Par TinhÝ
"Et la lumière fut, et dieu vit que cela était bon….". (genése ch1)″ la lumière du dhamma n’est pas celle d’une révélation divine, on pourrait la croire révélée par le Bouddha, ce qui reviendrait à peu près au même…
Tant que les choses nous viennent de l’extérieur elles ne sont pas vraiment le Dhamma… Nous nous reposons sur quelqu’un d’autre, par fainéantise nous croyons dans le dire de l’autre mais nous n’expérimentons pas… Ce n’est pas le Dhamma. Cette vérité qui vient d’ailleurs n’est pas libératrice, elle ne nous libère pas de la naissance, la vieillesse et la mort… La naissance et la mort sont miennes, personne d’autre que moi ne mourra à ma place…. personne d’autre que moi ne portera les conséquences de mes actes… personne d’autre que moi ne peut manger, marcher, respirer etc… à ma place…
La vérité sur les choses telles qu’elles sont, ne sont pas à l’extérieur de nous… ce n’est pas à l’extérieur de nous que vivent et meurent nos cellules….
Le Bouddha nous enseigne une voie, et cette voie est en nous même… C’est cela la ” révélation ” : ne cherchez pas à l’extérieur de vous ce qui est en vous… en vous même, vous trouverez l’impermanence, l’absence de soi et la cessation… la lumière du Dhamma est en nous….
Ce n’est pas une petite flamme divine, une petite lumière dans notre coeur… La lumière du Dhamma est la vision de la pure réalité… elle ne réside nulle part, elle est action, vision, concentration, sagesse, attention, vigilance, courage…. L’enseignement du Bouddha est cherchez en vous même votre Voie… Libérez vous des idées toutes faites, de vos croyances, de vos habitudes… Soyez conscients de vos constructions mentales, voyez leur vanité, leur prétention à la vérité… voyez leur aveuglement… ne mettez pas votre refuge dans vos pensées où vos opinions…
” Le Béni du Ciel souvent donnait conseil aux bhikkhus ainsi : “Telle et telle est la vertu ; telle et telle est la concentration ; et telle et telle est la sagesse.
Grand devient le fruit, grand est le gain de la concentration lorsqu’elle est pleinement développée par la conduite vertueuse ;
grand devient le fruit, grand est le gain de la sagesse lorsqu’elle est pleinement développée par la concentration ;
l’esprit qui est pleinement développé dans la sagesse est complètement libéré des pollutions de la luxure, du devenir, et de l’ignorance… ( Mahaparinibbana sutta)
Source : Vivre le Dhamma Aujourd'hui
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dimanche 27 juillet 2008
mardi 8 juillet 2008
Un Don du dhamma
Cet enseignement de Ajahn Chah a été donné devant une assemblée de moines occidentaux, de novices et de laïcs au monastère de Bung Waï Forest, province d’Ubon (Thaïlande), le 10 octobre 1977.
Cet enseignement était offert aux parents des moines à l’occasion de leur venue depuis la France.
Merci à isara pour sa traduction.
« A Gift of Dhamma »
Il n'y a peu de dhamma en France...
Je suis heureux que vous ayez saisi cette opportunité de venir visiter Wat Pah Pong et de venir voir votre fils qui a été ordonné moine, ici. Je suis cependant désolé de n’avoir aucun cadeau à vous offrir. Il y a en France, tant d’objets matériels, mais du Dhamma, il y en a vraiment peu.
La France connaît une prospérité matérielle, il y a à offrir tant de choses si attirantes pour les sens : des sons, des spectacles, des senteurs, des goûts, des textures. Toutefois, les gens qui sont ignorants du Dhamma ne peuvent être qu’embrouillés par cela. Aussi, aujourd’hui, j’aimerais vous offrir quelques enseignements sur le Dhamma, que vous pourrez ramener en France avec vous. Un cadeau du Wat Pah Pong et du Wat Pah Nanachat.
Les problèmes sont les mêmes partout
Qu’est-ce que le Dhamma ? Dhamma, c’est ce qui peut réduire les problèmes et les difficultés de l’humanité, et graduellement les faire disparaître. C’est cela que l’on appelle le Dhamma et qui doit être étudié tout au long de notre vie quotidienne afin d’être en capacité, chaque fois qu’une impression survient en nous, de l’observer, de savoir comment la traiter, pour avancer plus avant.
Les problèmes sont les mêmes que nous vivions en Thaïlande ou dans n’importe quel autre pays. Si nous ne savons pas comment les résoudre, nous serons en permanence sujets à la souffrance et à la détresse. Et pour acquérir cette sagesse, nous devons développer et entraîner l’esprit.
L’objet de la pratique n’est pas bien éloigné : c’est juste là dans notre corps et notre esprit. Occidentaux et thaïs sont semblables, ils ont, les uns et les autres, un corps et un esprit. Un corps et un esprit confus font une personne perdue dans la confusion. Un corps et un esprit apaisés, c’est une personne qui est en paix.
Apaiser l'esprit pour apaiser le corps
De fait, l’esprit, tout comme l’eau de pluie, est pur naturellement. Si vous laissez tomber une goutte de colorant vert dans de l’eau de pluie, aussitôt elle se teindra en vert. Avec un colorant jaune, elle se teindra en jaune.
L’esprit réagit exactement de la même manière. Quand une impression de bien-être « tombe » dans l’esprit, l’esprit est bien. Quand c’est une impression d’anxiété, l’esprit est anxieux. L’esprit se « teinte » tout comme l’eau colorée.
Quand l’eau claire entre en contact avec le colorant jaune, elle vire au jaune. Quand elle entre en contact avec le colorant vert, elle vire au vert. Elle change de couleur à chaque fois. Mais en fait, cette eau qui devient soit jaune, soit verte est, naturellement, claire et propre. C’est aussi l’état naturel de l’esprit, propre et clair et serein. Il devient confus seulement parce qu’il poursuit des impressions mentales ; il se perd dans ses propres humeurs.
Laissez-moi vous expliquer plus précisément. Maintenant, vous êtes assis dans une forêt paisible. Ici, il n’y a pas de vent, la feuille reste immobile dans l’arbre. Quand le vent se met à souffler, la feuille s’agite. L’esprit est semblable à cette feuille. Quand il rencontre une impression mentale, lui aussi s’agite suivant la nature de cette impression mentale. Et moins nous connaissons le Dhamma, plus notre esprit sera à la poursuite de ces impressions mentales.
Finalement, les gens deviennent névrosés. Pourquoi ? Parce qu’ils suivent sans cesse leurs humeurs et ne sont pas capables de voir au-delà de l’agitation de leur esprit. Quand l’esprit n’a personne pour veiller sur lui, il est comme un enfant sans mère, ni père pour prendre soin de lui. Un orphelin n’a aucun refuge et sans refuge, il est en danger.
La méthode pour entraîner l’esprit, c’est cela que je vous donne aujourd’hui.
C’est « kammatthana » : kamma veut dire « action » et « thana » signifie la base, le fondement. Dans le bouddhisme, c’est la méthode pour rendre l’esprit tranquille et apaisé. C’est à vous d’entraîner l’esprit, puis avec cet esprit entraîné, d’examiner le corps.
Notre être est composé de deux parties : l’un est le corps ; l’autre, l’esprit. Il n’y a que cela. Ce que nous appelons « le corps », c’est ce que nous pouvons voir avec nos yeux organiques. « L’esprit », de l’autre coté, n’a pas d’aspect physique. L’esprit ne peut être vu qu’avec nos « yeux de l’intérieur » ou nos « yeux de l’esprit ». Ces deux composantes, le corps et l’esprit, sont en permanente mutation.
Qu’est-ce que l’esprit ? L’esprit n’a aucune véritable réalité. Conventionnellement parlant, c’est ce qui ressent, qui expérimente. C’est ce qui sens, reçoit, et expérimente toutes les sensations mentales, c’est cela que nous appelons « l’esprit ». Là, maintenant, il y a l’esprit. Comme je suis en train de vous parler, l’esprit reconnaît ce que je suis en train de dire. Des sons entrent par l’oreille et vous savez ce qui est en train d’être dit. Ce qui fait l’expérience de ceci est appelé « esprit ».
L’esprit est l’esprit. Les objets mentaux sont les objets mentaux. Les objets mentaux ne sont pas l’esprit et l’esprit n’est pas les objets mentaux. Afin d’avoir une claire compréhension de notre esprit et des objets mentaux de notre esprit, nous disons que l’esprit c’est ce qui perçois les objets mentaux qui apparaissent en lui.
Quand deux choses, l’esprit et les objets de l’esprit entrent en contact l’un avec les autres, ils donnent naissance aux sensations. Certaines sont agréables, d’autres mauvaises, certaines froides, d’autres chaudes, ainsi de suite !
Sans la sagesse pour traiter ces sensations, l’esprit restera dans la confusion.
La méditation est la voie pour développer l’esprit, pour qu’il devienne une base sur laquelle croîtra la sagesse.
Anapanasati ou l'Attention à la respiration
La respiration est le support physique pour développer l’esprit. Nous appelons cela « anapanasati » ou « pleine conscience de la respiration ». Nous prenons notre respiration pour objet mental. Nous prenons cet objet parce qu’il est simple et parce qu’il est le cœur de la méditation depuis des temps immémoriaux.
Quand l’occasion se présente de s’asseoir en méditation, asseyez-vous, les jambes croisées : pied droit sur la cuisse gauche, main droite au-dessus de la main gauche. Maintenez votre dos droit et ferme. Dites en vous-même : « Maintenant, je laisse aller tous mes soucis, toutes mes inquiétudes. » Vous ne devez rien vouloir qui pourrait vous causer du tracas. Laissez de coté toutes vos inquiétudes pour le moment.
Maintenant fixez votre attention sur la respiration, n’essayez pas de rendre votre respiration plus longue ou plus courte. Pas plus que vous devez la rendre forte ou légère. Laissez-la couler normalement et naturellement. La pleine conscience et l’attention vont croître dans votre esprit, et se concentrer sur l’inspiration et l’expiration.
Soyez à l’aise. Ne pensez à rien. Inutile de penser à ceci ou cela. La seule chose que vous ayez à faire, c’est de fixer votre attention sur le va et vient de votre respiration. Vous n’avez rien d’autre à faire, que cela ! Gardez votre pleine conscience focalisée sur le va et vient du souffle quand il se produit. Soyez attentif au début, au milieu et à la fin de chaque respiration. Lors de l’inspiration suivez d’abord le souffle à l’extrémité du nez, le milieu de l’inspiration au niveau du cœur et la fin, dans l’abdomen. Lors de l’expiration, suivez le chemin inverse : le début de l’expiration dans l’abdomen, le milieu au niveau du cœur et la fin à l’extrémité du nez.
Finalement, l’esprit restera attentif à la respiration à chacun de ces trois stades. Quand vous aurez pratiqué quelques fois, l’esprit et le corps vont s’habituer à ce travail. La fatigue va disparaître. Le corps va se sentir plus léger et la respiration devenir de plus en plus légère. Attention et conscience de soi protègent l’esprit et veillent sur lui.
Nous pratiquons comme cela jusqu’à ce que l’esprit soit calme et en paix, jusqu’à ce qu’il soit unifié. Etre unifié signifie que l’esprit sera complètement focalisé sur la respiration, qu’il ne sera pas séparé de la respiration. L’esprit sera clair et tranquille. Il connaîtra le début, le milieu et la fin du souffle et restera concentré sur lui.
Quand l’esprit est apaisé, nous fixons notre attention sur l’inspiration et l’expiration au niveau des narines seulement. Nous n’avons pas à suivre son cheminement, montant et descendant, dans l’abdomen. Il suffit de se concentrer sur le nez par où le souffle entre et sort.
Ceci s’appelle « calmer l’esprit », le rendre calme et apaisé. Quand la tranquillité apparaît, l’esprit s’arrête ; il s’arrête sur un seul objet, la respiration. C’est rendre l’esprit apaisé afin que la sagesse puisse apparaître.
C’est le début, le fondement de notre pratique. Vous devez essayer de pratiquer de la sorte chaque jour, où que vous soyez. Que ce soit à la maison, dans une voiture, étendu ou assis, vous devez être pleinement attentif et surveiller votre esprit en permanence.
Ceci s’appelle « l’entraînement mental » qui peut être pratiqué dans toutes les positions. Pas seulement en étant assis, mais debout, en marchant ou couché, tout aussi bien. L’objectif est de pouvoir savoir quel est l’état de l’esprit à chaque moment. Et pour être capable de le faire, nous devons être en permanence conscient et attentif. L’esprit est-il heureux ou souffrant ? Connaît-il la confusion ? Est-il en paix ? Apprendre à connaître l’esprit de la sorte, lui permet de devenir tranquille et lorsqu’il sera tranquille, la sagesse apparaîtra.
L'observation du corps
Avec cet esprit apaisé, observez cet objet de médiation qu’est le corps… depuis le sommet du crâne jusqu’à la plante des pieds et revenir jusqu’au sommet du crâne. Faites ceci encore et encore. Regardez et voyez les cheveux sur la tête, les poils du corps, les ongles, les dents et la peau. Durant cette méditation, vous verrez que toutes ces parties du corps sont composées de quatre éléments : terre, eau, feu, air.
Les parties solides du corps sont composées d’éléments « terre », les substances liquides sont composées d’éléments « eau ». Tous les vents qui traversent le corps sont des éléments « air » et la chaleur de notre corps est l’élément « feu ».
Pris ensemble, ils composent ce que nous nommons « être humain ». Cependant, quand le corps se décompose, seuls ces quatre éléments subsistent. Le Bouddha dit qu’il n’y avait aucun « être » en soi, pas d’humain, pas de thaï, ni d’occidental, personne, mais seulement ces quatre éléments… et rien d’autre ! Nous sommes convaincus qu’il y a une personne, un « être », mais en réalité, il n’y a rien de la sorte.
