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dimanche 16 mars 2014

Kameraobjosenario Sutta



Nouvelle découverte dans le monde du Théravada : le dernier des Souttas, retrouvé  vingt-cinq siècles après l’extinction du Bienheureux.

Note : les redondances ont été remplacées par "(...)" pour être écourtées.


Version française du Kameraobjosenario Sutta rédigée le 25 février 2014 par isi Dhamma : 


Kameraobjosenario Sutta

Ainsi ai-je entendu,

Alors que le Bhagava séjournait à Savati dans le parc au bois de Jeta, le yogi Gurangaji du clan des Nazaris de la caste guerrière, s’en vint le voir. Après l’avoir respectueusement salué, il s’assit convenablement à son côté. Une fois bien assis, il s’adressa au Bhagava.

− Il y a quelque chose, Bhante, qui me rend perplexe au point de ne plus pouvoir m’asseoir sans y songer, de ne plus pouvoir aller sans y songer, de ne plus pouvoir me tenir debout sans y songer, de ne plus pouvoir m’allonger sans y songer.

− Et qu’est-ce, ami Gurangaji, qui te rend perplexe au point de ne plus pouvoir t’asseoir (...) sans y songer ?

− Alors que je traversais les montagnes de l’Est, en passant près de la grotte de Gajaratana, j’aperçus l’Ascète Dhamma qui en sortait pour aller collecter sa nourriture. Ayant entendu des points de vue divergents à propos de la pratique de cet ascète aux longs cheveux, j’ai saisi l’opportunité de le questionner directement. M’approchant de l’Ascète, je lui ai demandé : « Ô Samana, quelle est selon toi la chose la plus importante, qui plus que tout, mérite qu’on y accorde intérêt, qu’on y accorde effort, qu’on y accorde patience ? » S’étant immobilisé, l’ascète aux longs cheveux s’est retourné dans ma direction, et sans quitter son bol du regard, l’apparence paisible, il m’a répondu : « Ô Yogi, selon moi, la chose la plus importante, qui plus que tout, mérite qu’on y accorde (...) sa patience, est de composer un scénario correct, de choisir les acteurs qui conviennent, et de procéder aux bons réglages de la caméra. Si l’objectif n’est pas bien alimenté par la batterie de la caméra, l’image s’éteint. Si l’objectif n’est pas bien stabilisé, l’image saccade. Si l’objectif n’a pas la bonne vitesse d’obturation, l’image brûle. Si l’objectif n’a pas la bonne ouverture, l’image s’assombrit. Si l’objectif n’a pas la bonne mise au point, l’image est floue. En revanche, Ô Yogi, si l’objectif (...) a la bonne mise au point, l’image est nette. Seulement si l’objectif est alimenté, (...) stabilisé, (...) à la bonne obturation, (...) à la bonne ouverture, (...) à la bonne mise au point, il est possible de procéder au montage jusqu’à la réalisation d’un film, mettant ainsi fin au non substantiel, instable et infernal cycle des castings, des repérages, des recherches d’accessoires et de moyens de production. »

− Et pour quelle raison, ami Gurangaji, es-tu perplexe au point de ne plus pouvoir t’asseoir, (...) sans y songer ?

− La raison pour laquelle, Bhante, je suis perplexe (...), est due au fait que le Maître de maison solitaire Remi des terres de l’Ouest, réputé pour son excellente capacité à exposer les Enseignements du Bhagava, approuve la pratique de l’ascète aux longs cheveux, et même loue publiquement ses qualités de vision juste, de vertu juste et de développement juste de l’esprit. Or, par son discours, l’ascète aux longs cheveux m’a laissé voir qu’il entretenait des vues erronées.− Tu n’as pas bien vu, ami, tu n’as pas compris la signification des paroles de l’ascète Dhamma. L’honorable Maître de maison Nikola, du clan Korsika, ici présent, est capable d’expliquer la signification des paroles de l’ascète Dhamma, c’est donc à lui que je laisse la parole.

− Comment se pourrait-il, Bhante, que le Maître de maison Nikola me donne la signification d’un discours que je n’ai pas compris, alors que moi, Yogi Gurangaji, ait donné une fois au Maître de maison Nikola la signification d’un discours de l’Enseignement, que lui n’avait pas compris, et qui était basé sur l’allégorie de l’usage habile du corps pour neutraliser les attaques d’un homme de grande force ?

− S’il y a des choses que tu comprends mais qu’il ne comprend pas, ne peut-il pas pour autant y avoir des choses qu’il comprend mais que tu ne comprends pas ?

− Oui Bhante, s’il y a des choses (...).

− Ami, qu’est-ce qu’un ami dans le Dhamma ? Est-ce un individu à qui l’on explique ce que l’on comprend mais qu’il ne comprend pas ? Est-ce un individu qui nous explique ce qu’il comprend mais qu’on ne comprend pas ? Est-ce à la fois (...) et (...) ?

− Bhante, c’est à la fois (...) et (...). − Le Maître de maison Nikola n’est-il pas un ami dans le Dhamma ? − Si, Bhante, le Maître de maison Nikola est un ami dans le Dhamma. − Le Maître de maison Nikola ne peut-il donc pas t’expliquer (...) ?

− Si, Bhante, le Maître de maison Nikola peut m’expliquer (...). Je t’écoute, Maître de maison Nikola, tu peux m’expliquer (...), de telle sorte que je puisse en comprendre tous les détails.

− Oui, je suis capable d’expliquer (...), mais il serait bon d’entendre le Bhagava expliquer lui-même (...) et que nous en retenions le sens comme le Bhagava nous l’expliquerait.

− Dans ce cas, écoutez mes ami, écoutez bien car je vais parler.

