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vendredi 6 juin 2008

la pratique du dhamma

Ci après un enseignement donné par Buddhadasa Bhikkhu à des méditants occidentaux venus étudier au Suan Mokkh, en 1986.
Extrait de « Le remède naturel contre les maux spirituels. »



...nous allons discuter de la bonne utilisation du Dhamma, c'est-à-dire, de comment vivre avec le Dhamma.

Quand nous parlons du Dhamma, nous voulons dire la connaissance que nous devons mettre en pratique afin de pouvoir soigner les maux spirituels.

Concernant cette pratique, il y a quatre importantes choses (dhammas) qui doivent être comprises (la signification initiale du mot: “Dhamma” est le mot “chose”. Mais ici, dhamma signifie “qualité” ou “vertu”. Vous allez voir que ce mot, cependant, peut avoir de très nombreuses significations, niveaux et ramifications )

Ces trois « choses » (dhammas) sont : sati (la pleine conscience, l’attention), sampajanna (la sagesse-en-action, la compréhension « en éveil »), samadhi (la concentration), et panna (le sagesse intuitive, ma vision intérieure).

Si vous observez soigneusement, vous constaterez que ces quatre dhammas, vous les avez déjà fait apparaître par la pratique d’anapannasati (la pleine conscience de la respiration).

Maintenant, nous allons passer en revue ces quatre dhammas et voir comment nous pouvons nous en servir, les mettre en action.


Sati : la pleine conscience, l’attention

Sati doit être vive comme une flèche

Sati (la pleine conscience, l’attention, la réminiscence) : c’est la conscience vive, la réminiscence des choses qui doivent être gardées en mémoire. Sati doit être vive comme une flèche

Nous pouvons aussi décrire sati comme un véhicule ou un moyen de transport de la plus rapide des espèces. Ce moyen de transport très vif, ne véhicule pas des objets matériels, il transporte la sagesse et la connaissance.

Sati apporte la sagesse (panna) au moment où nous en avons besoin. Grâce à la pratique de la pleine conscience de la respiration, sati est entraînée et développée.


Sampajanna : « la sagesse en action »

Le second dhamma est sampajanna. Sampajanna est le sagesse car elle rencontre et analyse immédiatement un problème quand celui-ci survient, afin de pouvoir agir et traiter ce problème – c’est la sagesse-en-action. Sampajanna est cette forme de sagesse bien spécifique qui s’applique à une situation ou un évènement précis.

Néanmoins, vous avez sûrement dû trouver toute une série de traduction pour ce terme « sampajanna » ; ce qui peut être source de confusion. Nous vous conseillons de ne retenir que cette définition : « la sagesse en action ». ou mieux, apprenez le mot en pali, ainsi il n’y aura pas de doute.

Le terme « sagesse » peut avoir de très nombreuses significations et être compris différemment. Le terme « sampajanna » a une signification bien limitée. Cela concerne la sagesse qui est immédiatement nécessaire pour faire face à un problème qui se pose à nous.
Cette sagesse active n’est pas une sagesse générale, elle s’applique à des situations bien particulières.

C’est la même chose qu’avec le terme « Dhamma » qui a une incroyable multiplicité de significations en fonction du moment et de la manière dont il est utilisé.

Quand le Dhamma est appliqué pour résoudre un problème spécifique, un évènement ou une situation particulière, il y a un Dhamma spécifique pour cette situation spécifique. La signification du terme est circonscrite à l’occasion et aux circonstances.

Dans le cas d’un dhamma employé pour éclaircir un problème, l’expression la plus précise et la plus adaptée est « Dhamma-sacca » ( Dhamma-Vérité). Dhamma-sacca est le dhamma particulier employé pour une situation immédiate à laquelle dont devons faire face, que ce soit au début de la « maladie » spirituelle ou lors de l’exposition aux germes de ce mal spirituel.
C’est l’utilisation appropriée d’un dhamma spécifique à un évènement ou incident précis.

Nous pouvons comparer le Dhamma à l’armoire à pharmacie de notre maison. Dans celle-ci, nous stockons une grande variété de médicaments, de pilules, de pommades, de poudres et de sirops, pour tous les usages. Mais, en fait, quand nous sommes malades, nous devons choisir parmi tous ces médicaments celui qui correspondra à la maladie que nous avons et qui saura traiter ce mal. Nous ne pouvons pas prendre tous les médicaments ; nous devons prendre seulement celui qui est nécessaire pour soigner notre mal, ici et maintenant.

La même chose est vraie pour le Dhamma. Veuillez comprendre qu’il existe une variété incroyable de ce que nous appelons Dhamma et panna, et que nous n’en utilisons qu’une infime portion à chaque fois. Nous n’utilisons que la portion adaptée qui peut prendre en charge une situation immédiate et précise.

Sachez utiliser Dhamma et panna en fonction de notre situation et de notre problème. Le Dhamma et la sagesse qui peuvent contrôler la situation et problème, c’est ce que nous appelons « sampajanna ».

Samadhi : « l’esprit bien établit, l’esprit correctement maintenu, l’esprit bien stable »

Le troisième dhamma que nous allons aborder aujourd’hui est samadhi. Ce qui signifie littéralement « l’esprit bien établit, l’esprit correctement maintenu, l’esprit bien stable ».

Le Bouddha a donné la signification la plus large possible de samadhi quand il l’a défini comme : « l’esprit focalisé – one pointed mind – (ekaggata-citta) qui a le nibbana pour objet ».
(« Egaggata-citta » ne doit pas être confondu avec « ekaggata » Ces deux termes font référence à la focalisation, mais ils sont employés dans différents contextes. Le dernier terme fait référence à un facteur de jhana. Le premier se réfère à « l’esprit qui est dirigé sur un seul objet ou sujet »).

Nous pouvons dire que samadhi a trois caractéristiques : parisuddhi (la pureté), samahita (la fermeté, la constance, la stabilité) et kammanaya (la réactivité, la promptitude, la capacité à œuvrer).

Ainsi, si vous voulez savoir si l’esprit est en état de samadhi ou non, examinez-le et voyez s’il comprend ces trois qualités. Voyez s’il est, ou non, pur, stable et actif.

Quand nous parlons du pouvoir ou de l’énergie de samadhi, nous voulons indiquer la manière dont l’esprit focalise toute son énergie sur un seul point. C’est la même chose qu’une loupe qui est capable de focaliser les rayons du soleil sur un seul point et qui fait apparaître une flamme.

De même, quand la puissance de l’esprit est rassemblée sur un seul point, celui-ci est focalisé (one-pointed). L’esprit qui est en samadhi produit une énergie colossale, qui est plus forte que n’importe quelle autre forme de puissance.

Nous pouvons décrire cet esprit très fortement concentré de deux manières:
-La première est « indriya » qui signifie « souverain » ou « chef ».
-La seconde est « bala », qui veut dire « puissance, force, rabutesse ».

Ainsi, nous avons samadhi-indriya et samadhi-bala, l’esprit qui a la souveraineté et davantage de puissance que n’importe quoi d’autre.

Samadhi doit travailler ensemble avec la sagesse. Samadhi est comme le poids du couteau et panna en est le tranchant. Pour qu’un couteau puisse couper correctement quelque chose, il doit posséder deux choses : le poids et le tranchant. Un couteau qui est pesant, mais émoussé, tel un marteau, ne peut rien couper et ne fait que de la charpie. D’un autre coté, un couteau très effilé, mais qui ne pèse pas, telle une lame de rasoir, ne tranchera jamais ce qu’il est sensé couper. Un couteau a besoin des deux propriétés ; l’esprit de même.

Pour faire ce qu’il doit faire, l’esprit a besoin à la fois de samadhi et panna. Vous pourriez vous demander qu’est ce qui fait qu’un couteau coupe : la pesée exercée sur la lame ou le tranchant de celle-ci ? Si vous êtes capable de comprendre ceci, il vous sera plus facile de comprendre comment le Dhamma tranche au travers des problèmes, c'est-à-dire, les impuretés mentales.

Au moment de l’activité de sampajanna, samadhi et panna travaillent de conserve pour couper au travers du problème. Ils sont interconnectés et, dans la pratique, ils ne peuvent être dissociés.

Panna : la sagesse

Il nous reste à parler du dernier dhamma : panna (la sagesse, la connaissance intuitive, la vision intérieure).

La signification de ce mot est très large. Littéralement, il signifie « connaître complètement ».

Cela ne veut pas dire connaître tout ce qui peut être connu, mais connaître ce qu’il est nécessaire d’être su.

Panna est la connaissance complète et adéquate de ce qu’il est important de savoir. De toute les choses qui peuvent être connues, panna ne fait référence qu’aux choses qui nous serons utiles pour nous permettre de résoudre nos problèmes.

Par exemple, il n’est pas nécessaire de connaître la structure de l’atome ou d’avoir la connaissance sur les espaces intergalactiques.

Nous n’avons besoin de savoir seulement ce qui permet la cessation de dukkha (les maux spirituels), directement dans notre esprit.

Ce qui mérite d’être su, c’est seulement ce qui se rapporte à la cessation de dukkha. Cela est conforme à l’enseignement du Bouddha qui rappelait qu’il n’enseignait rien d’autre que ce qui se rapportait à dukkha et à la cessation de dukkha.

Il existe une belle citation en pali que j’aimerais que vous entendiez :
« Pubbe caha bhikkhave etarahica dukkhanava pannapemi dukkhassa ca niodha. » ( Bhikkhus ! Dans les temps passés, aussi bien qu’aujourd’hui, je n’ai parlé que de dukkha et de l’extinction totale de dukkha)

Le Bouddha ne fait pas référence au futur, car celui-ci n’existe pas. Mais, dans le passé comme dans le présent, il n’enseigna que ces deux choses.

Parmi les choses que nous devons savoir, nous pouvons citer quatre importants aspects de la sagesse:
Le premier sujet que j’aimerais aborder, il y a les trois caractéristiques de l’existence (ti-lakkhana) : anicca (l’impermanence, le changement), dukkha (l’insatisfaction), et anatta (le non-soi et l’altruisme) (« selflessness » peut être traduit par « altruisme » ou « générosité désintéressée »).
Vous pouvez trouver ces explications détaillées sur ces trois caractéristiques dans de très nombreux ouvrages ; je me contenterais seulement de les rappeler brièvement aujourd’hui.


Toute chose composée :

Anicca signifie que toute chose composée est en constant changement.

Veuillez noter que nous ne parlons que des choses composées. Les choses non composées n’ont pas cette caractéristique d’anicca.

L’impermanence ne s’applique qu’aux choses qui sont produites par des causes et des conditions. Comme ce terme « choses composées » est important, vous feriez bien de retenir le terme pali, « sankhara ». Sankhara signifie : « former, composer, inventer, conditionner », et s’applique à cette myriade de choses qui, en permanence, produisent et conditionnent de nouvelles choses. C’est une caractéristique ou activité de toutes les choses phénoménales, comme ces arbres autour de nous.

Différentes causes interagissent ensemble dans ceux-ci. De nouvelles chose apparaissent, il y la croissance et le développement, les feuilles grandissent et tombent, le changement est incessant. Sankhara est cette activité continuelle de changement. Tout ce qui est conditionné dans l’existence est appelé « sankhara ». Les conditions de l’apparition de ces choses et ces choses elles-mêmes, sont appelées « sankhara ». Ainsi, « sankhara » englobe à la fois, les choses conditionnées et les choses qui conditionnent et aussi, les causes et les effets du conditionnement.

Nous pouvons comparer ce conditionnement sans fin aux briques d’un mur. Chaque brique supporte une autre brique qui elle-même supporte une autre qui en supporte une autre et ainsi de suite, par couche successives. Chaque brique supporte d’autres briques et est soutenues par les briques qui sont sous elle. Chacune d’elles supporte et est supportée.

Ainsi, sankhara possède trois significations, à la fois verbe et nom.
-La première signification, le verbe, est l’activité de former, de composer, de conditionner.
-La seconde signification se réfère aux choses conditionnées par cette activité et
- la troisième se réfère aux causes et aux conditions de cette activité.
La signification de sankhara est aussi vaste que cela.