Que l’on prenne séparément ces éléments, terre, eau, air et feu, ou qu’on les prenne ensemble dans ce que nous désignons sous l’appellation d’ « être humain », ils sont tous impermanents, sujets à la souffrance et sans identité propre. Ils sont instables, impermanents et dans un état constant de changement… rien de stable, ne serait-ce qu’un instant !
Notre corps est instable, il se dégrade et change en permanence. Les cheveux changent, les ongles changent, les dents et la peau de même… tout, absolument tout change.
Notre esprit aussi change continuellement. Il ne possède ni soi, ni substance. Il n’est pas réellement « nous », pas réellement « eux », bien qu’il le pense. Peut-être pensera-t-il se tuer lui-même, peut-être pensera-t-il au bonheur ou à la souffrance… ou à tout autre sorte de chose ! Il est instable.
Cet esprit est impermanent. Ce corps est impermanent. Ensemble, ils sont impermanents. Ensemble, ils sont source de souffrance. Ensemble, ils sont dépourvus d’un « soi ». Ceux-ci, ce corps et cet esprit, le Bouddha l’a montré, ne sont ni un être, ni une personne, ni un « soi », ni une âme, ni « nous », ni « eux ». Ils ne sont que de simples éléments : terre, eau, air et feu. Seulement des éléments !
Quand l’esprit verra cela, il se libèrera des attachements qui l’emprisonnent, des pensées comme : « je suis beau », « je suis bon », « je suis mauvais », « je souffre », « je possède », « je » ceci, « je » cela. Vous expérimenterez un état où vous pourrez voir que toute l’humanité est semblable par essence. Il n’y a pas de « je », il n’y a que des éléments.
Quand vous voyez l’impermanence, la souffrance et le non-soi, il n’y a plus d’attachement à un soi, un être, je, il ou elle. L’esprit qui voit cela donnera naissance à « nibbida », le désenchantement et la cessation des passions. Il verra toute chose comme étant impermanente, cause de souffrances et sans « soi » propre.
L’esprit alors s’arrêtera. L’esprit est Dhamma. L’avidité, la détestation, l’illusion diminueront et reculeront petit à petit, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que l’esprit… juste le pur esprit. C’est ce que nous appelons « pratiquer la méditation »
Voilà, je vous demande de recevoir ce cadeau du Dhamma que je vous offre pour que vous puissiez l’étudier et le contempler dans votre vie quotidienne.
S’il vous plaît, acceptez cet enseignement du dhamma venant du Wat Pah Pong et du Wat Pah Nanachat comme un héritage que vous recevriez. Tous les moines ici présents, parmi lesquels se trouve votre fils, et tous les enseignants, vous font offrande de ce Dhamma pour que vous l’emmeniez avec vous en France. Il vous montrera le chemin de la paix de l’esprit, il rendra votre esprit calme et détendu. Votre corps pourra être troublé, mais pas votre esprit. D’autres par le monde pourront être dans la confusion, mais pas vous. Même si la confusion règne dans votre pays, vous ne serez pas dans la confusion vous-même, parce que l’esprit aura vu, l’esprit est Dhamma.
C’est le juste chemin, la vraie Voie.
Puissiez-vous vous souvenir de cet enseignement dans la futur.
Puissiez-vous être en paix et heureux.
Ajahn Chah
Source : Extrait de : « A Gift of Dhamma » Traduction par isara : Vimokkha
Remarque : Les sous titres ne sont pas dans le texte original ni dans la traduction.
Cet enseignement était offert aux parents des moines à l’occasion de leur venue depuis la France.
Merci à isara pour sa traduction.
« A Gift of Dhamma »
Il n'y a peu de dhamma en France...
Je suis heureux que vous ayez saisi cette opportunité de venir visiter Wat Pah Pong et de venir voir votre fils qui a été ordonné moine, ici. Je suis cependant désolé de n’avoir aucun cadeau à vous offrir. Il y a en France, tant d’objets matériels, mais du Dhamma, il y en a vraiment peu.
J’ai eu l’occasion d’aller là-bas et de voir par moi-même : il n’y a aucun Dhamma, là-bas, qui puissent vous conduire vers la paix et la tranquillité. Il n’y a que des choses qui sèment la confusion et le trouble dans les esprits.
La France connaît une prospérité matérielle, il y a à offrir tant de choses si attirantes pour les sens : des sons, des spectacles, des senteurs, des goûts, des textures. Toutefois, les gens qui sont ignorants du Dhamma ne peuvent être qu’embrouillés par cela. Aussi, aujourd’hui, j’aimerais vous offrir quelques enseignements sur le Dhamma, que vous pourrez ramener en France avec vous. Un cadeau du Wat Pah Pong et du Wat Pah Nanachat.
Les problèmes sont les mêmes partout
Qu’est-ce que le Dhamma ? Dhamma, c’est ce qui peut réduire les problèmes et les difficultés de l’humanité, et graduellement les faire disparaître. C’est cela que l’on appelle le Dhamma et qui doit être étudié tout au long de notre vie quotidienne afin d’être en capacité, chaque fois qu’une impression survient en nous, de l’observer, de savoir comment la traiter, pour avancer plus avant.
Les problèmes sont les mêmes que nous vivions en Thaïlande ou dans n’importe quel autre pays. Si nous ne savons pas comment les résoudre, nous serons en permanence sujets à la souffrance et à la détresse. Et pour acquérir cette sagesse, nous devons développer et entraîner l’esprit.
L’objet de la pratique n’est pas bien éloigné : c’est juste là dans notre corps et notre esprit. Occidentaux et thaïs sont semblables, ils ont, les uns et les autres, un corps et un esprit. Un corps et un esprit confus font une personne perdue dans la confusion. Un corps et un esprit apaisés, c’est une personne qui est en paix.
Apaiser l'esprit pour apaiser le corps
De fait, l’esprit, tout comme l’eau de pluie, est pur naturellement. Si vous laissez tomber une goutte de colorant vert dans de l’eau de pluie, aussitôt elle se teindra en vert. Avec un colorant jaune, elle se teindra en jaune.
L’esprit réagit exactement de la même manière. Quand une impression de bien-être « tombe » dans l’esprit, l’esprit est bien. Quand c’est une impression d’anxiété, l’esprit est anxieux. L’esprit se « teinte » tout comme l’eau colorée.
Quand l’eau claire entre en contact avec le colorant jaune, elle vire au jaune. Quand elle entre en contact avec le colorant vert, elle vire au vert. Elle change de couleur à chaque fois. Mais en fait, cette eau qui devient soit jaune, soit verte est, naturellement, claire et propre. C’est aussi l’état naturel de l’esprit, propre et clair et serein. Il devient confus seulement parce qu’il poursuit des impressions mentales ; il se perd dans ses propres humeurs.
Laissez-moi vous expliquer plus précisément. Maintenant, vous êtes assis dans une forêt paisible. Ici, il n’y a pas de vent, la feuille reste immobile dans l’arbre. Quand le vent se met à souffler, la feuille s’agite. L’esprit est semblable à cette feuille. Quand il rencontre une impression mentale, lui aussi s’agite suivant la nature de cette impression mentale. Et moins nous connaissons le Dhamma, plus notre esprit sera à la poursuite de ces impressions mentales.
Ressentant la joie, l’esprit se sentira joyeux, ressentant la souffrance, il succombera à la souffrance. Toujours dans un état de confusion.
Finalement, les gens deviennent névrosés. Pourquoi ? Parce qu’ils suivent sans cesse leurs humeurs et ne sont pas capables de voir au-delà de l’agitation de leur esprit. Quand l’esprit n’a personne pour veiller sur lui, il est comme un enfant sans mère, ni père pour prendre soin de lui. Un orphelin n’a aucun refuge et sans refuge, il est en danger.
De même, si personne ne prend soin de l’esprit, s’il n’est pas entraîné ou mené à maturation de caractère grâce à une compréhension juste, il est réellement dans la confusion.
La méthode pour entraîner l’esprit, c’est cela que je vous donne aujourd’hui.
C’est « kammatthana » : kamma veut dire « action » et « thana » signifie la base, le fondement. Dans le bouddhisme, c’est la méthode pour rendre l’esprit tranquille et apaisé. C’est à vous d’entraîner l’esprit, puis avec cet esprit entraîné, d’examiner le corps.
Notre être est composé de deux parties : l’un est le corps ; l’autre, l’esprit. Il n’y a que cela. Ce que nous appelons « le corps », c’est ce que nous pouvons voir avec nos yeux organiques. « L’esprit », de l’autre coté, n’a pas d’aspect physique. L’esprit ne peut être vu qu’avec nos « yeux de l’intérieur » ou nos « yeux de l’esprit ». Ces deux composantes, le corps et l’esprit, sont en permanente mutation.
Qu’est-ce que l’esprit ? L’esprit n’a aucune véritable réalité. Conventionnellement parlant, c’est ce qui ressent, qui expérimente. C’est ce qui sens, reçoit, et expérimente toutes les sensations mentales, c’est cela que nous appelons « l’esprit ». Là, maintenant, il y a l’esprit. Comme je suis en train de vous parler, l’esprit reconnaît ce que je suis en train de dire. Des sons entrent par l’oreille et vous savez ce qui est en train d’être dit. Ce qui fait l’expérience de ceci est appelé « esprit ».
Cet esprit n’a aucune entité, aucune substance. Il n’a aucune forme. Il fait seulement l’expérience des activités mentales, c’est tout ! Si vous instruisez cet esprit pour qu’il ait une juste vue des choses, il ne rencontrera aucun problème. Il sera tranquille.
L’esprit est l’esprit. Les objets mentaux sont les objets mentaux. Les objets mentaux ne sont pas l’esprit et l’esprit n’est pas les objets mentaux. Afin d’avoir une claire compréhension de notre esprit et des objets mentaux de notre esprit, nous disons que l’esprit c’est ce qui perçois les objets mentaux qui apparaissent en lui.
Quand deux choses, l’esprit et les objets de l’esprit entrent en contact l’un avec les autres, ils donnent naissance aux sensations. Certaines sont agréables, d’autres mauvaises, certaines froides, d’autres chaudes, ainsi de suite !
Sans la sagesse pour traiter ces sensations, l’esprit restera dans la confusion.
La méditation est la voie pour développer l’esprit, pour qu’il devienne une base sur laquelle croîtra la sagesse.
Anapanasati ou l'Attention à la respiration
La respiration est le support physique pour développer l’esprit. Nous appelons cela « anapanasati » ou « pleine conscience de la respiration ». Nous prenons notre respiration pour objet mental. Nous prenons cet objet parce qu’il est simple et parce qu’il est le cœur de la méditation depuis des temps immémoriaux.
Quand l’occasion se présente de s’asseoir en méditation, asseyez-vous, les jambes croisées : pied droit sur la cuisse gauche, main droite au-dessus de la main gauche. Maintenez votre dos droit et ferme. Dites en vous-même : « Maintenant, je laisse aller tous mes soucis, toutes mes inquiétudes. » Vous ne devez rien vouloir qui pourrait vous causer du tracas. Laissez de coté toutes vos inquiétudes pour le moment.
Maintenant fixez votre attention sur la respiration, n’essayez pas de rendre votre respiration plus longue ou plus courte. Pas plus que vous devez la rendre forte ou légère. Laissez-la couler normalement et naturellement. La pleine conscience et l’attention vont croître dans votre esprit, et se concentrer sur l’inspiration et l’expiration.
Soyez à l’aise. Ne pensez à rien. Inutile de penser à ceci ou cela. La seule chose que vous ayez à faire, c’est de fixer votre attention sur le va et vient de votre respiration. Vous n’avez rien d’autre à faire, que cela ! Gardez votre pleine conscience focalisée sur le va et vient du souffle quand il se produit. Soyez attentif au début, au milieu et à la fin de chaque respiration. Lors de l’inspiration suivez d’abord le souffle à l’extrémité du nez, le milieu de l’inspiration au niveau du cœur et la fin, dans l’abdomen. Lors de l’expiration, suivez le chemin inverse : le début de l’expiration dans l’abdomen, le milieu au niveau du cœur et la fin à l’extrémité du nez.
Développez cette attention à la respiration :
1- bout du nez, 2 - niveau du cœur, 3 - dans l’abdomen.
Et au retour : 1 – dans l’abdomen, 2 – niveau du cœur, 3 – bout du nez.
Focaliser sur ces trois points permet de vous délivrer des soucis. Ne pensez à rien d’autre. Gardez votre attention sur la respiration.
Peut-être d’autres pensées vont vous traverser l’esprit. Elles risquent de vous distraire. Ne vous en souciez pas. Ramenez votre attention sur la respiration à nouveau. Votre esprit peut être tenté de juger ou d’analyser vos humeurs, mais continuez votre pratique, continuez à suivre le début, le milieu et la fin de chaque respiration.
Finalement, l’esprit restera attentif à la respiration à chacun de ces trois stades. Quand vous aurez pratiqué quelques fois, l’esprit et le corps vont s’habituer à ce travail. La fatigue va disparaître. Le corps va se sentir plus léger et la respiration devenir de plus en plus légère. Attention et conscience de soi protègent l’esprit et veillent sur lui.
Nous pratiquons comme cela jusqu’à ce que l’esprit soit calme et en paix, jusqu’à ce qu’il soit unifié. Etre unifié signifie que l’esprit sera complètement focalisé sur la respiration, qu’il ne sera pas séparé de la respiration. L’esprit sera clair et tranquille. Il connaîtra le début, le milieu et la fin du souffle et restera concentré sur lui.
Quand l’esprit est apaisé, nous fixons notre attention sur l’inspiration et l’expiration au niveau des narines seulement. Nous n’avons pas à suivre son cheminement, montant et descendant, dans l’abdomen. Il suffit de se concentrer sur le nez par où le souffle entre et sort.
