du « développement mental » (bhâvanâ, la « méditation »), karunâ est « cultivée » par l’exercice des quatre Demeures divines (brahma-vihâra) dont elle est un composant, à côté de la bienveillance (maitrî), de la joie sympathique (muditâ) et de l’équanimité (upeksâ). Il s’agit alors, réellement, de « cultiver » (au sens agricole du terme…) un état d’esprit positif, contre-poison à l’indifférence (« que m’importe la souffrance d’autrui ! »), à la joie malsaine (« tant mieux s’il souffre ! ») et, plus généralement, à de nombreux points de vue biaisés, cette Ignorance qui nous fait mal interpréter les actes d’autrui, en oubliant que c’est la souffrance universelle qui constitue l’un des moteurs les plus performants de l’activité humaine !

Une image, souvent employée par les enseignants tibétains, met bien en évidence cet aveuglement contre lequel karunâ permet de lutter : « Si un homme te frappe avec un bâton, tu n’accuses pas le bâton de te faire souffrir, mais l’homme qui le tient… Tu devrais plutôt accuser la colère qui tient cet homme, dont il souffre lui-même et qu’il subit ! ». 

Cultiver karunâ permet, au moment où l’homme frappe du bâton, de ne pas s’arrêter aux apparences mais de voir, au-delà de l’homme armé, la colère ou la haine qui l’animent, elles-mêmes nées de la souffrance qu’il éprouve… Il s’agit donc du développement d’une vision juste, et non de l’expression communicative d’un sentiment de commisération !!

Les écoles du Mahâyâna insisteront tout particulièrement sur cette « vertu » bouddhique. Elle deviendra même centrale au point d’être représentée sous la forme de bouddha et de bodhisattva, masculin et féminin. C’est la triade célèbre du Bouddha Amitayus-Amitabha (au Japon : Amida), du bodhisattva Avalokiteshvara (en Asie du sud-est : Lokesvara ; au Tibet : Tchenrezi, en Chine : Guanyin ; au Japon : Kannon) et de la manifestation féminine propre au bouddhisme tantrique indo-himalayen : Tara.

Il faut cependant ici distinguer deux formes de karunâ :

1- la karunâ « simple », qui ne diffère guère de celle envisagée dans les écoles du bouddhisme ancien, comme pratique des quatre Demeures divines, appelées aussi « Quatre Pensées Illimitées », mais qui trouve cependant son aboutissement dans le développement de la « bodhicitta relative », fondement de la carrière du bodhisattva selon les écoles du Mahâyâna.

2- La « Grande karunâ » (mahâ-karunâ), de son côté, est celle que manifestent les bouddha et les bodhisattva « grands-êtres ». Il ne s’agit plus ici d’un état d’esprit qui se « cultive », comme la précédente, mais de l’expression naturelle de la qualité d’Eveillé et de la Sagesse - à l’image de la compassion qu’a manifesté le Bouddha Shâkyamuni, après son Eveil, lorsqu’il s’est décidé à enseigner pour le bien de tous les êtres.

Karunâ est ainsi, à la fois, l’aliment qui soutient l’engagement d’un individu dans la voie du bodhisattva et l’expression parfaite de l’Eveil réalisé. Mais seuls les bouddha et bodhisattva « grands-êtres », parce qu’ils sont « accomplis », n’ont plus rien à faire pour que karunâ s’exprime… Pour tous les autres - vous et moi, y compris les bodhisattva encore en chemin - il s’agit bien encore d’agir et de cultiver !

Ainsi, parler de karunâ en employant le terme de « compassion », alors qu’il ne s’agit ni d’une passion à partager ni d’une passivité à subir, confirme bien l’expression : 
« traduire, c’est trahir ! »



Dominique TROTIGNON est directeur pédagogique de l'Université Bouddhique Européenne (UBE), enseignant de formation et ancien journaliste, pratiquant dans la tradition Theravada, il effectue des travaux de recherche et de réflexion sur le bouddhisme ancien et d'Asie du Sud-est, ainsi que sur l'implantation du bouddhisme en France.


dimanche 1 juin 2008

Liberté de pensée liberté de religion

Un magnifique témoignage de Mr Aung Ko représentant de "the National Council of the Union of Burma" en France. Une vraie leçon d'humilité et de compassion.

J'ai déjà publié ce témoignage au mois de septembre 2007 mais il est toujours d'actualité: La Birmanie se trouve toujours "dans une situation politique et sociale déchirée."

Les conséquences dramatiques du Cyclone Nargis ont permis à la Birmanie de revenir sur le devant de la scène internationale, mais pour les Birmans l'enfer au quotidien existait déjà depuis longtemps.

J'ai également publié ce témoignage sur le blog Birmanie mon coeur saigne





Je veux vous dire merci

(...) Je veux vous dire merci pour tous ceux qui n’ont pas le droit de le faire dans mon pays, la Birmanie, encore nommée « Myanmar » par la junte non-élue et non-démocratique ; arrivée au pouvoir par son coup d’état et ses atteintes massives aux droits de l’Homme. C’est un très grand honneur et privilège pour moi de pouvoir vous remercier et je souhaite le faire pour tous ceux qui ne disposent, dans mon pays, ni de la liberté de pensée, ni de celle de pratiquer leur religion ; pour ceux qui n’ont pas accès à la presse libre, qui n’ont pas la liberté de parole, et d’expression, qui ne peuvent ni se réunir, ni former une association.


La liberté est inexistante en Birmanie

La Birmanie, comme vous le savez peut être, est surnommée le « Pays des mille pagodes et de la douceur de vivre » mais, depuis des années, il est devenu le pays de la dictature militaire et des violations des droits de l’Homme. Il est gouverné au prix de mille mensonges.

On m’a demandé plusieurs fois si la liberté est contrôlée en Birmanie. Selon la Loi du Karma, ou « Loi de Cause et Effet », la liberté est triple par nature : elle est physique, verbale et mentale. Et bien, au regard de ces trois dimensions de la liberté, ma réponse à cette question sur mon pays est simplement : Non ! La liberté en Birmanie n’est pas contrôlée, elle est tout bonnement inexistante.

La liberté a été confisquée par la junte militaire, par le coup d’état et par la loi martiale. La liberté n’existe que pour les généraux, nommés par eux-mêmes, non-élus et non-aimés par le peuple, et pour leurs marionnettes. Ceux qui aiment la démocratie en Birmanie, les électeurs et les élus du peuple, sont en fait considérés comme les ennemis du peuple. Cela a été décrété par la dictature militaire qui en conséquence clame sans cesse qu’ils doivent être, « à tout prix », « écrasés » ou « annihilés ».

Le message officiel, reconnaissez-le, est pour le moins paradoxal dans un pays où se sont tenus successivement deux Synodes ou Conciles Bouddhistes. Alors, comme le personnage « Aung Ko » que j’ai joué sous mon propre nom dans le film de John Boorman « Rangoon » ou « Beyond Rangoon », je le redis encore aujourd’hui : « En Birmanie, tout est illégal ».