La chose la plus importante, qui plus que tout, mérite qu’on y accorde (...) sa patience, est de composer le scénario d’une conduite vertueuse, où on l’on s’abstient de toute pensée inconvenante, où l’on s’abstient de toute parole inconvenante, où l’on s’abstient de tout acte inconvenant. Ensuite, assis au pied d’un arbre, on s’isole du sensoriel en choisissant les acteurs que sont les objets pour l’établissement de l’esprit en un point unique. Pour une utilisation correcte de la caméra de la méditation, l’objectif de l’esprit nécessite cinq réglages corrects, qui permettent de surpasser les cinq empêchements au développement du film de la méditation.
Si la batterie de l’effort n’est pas correctement chargée, l’esprit sombre dans la torpeur. Comme l’esprit sombre dans la torpeur, la méditation échoue. Si la batterie de l’effort est correctement chargée, l’esprit est énergique (...), la méditation se développe. C’est ainsi qu’est vaincue la torpeur.
Si le stabilisateur de la concentration de l’esprit en un point (...) est correctement stabilisé (...), l’esprit est stable, (...) la méditation se développe. C’est ainsi qu’est vaincue l’agitation intérieure.
Si la vitesse d’obturation du bonheur (...) est correctement appliquée (...), l’esprit est détaché, (...) la méditation se développe. C’est ainsi qu’est vaincu le brûlant désir sensoriel.
Si l’ouverture de l’enthousiasme (...) est correctement ouverte (...), l’esprit est apaisé, (...) la méditation se développe. C’est ainsi qu’est vaincue la colère.
Si la mise au point de la prise ferme (...) est correctement appliquée (...), l’esprit est net, (...) la méditation se développe. C’est ainsi qu’est vaincu le doute.
Seulement si (...), il est possible de procéder au montage de la vision intérieure.
On pénètre les images des objets visuels et l’on constate qu’ils ne sont pas permanents, pas plaisants, pas substantiels. De ce fait, on comprend qu’aucun d’eux n’est digne d’attachement.
On pénètre la bande son des objets auditifs (...). On pénètre les effets spéciaux des objets tactiles (...). On pénètre la saveur de l’intrigue des objets gustatifs (...). On pénètre l’atmosphère du film des objets olfactifs (...).
On pénètre les émotions des acteurs des objets mentaux et l’on constate qu’ils ne sont pas permanents, pas plaisants, pas substantiels. De ce fait, on comprend qu’aucun d’eux n’est digne d’attachement.
Enfin, on parvient à la réalisation du film de l’Inconditionné, mettant ainsi fin au non substantiel, instable et infernal cycle des castings, des repérages, des recherches d’accessoires et des moyens de production. Réalisant ce qu’il y avait à réaliser, on devient un grand Réalisateur.
Ainsi parla le Bienheureux. Le Yogi Gurangaji et le Maître de maison Nikola furent satisfaits des paroles du Bienheureux et ils s’en réjouirent.
Quand les deux amis prirent congé, le Bienheureux s’empara de son smartphone à l’aide duquel il surfa sur quelques forums et groupes de discussions afin de s’assurer que tout le monde prit bien soin de favoriser régulièrement l’effort de comprendre ce qui est convenable, l’humilité, l’entente cordiale, la bonne humeur, et par-dessus tout, l’importance de lire moins et de pratiquer plus.




mercredi 1 juin 2011

Abhaya Sutta

Le Bouddha donne quatre raisons pour lesquelles les hommes craignent la mort, puis énumère quatre situations dans lesquelles un individu voué à la mort peut affronter son destin avec sérénité.




En une occasion, Jāṇussoṇi le brahmane alla voir le Bhagavā. A son arrivée, il échangea des salutations courtoises avec lui. Après avoir échangé des salutations amicales et courtoises, il s'assit d'un côté. Une fois assis là, il dit au Bhagavā:
– Je suis de l'avis et de l'opinion qu'il n'y a pas de mortel qui ne craigne pas la mort et qui n'en ait pas peur.
– Brahmane, il y a des mortels qui craignent la mort et en ont peur. Et il y a des mortels qui ne craignent pas la mort et n'en ont pas peur.

Et quels sont les mortels qui craignent la mort et en ont peur?


C'est le cas d'une personne qui n'a pas abandonné la concupiscence, le désir, l'affection, la soif, la fièvre, l'avidité envers les plaisirs sensuels. Lorsqu'elle tombe sérieusement malade, la pensée suivante lui vient: 'Oh, ces plaisirs sensuels bien-aimés vont m'être enlevés, et je vais devoir m'en séparer!' Elle se plaint et est tourmentée, elle pleure, se bat la poitrine, et se met à délirer. Voici quel est le mortel qui craint la mort et en a peur.


De plus, il y a le cas d'une personne qui n'a pas abandonné la concupiscence, le désir, l'affection, la soif, la fièvre, l'avidité envers le corps. Lorsqu'elle tombe sérieusement malade, la pensée suivante lui vient: 'Oh ce corps bien-aimé va m'être enlevé, et je vais devoir m'en séparer!' Elle se plaint et est tourmentée, elle pleure, se bat la poitrine, et se met à délirer. Voici également un mortel qui craint la mort et en a peur.

De plus, il y a le cas d'une personne qui n'a pas fait ce qui est bien, n'a pas fait ce qui est avantageux, n'a pas accordé sa protection à ceux qui étaient soumis à la peur, et qui au contraire a fait ce qui est mauvais, sauvage, et cruel. Lorsqu'elle tombe sérieusement malade, la pensée suivante lui vient: 'Je n'ai pas fait ce qui est bien, je n'ai pas fait ce qui est avantageux, je n'ai pas accordé ma protection à ceux qui étaient soumis à la peur, et au contraire j'ai fait ce qui est mauvais, sauvage, et cruel. Dans la mesure où il y a une place dans l'au-delà pour ceux qui n'ont pas fait ce qui est bien, ni ce qui est avantageux, qui n'ont pas accordé leur protection à ceux qui étaient soumis à la peur, et qui au contraire ont fait ce qui est mauvais, sauvage, et cruel, c'est là que j'irai après ma mort.' Elle se plaint et est tourmentée, elle pleure, se bat la poitrine, et se met à délirer. Voici également un mortel qui craint la mort et en a peur.


En outre, il y a le cas de la personne en proie au doute et à la perplexité, qui n'est pas arrivée à la certitude vis-à-vis du saddhamma*. Lorsqu'elle tombe sérieusement malade, la pensée suivante lui vient: 'Je suis tellement en proie au doute et à la perplexité! Je ne suis arrivé à aucune certitude en ce qui concerne le saddhamma!' Elle se plaint et est tourmentée, elle pleure, se bat la poitrine, et se met à délirer. Voici également un mortel qui craint la mort et en a peur.


Voici, brahmane, quels sont les quatre types de mortels qui craignent la mort et en ont peur.


Et quels sont les mortels qui ne craignent pas la mort et n'en ont pas peur?


