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dimanche 28 septembre 2008

Transcender la douleur

J'ai déjà abordé dans de nombreux messages la douleur physique et les différentes manière de la percevoir et de la "recevoir", que ce soit durant une retraite, durant une séance de méditation ou durant la vie de tous les jours, en toutes circonstances. La douleur physique fait partie de notre vie et nous devons apprendre à lâcher prise. Plus facile à dire qu'à faire.

Il s'avère que je connais très bien la douleur physique puisque durant des années, j'ai souffert de douleurs chroniques très fortes liées à mes différentes hernies discales, tant lombaire que cervicale. Depuis 2 ans environ, je ne souffre presque plus et surtout je ne prend plus de médicaments antalgiques.
Si il m'arrive encore de temps en temps (mais de moins en moins) de ressentir des douleurs, au lieu de me jeter sur une boite de comprimés, je ferme les yeux et je médite. 
J'observe alors l'aversion que j'éprouve encore à l'encontre de la douleur, mais de plus en plus j'en suis consciente, je veux dire par là que je commence à être moins ignorante et grâce à cette "connaissance", à cette "attention", je peux commencer à voir les choses comme elles sont.

Je ne pourrais pas vous dire si c'est la douleur physique qui a diminué considérablement où si c'est le fait d'avoir une approche différente de la douleur qui a changé ma vie. Sans doute un peu des deux. 

Une nouvelle épreuve m'a permis récemment de pratiquer davantage et en toutes circonstances. Je n'ai pas écris "Hélas une nouvelle épreuve.. " car je suis persuadée que c'est une opportunité pour progresser sur le chemin.  
J'accepte dorénavant tout ce qui arrive dans ma vie comme une opportunité.

Trop souvent nous éprouvons de l'aversion à l'encontre de la douleur et nous souhaitons qu'une seule chose : que la douleur s'en aille et qu'elle ne revienne jamais.
Lâcher prise revient au contraire à penser sincèrement : peu importe qu'elle reste ou qu'elle parte. Lâcher prise c'est en quelque sorte apprendre à vivre dans l'équanimité.

A la douleur physique vient alors s'ajouter la souffrance mentale qui amplifie la douleur.

Avant de savoir lâcher prise, il y a une situation intermédiaire si je puis dire, qui consiste à être au moins conscient de cette aversion et à l'observer. C'est grâce à l'attention que nous apportons à tout ce qui se passe dans notre corps et dans notre esprit que nous arriverons, un jour, à lâcher prise, à vivre dans l'équanimité.

Rare sont les personnes qui n'éprouvent pas d'aversion à l'encontre de la douleur, rare sont les personnes éveillées....


Pour rappel, d'autres messages de ce blog parlant de la douleur :
Ci après, vous trouverez des extraits d'un enseignement d'Ajahn Brahmavamso sur la douleur-Enseignement Traduit par Luc Guillard
Il s'agit d'un Discours donné le 2 juin 2006 à la « Buddhist Society of Western Australia » dont le Titre original est Dealing With Pain.

Le Vénérable Ajahn Brahmavamso est né à Londres, sous le nom de Peter Betts, en 1951. Issu des classes laborieuses, il a étudié la physique à l’université de Cambridge. Après avoir obtenu ses diplômes et enseigné pendant un an, il est partit en Thaïlande où il a prononcé ses vœux monastiques. Il est resté pendant 9 ans moine auprès du célèbre Ajahn Chah dans un monastère retiré de la jungle. En 1983, il a créé, avec d’autres moines, le Bodhinyana Monastery sur un petit terrain dans la banlieue de Perth en Australie. Il en est devenu l’abbé depuis 1994. Il consacre beaucoup de temps aux malades et aux personnes en fin de vie mais aussi en tant que visiteur spirituel aux prisonniers et, tout simplement, aux moines et aux laïques du monastère Bodhinyana. ( Bouddhist Society of Western Australia)



Quelle est l’attitude bouddhiste face à la douleur physique et face aux expériences douloureuses de la vie ?

Je suis rentré hier de Singapour avec une intoxication alimentaire. J’ai été très malade la nuit dernière et, en ce moment-même, j’ai encore beaucoup d’acidité dans l’estomac. Quelqu’un m’a demandé, il y a quelque temps : « Quelle est l’attitude bouddhiste face à la douleur physique et face aux expériences douloureuses de la vie ? »

Je crois que ce sera un excellent sujet pour ce soir. Il n’y a rien de négatif à parler de la douleur car, qui que nous soyons et quel que soit notre mode de vie, même si nous pensons être en bonne santé, il y a forcément des moments où nous tombons malades et où nous faisons l’expérience de la douleur ou de situations douloureuses.

Un jour quelqu’un m’a dit : « Vous êtes moine, vous méditez, vous avez un mode de vie très éthique, donc vous ne devriez pas tomber malade. » Comme si un moine ne pouvait ni être malade ni mourir ! Il n’y a rien d’anormal à être malade de temps en temps, pour un moine comme pour tout le monde. Par contre, ce qu’il y a de merveilleux quand on est moine, c’est que l’on a toute une panoplie de techniques à sa disposition pour gérer la douleur physique et les difficultés de la vie.

Ainsi la douleur ne nous rend pas négatifs ou dépressifs ; elle est, au contraire, l’occasion d’apprendre à la dépasser, à la transcender, à se situer au-delà d’elle — de sorte que nous pouvons être en pleine forme même si nous avons reçu un coup dans l’estomac !

Que dit le Bouddha à propos de la douleur ? Il souligne qu’il y a deux aspects à notre malaise — et c’est, à mon avis, l’une des clefs de son enseignement pour comprendre ce qu’est la douleur et s’en libérer.
Le Bouddha dit que la douleur a deux aspects : l’un qui est physique et auquel on ne peut pas grand-chose ; et l’autre qui est mental et sur lequel on peut agir. Or c’est l’aspect mental qui est le plus important.

En fait, l’attitude de l’esprit vis-à-vis de la douleur physique est parfois si puissante qu’elle peut faire s’évaporer complètement la douleur. Je pense que vous connaissez tous ces histoires de sportifs qui se cassent une jambe ou un bras mais qui continuent à jouer, ne réalisant qu’après un certain temps qu’ils se sont blessés. J’ai pu moi-même faire l’expérience, maintes fois dans ma vie, de la puissance de l’esprit et constater comment la douleur physique est considérablement influencée par notre attitude. (...)

changer d’attitude peut nous guérir. C’est la partie mentale de la douleur qui est la plus importante.

Que font les gens qui ont mal quelque part? Ils dirigent leur esprit vers cet endroit et se crispent dessus. Je pense que tous les médecins savent que nous réagissons exagérément à la douleur. Bien sûr, il y a une cause interne, mais le fait de tendre tous nos muscles autour de cette douleur amplifie le traumatisme.

La plupart du temps, il nous suffit de nous ouvrir et de nous détendre pour que la douleur physique diminue de manière significative. On comprend alors que, plus on combat la douleur, plus on lui envoie de la négativité. Plus vous lui dites : « Va-t-en ! Tu n’as rien à faire ici », plus elle devient aiguë et se transforme en une énergie dure et insoutenable.

En tant que moine bouddhiste, j’ai appris à aller dans la direction opposée à la tendance habituelle. Quand on a mal, la tendance habituelle consiste à essayer d’échapper à la douleur. (...) Quel que soit le problème, on a cette tendance automatique qui, très souvent, fait empirer la situation.

Dans ma vie, au lieu de chercher à m’éloigner de cette douleur, de cet inconfort lié aux difficultés physiques ou mentales, j’ai appris à aller dans la direction opposée. Si l’esprit va simplement à la rencontre de la douleur au lieu de s’en éloigner aussitôt, il va se familiariser avec cette sensation plutôt que s’y opposer, il lui donne de l’amitié plutôt que de la haine.

Voilà un principe général pour toute votre vie : faire la paix et non la guerre. Etre pacifiste, non seulement vis-à-vis de la guerre dans le monde mais aussi de la guerre que vous menez, dans votre vie, contre la réalité ; cette guerre que vous menez contre la douleur, la maladie et quelquefois aussi contre des problèmes d’ordre mental ou social. Nous faisons la guerre à tout cela : « Les choses n’auraient pas dû se passer ainsi … Cela ne va pas arriver, je vais le résoudre … Va-t-en douleur ! Va-t-en, maladie ! Va-t-en, stress ! »

C’est cette négativité qui nourrit la douleur et la renforce. Mais il y a une autre voie : « Sois la bienvenue, douleur ! Merci d’être là. Je peux être ton ami. Je vais t’apprécier comme ma meilleure amie, douleur. »

J’ai appris cette façon de faire du temps où j’étais jeune moine en Thaïlande. La vie auprès de mon maître, Ajahn Chah, était dure. Il n’aurait pas toléré de moines douillets ! Nous vivions dans un monastère de la jungle, au nord de la Thaïlande, où le climat est très chaud et humide. Et la pire des choses était les moustiques — des centaines de moustiques ! 

Le soir, pendant la méditation assise, sous les arbres, juste après le coucher du soleil, c’était comme si un écriteau pour moustiques annonçait soudain : « Restaurant ouvert ». Nos têtes rasées étaient des pistes d’atterrissage de choix pour les moustiques ! Et puis, ils semblaient savoir que nous étions non violents et que n’allions pas les écraser comme l’auraient fait d’autres gens ! J’étais l’un des premiers moines occidentaux dans ce monastère et les moustiques se régalaient de cette nourriture venue de l’ouest. (Rires) Je suis sûr qu’ils disaient à tous leurs copains moustiques : « Eh ! Venez dans cette forêt ! Il y a de la nourriture occidentale ! » (Rires)

Ils étaient terribles. Un jour je les ai comptés sur mon bras : ils étaient plus de cinquante — et je n’exagère pas ! Un seul moustique provoque une certaine irritation, alors imaginez cinquante ou soixante moustiques en même temps ! Pas de protection, pas de moustiquaire, pas de pommade calmante … Les moines thaïlandais n’étaient pratiquement pas piqués, tandis que nous, les moines occidentaux, nous l’étions tout le temps. 