Le peuple a voté

Oui. Il y a bien eu des élections législatives nationales et le peuple a effectivement voté. Les votes ont été décomptés et une majorité de plus de 82 % a été reconnue et annoncée. Mais le régime militaire n’a pas su honorer les électeurs et les élus. Il s’agit là d’une malhonnêteté absolue, unique par sa forme dans toute l’histoire des sciences politiques et sociales. Et depuis lors, la loi en Birmanie n’est que ce que les Généraux autoproclamés en font ; elle peut être changée sans contrainte pour eux et elle change d’ailleurs de jour en jour, selon le bon vouloir et les intérêts de la dictature en place.

Par dérision, le peuple birman raconte qu’il existe en fait en Birmanie une loi qui dit : « Je te hais ». Elle aurait un mode d’application simple qui ferait dire aux soldats à leurs victimes : « On ne t’aime pas ; la prochaine fois, on ne t’enverra plus en prison ». Nous pouvons imaginer facilement ce que ces mots veulent dire ; ils ne peuvent signifier autre chose que la disparition et l’élimination de la victime, simplement justifiée par la haine.

Le peuple dépeint bien toute l’attitude de la junte et il n’y a rien qui puisse être aussi différent de tout le message de la religion et de la culture de mon peuple. La corruption de l’esprit et du cœur entretenue par les Généraux birmans et par leurs hommes de main, le pouvoir politique et social qui n’est pas établi conformément à la loi civile, tout fait souffrir les co-citoyens en silence, comme les prisonniers de conscience et d’opinion.

Mais face à la tyrannie et à la dictature, le peuple de Birmanie soumis à l’un des pires joug qui existe dans ce monde a toujours la force et le courage de vouloir se libérer de ses entraves, de se mettre debout et de montrer qu’ils ne renonce jamais à faire preuve de liberté de conscience ou de pratique, au nom de la dignité humaine. Pouvons-nous agir sans entrave ?


La vraie essence de notre combat est le combat de l’esprit.

Lorsque l’homme est prisonnier de conscience ou d’opinion, lorsqu’il doit baisser la tête et s’incliner devant l’usage de la force et de la violence, il arrive, comme souvent dans les pays dont nous parlons aujourd’hui, que son esprit soit brisé par la torture ou par la réclusion. Mais il arrive toujours que certains hommes et femmes, héroïques ou au-dessus du commun, ne se laissent pas abattre et choisissent de répondre à la violence avec noblesse de cœur et tranquillité d’âme. Mes chers confrères et consœurs, soyons tristes, mais pleurons de joie du fait que nous pouvons agir en commun pour atteindre un résultat dans nos pays. La vérité a un témoin. N’est-ce pas ?

Je rejette absolument les clichés selon lesquels la religion pourrait impliquer nécessairement, intrinsèquement, inévitablement, des formes de soumission politique. Le combat politique et social non-violent trouve sa vigueur, en Birmanie, dans la force de l’amour non-violent et de la compassion. Il est absolument pacifique, mais essentiellement actif au nom de la vérité.

Il ne s’agit pas du tout de résistance civile passive, ni de non-résistance « lâche », comme l’on dit et comme on l’entend trop souvent. Autrement dit, c’est une force non-violente de non-coopération avec l’injustice et les criminels. C’est la désobéissance civile qui mène à la résistance forte et bonne pour pouvoir dire « Non », pour pouvoir s’opposer aux princes des ténèbres qui veulent faire peur à leurs propres citoyens par les balles, et qui tentent de les dominer.

La vraie essence de notre combat est le combat de l’esprit. Nous combattons avec nos « sources » que nous avons cultivées et avec nos « forces intérieures » que nous avons développées. Au-delà de la passion de soi, de l’amour personnel, il s’agit d’un amour universel sans barrière et sans exception, à l’égard de tous les êtres vivants. Nous suivons notre chemin de lutte et de combat politique et social, par une autre culture et par un autre esprit de combat. Que la pensée soit plus forte que des balles !


La compassion et la sagesse

Pour qu’un homme ou qu’une femme soit parfait, selon l’enseignement du Bouddhisme, il ou elle doit développer conjointement et également deux qualités : la compassion Karuna, d’une part, et la sagesse Panna d’autre part.

La compassion englobe l’amour, la charité, la bonté, la tolérance ; toutes les nobles qualités de cœur qui sont le côté affectif. La sagesse, quant à elle, signifie le côté intellectuel, c’est-à-dire toutes les qualités de l’esprit. Si le côté affectif est développé, seul, tout en négligeant le côté intellectuel, on devient un sot au bon cœur. Si, au contraire, on développe exclusivement le côté intellectuel en négligeant l’affectif, on risque de devenir un intellectuel manquant de sentiment pour les autres. La perfection exige que ces deux côtés soient développés l’un tout autant que l’autre. C’est le but de la voie bouddhiste qui mène à l’absence de peur, d’impureté. Ce qui constitue la peur, l’impureté, c’est l’avidité, la haine, et l’illusion.

Daw Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix, a dit : « La peur est une habitude. Elle ne me fait pas peur ». Elle dit qu’elle n’a pas peur parce qu’elle est, elle-même, enveloppée de l’amour universel et de la compassion. Seuls les êtres inhumains sont incapables de comprendre une chose ; c’est que la violence ne peut être stoppée que par la non-violence. La violence ne cesse jamais par la violence, comme la haine ne cesse jamais par la haine ; c’est seulement par l’amour que la haine cesse. C’est la Loi universelle enseignée par le Bouddha depuis 2 546 ans. C’est ainsi que la voie bouddhiste nous l’indique : « La sagesse et la compassion ne doivent pas être séparées ». C’est pourquoi un vrai bouddhiste, comprenant avec cœur et esprit les choses telles qu’elles sont, est plein d’amour et de compassion pour tous les êtres vivants. Sauvons nos valeurs asiatiques dans nos pays !


La « Compréhension Juste » et la « Pensée Juste »

Dans un pays où le développement de la culture mentale tient le premier rang, chacun sait que la « Compréhension Juste » et la « Pensée Juste » appartiennent en propre à la sagesse bouddhiste, et bien la junte a créé en 1994 une armée bouddhiste pour les Karens s’appelant « l’armée bouddhiste démocratique des Karens », la DKBA. On le voit-là, c’est l’histoire même du Bouddha qui en Birmanie est sévèrement insultée et niée ; le Seigneur Bouddha ne s’était-il pas Lui-même rendu sur les champs de bataille, par compassion et amour universel, pour arrêter les tueries, pour établir la paix et la prospérité des peuples ?

Depuis 1988, où les moines bouddhistes de Birmanie ont suivi le chemin du Bouddha et se sont montrés aux côtés du peuple en manifestant en paix et sans armes pour la démocratie et les droits de l’Homme, ceux-ci n’ont pas pu échapper aux arrestations et à la détention pour leurs actes compatissants. De nombreux moines birmans ont été mis et sont encore en détention ; c’est la réalité de mon pays.

Peut-on voir là, comme résultat de l’action du pouvoir en place, comme bilan de l’histoire contemporaine de la Birmanie, autre chose que la destruction de la culture bouddhiste et des fondements d’une histoire nationale ?

La liberté de pratique religieuse pour les chrétiens et les musulmans du pays est elle aussi soumise à de multiples atteintes et violations ; tout pareillement. La junte, pour attirer l’attention du peuple birman et de l’opinion internationale, pour faire également apparaître justifiable son existence même, crée et attise les haines entre communautés religieuses. Elle a attisé les conflits entre les Karens bouddhistes et les Karens chrétiens, les conflits entre les moines bouddhistes et les religieux musulmans. Et tout cela au nom de sa politique de paix et de développement !