C'est le cas d'une personne qui a abandonné la concupiscence, le désir, l'affection, la soif, la fièvre, l'avidité envers les plaisirs sensuels. Lorsqu'elle tombe sérieusement malade, la pensée suivante ne lui vient pas: 'Oh, ces plaisirs sensuels bien-aimés vont m'être enlevés, et je vais devoir m'en séparer!' Elle ne se plaint pas, n'est pas tourmentée, elle ne pleure pas, ne se bat pas la poitrine, et ne se met pas à délirer. Voici quel est le mortel qui ne craint pas la mort et n'en a pas peur.


De plus, il y a le cas d'une personne qui a abandonné la concupiscence, le désir, l'affection, la soif, la fièvre, l'avidité envers le corps. Lorsqu'elle tombe sérieusement malade, la pensée suivante ne lui vient pas: 'Oh, mon coprs bien-aimé va m'être enlevé, et je vais devoir m'en séparer!' Elle ne se plaint pas, n'est pas tourmentée, elle ne pleure pas, ne se bat pas la poitrine, et ne se met pas à délirer. Voici également un mortel qui ne craint pas la mort et n'en a pas peur.


De plus, il y a le cas d'une personne qui a fait ce qui est bien, a fait ce qui est avantageux, a accordé sa protection à ceux qui étaient soumis à la peur, et n'a pas fait ce qui est mauvais, sauvage, ou cruel. Lorsqu'elle tombe sérieusement malade, la pensée suivante lui vient: 'J'ai fait ce qui est bien, j'ai fait ce qui est avantageux, j'ai accordé ma protection à ceux qui étaient soumis à la peur, et je n'ai pas fait ce qui est mauvais, sauvage, ou cruel. Dans la mesure où il y a une place dans l'au-delà pour ceux qui ont fait ce qui est bien, ce qui est avantageux, qui ont accordé leur protection à ceux qui étaient soumis à la peur, et qui n'ont pas fait ce qui est mauvais, sauvage, ou cruel, c'est là que j'irai après ma mort.' Elle ne se plaint pas, n'est pas tourmentée, elle ne pleure pas, ne se bat pas la poitrine, et ne se met pas à délirer. Voici également un mortel qui ne craint pas la mort et n'en a pas peur.


En outre, il y a le cas d'une personne qui n'est pas en proie au doute ni à la perplexité, qui est arrivée à la certitude en ce qui concerne le saddhamma. Lorsqu'elle tombe sérieusement malade, la pensée suivante lui vient: 'Je ne suis pas en proie au doute ni à la perplexité. Je suis parvenu à la certitude en ce qui concerne le saddhamma.' Elle ne se plaint pas, n'est pas tourmentée, elle ne pleure pas, ne se bat pas la poitrine, et ne se met pas à délirer. Voici également un mortel qui ne craint pas la mort et n'en a pas peur.
Voici, brahmane, quels sont les quatre types de mortels qui ne craignent pas la mort et n'en ont pas peur.

– Magnifique, bho Gotama, Magnifique. Comme s'il avait redressé ce qui avait été renversé, révélé ce qui était caché, montré le chemin à celui qui se serait perdu, ou porté une lampe dans l'obscurité de sorte que ceux qui ont des yeux puissent voir les formes, de même bho Gotama a clarifié le Dhamma de différentes manières. Je prends refuge auprès de bho Gotama, auprès du Dhamma, et auprès du Sangha. Puisse bho Gotama se souvenir de moi comme d'un disciple séculier qui a pris refuge auprès de lui, à compter de ce jour et pour la vie.

samedi 16 août 2008

Doute et engagement


Explication du kalama Sutta par Michel Henri Dufour

Lire le Kalama Sutta : ICI  


Le Kâlâmâ Sutta, un très important discours du Bouddha, est souvent décrit comme la «charte de la libre recherche». 

Bien que ce texte aille de toute évidence à l’encontre des décrets du dogmatisme et de la foi aveugle en lançant un vigoureux appel à la libre investigation, il est douteux qu’il soutienne toutes les propositions qu’on lui a attribuées. Sur la base d’un seul passage, cité hors contexte, on a fait du Bouddha un empiriste pragmatique qui rejette toute doctrine et toute foi, et dont le Dhamma n’est qu’un simple kit pour libre penseur invitant chacun à accepter et à rejeter tout ce qu’il désire.

On insiste en général trop sur le droit au scepticisme et trop peu sur la réelle nécessité de la conduite éthique, comme si les circonstances s’appliquant au cas des Kâlâma représentaient une règle inflexible et immuable pour entrer dans la connaissance du Dhamma du Bouddha. 

Il est vrai que dans la Babel des enseignements de toutes origines disponibles aujourd’hui peu en fait peuvent tenir face aux critères du Dhamma; néanmoins une approche erronée de la part de soi-disant bouddhistes ou bouddhistes auto-proclamés consiste à appliquer ceci au Dhamma du Bouddha d’une manière éclectique, choisissant ce qui s’accorde à leurs croyances et opinions préconçues. 

Tout l’aspect «test par la conduite éthique» est occulté, ils ne sont pas plus concernés de savoir si leurs vues sont «louées par les sages» ou non. Cette attitude les place parmi les autres enseignants qui possèdent un «point de vue» et s’appuient sur celui-ci pour construire leurs croyances religieuses. Il est utile de noter que les groupes éclectiques en Occident, qui considèrent le reste du monde bouddhique comme étant dans l’erreur, sont des mouvements laïcs qui, par dessein ou par circonstances, ne bénéficient pas du guide de la Sangha monastique.

Le Kâlâma Sutta justifie-t-il de telles opinions? Ne rencontrons-nous pas plutôt dans ces affirmations cette ancienne tendance à interpréter le Dhamma en fonction des notions qui nous sont agréables ou des préjugés de ceux à qui nous nous adressons? 

Un examen approfondi du texte lui-même est nécessaire et, afin de comprendre correctement les paroles du Bouddha, il est essentiel de tenir compte de ses propres intentions en les prononçant. 

Le passage qui a été si souvent cité est le suivant

«Venez, Kâlâma. Ne vous fondez pas sur ce qui est répété, ni sur la tradition, ni sur ce qui est universellement répandu, ni sur les Écritures, ni sur la spéculation, ni sur le raisonnement déductif, ni sur un préjugé, ni sur la compétence d’un enseignant, ni sur la considération “il est notre maître”. Lorsque vous savez par vous-même : “Ces choses sont négatives, blâmables, condamnées par les sages, elles conduisent à la souffrance et au malheur si on les suit. ”, abandonnez-les… Lorsque vous savez par vous-même : “Ces choses sont positives, non blâmables, louées par les sages, elles conduisent au bonheur et à ce qui est bénéfique. ”, adoptez-les et ne les abandonnez pas. »

Ce passage, comme tout ce qui a été dit par le Bouddha, a été exposé dans un contexte spécifique, en tenant compte d’un public particulier et d’une situation particulière, et doit par conséquent être compris en relation à ce contexte. 