Alors, un jour, nous sommes allés voir Ajahn Chah et nous lui avons demandé de changer l’heure de la méditation pour éviter les moustiques. Pour toute réponse, il nous a rappelé la signification du terme « ajahn » — mot qui signifie professeur ou enseignant. « A partir de maintenant, a-t-il dit, vous avez un nouveau professeur. Votre enseignant ne sera plus Ajahn Chah mais Ajahn Moustique. » Quelle brillante leçon cela a été pour nous ! Et nous avons dû apprendre d’Ajahn Moustique …

On apprend beaucoup plus à partir d’expériences telles que celle-ci que dans les livres, à l’université ou en venant écouter des discours. On apprend de la vraie vie comment gérer les difficultés et les douleurs. On comprend que, plus on s’inquiète, plus on se crispe et plus le problème s’aggrave. Quand on se détend vraiment et qu’on lâche prise, tous les problèmes disparaissent.

Ce que je pris alors l’habitude de faire — et qui m’a vraiment appris à méditer correctement — c’est de me concentrer réellement sur ma respiration. Quand on se concentre, on ne peut plus s’inquiéter ou penser à autre chose ; par contre, dès que l’esprit perd sa concentration, on retrouve tout de suite ses douleurs et ses maux de tête. 

Après quelque temps, j’ai appris comment entrer dans cette méditation profonde où on ne sent plus son corps mais où on ressent une grande paix, et une chose étrange est survenue : quand je sortais de ces états, de ces méditations, les moustiques avaient dû s’endormir car il n’y avait aucune piqûre sur mes bras. Au début, j’ai cru que la méditation avait le pouvoir de guérir le corps mais, quelques années plus tard, j’ai compris que les moustiques sont attirés par l’oxyde de carbone qui sort de nos pores. Plus notre métabolisme est actif, plus les moustiques détectent notre présence. Autrement dit, plus nous nous inquiétons, nous nous crispons et nous nous énervons à cause des moustiques qui nous piquent, plus nous leur disons : « Venez par ici ! Je suis là ! » Par contre, plus nous nous détendons et nous lâchons prise, plus notre métabolisme se ralentit et moins les moustiques détectent notre présence.

J’ai calmé mon métabolisme en me relaxant, en faisant la paix, en ne m’inquiétant de rien, en étant simplement très attentif à ma respiration … et je suis devenu invisible pour les moustiques ! C’est parce qu’ils ne me voyaient pas qu’ils ne me piquaient plus. Ce fut une grande leçon. Ils m’ont appris à méditer et ce fut également l’occasion pour moi de découvrir tous les bienfaits de la relaxation dans des circonstances irritantes et douloureuses. 

Dès que l’on se relaxe, toutes les tensions se dissipent. Parfois, quand on a mal quelque part, on se crispe autour de ce point et, au lieu de visualiser cette douleur et de lui donner de l’espace, on essaie de s’en débarrasser. Or procéder ainsi, c’est créer de l’énergie négative. Mieux vaut, au contraire, diffuser cette douleur dans le corps entier et aller en sens inverse de la pratique habituelle qui consiste à chercher à s’en débarrasser.

Pourquoi vais-je diffuser la douleur de mon estomac, par exemple, dans tout mon corps, mes bras, mes jambes et même ma tête ? Parce que, quand on crée une expansion, on libère les tensions ; la douleur se répand sur une zone plus grande mais elle est plus diffuse, moins dure. Quand on crée cette expansion, au début on la ressent comme un cube de glace puis comme un nuage dans le ciel, lequel devient de plus en plus léger et finit par remplir tout l’univers ; ensuite, il devient si subtil qu’il finit par disparaître.
 J’ai trouvé là une manière très efficace de surmonter la douleur, parce qu’elle ne va pas à contre-courant des choses mais dans leur sens.

Quand vous êtes concentré sur votre respiration, la douleur est perçue comme étant à l’extérieur. (...)

Ce que je vous dis là est de la psychologie et c’est la vérité. Si vous comprenez cela, vous pouvez comprendre une seconde manière de dépasser la douleur : porter son attention sur un autre objet et mettre cet objet d’attention au centre de votre conscience. Pour moi qui pratique la méditation depuis longtemps, c’est la respiration que je place au centre de mon attention … et la douleur se retrouve à l’extérieur ! Bien sûr elle est toujours présente, mais elle est à l’extérieur. Et puis vous maintenez votre attention, encore et encore, le plus longtemps possible, et à un certain moment — vous ne savez pas quand c’est arrivé mais vous savez que c’est arrivé — la sensation de douleur a disparu. (...)

Il y a des fois où la douleur est tellement présente qu’il semble impossible de s’en extraire — nous en avons tous fait l’expérience un jour ou l’autre. Dans ce cas, on n’essaie pas d’être avec la douleur mais de s’en évader. Je ne parle pas d’un rhume ou de petites douleurs d’estomac mais de douleurs chroniques, par exemple, qui ne disparaissent pas facilement, qui sont là continuellement heure après heure, après heure et que la médecine est parfois impuissante à soulager. 

Alors, si vous avez compris mes explications sur les deux aspects de la douleur, que se passe-t-il ? Nous avons vu qu’il y a la douleur mentale et la douleur physique. La douleur mentale est celle qui dit : « J’en ai assez de souffrir ! Va-t-en ! Pourquoi dois-je passer par cette épreuve ? » — comportement qui ne fait qu’empirer et accroître la douleur. Si, réellement, vous lâchez prise et abandonnez cette résistance mentale, il devient incroyablement plus facile de traiter la douleur physique. 

De ces deux formes de souffrance, la réaction mentale à la douleur représente quatre-vingt-dix pour cent du problème et la douleur physique seulement dix pour cent.

Donc si nous pouvons apprendre à faire face à la souffrance mentale, nous allons énormément progresser vers la paix et même apprécier la vie au lieu la passer dans la résistance et le stress. Nous devons nous dire : « Que fais-je de ma douleur ? Quelle est ma réaction ? Quelle est mon attitude envers cette sensation physique ? »

Souvent nous nous disons : « Je ne devrais pas avoir mal, cela ne devrait pas m’arriver » et nous nous sentons coupables. C’est pourquoi j’ai pris l’habitude de faire un petit test. Je demande à une assemblée : « Combien de personnes ici n’ont jamais étés malades ? Levez la main ! » Bien entendu, personne ne lève la main. Nous avons tous été malades de temps en temps et c’est normal — même si notre société moderne n’accepte plus la maladie et nous fait croire qu’il est anormal d’être malade, ce qui montre bien notre attitude mentale envers la douleur, la maladie et la difficulté : dès le départ, nous les jugeons mauvaises, et c’est là notre erreur.

Les gens qui ont le cancer se sentent coupables, ils ont l’impression d’avoir commis une faute. Comment se fait-il que nous nous sentions coupables des douleurs et des maladies que nous rencontrons dans la vie ? C’est une souffrance mentale qui vient s’ajouter à ce qui arrive tout naturellement. Vous pouvez toujours manger du riz complet, méditer régulièrement, faire de l’exercice ou ne manger que des légumes, mais vous n’échapperez peut-être pas au cancer et certainement pas à la mort !

(...) Quand vous avez un comportement négatif vis-à-vis de la douleur, vous ne faites que l’empirer. Dites-vous qu’il est normal d’être malade, qu’il est normal d’avoir le cancer, qu’il est normal que les gens meurent, qu’il est normal d’avoir des douleurs de temps en temps. Ne pensez pas que c’est anormal, ne pensez pas que c’est une erreur, ne pensez pas que c’est mal.

 Acceptez mentalement cet aspect de la vie et vous pourrez lui faire face et apprendre à le gérer. Remarquez que, quand vous fuyez, vous êtes dans la direction opposée au danger : vous ne pouvez donc même pas voir ce qui vous fait fuir ! Quand vous faites face au problème, vous pouvez le voir et, en le voyant, vous découvrez des choses incroyables, notamment, comment réussir à le gérer, le dépasser, le transcender et être libre.

L’une des manières de gérer les problèmes consiste à utiliser la base même de la méditation : la conscience du moment présent. Quand vous faites face à la douleur, vous voyez les problèmes et vous constatez aussitôt combien la peur du mental concerne le futur : 
« Je ne peux pas rester ainsi plus longtemps. » Vous êtes là, maintenant, dans ce moment présent, mais ce qui rend la douleur insupportable, c’est la pensée quelle va continuer de minute en minute, d’heure en heure et de jour en jour. C’est ce mouvement du mental vers le futur qui rend la douleur insupportable

Parfois c’est aussi le souvenir de douleurs passées qui fait craindre que cela va recommencer. Toutes les fois où vous évaluez ce moment présent en fonction du passé ou en anticipant le futur, c’est la part mentale de la douleur que vous renforcez et qui rend la situation très difficile à supporter. Mais nous pouvons, au contraire, apprendre à rester dans le moment présent avec la douleur physique de l’instant.

Je vous ai déjà raconté une histoire classique à ce sujet, celle d’un moine de notre monastère qui avait de très mauvaises dents. Je ne sais pas quel était son problème mais il en avait assez d’aller voir le dentiste et, un jour, il s’est arraché lui-même une dent. Nous lui avons demandé : « Comment as-tu pu faire cela ? » Il a répondu : « Une fois que j’ai décidé de le faire moi-même, cela n’a pas été très difficile. J’ai eu mal pendant deux secondes et c’était fini ! »
C’est la pensée de se faire arracher une dent qui fait peur : en marchant dans la rue pour aller chez le dentiste on a déjà mal, on grimace rien qu’en y pensant. Là, on est confronté à la douleur mentale puisqu’on ne ressent encore rien. C’est l’occasion de vraiment comprendre que la part mentale est la plus importante : deux secondes de douleur c’est beaucoup mieux qu’une ou deux heures d’angoisse avant le rendez-vous chez le dentiste, non ?

Ce qu’il y a d’intéressant avec la douleur physique, c’est qu’on ne sait pas ce qui va se produire le moment suivant. Beaucoup de gens, notamment dans les retraites de méditation, ont des expériences étonnantes où de grosses douleurs disparaissent soudainement. (...)

  Il y a des moments dans la vie où on est désespéré, où la douleur est insupportable. Il n’y a rien à faire et pourtant on se dit que l’on ne pourra pas supporter cela plus longtemps. Ces moments sont très importants dans la vie, ils sont la clé qui permet de nous éveiller spirituellement. (...)

 Quelquefois, dans la vie, on se bat contre un mur, contre la douleur, et la seule chose à faire est de laisser tomber, de lâcher prise. (...)
Quand on lâche vraiment prise, cela fonctionne immédiatement. Une minute vous souffrez affreusement et la minute suivante … plus rien ! 