L’enseignement du Bouddhisme dans le pays se fait toujours sous le contrôle du pouvoir

Un autre méfait de la politique mise en place par la junte militaire et que, depuis quelques années, l’enseignement du Bouddhisme dans le pays se fait toujours sous le contrôle du pouvoir et en obéissant aux instructions et aux ordres qu’il donne. Ceci est parfaitement contraire à la volonté du Bouddha qui n’a jamais lui-même nommé un chef du Dhamma, de la Loi. Le Bienheureux a dit à ses disciples : « il y a mon enseignement ». A l’inverse, la junte n’a pas d’autre politique que de tout ordonner et de diviser pour régner ; cela contribue à détruire le Bouddhisme et sa culture. Car le Bouddhisme est fait pour l’homme et ce ne sont pas les hommes qui ont fait le Bouddhisme.

Les généraux de la junte se rendent bien dans les pagodes et dans les monastères, on le voit sur l’écran de la télévision officielle et dans les journaux qu’ils contrôlent. Peut être espèrent-ils ainsi acquérir quelques mérites en pensant à leurs vies futures, mais cela fait surtout partie de leurs différentes actions de propagande. Le comble est qu’ils se rendent dans les pagodes en portant leurs uniformes de l’armée, et en portant parfois des armes à feu. C’est tout à fait contraire au message du Bouddha. Et finalement le plus important, pour eux, c’est peut être finalement de montrer leur colère, leur haine, leur violence, tout ce qu’il peut nuire aux autres, même sur les lieux saints. C’est ainsi que la majorité du peuple de Birmanie vit sous la terreur et la répression instaurées par le régime militaire responsable des massacres du 8 août 1988.

Le Bouddha nous a enseigné la souffrance et la Délivrance de la souffrance


Le Bouddha nous a enseigné la souffrance et la Délivrance de la souffrance par les moyens de l’amour universel, la compassion, la joie sympathique et l’équanimité, mais ces généraux birmans font souffrir le peuple en Birmanie par la violence, la cruauté, la jalousie et la partialité. Birmanie : La souffrance du mal !

C’est la raison pour laquelle, Daw Aung San Suu Kyi a déclaré : « Nous voulons que le monde sache que nous sommes prisonniers dans notre propre pays ». Elle a fait un appel à la communauté internationale pour demander « de faire preuve de compassion, partager la liberté que l’on a avec ceux qui n’en n’ont pas et prendre une position ferme dans la bataille pour la démocratie en Birmanie ». Car, pour elle, « le Bouddhisme engagé ou « social » est la compassion active ou l’amour universel actif. Ce n’est pas seulement rester passif en disant, « je suis désolé pour eux ». Elle ajoute que « l’intégrité politique signifie tout simplement honnêteté en politique. Le plus important est de ne jamais tromper les gens ».

Qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas de « valeurs asiatiques », chacun peut avoir son point de vue, le plus important me semble être de laisser les gens s’exprimer librement. Et en tout cas, il est sûr et certain qu’il y a des valeurs bouddhistes dans nos pays asiatiques : l’amour universel, la bienveillance, la compassion, la non-violence, le respect de l’homme, les droits de l’homme pour le bien-être de l’être humain. Mais, hélas !


La Birmanie se trouve dans une situation politique et sociale déchirée

La Birmanie d’aujourd’hui se trouve dans une situation politique et sociale déchirée, et l’économie est en plein chaos du fait de la malveillance de dirigeants maladroits. Quels sont les derniers événements politiques et diplomatiques à propos de la Birmanie ?

Selon Monsieur Razali Ismail, malaisien et envoyé spécial des Nations-Unis, qui s’exprimait au mois d’août 2002 : « des discussions significatives entre militaires et opposition » devaient « commencer à la fin de la semaine »…et il ajoutait qu’à présent « ça ira très, très vite ».

Quelques jours plus tard le Dr. Mahathir, Premier ministre malaisien en visite d’affaires en Birmanie, a déclaré, contredisant M. Razali, qu’il « existerait des dangers » à « une entrée précipitée dans un système démocratique, qui peut mener à l’anarchie… ».

Le lieutenant-général Khin Nyunt, le numéro un du service secret du régime militaire, a alors tout de suite fait l’éloge du Dr. Mahathir : « Pour nous, a-t-il publiquement déclaré, le Premier ministre Dr. Mahathir Mohamad est plus qu’un leader de la dynamique nation de Malaisie. Il est un homme d’état visionnaire de la région et un ardent défenseur du monde en voie de développement ».

Je rappelle que le Dr Mahatir est l’un des inventeurs d’un universalisme relatif selon lequel il existerait des valeurs asiatiques spécifiques, où la démocratie n’aurait qu’une valeur relative, disons même occidentale, mais où l’islam, lui, aurait une valeur universelle. Et les dirigeants de mon pays en font un « visionnaire » planétaire !

Daw Aung San Suu Kyi a apporté elle-même une réponse dans une interview au magazine « Irrawaddy » le 22 août : « Nous ne pouvons pas accepter l’idée selon laquelle, si la démocratie n’est pas être maîtrisée correctement, celle-ci pourrait mener à l’anarchie. Je pense que cette sorte de commentaire consiste à traiter le peuple de Birmanie avec condescendance ».

Dans son interview avec Radio Free Asia (RFA), service birman, « Le peuple de Birmanie est prêt de s’engager dans la démocratie et à la soutenir » ; « Mahathir est en train de mépriser le peuple birman » ; « La majorité du peuple birman s’engagera dans la démocratie et la soutiendra consciencieusement, et d’une façon positive », a-t-elle répondu. (le 21 août 2002).

Selon la radio « Voix Démocratique de Birmanie », Daw Aung San Suu Kyi, qui s’exprimait par message radio dans le cadre d’un colloque gouvernemental norvégien consacré au pétrole et aux droits de l’Homme le 28 août, a enfin exhorté la communauté internationale à continuer les sanctions économiques contre le régime militaire au pouvoir ; jusqu’à ce que soit établi une étape plus significative du dialogue avec la junte.

Avec la patience on arrive à tout ! Et bien sûr, il nous faut la patience qui signifie, dans son sens profond, l’acceptation de la souffrance elle-même. C’est une attitude de bienveillance et de bonté de l’homme non-violent. C’est même le vrai sens de notre combat non-violent, si j’ose dire, pour la restauration de la liberté de pensée et de religion dans nos pays en Asie du Sud-Est. Vive « Satyagraha » ! Vive « la vérité et l’amour » !

dimanche 20 avril 2008

Compassion et sagesse


Un nouvel extrait du livre de Jack Kornfield "Dharma Vivant"


La base de l’enseignement du Bouddha peut se résumer en deux mots : compassion et sagesse.

Dans son aspect passif, la sagesse est cette vision intérieure qui pénètre la nature de l’existence et l’équilibre de l’esprit qu’apporte cette illumination. Compassion et tendresse sont les aspects actifs de la sagesse, l’expression d’une compréhension profonde du Dharma, des lois de la nature.

Les pratiques de méditation décrites dans ce livre mettent l’accent sur le développement de la vision intérieure, d’où émergera naturellement la compassion.