Les Kâlâma, citoyens de la ville de Kesaputta, avaient reçu la visite d’enseignants religieux possédant des vues divergentes, chacun proposant ses propres doctrines et mettant en pièces les doctrines de ses prédécesseurs. Tout ceci les avait plongé dans un état de profonde perplexité, et ainsi lorsque «l’ascète Gotama», réputé comme étant un «Éveillé», arriva dans leur ville, ils allèrent le rencontrer dans l’espoir qu’il serait capable de dissiper leur confusion.

 D’après la suite du Sutta il est clair que les problèmes qui les préoccupaient concernaient la réalité de la renaissance et la rétribution des actions positives et négatives.

Le Bouddha commence par assurer aux Kâlâma que dans de telles circonstances il est légitime de douter, assurance qui encourage la libre recherche. Il prononce ensuite le passage cité ci-dessus, conseillant aux Kâlâma d’abandonner les choses qu’ils savent par eux-mêmes être néfastes et de cultiver celles qu’ils savent être bénéfiques. 

Ce conseil peut être dangereux s’il est donné à ceux dont le sens éthique n’est pas développé, nous pouvons ainsi supposer que le Bouddha considérait les Kâlâma comme un peuple possédant une sensibilité morale raffinée. En tous cas il ne les laissa pas simplement avec leurs propres ressources, mais en les questionnant les conduisit à voir que l’avidité, la haine et l’ignorance, générant la souffrance pour soi-même et autrui, doivent être abandonnées, et que leurs opposés, étant bénéfiques à tous, doivent être cultivés. 

Le Bouddha explique ensuite que «un noble disciple, dépourvu d’avidité et de mauvais vouloir, sans illusions» demeure répandant sur le monde la bienveillance illimitée, la compassion, la joie sympathique et l’équanimité. Ainsi purifié de la haine et de la malveillance il jouit, ici et maintenant, de quatre «consolations» ou «assurances» : 
s’il y a une vie après la mort et que les actions portent résultats, le disciple expérimentera une renaissance agréable, alors que si tout cela n’est pas il vit néanmoins dans la paix et la joie ici et maintenant; 
si des résultats négatifs affligent ceux qui agissent négativement, en raison de sa conduite positive aucun malheur ne l’affligera, et si aucun résultat négatif n’afflige ceux qui agissent négativement, le disciple est de toutes façons purifié et sa conduite sera louée. 

Les Kâlâma expriment ensuite leur appréciation de ce que le Bouddha vient de dire et leur accord en répétant ces quatre «assurances» et, signifiant par là leur confiance dans le Bouddha, déclarent : «Tout à fait excellent, Seigneur, tout à fait excellent…! Puisse le Bhagavâ [1] nous accepter comme upâsaka à partir de ce jour jusqu’à la fin de notre vie, nous accueillir comme ceux qui ont pris Refuge. ».

Le Kâlâma Sutta exemplifie ici une fois de plus l’une des épithètes majeures du Bouddha, purisadamasârathî, c’est-à-dire «celui qui est capable de discipliner les hommes disciplinables» et ses extraordinaires capacités à utiliser les moyens habiles (upâya kosalla) pour amener toutes sortes de personnes à réaliser la Vérité par eux-mêmes. 

Le Dhamma fut enseigné aux Kâlâma de cette manière car ils présentaient un esprit curieux, investigateur. Adopter cette approche pour le Dhamma et supposer que c’est la seule véritable approche serait en soi une grave distorsion. 

Pour ceux qui n’ont pas besoin d’une approche investigatrice et les personnes pour lesquelles par exemple le kamma et la renaissance sont admis, une manière d’enseigner toute différente est employée, en mettant l’accent plus sur la façon de détruire les négativités et de cultiver ce qui est positif, pour finalement transcender les deux. 

Rien n’est dit au sujet du nibbâna dans le Kâlâma Sutta (bien qu’il soit implicite à l’arrière-plan) pour la simple raison que les Kâlâma n’étaient pas encore prêts à appréhender les niveaux les plus avancés de l’Enseignement.

Il nous appartient maintenant d’apprécier ce que le Kâlâma Sutta nous dit pour nous et pour notre vie, de pratiquer selon cette Voie et de réaliser par nous-mêmes les bénéfices de se comporter ainsi.


Michel Henri DUFOUR



Revenir régulièrement aux paroles du Bouddha


En ces temps de grande confusion où un certain "Bouddhisme" est devenu une "religion" et même une "religion comme une autre"(pour ne pas dire une "mascarade"), il est essentiel de revenir aux paroles du Bouddha car ses enseignements n'ont rien de religieux.


Les enseignements du Bouddha n’ont rien de "religieux" :
(...) Bien au contraire, le Bouddha se dresse contre la religion, il ne se dresse pas avec violence car il connait la faiblesse humaine, et l’homme trouve consolation dans la religion... Mais il se dresse contre ceux qui utilisent cette faiblesse : ce sont les prêtres, les moines, les brahmas, les faux prophètes... .

Les enseignements du Bouddha sont tout au contraire un appel à se libérer du carcan religieux, à marcher vers la découverte de la réalité des choses... Il nous invite à regarder en nous même, sans peur du silence et de la solitude, à écarter tout ce qui est magie, tromperie, prière et rabâchage, il nous appelle à découvrir que ce que nous appelons le soi n’est qu’une construction illusoire...Il ne fait pas de plaidoyer pour le bonheur mais pour la libération qui est bien au delà du simple bonheur, mais la claire vision de la réalité...

Le bouddhisme du Bouddha n’a rien d’ésotérique.

Les enseignements du Bouddha sont à peu près l’opposé de ce qu’est devenu le bouddhisme aujourd’hui...

C’est en ayant le courage de lire et relire les sermons du Bouddha que nous pouvons seulement espérer avancer vers une lueur de vérité... c’est ayant le courage d’affronter la souffrance et de la comprendre que nous pourrons éclairer notre vie et celle des autres...

Aucune parole de maitre ne surpasse les enseignements du Bouddha lui-même, et les enseignements du Bouddha ne surpassent pas l’expérience et le dépouillement dans la démarche courageuse, persévérante et solitaire du serviteur du Dhamma...