Observez cette activité de conditionnement, vous la verrez dans toutes choses. Sans cette activité qui fait que des choses sont continuellement composées et celles-ci composent sans cesse d’autres choses, il n’y aurait pas d’existence, de vie. Il ne peut y avoir de vie, d’existence que par ce perpétuel conditionnement et reconditionnement.

Mais parfois, ce conditionnement est si subtil que nous ne pouvons pas le percevoir. Il peut même être caché, comme dans une roche. Il y a un perpétuel conditionnement qui se produit dans chaque roche, mais quand vous regardez, vos yeux ne peuvent pas le détecter. Néanmoins, soyez conscient du processus de conditionnement incessant dans toutes les choses qui existent.

La meilleure approche est de voir ce processus de conditionnement en vous-même. Tout cela se produit dans notre corps. Nous pouvons voir le conditionnement en nous, nous pouvons voir les choses alors qu’elles sont conditionnées, et nous pouvons voir les choses qui les conditionnement.

En regardant en nous, nous pouvons voir ce sankhara. Il y a le conditionnement de l’agrégat du corps (rupa-khandha) ; le conditionnement de l’agrégat des sensations (vedana-khandha) ; le conditionnement de sanna-khandha, qui est l’agrégat des perceptions, des identifications et des classifications ; le conditionnement de l’agrégat de la pensée (sankhara-khandha) ; et enfin, le conditionnement de l’agrégat de la conscience (vinnana-khandha).

Ces cinq importants groupes ou agrégats, leur existence et leur constant conditionnement peuvent être observés dans nos corps, alors que ceux-ci sont vivants.


Le point de contact :

Examinez les transmissions ou points de contact : maintenant les yeux travaillent, maintenant les oreilles travaillent, maintenant le nez travaille, maintenant la langue travaille, maintenant la peau travaille, maintenant l’esprit travaille. Un par un, ils assurent leurs fonctions, ils font leur travail. Quand l’un d’eux fonctionne, alors, à ce moment, il y a sankhara.

C’est quand, où et comment nous pouvons observer les conditionnements se produire. Dans le corps, il se produit un incessant conditionnement et un changement constant. Les cellules meurent et de nouvelles croissent, durant un temps et seront remplacées à leur tour. Même ces aspects purement physiques de l’existence révèlent le sankhara.

Dans ce corps, il y a six organes sensoriels : les yeux, les oreilles, le nez, la langue, la peau et l’esprit. Ceux-ci rencontrent les objets extérieurs des sens : les formes, les sons, les odeurs, les goûts, le toucher et les objets mentaux. Quand l’organe des sens entre en relation avec l’objet des sens correspondant (par exemple, l’œil voit la forme ou l’oreille entend le son…), alors se produit le conditionnement. Une forme est vue, un son est entendu, une odeur est sentie. Nous nommons cela « phassa » (le contact).

C’est le point de départ du phénomène de conditionnement ; une série de sankhara plus profonds apparaît de cela. La rencontre de l’organe des sens avec l’objet des sens (œil et forme, oreille et son… esprit et formation mentale) conditionne phassa. Phassa conditionne védana (les sensations : les réactions plaisantes ou déplaisantes face à ces expériences sensitives).

Védana aide au conditionnement de sanna, parce que les perceptions et l’identification de ces perceptions surgissent en fonction de ces sentiments.

Quoi qu’il arrive, est ainsi identifié et classifié. Sanna conditionne alors diverses pensées, y compris les émotions (sankhara-khandha). Et ceci nous conduit à agir d’une manière ou d’une autre. Puis, le résultat de ces actions nous conduisent à davantage de pensées, qui nous entrainera à de nouvelles actions et ainsi de suite…

Voilà un exemple de ce que nous désignons par « conditionnement ». Nous voyons que cette sorte de conditionnement se produit en permanence, même dans notre propre corps. Jamais cela ne s’arrête, ni ne prend du repos. Cela se poursuit que nous soyons éveillés ou endormis. Ce flux perpétuel, ce flot incessant, c’est la caractéristique d’anicca.


Dukkha :

Quand nous voyons clairement la caractéristique d’anicca, il est facile de comprendre la deuxième caractéristique, dukkha (l’insatisfaction, l’insupportable, la laideur, l’insignifiant).

Si nous voulons que les choses aillent selon notre idée, nous expérimentons dukkha. Quand les chose ne restent pas comme nous le souhaiterions ou nous le voudrions, nous éprouvons dukkha.

En fait, rien ne se produit réellement comme nous voulons, car rien ne reste inchangé suffisamment longtemps pour correspondre à ce que nous voulons. Alors, notre insatisfaction (dukkha) est sans fin. C’est la caractéristique de dukkha.

Quand nous regardons étroitement nous voyons que, nous-même, nous avons ces caractéristiques : l’impermanence, la souffrance et l’insatisfaction.

Les choses que nous aimons et qui nous plaisent sont anicca et dukkha. Les choses que nous n’aimons pas sont anicca et dukkha. Il n’y a rien dans tous les sankhara qui ait les caractéristiques de la permanence (nitta) et qui soit satisfaisant (adukkha). Nous devons voir anicca et dukkha en nous-même de cette façon.

Quand nous voyons complètement l’impermanence, quand nous voyons complètement la souffrance, l’insatisfaction, alors de manière automatique nous voyons que toute chose est anatta (sans-soi). Il n’y a rien que nous puissions appeler « Je », « moi ».

Parmi tous ces changements et ces conditionnements, il n’y a aucune entité individuelle ou substance éternelle qui peut être assimilé à un « soi ». Tout est anatta, sans-soi. Les choses existent ; noous ne disons pas le contraire. Ce qui est, est ; mais tout ce qui est, est sans soi propre. Nous ne devons pas nous méprendre et penser que nous avons un soi (atta). Il y a seulement le flot du changement. Tout ceci est la compréhension ou panna au sujet d’anicca, dukkha et anatta.


La vacuité :

Le deuxième sujet est la compréhension ou panna(sagesse) à propos de sunnata (la vacuité). Quand nous voyons les trois caractéristiques d’anicca, de dukkha, d’anatta, quand nous comprenons que toute chose n’a pas d’entité propre, alors nous comprenons que toute chose est vide de soi, est vide de quoi que ce soit que l’on puisse nommer : un soi.

C’est la signification de sunnata. Cette caractéristique simple de sunnata recoupe et recouvre les trois premières caractéristiques (anicca, dukkha et anatta).

La signification de « sunnata » est meilleure, plus large, plus facile et plus utile que n’importe quel autre mot pour définir le principe de la pratique et le principe de la vie. Encore faut-il que nous comprenions ce terme à la lumière du Dhamma, dans la langue de sati-panna (la pleine conscience et la sagesse).

Il ne doit pas être compris suivant des caractéristiques matérialistes, comme « rien n’existe » ou « tout est vide ». Le Bouddha a insisté sur le fait qu’une telle vue nihiliste est une conception extrême et une compréhension erronée. Sunnata n’est pas le nihilisme ou le néant. Les choses existent, mais elles sont vides et libres de quoique ce soit qui puisse être qualifié de « soi ».

Alors, nous disons que toute chose est vide, c’est la signification de la « vacuité » dans le langage du Dhamma. Si nous voyons sunnata, cela incluse voir anicca, dukkha, et anatta. Nous n’avons pas besoin de voir ces quatre caractéristiques ; en voir juste une seule – la vacuité – est suffisante pour prévenir les impuretés mentales (kilesa : perturbations et contaminations de la nature calme de l’esprit).

Quand nous voyons la vacuité dans les choses que nous aimons, nous cessons d’aimer. Quand nous voyons la vacuité dans les choses que nous haïssons, nous cessons de haïr. Alors, il n’y a ni amour, ni haine, ni attirance, ni répulsion, ni bonheur (sukha), ni souffrance (dukkha). Il y a juste une voie médiane, vivre dans la quiétude et la liberté de la voie du milieu. Tel est le fruit de la vraie compréhension de la vacuité des choses.

Tant que l’amour et la haine subsistent, l’esprit reste esclave de cet attachement aux choses que nous aimons ou que nous haïssons. Avec la complète compréhension de sunnata, l’esprit est libre, délié de ces choses. La véritable liberté, c’est la vacuité.

Sunnata est un synonyme de nibbana. Nibbana est vacuité. Quand l’esprit comprend la vacuité, il n’y a plus d’impuretés mentales, il n’y a plus de chaleur ; il y a nibbana, qui signifie « le calme, la fraîcheur ». Ainsi, quand il y a sunnata, il y a le calme, la « fraîcheur », nibbana. Le Bouddha a dit : « Vous deevez toujours regarder le monde comme une chose vide d’atta (de soi) et d’attaniya (appartenance au soi). C’est le second aspect de panna.


La Loi de la Nature : la loi des causes et des effets

Le troisième sujet que je souhaite aborder est la conditionnalité (idappaccayata), ce qui veut dire : « parce que ceci est, ceci est ; parce que ceci se produit, ceci se produit ; parce que ceci n’est pas, ceci n’est pas ; parce que ceci cesse, ceci cesse ».

Ces conditions sont appelées « idappaccayata », la loi des causes et des effets.

Nous pouvons aussi l’appeler la loi de la coproduction conditionnée (paticca-samuppada) car idappaccayata et paticca-samuppada sont la même chose, le même principe de sagesse qui doit être étudié, observé et compris.

Vous verrez que toute chose en ce monde est un flot constant, que le monde est un flux continuel. C’est un sujet profond et perplexe. De nombreux livres traitent de cela en détail ; certains sont complexes, surtout ceux traitant ce sujet en termes de coproduction conditionné.


Tathata « Simplement ainsi », « juste cela »

Maintenant, nous arrivons au quatrième sujet : tathata (l’ainsité). « Simplement ainsi », « juste cela » : chaque chose est telle qu’elle est et ne peut être différente de cette « ainsité ».

Ceci est appelé « tathata ». Quand tathata est vue, les trois caractéristiques d’anicca, de dukkha et d’anatta elles-aussi sont vues, sunnata est vu et idappaccayata est vue.

Tathata est le résumé de tout ceci – simplement ainsi, seulement ainsi, non-altérité possible – ; il n’y a rien de meilleur que ceci, rien de plus que ceci, rien d’autre que ceci...

Pour comprendre intuitivement tathata, il faut voir la vérité de toute chose, il faut voir les choses qui induisent en erreur. Ces chose qui leurrent sont celles qui font naître en nous la discrimination et la dualité : bien et mal, bonheur et tristesse, victoire et défaite, amour et haine, etc.

Il y a de très nombreuses paires opposées de cette sorte dans le monde. En voyant pas tathata, nous permettons à ces choses de nous leurrer en nous faisant croire à cette dualité : ceci-cela, attirance-répulsion, chaud-froid, mâle-femelle, impureté-éveil.

Cette illusion est la cause de tous nos problèmes. Emprisonnés dans ces oppositions, nous ne pouvons pas voir la vérité des choses. Nous retombons dans l’attirance et la répulsion, qui à leur tour nous amène dans les impuretés (kilesa), parce que nous ne voyons pas tathata.

Ce que nous devons voir, constamment et en profondeur, c’est que le bien est sankhara et que le mal, lui aussi, est sankhara. Les sensations plaisantes et déplaisantes, sukha et dukkha, sont toutes deux sankhara. Il n’y a rien qui ne soit pas sankhara.

De même, toute chose est tathata. Toute chose a cette caractéristique....

De plus, nous pouvons dire que le ciel est sankhara et que l’enfer est sankhara. Aussi, ciel et enfer sont tathata – juste ainsi.

Notre esprit doit être au-dessus du ciel, au-dessus de l’enfer, au-dessus du bien et du mal, au-dessus de la joie et de dukkha. Tathata est le quatrième sujet de la compréhension ou panna, la sagesse qui doit être développée à un niveau suffisant.

