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mardi 19 août 2008

Entre le corps et l'esprit : le souffle

par Anne-Marie BUISSON

Le souffle reste le grand mystère de notre vie; car nous respirons sans le vouloir, sans le savoir et fréquemment, nous respirons mal. Mais écoutons-nous notre souffle, le sentons-nous, en sommes-nous conscients?

Pourquoi son existence n'est-elle perçue qu'en négatif, manque ou irrégularité, comme un organe que l'on sent seulement lorsqu'il est malade?

Ne pas respirer consciemment vient peut-être du fait que le système respiratoire est le système le moins conscient de notre corps, car la respiration et le diaphragme se situent dans la région du thorax la moins corticalisée ; il faudra donc du temps pour que la respiration devienne consciente, du temps pour qu'elle soit reconnue par nous comme un élément fondamental de notre transformation.

Connaître son souffle commence d'abord par la prise de conscience des différents mouvements du corps qui lui sont associés. Dans un corps raidi, les mouvements sont déjà limités, ventres immobiles ne laissant transparaître aucun élément de vie, nœud au plexus resserrant la partie basse du thorax, cage thoracique étroite.

Une main posée sur ces différents points, à l'avant comme dans le dos ou sur les côtes, permettra de sentir les mouvements d'inspiration et d'expiration à travers le corps.

Mettre son esprit à l'écoute de ce qui se passe sous nos doigts, sans intervenir pour changer quoi que ce soit: accepter sa respiration telle qu'elle est, lui donner le temps de s'installer, de s'habituer à notre attention; une certaine régularité s'établit progressivement et, à mesure qu'elle apparaît, percevoir qu'elle s'étale, se répand non seulement dans le ventre, mais dans tout le thorax.

Ce mouvement respiratoire que nous sentions au départ dans un espace réduit, prend peu à peu possession de tout le corps. L'essentiel est de découvnr ses propres sensations et passer ainsi d'une respiration mécanique et involontaire à une respiration plus ressentie.

Prendre conscience de son souffle demande un effort de concentration d'autant plus ferme au départ, qu'il est petit, juste utilisé pour vivre, donc souvent imperceptible, ne s'appuyant sur aucun support physique. Cette concentration volontaire du début fera place peu à peu à une présence d'esprit simplement posée, observateur - témoin de ce qui se passe.

Garder le contact avec le souffle peut paraître évident, mais le perdre est tout aussi facile; très vite, les pensées sont là nous distrayant. Notre présence d'esprit est bien souvent absente ou réduite à une veilleuse, particulièrement en période de fatigue. Nous sommes envahis d'associations mentales ou émotionnelles, sans rapport avec les circonstances du moment... ramener encore et encore notre esprit à cette respiration; car, autant les réflexes respiratoires sont donnés, autant notre présence d'esprit a besoin de devenir plus stable, plus forte.

La respiration appartient aux fonctions automatiques, mais elle peut aussi être perçue clairement par la conscience: position unique que seul l'homme possède. Comme la vague à la surface de la mer, elle appartient à l'océan, mais elle relie par son rythme le ciel et l'eau. (...)


Source : Lire le Texte intégral : Terre d'Eveil


samedi 19 avril 2008

Le Corps dans le Bouddhisme



Le corps qu'on est, le corps qu'on a

En tant que pratiquantes bouddhistes, quel regard portons-nous sur le corps, sur notre corps. Qu'est que le Bouddha nous enseigne, et de quelle façon cet enseignement influe-t-il sur nos vies ? Ce sont ces quelques réflexions sur un sujet très vaste que nous nous proposons de partager avec vous.

Ce corps est le lieu de mon expérience, de toute expérience dans ce monde, et c'est dans ce corps et grâce à lui que je peux comprendre les quatre nobles vérités de la souffrance, de l'origine de la souffrance, de la cessation de la souffrance et du chemin qui mène à la cessation de la souffrance.

Ce corps est tout à la fois le lieu de mon enchainement au samsara et celui de la possibilité de m'en libérer, quel paradoxe apparent.

La souffrance, mon corps la connait, il en a peur, la satisfaction sensorielle, il la connait et il la cherche, désir et peur, voilà l'origine de la souffrance.
Ce corps c'est le point de contact avec le monde, avec le regard de l'autre, c'est l'image qu'on a de soi, et l'attachement à cette image de soi-même.
En même temps, le corps est un support indispensable à la pratique. Toute expérience dans ce corps, expérience de sa fragilité, de son impermanence, de la maladie, voire du handicap, peut devenir une occasion de pratique, peut devenir pratique. Et c'est grâce au développement de la vigilance sur ce corps et sur ses manifestations que nous pouvons appréhender de façon expérimentale la vérité de l'impermanence du moi.

Dans le célèbre sutra sur l'établissement de l'attention, le Bouddha expose la pratique de l'observation de la respiration, des mouvements du corps, du contenu du corps, des éléments composant le corps, de la désagrégation du corps, et des sensations du corps.

C'est dans son corps, en dépit de la douleur, de l'inconfort, de la chaleur, que Gerta Ital que nous célébrons dans ce numéro a pu atteindre la plus haute réalisation.

En résumé, sans corps pas d'obstacle à l'Eveil, mais sans corps, pas d'Eveil !

Ainsi, le Bouddha nous propose-t-il une perspective spirituelle qui nous permet de regarder le corps d'une façon toute différente de celle que nous propose notre société matérialiste où le corps n'est vu que comme un instrument de plaisir parce que la dimension spirituelle de l'être a totalement disparu.

Dans notre société d'opulence consumériste, le corps devient un enjeu économique. Il faut entretenir constamment le désir d'acheter, célébrer la gourmandise, créer des besoins, y répondre par une multitude d'objets inutiles, rendre les gens toujours plus esclaves de leurs désirs.
Susciter encore et encore chez les femmes le désir d'être belle, d'être désirable, d'acheter des parures, des ornements ; proposer sans cesse un modèle de beauté éphémère et inatteignable. Tout cela, les femmes en sont abreuvées dès leur enfance, et maintenant plus que jamais ! On propose même des vêtements "sexy" à des fillettes !
Et en plus, ces messages publicitaires véhiculent une vision de la femme qui n'existe pas en tant qu'individu autonome, mais n'a de valeur que comme objet sexuel.

Tout est fait pour nourrir sans fin les poisons de l'avidité et de l'ignorance et entretenir la souffrance du samsara. (...)

LIRE LA SUITE : Bouddhisme au Féminin