(...) beaucoup de gens disent qu’ils lâchent prise — « Je lâche ! Je te dis que j’ai lâché !!! » (en criant) — et puis s’étonnent que cela ne fonctionne pas.  (...) Le problème est que vous n’avez pas vraiment lâché prise, vous n’avez fait qu’utiliser une nouvelle technique pour vous débarrasser de la douleur. Ce n’est pas le lâcher prise, c’est une autre manière de contrôler la douleur. 

Pour vraiment s’abandonner, il faut pouvoir dire quelque chose comme : « Douleur, tu peux rester ici pour toujours, si tu veux » — et bien en comprendre le sens. « Tu peux même t’aggraver si tu le désires, la porte de mon cœur t’est complètement ouverte quoi que tu fasses. Tu peux rester, empirer … je t’accueille. » C’est une chose très difficile à faire, qui demande beaucoup de courage et même de la compassion — de la compassion envers la douleur, pour accueillir la douleur en réalisant qu’elle fait partie de la vie.

Tout cela n’a rien d’anormal. Pourquoi faire de la discrimination envers la douleur et dire : « Je ne veux pas de toi ! » Quand vous la laissez être, la laissez venir et rester, vous avez vraiment laissé tomber la part mentale de la douleur. On lâche cet esprit négatif qui se complaît dans les lamentations et, de ce fait, l’esprit se libère, le corps se détend et la douleur disparaît. C’est une expérience fascinante. 

Bien entendu, si on l’a vécue une fois, il est très facile de comprendre comment gérer la douleur quand on n’a pas d’autre choix. On ressent une douleur et, plutôt que la combattre et créer des tensions qui vont engendrer encore plus d’énergie négative, on lâche prise, on se familiarise avec cette douleur, on est gentil avec elle, on a de la compassion.

Si vous le faites correctement, à cent pour cent, vous serez impressionné par l’effet que cela peut avoir. La partie mentale de la douleur est la plus dure à supporter. Mais, un jour, vous aurez peut-être une douleur qui vous tuera. Vous serez mort. Pour la plupart d’entre vous ce ne sera pas un moment très plaisant. Mais si vous apprenez maintenant à faire face à la douleur, vous aurez une mort douce, tranquille. Vous êtes là, dans la souffrance et vous souriez, vous appréciez la vie et vos derniers instants avec vos proches. 

J’ai vu cela maintes fois, spécialement avec des méditants qui connaissaient un peu le Dhamma (l’enseignement du Bouddha mais aussi la loi de la nature, la vérité qui nous entoure) et qui savaient comment l’esprit et le corps sont reliés. Certains d’entre eux étaient même à l’agonie et les médecins ne comprenaient pas ce qui se passait. Mais ces personnes vivaient leurs derniers instants dans la paix. C’est beau de voir cela, c’est inspirant et cela montre tout ce que l’esprit peut faire. (...)

D’après ma compréhension des textes bouddhiques anciens — et je les ai souvent lus — le Bouddha parle des flux qui parcourent le corps. Quand ces flux se bloquent, un problème apparaît ; c’est ce que dit la médecine indienne traditionnelle. Je me rappelle un article où le médecin personnel du Dalaï Lama avait été invité dans un hôpital aux USA. Les scientifiques voulaient savoir comment se font les diagnostics dans une médecine basée sur la médecine traditionnelle indienne. On lui présenta des malades sans aucune explication préalable et son diagnostic était toujours précis mais expliqué avec des mots différents. Il parlait de flux d’énergie bloqués dans telle ou telle partie du corps. En médecine chinoise cela s’appelle le « chi ».
Quand vous êtes malade, des canaux d’énergie se bloquent mais vous en bloquez encore plus quand vous vous crispez. Vous n’êtes pas détendu, vous résistez aux douleurs de la vie, de sorte que le processus naturel de guérison du corps ne peut pas fonctionner. 

Mais le contraire est vrai ; je l’ai vu en méditation de nombreuses fois. Dans les retraites, je dis aux participants de vraiment, vraiment se détendre et de méditer, de ne pas faire la méditation de manière forcée, d’être doux et ouverts, d’ouvrir la porte de leur cœur. Et certains sentent des points de chaleur dans leur corps. 

C’est incroyable quand cela arrive. Un jour, une méditante est venue me voir pour me dire : « Ma méditation était vraiment très paisible mais mon dos est soudain devenu brûlant, que s’est-il passé ? » Je lui ai répondu : « N’avez-vous jamais eu un problème avec votre dos ? » Toute surprise, elle m’a dit : « Ajahn Brahm, vous lisez dans mes pensées. Comment savez-vous que j’ai eu un accident il y a deux ans ? »

Je n’avais pas lu dans ses pensées, elle venait de me le dire ! Voilà ce qui arrive. Vous avez eu un accident du dos mais vous ne vous relaxez pas ; vous ne vous relaxez pas suffisamment pour donner une chance à votre corps de se guérir lui-même. Pendant la retraite, elle était très détendue et l’énergie de son corps s’est dirigée vers cette zone ; elle en a senti la chaleur. Après coup, on se dit que c’était très agréable ; c’est un processus de guérison. Quand vous lâchez vraiment prise, la douleur et les difficultés ont tendance à s’alléger et à s’évaporer.  

Il y a aussi l’histoire de cet homme qui participait à l’une de mes retraites. Les gens venaient se plaindre de lui car, pendant la méditation, il avait une respiration vraiment très forte tout le temps et c’était très gênant pour tout le groupe. Après ces plaintes j’ai dû faire une annonce : cet homme avait un cancer du nez en phase terminale. Il n’y avait plus aucun traitement possible, plus aucun espoir du côté de la médecine, c’était sa dernière chance. Bien sûr, dès que j’ai annoncé cela, plus personne n’est venu se plaindre. Et puis, tout à la fin de cette retraite, l’homme est venu me voir et il m’a dit : « Il m’est arrivé quelque chose d’incroyable : pendant la méditation j’étais vraiment très détendu et j’ai senti quelque chose se décoincer dans mon nez ». C’était la première fois, depuis des semaines, qu’il pouvait respirer par le nez mais, après quelques minutes, cela s’est refermé. Je pensais qu’il était mort ensuite mais je l’ai revu quelques années plus tard à Sydney. Il est venu vers moi : « Vous vous souvenez de moi ? J’ai eu une rémission complète de mon cancer. » Maintenant il enseigne la méditation !

C’est incroyable ce qui peut arriver et comment cela arrive. Quand vous êtes vraiment, vraiment détendu, l’énergie du corps peut opérer une auto-guérison et aussi nous libérer de la douleur. Je ne vous raconte pas d’histoires : quand j’ai commencé à vous parler, ce soir, j’avais une énorme boule de douleur dans l’estomac et maintenant je la sens à peine, elle est en train de partir. C’est incroyable comme il est possible de gérer sa douleur si on a cette belle attitude qui consiste à ne pas s’inquiéter du passé, à être simplement ici, dans l’instant présent. Ne pas se battre, arrêter la résistance mentale et quatre vingt dix neuf pour cent de la douleur disparaît — parfois même cent pour cent.

Et ceci est tout aussi valable pour les difficultés de la vie : un licenciement, une séparation, une disparition, un suicide … Faites attention à la part que joue le mental dans ces occasions. Si vous arrivez à gérer cela, le reste ira bien.

 
Source : ehi passiko (blog de mon ami isara) 




lundi 22 septembre 2008

Méditer pendant une séance de chimiothérapie

Méditer sur son coussin c'est bien, apprendre à méditer partout où l'on se trouve c'est bien aussi et puis ça peut aider à surmonter l'insurmontable : la peur de mourir, la peur de perdre ses cheveux, la peur tout court.

Après quelques respirations, on commence par essayer de trouver le calme mental. Dans de telles circonstances, le compte des respirations peut aider, une fois que l'on a réussi à calmer son mental, on peut essayer d'observer tous les phénomènes : ils sont comme tous les autres : insatisfaisant, impermenant et sans soi.

En fermant les yeux et en étant attentif aux sensations du corps, on peut voir ce qui se passe au moment où ça se passe, afin de ne surtout pas dramatiser. Cette substance qui se répand dans le corps n'est que passagère.

Observer la légère brulure du produit, la chaleur étrange qui commence à apparaître à la surface de la peau, comme une lampe UV mal réglée, c'est presque agréable.... au début.

Observer l'angoisse pour ne pas s'identifier à elle, observer la dépression pour ne pas s'identifier à elle, observer la douleur pour ne pas s'identifier à elle et surtout observer ce sentiment d'aversion à son encontre.

Observer les pensées : "pourquoi moi", "quelle horreur je vais mourir" , "je ne pourrais jamais le supporter", "mes cheveux comment je vais faire si je les perd" .. ect... Surtout ne pas se laisser entraîner par ce genre de pensées et les observer pour ce qu'elles sont : des pensées et non la réalité.


Observer les nausées, l'angoisse, les pensées, la douleur et encore les nausées, la peur, l'angoisse et ainsi de suite, c'est sans fin. Le mental est notre ennemi mais tout n'est qu'agrégat, tout à un début, un milieu et une fin.

Observer les cheveux, observer la peur de les perdre, la souffrance que provoque cet attachement à des cheveux, qui de toute manière vont repousser.

Il n'y a personne pour contrôler la repousse des cheveux , alors ça ne sert à rien d'avoir peur, on ne peut pas empêcher leur chute, juste observer la peur et l'angoisse, la souffrance que l'on créé par ignorance.

On finira tous par perdre nos cheveux, par perdre cette vie qui n'est que passagère.

Observer, être attentif à tout ce qui se passe dans le corps, dans l'esprit.

Grâce au dhamma et à la pratique on est moins ignorant et on peut méditer et rester attentif partout, en toutes circonstances.






Kathy 








mardi 2 septembre 2008

La Claire Compréhension


La Claire compréhension  (Sampajañña en Pali), par Bhante Henepola Gunaratana

Voici la suite des enseignements (5e partie) donnés par Henepole Gunaratana durant une retraite au Centre Kanshoji, en mai 2007 ("Dhamma talk" Retranscrit par Emmanuel Mancuso traduit par Jeanne Schut)


Pour lire les autres dhamma talk :


Chers amis, cet après-midi j’aimerais parler de la Claire Compréhension ou sampajañña en pāli. La Claire Compréhension est une partie essentielle de la méditation de la tranquillité (samathā, la concentration) mais aussi de la méditation de la vision pénétrante (vipassanā).