Ceci s’appelle « calmer l’esprit », le rendre calme et apaisé. Quand la tranquillité apparaît, l’esprit s’arrête ; il s’arrête sur un seul objet, la respiration. C’est rendre l’esprit apaisé afin que la sagesse puisse apparaître.
C’est le début, le fondement de notre pratique. Vous devez essayer de pratiquer de la sorte chaque jour, où que vous soyez. Que ce soit à la maison, dans une voiture, étendu ou assis, vous devez être pleinement attentif et surveiller votre esprit en permanence.
Ceci s’appelle « l’entraînement mental » qui peut être pratiqué dans toutes les positions. Pas seulement en étant assis, mais debout, en marchant ou couché, tout aussi bien. L’objectif est de pouvoir savoir quel est l’état de l’esprit à chaque moment. Et pour être capable de le faire, nous devons être en permanence conscient et attentif. L’esprit est-il heureux ou souffrant ? Connaît-il la confusion ? Est-il en paix ? Apprendre à connaître l’esprit de la sorte, lui permet de devenir tranquille et lorsqu’il sera tranquille, la sagesse apparaîtra.
L'observation du corps
Avec cet esprit apaisé, observez cet objet de médiation qu’est le corps… depuis le sommet du crâne jusqu’à la plante des pieds et revenir jusqu’au sommet du crâne. Faites ceci encore et encore. Regardez et voyez les cheveux sur la tête, les poils du corps, les ongles, les dents et la peau. Durant cette méditation, vous verrez que toutes ces parties du corps sont composées de quatre éléments : terre, eau, feu, air.
Les parties solides du corps sont composées d’éléments « terre », les substances liquides sont composées d’éléments « eau ». Tous les vents qui traversent le corps sont des éléments « air » et la chaleur de notre corps est l’élément « feu ».
Pris ensemble, ils composent ce que nous nommons « être humain ». Cependant, quand le corps se décompose, seuls ces quatre éléments subsistent. Le Bouddha dit qu’il n’y avait aucun « être » en soi, pas d’humain, pas de thaï, ni d’occidental, personne, mais seulement ces quatre éléments… et rien d’autre ! Nous sommes convaincus qu’il y a une personne, un « être », mais en réalité, il n’y a rien de la sorte.
Que l’on prenne séparément ces éléments, terre, eau, air et feu, ou qu’on les prenne ensemble dans ce que nous désignons sous l’appellation d’ « être humain », ils sont tous impermanents, sujets à la souffrance et sans identité propre. Ils sont instables, impermanents et dans un état constant de changement… rien de stable, ne serait-ce qu’un instant !
Notre corps est instable, il se dégrade et change en permanence. Les cheveux changent, les ongles changent, les dents et la peau de même… tout, absolument tout change.
Notre esprit aussi change continuellement. Il ne possède ni soi, ni substance. Il n’est pas réellement « nous », pas réellement « eux », bien qu’il le pense. Peut-être pensera-t-il se tuer lui-même, peut-être pensera-t-il au bonheur ou à la souffrance… ou à tout autre sorte de chose ! Il est instable.
Si nous n’avons pas la sagesse et que nous considérons cet esprit comme étant notre, il nous mentira sans cesse. Et nous passerons en permanence du bonheur à la souffrance.
Observer le corps et l'esprit
Observer le corps et l'esprit
Cet esprit est impermanent. Ce corps est impermanent. Ensemble, ils sont impermanents. Ensemble, ils sont source de souffrance. Ensemble, ils sont dépourvus d’un « soi ». Ceux-ci, ce corps et cet esprit, le Bouddha l’a montré, ne sont ni un être, ni une personne, ni un « soi », ni une âme, ni « nous », ni « eux ». Ils ne sont que de simples éléments : terre, eau, air et feu. Seulement des éléments !
Quand l’esprit verra cela, il se libèrera des attachements qui l’emprisonnent, des pensées comme : « je suis beau », « je suis bon », « je suis mauvais », « je souffre », « je possède », « je » ceci, « je » cela. Vous expérimenterez un état où vous pourrez voir que toute l’humanité est semblable par essence. Il n’y a pas de « je », il n’y a que des éléments.
Quand vous voyez l’impermanence, la souffrance et le non-soi, il n’y a plus d’attachement à un soi, un être, je, il ou elle. L’esprit qui voit cela donnera naissance à « nibbida », le désenchantement et la cessation des passions. Il verra toute chose comme étant impermanente, cause de souffrances et sans « soi » propre.
L’esprit alors s’arrêtera. L’esprit est Dhamma. L’avidité, la détestation, l’illusion diminueront et reculeront petit à petit, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que l’esprit… juste le pur esprit. C’est ce que nous appelons « pratiquer la méditation »
Voilà, je vous demande de recevoir ce cadeau du Dhamma que je vous offre pour que vous puissiez l’étudier et le contempler dans votre vie quotidienne.
S’il vous plaît, acceptez cet enseignement du dhamma venant du Wat Pah Pong et du Wat Pah Nanachat comme un héritage que vous recevriez. Tous les moines ici présents, parmi lesquels se trouve votre fils, et tous les enseignants, vous font offrande de ce Dhamma pour que vous l’emmeniez avec vous en France. Il vous montrera le chemin de la paix de l’esprit, il rendra votre esprit calme et détendu. Votre corps pourra être troublé, mais pas votre esprit. D’autres par le monde pourront être dans la confusion, mais pas vous. Même si la confusion règne dans votre pays, vous ne serez pas dans la confusion vous-même, parce que l’esprit aura vu, l’esprit est Dhamma.
C’est le juste chemin, la vraie Voie.
Puissiez-vous vous souvenir de cet enseignement dans la futur.
Puissiez-vous être en paix et heureux.
Ajahn Chah
Source : Extrait de : « A Gift of Dhamma » Traduction par isara : Vimokkha
Remarque : Les sous titres ne sont pas dans le texte original ni dans la traduction.
Si le dhamma est un don, la traduction du dhamma est également un don. Merci à isara cette nouvelle traduction.
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ajahn Chah,
Dhamma,
enseignement moine de la forêt
samedi 28 juin 2008
Le Dhamma est ici même
Le Dhamma est ici même, nous devons regarder ici même
Le Dhamma né du corps doit être vu dans le corps. Et comment regarderez-vous le corps ? Avec l'esprit. Vous ne trouverez le Dhamma nulle part ailleurs, parce que c'est précisément là que naissent aussi bien le bonheur que la souffrance. À moins que vous n'ayez déjà vu le bonheur apparaître dans les arbres ? Ou sortir des rivières ? Ou tomber du ciel ?
Le bonheur et la souffrance sont des émotions qui naissent dans notre corps et dans notre esprit.
Voilà pourquoi le Bouddha nous dit de prendre conscience du Dhamma ici même. Le Dhamma est ici même, nous devons regarder ici même.
Après avoir lu les livres, il faut rediriger les enseignements vers l'intérieur. Alors, vous pourrez les comprendre
Votre Maître vous dira peut-être de regarder le Dhamma dans les livres, mais si vous croyez que c'est vraiment là qu'il se trouve, vous ne le verrez jamais. Après avoir lu les livres, il faut rediriger les enseignements vers l'intérieur. Alors, vous pourrez les comprendre.
Où se trouve le véritable Dhamma ? Ici même, dans ce corps et dans cet esprit qui sont tout ce que vous possédez. Utilisez l'esprit pour contempler le corps. Telle est l'essence de la pratique de la contemplation.
Si nous pratiquons ainsi, la sagesse s'éveillera dans notre esprit.
Quand la sagesse est présente dans notre esprit, où que nous regardions, nous voyons le Dhamma, nous voyons aniccam, dukkham et anatta à tout moment.
Aniccam signifie changement. Dukkham, c'est la souffrance qui naît quand nous nous attachons à ce qui change, parce que ces choses ne sont ni nous ni nôtres : anātta.
Transcender l'apparence
Mais nous ne voyons pas les choses ainsi. Nous les voyons toujours comme étant nous ou nôtres, ce qui signifie que nous ne comprenons pas bien ce que sont les conventions. Il faut comprendre les conventions. Par exemple, nous tous, assis ici, avons un nom. Notre nom est il né avec nous ou nous a-t-il été donné après ? Vous comprenez ? C'est une convention.
Les conventions sont-elles utiles ? Oui, bien sûr. Prenons quatre hommes, A, B, C et D. Il faut qu'ils aient un nom qui leur soit propre pour faciliter la communication et le travail en commun. Si nous voulions parler à monsieur A, nous pourrions l'appeler par son nom et c’est lui qui viendrait, pas les autres. C'est le côté pratique des conventions.
Mais si nous regardons bien les choses, si nous transcendons l'apparence, nous constatons qu'en réalité il n'y a personne derrière le nom, il n'y a que de la terre, de l'eau, de l'air et du feu — les quatre éléments. C'est tout ce que contient un corps humain.
Malheureusement, du fait du pouvoir d'attachement de attavād-upādāna,* (*L'une des quatre bases de l'attachement : kamūpādāna, l'attachement aux objets des sens ; sīlabbatūpādāna, l'attachement aux rites et rituels ; diṭṭhūpādāna, l'attachement aux opinions et attavādūpādāna, l'attachement à l'idée d'un soi) nous ne voyons pas les choses de cette manière.
Une « une personne » n'est vraiment pas grand-chose
Si nous analysions les choses à fond, nous constaterions que ce que nous, appelons « une personne » n'est vraiment pas grand-chose.
La partie solide, c'est l'élément terre ;
la partie liquide, l'élément eau ;
la partie qui souffle ici et là s'appelle l'élément air ;
et la partie qui donne sa chaleur au corps est l'élément feu.
Quand la terre, l'eau, l'air et le feu se combinent d'une certaine manière, ils donnent un être humain. Quand nous décomposons les choses ainsi, nous constatons qu'il n'y a que de la terre, de l'eau, de l'air et du feu. Où voyez-vous une personne là dedans ? Il n'y en a pas.
C'est la raison pour laquelle le Bouddha a dit que la plus grande des pratiques consiste à voir que
« ceci n'est pas moi et cela ne m'appartient pas » — voir qu'il ne s'agit que de conventions.
Les choses ne sont ni nous ni à nous
Si nous comprenons clairement tout cela, nous serons en paix. Si nous réalisons à cet instant la vérité de l'impermanence, que les choses ne sont ni nous ni à nous, au moment où elles se désintègreront nous serons en paix sachant qu'elles n'appartenaient à personne de toute façon, simples agrégats des quatre éléments.
Ne plus être affecté par la colère, l'avidité ou l'illusion
Il est difficile de voir les choses sous cet angle-là, mais ce n'est pas impossible.
Si nous y, parvenons, nous trouverons l'apaisement, nous ne serons plus autant affectés par la colère, l'avidité ou l'illusion.
Le Dhamma sera toujours présent dans notre coeur. Il n'y aura plus aucune raison de jalouser ou de mépriser les autres puisque nous sommes tous de simples agrégats de terre, d'eau, d'air et de feu. Rien de plus.
Quand nous aurons accepté cette idée, nous verrons la vérité contenue dans les enseignements du Bouddha. Si nous pouvions voir la vérité des enseignements du Bouddha, nous n'aurions pas besoin de tant de maîtres ! Il serait inutile d'écouter des discours tous les jours. Quand nous comprenons, nous agissons simplement de manière appropriée aux situations.
Si les gens sont si difficiles à enseigner, c'est qu'ils n'acceptent pas l'enseignement et s'opposent aux enseignants comme aux enseignements. Devant le maître ils se comportent à peu près bien, mais derrière son dos ils deviennent comme des voleurs ! Les gens sont vraiment difficiles à enseigner...
Etre vigilant pour pouvoir voir le Dhamma
Soyez vigilant sinon vous ne verrez pas le Dhamma. Il faut être circonspect : écouter l'enseignement et puis l'étudier bien à fond. Est-ce que cette fleur est belle ?... Êtes-vous capable de voir la laideur à travers la beauté de la fleur ? Pendant combien de jours va-t-elle être belle ? Comment va-t-elle évoluer ? Pourquoi change-t-elle ainsi ? D’ici trois ou quatre jours il faudra la jeter, n’est-ce pas ? Elle aura perdu toute sa beauté.
Les gens s'attachent à ce qui est beau, s'attachent à ce qui est bon. Si, quelque chose leur plaît, ils sont complètement séduits.
Le Bouddha nous dit de regarder les belles choses, de voir qu'elles sont belles, mais sans nous y
attacher. De même, si une sensation est agréable, nous ne devons pas nous laisser piéger par elle
Rien n'est sûr : ni la beauté ni la bonté. Rien n'est certain, il n'y a rien en ce monde qui soit une
certitude. C'est la vérité. Les choses qui ne sont pas réelles sont les choses qui changent, comme la beauté. La seule vérité qu'elle contienne c'est qu'elle est en perpétuel changement. Si nous croyons que les choses sont vraiment belles en elles-mêmes, quand leur beauté s'étiolera, notre esprit s'étiolera aussi. De même, quand les choses ne sont plus aussi bonnes, notre esprit perd également de sa bonté.
Source : Extraits d'un enseignement donné en 1977 par Ajahn Chah, à l'Institut Manjushri, en Angleterre : Livret 15- Le refuge - Les titres ne sont pas dans le texte original
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ajahn Chah,
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enseignement moine de la forêt
vendredi 6 juin 2008
la pratique du dhamma
Ci après un enseignement donné par Buddhadasa Bhikkhu à des méditants occidentaux venus étudier au Suan Mokkh, en 1986.
Extrait de « Le remède naturel contre les maux spirituels. »
...nous allons discuter de la bonne utilisation du Dhamma, c'est-à-dire, de comment vivre avec le Dhamma.