Nous devons étudier la réalité à la fois au niveau physique et matériel et au niveau mental et spirituel, jusqu’à ce que notre connaissance et notre sagesse soient adéquates et constantes.

Maintenant nous connaissons les quatre dhammas : sati, sampajanna, samadhi et panna. Il nous reste à apprendre comment les mettre en pratique de manière que cela nous conduise à une forme de sagesse correcte, réussie et salutaire.

La question maintenant c’est : comment employer le Dhamma, ou bouddhisme, dans nos vies quotidiennes ?


Dhamma dans la vie de tous les jours :

Comment allons-nous employer ces quatre dhammas dans nos vies quotidiennes ?

Une réponse rapide : nous devons vivre nos vies à la lumières de ces quatre dhammas. Nous devons employer ces quatre dhammas de manière correcte pour faire face à chaque situation et chaque problème qui arrive chaque jour.

Toutes les fois que surgit une situation qui pourrait nous conduire aux problèmes ou à dukkha – comme les yeux voyant une forme, les oreilles entendent un son, ou l’esprit ayant une pensée – nous devons avoir sati. Sati, immédiatement, amène le sagesse nécessaire face à cette situation afin de traiter les problèmesqui pourraient apparaître. La pleine conscience vient en premier.

Cette sagesse appliquée à l’expérience est sampajanna. Amenée à temps par sati, cette sagesse-en-action traite la situation telle qu’elle se présente. Puis, dans le même temps, alors que sampajanna est en action, la puissance de samadhi donne la force et l’énergie à la sagesse afin qu’elle puisse s’attaquer au problème.

A ce niveau, il y a samadhi ; à ce niveau la sagesse-en-action est capable de résoudre le problème. Panna agit comme un vaste entrepôt où serait stockées la connaissance et la vision intérieure dont se sert sati pour traiter avec les expériences des sens.

Quand ces quatre dhammas travaillent de conserve, nous pourrons voir que nous devenons plus intelligent. Nous sommes intelligents car nous avons la capacité de faire face aux situations qui se présentent à nous, sans engendrer de nouveaux problèmes ou tensions. Nous ne sommes pas asservi aux influences de toutes les paires opposées. C’est la vie libérée, paisible et fraîche. C’est le meilleur que puisse atteindre un être humain.

Pour résumer, nous devons posséder suffisamment de panna, nous devons employer sati à tout moment, nous devons appliquer sampajanna correctement et nous devons employer samadhi de manière appropriée et avec une puissance adéquate. Ensemble, ces quatre dhammas doivent employés de manière correcte et avec suffisamment d’énergie, dans toutes les situations qui peuvent se présenter à nous. C’est la réponse à la question : comment employer le Dhamma avec succès ?

J’espère que chacun d’entre vous va employer ces quatre dhammas dans votre vie. Rien d’autre ne pourra justifier le temps, l’effort et la dépense que vous avez dépensés pour venir ici. J’espère que vous ne partirez pas d’ici avec des dettes, mais que vous tirerez des bénéfices de votre séjour à Suan Mokkh.

Buddhadasa Bhikkhu ”The Natural Cure for Spiritual Disease”- Traduction de l'anglais par isara


  • Lire L'introduction + la première partie de cet enseignement sur le blog d'isara

jeudi 21 février 2008

Le danger des "jhana" ou "absorption"




1- Remarques préalables :

Samadhi en pali signifie "concentration", mais il y a plusieurs niveaux de concentration.

De nombreux enseignants du théravada ont mis en garde le méditant contre cet état de "concentration" intense qui conduit à l'absorption ou "Jhana"

Pourquoi cette mise en garde? Parce cet état procure un sentiment de "bonheur", de "bien -être" ou de "paix". De nombreux méditants ( et je n'échappe pas à cette règle) lorsqu'ils atteignent ce "calme mental parfait" n'ont alors plus qu'une seule idée en tête : Retrouver cette "merveilleuse" sensation.

Le risque est grand de s'attacher à cette sensation et de ne plus vouloir avancer sur le chemin.

Combien de fois me suis-je "faites avoir"( pardonnez moi l'expression..) lorsque, après une séance de méditation, j'avais l'impression d'avoir atteint quelque chose ( mais quoi ??), parce que je m'étais sentie tellement en "paix", tellement "lègère", j'avais eu l'impression de ne plus avoir de corps et que je pouvais rester assise pendant des heures et des heures...
Lorsque l'on atteint cet état on a plus envie de "revenir" dans la dure réalité de la vie..

Le voilà le danger : vouloir, à la prochaine méditation assise "retrouver" cet état...L'attachement est né et c'est difficile ensuite de s'en débarrasser.
Mais être conscient de cela c'est déjà avoir franchi un cape.
Ce qui est dangereux finalement c'est de ne pas avoir conscience que l'on s'égare...

Lorsque cela m'arrive durant une séance de méditation assise, si je le peux, j'essaye d'observer qui se passe en observant mon esprit qui "se pense en paix".
C'est l'observation pure qui me "sauve" si je puis dire, c'est l'observation qui me permet de voir que ce n'est qu'une sensation comme une autre, une illusion de paix car je n'ai pas encore assez de sagesse.


Nous devons avoir à l'esprit que nous ne sommes que des « puthujjana » c'est à dire des "êtres ordinaires", des "êtres non illuminés". Nous avons encore en nous « lobha » ; l’avidité ; et nos esprits sont confus. Nous avons des vues fausses.....(Vénérable U panathami )


Nous devons avoir à l'esprit que nous ne sommes que des "êtres ordinaires" avec parfois des sensations qui nous paraissent "extraordinaires".
Mais c'est justement parce que nous ne sommes que des
puthujjana que nous avons cette impression..


Le Bouddha, après avoir atteint les plus hauts niveaux de jhana, a comprit que ce n'était pas la fin du chemin car après il y a
vipassana (attention : "vipassana" prend ici sa véritable signification, ce n'est une technique de méditation mais c'est : Voir les choses comme elles sont ou la vision directe de la réalité )



"..
.Il y a le cas où un bikkhu -- tout à fait retiré de la sensualité, retiré des qualités (mentales) maladroites -- entre et demeure dans le premier jhana: ravissement et plaisir nés de la retraite, accompagnés par la pensée dirigée et de l'évaluation.

Avec l'apaisement de la pensée dirigée et de l'évaluation, il entre et demeure dans le second jhana: ravissement et plaisir nés du sang-froid, unification de la conscience libre de la pensée dirigée et de l'évaluation -- assurance intérieure.

Avec l'estompement du ravissement il demeure dans l'équanimité, attentif, pleinement vigilant, et physiquement sensible au plaisir. Il entre et demeure dans le troisième jhana, et de lui les Nobles Personnes déclarent, 'Equanime et attentif, il a une attitude agréable.'

Avec l'abandon du plaisir et de la douleur -- comme dans la précédente disparition de l'euphorie et de l'abattement -- il entre et demeure dans le quatrième jhana: pureté de l'équanimité et de l'attention, ni plaisir ni douleur. C'est là ce qu'on appelle la concentration correcte...
" (Magga-vibhanga Sutta: qu'est-ce que la concentration correcte: )


Bien sur le Bouddha a venté les mérites des jhana, mais il faut avoir à l'esprit que ce n'est qu'une étape sur le chemin et qu'il est parfois difficile de revenir à la réalité... cet état au lieu d'être bénéfique devient alors dangereux pour le Méditant..
C'est ce qu'explique Ajahn Chah dans l'extrait de l'enseignement ci après.

Une dernière remarque : Dans la tradition dite "Mahasi" on pratique "vipassana " directement sans passer au préalable pas samatha ou le calme mental.
Vipassana conduit lui aussi à des états de concentration intense : Les jhanas de vipassana.
  • Lire à ce sujet : "Les jhana de vipassana" présentés par Sayadaw U Pandita : ICI

Pour en savoir plus sur les jhana, lire aussi :


Ci après, des extrait d'un enseignement donné par Ajahn Chah en Angleterre, en 1977. ( Traduction par Isara) : "Les dangers de samadhi"

Remarque : Pour une lecture plus claire, La "mise en page" est différente du texte initial


2- Enseignement d' Ajahn Chah : Les dangers de samadhi


Samadhi est capable d’apporter au méditant beaucoup de bénéfices, mais aussi beaucoup de périls.

On ne peut pas dire que samadhi (la concentration) n’apporte que l’un ou que l’autre. Pour quelqu’un qui ne possède pas de sagesse, samadhi est plein(e) de périls ; mais pour celui qui possède la sagesse, samadhi peut apporter de grands bienfaits, elle(il) peut conduire à la vision pénétrante («insight»).


Ce qui peut être dangereux pour le méditant, c’est l’absorption (jhana),

La concentration avec un calme profond et soutenu.

Ce type de samadhi apporte une grande paix. Là où il y a paix, il y a la joie. Quand la joie est présente, apparaîssent l’attachement et le désir de s’accrocher. Le méditant ne veut plus contempler autre chose, il se complait dans cette sensation plaisante.

Quand nous pratiquons de longue date, nous avons la capacité d’entrer très facilement dans ce type de samadhi. Aussitôt que nous commençons à nous recentrer sur l’objet de notre concentration, l’esprit entre dans un état de calme, et nous ne voulons plus ressortir de cette sensation de calme pour aller étudier autre chose. Nous restons soudés à ce sentiment de bonheur. C’est un danger pour quiconque pratique la méditation.

Nous devons utiliser « upacara samadhi » (la concentration d’approche) : là, nous entrons dans le calme et lorsque l’esprit a atteint un niveau de calme suffisant, nous « sortons » et observons les activités extérieures (par « activités extérieures », nous entendons toutes les impressions sensitives ; en opposition à « l’inactivité intérieure » de l’absorption – jhana – où l’esprit ne doit pas regarder les sensations extérieures).

Regarder les sensations extérieures avec un esprit apaisé peut nous ouvrir à la sagesse. C’est très difficile à expliquer et à comprendre, parce que cela ressemble presque à la pensée et à l’imagination ordinaires.

On pourrait penser que si une pensée est présente, c'est que l’esprit n’est pas en paix, mais dans ce cas, la pensée prend place dans le calme.

La contemplation est présente, mais elle ne perturbe pas la paix de l’esprit. Nous pouvons évoquer une pensée afin de la contempler.

Nous apportons la pensée à la conscience afin de pouvoir la détailler ; ce n’est pas une idée qui arrive au hasard ou qui s’invite à notre esprit, c’est quelque chose qui émerge dans un esprit en paix. Cela s’appelle "la conscience dans le calme et le calme dans la conscience".

S’il s’agissait de pensées ordinaires, l’esprit ne resterait pas calme, il serait perturbé. Mais je ne suis pas en train de vous parler d’une pensée ordinaire, je parle d’une sensation qui émerge d’un esprit en paix. C’est ce qu’on appelle : "contemplation".
La sagesse naît de là.


En fait, il existe deux types de samadhi

1-Dans le "faux" samadhi l’esprit entre dans un état de calme, mais il n’y a pas de conscience.

On peut s’asseoir pendant deux heures, ou même un jour entier, mais l’esprit ne sait pas où il se trouve, ni ce qui se passe. Il ne sait rien. Il y a le calme et rien d’autre.

Ce serait comme un couteau bien aiguisé qui serait à votre disposition et dont vous ne vous serviriez pas. Ce type de calme est trompeur parce qu’il n’y a pas d’attention. Le méditant peut penser qu’il a atteint le niveau ultime de la méditation, alors il ne se soucie plus d’aller chercher plus loin.

A ce niveau, samadhi peut devenir un ennemi. La sagesse ne peut survenir parce qu’il n’y a aucune conscience de ce qui est bon ou néfaste.


2- Avec le samadhi "correct", peu importe le niveau de calme atteint, il y a toujours l’attention. Il y a la pleine conscience et la compréhension.

C’est cette forme de samadhi qui peut conduire à la sagesse, on ne peut s’y égarer.