Quand nous pratiquons la concentration, nous commençons par l’attention. Le Bouddha a mentionné quatre éléments de la méditation de la concentration :
- les principes moraux : l’observation de principes éthiques
- le contentement : se satisfaire de ce que l’on a
- la claire compréhension des choses
- la pratique de l’amitié bienveillante.

J’utilise certains termes qui sont généralement traduits différemment. Par exemple, je traduis mettā par « amitié bienveillante » et non « amour bienveillant » ou « bienveillance ». Pourquoi utiliser le mot « amitié » ? Comme je vous l’ai dit, j’aime rester au plus près des paroles originelles du Bouddha. Or le mot pāli mettā a pour origine un autre mot pāli : mitta et mitta signifie « ami ». Souvent le Bouddha a conseillé à ses disciples : « Associez-vous à des amis excellents » en employant le mot kalyānamitta, « excellent ami ». Donc mitta signifie simplement « ami » et mettā est la nature de mitta. Nous devons donc développer les qualités et la nature d’un ami.

Il existe un autre mot pāli, karunā, qui exprime la gentillesse envers autrui, la compassion. On trouve de nombreux passages dans les textes où le Bouddha parle de karunā dans ce sens-là.

 Donc traduire mettā par « amour bienveillant » ou « bienveillance », c’est le rendre presque synonyme de karunā. Comme le Bouddha a utilisé deux mots différents, nous devons garder deux sens séparés et dire « amitié » pour mettā et « compassion » pour karunā. 
Je pense que les premiers traducteurs du mot « mettā » n’ont pas tenu compte de sa racine en pāli.

Donc, quand nous pratiquons la méditation de la tranquillité, l’une des exigences premières est la pratique de l’amitié bienveillante. De même quand nous pratiquons la méditation de l’attention, l’une des exigences premières est la pratique de mettā. 

Dans la méditation de l’attention, nous avons ces quatre facteurs de la Claire Compréhension et quand nous pratiquons la méditation de la tranquillité, nous avons aussi cette Claire Compréhension. (...)  LIRE LA SUITE >>>>>>>


samedi 30 août 2008

Pratique de la Méditation Juste selon le Satipatthana Sutta

"Il n'y a qu'un seul sentier, ô moines, conduisant à la purification des êtres, à la conquête des douleurs et des peines, à la destruction des souffrances physiques et morales, à l'acquisition de la conduite droite, à la réalisation du Nirvana, ce sont les quatre sortes d'établissements de l'attention.
Quelles sont ces quatre sortes ?
Voici, ô moines, un moine observant le corps demeure énergique, compréhensif, attentif, ayant rejeté les désirs et les soucis mondains; observant les sensations..., observant l'esprit..., observant les sujets différents, il demeure énergique, compréhensif, attentif, ayant rejeté les désirs et les soucis mondains."
(Extrait du satipatthana sutta)



Ci après un enseignement de Banthe T. Dhammika



Le Sutta des quatre Etablissements de l'Attention (Satipatthana sutta) est un texte fondamental pour l'enseignement de la pratique de la méditation.

Cette méthode des quatre établissements de l'attention, nous donne une idée de la grande importance donnée- à cette pratique dans ses enseignements durant sa vie. Les enseignements du Bouddha se sont ensuite répandus à travers le monde et leur fondement demeure la pratique de l'observation attentive. Depuis deux mille cinq cent ans, ce sutra a été étudié, pratiqué et transmis de générations en générations avec un soin particulier.

Les quatre méthodes d'attention sont :
1-l'attention au corps,
2-l'attention aux sensations,
3-l'attention à l'esprit,
4-l'attention aux objets de l'esprit

Dans l'établissement de l'attention fondé sur le corps, le pratiquant est pleinement conscient du souffle, des positions du corps, des actes du corps, des différentes parties du corps, des quatre éléments formant le corps et de la décomposition du corps devenu cadavre.

Dans l'établissement de l'attention fondé sur les sensations, le pratiquant est pleinement conscient des sensations agréables, désagréables et neutres à mesure qu'elles apparaissent, durent et disparaissent. Il est conscient des sensations ayant une base psychologique et des sensations ayant une base physiologique.

Dans l'établissement de l'attention fondé sur l'esprit, le pratiquant est pleinement conscient des états d'esprit tels que le désir, la haine, la confusion, la concentration, la dispersion, les formations internes, et la libération.

Dans l'établissement de l'attention fondé sur les objets de l'esprit, le pratiquant est pleinement conscient des cinq agrégats composant une personne (la forme, les sensations, les perceptions, les formations mentales, la conscience), des organes des sens et de leurs objets, des facteurs pouvant obstruer la compréhension et la libération, des facteurs pouvant mener à l'Eveil, et des quatre nobles vérités concernant la souffrance et de la libération de la souffrance.


Les méthodes de pratique:

Nous pratiquons la pleine conscience afin de réaliser la libération, la paix et la joie dans notre vie quotidienne. Libération et bonheur sont mutuellement liés : s'il y a libération, il y a bonheur et une plus grande libération apporte un plus grand bonheur. Nous savons que s'il y a libération, la paix et la joie existent au moment présent. Nous n'avons pas besoin d'attendre dix ou quinze ans pour les réaliser. Elles sont à notre portée dès que nous commençons la pratique. Même encore très modérés, ces éléments forment la base d'une libération, d'une paix et d'une joie plus grandes dans l'avenir.

Pratiquer la méditation, c'est regarder avec profondeur afin de voir l'essence des choses. Notre vision profonde et notre compréhension nous permettent de réaliser la libération, la paix, et la joie.

Notre colère, notre angoisse et notre peur, par exemple, sont les liens qui nous attachent à la souffrance. Si nous voulons nous en libérer, nous devons observer leur nature : l'ignorance, le manque de compréhension claire. Comprenant mal un ami, nous serons peut-être en colère contre lui et cette colère nous fera souffrir. Mais examinant avec profondeur ce qui s'est passé, nous pouvons mettre fin au malentendu. Quand nous comprendrons l'autre personne et sa situation, notre souffrance disparaîtra, la paix et la joie naîtront.

La première étape est la conscience de l'objet, la seconde est l'observation de l'objet en profondeur pour l'éclairer. L'attention signifie donc la conscience et aussi regarder avec profondeur.

Le terme Pali Sati signifie "arrêter" et "maintenir la conscience de l'objet". Vipassana signifie "aller en profondeur dans l'objet pour l'observer". Pendant que nous sommes pleinement conscients d'un objet et de son observation avec profondeur, la frontière entre le sujet et l'objet deviennent un. Ceci est l'essence de la méditation. Nous ne pouvons comprendre un objet qu'en le pénétrant et en devenant un avec lui. L'observer en restant à l'extérieur ne suffit pas.

C'est pourquoi le Sutra nous rappelle à la conscience du corps dans le corps, des sensations dans les sensations, de l'esprit dans l'esprit et des objets de l'esprit dans les objets de l'esprit.


Observer attentivement le corps:

Le premier établissement de l'attention est fondé sur le corps, ce qui inclut le souffle, les positions du corps, les actes du corps, les parties du corps, les quatre éléments composant le corps et la dissolution du corps.

Premier exercice - La respiration consciente:

Il va dans la forêt, au pied d'un arbre, ou dans une pièce vide, s'assied jambes croisées ou dans la posture du lotus, le corps droit, et établit l'attention devant lui. Il inspire, conscient d'inspirer. Il expire, conscient d'expirer.

La première pratique consiste en la pleine conscience de la respiration. Quand nous inspirons ou expirons nous savons que nous inspirons et expirons. En pratiquant ainsi, notre respiration devient une respiration consciente. Cet exercice est simple, pourtant ses effets sont profonds. Pour y arriver, il faut consacrer tout l'esprit à la respiration et à rien d'autre


Deuxième exercice - Suivre le souffle

- Quand il inspire longuement, il sait : "J'inspire longuement".
-
Quand il expire longuement, il sait : "J'expire longuement".
-
Quand il inspire brièvement, il sait : "J'inspire brièvement".
-
Quand il expire brièvement, il sait : "J'expire brièvement".

Le pratiquant suit très attentivement sa respiration et fait un avec elle pendant toute la durée de chaque inspiration ou expiration, sans laisser pénétrer aucune pensée ou idée vagabonde. Cette méthode est nommée : "suivre le souffle". Pendant que l'esprit suit le souffle, il est le souffle et seulement le souffle.

Au cours de la pratique, notre respiration devient naturellement régulière, plus harmonieuse, plus calme et notre esprit aussi devient de plus en plus régulier, harmonieux, calme. Ce changement apporte des sensations de joie, de paix et d'aisance dans le corps. Quand l'esprit et la respiration deviennent un, l'unité du corps et de l'esprit est toute proche.


Troisième exercice - Unité du corps et de l'esprit :

En inspirant, je suis conscient de tout mon corps, en expirant, je suis conscient de tout mon corps.

Cet exercice consiste à mettre le corps et l'esprit en harmonie. L'élément utilisé pour le faire est le souffle. Dans la pratique, la distinction entre le corps et l'esprit se dissout. Dans cet exercice, l'objet de notre attention n'est plus simplement le souffle, mais le corps tout entier, car il fait un avec le corps.


Quatrième exercice - Calmer

En inspirant, je calme les activités de mon corps. En expirant, je calme les activités de mon corps.

Cet exercice utilise le souffle pour réaliser la paix et le calme dans tout notre corps. Quand le corps n'est pas en paix, il est difficile à notre esprit de l'être. Utilisons notre respiration pour aider les fonctions physiques à être paisibles et régulières. Si le souffle est haletant ou irrégulier, nous ne pouvons calmer les fonctions physiques. La première chose à faire est donc d'harmoniser notre respiration. Les inspirations et les expirations doivent être légères et régulières. Quand le souffle est harmonieux, le corps l'est aussi.


Cinquième exercice - Conscience des positions du corps

De plus, quand un pratiquant marche, il est conscient: "Je marche". Quand il est debout, il est conscient: "Je suis debout". Quand il est assis, il est conscient: "Je suis assis". Quand il est couché, il est conscient: "Je suis couché". Quelle que soit la position de son corps, il en est conscient.