Quand nous parlons du Dhamma, nous voulons dire la connaissance que nous devons mettre en pratique afin de pouvoir soigner les maux spirituels.
Concernant cette pratique, il y a quatre importantes choses (dhammas) qui doivent être comprises (la signification initiale du mot: “Dhamma” est le mot “chose”. Mais ici, dhamma signifie “qualité” ou “vertu”. Vous allez voir que ce mot, cependant, peut avoir de très nombreuses significations, niveaux et ramifications )
Ces trois « choses » (dhammas) sont : sati (la pleine conscience, l’attention), sampajanna (la sagesse-en-action, la compréhension « en éveil »), samadhi (la concentration), et panna (le sagesse intuitive, ma vision intérieure).
Si vous observez soigneusement, vous constaterez que ces quatre dhammas, vous les avez déjà fait apparaître par la pratique d’anapannasati (la pleine conscience de la respiration).
Maintenant, nous allons passer en revue ces quatre dhammas et voir comment nous pouvons nous en servir, les mettre en action.
Sati : la pleine conscience, l’attention
Sati doit être vive comme une flèche
Sati (la pleine conscience, l’attention, la réminiscence) : c’est la conscience vive, la réminiscence des choses qui doivent être gardées en mémoire. Sati doit être vive comme une flèche
Nous pouvons aussi décrire sati comme un véhicule ou un moyen de transport de la plus rapide des espèces. Ce moyen de transport très vif, ne véhicule pas des objets matériels, il transporte la sagesse et la connaissance.
Sati apporte la sagesse (panna) au moment où nous en avons besoin. Grâce à la pratique de la pleine conscience de la respiration, sati est entraînée et développée.
Sampajanna : « la sagesse en action »
Le second dhamma est sampajanna. Sampajanna est le sagesse car elle rencontre et analyse immédiatement un problème quand celui-ci survient, afin de pouvoir agir et traiter ce problème – c’est la sagesse-en-action. Sampajanna est cette forme de sagesse bien spécifique qui s’applique à une situation ou un évènement précis.
Néanmoins, vous avez sûrement dû trouver toute une série de traduction pour ce terme « sampajanna » ; ce qui peut être source de confusion. Nous vous conseillons de ne retenir que cette définition : « la sagesse en action ». ou mieux, apprenez le mot en pali, ainsi il n’y aura pas de doute.
Le terme « sagesse » peut avoir de très nombreuses significations et être compris différemment. Le terme « sampajanna » a une signification bien limitée. Cela concerne la sagesse qui est immédiatement nécessaire pour faire face à un problème qui se pose à nous.
Cette sagesse active n’est pas une sagesse générale, elle s’applique à des situations bien particulières.
C’est la même chose qu’avec le terme « Dhamma » qui a une incroyable multiplicité de significations en fonction du moment et de la manière dont il est utilisé.
Quand le Dhamma est appliqué pour résoudre un problème spécifique, un évènement ou une situation particulière, il y a un Dhamma spécifique pour cette situation spécifique. La signification du terme est circonscrite à l’occasion et aux circonstances.
Dans le cas d’un dhamma employé pour éclaircir un problème, l’expression la plus précise et la plus adaptée est « Dhamma-sacca » ( Dhamma-Vérité). Dhamma-sacca est le dhamma particulier employé pour une situation immédiate à laquelle dont devons faire face, que ce soit au début de la « maladie » spirituelle ou lors de l’exposition aux germes de ce mal spirituel.
C’est l’utilisation appropriée d’un dhamma spécifique à un évènement ou incident précis.
Nous pouvons comparer le Dhamma à l’armoire à pharmacie de notre maison. Dans celle-ci, nous stockons une grande variété de médicaments, de pilules, de pommades, de poudres et de sirops, pour tous les usages. Mais, en fait, quand nous sommes malades, nous devons choisir parmi tous ces médicaments celui qui correspondra à la maladie que nous avons et qui saura traiter ce mal. Nous ne pouvons pas prendre tous les médicaments ; nous devons prendre seulement celui qui est nécessaire pour soigner notre mal, ici et maintenant.
La même chose est vraie pour le Dhamma. Veuillez comprendre qu’il existe une variété incroyable de ce que nous appelons Dhamma et panna, et que nous n’en utilisons qu’une infime portion à chaque fois. Nous n’utilisons que la portion adaptée qui peut prendre en charge une situation immédiate et précise.
Sachez utiliser Dhamma et panna en fonction de notre situation et de notre problème. Le Dhamma et la sagesse qui peuvent contrôler la situation et problème, c’est ce que nous appelons « sampajanna ».
Samadhi : « l’esprit bien établit, l’esprit correctement maintenu, l’esprit bien stable »
Le troisième dhamma que nous allons aborder aujourd’hui est samadhi. Ce qui signifie littéralement « l’esprit bien établit, l’esprit correctement maintenu, l’esprit bien stable ».
Le Bouddha a donné la signification la plus large possible de samadhi quand il l’a défini comme : « l’esprit focalisé – one pointed mind – (ekaggata-citta) qui a le nibbana pour objet ».
(« Egaggata-citta » ne doit pas être confondu avec « ekaggata » Ces deux termes font référence à la focalisation, mais ils sont employés dans différents contextes. Le dernier terme fait référence à un facteur de jhana. Le premier se réfère à « l’esprit qui est dirigé sur un seul objet ou sujet »).
Nous pouvons dire que samadhi a trois caractéristiques : parisuddhi (la pureté), samahita (la fermeté, la constance, la stabilité) et kammanaya (la réactivité, la promptitude, la capacité à œuvrer).
Ainsi, si vous voulez savoir si l’esprit est en état de samadhi ou non, examinez-le et voyez s’il comprend ces trois qualités. Voyez s’il est, ou non, pur, stable et actif.
Quand nous parlons du pouvoir ou de l’énergie de samadhi, nous voulons indiquer la manière dont l’esprit focalise toute son énergie sur un seul point. C’est la même chose qu’une loupe qui est capable de focaliser les rayons du soleil sur un seul point et qui fait apparaître une flamme.
De même, quand la puissance de l’esprit est rassemblée sur un seul point, celui-ci est focalisé (one-pointed). L’esprit qui est en samadhi produit une énergie colossale, qui est plus forte que n’importe quelle autre forme de puissance.
Nous pouvons décrire cet esprit très fortement concentré de deux manières:
-La première est « indriya » qui signifie « souverain » ou « chef ».
-La seconde est « bala », qui veut dire « puissance, force, rabutesse ».
Ainsi, nous avons samadhi-indriya et samadhi-bala, l’esprit qui a la souveraineté et davantage de puissance que n’importe quoi d’autre.
Samadhi doit travailler ensemble avec la sagesse. Samadhi est comme le poids du couteau et panna en est le tranchant. Pour qu’un couteau puisse couper correctement quelque chose, il doit posséder deux choses : le poids et le tranchant. Un couteau qui est pesant, mais émoussé, tel un marteau, ne peut rien couper et ne fait que de la charpie. D’un autre coté, un couteau très effilé, mais qui ne pèse pas, telle une lame de rasoir, ne tranchera jamais ce qu’il est sensé couper. Un couteau a besoin des deux propriétés ; l’esprit de même.
Pour faire ce qu’il doit faire, l’esprit a besoin à la fois de samadhi et panna. Vous pourriez vous demander qu’est ce qui fait qu’un couteau coupe : la pesée exercée sur la lame ou le tranchant de celle-ci ? Si vous êtes capable de comprendre ceci, il vous sera plus facile de comprendre comment le Dhamma tranche au travers des problèmes, c'est-à-dire, les impuretés mentales.
Au moment de l’activité de sampajanna, samadhi et panna travaillent de conserve pour couper au travers du problème. Ils sont interconnectés et, dans la pratique, ils ne peuvent être dissociés.
Panna : la sagesse
Il nous reste à parler du dernier dhamma : panna (la sagesse, la connaissance intuitive, la vision intérieure).
La signification de ce mot est très large. Littéralement, il signifie « connaître complètement ».
Cela ne veut pas dire connaître tout ce qui peut être connu, mais connaître ce qu’il est nécessaire d’être su.
Panna est la connaissance complète et adéquate de ce qu’il est important de savoir. De toute les choses qui peuvent être connues, panna ne fait référence qu’aux choses qui nous serons utiles pour nous permettre de résoudre nos problèmes.
Par exemple, il n’est pas nécessaire de connaître la structure de l’atome ou d’avoir la connaissance sur les espaces intergalactiques.
Nous n’avons besoin de savoir seulement ce qui permet la cessation de dukkha (les maux spirituels), directement dans notre esprit.
Ce qui mérite d’être su, c’est seulement ce qui se rapporte à la cessation de dukkha. Cela est conforme à l’enseignement du Bouddha qui rappelait qu’il n’enseignait rien d’autre que ce qui se rapportait à dukkha et à la cessation de dukkha.
Il existe une belle citation en pali que j’aimerais que vous entendiez :
« Pubbe caha bhikkhave etarahica dukkhanava pannapemi dukkhassa ca niodha. » ( Bhikkhus ! Dans les temps passés, aussi bien qu’aujourd’hui, je n’ai parlé que de dukkha et de l’extinction totale de dukkha)
Le Bouddha ne fait pas référence au futur, car celui-ci n’existe pas. Mais, dans le passé comme dans le présent, il n’enseigna que ces deux choses.
Parmi les choses que nous devons savoir, nous pouvons citer quatre importants aspects de la sagesse:
Le premier sujet que j’aimerais aborder, il y a les trois caractéristiques de l’existence (ti-lakkhana) : anicca (l’impermanence, le changement), dukkha (l’insatisfaction), et anatta (le non-soi et l’altruisme) (« selflessness » peut être traduit par « altruisme » ou « générosité désintéressée »).
Vous pouvez trouver ces explications détaillées sur ces trois caractéristiques dans de très nombreux ouvrages ; je me contenterais seulement de les rappeler brièvement aujourd’hui.
Toute chose composée :
Anicca signifie que toute chose composée est en constant changement.
Veuillez noter que nous ne parlons que des choses composées. Les choses non composées n’ont pas cette caractéristique d’anicca.
L’impermanence ne s’applique qu’aux choses qui sont produites par des causes et des conditions. Comme ce terme « choses composées » est important, vous feriez bien de retenir le terme pali, « sankhara ». Sankhara signifie : « former, composer, inventer, conditionner », et s’applique à cette myriade de choses qui, en permanence, produisent et conditionnent de nouvelles choses. C’est une caractéristique ou activité de toutes les choses phénoménales, comme ces arbres autour de nous.
Différentes causes interagissent ensemble dans ceux-ci. De nouvelles chose apparaissent, il y la croissance et le développement, les feuilles grandissent et tombent, le changement est incessant. Sankhara est cette activité continuelle de changement. Tout ce qui est conditionné dans l’existence est appelé « sankhara ». Les conditions de l’apparition de ces choses et ces choses elles-mêmes, sont appelées « sankhara ». Ainsi, « sankhara » englobe à la fois, les choses conditionnées et les choses qui conditionnent et aussi, les causes et les effets du conditionnement.
Nous pouvons comparer ce conditionnement sans fin aux briques d’un mur. Chaque brique supporte une autre brique qui elle-même supporte une autre qui en supporte une autre et ainsi de suite, par couche successives. Chaque brique supporte d’autres briques et est soutenues par les briques qui sont sous elle. Chacune d’elles supporte et est supportée.
Ainsi, sankhara possède trois significations, à la fois verbe et nom.
-La première signification, le verbe, est l’activité de former, de composer, de conditionner.
-La seconde signification se réfère aux choses conditionnées par cette activité et
- la troisième se réfère aux causes et aux conditions de cette activité.
La signification de sankhara est aussi vaste que cela.
Observez cette activité de conditionnement, vous la verrez dans toutes choses. Sans cette activité qui fait que des choses sont continuellement composées et celles-ci composent sans cesse d’autres choses, il n’y aurait pas d’existence, de vie. Il ne peut y avoir de vie, d’existence que par ce perpétuel conditionnement et reconditionnement.
Mais parfois, ce conditionnement est si subtil que nous ne pouvons pas le percevoir. Il peut même être caché, comme dans une roche. Il y a un perpétuel conditionnement qui se produit dans chaque roche, mais quand vous regardez, vos yeux ne peuvent pas le détecter. Néanmoins, soyez conscient du processus de conditionnement incessant dans toutes les choses qui existent.
La meilleure approche est de voir ce processus de conditionnement en vous-même. Tout cela se produit dans notre corps. Nous pouvons voir le conditionnement en nous, nous pouvons voir les choses alors qu’elles sont conditionnées, et nous pouvons voir les choses qui les conditionnement.
En regardant en nous, nous pouvons voir ce sankhara. Il y a le conditionnement de l’agrégat du corps (rupa-khandha) ; le conditionnement de l’agrégat des sensations (vedana-khandha) ; le conditionnement de sanna-khandha, qui est l’agrégat des perceptions, des identifications et des classifications ; le conditionnement de l’agrégat de la pensée (sankhara-khandha) ; et enfin, le conditionnement de l’agrégat de la conscience (vinnana-khandha).
Ces cinq importants groupes ou agrégats, leur existence et leur constant conditionnement peuvent être observés dans nos corps, alors que ceux-ci sont vivants.
Le point de contact :
Examinez les transmissions ou points de contact : maintenant les yeux travaillent, maintenant les oreilles travaillent, maintenant le nez travaille, maintenant la langue travaille, maintenant la peau travaille, maintenant l’esprit travaille. Un par un, ils assurent leurs fonctions, ils font leur travail. Quand l’un d’eux fonctionne, alors, à ce moment, il y a sankhara.
C’est quand, où et comment nous pouvons observer les conditionnements se produire. Dans le corps, il se produit un incessant conditionnement et un changement constant. Les cellules meurent et de nouvelles croissent, durant un temps et seront remplacées à leur tour. Même ces aspects purement physiques de l’existence révèlent le sankhara.