Et le Béni du Ciel s’adressa aux bhikkhus, en disant : « Soyez attentifs maintenant, bhikkhus, je vous y exhorte : Toutes choses composées sont sujettes à disparaître. Efforcez-vous avec sincérité ! »

Mahaparinibbana sutta..

Source : Vivre le Dhamma aujourd'hui: Le bouddhisme est une religion comme une autre


PARINIBBANA SUTTA (extrait)

2.26 « En conséquence, Ananda, vous devrez vivre comme une île pour vous-mêmes, être votre propre refuge – que nul autre ne soit votre refuge ; avec le Dhamma comme une île, avec le Dhamma comme refuge et nul autre refuge. Comment un moine vit-il comme une île pour lui-même … avec nul autre refuge ? Là, Ananda, un moine contemple le corps en tant que corps, sérieusement, clairement conscient, attentif, ayant éloigné tout attachement et inquiétude par rapport au monde. Et puis il fait de même pour les sensations, l’esprit et les objets de l’esprit. Voilà, Ananda, comment un moine vit comme une île pour lui-même … avec nul autre refuge. Et ceux qui, maintenant de mon vivant ou plus tard, vivront ainsi s’élèveront au plus haut s’ils sont désireux d’apprendre.



KALAMA SUTTA

Verset 1.1
Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux en voyageant dans le pays Kosala, avec un grand groupe de disciples, arriva dans une ville appelée Kesaputta. Les Kalamas, habitants de Kesaputta, apprirent que « le religieux Gotama, fils des Sakyas, ayant abandonné sa famille sakya et quitté son foyer pour entrer dans la vie religieuse, voyageant dans le pays Kosala, était parvenu à Kesaputta ».

Verset 1.2
Or, une bonne réputation se propageait à propos de ce Bienheureux Gotama : Il est le Bienheureux, l'Arahant, parfaitement et pleinement éveillé, parfait en sa sagesse et sa conduite, bien arrivé (à son but), le Connaisseur des mondes, l'incomparable Guide des êtres qui doivent être guidés, l'Instructeur des dieux et des humains, le Bouddha, le Bienheureux.

Verset 1.3
Ayant connu lui-même ce monde-ci avec ses dieux, avec ses Mara(s) et ses Brahma(s), avec ses troupes de religieux et de brahmanes, ses êtres célestes et humains, il le fait connaître.

Verset 1.4
Il enseigne la doctrine, bonne en son début, bonne en son milieu, bonne en sa fin, bonne dans sa lettre et dans son esprit, et il exalte la Conduite pure parfaitement pleine et parfaitement pure. Rencontrer un tel Arahant est vraiment une bonne chose.

Verset 1.5
Les Kalamas, habitants de Kesaputta, rendirent alors visite au Bienheureux. En y arrivant, certains parmi eux rendirent hommage au Bienheureux et s'assirent à l'écart sur un côté. D'autres échangèrent avec lui des compliments de politesse et des paroles de courtoisie et s'assirent ensuite à l'écart sur un côté. Certains, les mains jointes, rendirent hommage dans la direction où se trouvait le Bienheureux, puis s'assirent à l'écart sur le coté. D'autres encore, ayant énoncé leurs noms et leurs noms de famille, s'assirent à l'écart sur un côté. D'autres s'assirent à l'écart sur un côté sans rien dire.

Verset 1.6
S'étant assis ainsi à l'écart sur un côté, ils s'adressèrent au Bienheureux et dirent: « Ô vénérable Gotama, il y a des religieux et des brahmanes qui arrivent à Kesaputta. Ils exposent et exaltent seulement leur propre doctrine, mais ils condamnent et méprisent les doctrines des autres. Puis d'autres religieux et brahmanes arrivent aussi à Kesaputta. Eux aussi exposent et exaltent leur propre doctrine, et ils méprisent, critiquent et brisent les doctrines des autres. Ô Vénérable, il y a un doute, il y a une perplexité chez nous à propos de ces diverses opinions religieuses. Parmi ces religieux et ces brahmanes, qui dit la vérité et qui des mensonges ? »

Verset 1.7
Le Bienheureux s'adressa aux Kalamas et dit : Il est juste pour vous, ô Kalamas, d'avoir un doute et d'être dans la perplexité. Car le doute est né chez vous à propos d'une matière qui est douteuse.

Verset 1.8
Venez, ô Kalamas, ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse, ni par ce que vous avez entendu dire. Ne vous laissez par guider par l'autorité des textes religieux, ni par la simple logique ou les allégations, ni par les apparences, ni par la spéculation sur des opinions, ni par des vraisemblances probables, ni par la pensée que « ce religieux est notre maître spirituel ».

Verset 1.9
Cependant, ô Kalamas, lorsque vous savez vous-mêmes que certaines choses sont défavorables, que telles choses blâmables sont condamnées par les sages et que, lorsqu'on les met en pratique, ces choses conduisent au mal et au malheur, abandonnez-les.

Verset 1.10
Maintenant, je vous demande : « Qu'en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsque l'avidité apparaît chez quelqu'un, cette avidité apparaît-elle pour le bien de cet individu ou pour son mal ? »

Verset 1.11
Les Kalamas répondirent: O Vénérable, l'avidité apparaît pour le mal de cet individu.

Verset 1.12
O Kalamas, en se donnant à l'avidité, étant vaincu par l'avidité, étant enveloppé mentalement par l'avidité, un tel individu tue des êtres vivants, commet des vols, s'engage dans l'adultère et profère des paroles mensongères. Il pousse un autre à accomplir aussi de tels actes. De tels actes entraînent-ils son mal et son malheur pendant longtemps ? Certainement, oui, ô Vénérable.

Verset 1.13
Qu'en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsque la haine apparaît chez quelqu'un, cette haine apparaît-elle pour le bien de cet individu ou pour le mal ? Ô Vénérable, la haine apparaît pour le mal de cet individu.

Verset 1.14
Ô Kalamas, en se donnant à la haine, étant vaincu par la haine, étant enveloppé mentalement par la haine, un tel individu tue des êtres vivants (...) Il pousse un autre à accomplir aussi de tels actes. De tels actes entraînent-ils son mal et son malheur pendant longtemps ? Certainement oui, ô Vénérable.

Verset 1.15
Qu'en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsque l'illusion apparaît chez quelqu'un, cette illusion apparaît-elle pour le bien-être de cet individu ou pour son mal? O Vénérable, l'illusion apparaît pour le mal de cet individu.