Cet exercice consiste en l'observation attentive des positions du corps. Ces pratiques sont utilisables tout au long de la journée pour aider le pratiquant à demeurer dans l'attention quelles que soient leurs occupations.


Sixième exercice - Conscience des actes physiques

De plus, quand le pratiquant va et vient, il applique la pleine conscience à son mouvement d'allée ou venue.

Quand il regarde devant ou derrière, se courbe ou se tient debout, il applique
également la pleine conscience à ce qu'il fait. Il applique la pleine conscience en revêtant la robe ou en portant le bol à aumônes.

Quand il mange ou boit, mâche la nourriture ou la savoure, il applique la pleine conscience à tout cela. Quand il excrète ou urine, il applique la pleine conscience à cela.

Quand il marche, se tient debout, couché, assis, s'endort ou se réveille, parle ou est silencieux, il éclaire de sa conscience tous ses actes.

Cet exercice consiste en l'observation et la conscience des actes physiques. C'est la pratique très importante.


Septième exercice - Les parties du corps

De plus, le pratiquant médite sur son propre corps de la plante des pieds jusqu'en haut, puis des cheveux du sommet de la tête jusqu'en bas, un corps contenu dans la peau et rempli de toutes les impuretés appartenant au corps:

"Voici les cheveux, les poils, les ongles, les dents, la chair, les tendons, les os, la moëlle, les reins, le coeur, le foie, le diaphragme, la rate, les poumons, les intestins, le mésentère, les excréments, la bile, le flegme, le pus, le sang, la sueur, la graisse, les larmes, le sébum, la salive, le mucus, la synovie, l'urine."

Cet exercice nous met encore plus profondément en contact avec notre corps. Ici, nous en observons et examinons toutes les parties, depuis les cheveux jusqu'à la peau de la plante des pieds.


Huitième exercice - Interdépendance du corps et de l'univers

De plus, quelle que soit la position de son corps, le pratiquant passe en revue les éléments qui le constituent: "Dans ce corps, il y a l'élément terre, l'élément eau, l'élément feu et l'élément air."

Cet exercice nous montre l'interrelation de notre corps et de tout ce qui existe dans l'univers. C'est l'un des principaux moyens de constater personnellement la nature de non-soi, non-né, et sans-mort de tout ce qui existe. Il faut être conscient de la présence des éléments terre, eau, feu et air dans notre corps, enseigne le sutra.

Ce sont les "Quatre grands éléments" (mahabhuta).
L'élément terre correspond à la nature solide, dure, de la matière. L'eau correspond à la nature liquide, imprégnante. Le feu correspond à la nature de la chaleur. L'air correspond au mouvement.


Neuvième exercice - Impermanence du corps

Les neuf contemplations (neuf stades de décomposition d'un cadavre)
1) Le cadavre est gonflé, bleuâtre et suppurant.
2) Le cadavre grouille de vers et d'insectes.Corbeaux, faucons, vautours et loups le
déchiquètent pour le dévorer.
3) Il ne reste plus qu'un squelette auquel adhèrent encore un peu de chair et sang.
4) Il ne reste plus qu'un squelette taché d'un peu de sang, mais aucune chair.
5) Il ne reste plus qu'un squelette sans aucune tache de sang.
6) Il ne reste plus qu'un amas d'os éparpillés - ici un bras, là un tibia, là un crâne
7) Il ne reste plus que des os blanchis.
8) Il ne reste plus que des os secs.
9) Les os se sont décomposés et il n'en reste plus qu'un tas de poussière.

Cet exercice aide à voir la nature impermanente, soumise à la décomposition de notre corps. Les objets d'observation attentive sont les neuf stades de décomposition d'un cadavre.


Quand nous pratiquons ces neuf exercices donnés par le Bouddha pour observer le corps dans le corps, nous nous concentrons sur le souffle, le corps, les positions, les actes, les différentes parties, les éléments, la décomposition du corps.
En l'observant ainsi, nous sommes en contact direct avec le corps et pouvons voir le processus de devenir et de cessation dans ses composants.

Selon le sutra (sutta), à la fin de chaque exercice de méditation observant le corps dans le corps, il est dit: "C'est ainsi que le pratiquant demeure établi dans l'observation du corps dans le corps - l'observation du corps intérieurement ou extérieurement, ou à la fois intérieurement et extérieurement. Il demeure établi dans l'observation du processus de devenir dans le corps ou du processus de dissolution dans le corps ou à la fois du processus de devenir et de dissolution.

Ou bien il est attentif au fait: "Il y a ici un corps", jusqu'à ce que viennent la compréhension et la pleine conscience. Il demeure établi dans l'observation, libre, n'étant pris dans aucune considération attachée au monde."

Etre en contact avec ces aspects et capable de voir le processus de naissance et de mort ainsi que la nature de non-soi et interdépendante du corps, c'est le sens de l'observation attentive du corps.
Les enseignements de l'impermanence, de l'absence d'un soi et des origines interdépendantes - les trois observations fondamentales du Bouddhisme - sont donc directement compris grâce à la pratique des neuf exercices pour l'observation attentive du corps.

Ces neuf exercices peuvent nous libérer et nous éveiller au mode d'existence des choses.


Dixième exercice - Guérir les blessures par la conscience de la joie

De plus, (bhikku), un pratiquant est conscient du corps en tant que corps, quand, grâce à l'abandon des cinq désirs, une sensation de félicité naît durant la concentration et sature chaque partie de son corps.

De plus, (bhikku), un pratiquant conscient du corps en tant que corps sent la joie qui naît durant la concentration saturer chaque partie de son corps. Il n'y a aucune partie de son corps que n'atteigne cette sensation de joie, née durant la concentration.

De plus, (bhikku), un pratiquant conscient du corps en tant que corps ressent une sensation de bonheur qui naît avec la disparition de la sensation de joie et imprègne tout son corps. Cette sensation de bonheur qui naît avec la disparition de la sensation de joie atteint chaque partie de son corps.

De plus, (bhikku), un pratiquant conscient du corps en tant que corps enveloppe son corps tout entier d'un esprit clair, calme, rempli de compréhension.

Le but de cet exercice est d'amener l'aisance, la paix et la joie, de guérir tant les blessures du
corps que celles du coeur et de l'esprit, de nous nourrir pendant que nous progressons dans la pratique de la joie, et de nous permettre d'avancer loin sur le chemin de la pratique.

Nous l'avons déjà vu, cet exercice vise à nous nourrir de joie et de bonheur et à guérir nos blessures intérieures. Mais nous n'hésitons pas à lâcher cette joie pour entreprendre le travail d'observation. Joie et bonheur, étant produits par des conditions physiques et psychologiques, sont aussi grâce à l'observation attentive, nous saisissons directement la nature impermanente, dénuée d'un soi et interdépendante de tout ce qui existe, que nous pouvons accomplir la liberté et la libération.

Source : Centre Bouddhiste International de Genève


lundi 18 août 2008

L'Etude est nécessaire à la pratique réelle du Bouddhisme


"On peut dire, sans hésitation aucune, que celui qui s'efforce sérieusement de vivre en suivant l'enseignement du Bouddha trouvera sa pratique fortifiée par l'étude méthodique du Dhamma. Une telle entreprise, bien sûr, ne sera pas facile, mais c'est en affrontant et en surmontant les défis que nous rencontrons que notre compréhension se développe et mûrit en haute sagesse" (Bhikkhu Bodhi)


Remarques préalables :
On a l'habitude de dire que seule la pratique permet de comprendre véritablement le dhamma.
Certains vont même jusqu'à dire que seule la pratique compte et que l'on peut très bien pratiquer sans jamais avoir étudié le "Bouddhisme". Je n'irai pas jusque là ... 
Il ne faut pas négliger l'enseignement et notamment l'étude des suttas.

Pratiquer sans connaître ne serait-ce que les quatre Nobles vérités risquent de conduire à une incompréhension de ce que l'on va rencontrer, de ce que l'on va expérimenter.

Dans ce sens : un extrait d'un article de Bhikkhu Bodhi, paru en 1986 dans un numéro de la "Buddhist Publication Society Newsletter"
La traduction en français de ce texte est de Dominique Trotignon


De l'importance de l'étude pour la pratique

Pour voir en quoi l'étude est essentielle à la pratique réelle du bouddhisme, nous devons nous rappeler que la totalité de la pratique de cette voie se développe à partir de l'acte par lequel nous y entrons : le fait « d'aller aux Trois Joyaux [le Bouddha, son enseignement - le Dhamma, la communauté de ses disciples - le Sangha] comme vers un Refuge ».

Si nous avons pris honnêtement cet engagement, avec une motivation correcte, cela implique que nous avons reconnu avoir besoin de conseils spirituels et que nous avons mis notre confiance dans le Bouddha comme notre guide et dans son Enseignement comme le véhicule adéquat.

En prenant refuge dans le Dhamma nous acceptons, non pas une technique de méditation que nous pouvons utiliser à notre gré, afin de réaliser les seuls buts que nous nous sommes fixés nous-mêmes, mais un enseignement profond et complet sur la vraie nature de la condition humaine, un enseignement conçu pour éveiller en nous une perception de cette vérité, comme moyen d'atteindre l'extinction complète et définitive de la souffrance.

La libération offerte par le Dhamma vient, non pas d'une pratique de la méditation qui s'effectuerait dans le contexte de nos propres désirs et conceptions, mais d'une pratique fondée sur la compréhension juste et l'intention correcte, telles qu'elles nous ont été transmises par le Bouddha.

Ce caractère cognitif de la voie bouddhiste place l'étude de la Doctrine et la recherche intellectuelle à un niveau particulièrement élevé. Pourtant, la connaissance qui libère l'esprit de l'esclavage n'émerge que d'une perspicacité intuitive et non pas d'une masse de connaissances doctrinales ; mais cette perspicacité authentique ne peut se développer réellement que sur la base d'une saisie conceptuelle préalable, portant sur les principes de base essentiels à une juste compréhension - sans laquelle son développement sera inévitablement contrarié. [...]

Le but de l'étude du Dhamma, comme composante de notre cheminement spirituel, est d'apprendre à comprendre correctement notre expérience : être capable de distinguer le valide de l'invalide, le vrai du faux, le sain du malsain. 