Les pratiquants doivent bien comprendre cela. Nous ne pouvons pas nous passer de cette attention, elle doit être présente du début à la fin. Ce type de samadhi est sans danger.

Vous pouvez vous demander : « Où apparaît le bienfait ? Comment se produit la sagesse ? »


Lorsque le type correct de samadhi a été développé, la sagesse peut émerger à tout moment.

Quand l’œil voit une forme, quand l’oreille entend un son, le nez sent une odeur, la langue expérimente un goût, que le corps expérimente le toucher ou l’esprit fasse l’expérience des sensations mentales – et quelle que soit la posture – l’esprit reste avec la pleine connaissance de la vraie nature de ces impressions des sens, la pleine connaissance des phénomènes.

Quand l’esprit est baigné par la sagesse, il ne vagabonde pas.

En toute circonstance, nous sommes pleinement conscient de l’apparition de la joie et de l’insatisfaction (dukka).

Nous laissons aller ces deux sensations, nous ne nous y agrippons pas. On appelle cela "la bonne pratique" qui est présente dans toutes les postures.

Ici, l’expression "toutes les postures" ne fait pas référence aux positions corporelles seulement, mais à l’esprit aussi, qui est en permanence dans la pleine conscience et la claire compréhension de la vérité.

C’est ce que nous nommons "la vision pénétrante" (insight), la connaissance de la vérité.


Il y a deux sortes de paix : l’une est grossière, l’autre plus subtile.

1-La paix qui vient de samadhi est d’une forme grossière.

Quand l’esprit est en paix, il y a de la joie. L’esprit prend alors cette joie pour de la paix.

Mais la joie et l’insatisfaction naissent et se transforment. Nous sommes toujours dans le domaine du "samsara" (le cercle de la naissance et de la mort), parce que nous continuons à nous accrocher à ses sensations. La joie n’est pas la paix, la paix n’est pas la joie.

2- L’autre forme de paix est celle qui vient de la sagesse.

Ici, nous ne confondons pas la paix avec la joie. La paix qui naît de la sagesse n’est pas la joie, mais elle est celle qui voit la vraie nature de la joie et de l’insatisfaction. L’esprit ne s’accroche pas à ces notions, l’esprit s’ouvre au-delà de la joie et de l’insatisfaction.

Ceci est le vrai but de la pratique bouddhiste.


( Notes du traducteur : Dans la version anglaise de ce texte, les termes employés sont “happiness” et “unhappiness”. On pourrait normalement les traduire par “bonheur” et “malheur”.J'ai préféré les traduire par “joie” et “insatisfaction”, qui me semblent plus appropriés dans ce contexte.)


Source : Ajahn CHAH, “On Danger of Samadhi” extrait de “Teachings of Ajahn Chah”
traduction par
Isara


mardi 19 février 2008

Le fruit de samadhi






Je profite de ce message pour remercier isara pour ses traductions


Enseignement donné par Ajahn Chah en Angleterre, en 1979 (Traduction isara)


LE CHEMIN EN HARMONIE


« Aujourd’hui, je voudrais vous demander à tous : « Etes vous sûr de vous ? Etes vous bien au clair sur votre manière de pratiquer ? »

Je vous demande cela parce que nos jour, il y a de nombreuses personnes qui enseignent la méditation, et je crains que vous ayez l’esprit embrouillé, que vous soyez sujet au doute ou aux hésitations. Si nous comprenons clairement, alors nous serons capable de rendre notre esprit calme et stable.


Nous devons comprendre l’octuple sentier comme étant l’association de trois fondations : L’éthique, la concentration et la sagesse.

C’est la base sur laquelle se constitue le chemin. Notre pratique consiste à faire éclore ce chemin en nous.

Pendant la méditation assise, nous devons garder nos yeux fermés, de ne rien regarder d’autre parce que nous allons regarder directement l’esprit. Quand nous fermons les yeux, notre attention se porte vers l’intérieur. Nous établissons l’attention sur la respiration, nous centrons nos sensations sur le souffle, focalisons notre pleine conscience.
Quand les fondations du chemin sont en harmonie, nous sommes en capacité de voir la respiration, les sensations, l’esprit et les objets de l’esprit pour ce qu’ils sont.

Ici nous pouvons voir le « point de focalisation » (focus point), où samadhi et les autres fondations du chemin convergent en harmonie.

Quand nous sommes assis en méditation, à suivre notre respiration, nous devons penser en nous-même que maintenant, nous sommes seul ; qu’il n’y a personne autour de nous, qu’il n’y a rien du tout.

Nous devons développer cette sensation que nous sommes seul jusqu’à ce que l’esprit se défasse de tous les éléments extérieurs, pour ne se concentrer que sur la respiration. Si nous pensons : « telle personne est ici, telle autre là », l’esprit n’est pas en paix, il n’est pas tourné vers l’intérieur.

Nous devons faire abstraction de tout ce qu’il y a autour jusqu’à ce que nous ressentions qu’il n’y a personne près de nous, jusqu’à ce qu’il n’y ait rien du tout, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus ni de répulsion, ni d’attraction.


Laisser la respiration s'établir

Il faut laisser la respiration s’établir, aller à son rythme, ne pas la forcer à être plus courte ou plus longue. Etre là, tout simplement, et regarder le souffle aller et venir.

Lorsque l’esprit saura se défaire de toutes les sensations venues de l’extérieur, du bruit des voitures ou de toute autre perturbation, plus rien ne nous dérangera plus ! Ni la vue, ni les sons ne pourront nous perturber parce que l’esprit ne les percevra plus. Notre attention ne fera plus qu’une avec la respiration.

Si l’esprit est confus et ne veut pas rester concentrer sur la respiration, il faut prendre une longue inspiration, aussi profonde que possible, puis relâcher, expirer jusqu’à expulser tout l’air. Nous devons recommencer ceci trois fois puis rétablir notre attention sur la respiration. L’esprit finira bien par se calmer.

Il est normal que l’esprit reste calme un moment, puis que l’agitation et la confusion apparaissent à nouveau. Lorsque cela arrive, nous devons nous concentrer, respirer profondément à nouveau et rétablir notre attention sur la respiration. Nous devons poursuivre ainsi, encore et encore.

Après de nombreuses fois, nous saurons comment nous y prendre et l’esprit laissera passer toutes les manifestations extérieures. Les impressions venues du dehors n’atteindront plus l’esprit. Sati (l'attention) sera fermement établi.

Tout comme l’esprit se pose et se clarifie, la respiration s’allège. Les sensations deviennent de plus en plus subtiles, le corps et l’esprit deviennent légers.


L’attention est centrée sur l’intérieur et nous pouvons voir clairement les inspirations et les expirations, nous pouvons voir clairement toutes les sensations. Alors, nous pourrons voir apparaître ensemble les trois fondations de la pratique : éthique, concentration et sagesse. Ceci se nomme « samadhi ».


La respiration peut devenir si légère qu’elle semble disparaître

Après avoir observé le souffle pendant une longue période, celui-ci devient très léger ; l’attention sur la respiration s’estompe progressivement et cesse, laissant l’attention seule.

La respiration peut devenir si légère qu’elle semble disparaître ! Comme si nous étions là, mais qu’il n’y avait plus de respiration du tout.

En réalité, le souffle est toujours présent, même s’il semble qu’il n’y en ait plus. C’est parce que l’esprit a atteint son état le plus calme, le plus épuré, et qu’il n’existe plus que l’attention nue.
L’esprit est allé au-delà de la respiration. La connaissance que la respiration a disparue devient évidente. Mais alors, quel sera notre objet de méditation maintenant ? Nous allons prendre cette nouvelle connaissance, à savoir, cette connaissance de l’absence de respiration comme objet.
Certaines expérience inattendues peuvent alors survenir : certains expérimentent cela, d’autres non. Si cela nous arrive, nous devons rester stable et garder une attention sans faille. Certaines personnes se rendent compte que leur respiration a disparu et prennent peur ; elles s’effrayent à l’idée de mourir. A ce moment-là, nous devons voir la situation telle qu’elle est. Nous devons simplement noter que la respiration a disparu et prendre cela comme objet pour notre attention.


Le fruit de Samadhi

Ceci, nous pouvons le dire, est l’état de samadhi le plus sûr, le plus solide ; l’esprit est réunifié, sans fluctuation. Peut-être que le corps va devenir si léger que nous pourrions avoir l’impression qu’il n’y a plus de corps du tout. Nous aurons l’impression d’être assis dans un espace vide, totalement vide.

Même si cela peut nous sembler étrange et inhabituel, nous devons comprendre qu’il n’y a aucune inquiétude à avoir. Nous devons maintenir notre esprit fermement établi sur ce que nous expérimentons.

Quand l’esprit est ainsi fermement unifié, aucune impression sensorielle ne peut venir le perturber. On peut rester dans cet état aussi longtemps qu’on le souhaite. Aucune sensation de douleur ne viendra nous déranger.

Lorsque samadhi atteint ce niveau, nous pouvons en sortir quand nous voulons. Mais de manière douce et non parce que nous commençons à ressentir de l’ennui ou à être fatigué.

Nous quittons samadhi, parce que la méditation est terminée, que nous avons assez pratiqué pour lors. Nous nous sentons bien, à l’aise.

Si nous sommes capable de développer ce type de samadhi, alors nous pouvons nous asseoir, disons, trente minutes ou une heure, et ressentir les bienfaits de cette assise pendant plusieurs jours.

Quand l’esprit est calme et paisible ainsi, il est limpide. Quelle que soit l’expérience que vous pourrez faire, l’esprit s’en saisira et l’examinera. C’est le fruit de samadhi.


L’éthique est une fondation du chemin, de la pratique, la concentration en est une autre et la sagesse une troisième.

Ces trois facteurs forment un cercle. Nous pouvons les voir rassemblés dans l’esprit en paix.

Lorsque l’esprit est calme, il est réunifié et concentré grace à la sagesse et à l’énergie de la concentration. Comme il devient plus concentré, il devient plus fin, plus subtile ; et ceci donne à l’éthique la force de croître en pureté.

Comme notre éthique devient plus pure, elle aide au développement de la concentration. Quand la concentration est fermement établie, elle aide à l’éclosion de la sagesse. Ethique, concentration et sagesse s’entraident mutuellement ; elles sont en inter-relation.

A la fin, le chemin ne fait plus qu’un avec les trois fondations. Nous devons rechercher cette force qui émerge du chemin, parce que c’est la force qui conduit à la vision intérieure et à la sagesse. »


Source : Ajahn CHAH, “The Path in Harmony” extrait de “Teachings of Ajahn Chah”- Traduction isara


Lire d'autre enseignement de Ajahn Chah : ICI



mercredi 23 janvier 2008

Comme une eau calme qui coule






Un enseignement de Ajahn Chah, traduit par Jeanne Schut


Je vous demande, à présent, d’être très attentifs, de ne pas laisser votre esprit vagabonder ailleurs. Essayez de vous percevoir comme si vous étiez assis sur une montagne ou quelque part dans une forêt, tout seul.



nama et rupa le corps et l’esprit.

Qu’avez-vous là, tandis que vous êtes assis ? Il y a le corps et l’esprit, c’est tout, rien d’autre que ces deux choses-là. Tout ce qui est contenu à l’intérieur de cette forme assise ici, c’est « le corps ». Quant à «l’esprit », c’est ce qui est conscient et qui pense à cet instant précis. On les appelle aussi nama et rupa.

Nama c’est ce qui n’a pas de rupa, c’est-à-dire de forme. Toutes les pensées, les sensations ou encore les quatre khandha de la sensation, de la perception, de la volition et de la conscience. Tous sont nama, sans forme. Quand les yeux voient une forme, cette forme est appelée rupa, tandis que la conscience de la forme est nama.
Ensemble ils forment nama et rupa ou, tout simplement, le corps et l’esprit.