Verset 1.16
Ô Kalamas, en se donnant à l'illusion, étant vaincu par l'illusion, étant enveloppé mentalement par l'illusion, un tel individu tue des êtres vivants (...) Il pousse un autre à accomplir aussi de tels actes. De tels actes entraînent-ils son mal et son malheur pendant longtemps ? Certainement oui, ô Vénérable.

Verset 1.17
Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Kalamas ? Ces choses sont-elles bonnes ou mauvaises ? Ô Vénérable, ces choses sont mauvaises. Ces choses sont-elles blâmables ou louables? Ô Vénérable, ces choses sont blâmables. Est-ce que ces choses sont censurées ou pratiquées par les sages ? Ô Vénérable, ces choses sont censurées par les sages.

Verset 1.18
Qu'en pensez-vous, ô Kalamas ? Lorsqu'on les met en pratique, ces choses conduisent-elles au mal et au malheur? Lorsqu'on les met en pratique, ô Vénérable, ces choses conduisent au mal et au malheur. C'est ce qui est généralement accepté. C'est ce que nous en pensons.

Verset 1.19
Le Bienheureux dit : C'est pourquoi, ô Kalamas, nous avons déjà dit : il est juste pour vous, ô Kalamas, d'avoir un doute et d'être dans la perplexité. Car le doute est né chez vous à propos d'une matière qui est douteuse.

Verset 1.20
Venez, ô Kalamas, ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse (...) ni par la pensée que « ce religieux est notre maître spirituel ».

Verset 1.21
Cependant, ô Kalamas, lorsque vous savez vous-mêmes que certaines choses sont défavorables, que telles choses blâmables sont condamnées par les sages et que, lorsqu'on les met en pratique, ces choses conduisent au mal et au malheur, abandonnez-les.

Verset 1.22
Ensuite, le Bienheureux s'adressa à nouveau aux Kalamas et dit: Venez, ô Kalamas, ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse (...) ni par la pensée que « ce religieux est notre maître spirituel ».

Verset 1.23
Cependant, ô Kalamas, lorsque vous savez vous-mêmes que certaines choses sont favorables, que ces choses louables sont pratiquées par les sages, que, lorsqu'on les met en pratique, elles conduisent au bien et au bonheur, pénétrez-vous de telles choses et pratiquez-les.

Verset 1.24
Maintenant, je vous demande : « Qu'en pensez-vous, ô Kalamas ? Lorsque l'absence d'avidité apparaît chez un individu, cette absence d'avidité apparaît-elle pour le bien-être de cet individu ou pour son mal ? »
Les Kalamas répondirent : Ô vénérable, l'absence d'avidité apparaît pour le bien-être de cet individu.

Verset 1.25
Ô Kalamas, ne se donnant pas à l'avidité, n'étant pas vaincu par l'avidité, n'étant pas enveloppé mentalement par l'avidité, un tel individu ne tue point d'êtres vivants, ne commet pas de vols, ne s'engage pas dans l'adultère, ne profère pas des paroles mensongères. Il pousse un autre aussi à s'abstenir de tels actes. Est-ce que cela entraîne son bonheur et son bien-être? Certainement oui, ô Vénérable.

Verset 1.26
Qu'en pensez-vous, ô Kalamas ? Lorsque l'absence de haine apparaît chez un individu, cette absence de haine apparaît-elle pour le bien-être de cet individu, ou pour son mal ? Ô Vénérable, l'absence de haine apparaît pour son bien.

Verset 1.27
Ô Kalamas, ne se donnant pas à la haine, n'étant pas vaincu par la haine, n'étant pas enveloppé mentalement par la haine, cet individu ne tue pas d'êtres vivants (...) et ne profére pas des paroles mensongères. Il pousse un autre aussi à s abstenir de tels actes. Est-ce que cela entraîne son bonheur et son bien-être ? Certainement oui, ô Vénérable.

Verset 1.28
Qu'en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsque l'absence d'illusion apparaît chez un individu, cette absence d'illusion apparaît-elle pour le bien-être de cet individu ou pour son mal? Ô Vénérable, l'absence d'illusion apparaît pour son bien.

Verset 1.29
O Kalamas, ne se donnant pas à l'illusion, n'étant pas vaincu par l'illusion, n'étant pas enveloppé mentalement par l'illusion, cet individu ne tue pas d'êtres vivants (...) et ne profère pas des paroles mensongères. Il pousse un autre aussi à s'abstenir de tels actes. Est-ce que cela entraîne son bonheur et son bien-être ? Certainement oui, ô Vénérable.

Verset 1.30
Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Kalamas ? Ces choses sont-elles bonnes ou mauvaises? Ô Vénérable, ces choses sont bonnes. Ces choses sont-elles blâmables ou louables? Ô Vénérable, ces choses sont louables. Est-ce que ces choses sont censurées ou pratiquées par les sages ? Ô Vénérable, ces choses sont pratiquées par les sages.

Verset 1.31
Qu'en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsqu'on les met en pratique, ces choses conduisent-elles au bien-être et au bonheur, ou bien ne conduisent-elles pas au bien-être et au bonheur? Les Kalamas répondirent : Lorsqu'on les met en pratique, ces choses conduisent au bien-être et au bonheur. C'est ce qui est généralement accepté. C'est ce que nous en pensons.

Verset 1.32
Le Bienheureux dit : C'est pourquoi, ô Kalamas, nous avons déjà dit : Il est juste pour vous, ô Kalamas, d'avoir un doute et d'être dans la perplexité. Car le doute est né chez vous à propos d'une matière qui est douteuse.

Verset 1.33
Venez, ô Kalamas, ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse (...) ni par la pensée que « ce religieux est notre maître spirituel ».

Verset 1.34
Cependant, ô Kalamas, lorsque vous savez vous-mêmes que certaines choses sont favorables, que ces choses louables sont pratiquées par les sages, que, lorsqu'on les met en pratique elles conduisent au bien et au bonheur, pénétrez-vous de telles choses et pratiquez-les.

Verset 1.35
Ô Kalamas, le disciple noble, qui s'est ainsi séparé de l'avidité, de la haine, de l'illusion, ayant une compréhension claire et une attention de la pensée, demeure, faisant rayonner la pensée de bienveillance dans une direction (du monde), et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans la totalité en tout lieu de l'univers, il demeure faisant rayonner la pensée de bienveillance, large, profonde, sans limites, sans haine et llibérée de la malveillance.