Ce n'est qu'en procédant à une étude consciencieuse et prudente que nous serons en mesure de repousser ce qui est nuisible à notre progrès et de nous appliquer avec confiance au développement de ce qui est vraiment salutaire.

 Sans avoir atteint cet éclaircissement conceptuel préalable, sans avoir réussi à « corriger nos vues », on peut en effet s'adonner sérieusement aux techniques de la méditation bouddhiste, sans qu'il s'agisse pour autant d'un entraînement à la méditation tel qu'il est envisagé dans le cadre du Noble Sentier Octuple.

Et si la méditation auto-référencée peut apporter à ces pratiquants les avantages mondains d'un plus grand calme, d'un développement de la conscience et de la sérénité, sans le guide que représentent une vue correcte et le pouvoir d'une juste motivation, il est contestable qu'elle puisse mener à la réalisation pénétrante du Dhamma ou à son objectif final : la cessation complète de la souffrance. [...]

On peut dire, sans hésitation aucune, que celui qui s'efforce sérieusement de vivre en suivant l'enseignement du Bouddha trouvera sa pratique fortifiée par l'étude méthodique du Dhamma. Une telle entreprise, bien sûr, ne sera pas facile, mais c'est en affrontant et en surmontant les défis que nous rencontrons que notre compréhension se développe et mûrit en haute sagesse.


Pour information : On peut trouver la version intégrale de ce texte en Anglais sur le site Acces to Insight.
Source de cet extrait traduit par D. Trotigon: Micro-Hebdo de l'UBE



dimanche 27 juillet 2008

L'Action juste



Ci après un nouvel extrait (scanné) du livre de Bhante Hénépola Gunaratana : Les huit marches vers le bonheur - Extrait du chapitre 4 (éd. Albin Michel, Paris, mai 2008)


L'ACTION JUSTE


L’éthique dans l’action

Traditionnellement, nous disons que la marche de l’Action juste consiste à s’abstenir de tuer, de voler et de l’inconduite sexuelle. Bien que les mêmes mots soient utilisés dans les cinq préceptes et dans la définition de l’Action juste. Le sens est un peu différent.

Dans l’optique des préceptes, il est très simple et direct: simplement, ne faites pas ces trois choses. Tuer, voler et l’inconduite sexuelle sont trois des pires actions que vous puissiez effectuer, et si vous les commettez, vous ne trouverez pas la paix. Par conséquent, nous prenons une forte, une puissante résolution et nous y tenons strictement.

Cependant, lorsque le Bouddha a défini l’Action juste comme s’abstenir de tuer, de voler et de l’inconduite sexuelle, il ne faisait que donner des exemples des outrages les plus flagrants que l’on puisse infliger aux autres. Par suite, ces abstentions devraient être comprises non de manière limitée, au sens du respect des règles, mais aussi comme de grandes lignes pour une conduite éthique supérieure.

Ainsi, dans l’un de ses enseignements où il pressait chacun d’agir avec compassion envers tous les êtres vivants, fait-il le commentaire suivant,

Tous les êtres vivants ont peur du bâton (de la violence)
Tous les êtres vivants ont peur de la mort.
Vous comparant vous-même aux autres,
Ne faites aucun mal ni n’entraînez un autre (à en faire) (Dh 129).

Il a expliqué que toute action physique faisant du tort à une autre personne - endommager des biens, les incendier, menacer d’une arme - est mauvaise, même si personne n’est tué.

Une fois, j’ai entendu parler d’un jeune homme qui détestait ses compagnons de chambre à l’université. Pour se venger, il les harcelait en abîmant secrètement leurs affaires personnelles. Par exemple, il trempait leurs serviettes dans les toilettes, il endommageait leurs ordinateurs ! Les tracasseries mesquines, les farces qui blessent sont également de mauvaises actions.

Il existe aussi un niveau plus élevé de l’action éthique. Par exemple, s’abstenir de tuer atteint son sens le plus élevé lorsque nous développons une attitude complètement non violente et souhaitons continuellement le bien de tous les autres êtres vivants.

Nous pratiquons l’Action juste non parce que nous voulons éviter d’enfreindre les règles du Bouddha ou par peur d’être punis; nous évitons les comportements cruels et blessants parce que nous nous rendons compte de leurs conséquences - qu’ils nous conduisent nous-mêmes et tous ceux qui nous entourent à une profonde souffrance, maintenant et à l’avenir. Nous pratiquons l’Action juste parce que nous voulons que notre vie soit utile et harmonieuse, ni destructrice ni conflictuelle, et car nous voulons avoir un esprit calme et heureux, non troublé par le regret ou les remords.

Quand il s’agit d’observer des principes de morale, notre esprit nous joue de nombreux tours. Certaines personnes se disent que les règles morales ne concernent pas les jeunes. « Je peux prendre du bon temps maintenant, disent-elles, et faire tout ce que je veux. Quand je serai plus vieux, je ferai le ménage dans mes actions. » Malheureusement, observer des principes moraux en fin de vie est comparable à gagner à la loterie sur son lit de mort. Si vous attendez trop longtemps, vous ne pourrez pas profiter des bienfaits apportés par une vie morale - libération des dépendances, relations saines, conscience claire et un esprit sans trouble. Il est préférable de profiter des effets salutaires de la moralité pendant que vous êtes jeune, en bonne santé et fort. Quand vous serez vieux, vous n’aurez pas besoin de principes moraux pour empêcher de mauvaises conduites !

Une autre ruse consiste à nous dire : « En quoi des principes moraux sont-ils bons pour moi ? Ma vie est bonne telle qu’elle est. » Si telle est votre réaction, vous feriez bien de regarder votre raisonnement de plus près. Si votre vie est si belle, pourquoi mentez-vous, volez-vous, buvez-vous ou tuez-vous ?

Enfreindre les règles morales devient vite une habitude dont il est difficile de se défaire. De plus, ces comportements ont inévitablement des conséquences négatives. Il n’y a pas moyen d’échapper à la loi de cause à effet. Dérogez aux principes moraux et vous risquez de perdre votre santé, vos biens, l’affection de ceux que vous aimez, et bien d’autres choses qui ont de la valeur pour vous. En plus, vous aurez à faire face aux soucis, à la culpabilité et même à davantage d’insatisfaction. Souvenez-vous, nous observons des principes de moralité pour nous rendre heureux, non pour être malheureux.

Même de petites actions immorales, apparemment insignifiantes, ont un certain effet. J’ai entendu parler d’un homme qui avait manqué une participation dans une affaire de plusieurs millions de dollars - simplement en tuant un insecte. C’était un homme d’affaires plein de bon sens, de talent, qui avait organisé une réunion avec un partenaire potentiel pour discuter d’une association. Alors qu’ils discutaient, un insecte vint se poser sur le bord du verre de bière de ce businessman. Avec un petit bâtonnet, il le fit tomber dans la bière. Quand l’insecte s’évertua à remonter le long du verre pour en sortir, l’homme le fit tomber de nouveau. Tout en discutant une affaire valant des millions de dollars, il s’amusait avec l’insecte, le repoussant dans la bière jusqu’à ce qu’il se noie.
L’associé potentiel m’a dit ultérieurement qu’après avoir vu ce jeu, il avait pensé : « Cet homme est des plus cruels. Peut-être ferait-il quelques vilenies simplement pour gagner de l’argent. Je ne veux pas faire des affaires avec lui. » Et il renonça à l’association.

Il se peut que vous vous demandiez pourquoi les principes de l’Action juste sont exprimés en termes négatifs - ne pas tuer, ne pas voler, etc. La raison en est très simple. Nous ne pouvons pas trouver la joie qui naît de la bonne conduite tant que nous n’avons pas abandonné la mauvaise.

Nous avons tendance à agir avec un esprit plein d’attachement, qui nous mène à toutes sortes de perversion. D’abord, nous devons nous opposer à cette tendance naturelle. Ensuite, nous pourrons nous rendre compte à quel point nous nous sentons à l’aise, détendus, libres et paisibles quand nous agissons selon l’éthique.

Il est impossible de cuisiner un délicieux repas dans un poêlon sale, ou de faire pousser un magnifique jardin dans une terre étouffée par les mauvaises herbes. En nous abstenant du négatif, nous créons les conditions nécessaires pour que le positif s’épanouisse.
Par exemple, en nous abstenant de tuer et de faire d’autres actes d’hostilité, nous créons l’atmosphère favorable à l’apparition de l’amitié-bienveillance et de la compassion dans nos rapports avec les autres.
De même, nous abstenir de voler - prendre ce qui n’est pas donné, qu’il s’agisse des biens de quelqu’un ou du crédit lié au travail ou aux idées d’autrui - donne naissance à son opposé, la générosité.

L’action morale fait passer notre focalisation sur l’intérêt personnel à l’intérêt envers ce qui est profitable à la fois pour nous et pour les autres. Lorsque nous sommes obsédés par nos propres désirs, nous sommes essentiellement motivés par la haine, l’avidité, la jalousie, les pulsions sexuelles, et autres préoccupations égoïstes. Nous n’avons alors ni maîtrise de nous-mêmes ni sagesse pour agir de manière juste. Mais lorsque nous nous abstenons de ce qui est nocif, notre brouillard mental s’éclaircit un peu, et nous commençons à voir que l’amitié-bienveillance, la compassion et la générosité nous apportent un bonheur vrai. Cette clarté d’esprit nous aide à faire des choix éthiques et à progresser sur le chemin du Bouddha.


S’abstenir de tuer

L’envie de nuire ou de blesser d’autres êtres vivants prend généralement sa source dans la haine ou la peur. Lorsque nous tuons délibérément des êtres vivants, même de petites créatures telles que des insectes, nous diminuons notre respect pour toute vie - et par suite pour nous-mêmes.

L’Attention nous aide à reconnaître nos propres aversions et à en assumer la responsabilité. Par l’examen de nos états mentaux, nous nous rendons compte que haine et peur induisent un cycle de cruauté et de violence, des actions qui font du mal aux autres et qui détruisent notre propre paix mentale. S’abstenir de tuer rend l’esprit paisible et le libère de la haine. Cette clarté nous aide à refréner les actions destructrices et à embrasser celles qui ont pour motif la générosité et la compassion.