Comprenez que ce qui est assis ici en ce moment, ce ne sont que le corps et l’esprit. Mais nous confondons ces deux choses. Pourtant, si vous voulez la paix, vous devez les connaître pour ce qu’elles sont. Tel qu’il est actuellement, l’esprit n’est pas encore entraîné, il est sale, opaque. Ce n’est pas encore le pur esprit. Nous devons continuer à l’entraîner au moyen de la méditation.



On peut pratiquer à tout moment.

Certains croient que méditer signifie s’asseoir d’une certaine façon mais en réalité
toutes les positions sont de bons véhicules pour la pratique de la méditation, que l’on soit
debout, assis, en marche ou allongé.

Samadhi signifie littéralement « l’esprit fermement établi ». Pour développer le samadhi, il ne faut pas étouffer l’esprit. Certaines personnes essaient d’apaiser leur mental en s’asseyant calmement et en faisant en sorte que rien ne vienne les déranger, mais cela revient à être mort !


La pratique de samadhi a pour but de développer la sagesse et la compréhension.

Samadhi c’est l’esprit stable, fixé sur un point unique. Sur quel point est-il fixé ? Sur le point d’équilibre. C’est là qu’il se fixe.

Mais les gens pratiquent la méditation en essayant de faire taire leur mental. Ils disent : « J’essaie de m’asseoir en méditation mais mon mental refuse de se calmer une seule minute. Il ne cesse de partir dans tous les sens. Comment puis-je l’arrêter ? »

Il ne s’agit pas de l’arrêter. Il faut qu’il y ait du mouvement pour que la compréhension surgisse. Les gens se plaignent : « Mon esprit s’échappe, je le ramène et puis il repart à nouveau. » Et ils passent leur temps, assis là, à courir derrière leur esprit.

Ils croient que leur esprit court dans tous les sens, mais en réalité ce n’est qu’une impression. Regardez cette salle, par exemple. Certains diront : « Oh ! Comme elle est grande ! » alors qu’en fait elle n’est pas grande du tout. Si elle vous paraît grande, c’est à cause de votre perception personnelle des choses. En fait, cette salle a simplement la taille qu’elle a, elle n’est ni grande ni petite. Mais voilà, les gens passent leur temps à courir derrière leurs sensations.


Il faut d’abord comprendre ce qu’est la paix, sinon vous ne pourrez jamais la trouver.

Méditer pour trouver la paix … Il faut d’abord comprendre ce qu’est la paix, sinon vous ne pourrez jamais la trouver. Supposons, par exemple, que vous soyez venu au monastère aujourd’hui avec un stylo très cher dans la poche de votre veste. A un certain moment vous vous en êtes servi et puis vous l’avez rangé ailleurs, par exemple dans la poche de votre pantalon. Et puis voilà que vous touchez votre poche de veste et vous sentez qu’il n’y est plus. Alors, vous paniquez. Vous paniquez du fait de votre compréhension erronée de la situation. Résultat : vous en souffrez. Tout en allant et venant, vous ne cessez de penser au stylo que vous croyez avoir perdu. Votre compréhension erronée fait que vous souffrez. Une compréhension erronée des choses engendre la souffrance. « C’est tellement dommage ! Je venais juste d’acheter ce stylo et voilà que je l’ai perdu. »

Et puis tout à coup, vous vous souvenez : « Mais bien sûr ! Quand j’ai retiré ma veste, je l’ai mis dans la poche de mon pantalon. » A peine vous rappelez-vous cela que vous vous sentez déjà mieux, alors que vous n’avez même pas vu votre stylo. Vous me suivez ? Vous êtes déjà heureux, vous cessez de vous inquiéter pour votre stylo. Vous êtes absolument sûr de vous. En marchant vous passez la main sur la poche de votre pantalon et vous le sentez. Pendant tout ce temps votre esprit vous a trompé. L’angoisse venait de votre ignorance. Et puis vous voyez le stylo et tous vos doutes s’envolent, vos angoisses s’apaisent.

Cette forme de paix surgit quand on perçoit la cause du problème, samudaya, la cause de la souffrance. Dès que vous vous rappelez avoir mis le stylo dans votre poche de pantalon nirodha apparaît, la cessation de la souffrance.


Ce que les gens appellent généralement « paix » est simplement l’apaisement du mental, pas l’apaisement des illusions.

Il faut donc savoir observer pour pouvoir trouver la paix. Ce que les gens appellent généralement « paix » est simplement l’apaisement du mental, pas l’apaisement des illusions.
Les illusions sont mises de côté pendant ce temps-là, comme de l’herbe que l’on couvrirait d’un rocher. Si vous retirez le rocher trois ou quatre jours plus tard, très vite l’herbe recommencera à pousser. Elle n’avait pas disparu, elle avait seulement été dissimulée.

C’est exactement la même chose en méditation : le mental se calme mais pas les illusions qu’il charrie. C’est pourquoi le samadhi n’apporte aucune certitude.


Pour trouver une paix véritable, il vous faut développer la sagesse.

Le samadhi apporte une certaine forme de paix, comme le rocher qui couvre l’herbe … mais elle repousse quand vous le retirez. Ce n’est qu’une paix temporaire.

La paix qu’apporte la sagesse, c’est comme poser le rocher et puis le laisser là, ne plus le retirer. Alors l’herbe ne pourra plus repousser. Là se trouve la véritable paix, l’apaisement des illusions, la paix certaine qui résulte de la sagesse.

Nous parlons de la sagesse (pañña) et du samadhi comme s’il s’agissait de deux choses différentes mais il faut savoir que fondamentalement, ils ne font qu’un. La sagesse est l’aspect dynamique de samadhi et samadhi l’aspect passif de la sagesse. Ils ont la même origine mais prennent des directions différentes, assument des fonctions différentes.
(...)
Dans la pratique du Dhamma, on appelle un certain état samadhi et un autre état pañña mais en réalité sila, samadhi et pañña ne font qu’un.

Dans tous les cas, quel que soit l’aspect que vous considérez, vous devez toujours aborder votre pratique à partir de l’esprit. Savez-vous ce qu’est l’esprit ? A quoi il ressemble, ce qu'il est, où il est — nul ne le sait. Tout ce que nous savons, c’est que nous avons envie d’aller ici ou là, d’avoir ceci ou cela, que nous nous sentons bien ou mal … mais l’esprit lui-même semble impossible à connaître.


Qu’est-ce que l’esprit ?

L’esprit n’a pas de forme. Nous appelons « esprit » ce qui reçoit des impressions, bonnes ou mauvaises. C’est un peu comme le propriétaire d’une maison : il reste chez lui tandis que des visiteurs viennent le voir. Il est celui qui reçoit les visiteurs. Qui reçoit les impressions sensorielles ? Qui les repousse ? Quelle est cette chose qui perçoit ? C’est ce que nous appelons « l’esprit ».

Mais les gens ne le voient pas, ils continuent à tourner en rond dans leurs pensées : « Qu’est-ce que l’esprit ? Qu’est-ce que le cerveau ? » Ne mélangez pas tout comme cela. Qu’est-ce qui perçoit les impressions ? Qui aime certaines impressions et qui n’en aime pas d’autres ? Qui est-ce ? Y a-t-il quelque chose qui aime et qui n’aime pas ? Bien sûr mais vous ne le voyez pas. C’est ce que nous appelons l’esprit.


Dans notre pratique, il est inutile de distinguer samatha de vipassana ; appelez cela simplement la pratique du Dhamma.

Et puis menez cette pratique à partir de votre esprit. Qu’est-ce que l’esprit ? L’esprit est ce qui reçoit ou qui a conscience des impressions sensorielles. A certaines il réagit avec plaisir, à d’autres avec répulsion. Ce récepteur d’impressions nous conduit au bonheur et à la souffrance, au bien et au mal mais il n’a aucune forme. Nous imaginons qu’il s’agit d’un « soi » mais en réalité ce n’est qu’un namadhamma.

Le bien a-t-il une forme ? Et le mal ? Le bonheur et la souffrance ont-ils une forme ? Vous ne les trouverez nulle part. Sont-ils ronds ou carrés ? Courts ou longs ? Vous les voyez ? Ces choses-là sont namadhamma, on ne peut les comparer aux choses matérielles, elles n’ont pas de forme … et cependant nous savons qu’elles existent.


Il est recommandé de commencer la pratique en calmant le mental.

Mettez toute votre attention dans le mental. Quand il est attentif, il est en paix. Certaines personnes n’ont pas envie d’être attentives, elles veulent seulement avoir la paix, une sorte de rideau noir, de « black out », et ainsi elles n’apprennent jamais rien.

Si vous ne vous basez pas sur « ce qui sait » en vous, sur quoi reposera votre pratique ?
S’il n’y a pas de long, il n’y a pas de court ; s’il n’y a pas de bien, il n’y a pas de mal. De nos jours, les gens passent leur temps à étudier, à rechercher le bien et le mal, mais ils ne savent rien de ce qui est au-delà du bien et du mal. Ils ne connaissent que le bien et le mal : « Je ne vais prendre que ce qu’il y a de bien, je ne veux rien savoir de ce qui est mal. Pourquoi m’en préoccuper ? » Si vous essayez de ne prendre que ce qui est bon, très vite cela se transformera en mal. Le bien mène au mal. Les gens étudient le court et le long mais ce qui n’est ni court ni long, ils n’en savent rien du tout.(...)

Les gens recherchent le bien et essaient d’éloigner le mal mais ils n’étudient pas ce qui n’est ni bien ni mal. Si vous n’étudiez pas cela, vous n’en verrez jamais la fin. Si vous prenez le bien, le mal suivra. Si vous choisissez le bonheur, le malheur suivra. S’accrocher aux bonnes choses et refuser les mauvaises, c’est pratiquer un Dhamma pour enfants, c’est comme un jouet. Bien sûr, c’est acceptable jusqu’à un certain point, mais si vous vous emparez du bien, le mal suivra. Le bout de cette voie-là est incertain.

(...)

Pour réussir à calmer l’esprit et prendre conscience du récepteur des impressions sensorielles, nous devons observer comment il fonctionne, suivre « Ce qui sait », entraîner l’esprit jusqu’à le purifier complètement. Jusqu’où le purifier ? Quand l’esprit est vraiment pur, il est au-dessus du bien et du mal, au-dessus de la pureté elle-même. Il est achevé. C’est là que la pratique s’arrête. Ce que l’on appelle « s’asseoir en méditation » ne permet d’obtenir qu’une paix temporaire mais même dans cette sorte d’apaisement peuvent surgir certaines expériences.

Si quelque chose se produit, il doit y avoir une « présence » pour en prendre conscience, pour comprendre, observer, investiguer. Si l’esprit est complètement amorphe, ce n’est pas très fructueux.

En position assise, certaines personnes ont l’air très réservé et croient qu’elles méditent paisiblement mais la véritable paix n’est pas seulement avoir l’esprit au calme. Ce n’est pas la paix qui dit : « Puisse-je être heureux et ne jamais connaître la souffrance. » Avec cette sorte de paix, même l’obtention du bonheur finit par être insatisfaisante et la souffrance apparaît.


Ce n’est que lorsque vous pourrez amener votre esprit au-delà du bonheur et de la souffrance que vous trouverez la paix véritable.

Telle est la paix véritable. Telle est la matière que la plupart des gens n’étudient jamais, qu’ils ne voient jamais vraiment. La façon juste d’entraîner l’esprit est de le rendre lumineux, de développer la sagesse.

Ne croyez pas qu’entraîner l’esprit consiste seulement à s’asseoir tranquillement. Cela c’est le rocher qui recouvre l’herbe. Certains peuvent s’en enivrer. Ils croient que le samadhi, c’est s’asseoir mais ce n’est là qu’un des sens de ce mot. En réalité, si l’esprit connaît le samadhi, alors marcher est samadhi, s’asseoir est samadhi, être debout est samadhi, être allongé est samadhi.


Tout est pratique.

Certaines personnes se plaignent en disant : « Je ne peux pas méditer, je suis trop agité. A chaque fois que je m’assois je pense à ceci et à cela … Je n’y arrive pas. J’ai trop de mauvais karma. Je ferais mieux d’épuiser mon mauvais karma d’abord et puis je reviendrai essayer de méditer. » Essayez pour voir ! Essayez d’épuiser votre mauvais karma !