Verset 1.36
Également, le disciple noble demeure, faisant rayonner la pensée de compassion dans une direction (du monde), et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrieme, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans sa totalité en tout lieu de l'univers, il demeure faisant rayonner la pensée de compassion, large, profonde, sans limites, sans haine et libérée de la malveillance.

Verset 1.37
Également, le disciple noble demeure, faisant rayonner la pensée de joie sympathique dans une direction (du monde), et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans sa totalité en tout lieu de l'univers, il demeure faisant rayonner la pensée de joie sympathique, large profonde, sans limites, sans haine et libérée de la malveillance.

Verset 1.38
Également, le disciple noble demeure, faisant rayonner la pensée d'équanimité dans une direction (du monde), et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans sa totalité en tout lieu de l'univers, il demeure faisant rayonner la pensée d'équanimité, large, profonde, sans limites, sans haine et libérée de la malveillance.

Verset 1.39
Ô Kalamas, le disciple noble, qui a une pensée ainsi libérée de la haine, de la malveillance, qui a une pensée non souillée et une pensée pure, est quelqu'un qui trouve les quatre soulagements, ici et maintenant, en pensant :

Verset 1.40
« Supposons qu'il y ait, après la mort, des résultats pour les actes bons et mauvais (accomplis avant la mort). En ce cas, il est possible pour moi de naître après la dissolution du corps, après la mort, dans un des cieux où se trouvent des bonheurs célestes. » Cela est le premier soulagement.

Verset 1.41
« Supposons qu'il n'y ait pas, après la mort, de résultats pour les actes bons et mauvais (accomplis avant la mort). Tout de même, ici et maintenant, dans cette vie, je demeure sain et sauf avec une pensée heureuse, libérée de la haine, de la malveillance. » Cela est le deuxième soulagement.

Verset 1.42
« Supposons que des mauvais résultats tombent sur l'individu qui a accompli des mauvaises actions. Quant à moi, je ne souhaite aucun mal à personne. Alors comment se pourrait-il qu'un mauvais résultat tombe sur moi qui ne fais aucune action mauvaise ? » Cela est le troisième soulagement.

Verset 1.43
« Supposons que des mauvais résultats ne tombent pas sur l'individu qui fait des actions mauvaises. Alors dans ces deux cas, je trouve que je suis pur. » Cela est le quatrième soulagement.

Verset 1.44
Ô Kalamas, le disciple noble, qui a une pensée libérée de la haine, de la malveillance, qui a une telle pensée non souillée, une pensée pure, est quelqu'un qui a ces quatre soulagements, ici et maintenant.

Verset 1.45
Les Kalamas dirent : « Cela est exact, ô Bienheureux, cela est exact, ô Parfait. Le disciple des êtres nobles, qui a une pensée libérée de la haine, de la malveillance, qui a une telle pensée non souillée, une pensée pure, est quelqu'un qui a ces quatre soulagements, ici et maintenant (...) »

Verset 1.46
Ayant entendu la parole du Bienheureux, les Kalamas s'écrièrent : « Merveilleux, ô Bienheureux, merveilleux. C'est comme si l'on redressait ce qui a été renversé, ou découvrait ce qui a été caché, ou montrait le chemin à celui qui s'est égaré, ou apportait une lampe dans l'obscurité pour que ceux qui ont des yeux puissent voir. Ainsi, le vénérable Gotama a rendu claire la vérité de nombreuses façons.

Verset 1.47
Nous prenons refuge dans le vénérable Gotama, dans l'Enseignement (dhamma), dans la Communauté (sangha). Que le vénérable Gotama veuille bien nous accepter comme disciples laïcs jusqu'à la fin de nos vies. »

jeudi 17 avril 2008

Ne vous laissez pas guider...





(..) Ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse, ni par ce que vous avez entendu dire.

Ne vous laissez par guider par l'autorité des textes religieux, ni par la simple logique ou les allégations, ni par les apparences, ni par la spéculation sur des opinions, ni par des vraisemblances probables, ni par la pensée que “ce religieux est notre maître spirituel”.

Ne vous contentez pas de croire ce qui vous est dit, ou ce qui a été transmis par les générations précédentes, ou ce qui est l'opinion courante, ou ce que disent les écritures.

N'acceptez pas une chose comme vraie par simple déduction ou inférence, ou en considérant les apparences extérieures, ou par partialité pour un certain de vue, ou à cause de sa plausibilité, ou parce que votre maître vous dit qu'il en est ainsi.

Mais quand vous savez directement par vous-mêmes: "ces principes sont mauvais, blâmables, condamnés par les sages; quand ils sont adoptés et mis en pratique, ils mènent aux maux et à la souffrance", vous devriez alors les abandonner.

Et quand vous savez directement par vous-mêmes: "Ces principes sont bons, irréprochables, loués par les sages; quand ils sont adoptés et mis en pratique ils mènent au bien-être et au bonheur vous devriez alors les accepter et les pratiquer" (Extraits de Kalama Sutta)


mardi 4 mars 2008

Ressentir la douleur et la colère (Sallatha Sutta: La flèche)




Dans ce sutta, (publié ci dessous)Le Bouddha raconte l'histoire d'un homme qui reçoit une flèche et ressent de la douleur et de la colère parce qu'il a reçu cette flèche. Par conséquent, il ressent deux douleurs : une douleur physique et une douleur mentale. C'est comme si l'homme avait reçu une première flèche et immédiatement après une seconde flèche. Il éprouve la douleur de deux flèches.

De la même façon, nous nous torturons quand nous n'acceptons pas ce qui arrive ou que nous n'acceptons pas les autres. La seconde flèche atteint un endroit déjà blessé par la première flèche, ce qui augmente la douleur car lorsque l'on est touché au même endroit c'est pire.

En fait, nous refusons tout simplement d'accepter la première flèche. Nous lançons nous-mêmes la seconde flèche.

La rigidité par rapport à nos attentes engendre des désirs spécifiques et très précis. Nous désirons la réussite ou la reconnaissance, et nous nous torturons nous-mêmes. Nous nous créons des désirs et nous tentons de les réaliser. Mais il y aura inévitablement des échecs entraînant des tourments et de la peine.

Ceci n'est pas accepter les circonstances avec sagesse, car au lieu de regarder ce qui nous arrive objectivement, nous remuons le couteau dans la plaie.

Nous ne savons pas comment faire face aux blessures. En fait, il faut simplement observer les faits, regarder la réalité et non pas nos désirs.