La plupart des maîtres axent leur enseignement sur la compréhension des caractéristiques du processus corps-esprit, sachant que l’expérimentation directe de l’impermanence, du déplaisir et du vide aura pour fruit l’amour et la compassion.

Lorsque l’on comprend et que l’on perçoit la souffrance dans sa propre vie, on a envie d’aider les autres êtres qui souffrent eux aussi. Le sentiment de libération qui naît alors de la révélation de la vacuité du monde donne l’envie de partager cette lumière et cet amour avec les autres.

L’amour universel se nourrit de l’absence totale d’égoïsme, et toute la pratique bouddhiste tend à l’éradication de la convoitise, de la haine et de l’erreur, qui sont les racines de l’égoïsme. La culture de l’attention, centrale au développement de la vision intérieure, revient à cultiver la tendresse et la tolérance puisqu’elle nous amène à laisser les choses exister telles qu’elles sont. Y voir clair sans juger, sans réagir, sans égoïsme, tel est le champ de la sagesse et de l’amour.

Les enseignements décrits dans ce livre parlent surtout du développement de la vision intérieure, mais la tradition bouddhiste nous parle de la méditation axée sur la vision intérieure et la tendresse comme de pratiques complémentaires.

Certains maîtres travaillent davantage sur la vision intérieure, d’autres sur la tendresse. Il peut s’avérer très utile de commencer par choisir des pensées et des états d’esprit de tendresse comme objets de méditation quotidienne.

Le chemin de la sagesse, s’il n’est pas équilibré par la compassion, peut devenir analytique et desséchant, et l’amour cultivé sans la sagesse peut être superficiel ou source d’erreur.

Les chemins de la vision intérieure et de la sagesse peuvent sembler séparés, mais on doit les réunir si l’on veut que la pratique soit complète. La compréhension juste était la base de la pratique du Bouddha, et il nous a enseigné tout ce qui venait par la suite : atteindre la libération pour le bien de tous les êtres. Tout ce qui peut aider à mettre fin à l’égoïsme : charité, bonnes actions, méditation sur la tendresse (toutes choses enseignées dans les temples bouddhistes) ou encore la voie de la libération menant à la plus grande sagesse, tout cela appartient de la voie du Bouddha.

Au fur et à mesure que nous progressons, nous comprenons qu’il n’est pas envisageable de ne pas libérer tous les êtres, car s’il en était ainsi, nous continuerions de vivre dans l’illusion d’un soi distinct des autres. Quand nous sommes parvenus à comprendre l’absence de dualité et le vide, la sagesse nous ramène à l’amour et à l’expression la plus lucide de la compassion.

Source : Jack Kornfield : Dharma Vivant p 40



LIRE d'autres extraits de ce livre (sur ce blog) :


Sur la Sagesse lire aussi sur ce blog:

vendredi 15 février 2008

Méditation guidée sur la Compassion (Karuna) et l'Amour Bienveillant (Metta)






Pensez à vous-mêmes. Vous vous souvenez peut-être de quelques-unes de vos difficultés, quelques-uns des conditionnements douloureux que vous avez intensément perçus (...)
A cause d'eux, vous avez peut-être eu du mal à rester stable. Et ils vous causent peut-être encore des difficultés, une certaine confusion, des doutes, de l'aversion envers vous-mêmes ou envers les autres.

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à votre égard, suivie par le souhait de l'Amour Bienveillant, le souhait de trouver la paix de l'esprit.

Faites que je puisse lâcher-prise, abandonner la colère, la peur, l'inquiétude et l'ignorance. Puissé-je aussi avoir la Patience, la Sagesse et la détermination pour affronter et surmonter les difficultés, les problèmes et les défis de la vie. Faites que je puisse trouver la Paix de l'esprit.



Maintenant imaginez, en face de vous, vos Parents ou un certain membre de votre famille.
Essayez de comprendre quelques-unes des difficultés qu'ils ont pu rencontrer ou qu'ils connaissent encore. Peut-être la confusion, le manque de sérénité, la peur de vieillir

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à l'égard de vos parents ou de ce membre de votre famille, suivie par le souhait de l'Amour Bienveillant, le souhait qu'ils trouvent la paix de l'esprit.

Puissent-ils apprendre à lâcher-prise, à abandonner la colère, la peur, l'inquiétude et l'ignorance. Puissent-ils toujours se sentir bien. Puissent-ils aussi avoir la patience, la sagesse et la détermination d'affronter et de surmonter les difficultés, les problèmes et les défis de la vie. Puissent-ils trouver la Paix de l'esprit.


Maintenant, pensez à d'autres méditants, (..) souvenez-vous peut-être de leurs visages. Ces méditants qui ont fait tout ce qu'ils ont pu, comme vous, pour être attentifs au moment présent. Essayez de vous identifier à quelques-unes de leurs difficultés.

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à l'égard de ces méditants, suivie par le souhait de l'Amour Bienveillant, le souhait qu'ils trouvent la Paix de l'esprit.

Puissent les autres méditants apprendre à lâcher-prise, à abandonner la colère, la peur l'inquiétude et l'ignorance. Puissent-ils toujours se sentir bien. Puissent-ils aussi avoir la Patience, la Sagesse et la détermination d'affronter et de surmonter les difficultés, les problèmes et les défis de la vie. Puissent les autres méditants trouver la Paix de l'esprit.



Continuez à élargir votre vision et vos pensées à tous les gens de l'île (votre région) ceux qui ne sont pas encore libérés des problèmes, qui sont encore sous le pouvoir de leur conditionnement négatif, qui se trompent encore.

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à leur égard, suivie par le souhait de l'Amour Bienveillant, le souhait qu'ils trouvent la paix de l'esprit.

Puissent tous les habitants de l'île (ma région) apprendre à lâcher-prise, à abandonner la colère, la peur l'inquiétude et l'ignorance. Puissent-ils toujours se sentir bien. Puissent-ils avoir la Patience, la Sagesse et la détermination d'affronter et de surmonter les difficultés,les problèmes et les défis de la vie. Puissent tous les habitants de cette île (remplacer île par le nom de votre région) trouver la Paix de l'esprit.



Étendez à présent votre vision et vos pensées à tous les habitants de Thaïlande, (remplacer thailande par votre pays ou le pays où vous vous trouvez en ce moment), jeunes, vieux, hommes, femmes, riches ou enfants, se levant, vivant leur vie de chaque jour, allant se coucher, et tous désirant être heureux et ne pas souffrir, mais se trouvant encore prisonniers de leurs problèmes.

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à leur égard, suivie par le souhait de l'Amour Bienveillant, le souhait qu'ils trouvent la paix de l'esprit.

Puissent tous les habitants de Thaïlande (remplacer par le nom de votre pays ou celui où vous vous trouvez) apprendre à lâcher-prise, à abandonner la colère, la peur l'inquiétude et l'ignorance. Puissent-ils toujours se sentir bien. Puissent-ils avoir la Patience, la Sagesse et la détermination d'affronter et de surmonter les difficultés,les problèmes et les défis de la vie. Puissent tous les habitants de cette île (remplacer par le nom de votre pays) trouver la Paix de l'esprit.

(...)