Voilà comment pensent les gens. Pourquoi pensent-ils ainsi ? Il faut que nous étudiions ces soi-disant empêchements. Quand nous nous asseyons pour méditer, l’esprit s’empresse de s’échapper. Nous le suivons et essayons de le ramener à la conscience et puis nous reprenons l’observation … et il s’échappe à nouveau. Voilà ce que vous devez étudier.

La plupart des gens refusent de tirer leçon de la nature (...) Ils refusent de voir comment l’esprit change. Comment voulez-vous développer la sagesse ? C’est précisément avec ces changements que nous devons vivre. Quand nous constatons que l’esprit est ainsi, sans cesse changeant, quand nous constatons que c’est tout simplement sa nature d’être ainsi, nous le comprenons.

Il faut que nous soyons conscients de notre esprit quand il pense du bien et quand il pense du mal, quand il passe de l’un à l’autre. Il faut le voir. Si nous comprenons bien cela, alors même quand l’esprit pense, nous pouvons être en paix.
(...)



Il faut être conscient des sensations. Certaines sont agréables et d’autres désagréables mais cela est secondaire

La paix est ainsi. Il faut être conscient des sensations. Certaines sont agréables et d’autres désagréables mais cela est secondaire, c’est leur affaire. (...)Nous finissons par comprendre que les sensations sont parfois agréables et parfois désagréables et que c’est dans leur nature. Une fois que nous les comprenons clairement ainsi, nous pouvons les reconnaître pour ce qu'elles sont et les laisser passer.


Les sensations sont incertaines. Elles sont "impermanentes", insatisfaisantes et sans "soi".

Tout ce que nous percevons est ainsi. Quand les yeux, les oreilles, le nez, la langue, le corps ou l’esprit reçoivent des sensations, sachons les reconnaître tout comme nous reconnaissons la nature des singes. Ainsi nous pourrons être en paix.

Quand les sensations s’éveillent, prenez-en simplement conscience — mais n'allez pas courir après ! Les sensations sont incertaines : elles sont comme ceci un instant, et comme cela l’instant d’après. Leur existence est liée au changement, tout comme notre existence à tous est liée au changement.

Pour vivre il faut respirer et, quand on respire, l’air est expiré et puis il doit être inspiré. Ce changement est indispensable. Essayez d’inspirer sans expirer ou d’expirer sans inspirer … Vous y arrivez ? Si ce changement n'avait pas lieu, combien de temps pourriez-vous tenir ? L’expiration et l’inspiration sont toutes deux nécessaires.

Il en va de même des sensations. Elles sont indispensables. Sans elles vous ne pourriez pas développer la sagesse. Sans le mal, le bien n’existerait pas. Il faut d’abord voir juste pour percevoir ce qui est erroné, et il faut comprendre qu’une chose est erronée avant de voir juste. Ainsi vont les choses. Pour le chercheur sérieux, plus il y a de sensations, mieux c’est.


Quand nous sommes clairement conscients de la nature des sensations, nous pratiquons le Dhamma.

Mais beaucoup de méditants essaient de les éviter, refusent de se colleter avec elles. (...) Les sensations sont un enseignement. Quand nous sommes clairement conscients de la nature des sensations, nous pratiquons le Dhamma. Ressentir la paix au coeur même des sensations (...)

(...) Le Dhamma n’est pas loin de nous, au contraire : il est ici même, en nous. Le Dhamma n’est
pas une histoire d’anges dans les airs ou quoi que ce soit de ce genre. Il s’agit de nous, de ce que nous faisons à cet instant précis.

Observez-vous. Voyez comment vous passez du bonheur à la tristesse, du plaisir à la douleur ou de l’amour à la haine … C’est cela, le Dhamma. Vous le voyez ? Il faut avoir conscience de ce Dhamma, étudier tout ce dont vous faites l’expérience.

Avant d’abandonner les sensations, il faut les connaître. Quand vous aurez vu que les sensations sont impermanentes, elles ne vous dérangeront plus. Dès qu’une sensation apparaît, dites-vous : « Hum, rien de permanent, là-dedans. » Quand votre humeur change : « Hum,impermanence. » Vous pouvez être en paix avec ces phénomènes(...)


Si vous connaissez la vraie nature des sensations, vous comprenez le Dhamma.

A ce moment-là, vous pouvez abandonner les sensations, sachant clairement qu’elles sont
toutes, absolument toutes, impermanentes. Ce que nous appelons ici « impermanence », c’est le Bouddha. Le Bouddha est le Dhamma. Le Dhamma est caractérisé par l’impermanence. Quiconque perçoit l’impermanence des choses, perçoit leur réalité immuable. Ainsi est le Dhamma et ainsi est le Bouddha. Si vous percevez l’un, vous percevez l’autre. Si vous êtes conscients de anicca, l’impermanence de toute chose, vous saurez lâcher prise et ne plus vous
accrocher aux choses.

Vous dites : « Ne cassez pas mon verre ! » Pouvez-vous empêcher que se casse un objet dont la nature est d’être cassable ? S’il ne se casse pas aujourd’hui, il se cassera plus tard. Si vous ne le cassez pas vous-même, quelqu’un d’autre le fera, et si personne ne le fait, alors ce sera peut-être une poule qui le cassera !

Le Bouddha nous apprend à accepter ces choses-là. Il a pénétré la véritable nature des choses, il a vu que, quelque part, ce verre est déjà cassé. A chaque fois que vous utilisez ce verre, vous devriez considérer qu’il est déjà cassé. Est-ce que vous comprenez cela ? C’est ainsi que le Bouddha concevait les choses. Il voyait le verre cassé dans le verre intact. Un jour
viendra, inévitablement, où il se brisera.

Développez cette façon de voir les choses. Utilisez le verre, prenez-en soin jusqu’au jour où il vous glissera des doigts et crac ! Mais ce ne sera pas un problème. Pourquoi ? Parce que vous aurez compris et accepté sa nature « cassable » avant qu’il ne se casse.

Mais, en général, les gens disent : « J’aime tant ce verre, pourvu qu’il ne se casse jamais. » Plus tard, si le chien le casse : « Je pourrais tuer cette sale bête ! » et vous êtes furieux contre votre chien pour avoir brisé le verre. Si c’est l’un de vos enfants qui le casse, vous lui en voudrez tout autant. Pourquoi ? Parce que vous vous êtes enfermé dans un barrage dont l’eau ne peut pas s'écouler. Vous avez érigé un barrage sans vanne, alors il ne lui reste plus qu’à déborder, n’est-ce pas ?

Quand vous construisez un barrage, vous devez prévoir une vanne. Ainsi, quand l’eau monte trop, elle peut se déverser en toute sécurité dès que vous ouvrez la vanne. Il faut absolument avoir une « valve de sécurité » comme cela. L’impermanence est la valve de sécurité des Etres Eveillés.

Avec cette conscience des choses, vous serez en paix.


Debout, en marche, assis ou allongé, pratiquez constamment en utilisant sati, l’attention, pour observer et protéger l’esprit, c’est cela le samadhi et c’est aussi la sagesse.

Les deux sont semblables, même s’ils se présentent différemment. Si nous sommes vraiment conscients de l’impermanence, nous percevrons ce qui est permanent. La permanence c’est que tout doit inévitablement être ainsi et pas autrement. Comprenez-vous cela ? Même si vous ne comprenez que cela, vous pouvez connaître le Bouddha et lui rendre réellement hommage.

Tant que vous ne rejetterez pas les enseignements du Bouddha, vous ne souffrirez pas, tandis que si vous les rejetez, vous connaîtrez la souffrance.

Dès que vous rejetez ses enseignements sur l’impermanence, l’insatisfaction et le non-soi, la souffrance apparaît. Même si vous ne pouvez pas pratiquer davantage, c’est suffisant : vous ne connaîtrez pas la souffrance ou, si elle se fait sentir, vous saurez l’apaiser facilement et cela évitera qu'elle ne réapparaisse à l’avenir.

C’est là que s'arrête notre pratique : au moment où cesse la souffrance. Et pourquoi la souffrance cesse-t-elle ? Parce que nous avons éliminé sa cause, samudaya. Il n’est pas nécessaire d’aller plus loin, il suffit de savoir cela et de méditer dessus.


Si vous avez les Cinq Préceptes comme base de votre conduite, il est inutile d’aller étudier le Tipitaka.

Concentrez-vous d’abord sur les Cinq Préceptes. Au début vous commettrez des erreurs mais, quand vous le constaterez, arrêtez-vous, faites marche arrière et recentrez-vous sur les préceptes.

S'il vous arrive de dévier encore et de commettre une autre erreur, reprenez-vous dès que vous en avez conscience. En pratiquant ainsi, votre attention sera plus aiguisée, plus régulière(...)

Il faut parler du Dhamma comme cela, en faisant des comparaisons, parce que le Dhamma n’a pas de forme. Est-il rond ? Est-il carré ? Nul ne peut le dire. La seule façon d’en parler est au moyen de comparaisons comme celle-ci.


Ne croyez pas que le Dhamma soit loin de vous. Il est ici même avec vous, tout autour de vous.

Regardez : vous êtes heureux un moment et puis malheureux et puis en colère … Tout cela, c’est le Dhamma. Observez et comprenez. Quelle que soit la cause de votre souffrance, vous devez y remédier. Si la souffrance perdure, c’est que vous ne percevez pas encore les choses clairement. Si vous perceviez les choses clairement, vous ne souffririez pas, parce que la cause de la souffrance ne serait plus là. Si la souffrance est toujours présente, si les choses sont encore difficiles pour vous, c’est que vous n’êtes pas encore sur la bonne voie.

A chaque fois que vous vous sentez coincé ou que vous souffrez trop, c’est que vous avez tout faux. Et à chaque fois que vous nagez dans le bonheur et que vous flottez sur un nuage … même chose ! Vous avez encore tout faux.

Si vous pratiquez ainsi, vous serez attentif à tout instant et dans toutes les postures. Avec sati, l’attention et sampajañña, l’observation de soi, vous saurez reconnaître le bien et le mal, le bonheur et la souffrance, et le fait d'en être conscient vous donnera les moyens d’y faire face.

C’est ainsi que j’enseigne la méditation. Quand c’est le moment de vous asseoir en méditation, asseyez-vous, il n’y a rien de mal à cela, au contraire.


On ne médite pas seulement assis. Il faut donner à votre esprit l’occasion de vivre pleinement les choses, permettre à ces choses de se dérouler et percevoir ainsi leur véritable nature.


Comment les étudier ? Voyez-les comme étant impermanentes, imparfaites et sans soi. Tout est incertain : « Comme c’est beau ! Il me le faut absolument » — il n’y a rien de sûr là dedans.
« Je n’aime pas cela du tout » — pas sûr. Est-ce vrai ? Absolument, aucune erreur possible. Peu importe qu'une chose vous attire ou pas, souvenez-vous simplement que rien n'est sûr.

(...)
Permettez aux choses de s'écouler librement, comme l'inspiration et l'expiration. Les deux sont nécessaires, la respiration dépend de cette alternance. De même, tout dépend du changement.

Ces choses-là sont en nous et nulle part ailleurs. Si nous mettons fin au doute, alors, que ce soit assis, en marche, debout ou couché, nous serons en paix. Le samadhi ne se limite pas à la position assise. Certains méditants restent assis jusqu'à être à moitié hébétés, on les croirait morts, ils ne savent même plus où ils sont. Ne tombez pas dans ces extrêmes : si vous sentez venir la somnolence, marchez ou changez de posture.

Développez la sagesse. Si vous êtres vraiment épuisé, reposez-vous mais, sitôt réveillé, ne vous rendormez pas : reprenez votre pratique ! C'est ainsi qu'il faut pratiquer, en utilisant son bon sens de même que sagesse et mesure.