Dans ce corps, il y a six organes sensoriels : les yeux, les oreilles, le nez, la langue, la peau et l’esprit. Ceux-ci rencontrent les objets extérieurs des sens : les formes, les sons, les odeurs, les goûts, le toucher et les objets mentaux. Quand l’organe des sens entre en relation avec l’objet des sens correspondant (par exemple, l’œil voit la forme ou l’oreille entend le son…), alors se produit le conditionnement. Une forme est vue, un son est entendu, une odeur est sentie. Nous nommons cela « phassa » (le contact).
C’est le point de départ du phénomène de conditionnement ; une série de sankhara plus profonds apparaît de cela. La rencontre de l’organe des sens avec l’objet des sens (œil et forme, oreille et son… esprit et formation mentale) conditionne phassa. Phassa conditionne védana (les sensations : les réactions plaisantes ou déplaisantes face à ces expériences sensitives).
Védana aide au conditionnement de sanna, parce que les perceptions et l’identification de ces perceptions surgissent en fonction de ces sentiments.
Quoi qu’il arrive, est ainsi identifié et classifié. Sanna conditionne alors diverses pensées, y compris les émotions (sankhara-khandha). Et ceci nous conduit à agir d’une manière ou d’une autre. Puis, le résultat de ces actions nous conduisent à davantage de pensées, qui nous entrainera à de nouvelles actions et ainsi de suite…
Voilà un exemple de ce que nous désignons par « conditionnement ». Nous voyons que cette sorte de conditionnement se produit en permanence, même dans notre propre corps. Jamais cela ne s’arrête, ni ne prend du repos. Cela se poursuit que nous soyons éveillés ou endormis. Ce flux perpétuel, ce flot incessant, c’est la caractéristique d’anicca.
Dukkha :
Quand nous voyons clairement la caractéristique d’anicca, il est facile de comprendre la deuxième caractéristique, dukkha (l’insatisfaction, l’insupportable, la laideur, l’insignifiant).
Si nous voulons que les choses aillent selon notre idée, nous expérimentons dukkha. Quand les chose ne restent pas comme nous le souhaiterions ou nous le voudrions, nous éprouvons dukkha.
En fait, rien ne se produit réellement comme nous voulons, car rien ne reste inchangé suffisamment longtemps pour correspondre à ce que nous voulons. Alors, notre insatisfaction (dukkha) est sans fin. C’est la caractéristique de dukkha.
Quand nous regardons étroitement nous voyons que, nous-même, nous avons ces caractéristiques : l’impermanence, la souffrance et l’insatisfaction.
Les choses que nous aimons et qui nous plaisent sont anicca et dukkha. Les choses que nous n’aimons pas sont anicca et dukkha. Il n’y a rien dans tous les sankhara qui ait les caractéristiques de la permanence (nitta) et qui soit satisfaisant (adukkha). Nous devons voir anicca et dukkha en nous-même de cette façon.
Quand nous voyons complètement l’impermanence, quand nous voyons complètement la souffrance, l’insatisfaction, alors de manière automatique nous voyons que toute chose est anatta (sans-soi). Il n’y a rien que nous puissions appeler « Je », « moi ».
Parmi tous ces changements et ces conditionnements, il n’y a aucune entité individuelle ou substance éternelle qui peut être assimilé à un « soi ». Tout est anatta, sans-soi. Les choses existent ; noous ne disons pas le contraire. Ce qui est, est ; mais tout ce qui est, est sans soi propre. Nous ne devons pas nous méprendre et penser que nous avons un soi (atta). Il y a seulement le flot du changement. Tout ceci est la compréhension ou panna au sujet d’anicca, dukkha et anatta.
La vacuité :
Le deuxième sujet est la compréhension ou panna(sagesse) à propos de sunnata (la vacuité). Quand nous voyons les trois caractéristiques d’anicca, de dukkha, d’anatta, quand nous comprenons que toute chose n’a pas d’entité propre, alors nous comprenons que toute chose est vide de soi, est vide de quoi que ce soit que l’on puisse nommer : un soi.
C’est la signification de sunnata. Cette caractéristique simple de sunnata recoupe et recouvre les trois premières caractéristiques (anicca, dukkha et anatta).
La signification de « sunnata » est meilleure, plus large, plus facile et plus utile que n’importe quel autre mot pour définir le principe de la pratique et le principe de la vie. Encore faut-il que nous comprenions ce terme à la lumière du Dhamma, dans la langue de sati-panna (la pleine conscience et la sagesse).
Il ne doit pas être compris suivant des caractéristiques matérialistes, comme « rien n’existe » ou « tout est vide ». Le Bouddha a insisté sur le fait qu’une telle vue nihiliste est une conception extrême et une compréhension erronée. Sunnata n’est pas le nihilisme ou le néant. Les choses existent, mais elles sont vides et libres de quoique ce soit qui puisse être qualifié de « soi ».
Alors, nous disons que toute chose est vide, c’est la signification de la « vacuité » dans le langage du Dhamma. Si nous voyons sunnata, cela incluse voir anicca, dukkha, et anatta. Nous n’avons pas besoin de voir ces quatre caractéristiques ; en voir juste une seule – la vacuité – est suffisante pour prévenir les impuretés mentales (kilesa : perturbations et contaminations de la nature calme de l’esprit).
Quand nous voyons la vacuité dans les choses que nous aimons, nous cessons d’aimer. Quand nous voyons la vacuité dans les choses que nous haïssons, nous cessons de haïr. Alors, il n’y a ni amour, ni haine, ni attirance, ni répulsion, ni bonheur (sukha), ni souffrance (dukkha). Il y a juste une voie médiane, vivre dans la quiétude et la liberté de la voie du milieu. Tel est le fruit de la vraie compréhension de la vacuité des choses.
Tant que l’amour et la haine subsistent, l’esprit reste esclave de cet attachement aux choses que nous aimons ou que nous haïssons. Avec la complète compréhension de sunnata, l’esprit est libre, délié de ces choses. La véritable liberté, c’est la vacuité.
Sunnata est un synonyme de nibbana. Nibbana est vacuité. Quand l’esprit comprend la vacuité, il n’y a plus d’impuretés mentales, il n’y a plus de chaleur ; il y a nibbana, qui signifie « le calme, la fraîcheur ». Ainsi, quand il y a sunnata, il y a le calme, la « fraîcheur », nibbana. Le Bouddha a dit : « Vous deevez toujours regarder le monde comme une chose vide d’atta (de soi) et d’attaniya (appartenance au soi). C’est le second aspect de panna.
La Loi de la Nature : la loi des causes et des effets
Le troisième sujet que je souhaite aborder est la conditionnalité (idappaccayata), ce qui veut dire : « parce que ceci est, ceci est ; parce que ceci se produit, ceci se produit ; parce que ceci n’est pas, ceci n’est pas ; parce que ceci cesse, ceci cesse ».
Ces conditions sont appelées « idappaccayata », la loi des causes et des effets.
Nous pouvons aussi l’appeler la loi de la coproduction conditionnée (paticca-samuppada) car idappaccayata et paticca-samuppada sont la même chose, le même principe de sagesse qui doit être étudié, observé et compris.
Vous verrez que toute chose en ce monde est un flot constant, que le monde est un flux continuel. C’est un sujet profond et perplexe. De nombreux livres traitent de cela en détail ; certains sont complexes, surtout ceux traitant ce sujet en termes de coproduction conditionné.
Tathata « Simplement ainsi », « juste cela »
Maintenant, nous arrivons au quatrième sujet : tathata (l’ainsité). « Simplement ainsi », « juste cela » : chaque chose est telle qu’elle est et ne peut être différente de cette « ainsité ».
Ceci est appelé « tathata ». Quand tathata est vue, les trois caractéristiques d’anicca, de dukkha et d’anatta elles-aussi sont vues, sunnata est vu et idappaccayata est vue.
Tathata est le résumé de tout ceci – simplement ainsi, seulement ainsi, non-altérité possible – ; il n’y a rien de meilleur que ceci, rien de plus que ceci, rien d’autre que ceci...
Pour comprendre intuitivement tathata, il faut voir la vérité de toute chose, il faut voir les choses qui induisent en erreur. Ces chose qui leurrent sont celles qui font naître en nous la discrimination et la dualité : bien et mal, bonheur et tristesse, victoire et défaite, amour et haine, etc.
Il y a de très nombreuses paires opposées de cette sorte dans le monde. En voyant pas tathata, nous permettons à ces choses de nous leurrer en nous faisant croire à cette dualité : ceci-cela, attirance-répulsion, chaud-froid, mâle-femelle, impureté-éveil.
Cette illusion est la cause de tous nos problèmes. Emprisonnés dans ces oppositions, nous ne pouvons pas voir la vérité des choses. Nous retombons dans l’attirance et la répulsion, qui à leur tour nous amène dans les impuretés (kilesa), parce que nous ne voyons pas tathata.
Ce que nous devons voir, constamment et en profondeur, c’est que le bien est sankhara et que le mal, lui aussi, est sankhara. Les sensations plaisantes et déplaisantes, sukha et dukkha, sont toutes deux sankhara. Il n’y a rien qui ne soit pas sankhara.
De même, toute chose est tathata. Toute chose a cette caractéristique....
De plus, nous pouvons dire que le ciel est sankhara et que l’enfer est sankhara. Aussi, ciel et enfer sont tathata – juste ainsi.
Notre esprit doit être au-dessus du ciel, au-dessus de l’enfer, au-dessus du bien et du mal, au-dessus de la joie et de dukkha. Tathata est le quatrième sujet de la compréhension ou panna, la sagesse qui doit être développée à un niveau suffisant.
Nous devons étudier la réalité à la fois au niveau physique et matériel et au niveau mental et spirituel, jusqu’à ce que notre connaissance et notre sagesse soient adéquates et constantes.
Maintenant nous connaissons les quatre dhammas : sati, sampajanna, samadhi et panna. Il nous reste à apprendre comment les mettre en pratique de manière que cela nous conduise à une forme de sagesse correcte, réussie et salutaire.
La question maintenant c’est : comment employer le Dhamma, ou bouddhisme, dans nos vies quotidiennes ?
Dhamma dans la vie de tous les jours :
Comment allons-nous employer ces quatre dhammas dans nos vies quotidiennes ?
Une réponse rapide : nous devons vivre nos vies à la lumières de ces quatre dhammas. Nous devons employer ces quatre dhammas de manière correcte pour faire face à chaque situation et chaque problème qui arrive chaque jour.
Toutes les fois que surgit une situation qui pourrait nous conduire aux problèmes ou à dukkha – comme les yeux voyant une forme, les oreilles entendent un son, ou l’esprit ayant une pensée – nous devons avoir sati. Sati, immédiatement, amène le sagesse nécessaire face à cette situation afin de traiter les problèmesqui pourraient apparaître. La pleine conscience vient en premier.
Cette sagesse appliquée à l’expérience est sampajanna. Amenée à temps par sati, cette sagesse-en-action traite la situation telle qu’elle se présente. Puis, dans le même temps, alors que sampajanna est en action, la puissance de samadhi donne la force et l’énergie à la sagesse afin qu’elle puisse s’attaquer au problème.
A ce niveau, il y a samadhi ; à ce niveau la sagesse-en-action est capable de résoudre le problème. Panna agit comme un vaste entrepôt où serait stockées la connaissance et la vision intérieure dont se sert sati pour traiter avec les expériences des sens.
Quand ces quatre dhammas travaillent de conserve, nous pourrons voir que nous devenons plus intelligent. Nous sommes intelligents car nous avons la capacité de faire face aux situations qui se présentent à nous, sans engendrer de nouveaux problèmes ou tensions. Nous ne sommes pas asservi aux influences de toutes les paires opposées. C’est la vie libérée, paisible et fraîche. C’est le meilleur que puisse atteindre un être humain.
Pour résumer, nous devons posséder suffisamment de panna, nous devons employer sati à tout moment, nous devons appliquer sampajanna correctement et nous devons employer samadhi de manière appropriée et avec une puissance adéquate. Ensemble, ces quatre dhammas doivent employés de manière correcte et avec suffisamment d’énergie, dans toutes les situations qui peuvent se présenter à nous. C’est la réponse à la question : comment employer le Dhamma avec succès ?
J’espère que chacun d’entre vous va employer ces quatre dhammas dans votre vie. Rien d’autre ne pourra justifier le temps, l’effort et la dépense que vous avez dépensés pour venir ici. J’espère que vous ne partirez pas d’ici avec des dettes, mais que vous tirerez des bénéfices de votre séjour à Suan Mokkh.
Buddhadasa Bhikkhu ”The Natural Cure for Spiritual Disease”- Traduction de l'anglais par isara
Extrait de « Le remède naturel contre les maux spirituels. »
...nous allons discuter de la bonne utilisation du Dhamma, c'est-à-dire, de comment vivre avec le Dhamma.
Quand nous parlons du Dhamma, nous voulons dire la connaissance que nous devons mettre en pratique afin de pouvoir soigner les maux spirituels.
Concernant cette pratique, il y a quatre importantes choses (dhammas) qui doivent être comprises (la signification initiale du mot: “Dhamma” est le mot “chose”. Mais ici, dhamma signifie “qualité” ou “vertu”. Vous allez voir que ce mot, cependant, peut avoir de très nombreuses significations, niveaux et ramifications )
Ces trois « choses » (dhammas) sont : sati (la pleine conscience, l’attention), sampajanna (la sagesse-en-action, la compréhension « en éveil »), samadhi (la concentration), et panna (le sagesse intuitive, ma vision intérieure).
Si vous observez soigneusement, vous constaterez que ces quatre dhammas, vous les avez déjà fait apparaître par la pratique d’anapannasati (la pleine conscience de la respiration).