Continuez à élargir votre vision et vos pensées à plusieurs pays du Monde qui sont en guerre, Un pays où sévit la famine, où l'on se bat, où l'on tue, on mutile et on détruit. Parce qu'on agresse d'autres gens ou parce qu'on est agressé.
Essayez de ressentir la douleur de ces gens, des agresseurs et des victimes. Chaque jour ils se réveillent dans la douleur, la peur, la ruine et le désarroi.

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à leur égard, suivie par le souhait de l'Amour Bienveillant, le souhait qu'ils trouvent la paix de l'esprit.

Puissent ceux qui dans le monde vivent dans des pays déchirés par la guerre être libérés du désir ou du besoin de se battre. Puissent- ils voir que nous sommes tous parents par la naissance, la vieillesse et la mort. Puissent-ils un jour lâcher-prise, abandonner la haine, la peur, l'inquiétude et l'ignorance. Puissent-ils toujours se sentir bien. Puissent-ils aussi avoir la patience, la sagesse et la détermination d'affronter et de surmonter les difficultés, les problèmes et les défis de la vie. Puissent-ils trouver la paix de l'esprit.



Continuez à élargir votre vision ou vos pensées jusqu'à ce qu'elles incluent le monde entier.
Essayez d'imaginer devant vous une partie de l'immense multitude des êtres vivants. Des gens de toutes races, de tous âges. Des animaux, des insectes, petits et grands, vivant sur la terre, dans la mer et dans les airs. Naissant, vivant. La plupart se battant pour survivre. Certains opprimés et tués par les autres. Tous voulant vivre et ne pas souffrir.

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à l'égard de tous ces êtres vivants.
Essayez de briser quelques-unes des barrières que nous avons créées entre eux et nous.
Puis faites le vœu de l'Amour Bienveillant, le vœu que tous les êtres soient libérés de Dukkha (souffrance) et trouvent la paix de l'esprit.

Puissent tous les êtres vivants êtres capables de lâcher-prise, d'bandonner la colère, la peur l'inquiétude et l'ignorance. Puissent-ils toujours se sentir bien. Puissent-ils aussi avoir la Patience, la Sagesse et la détermination d'affronter et de surmonter les difficultés,les problèmes et les défis de la vie. Puissent tous les êtres vivants trouver la Paix de l'esprit.


Source : J'ai "scanné" quelques Extraits du livre de Rosemary et Steve Weissman : "Compréhension-Compassion- Méditation Vipassana: l'enseignement de dix journées de retraite"
Remarque : Les mots (en bleu et entre parenthèse, ne sont pas dans le texte original)


  • Lire d'autres extraits de ce livre sur ce blog : ICI


samedi 9 février 2008

Les 4 vertus






On parle aussi des "4 états sublimes"



Extrait d’un enseignement donné à Wat Pah Nanachat en Thaïlande, le 10 Mai 2000 par Vénérable Ajahn Jayasaro


Le Bouddha a enseigné une Voie qui passe par trois formes d’entraînement : la conduite morale, la concentration et la sagesse. C’est une éducation pour la vie, quelque chose que nous continuons à pratiquer jusqu’à notre dernier soupir.

Nous essayons tout le temps de parler et d’agir d’une façon qui exprime la bonté, la sagesse et la compassion, et nous développons sans cesse ces nobles qualités dans notre coeur.
Les quatre vertus cardinales que le Bouddha a enseignées pour que nous les développions dans notre coeur sont appelées les Brahmavihara.



1. Mettā : l’amitié bienveillante (ou amour bienveillant)

D’abord il y a mettā, un sentiment d’amitié (d'amour) bienveillante pour tous les êtres.

Mettā ne signifie pas que l’on doive aimer tout le monde. Bien que l’on puisse en faire un idéal, je crois que vous trouveriez très difficile de parvenir à aimer véritablement tous les êtres d’un même amour.

Par contre, avoir un sentiment de bienveillance, souhaiter aux autres d’être heureux, c’est quelque chose que l’on peut cultiver.

Par exemple, être capable de ne pas s’attacher à un sentiment de rejet que l’on pourrait éprouver pour quelque chose ou quelqu’un et, au contraire, l’accepter en le considérant comme une occasion d’exprimer de la bienveillance.

La bienveillance, c’est aussi résister à la tentation de tout casser et de se débarrasser de ce que l’on n’aime pas. C’est avoir de la sollicitude pour tout ce qui vit. C’est une qualité qui anoblit le coeur.


2. Karuna : la compassion

Plus nous comprenons la souffrance, plus nous sommes capables de la regarder en face et d’accepter le fait qu’elle soit partout, plus la compassion grandit dans notre coeur.

Ressentir de la compassion ne signifie pas souhaiter qu’il n’y ait pas de souffrance. La compassion ne voit pas la souffrance comme menaçante ou effrayante. Ce n’est pas non plus une espèce de pitié condescendante. La compassion apparaît naturellement quand on comprend profondément à quel point la souffrance est partout dans la vie.


3. Mudita : la joie altruiste

Mudita est la capacité à se réjouir du bonheur et du succès des autres. Son contraire, c’est se sentir opprimé, menacé ou vexé par ce bonheur.

Que ressentez-vous quand vous voyez les choses auxquelles vous aspirez dans votre vie être exprimées par d’autres plus parfaitement que par vous ? Il est peut-être assez naturel de ressentir de la jalousie ; c’est souvent le cas quand on n’a pas travaillé sur son coeur — mais ce n’est pas obligatoire.

Nous pouvons purifier ce type de réaction, cette mesquinerie du coeur, en cultivant mudita. Nous pouvons trouver merveilleux que quelqu’un soit aussi bon, aussi sage, aussi intelligent, aussi clair, etc. Nous pouvons utiliser cela comme objet de méditation, voir que les bonnes qualités et les réalisations des autres enrichissent chacun d’entre nous. Elles ne nous diminuent pas, elles nous enrichissent. Quand nous voyons cela clairement, toute mesquinerie, toute jalousie nous abandonne.


4. Upekkha : l’équanimité

Dans ce contexte, upekha signifie un état d’esprit égal, équilibré.

On peut le comparer à ce que l’on appelle le « point mort » dans la boîte à vitesse d’une voiture : avant de pouvoir passer à la vitesse supérieure, on passe par le point mort.

On peut souhaiter sincèrement apporter le bonheur aux gens, diminuer ou éliminer leur souffrance, mais se trouver impuissant à le faire pour une raison ou une autre. Peut-être parce que la situation ne s’y prête pas, peut-être que la personne ne nous respecte pas assez pour accepter nos conseils, peut-être que nous ne nous exprimons pas assez clairement ou que nos efforts sont maladroits, que ce n’est ni le bon moment ni le bon endroit — quoi qu’il en soit, cela ne fonctionne pas.

Quand quelqu’un fait preuve d’ingratitude ou de mépris alors que nous essayons de l’aider, cela peut faire très mal. Dans tous les cas, nous demeurons dans l’équanimité. Cela revient à reconnaître que nous sommes tous responsables de nos actes et que nous ne pouvons pas nous charger du fardeau de l’autre.

Par contre, nous pouvons rester prêts : si la situation change, si nous sommes en mesure de faire quelque chose de positif, nous le ferons. Mais si notre action ne fait qu’empirer la situation, nous restons tranquilles et en paix avec nous-mêmes dans l’équanimité.

Il ne s’agit pas d’une indifférence passive mais d’admettre humblement que, pour le moment, nous ne pouvons rien faire.