Que votre pratique s'appuie avant tout sur l'observation du corps et du mental.

Voyez leur impermanence et tout le reste s'ensuivra. Pensez-y quand vous vous régalez d'un bon plat. Dites-vous : « Pas sûr. » Mettez vite votre réaction K.O. au lieu que ce soit
elle qui vous mette K.O. à chaque fois. Quand vous n'aimez pas quelque chose, vous vous contentez d'en souffrir : voilà comment les situations nous mettent K.O. ! « Si elle m'aime, je l'aime aussi » — et encore une claque ! Jamais vous n'arriverez à les mettre K.O. comme cela. Voyez plutôt les choses ainsi : à chaque fois que quelque chose vous plaît, dites-vous simplement : « Ce n'est pas sûr ! »


Il faut aller un peu à contre-courant de nos attirances et de nos répulsions pour réellement voir le Dhamma.

Et puis pratiquez dans toutes les postures : assis, en marchant, debout ou couché. Vous êtes capable de ressentir une émotion comme la colère dans n'importe quelle position, n'est-ce pas ? Vous pouvez être en colère aussi bien assis, debout, qu'en marchant ou allongé. Vous pouvez, de même, ressentir une envie dans n'importe quelle posture. Alors soyez cohérents et étendez votre pratique à toutes les positions possibles.

Et puis, ne faites pas semblant de pratiquer, faites-le vraiment.

Nous en arrivons maintenant au point le plus important. Si vous savez que tout est impermanent, vos pensées vont se détendre petit à petit. Quand on réfléchit à l'incertitude liée à toute chose qui passe, on constate qu'il en va de même pour tout. Dès lors, à chaque fois que quelque chose arrive, on se dit simplement : « Tiens, voilà encore quelque chose ! »

Si votre esprit est tranquille, il sera exactement comme une eau calme qui coule.
Avez-vous déjà vu une eau calme couler ? Ah, voilà ! Vous avez vu soit une eau couler
soit une eau calme mais vous n'avez jamais vu une eau calme couler.
C'est précisément là, à ce point où votre pensée, même apaisée, ne peut vous conduire, que vous pouvez développer la sagesse. Votre esprit sera comme une eau qui coule et pourtant il sera calme. Il vous paraîtra presque immobile et pourtant il coulera. C'est pourquoi je dis que c'est « une eau calme qui coule. » C'est là que la sagesse peut s'éveiller.



Pour lire les autres enseignements de Ajahn Chah sur ce blog:
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jeudi 27 décembre 2007

Etre libre de désir, d'aversion et d'ignorance






Ci après des enseignements de Ajahn Khemasiri





Ajahn Khemasiri appartient à l’École des Moines de la Forêt, de la Tradition Theravāda.
Son premier contact avec le bouddhisme en 1977 fut à travers la Tradition Tibétaine. Mais en 1978 il rencontra, en Angleterre, Ajahn Chah et Ajahn Sumedho, deux Maîtres Theravāda de l’École des Moines de la Forêt et commença alors les premières retraites et séjours dans les monastères. En 1984, il entra comme novice au Monastère d’Amaravati au nord de Londres et c’est en 1986 à Chitthurst, qu’il reçut l’ordination de Bhikkhu. De 1995 à 1999 séjours en Thaïlande et en Birmanie : période de pratique individuelle intensive dans différents monastères et ermitages. Depuis 2000, il réside au Monastère Dhammapala en Suisse, dont il vient de prendre la direction.




La pratique de la méditation

Dans la pratique de la méditation, il est bon de garder une attitude de débutant.

(...)Nous avons tous besoin d’instructions différentes, de formes d’aide différentes, selon notre niveau de développement, tout au long de notre vie. Nous n’avons pas tous la même progression.
Nous arrivons dans cette vie avec un bagage différent — c’est ce que l’on appelle « l’héritage karmique » dans le Bouddhisme.(...)

Nous avons tous des points forts et des points faibles différents et il est très important de pouvoir les reconnaître.

Donc nous ne pouvons pas nous attendre à ce qu’une pratique de méditation, ou même toutes les pratiques de méditation appliquées aveuglément, nous aide à résoudre toutes nos faiblesses.
Nous devons utiliser notre propre intelligence intérieure dès le départ. C’est pourquoi j’ai dit qu’il est important d’avoir la vue globale du débutant sur les enseignements mais aussi sur sa propre personnalité.(...)

Les gens ont parfois une approche opposée : ils se limitent à une seule méthode de méditation et ils espèrent que s’ils la pratiquent intensément, ils parviendront à une ouverture — bang ! — et ce sera le nirvana.
Je ne dis pas cela pour dénigrer la pratique intensive ou la pratique de la concentration profonde, mais il est très important de savoir utiliser ces outils.(...)


Avons-nous accès à nos qualités d’attention et en faisons-nous bon usage ?

(...) dans la pratique de la méditation bouddhiste, nous utilisons d’abord l’attention et la présence en relation avec un objet.

Le Bouddha a recommandé différents objets de méditation qui sont des fondements sur lesquels baser notre méditation.
Globalement ce sont : le corps, les sensations, les états mentaux et émotionnels, et les dhamma, c’est-à-dire des objets de contemplation, de réflexion.



Méditation guidée

Prenez une posture confortable qui vous permette de rester trente ou quarante minutes assis sans bouger. Le corps est droit mais détendu, pas rigide.
Dans la pratique du Bouddhisme, on parle beaucoup d’avoir un sentiment de juste équilibre.
Simplement à la façon dont nous tenons notre corps, nous pouvons très rapidement prendre conscience de l’effort et de l’énergie que nous y investissons.
Vous trouverez certainement plus facile d’avoir les yeux fermés pendant cette pratique.

Au lieu d’utiliser un objet de méditation particulier comme la respiration, le corps ou un
objet mental, nous allons observer ce qui se passe si nous laissons simplement l’attention se déplacer d’elle-même. Vers quoi va-t-elle se diriger si nous commençons, par exemple, par écouter les sons, utiliser nos sens ?

Voyez ce que vous ressentez au niveau du coeur. Que se passe-t-il quand votre attention est aussi libre, aussi ouverte ? Peut-être y aura-t-il une résonance au niveau des sensations.

Prenez conscience du moment où l’attention passe dans le domaine de la pensée sans, bien sûr, vous laisser piéger par les pensées. Vous remarquez simplement que l’esprit a tendance à prendre cette direction.

Peut-être une chose que vous n’avez pas pu terminer vous revient à l’esprit et votre attention va être sollicitée dans ce sens.

Mais qu’il s’agisse de pensées ou de sensations physiques ou sensorielles, laissez votre attention évoluer librement, n’essayez pas de la stabiliser ou de la manipuler d’une manière ou d’une autre.

Vous restez très ouvert, pas contracté, à l’écoute de cette force très subtile à l’intérieur de votre esprit.

Bien sûr, nous utilisons notre esprit toute la journée, mais généralement cela se fait de manière inconsciente, non observée.
Ce soir, par contre, nous observons comment l’attention de notre esprit se déplace et nous restons présents à ses mouvements.

Quand vous remarquez que vous êtes perdus dans une pensée ou dans des impressions physiques ou sensorielles, ne vous laissez pas piéger ! Elargissez simplement l’angle de votre attention, restez dans un état d’ouverture et de curiosité par rapport à ce que le moment suivant va apporter.

Vous voyez, il n’y a vraiment pas grand-chose à faire. En fait, il est bien mieux de se libérer de toute idée de « faire quelque chose » et de s’orienter simplement vers « la présence à ce qui est ». Cela paraît facile quand on le dit, mais c’est certainement plus facile à dire qu’à faire.

Prenez également conscience de ce que vous ressentez.
Peut-être y a-t-il un certain malaise ou une insécurité.
Peut-être, au contraire, vous sentez-vous très bien, très ouverts, très présents.
Laissez simplement votre attention être consciente de ces ressentis.

Voyez si vous avez une claire conscience des objets de votre attention mais aussi de votre attention elle-même.
En temps normal, nous sommes seulement conscients des objets de notre attention. C’est ainsi que cela fonctionne dans le monde. Mais ici, à travers cet exercice, nous essayons de prendre conscience, de ressentir ce qu’est l’attention en elle-même.
A-t-elle une forme ? Une couleur ? Une odeur ? Comment la ressentez-vous ?

Le but de cet exercice

le but de cet exercice était de vous donner le sentiment, la sensation de ce qu’est cette subtile qualité d’attention avec laquelle nous travaillons.

Comme vous avez pu le voir et le ressentir, elle n’offre rien de tangible, rien dont nous puissions nous saisir, alors que la tendance de notre esprit est de vouloir quelque chose de solide, de concret.

Même quand il s’agit du domaine de l’esprit, nous voulons avoir un objet stable sur lequel fixer notre attention et il existe effectivement une approche de la méditation qui propose cela.
Je ne rejette pas du tout cette approche mais il arrive parfois que nous oubliions l’outil même qui nous permet d’être attentifs à quoi que ce soit — cette qualité d’attention elle-même — parce que notre attention s’attache toujours à un objet.

C’est pourquoi il est bon parfois de se détacher, de s’éloigner de cette tendance de façon à observer et ressentir ce mouvement de l’attention, voir comment nous le vivons de l’intérieur, comment il fonctionne. Et nous établissons ainsi une relation avec l’attention.


Questions Réponses


Question : à un certain moment mon attention s’est posée dans la région du coeur et j’ai ressenti des picotements désagréables. Comment interpréter cela ?


Réponse: C’est la réalité de ce moment pour vous aujourd’hui.

Quand on pratique dans le contexte de l’attention présente, comme nous l’avons fait ce soir, le but est justement d’observer cette chose qui est consciente des picotements au niveau du coeur.
Au-delà de l’attention aux picotements, c’est l’attention à cette qualité de perception.
Quand l’impression sensorielle est forte, comme c’était le cas ici pour vous, l’attention est attirée par la sensation et elle se laisse absorber, de sorte que le mental prend le dessus et on commence à se poser des questions : « Quelle est cette sensation ? Je n’aime pas cela », etc.
Cela se produit souvent quand les sensations sont désagréables ou que l’on a un rejet par rapport à une situation. Et dès que l’on exprime cette impression intérieurement : « Oh ! Je n’aime pas cela du tout ! », celle-ci s’intensifie encore.
La façon juste d’agir dans cette situation est de se « désengager » de la sensation et des sentiments qu’elle provoque, sans pour autant perdre le fil de l’attention; ouvrir délicatement l’espace autour de la sensation au lieu de se focaliser dessus.



Question : Quand on pratique cette attention panoramique sans se fixer sur un objet particulier, peut-on dire que l’on est établi dans un état de conscience pure, au-delà de l’activité mentale ?

Réponse: Certains enseignants de méditation utilisent effectivement le terme « pure conscience » ou « attention pure » pour parler d’une attention non orientée vers un objet particulier.

Mais pour que l’attention soit vraiment pure, il faut qu’elle ne se laisse à aucun moment capter par un objet.
On peut être conscient de l’apparition d’un objet, bien sûr, si quelque chose se produit au niveau du mental ou du coeur — une émotion ou un état mental — mais l’attention ne se laisse pas absorber par lui.

Cela peut paraître facile mais en fait c’est tellement subtil qu’il est très difficile de ne pas se laisser prendre au piège. D’autant que nous sommes conditionnés par une vie entière d’habitudes, l’habitude de poser notre attention sur tous les objets qui se présentent.


Il faut donc avancer lentement dans cette voie pour se défaire de cette habitude, sans non plus tomber dans l’extrême opposé qui consisterait à se perdre dans un vaste espace sans plus savoir où l’on en est.

Cette approche engendre la confusion mentale, la personne sent qu’elle est désorientée et qu’elle n’est pas sur une voie correcte.

Reste encore à relier cette pratique à l’enseignement de base du Bouddha qui consiste à prendre conscience de quand, où et comment apparaît la souffrance.