Maintenant, nous allons passer en revue ces quatre dhammas et voir comment nous pouvons nous en servir, les mettre en action.
Sati : la pleine conscience, l’attention
Sati doit être vive comme une flèche
Sati (la pleine conscience, l’attention, la réminiscence) : c’est la conscience vive, la réminiscence des choses qui doivent être gardées en mémoire. Sati doit être vive comme une flèche
Nous pouvons aussi décrire sati comme un véhicule ou un moyen de transport de la plus rapide des espèces. Ce moyen de transport très vif, ne véhicule pas des objets matériels, il transporte la sagesse et la connaissance.
Sati apporte la sagesse (panna) au moment où nous en avons besoin. Grâce à la pratique de la pleine conscience de la respiration, sati est entraînée et développée.
Sampajanna : « la sagesse en action »
Le second dhamma est sampajanna. Sampajanna est le sagesse car elle rencontre et analyse immédiatement un problème quand celui-ci survient, afin de pouvoir agir et traiter ce problème – c’est la sagesse-en-action. Sampajanna est cette forme de sagesse bien spécifique qui s’applique à une situation ou un évènement précis.
Néanmoins, vous avez sûrement dû trouver toute une série de traduction pour ce terme « sampajanna » ; ce qui peut être source de confusion. Nous vous conseillons de ne retenir que cette définition : « la sagesse en action ». ou mieux, apprenez le mot en pali, ainsi il n’y aura pas de doute.
Le terme « sagesse » peut avoir de très nombreuses significations et être compris différemment. Le terme « sampajanna » a une signification bien limitée. Cela concerne la sagesse qui est immédiatement nécessaire pour faire face à un problème qui se pose à nous.
Cette sagesse active n’est pas une sagesse générale, elle s’applique à des situations bien particulières.
C’est la même chose qu’avec le terme « Dhamma » qui a une incroyable multiplicité de significations en fonction du moment et de la manière dont il est utilisé.
Quand le Dhamma est appliqué pour résoudre un problème spécifique, un évènement ou une situation particulière, il y a un Dhamma spécifique pour cette situation spécifique. La signification du terme est circonscrite à l’occasion et aux circonstances.
Dans le cas d’un dhamma employé pour éclaircir un problème, l’expression la plus précise et la plus adaptée est « Dhamma-sacca » ( Dhamma-Vérité). Dhamma-sacca est le dhamma particulier employé pour une situation immédiate à laquelle dont devons faire face, que ce soit au début de la « maladie » spirituelle ou lors de l’exposition aux germes de ce mal spirituel.
C’est l’utilisation appropriée d’un dhamma spécifique à un évènement ou incident précis.
Nous pouvons comparer le Dhamma à l’armoire à pharmacie de notre maison. Dans celle-ci, nous stockons une grande variété de médicaments, de pilules, de pommades, de poudres et de sirops, pour tous les usages. Mais, en fait, quand nous sommes malades, nous devons choisir parmi tous ces médicaments celui qui correspondra à la maladie que nous avons et qui saura traiter ce mal. Nous ne pouvons pas prendre tous les médicaments ; nous devons prendre seulement celui qui est nécessaire pour soigner notre mal, ici et maintenant.
La même chose est vraie pour le Dhamma. Veuillez comprendre qu’il existe une variété incroyable de ce que nous appelons Dhamma et panna, et que nous n’en utilisons qu’une infime portion à chaque fois. Nous n’utilisons que la portion adaptée qui peut prendre en charge une situation immédiate et précise.
Sachez utiliser Dhamma et panna en fonction de notre situation et de notre problème. Le Dhamma et la sagesse qui peuvent contrôler la situation et problème, c’est ce que nous appelons « sampajanna ».
Samadhi : « l’esprit bien établit, l’esprit correctement maintenu, l’esprit bien stable »
Le troisième dhamma que nous allons aborder aujourd’hui est samadhi. Ce qui signifie littéralement « l’esprit bien établit, l’esprit correctement maintenu, l’esprit bien stable ».
Le Bouddha a donné la signification la plus large possible de samadhi quand il l’a défini comme : « l’esprit focalisé – one pointed mind – (ekaggata-citta) qui a le nibbana pour objet ».
(« Egaggata-citta » ne doit pas être confondu avec « ekaggata » Ces deux termes font référence à la focalisation, mais ils sont employés dans différents contextes. Le dernier terme fait référence à un facteur de jhana. Le premier se réfère à « l’esprit qui est dirigé sur un seul objet ou sujet »).
Nous pouvons dire que samadhi a trois caractéristiques : parisuddhi (la pureté), samahita (la fermeté, la constance, la stabilité) et kammanaya (la réactivité, la promptitude, la capacité à œuvrer).
Ainsi, si vous voulez savoir si l’esprit est en état de samadhi ou non, examinez-le et voyez s’il comprend ces trois qualités. Voyez s’il est, ou non, pur, stable et actif.
Quand nous parlons du pouvoir ou de l’énergie de samadhi, nous voulons indiquer la manière dont l’esprit focalise toute son énergie sur un seul point. C’est la même chose qu’une loupe qui est capable de focaliser les rayons du soleil sur un seul point et qui fait apparaître une flamme.
De même, quand la puissance de l’esprit est rassemblée sur un seul point, celui-ci est focalisé (one-pointed). L’esprit qui est en samadhi produit une énergie colossale, qui est plus forte que n’importe quelle autre forme de puissance.
Nous pouvons décrire cet esprit très fortement concentré de deux manières:
-La première est « indriya » qui signifie « souverain » ou « chef ».
-La seconde est « bala », qui veut dire « puissance, force, rabutesse ».
Ainsi, nous avons samadhi-indriya et samadhi-bala, l’esprit qui a la souveraineté et davantage de puissance que n’importe quoi d’autre.
Samadhi doit travailler ensemble avec la sagesse. Samadhi est comme le poids du couteau et panna en est le tranchant. Pour qu’un couteau puisse couper correctement quelque chose, il doit posséder deux choses : le poids et le tranchant. Un couteau qui est pesant, mais émoussé, tel un marteau, ne peut rien couper et ne fait que de la charpie. D’un autre coté, un couteau très effilé, mais qui ne pèse pas, telle une lame de rasoir, ne tranchera jamais ce qu’il est sensé couper. Un couteau a besoin des deux propriétés ; l’esprit de même.
Pour faire ce qu’il doit faire, l’esprit a besoin à la fois de samadhi et panna. Vous pourriez vous demander qu’est ce qui fait qu’un couteau coupe : la pesée exercée sur la lame ou le tranchant de celle-ci ? Si vous êtes capable de comprendre ceci, il vous sera plus facile de comprendre comment le Dhamma tranche au travers des problèmes, c'est-à-dire, les impuretés mentales.
Au moment de l’activité de sampajanna, samadhi et panna travaillent de conserve pour couper au travers du problème. Ils sont interconnectés et, dans la pratique, ils ne peuvent être dissociés.
Panna : la sagesse
Il nous reste à parler du dernier dhamma : panna (la sagesse, la connaissance intuitive, la vision intérieure).
La signification de ce mot est très large. Littéralement, il signifie « connaître complètement ».
Cela ne veut pas dire connaître tout ce qui peut être connu, mais connaître ce qu’il est nécessaire d’être su.
Panna est la connaissance complète et adéquate de ce qu’il est important de savoir. De toute les choses qui peuvent être connues, panna ne fait référence qu’aux choses qui nous serons utiles pour nous permettre de résoudre nos problèmes.
Par exemple, il n’est pas nécessaire de connaître la structure de l’atome ou d’avoir la connaissance sur les espaces intergalactiques.
Nous n’avons besoin de savoir seulement ce qui permet la cessation de dukkha (les maux spirituels), directement dans notre esprit.
Ce qui mérite d’être su, c’est seulement ce qui se rapporte à la cessation de dukkha. Cela est conforme à l’enseignement du Bouddha qui rappelait qu’il n’enseignait rien d’autre que ce qui se rapportait à dukkha et à la cessation de dukkha.
Il existe une belle citation en pali que j’aimerais que vous entendiez :
« Pubbe caha bhikkhave etarahica dukkhanava pannapemi dukkhassa ca niodha. » ( Bhikkhus ! Dans les temps passés, aussi bien qu’aujourd’hui, je n’ai parlé que de dukkha et de l’extinction totale de dukkha)
Le Bouddha ne fait pas référence au futur, car celui-ci n’existe pas. Mais, dans le passé comme dans le présent, il n’enseigna que ces deux choses.
Parmi les choses que nous devons savoir, nous pouvons citer quatre importants aspects de la sagesse:
Le premier sujet que j’aimerais aborder, il y a les trois caractéristiques de l’existence (ti-lakkhana) : anicca (l’impermanence, le changement), dukkha (l’insatisfaction), et anatta (le non-soi et l’altruisme) (« selflessness » peut être traduit par « altruisme » ou « générosité désintéressée »).
Vous pouvez trouver ces explications détaillées sur ces trois caractéristiques dans de très nombreux ouvrages ; je me contenterais seulement de les rappeler brièvement aujourd’hui.
Toute chose composée :
Anicca signifie que toute chose composée est en constant changement.
Veuillez noter que nous ne parlons que des choses composées. Les choses non composées n’ont pas cette caractéristique d’anicca.
L’impermanence ne s’applique qu’aux choses qui sont produites par des causes et des conditions. Comme ce terme « choses composées » est important, vous feriez bien de retenir le terme pali, « sankhara ». Sankhara signifie : « former, composer, inventer, conditionner », et s’applique à cette myriade de choses qui, en permanence, produisent et conditionnent de nouvelles choses. C’est une caractéristique ou activité de toutes les choses phénoménales, comme ces arbres autour de nous.
Différentes causes interagissent ensemble dans ceux-ci. De nouvelles chose apparaissent, il y la croissance et le développement, les feuilles grandissent et tombent, le changement est incessant. Sankhara est cette activité continuelle de changement. Tout ce qui est conditionné dans l’existence est appelé « sankhara ». Les conditions de l’apparition de ces choses et ces choses elles-mêmes, sont appelées « sankhara ». Ainsi, « sankhara » englobe à la fois, les choses conditionnées et les choses qui conditionnent et aussi, les causes et les effets du conditionnement.
Nous pouvons comparer ce conditionnement sans fin aux briques d’un mur. Chaque brique supporte une autre brique qui elle-même supporte une autre qui en supporte une autre et ainsi de suite, par couche successives. Chaque brique supporte d’autres briques et est soutenues par les briques qui sont sous elle. Chacune d’elles supporte et est supportée.
Ainsi, sankhara possède trois significations, à la fois verbe et nom.
-La première signification, le verbe, est l’activité de former, de composer, de conditionner.
-La seconde signification se réfère aux choses conditionnées par cette activité et
- la troisième se réfère aux causes et aux conditions de cette activité.
La signification de sankhara est aussi vaste que cela.
Observez cette activité de conditionnement, vous la verrez dans toutes choses. Sans cette activité qui fait que des choses sont continuellement composées et celles-ci composent sans cesse d’autres choses, il n’y aurait pas d’existence, de vie. Il ne peut y avoir de vie, d’existence que par ce perpétuel conditionnement et reconditionnement.
Mais parfois, ce conditionnement est si subtil que nous ne pouvons pas le percevoir. Il peut même être caché, comme dans une roche. Il y a un perpétuel conditionnement qui se produit dans chaque roche, mais quand vous regardez, vos yeux ne peuvent pas le détecter. Néanmoins, soyez conscient du processus de conditionnement incessant dans toutes les choses qui existent.
La meilleure approche est de voir ce processus de conditionnement en vous-même. Tout cela se produit dans notre corps. Nous pouvons voir le conditionnement en nous, nous pouvons voir les choses alors qu’elles sont conditionnées, et nous pouvons voir les choses qui les conditionnement.
En regardant en nous, nous pouvons voir ce sankhara. Il y a le conditionnement de l’agrégat du corps (rupa-khandha) ; le conditionnement de l’agrégat des sensations (vedana-khandha) ; le conditionnement de sanna-khandha, qui est l’agrégat des perceptions, des identifications et des classifications ; le conditionnement de l’agrégat de la pensée (sankhara-khandha) ; et enfin, le conditionnement de l’agrégat de la conscience (vinnana-khandha).
Ces cinq importants groupes ou agrégats, leur existence et leur constant conditionnement peuvent être observés dans nos corps, alors que ceux-ci sont vivants.
Le point de contact :
Examinez les transmissions ou points de contact : maintenant les yeux travaillent, maintenant les oreilles travaillent, maintenant le nez travaille, maintenant la langue travaille, maintenant la peau travaille, maintenant l’esprit travaille. Un par un, ils assurent leurs fonctions, ils font leur travail. Quand l’un d’eux fonctionne, alors, à ce moment, il y a sankhara.
C’est quand, où et comment nous pouvons observer les conditionnements se produire. Dans le corps, il se produit un incessant conditionnement et un changement constant. Les cellules meurent et de nouvelles croissent, durant un temps et seront remplacées à leur tour. Même ces aspects purement physiques de l’existence révèlent le sankhara.
Dans ce corps, il y a six organes sensoriels : les yeux, les oreilles, le nez, la langue, la peau et l’esprit. Ceux-ci rencontrent les objets extérieurs des sens : les formes, les sons, les odeurs, les goûts, le toucher et les objets mentaux. Quand l’organe des sens entre en relation avec l’objet des sens correspondant (par exemple, l’œil voit la forme ou l’oreille entend le son…), alors se produit le conditionnement. Une forme est vue, un son est entendu, une odeur est sentie. Nous nommons cela « phassa » (le contact).
C’est le point de départ du phénomène de conditionnement ; une série de sankhara plus profonds apparaît de cela. La rencontre de l’organe des sens avec l’objet des sens (œil et forme, oreille et son… esprit et formation mentale) conditionne phassa. Phassa conditionne védana (les sensations : les réactions plaisantes ou déplaisantes face à ces expériences sensitives).