Mais il y a toujours cette promptitude, cette bonne volonté, cette générosité du coeur : on est prêt à faire le sacrifice, à faire ce qu’il faudra, quand on pourra le faire pour le bien-être et le bonheur de toutes les personnes concernées.



En savoir plus : Lire sur ce blog :

  • Les 4 états sublimes : - L'Amour bienveillant (mettâ); La Compassion (karunâ);La Sympathie joyeuse (muditâ) et L'Equanimité (upekkhâ)
  • Metta : un enseignement de Ajahn Sumedho à propos de METTA:
  • Lire tous les messages de ce blog parlant de Metta (8) : ICI

dimanche 27 janvier 2008

Sagesse et compassion sont inséparables

La sagesse et la compassion sont inséparables comme les deux ailes de l'aigle





Un enseignement de Ajahn Jayasaro : Les Ailes de l'Aigle

Biographie:
Ajahn Jayasaro est né sur l’Ile de Wight en 1958. C’est à la Retraite de la Saison des Pluies de 1978 qu’il rejoint la communauté d’Ajahn Sumedho. En novembre de la même année il part pour Wat Pa Pong, dans le Nord-Est de la Thaïlande, où il se fait ordonner novice l’année suivante, et bhikkhu en 1980, avec le Vénérable Ajahn Chah comme précepteur. De 1997 à 2002, Ajahn Jayasaro fut l’abbé de Wat Pa Nanachat. Il vit actuellement seul dans un ermitage au pied des montagnes Kow Yai.




Notre pratique du Dhamma

Il y a des pratiques qui nous servent de refuge quand tout va bien mais qui disparaissent dès que les temps sont durs.(...)

Nous devons investir un certain effort pour développer notre pratique parce que ces enseignements que nous avons découverts sont encore fragiles, ils ne tiennent pas le choc face à des circonstances difficiles.

Nous devons les nourrir et les protéger et parfois nous devons accepter humblement que notre esprit n’est pas encore assez fort pour traiter certaines choses. Nous devons donc accorder de l’attention au développement de la sagesse par rapport aux différents phénomènes ou problèmes qui apparaissent dans notre pratique. Dans le Sabbasava Sutta (Majjhima Nikaya 2), le Bouddha propose différentes méthodes pour traiter les asava ou leurs manifestations.
(asava= les effluents mentaux, appelés aussi « souillures » ou « pollutions » émanant du coeur et de l’esprit)

  • Lire Le Sabbasava Sutta (Majjhima Nikaya 2): ICI

Il y a certaines choses qu’il faut tout simplement éviter de faire. Pour un moine, ce
sont les parajika, par exemple.
(parajika= littéralement « ce qui provoque la défaite ». Ce sont les quatre fautes les plus graves dans le Code Monastique ou Vinaya, entraînant l’expulsion définitive de la Communauté ou Sangha)

C’est comme marcher beaucoup trop près du bord d’une falaise : il faut éviter de genre de situations, ce ne sont pas des circonstances dans lesquelles il serait bon de pratiquer l’endurance ou le lâcher-prise.

Et puis il y a d’autres choses qu’il faut être capable d’endurer, comme la chaleur et le froid, la faim et la soif, etc.

Et d’autres choses enfin qu’il faut savoir utiliser en pleine conscience, avec sagesse, comme par exemple la nourriture, les vêtements, le logis et les médicaments qui sont des nécessités de base que nous ne pouvons pas lâcher complètement. Il est nécessaire d’être en lien avec elles même si elles relèvent du monde sensoriel parce que notre corps vit dans le monde sensoriel, il en fait partie.


Nous devons aiguiser notre sensibilité et notre attention à la nature des conditions auxquelles nous sommes confrontés

Le Bouddha a donc enseigné le principe de la réflexion sage (yoniso patisankha) sur l’usage des choses qui nous sont nécessaires.

Pour d’autres asava, il suggère une diminution progressive et une lente disparition liée à la pratique régulière.

Comme il n’existe pas de pratique « parapluie » qui réponde à toutes les situations, nous devons aiguiser notre sensibilité et notre attention à la nature des conditions auxquelles nous sommes confrontés, ainsi que la connaissance et la force d’esprit voulues pour avoir l’attitude juste face à elles.

Cela peut nous épargner beaucoup de frustration car si cette forme de sagesse nous fait défaut, nous risquons d’essayer de supporter des choses qui devraient être carrément écartées ou d’écarter des choses qui devraient être supportées. Nous pouvons aussi éviter certaines choses qui devraient en réalité être utilisées attentivement ou essayer d’être attentifs en utilisant des choses qui devraient être complètement abandonnées. Nous en revenons toujours à l’importance de la Vision Juste, autrement dit la qualité de sagesse.


Que faire lorsque nous sommes régulièrement confrontés à la même difficulté dans notre pratique?

Si nous nous trouvons régulièrement confrontés à la même difficulté dans notre pratique, nous devons la prendre en considération et commencer à l’observer sous différents angles.

Dans certains cas, ce sera peut-être comme utiliser un révolver en savon sous la pluie : nous avons l’enseignement, nous faisons ce qu’il faut, mais nous ne l’appliquons pas correctement. Nous manquons de vigueur dans notre application, nous manquons d’intégrité et de continuité alors, au lieu d’obtenir ce que nous devrions, nous nous retrouvons — à cause de notre compréhension défectueuse — avec une piètre imitation qui ne fait pas l’affaire.

Dans d’autres cas, nous utilisons peut-être le mauvais outil ou nous pratiquons selon une certaine technique sans comprendre pleinement sa relation à d’autres facteurs qui lui sont indispensables pour l’étayer.

Alors, si vous êtes bloqué dans notre pratique, vous pouvez utiliser les indriya comme bases de votre investigation. (ici indriya= les cinq forces spirituelles : confiance, énergie, attention, concentration et sagesse)

Imaginons que vous ayez du mal à maintenir votre attention ; vous pouvez vous tourner vers le fondement de l’attention qui, selon les cinq indriya, est viriya (l’énergie, la vigueur) et vous demander :

« Mon attention est-elle relâchée parce que je manque d’énergie ? Y a-t-il un moyen qui me permettre d’investir plus d’effort dans la pratique ? »


En effet, l’effort juste va soutenir tout naturellement une attention juste …

Si vous découvrez alors qu’il y a effectivement un manque d’effort et que la volonté ou la détermination (adhitthana) n’y peuvent rien, vous pouvez reculer encore d’un pas et arriver au stade de la foi ou de la confiance (saddha).

Si l’effort juste fait défaut et que vous ne parvenez pas à investir assez d’énergie dans votre pratique, vous pouvez vous demander si vous manquez de foi.


Il y a différentes formes de foi.

- Il y a la foi de base d’un Bouddhiste qui consiste à avoir foi en l’Eveil du Bouddha en tant qu’être humain et, par conséquent, foi en un potentiel humain à l’Eveil et en notre propre potentiel à l’Eveil.

Avez-vous cette foi-là ou bien êtes-vous prisonnier d’états d’esprit autocritiques, pensez-vous que vous ne pouvez pas y parvenir, que vous avez trop de problèmes ? Avez-vous une vision grise et déprimée des choses ? Si c’est le cas, cela signifie qu’à ce moment précis, la foi fait défaut.