La façon dont nous utilisons l’attention est très liée à notre expérience de la souffrance.
Alors, quand l’attention est pure, comme vous l’avez dit, on ne ressent pas la souffrance parce que l’on se détend, on s’en remet à cette qualité d’attention.

Il s’agit là d’une capacité que nous avons tous mais qui est dissimulée par l’habitude très ancrée de faire exactement le contraire, c’est-à-dire de nous fixer, de nous agripper à tout ce qui se produit au niveau du mental comme des stimulations sensorielles.

Dans le Bouddhisme, on parle d’un « entraînement » des facultés du coeur-esprit car ce n’est pas quelque chose qui se produit automatiquement ou par la volonté. Il ne suffit pas de se dire : « Oh ! J’aimerais beaucoup avoir cette attention pure ! Etre tout le temps dans cet état-là » pour que cela se produise.


Nous devons donc être très honnêtes vis-à-vis de nous-mêmes dans cette pratique; prendre conscience de notre mode de fonctionnement, voir si nous avons l’habitude de nous focaliser sur des pensées, si nous avons tendance à partir dans des états vagues de confusion mentale ou si nous avons besoin de suivre une démarche étape par étape qui nous sécurise.


Dans ce que le Bouddha a appelé « les fondements de l’attention »
, nous passons par tous les différents aspects de notre expérience en appliquant notre attention à des objets de méditation très précis. On travaille avec la respiration. On apprend à calmer l’esprit, à le concentrer. On apprend à se maintenir dans l’instant présent en fixant son attention sur un objet. (...)

Question : Quelle est la différence entre l’attention et la conscience de l’attention ?


Réponse: En fait, les termes « attention » et « conscience » sont quasiment interchangeables. Ils se distinguent quand ils pointent vers un objet. Ainsi on parle de l’attention au corps, l’attention aux sensations, l’attention aux états mentaux, etc., mais il y a aussi une forme d’attention, que l’on peut appeler conscience » — pour la distinguer de l’autre — qui a pour particularité de ne pas avoir d’objet. (...)

On peut même dire que la véritable attention c’est la vacuité car elle est vide de l’impulsion habituelle de saisie que peut avoir l’esprit. Quand on réalise cette expérience, le coeur est réellement plein mais certains diraient que c’est l’expérience de la vacuité.(...)




Entrer dans une nouvelle réalité


Cette « nouvelle réalité » est libre de désir, d’aversion et d’ignorance.

Dans le contexte bouddhiste, je précise tout de suite que cette « nouvelle réalité » est libre de désir, d’aversion et d’ignorance. Parce que tous ici, nous serions d’accord pour reconnaître que notre façon normale d’appréhender la réalité est toujours assez problématique, toujours « défectueuse », pour ainsi dire.

Dans le contexte du Bouddhisme, nous disons qu’il s’agit là de l’expérience de dukkha. Dukkha est généralement traduit par le mot « souffrance » mais en réalité le sens de ce mot est plus vaste et plus profond que ne le laisse supposer le simple mot de « souffrance ».

Il représente le sentiment d’insatisfaction enfoui au plus profond de l’existence conditionnée. Bien entendu, l’existence conditionnée n’est pas nécessairement associée à la souffrance mais dès que l’on naît dans ce monde sous la forme d’un être humain, on peut supposer que cela implique un minimum d’insatisfaction.

En fait, pour la plupart d’entre nous, c’est un peu plus qu’un « minimum ». Nous ressentons parfois, au quotidien, des formes extrêmes de souffrance.

La façon bouddhiste d’expliquer cela est que nous sommes nés dans ce monde en conséquence de choses que nous avons créées ou fabriquées avant cette vie elle-même.

On peut alors se dire : « Quelle catastrophe ! Parce que j’étais ignorant, j’ai créé des conditions qui m’ont amené à cette vie-ci, je me retrouve dans exactement les mêmes conditions que celles qui m’ont amené là. »

Pourtant, nous devons nous souvenir que naître en tant qu’être humain, sous la forme d’un homme ou d’une femme, est en fait une grande chance.(...)


La différence entre un esprit éveillé et un esprit non encore éveillé, est que les sentiments éprouvés — l’amour, la compassion, la joie — sont encore conditionnés par les circonstances.

Les circonstances peuvent être liées à une autre personne ou à une certaine humeur, un état d’esprit du moment.

Parfois nous sommes tellement pris par nos propres soucis que nous ne sommes même plus capables de nous ouvrir aux nombreuses sources de joie et de compassion, même dans le monde conditionné.

Nous pouvons être déprimés au coeur même du plus beau des paysages, du plus beau des couchers de soleil, sans en être conscients.

En général, nous ne sommes pas dans des états extrêmes de dépression comme cela, mais nous fonctionnons sur un mode « médiocre », pourrait-on dire.

Nous nous perdons dans nos pensées, dans nos processus mentaux, nous remâchons des expériences passées, ou encore nous planifions l’avenir.

Nous avons tous beaucoup d’habitudes, de stratégies, pour éviter le moment présent. Cette habitude d’éviter le moment tel qu’il est, est à la racine d’une grande partie de notre souffrance existentielle. Et comme c’est une habitude très profondément ancrée en nous, nous n’en sommes quasiment pas conscients;

c’est devenu la réalité « normale », dans laquelle nous vivons la plupart du temps.
Alors quand quelque chose de spécial se produit, quand nous rencontrons quelqu’un de spécial, nous sortons de ces schémas et soudain toutes les qualités positives émergent : l’affection, la compassion, la joie.(...)


Le Bouddha nous a assurés que toutes ces sublimes qualités que sont l’amour, la compassion et la joie altruiste, font partie du coeur humain et n’ont pas besoin d’être stimulées par quelque chose d’extérieur.

Il a passé beaucoup de temps et d’énergie à nous expliquer comment nous pouvons nous ouvrir à cette autre réalité par nous-mêmes.


sīla, samādhi et pañña.

Etant très réaliste, le Bouddha a établi de solides fondations et, sur ces fondations, il a construit l’édifice de son enseignement.
Traditionnellement on les appelle : sīla, samādhi et pañña.

La première des trois fondations de la pratique, comme les racines profondes d’un gros arbre, est donc sīla, l’éthique, le comportement moral, que parfois les gens n’estiment pas forcément nécessaire ou important. En Occident, en particulier, il y a beaucoup de confusion dans le domaine de l’éthique. (...)

Dans l’éthique bouddhiste, sīla est toujours lié aux deux autres fondements de l’enseignement : samādhi, le développement de la concentration mentale, et pañña, la sagesse.

Nous devons donc toujours évaluer par nous-mêmes comment nos actions, nos paroles et nos pensées sont liées au développement du calme intérieur et de la clarté ou de la sagesse. Et quand on y est attentif, on constate qu’il y a effectivement un lien direct entre l’éthique — la façon dont nous nous comportons dans le monde, dans notre vie — et ce que nous vivons à l’intérieur, en particulier quand nous méditons.

Nous réalisons que, dès lors, ces racines dont nous parlions, s’enfoncent plus profondément dans le sol, ce qui signifie que tout cet édifice spirituel devient plus stable.

(...) la profondeur des racines de l’éthique bouddhique signifie qu’il y a de la place pour la flexibilité. Pour les Préceptes, par exemple, il y a une certaine souplesse qui nous permet d’y réfléchir et de voir comment ils s’appliquent à notre vie personnelle (...)

(...) Il y a la réalité « normale », celle que nous vivons au quotidien, mais les enseignements bouddhistes nous présentent une réalité qui n’est pas dominée par ce que nous appelons normalement, conventionnellement, « un sentiment de soi » (...)

Le Bouddha a commencé par dire : « Voyez-vous, la forme — le corps, mais aussi les formes en général — n’est pas un ‘soi’. En effet, si la forme était soi, nous pourrions dire à juste titre : ‘Que ma forme soit ainsi ! Que ma forme ne soit pas ainsi ! ’ » — on pourrait imposer à notre corps de ne pas vieillir ou de ne pas tomber malade, d’être plus beau ou plus fort. « Mais c’est précisément parce que la forme n’est pas soi que nous ne pouvons pas agir ainsi sur elle. Et c’est parce qu’elle n’est pas soi qu’elle est cause de souffrance. »

Et puis le Bouddha continue son exposé en prenant les quatre autres agrégats, un par un :
« Si les sensations étaient soi, nous pourrions dire : ‘Que mes sensations soient seulement comme ceci ! Que mes sensations ne soient pas comme cela ! ’ Mais c’est précisément parce que les sensations ne sont pas non plus ‘soi’ que nous ne pouvons pas dire cela. »

La même démonstration s’applique aux perceptions, souvent liées à la mémoire. Quelle influence avons-nous sur ce processus de mémoire, sur ce qui émerge de la mémoire à cet instant ou sur ce qui « devrait » émerger dans le futur ? Même chose avec les formations mentales, ce qui se passe dans le processus de la pensée, et aussi la façon dont nous gérons les impulsions qui nous parviennent des sens.

Et puis le Bouddha continue à mener ses disciples dans une investigation plus profonde, toujours basée sur les cinq khandha mais dans un autre domaine, celui de l’impermanence :

«La forme est impermanente. Ce qui est impermanent est-il satisfaisant ou insatisfaisant ? » A quoi les moines répondent : « C’est insatisfaisant, Vénérable. » Alors le Bouddha demande : « Que dites-vous de cette insatisfaction, de cette impermanence, du fait que tout est sujet au changement ? Pouvez-vous dire que c’est ‘vous’, que c’est ‘à vous’ ou que c’est qui vous êtes ? » Et les moines répondent : « Non, Vénérable. Nous ne pouvons pas dire cela. »

Dans la dernière séquence du sutta, le Bouddha interroge à nouveau ses moines, cette fois à propos de la forme physique : son aspect dans le passé, dans le présent et dans l’avenir; ses aspects grossiers et ses aspects plus subtils, le fait qu’elle soit proche ou éloignée, appartenant à quelqu’un d’autre ou à soi. Quand on contemple ainsi avec la Compréhension Juste ou la Vue Juste, on voit que cela ne peut pas appartenir à « soi », ne peut pas être possédé.

Le Bouddha fait appel ici à une forme plus conventionnelle de compréhension juste ou de vision juste des choses. Il utilise des concepts, le concept des cinq khandha — le corps, les sensations, les perceptions, les formations mentales et la conscience sensorielle — en relation avec la « propriété », la permanence ou l’impermanence, et un sentiment de soi ou de non-soi.

Il est vrai qu’il est important de comprendre le concept parce que nous pouvons, dans un premier temps, l’accepter par foi, par confiance, il s’agit d’une « vision juste conventionnelle ».


Parvenir à la compréhension juste grâce à la pratique de la méditation

C’est quand on l’aura redécouvert par soi-même, grâce à la pratique méditative, que l’on parviendra à une véritable Compréhension Juste : la réalisation du non-soi de ces différents aspects des cinq khandha.

Mais les cinq disciples du Bouddha ont eu cette pleine réalisation directement, simplement en
entendant les paroles du Bouddha. Ainsi la compréhension juste conventionnelle a mené à une
Compréhension Juste dite « supra-mondaine », pénétrante, immédiate. On dit que le coeur des cinq disciples s’affranchit aussitôt de toute passion, qu’il était totalement libéré, et qu’ensuite a émergé la claire prise de conscience du fait : « Le coeur est totalement libéré. »

Ce discours du Bouddha peut vous paraître un peu « technique » et il est vrai que l’accepter tel quel implique un élément de foi ou de confiance, parce que le concept d’anattā n’est pas quelque chose que nous pouvons accepter d’emblée.

Heureusement, dans le Bouddhisme on ne vous demande jamais d’accepter quoi que ce soit par foi aveugle. On vous propose plutôt de vous poser des questions, tout comme le Bouddha a posé des questions à ses disciples.

Au départ, vous aurez une forme de compréhension intellectuelle qu’il faudra ensuite soumettre à l’investigation approfondie de la méditation.(...)


- Vous pouvez lire ou télécharger cet enseignement en entier : lerefuge