Védana aide au conditionnement de sanna, parce que les perceptions et l’identification de ces perceptions surgissent en fonction de ces sentiments.
Quoi qu’il arrive, est ainsi identifié et classifié. Sanna conditionne alors diverses pensées, y compris les émotions (sankhara-khandha). Et ceci nous conduit à agir d’une manière ou d’une autre. Puis, le résultat de ces actions nous conduisent à davantage de pensées, qui nous entrainera à de nouvelles actions et ainsi de suite…
Voilà un exemple de ce que nous désignons par « conditionnement ». Nous voyons que cette sorte de conditionnement se produit en permanence, même dans notre propre corps. Jamais cela ne s’arrête, ni ne prend du repos. Cela se poursuit que nous soyons éveillés ou endormis. Ce flux perpétuel, ce flot incessant, c’est la caractéristique d’anicca.
Dukkha :
Quand nous voyons clairement la caractéristique d’anicca, il est facile de comprendre la deuxième caractéristique, dukkha (l’insatisfaction, l’insupportable, la laideur, l’insignifiant).
Si nous voulons que les choses aillent selon notre idée, nous expérimentons dukkha. Quand les chose ne restent pas comme nous le souhaiterions ou nous le voudrions, nous éprouvons dukkha.
En fait, rien ne se produit réellement comme nous voulons, car rien ne reste inchangé suffisamment longtemps pour correspondre à ce que nous voulons. Alors, notre insatisfaction (dukkha) est sans fin. C’est la caractéristique de dukkha.
Quand nous regardons étroitement nous voyons que, nous-même, nous avons ces caractéristiques : l’impermanence, la souffrance et l’insatisfaction.
Les choses que nous aimons et qui nous plaisent sont anicca et dukkha. Les choses que nous n’aimons pas sont anicca et dukkha. Il n’y a rien dans tous les sankhara qui ait les caractéristiques de la permanence (nitta) et qui soit satisfaisant (adukkha). Nous devons voir anicca et dukkha en nous-même de cette façon.
Quand nous voyons complètement l’impermanence, quand nous voyons complètement la souffrance, l’insatisfaction, alors de manière automatique nous voyons que toute chose est anatta (sans-soi). Il n’y a rien que nous puissions appeler « Je », « moi ».
Parmi tous ces changements et ces conditionnements, il n’y a aucune entité individuelle ou substance éternelle qui peut être assimilé à un « soi ». Tout est anatta, sans-soi. Les choses existent ; noous ne disons pas le contraire. Ce qui est, est ; mais tout ce qui est, est sans soi propre. Nous ne devons pas nous méprendre et penser que nous avons un soi (atta). Il y a seulement le flot du changement. Tout ceci est la compréhension ou panna au sujet d’anicca, dukkha et anatta.
La vacuité :
Le deuxième sujet est la compréhension ou panna(sagesse) à propos de sunnata (la vacuité). Quand nous voyons les trois caractéristiques d’anicca, de dukkha, d’anatta, quand nous comprenons que toute chose n’a pas d’entité propre, alors nous comprenons que toute chose est vide de soi, est vide de quoi que ce soit que l’on puisse nommer : un soi.
C’est la signification de sunnata. Cette caractéristique simple de sunnata recoupe et recouvre les trois premières caractéristiques (anicca, dukkha et anatta).
La signification de « sunnata » est meilleure, plus large, plus facile et plus utile que n’importe quel autre mot pour définir le principe de la pratique et le principe de la vie. Encore faut-il que nous comprenions ce terme à la lumière du Dhamma, dans la langue de sati-panna (la pleine conscience et la sagesse).
Il ne doit pas être compris suivant des caractéristiques matérialistes, comme « rien n’existe » ou « tout est vide ». Le Bouddha a insisté sur le fait qu’une telle vue nihiliste est une conception extrême et une compréhension erronée. Sunnata n’est pas le nihilisme ou le néant. Les choses existent, mais elles sont vides et libres de quoique ce soit qui puisse être qualifié de « soi ».
Alors, nous disons que toute chose est vide, c’est la signification de la « vacuité » dans le langage du Dhamma. Si nous voyons sunnata, cela incluse voir anicca, dukkha, et anatta. Nous n’avons pas besoin de voir ces quatre caractéristiques ; en voir juste une seule – la vacuité – est suffisante pour prévenir les impuretés mentales (kilesa : perturbations et contaminations de la nature calme de l’esprit).
Quand nous voyons la vacuité dans les choses que nous aimons, nous cessons d’aimer. Quand nous voyons la vacuité dans les choses que nous haïssons, nous cessons de haïr. Alors, il n’y a ni amour, ni haine, ni attirance, ni répulsion, ni bonheur (sukha), ni souffrance (dukkha). Il y a juste une voie médiane, vivre dans la quiétude et la liberté de la voie du milieu. Tel est le fruit de la vraie compréhension de la vacuité des choses.
Tant que l’amour et la haine subsistent, l’esprit reste esclave de cet attachement aux choses que nous aimons ou que nous haïssons. Avec la complète compréhension de sunnata, l’esprit est libre, délié de ces choses. La véritable liberté, c’est la vacuité.
Sunnata est un synonyme de nibbana. Nibbana est vacuité. Quand l’esprit comprend la vacuité, il n’y a plus d’impuretés mentales, il n’y a plus de chaleur ; il y a nibbana, qui signifie « le calme, la fraîcheur ». Ainsi, quand il y a sunnata, il y a le calme, la « fraîcheur », nibbana. Le Bouddha a dit : « Vous deevez toujours regarder le monde comme une chose vide d’atta (de soi) et d’attaniya (appartenance au soi). C’est le second aspect de panna.
La Loi de la Nature : la loi des causes et des effets
Le troisième sujet que je souhaite aborder est la conditionnalité (idappaccayata), ce qui veut dire : « parce que ceci est, ceci est ; parce que ceci se produit, ceci se produit ; parce que ceci n’est pas, ceci n’est pas ; parce que ceci cesse, ceci cesse ».
Ces conditions sont appelées « idappaccayata », la loi des causes et des effets.
Nous pouvons aussi l’appeler la loi de la coproduction conditionnée (paticca-samuppada) car idappaccayata et paticca-samuppada sont la même chose, le même principe de sagesse qui doit être étudié, observé et compris.
Vous verrez que toute chose en ce monde est un flot constant, que le monde est un flux continuel. C’est un sujet profond et perplexe. De nombreux livres traitent de cela en détail ; certains sont complexes, surtout ceux traitant ce sujet en termes de coproduction conditionné.
Tathata « Simplement ainsi », « juste cela »
Maintenant, nous arrivons au quatrième sujet : tathata (l’ainsité). « Simplement ainsi », « juste cela » : chaque chose est telle qu’elle est et ne peut être différente de cette « ainsité ».
Ceci est appelé « tathata ». Quand tathata est vue, les trois caractéristiques d’anicca, de dukkha et d’anatta elles-aussi sont vues, sunnata est vu et idappaccayata est vue.
Tathata est le résumé de tout ceci – simplement ainsi, seulement ainsi, non-altérité possible – ; il n’y a rien de meilleur que ceci, rien de plus que ceci, rien d’autre que ceci...
Pour comprendre intuitivement tathata, il faut voir la vérité de toute chose, il faut voir les choses qui induisent en erreur. Ces chose qui leurrent sont celles qui font naître en nous la discrimination et la dualité : bien et mal, bonheur et tristesse, victoire et défaite, amour et haine, etc.
Il y a de très nombreuses paires opposées de cette sorte dans le monde. En voyant pas tathata, nous permettons à ces choses de nous leurrer en nous faisant croire à cette dualité : ceci-cela, attirance-répulsion, chaud-froid, mâle-femelle, impureté-éveil.
Cette illusion est la cause de tous nos problèmes. Emprisonnés dans ces oppositions, nous ne pouvons pas voir la vérité des choses. Nous retombons dans l’attirance et la répulsion, qui à leur tour nous amène dans les impuretés (kilesa), parce que nous ne voyons pas tathata.
Ce que nous devons voir, constamment et en profondeur, c’est que le bien est sankhara et que le mal, lui aussi, est sankhara. Les sensations plaisantes et déplaisantes, sukha et dukkha, sont toutes deux sankhara. Il n’y a rien qui ne soit pas sankhara.
De même, toute chose est tathata. Toute chose a cette caractéristique....
De plus, nous pouvons dire que le ciel est sankhara et que l’enfer est sankhara. Aussi, ciel et enfer sont tathata – juste ainsi.
Notre esprit doit être au-dessus du ciel, au-dessus de l’enfer, au-dessus du bien et du mal, au-dessus de la joie et de dukkha. Tathata est le quatrième sujet de la compréhension ou panna, la sagesse qui doit être développée à un niveau suffisant.
Nous devons étudier la réalité à la fois au niveau physique et matériel et au niveau mental et spirituel, jusqu’à ce que notre connaissance et notre sagesse soient adéquates et constantes.
Maintenant nous connaissons les quatre dhammas : sati, sampajanna, samadhi et panna. Il nous reste à apprendre comment les mettre en pratique de manière que cela nous conduise à une forme de sagesse correcte, réussie et salutaire.
La question maintenant c’est : comment employer le Dhamma, ou bouddhisme, dans nos vies quotidiennes ?
Dhamma dans la vie de tous les jours :
Comment allons-nous employer ces quatre dhammas dans nos vies quotidiennes ?
Une réponse rapide : nous devons vivre nos vies à la lumières de ces quatre dhammas. Nous devons employer ces quatre dhammas de manière correcte pour faire face à chaque situation et chaque problème qui arrive chaque jour.
Toutes les fois que surgit une situation qui pourrait nous conduire aux problèmes ou à dukkha – comme les yeux voyant une forme, les oreilles entendent un son, ou l’esprit ayant une pensée – nous devons avoir sati. Sati, immédiatement, amène le sagesse nécessaire face à cette situation afin de traiter les problèmesqui pourraient apparaître. La pleine conscience vient en premier.
Cette sagesse appliquée à l’expérience est sampajanna. Amenée à temps par sati, cette sagesse-en-action traite la situation telle qu’elle se présente. Puis, dans le même temps, alors que sampajanna est en action, la puissance de samadhi donne la force et l’énergie à la sagesse afin qu’elle puisse s’attaquer au problème.
A ce niveau, il y a samadhi ; à ce niveau la sagesse-en-action est capable de résoudre le problème. Panna agit comme un vaste entrepôt où serait stockées la connaissance et la vision intérieure dont se sert sati pour traiter avec les expériences des sens.
Quand ces quatre dhammas travaillent de conserve, nous pourrons voir que nous devenons plus intelligent. Nous sommes intelligents car nous avons la capacité de faire face aux situations qui se présentent à nous, sans engendrer de nouveaux problèmes ou tensions. Nous ne sommes pas asservi aux influences de toutes les paires opposées. C’est la vie libérée, paisible et fraîche. C’est le meilleur que puisse atteindre un être humain.
Pour résumer, nous devons posséder suffisamment de panna, nous devons employer sati à tout moment, nous devons appliquer sampajanna correctement et nous devons employer samadhi de manière appropriée et avec une puissance adéquate. Ensemble, ces quatre dhammas doivent employés de manière correcte et avec suffisamment d’énergie, dans toutes les situations qui peuvent se présenter à nous. C’est la réponse à la question : comment employer le Dhamma avec succès ?
J’espère que chacun d’entre vous va employer ces quatre dhammas dans votre vie. Rien d’autre ne pourra justifier le temps, l’effort et la dépense que vous avez dépensés pour venir ici. J’espère que vous ne partirez pas d’ici avec des dettes, mais que vous tirerez des bénéfices de votre séjour à Suan Mokkh.
Buddhadasa Bhikkhu ”The Natural Cure for Spiritual Disease”- Traduction de l'anglais par isara
- Lire L'introduction + la première partie de cet enseignement sur le blog d'isara
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Tathata,
Vacuité
dimanche 23 mars 2008
PAROLES D'AJAHN CHAH A PROPOS DU DHAMMA

Comment le Dhamma nous enseigne-t-il le juste chemin ?
Il nous apprend comment vivre. Il a de nombreuses manières pour nous le montrer : dans les rochers, dans les arbres ou juste en face de nous. C’est un enseignement, mais sans mots.
Calmez votre esprit, votre cœur et apprenez à regarder. Vous verrez alors le Dhamma dans son entier, à vous révélé, ici et maintenant. Où et quand pourriez-vous regarder, ailleurs qu’ici et maintenant ?
Comprendre le dhamma
D’abord, vous comprenez le Dhamma avec votre pensée. Puis, si vous commencez à le comprendre, vous allez le pratiquer. Et si vous le pratiquez, vous commencerez à le voir : vous êtes le Dhamma et vous connaissez la joie du Bouddha.
Le Dhamma doit être trouvé en soi-même
Le Dhamma doit être trouvé en soi-même, dans son cœur, et voir ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, ce qui est équilibré et ce qui ne l’est pas.
La magie du dhamma
La seule magie qui soit réelle, c’est la magie du Dhamma. Toute autre forme de magie n’est qu’une illusion comme un jeu de carte truqué. Elle nous distrait du véritable jeu : notre relation à la vie humaine, à la vie, à la mort et à la liberté.
Tout est dhamma
Tout est Dhamma pour qui sait rester dans la pleine conscience. Quand nous voyons des animaux qui tentent d’échapper au danger, nous voyons qu’ils sont comme nous. Ils fuient la souffrance pour courir vers le bonheur. Ils ont peur aussi. Ils craignent pour leur vie tout comme nous.
Quand nous voyons avec le regard juste, nous voyons que les animaux et les humains ne sont pas différents. Nous sommes tous compagnons dans la naissance, le vieillissement, la maladie et la mort.