Et si la foi fait défaut, l’effort ne peut se produire et sans effort, pas d’attention et donc pas de concentration et pas de sagesse.

- Il est important aussi d’avoir confiance en votre objet de méditation. Vous devez
vous poser la question :

« Quelle foi, quelle confiance ai-je dans ma méditation, dans le processus de la méditation ? Quelle importance a-t-elle dans ma vie ? Est-ce que je crois vraiment que la pratique de la méditation peut me conduire à l’Eveil ? »

Si vous ne le croyez pas, si l’esprit n’a pas cette confiance, là encore l’énergie fera défaut et vous ne pourrez pas maintenir l’attention.


Ces indriya (confiance, énergie, attention, concentration et sagesse) vont tous à contre-courant de nos habitudes, ils n’apparaissent pas spontanément.

Ce sont leurs contraires qui apparaissent naturellement :
  • le manque de foi,
  • la paresse,
  • le manque d’attention,
  • la distraction, la mauvaise compréhension des choses.


Tout cela apparaît très facilement, ce sont les tendances naturelles d’un esprit non entraîné. Mais ces qualités vertueuses qui vont à leur encontre — la foi, l’énergie, l’attention, la concentration et la sagesse — viennent à l’existence avec difficulté.

Il n’est guère surprenant que l’on trouve la pratique difficile mais c’est aussi ce qui lui donne du sel, ce qui lui donne des allures de défi et la rend passionnante. Si c’était facile, ce serait vraiment ennuyeux. Pourquoi voudrions-nous le faire si c’était si facile ? Quand on transforme un problème en un défi, il devient facile d’y puiser force et inspiration et de voir l’énergie se réveiller. Tandis que si l’on considère quelque chose uniquement comme un problème, on peut se sentir accablé et découragé.

Alors nous nous posons la question :

« Nous sentons-nous écrasés, opprimés ou pleins d’aversion par rapport aux choses sur lesquelles nous travaillons ? Pensons-nous que les choses devraient être différentes ? »


Ce que nous pensons de notre pratique et la façon dont nous l’interprétons a des conséquences sur la pratique elle-même

Cela va dans les deux sens. Nous pouvons éviter beaucoup de souffrance en sachant considérer les choses avec un regard juste.

Le Bouddha a appelé yoniso manasikara, la capacité à utiliser la pensée avec sagesse et intelligence. Sans cette vertu, la pensée, au lieu de demeurer dans un état de neutralité, devient ayoniso manasikara, autrement dit elle s’engage dans une voie erronée.

Nous faisons donc usage de la faculté de sagesse pour évaluer et pour adapter. Nous apprenons à reconnaître les choses qu’il faut savoir endurer et à repérer les différents types de pensées erronées (micchasankappa) qui ne doivent pas être supportées patiemment en attendant qu’elles disparaissent d’elles-mêmes.

Ainsi, les fantasmes sexuels ou les pensées de haine et de négativité sont des habitudes qui engendrent un karma très lourd dans l’esprit. Elles empoisonnent l’esprit, elles lui font perdre son équilibre et peuvent très facilement le conduire dans un véritable enfer.

Le Bouddha a dit : « Au moment précis où nous prenons conscience de telles pensées, nous les stoppons net, sans hésiter une seconde. Nous ne les nourrissons pas. »

Dans notre pratique, nous avons besoin de toutes sortes de qualités, d’un vaste éventail d’outils et d’armes. Nous avons besoin de douceur, de compassion et de pardon mais aussi, en même temps, d’une attitude impitoyable vis-à-vis des intentions mauvaises ou malsaines.

En parallèle, nous cultivons un fort désir de nous libérer du cycle des existences, de nous libérer de l’attachement aux éléments qui constituent la personnalité : la forme physique, les sensations, les perceptions, les formations mentales et la conscience sensorielle.

En réfléchissant constamment à la souffrance générée par l’attachement — pas seulement en tant que sujet d’étude mais à travers notre vécu — nous nous détournons progressivement des choses.

Il ne s’agit pas là d’aversion ni d’un désir de se débarrasser des choses (vibhavatanha). C’est plutôt comme si, en roulant le long d’une route, on voyait sur la gauche une belle allée entourée d’arbres et de montagnes où la vue est splendide mais ce n’est pas la direction que nous voulons prendre. On ne se dit pas : « Je pourrais peut-être prendre cette direction … » ; on prend la ferme résolution de ne pas prendre cette route parce que nous voyons que ce n’est pas là que nous voulons aller. L’esprit est détendu, il n’y a ni la brûlure ni le mouvement de rejet, il n’y a aucune raison de ressentir de la colère ou du dépit.

Ainsi, même si les formes, les sensations, les perceptions, les formations mentales et les différentes formes de conscience sensorielle ont des aspects agréables et attirants, ce n’est pas dans cette direction que nous voulons aller.

Nous avons déjà suivi cette voie pendant trop longtemps, nous nous sommes attachés à ces circonstances vie après vie, et où cela nous a-t-il menés ? Dans les moments où la souffrance, la détresse, la solitude, l’angoisse, la peur ou la dépression apparaît dans l’esprit, en quoi les plaisirs et les belles expériences du passé peuvent-elles nous aider ? En rien.

Alors nous nous entraînons à voir que les formes ne sont que des formes, les sons ne sont que des sons, les odeurs, seulement des odeurs, les goûts seulement des goûts, une sensation physique. Ils ne sont rien de plus ; ils font partie du monde matériel ; ils sont « dhammata », comme on dit en thaï.

Au moment où il y a désir ou attachement pour quoi que ce soit dans l’esprit, ce n’est plus dhammata — « c’est ce que c’est » —, ce n’est plus une simple sensation ; cela prend de l’importance, nous projetons, nous donnons beaucoup de sens à ces choses. Percevoir les choses comme dhammata signife que nous sommes conscients que les phénomènes sont simplement ce qu’ils sont, alors que notre forme habituelle de pensée a tendance à dire : « Cela ne devrait pas être », « Pourquoi moi ? », « Il n’aurait pas dû dire cela ! ». Tous ces jugements sont basés sur le sentiment que les choses devraient être différentes de ce qu’elles sont.

La culpabilité, c’est le sentiment que nous n’aurions pas dû dire ce que nous avons dit ou que nous aurions dû dire quelque chose que nous n’avons pas dit, que nous devrions être meilleurs que nous ne le sommes.

Au contraire, comprendre dhammata, c’est voir que les choses sont telles qu’elles sont suite à certaines causes et conditions.

Quand on comprend cela, on est en mesure de voir que, en cet instant, les choses ne pourraient pas être autres que telles qu’elles sont.

En réponse à la question : « Comment quelqu’un peut-il se comporter de manière aussi cruelle, brutale ou grossière ? », on voit que c’est dû à toutes les causes et les conditions qui peuvent remonter à l’enfance ou à une vie antérieure. Elles peuvent aussi être liées à une maladie ou à un état mental particulier qui engendre, chez la personne, ce type de comportement très déplaisant.

Nous réalisons que, étant donné la façon dont ont été conditionnés les khanda (= les cinq « agrégats » qui constituent une personne : la forme physique, les sensations, les perceptions, les formations mentales et la conscience sensorielle) qui constituent cette personne, c’était en réalité la manifestation parfaite à ce moment-là.