Une de mes étudiantes m’a confié qu’elle avait été sujette à la peur et qu’elle éprouvait de la répulsion envers de petites créatures, comme les souris, les puces et les tiques. En raison de cette émotion, elle voulait les tuer. Sa pratique de l’Attention l’aidant à s’adoucir, elle prit la résolution de s’en abstenir. Il en résulta une diminution de ses sentiments de peur et de répugnance. Récemment, elle a même réussi à ramasser un grand cafard à mains nues et à le mettre en sécurité, hors de la maison.

Lorsque nous nous abstenons de tuer, notre respect pour la vie grandit, et nous commençons à agir avec compassion envers tous les êtres vivants. Cette même étudiante m’a dit avoir rendu visite à un ami qui vivait dans un centre de méditation. En arrivant, elle remarqua un piège à insectes suspendu au porche d’entrée de la maison où habitait le personnel du centre.

Des douzaines de guêpes, attirées par l’odeur sucrée du jus de pomme, étaient prises au piège. Une fois entrées par sa petite ouverture, elles ne pouvaient plus ressortir. Quand elles s’étaient épuisées à voler dans le petit espace, elles tombaient dans le jus de pomme au fond du piège et se noyaient lentement. L’étudiante en visite interrogea son ami à ce sujet. Il reconnut qu’un tel piège dans un centre de méditation était une chose honteuse, mais que la hiérarchie l’avait installé à cet endroit et qu’il ne pouvait rien y faire.
Bien qu’elle essayât d’ignorer le bourdonnement qui en provenait, la visiteuse ne pouvait chasser la souffrance des guêpes de son esprit. Elle eut rapidement le sentiment de devoir faire quelque chose pour donner à quelques-unes une chance de s’échapper. Elle prit un couteau, perça un petit trou au sommet du piège et y inséra le couteau pour que le piège reste ouvert. Quelques guêpes se hissèrent le long de la lame et parvinrent à s’échapper. Ensuite, elle ouvrit le trou un peu plus et quelques autres guêpes s’échappèrent. Finalement, elle se rendit compte qu’elle ne pouvait même pas supporter d’en laisser une seule mourir dans le piège. Bien que son intervention la rendît mal à l’aise, elle transporta le piège dans le champ voisin et le coupa complètement en deux, libérant toutes les guêpes encore en vie.
En agissant, elle émit le souhait: « Puissé je être libérée de mes attitudes et comportements négatifs de même que ces insectes sont libérés de ce piège. »

L’étudiante m’a dit que, depuis ce moment, elle n’avait plus eu peur des guêpes. Au printemps dernier, un nid de guêpes apparut sous le porche principal de la Bhavana Society. Des personnes qui l’empruntaient furent piquées, et l’endroit fut isolé avec des cordes. Pourtant, cette femme continua d’utiliser cette porte, enjambant le nid sans qu’il lui arrive aucun mal, jusqu’à ce qu’il soit enlevé. « Je serais très surprise si jamais une guêpe me piquait de nouveau, dit elle. Mais si je le suis, c’est pour la pauvre guêpe qui est dérangée et qui peut être blessée en me piquant que je m’inquiéterais le plus. »

Comme vous pouvez le voir à partir de l’expérience de cette étudiante, s’abstenir de tuer crée l’atmosphère favorable au développement de l’action compatissante dans notre vie. C’est merveilleux, et une grande aide pour progresser sur le chemin du Bouddha.

Mais il ne s’agit pas de devenir militant dans notre soutien de la non-violence ! L’Action juste nous demande de prendre nos propres décisions en matière de conduite morale, et non d’exiger que tout le monde suive notre exemple.


Prenez la controverse sur la consommation de viande.

Bien que je ne mange pas de viande moi-même, je n’insiste pas pour que tout le monde devienne végétarien. En regardant les choses sous un angle plus large, je me rends compte que même les végétariens ont une part indirecte dans le fait de tuer. Supposez qu’il y ait un village où vivent mille végétariens, et dans le village voisin un fermier qui cultive des légumes, des fruits et des céréales pour nourrir les mille végétariens. Quand il laboure la terre et élimine les insectes qui pourraient abîmer les légumes, le fermier tue de nombreux petits êtres. De nombreux autres sont tués par ses machines agricoles quand il fait ses récoltes. Les végétariens du village d’à côté se sentent très à l’aise. Bien que des créatures aient été tuées, ils ont une conscience claire quand ils mangent, car ils n’ont pas d’intention de tuer.

Par cet exemple, vous pouvez voir que manger des légumes et tuer des êtres pendant la culture sont deux choses distinctes. La même logique s’applique à la consommation de viande. Manger de la viande et tuer des animaux pour obtenir la viande sont deux choses distinctes. Parfois, le Bouddha lui-même mangeait la viande qui lui était offerte. Ceux qui mangent simplement la viande n’ont pas non plus l’intention de tuer.

Pour l’observation du précepte de s’abstenir de tuer, le Bouddha a défini le fait de tuer de manière très spécifique, comme étant l’acte de mettre fin à la vie intentionnellement. Dans les règles qu’il a établies pour les moines, il clarifie plus avant les conditions nécessaires pour un tel acte :

Il doit y avoir un être.
Vous devez savoir qu’il y a un être.
Vous devez avoir l’intention de tuer.
Vous devez prévoir d’utiliser une méthode pour le tuer.
Vous devez le tuer en utilisant seulement la méthode prévue.

Ceux qui mangent de la viande ne remplissent aucune de ces conditions. Ils savent qu’ils mangent de la viande et qu’elle provient d’un animal. Mais ils n’ont pas eu l’intention de le tuer, et ils n’ont pas participé à sa mise à mort.

S’il n’y a pas de viande disponible, on ne devrait pas aller chasser ou tuer des animaux pour manger. On devrait manger autre chose. Mais les gens ne devraient pas non plus devenir névrosés en cherchant à éviter tout ce qui contribue indirectement à tuer. Quand nous y réfléchissons, un certain degré de contribution indirecte au fait de tuer peut être trouvé dans la plupart des vies contemporaines. Conduire une voiture ou même marcher sur une pelouse tue des êtres. Divers médicaments que nous utilisons sont testés sur des animaux, les tuant, les estropiant ou les rendant malades. Bénéficier de ces médicaments n’est pas tuer. Le Bouddha a clairement dit que votre intention est ce qui compte réellement.

En ce qui concerne le progrès spirituel, il n’y a pas de différence entre végétariens et non-végétariens. Lorsque les végétariens se mettent en colère, sont avides ou troublés, ils se conduisent de la même façon que ceux qui mangent de la viande. Si vous voulez être végétarien, soyez-le, bien sûr. Les repas végétariens sont très sains. Personnellement, je demeure végétarien par compassion envers les animaux. Néanmoins, ne vous sentez pas obligé de vous abstenir de manger de la viande afin d’atteindre votre but de parvenir à la plus haute félicité.

Beaucoup de laïcs me demandent comment combattre les insectes dans leurs habitations et dans leurs jardins. Ils veulent être de bons bouddhistes et ne pas tuer, mais leurs fleurs vont dépérir et leurs maisons se détériorer s’ils ignorent les insectes. Je réponds que tuer des insectes, même pour une bonne raison, est toujours tuer.

Toutefois, tous les meurtres n’ont pas les mêmes conséquences karmiques. Tuer un insecte, en général, n’entrave pas autant notre progrès spirituel que s’il s’agit d’un animal, un chien par exemple. Et tuer un chien a moins d’impact sur l’esprit que tuer un être humain. Aucun acte n’est plus néfaste pour soi même que tuer ses parents ou un être illuminé. De tels actes empêcheraient le meurtrier d’atteindre l’Illumination en cette vie et conduiraient à la pire des renaissances. Tuer des insectes n’est pas aussi grave que cela. Comprenant qu’il y a des degrés différents de conséquences, nous faisons nos choix et en acceptons les effets.




lundi 16 juin 2008

Chers Lecteurs(trices) et ami(e)s






Tout d'abord je voudrais remercier toutes les personnes qui m'encouragent régulièrement à continuer ce blog.

Vous êtes nombreux à m'écrire et certains d'entre vous
m'ont demandé pourquoi je ne faisais par le récit de mes autres retraites.

Mais si j'ai écris le récit de ma retraite, c'est justement car c'était la première retraite intensive de 10 jours que j'effectuais et j'ai eu envie de partager cette expérience.

Rien n'est permanent et aujourd'hui je n'ai aucunement l'intention ni l'envie de faire le récit des autres retraites que j'ai pu suivre depuis, intensive ou non intensive d'ailleurs.

Je pense que cela n'aurait plus d'intérêt et que cela ne ferait qu'alimenter mon ego.

Partager des enseignements, des suttas et des expériences plus ponctuelles c'est bien aussi.

Dans le message "méditation et transformation" je parle justement du changement qui s'est opéré en moi. Je n'ai plus de "méthode" à partager, plus d'attente, plus de but, plus rien de précis juste des expériences au jour le jour.

La pratique du Bouddhisme n'est pas linéaire.

Il ne faut surtout pas s'attacher à la méditation en elle même car comme tout le reste, elle est changeante, a un début et une fin. Ce serait le comble de souffrir parce que l'on arrive pas à méditer.

J'essaye tant bien que mal de continuer ma pratique tout au long de la journée et pas seulement en méditant sur mon coussin.

J'essaye d'observer mon corps et mon esprit sans juger.

Il y a quelques jours, je croyais que mon chat était mort car il n'était par revenu à la maison durant 24 heures

J'ai réussi à observer mes pensées, à en être consciente:

Mes pensées et seulement mes pensées m'ont fait souffrir: c'est ainsi que durant plusieurs heures j'ai imaginé le pire : "Il doit-être mort" ou "il doit-être blessé et ne peut plus marcher" "il a dû se faire écraser, quelle horreur je ne le reverrai plus" ect.. j'ai imaginé les pires sénarios.

Mais l'aspect positif de cette expérience c'est que durant cette période, tout en "souffrant" à cause de mon esprit, j'étais consciente de cela et j'ai pu observer mes pensées. J'étais triste mais pas ignorante, en ce sens que je me rendais parfaitement compte que c'est la pensée qui me faisait souffrir et rien d'autre.

Lorsque le chat est revenu j'ai compris à quel point nous étions esclave de nos pensées.