Le Dhamma, ce n’est pas quelque chose de lointain.
Le Dhamma, ce n’est pas quelque chose de lointain. Il est là, avec nous.
Le Dhamma n’a rien à voir avec les anges dans le ciel ou n’importe quoi de ce genre. Il nous concerne, il concerne ce que nous faisons ici, en ce moment. Il suffit de vous observer vous-même. Parfois, il y a de la joie, et parfois il y a de l’insatisfaction. Par moment vous vous sentez bien, et d’autres où vous souffrez… c’est cela le Dhamma.
Pouvez-vous voir cela ? Pour connaître ce Dhamma, il vous suffit de lire vos expériences.
Rester en contact avec le dhamma
Le Bouddha nous a demandé de rester en contact avec le Dhamma, mais les gens sont en contact avec les mots, les livres et les écritures.
Ce contact est une connaissance « à propos du » Dhamma ; ce n’est pas entrer en contact avec le Dhamma réel, tel qu’enseigné par notre Grand Maître.
Comment les gens peuvent-ils prétendre qu’ils pratiquent bien et de manière juste, s’ils se contentent de pratiquer ainsi. Ils sont vraiment loin de la bonne pratique.
Ecouter Le Dhamma
Lorsque vous écoutez le Dhamma, vous devez ouvrir votre cœur et vous positionner au centre de celui-ci.
N’essayez pas d’accumuler tout ce que vous entendez ou de faire des efforts surhumains pour tout retenir dans votre mémoire.
Laissez simplement le Dhamma couler dans votre cœur et resté en permanence ouvert à ce flot, dans le moment présent.
Ce qui doit être retenu le sera et cela se produira selon à son propre rythme ; non grace à un effort volontariste de votre part.
Enseigner le Dhamma
De même, lorsque vous exposez le Dhamma, vous ne devez rien forcer. Cela doit se produire de soi-même et couler spontanément du moment présent et des circonstances.
Les gens ont différents niveaux de capacité réceptive, et quand vous êtes là, au même niveau, alors cela se produit, le Dhamma jailli.
Le Bouddha avait la capacité de connaître le caractère de chacun et sa capacité de compréhension. Il utilisait toujours la même méthode d’enseignement spontané. Il ne possédait aucun don surnaturel, mais il était simplement réceptif aux besoins spirituels des gens qui venaient à lui, et il enseignait en conséquence.
Remarques : les sous titres ne sont pas dans le texte original
Source : extrait de “No Ajahn Chah”- traduction par isara
- Lire aussi sur ce blog : le Dhamma
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lundi 9 juillet 2007
Le Dhamma

Pour en savoir plus, cliquer sur les mots surlignés en bleu
Plan de ce message:
1) C'est quoi le dhamma
2)Allez au delà des mots
3) Comment lire les enseignements
4) Vivre le dhamma
5) la pureté de l'esprit
6) En savoir plus : liens
C'est quoi le dhamma ?
Le Dhamma, ( dhamma est un mot pali= dharma en sanscrit) c'est la doctrine ou les enseignements du Bouddha.
Le dhamma est aussi décrit comme "la vérité des choses comme elles sont"
Toutefois, une grande partie du dhamma se comprend essentiellement par la pratique.
La pratique va renforcer notre foi (saddha) dans le dhamma
L'enseignement du Bouddha; Le dhamma; commence avec les quatre Nobles Vérités
Pour un résumé de l'enseignement Originel du Bouddha ( donc du dhamma) lire :
L’enseignement du Bouddha se résume aussi en 3 mots : la moralité; sila, la concentration; samadhi et la sagesse; pañña.
Etre bouddhiste implique de connaître et de pratiquer le dhamma.
Mais La théorie sans la pratique ne fera jamais de vous un "bouddhiste"
Connaître et pratiquer le dhamma, ne suffit pas, il faut aussi avoir la foi dans le dhamma.
Plus vous pratiquez, plus votre foi grandie. Vous commencez à voir les choses comme elles sont.
On prend alors refuge dans le dhamma
Buddham saranam gacchâmi
Dhammam saranam gacchâmi
Sangham saranam gacchâmi
Je vais vers le Bouddha comme vers un refuge
Je vais vers le Dhamma comme vers un refuge
Je vais vers la Sangha comme vers un refuge
- sur la prise de refuge lire ICI
En prenant refuge dans le dhamma on s'engage à mettre en pratique le dhamma : outre l'exercice de la méditation, le disciple de Bouddha suivra généralement une conduite morale (sila) qui s'exprime à travers des préceptes .
La conduite étique est donc indissociable du dhamma.
Allez au delà des mots, par Ajahn Chah:
Au cours de ma pratique personnelle, je n’ai pas beaucoup accumulé de connaissance sur l’enseignement du Bouddha., et je me suis mis à étudier à ma façon.
Lorsque vous pratiquez, observez votre être. En effet, la connaissance et la vision surgiront d’elles mêmes. Si vous vous mettez en méditation en voulant que celle-ci soit de telle ou telle façon, vous ferez mieux d’arrêter sur le champs. Ne visez pas d’idéal quand vous pratiquez. Laissez de côté vos études et vos opinions.
Vous devriez dépasser toutes paroles, tous symboles et tous plans quand vous pratiquez. Ainsi verrez-vous par vous-même la vérité qui se révèle sans faille. Si vous ne vous dirigez pas vers le fond. Vous ne connaîtrez jamais la réalité.
Après avoir étudié les textes cérémonials du Dhamma, j’ai assisté aux conférences de différents chercheurs et maîtres jusqu’à ce qu’une telle étude me fut plus une entrave qu’un soutien. Je ne savais plus comment écouter leurs enseignements, ces derniers me déroutaient.
Les grands maîtres de méditation parlaient au sujet de la vérité à l’intérieur de soi. En pratiquant, j’ai commencé à réaliser qu’elle existait aussi bien dans mon esprit.
Longtemps après j’ai réalisé que ces maîtres ont réellement vu la vérité, et que si nous savions leurs voie, nous rencontrerions tout ce dont ils parlent. En effet, nous serions aptes à dire. “Oui ils avaient raison. Qu’existerait-il en dehors ? Rien d’autre”.
Lorsque j’ai pratiqué sérieusement, cette réalité s’est révélée à moi.
Si vous êtes intéressé par le Dhamma, lancez-vous y. Pensez simplement que la pratique c’est d’agir là, sur place et de perdre la substance. Vous n’avez pas besoin d’étudier beaucoup. Si vous saviez les bases et que vous pratiquiez en fonction, vous verriez le Dhamma par vous-mêmes. Il doit y avoir plus qu’entendre des mots. Parlez à vous-mêmes, observez votre propre esprit. Si vous cessez le raisonnement de la pensée, vous aurez un véritable étendard pour juger. Autrement, votre compréhension demeure superficielle. Pratiquez de la sorte et le reste suivra.
Comment lire les enseignements, par Michel-Henri Dufour
Dans l’enseignement du Bouddha les moines n’enseignent que lorsque les circonstances s’y prêtent; non pour faire étalage de leur connaissance, briller en public, susciter des émotions ou jongler avec des théories ou des opinions. Dans la tradition des moines de la forêt c'est la vie quotidienne qui fournit la base de leur enseignement ; c’est à partir d’elle qu’ils présentent les principes fondamentaux de la discipline dans le Dhamma.
Il est donc particulièrement délicat et ambigu de transcrire par écrit des textes destinés avant tout à être écoutés et non lus. Les transcriptions d’enseignements oraux ne sont pas des ouvrages littéraires dont la forme pourrait occulter le fond.
En ce sens, étant destinés à des « auditeurs », leur transcription peut parfois paraître redondante ou lourde. Il est donc demandé au lecteur d'en effectuer une approche particulière, une lecture patiente, lente, permettant aux mots de faire leur chemin dans l’esprit et en laissant un espace suffisant pour que ces mots soient source de réflexion et de contemplation.
Ces textes nous invitent à réfléchir constamment à ce qui est dit et non pas simplement à les recevoir plus ou moins passivement, comme une simple conférence.
Au sens large, tout ouvrage consignant des enseignements est destiné à des pratiquants (ou à des pratiquants en devenir) et est par conséquent complémentaire de ce qui est enseigné par le Sangha (dans le cadre d'une retraite, par exemple), ils ne peuvent ni ne doivent se suffire à eux-mêmes.
"Vivre le Dhamma" par Ajahn Thiradhammo
Nous pouvons définir le Dhamma comme “la vérité des choses comme elles sont”
Dans la vie courante aujourd’hui, une masse de choses sollicitent notre temps et notre énergie. Or ceux-ci ne sont pas illimités ! Pour quelques-uns, et peut-être pour nous tous à certains moments, le Dhamma peut aussi devenir l’une de ces choses qui se disputent notre temps et notre énergie. Nous voudrions méditer davantage, mais nous n’avons pas le temps. Nous voudrions rester plus longtemps assis en posture de méditation, mais nous n’en avons pas l’énergie.
Toutefois, si nous parvenons à ordonner correctement nos priorités, nous nous apercevons parfois que consacrer du temps et de l’énergie à certaines choses nous permet finalement de disposer de plus de temps et d’énergie. Par exemple, certaines personnes découvrent que, si elles sont disponibles pour une retraite de méditation, elles reprennent ensuite la vie courante avec plus de dynamisme pour les tâches qui les attendent et davantage de temps “libre” pour être plus ouvert aux événements qui se présentent.
Le terme Dhamma a de nombreuses significations. En général il signifie “Vérité” ou bien “l’Enseignement du Bouddha” (comme étant la Vérité), mais son sens premier c’est “élément”. En combinant ces deux significations nous pouvons définir le Dhamma comme “la vérité des choses comme elles sont”.
Alors, au lieu d’envisager le Dhamma comme juste un sujet ou une occupation de plus pour lesquels il nous faut trouver du temps et de l’énergie, nous comprenons que le Dhamma ce sont les événement et les conditions eux-mêmes, c’est à dire que le Dhamma est en fait toute chose, ou que toute chose est le Dhamma. Alors notre façon de pratiquer peut consister à transformer tout ce qui arrive, extérieurement et extérieurement, en Dhamma, tout peut devenir une leçon de Dhamma. Ainsi, au lieu d’essayer d’expédier d’abord les activités en cours, afin de pouvoir ensuite méditer, nous pouvons comprendre que ces activités mêmes sont des sujets de méditation. Il est alors possible de méditer en toutes circonstances.
Méditer ? Assurément ! Mais il s’agit là d’une forme de méditation différente de ce que nous entendons d’habitude par ce terme. Il nous faut une certaine dose de sagesse et de connaissance pour arriver à méditer sur tout au lieu d’être conquis, obsédé ou troublé, sinon par toutes les conditions du moins par certaines d’entre elles. C’est là l’essence de la pratique : apprendre à transformer les choses en sujets de méditation.
En pratique, nombreux sont parmi nous ceux qui pensent devoir se consacrer à certaines responsabilités : familiales, professionnelles, etc. Et ces responsabilités peuvent sembler très éloignées de la pratique du Dhamma. Toutefois, si nous apprenons à vivre le Dhamma en le considérant comme la vérité des choses telles qu’elles sont, alors tout devient partie intégrante de la pratique du Dhamma. Même quand nous devons nous consacrer à d’autres responsabilités, nous pouvons nous souvenir que ces responsabilités font aussi partie du Dhamma. Vivre le Dhamma, c’est parvenir à voir en toutes choses leur vérité.
Ajahn Thiradhammo
La pureté de l'esprit
L’enseignement du Bouddha se résume en 3 mots : la moralité; sila, la concentration; samadhi et la sagesse; pañña. La moralité est la base qui permet la concentration et la sagesse. Sans moralité il n’est pas possible de progresser. Le niveau le plus basique est de respecter cinq préceptes qui permettront une pureté de base et de progresser facilement :
s’abstenir de tuer
s’abstenir de prendre ce qui n’est pas donné
s’abstenir de méconduite sexuelle
s’abstenir de mensonges, de paroles malveillantes ou futiles
s’abstenir de prendre des intoxicants.
La moralité n’est pas un ensemble de commandements. C’est s’engager, par bienveillance, à éviter de nuire aux autres, c’est une sorte de communion avec les êtres. C’est par exemple éviter les paroles qui blessent et les mensonges, c’est se mettre à la place de l’autre et se dire « non, je ne voudrais pas qu’on me fasse cela », c’est s’abstenir d’action néfaste et négative.
La concentration c’est l’unification et le recueillement de l’esprit, ce qui empêche la dispersion et l’éparpillement. La pratique de la méditation développe une attention claire, précise et pénétrante aux différents phénomènes physiques et mentaux. Elle ne s’arrête pas après une heure de méditation, elle se poursuit toute la journée, cela signifie qu’il faut être conscient et soigneusement observer toutes les activités, comme ouvrir une porte, se baisser, étendre le bras…
La méditation développe une confiance forte et solide, une puissante capacité à l’effort, une forte concentration, une attention pénétrante et la sagesse ou vision pénétrante qui permettra à l’esprit de voir la vérité, le libérant ainsi de l’ignorance et de la souffrance.
La méditation mène à la purification de l’esprit, à l’éradication du chagrin, à la destruction complète de la douleur physique, de la détresse mentale et à l’atteinte de Nibbana.
En étant attentifs, nous évitons de laisser pénétrer en nous l’avidité, l’aversion et l’ignorance, qui sont des facteurs mentaux nuisibles. Ils ne peuvent pas se manifester en présence d’une forte attention.
Source : vipassanasangha
En savoir plus:
- Lire "Grimper jusqu'au sommet de la montagne" Une interview de BHIKKHU BODHI: ICI
- Lire aussi "Le dharma du Bouddha" Par Urgyen Sangharakshita: ICI

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