Nous entraîner à voir les choses en termes de causes et de conditions, en tant que seule ou parfaite manifestation des causes et des conditions existant à un moment donné, n’engendre pas la passivité.

On ne va pas se dire : « Les choses sont ainsi et elles seront toujours ainsi … » On va simplement comprendre que les choses sont ainsi du fait de causes et de conditions qui sont présentes à cet instant précis ; mais les causes et les conditions changent. Ce n’est que quand l’esprit a atteint l’équanimité qu’il sera en mesure de répondre aux situations de manière appropriée, de manière créative.

Cela contredit une idée reçue que l’on a en Occident, selon laquelle on ne peut accomplir quelque chose de bien que lorsqu’on est animé par la passion.

De nos jours, on admire ceux qui sont passionnément engagés dans quelque chose ; les gens pensent que le changement positif, l’action, ne peuvent surgir que de la passion. L’absence de passion n’est guère valorisée.

Mais le Bouddha a dit que les actions mues par la passion seront toujours légèrement décalées, jamais parfaitement adéquates ; elles manqueront d’une certaine circonspection et d’une maturité de vision.

En conséquence, la voie qui mène à la résolution et à la paix commence, avant tout, dans la reconnaissance et l’acceptation d’une situation comme étant dhammata. Les choses sont comme elles sont, à cause d’expériences passées, de situations passées, etc., qui culminent aujourd’hui dans cette manifestation particulière.

Avec la reconnaissance et l’acceptation de dhammata, le rejet de ce qui est, l’aversion, et tous les dhamma malsains sont abandonnés. Apparaît alors un état d’esprit détendu et équilibré (..)

On voit que l’équanimité est un passage obligé qui mène ensuite à l’étape active où l’on peut parler ou bien garder le silence, faire ou ne pas faire, selon les circonstances.


La sagesse et la compassion sont inséparables.

Une vérité fondamentale de l’esprit humain, souvent soulignée par le Bouddha est que la sagesse et la compassion sont inséparables.

Dans l’une des comparaisons traditionnelles à ce propos, on parle d’un aigle géant dont les deux ailes sont l’une la sagesse et l’autre la compassion. Le Bouddha a dit que, plus nous voyons clairement la nature de la souffrance, plus nous comprenons clairement que la nature de la souffrance est conditionné par le désir né de l’ignorance. Nous voyons combien l’Octuple Sentier est efficace pour alléger cette souffrance et nous commençons à voir la cessation.

Au fur et à mesure que notre compréhension des Quatre Nobles Vérités s’approfondit, nous nous ressentons plus de compassion envers les autres comme envers nous-mêmes — plus exactement, envers tous les êtres vivants.
Nous pouvons donc dire, en quelque sorte, que, pour vérifier le degré de sagesse que nous avons développé grâce à notre pratique, nous devons observer notre degré de compassion et, pour vérifier la compassion de notre coeur ; nous avons la faculté de sagesse. Sachant qu’il ne faut pas confondre véritable compassion et pitié ou sentimentalité

Quand la sagesse est réelle, la compassion est réelle et quand la compassion est authentique, la sagesse est présente.

si la compassion manque de sagesse, elle peut faire plus de mal que de bien.

Un vieux proverbe anglais dit : « La route de l’enfer est pavées de bonnes intentions. » Parfois les gens essaient de faire du bien ou d’aider sans être conscients de leur propre état d’esprit ni de leurs motivations et sans comprendre les gens qu’ils veulent aider. Ils n’ont aucune sensibilité au moment et au lieu, pas plus qu’à leurs propres capacités, de sorte qu’ils n’obtiennent pas les résultats escomptés. Il arrive alors qu’ils soient fâchés, déçus ou blessés et, si on ose exprimer une critique, ils sont encore plus offensés. Ils peuvent se dire que leur action était nécessairement juste puisqu’elle été basée sur une bonne intention, que l’intention de leur coeur était pure.

Mais la pureté d’intention ne suffit pas ; encore faut-il qu’elle soit fondée sur la sagesse, c’est-à-dire sur une compréhension de la souffrance, de son origine et de la façon dont elle est soulagée. Elle doit être fondée sur une véritable compréhension de la souffrance.

Donc, plus nous nous observons dans la pratique, plus nous voyons la souffrance dans ces myriades de formes, de la plus grossière à la plus subtile, ainsi que la toute- présence de tanha (le désir) à chaque fois que nous souffrons.

Nous commençons à voir que la souffrance est inutile et une profonde compassion s’éveille pour nous et pour les autres.

En réalité, la distinction entre soi et les autres devient beaucoup moins nette ; il lui arrive même de disparaître presque complètement tandis que l’esprit se raffermit et se renforce, lumineux et puissant, grâce à la pratique.

En même temps, paradoxalement, il devient extrêmement sensible à la souffrance ; nous trouvons la souffrance intolérable et cette incapacité à supporter la souffrance est le signe d’un esprit plein de compassion.

A travers l’entraînement en trois points (sila, samādhi et pañña =moralité, attention ou concentration et sagesse) nous libérons progressivement l’esprit, en lui donnant une véritable indépendance, une intégrité.

Nous augmentons sa sagesse et sa compréhension de ce qui est, tandis qu’un sentiment de compassion s’éveille pour tous les êtres vivants, y compris nous-mêmes.

Ainsi, quand nous méditons, nous pouvons essayer de considérer notre pratique comme un défi. Quand un problème particulier se présente, c’est notre défi, c’est notre pratique et non quelque chose qui nous en éloigne.

Il arrive que nous apprenions beaucoup de ces défis particuliers, dans la mesure où une forme particulière d’habitude ou de déséquilibre peut devenir claire dans notre méditation.


Quand nous voyons se reproduire toujours le même schéma, nous réalisons qu’il y a de fortes chances pour que celui-ci ne soit pas limité à notre pratique méditative et qu’il est probablement symptomatique de toute la façon dont nous considérons la vie en général.

C’est comme si, en méditation, nous regardons à la loupe les germes des choses qui nous font souffrir. Il y a donc beaucoup à apprendre de ce qui nous empêche de réaliser samadhi. Nous commençons à considérer tout ce qui se produit, qu’il s’agisse d’obstacles ou de facteurs d’Eveil, comme dhammata : ce sont tous les phénomènes conditionnés ; ils sont ainsi à cause de circonstances bien précises.

En réalisant cela, nous pouvons véritablement entrer dans le flot de la causalité et agir sur lui positivement. En se limitant à voir dhammata en toute chose, on élimine la réaction émotionnelle instinctive d’attirance ou de répulsion et on arrive à un état d’équanimité.

Ensuite à partir de l’équanimité, cet état neutre, l’esprit peut embrayer dans le mode actif le plus approprié pour faire face à ce phénomène.

S’il s’agit d’un phénomène malsain, nous faisons l’effort de l’abandonner ; et s’il s’agit d’un phénomène bénéfique, nous pouvons, en toute conscience, l’encourager et le développer.

Plus nous regardons de près, mieux nous comprenons et plus il y a de compassion dans notre coeur. Ainsi quand on pratique le développement de la sagesse, ce n’est pas un développement asymétrique, c’est l’ensemble de l’être qui est engagé, car sagesse et compassion sont les deux ailes de l'oiseau.