Durant toute la période ou j'ai attendu mon chat, tout en pleurant sur sa mort éventuelle, j'avais à l'esprit l'histoire de la seconde flèche.
Pour rappel lire : Ressentir la douleur et la colère (Sallatha Sutta: La flèche)

La pratique c'est aussi cela, Vipassana c'est aussi cela: Voir les choses comme elles sont. Etre conscient de ce genre de pensées, pouvoir les observer, même si on arrive pas encore à ne pas souffrir à cause d'elles, c'est déjà un grand pas de plus sur le chemin.

Kathy




Je viens de me souvenir d'un enseignement du vénérable U Jokita à propos notamment de la pensée. C'est pourquoi je l'ajoute à ce message car je trouve qu'il illustre et complète mes propos ci dessus

En voici des extraits

La meilleure chose à faire est d’être attentif, d’observer son esprit et sa vie, de voir par exemple comme on est dépendant ou que l’on s’ennuie facilement.(...)

Les pensées n’apportent pas le bonheur. Observez les pensées sans vous y attacher, sans vouloir les rejeter ou les contrôler. Quand on les voit clairement, elles cessent.

La chose la plus importante est d’être conscient de nos intentions et de notre propre esprit.La méditation est l’attention continue à chaque chose qui apparaît par rapport aux six sens, du lever au coucher, et pas uniquement pendant la méditation assise. C’est le plus grand kusala (action méritoire). Il faut être toujours attentif.

Lorsqu’on observe son esprit de près, sans vouloir être différent, cela résout les nœuds, mais il ne faut pas observer son esprit en voulant résoudre les nœuds, cela créerait un conflit.

Il faut lire dans l’esprit. On ne peut pas apprendre en profondeur des livres. C’est seulement en voyant l’esprit que nous apprenons en profondeur.(...)

Il est impossible de contrôler l’esprit, c’est anatta (le non soi). Il faut simplement être attentif au monologue dans l’esprit avec les commentaires, les jugements….. sans se blâmer ou se juger.

L’attention est une façon de vivre. Où que l’on soit et quoi que l’on fasse, nous devrions le faire avec attention, sinon nous ne comprendrons pas la vie, ni le Dhamma. (...)

C’est uniquement quand on observe l’esprit sans se sentir coupable, sans vouloir le changer qu’on le verra clairement. Il ne faut pas condamner l’avidité, la fierté, la colère… mais apprendre à travers elles.

Nous souffrons car nous nous identifions à notre corps et à notre esprit.

Si le désir, la frustration, la colère ou l’attachement apparaissent, il faut les observer comme des phénomènes naturels, sans les considérer comme personnels, ni essayer des les contrôler. L’identification aux phénomènes les rend plus forts. Sans identification, ils ne sont pas puissants.(...)

Lire cet enseignement dans son intégralité : vipassanasangha



dimanche 6 avril 2008

Sagesse et compassion



Extrait d'un enseignement de Ajahn Jayasaro



Si la compassion manque de sagesse, elle peut faire plus de mal que de bien.

Un vieux proverbe anglais dit : « La route de l’enfer est pavées de bonnes intentions. »

Parfois les gens essaient de faire du bien ou d’aider sans être conscients de leur propre état d’esprit ni de leurs motivations et sans comprendre les gens qu’ils veulent aider. Ils n’ont aucune sensibilité au moment et au lieu, pas plus qu’à leurs propres capacités, de sorte qu’ils n’obtiennent pas les résultats escomptés. Il arrive alors qu’ils soient fâchés, déçus ou blessés et, si on ose exprimer une critique, ils sont encore plus offensés. Ils peuvent se dire que leur action était nécessairement juste puisqu’elle été basée sur une bonne intention, que l’intention de leur coeur était pure.

Mais la pureté d’intention ne suffit pas ; encore faut-il qu’elle soit fondée sur la sagesse, c’est-à-dire sur une compréhension de la souffrance, de son origine et de la façon dont elle est soulagée. Elle doit être fondée sur une véritable compréhension de la souffrance.

Donc, plus nous nous observons dans la pratique, plus nous voyons la souffrance dans ces myriades de formes, de la plus grossière à la plus subtile, ainsi que la toute- présence de tanha (le désir) à chaque fois que nous souffrons.

Nous commençons à voir que la souffrance est inutile et une profonde compassion s’éveille pour nous et pour les autres.

En réalité, la distinction entre soi et les autres devient beaucoup moins nette ; il lui arrive même de disparaître presque complètement tandis que l’esprit se raffermit et se renforce, lumineux et puissant, grâce à la pratique.

En même temps, paradoxalement, il devient extrêmement sensible à la souffrance ; nous trouvons la souffrance intolérable et cette incapacité à supporter la souffrance est le signe d’un esprit plein de compassion.

A travers l’entraînement en trois points (sila, samādhi et pañña =moralité, attention ou concentration et sagesse) nous libérons progressivement l’esprit, en lui donnant une véritable indépendance, une intégrité.

Nous augmentons sa sagesse et sa compréhension de ce qui est, tandis qu’un sentiment de compassion s’éveille pour tous les êtres vivants, y compris nous-mêmes.

Ainsi, quand nous méditons, nous pouvons essayer de considérer notre pratique comme un défi. Quand un problème particulier se présente, c’est notre défi, c’est notre pratique et non quelque chose qui nous en éloigne.

Il arrive que nous apprenions beaucoup de ces défis particuliers, dans la mesure où une forme particulière d’habitude ou de déséquilibre peut devenir claire dans notre méditation.
  • Les Ailes de l'Aigle : Lire cet enseignement en entier : ICI

jeudi 27 mars 2008

Paroles d'Ajahn Chah à propos de la pratique de la meditation (suite)



Apprendre au sujet de la pratique, c’est pratiquer dans le but d’apprendre.


Lorsque vous êtes indolents, que vous vous sentez paresseux, vous devez aussi pratiquer ; pas seulement quand vous êtes en forme et dans de bonnes dispositions. C’est cela que nous a enseigné le bouddha. Si nous suivions nos penchants, nous ne pratiquerions que lorsque nous nous sentons bien.

Comment espérer obtenir quoi que ce soit en pratiquant de la sorte ? Comment pourrons-nous couper le courant de nos formations mentales si nous pratiquons seulement au gré de nos lubies ?


Voir par nous même

Quoi que nous fassions, nous devons voir par nous-mêmes. Lire des livres seulement ne produira jamais rien. Les jours vont passer, mais vous ne verrez rien, vous ne comprendrez rien.

Apprendre au sujet de la pratique, c’est pratiquer dans le but d’apprendre.


Laisser apparaître et disparaître toutes choses

Bien sûr qu’il y a des dizaines de techniques de méditation, mais toutes ont un point commun : laisser apparaître et disparaître toutes choses. Passez au-delà, là où tout est calme, hors des combats.

Pourquoi n’essayeriez-vous pas ?


Se contenter de réfléchir au sujet de la pratique, c’est comme foncer sur l’ombre et manquer la cible.


Votre cœur vous dit ce que vous avez à faire.

Alors que je n’avais pratiqué que quelques années, je ne pouvais pas me fier seulement à moi-même. Mais avec davantage d’expérience, j’ai appris à me fier à mon cœur.

Quand vous avez cette compréhension profonde, quoi qu’il arrive, vous pouvez le laisser venir, tout chose apparaît, puis passe son chemin. Vous avez atteint le point où votre cœur vous dit ce que vous avez à faire.



Dans la pratique de la méditation, il est en fait pire d’être englué dans un état de calme que d’être tiraillé par l’agitation, car vous voudrez échapper à l’agitation, alors que vous aurez tendance à vous complaire dans le calme et ne pas aller plus loin.

Quand le bienheureux état de clairvoyance naît de la pratique de la méditation intérieure, ne vous y attachez pas!




La méditation ne concerne que l’esprit et les sensations.

Il n’y a rien après quoi vous devez courir ou pour lequel vous devez vous battre. La respiration se poursuit pendant que vous travaillez. La nature prend soin des processus naturels. Tout ce que nous avons à faire, c’est de rester attentif, aller en nous-même afin d’avoir une vision claire.

Voilà ce qu’est la méditation.



Quand la pratique n’est pas correcte, il n’y a pas de pleine conscience.


Ne pas avoir cette pleine conscience, c’est comme être mort. Demandez-vous si vous aurez le temps de méditer lorsque vous serez au seuil de la mort. Demandez-vous plutôt en permanence : « Quand vais-je mourir ? ». Si vous vous interrogez de la sorte, vous serez attentif à chaque seconde, la pleine conscience sera toujours présente. Voyant toutes choses telles qu’elles sont, la sagesse apparaîtra. La pleine attention permet à l’esprit de voir chaque sensation au moment où elle parait, nuit et jour…


Quels sont Les fondamentaux de notre pratique ?

Les fondamentaux de notre pratique sont : d’abord, être honnête et droit ; ensuite, se méfier des actions incorrectes ; enfin, être posé et savoir se contenter de peu. Si vous savez être modéré dans vos propos et dans tous les autres domaines, alors vous pourrez vous voir tel que vous êtes, vous ne serez plus distraits. L’esprit aura alors comme fondation : la vertu, la concentration, et la sagesse.


Il n’y a absolument rien.

Au début, vous vous dépêchez d’aller de l’avant, vous dépêchez de revenir en arrière, vous dépêchez de vous arrêter. Et vous allez continuer à pratiquer de la sorte jusqu’à ce que vous touchiez le point où il semble qu’avancer ne mène à rien, que reculer n’avance à rien, ni s’arrêter d’ailleurs ! C’est fini.

Pas d’arrêt, pas d’aller, pas de revenir. C’est fini ! Juste là, vous allez voir qu’il n’y a absolument rien.




Rappelez-vous : vous ne méditez pas pour obtenir quoi que ce soit, mais pour être débarrassé de tout.

Vous le faire avec pour seul désir, celui du lâcher-prise.

Si vous « voulez » quelque chose, vous ne le trouverez pas !


C’est vous qui devez voir la Vérité.

Le cœur de l’Enseignement est assez simple, en fait. Pas la peine de se perdre dans de longues explications. Laissez aller l’amour et la haine, laissez être ce qui passe. Toute ma propre pratique se résume à cela.

Poser des questions erronées démontre que vous êtes encore dans le doute. Parler de la pratique est une bonne chose, si cela peut vous aider à atteindre la vision intérieure.

Mais rappelez-vous que c’est vous qui devez voir la Vérité.

Source : Ajahn Chah -extrait de “No Ajahn Chah” -traduction par isara

Un grand merci à isara pour ses traductions