Le Bouddha complète son histoire au sujet des deux flèches en imaginant que la personne ne reçoit pas la seconde flèche. Elle est touchée par une flèche et ne ressent aucune tristesse ou colère, elle ne se lamente pas. Elle ne souffre que d'une douleur : la douleur physique et non mentale.

Tout ceci se réfère à l'acceptation. C'est voir les choses telles qu'elles sont, sans rejeter, condamner, réagir. C'est seulement en acceptant que nous pouvons agir utilement.

L'acceptation n'est pas la passivité, c'est le point de départ de toute action sage. C'est comprendre que les choses sont comme ça, les reconnaître, ne pas se torturer à leur sujet, et de là, en tenant compte de la situation, l'action peut être juste. Nous pouvons agir efficacement et guérir notre souffrance et celle des autres. Nous ne rajoutons pas de la souffrance à celle qui existe déjà et nous laissons la paix se manifester.



SALLATHA SUTTA 

Moines, une personne ordinaire sans instruction ressent des sensations de plaisir, de douleur, de ni-plaisir-ni-douleur. Un disciple bien instruit des nobles personnes ressent aussi des sensations de plaisir, de douleur, de ni-plaisir-ni-douleur. Alors, quelle différence, quelle disctinction, quel facteur de discrimination y a-t-il entre le disciple bien instruit des nobles personnes et la personne ordinaire sans instruction?

-- Pour nous, monsieur, les enseignements ont le Bienheureux pour racine, pour guide et pour arbitre. Il serait bon que le Bienheureux lui-même nous explique le sens de cette phrase. L'ayant entendu de la bouche du Bienheureux, les moines s'en souviendront.

-- En ce cas, ô moines, écoutez et soyez attentifs. Je vais parler.

-- Comme vous voudrez, monsieur, répondirent les moines.

Le Bienheureux dit:
Lorsqu'une personne ordinaire sans instruction est touchée par une sensation de douleur, elle se lamente, se plaint, et chagrine, se frappe la poitrine, et elle s'angoisse. Ce qui fait qu'elle ressent deux douleurs, la physique et la mentale. Tout comme si on devait tirer une flèche sur un homme, et juste après, lui en tirer une autre, de sorte qu'il ressentirait la douleur de deux flèches. De la même manière, lorsqu'elle est touchée par une sensation de douleur, la personne ordinaire sans instruction se lamente, se plaint, et chagrine, se frappe la poitrine, et elle s'angoisse. Ce qui fait qu'elle ressent deux douleurs, la physique et la mentale.

Quand elle est touchée par cette sensation de douleur, elle y résiste. Toute obsession de résistance par rapport à cette sensation de douleur l'obsède. Touchée par cette sensation de douleur, elle se complait dans le plaisir sensuel. Pourquoi cela? Parce que la personne ordinaire sans instruction ne voit pas d'autre échappatoire à ses sensations de douleur, à part dans le plaisir sensuel. Quand elle se complait dans le plaisir sensuel, elle est obsédée par toute passion-obsession par rapport à cette sensation de plaisir. Elle ne discerne pas, telle qu'elle est présente en réalité, son origine, sa disparition, son allure, ses écueils, ni d'échappatoire à cette sensation. Quand elle ne discerne ni son origine, ni sa disparition, ni son allure, ni ses écueils, ni d'échappatoire à cette sensation, alors elle est obsédée par toute ignorance-obsession en rapport à cette sensation de ni plaisir-ni-douleur.

En ressentant du plaisir, il le ressent comme s'il y était joint. Ressentant de la douleur, il la ressent comme s'il y était joint. Ressentant ni-plaisir-ni-douleur, il le ressent comme s'il y était joint. C'est ce qu'on appelle une personne ordinaire sans instruction, jointe à la naissance, au vieillissement, et à la mort; à la peine, aux lamentations, à la détresse, et au désespoir. Elle est jointe, vous dis-je, à la souffrance et au stress.

Là, le disciple bien instruit des nobles personnes, lorsqu'il est touché par la sensation de douleur, ne se plaint pas et ne se lamente pas, il ne bat pas sa coulpe ni ne s'affole. Il ressent donc une douleur; physique, mais non pas mentale. Tout comme si on tirait une flèche sur un homme, et que, juste après, on n'en tirait pas une autre, il ne ressentirait donc que la douleur d'une seule flèche. De la même manière, lorsque touché par la sensation de la douleur, le disciple bien instruit des nobles personnes ne se plaint pas et ne se lamente pas, il ne bat pas sa coulpe ni ne s'affole. Il ressent une douleur; physique, mais non pas mentale.

Comme il est touché par cette sensation de douleur, il n'y résiste pas. Il n'est en rien obsédé par la résistance à la sensation de douleur qui le touche. Touché par cette sensation de douleur, il ne se complait pas dans le plaisir sensuel. Pourquoi cela? Parce que le disciple bien instruit des nobles personnes discerne qu'il y a moyen d'échapper à la sensation de douleur à côté du plaisir sensuel. Comme il ne se complait pas dans le plaisir des sens, il n'est obsédé d'aucune passion-obsession par rapport à la sensation de plaisir. Il discerne, telle qu'elle est réellement présente, l'origine, l'extinction, l'allure, le contrecoup et l'échappée à cette sensation.. Comme il discerne l'origine, l'extinction, l'allure, le contrecoup et l'échappée à cette sensation, aucune ignorance-obsession en rapport à cette sensation de ni-plaisir-ni-douleur ne l'obsède.

Ressentant du plaisir, il s'en sent disjoint. Ressentant de la douleur, il s'en sent disjoint. Ressentant une sensation de ni-plaisir-ni-douleur, il s'en sent disjoint? C'est ce qu'on appelle un disciple bien instruit des nobles personnes disjoint de la naissance, de la vieillesse et de la mort; des chagrins, des lamentations, des douleurs, des détresses et des désespoirs. Il est disjoint, vous dis-je, de la souffrance et de l'angoisse.

C'est là la différence, c'est là la disctinction, c'est là le facteur de distinction entre les disciples bien instruits des nobles personnes et les personnes ordinaires sans instruction."

Ceux qui ont du discernement, qui sont instruits
Ne ressentent pas une sensation (mentale) de plaisir ou de douleur:
C'est là la différence de capacités
Entre un sage et une personne ordinaire.

Pour une personne instruite
Qui a sondé le Dhamma
Voyant clairement ce monde et l'autre,
Les choses désirables ne charment pas l'esprit,
Et les désirables ne causent aucune résistance.

Son acceptation
et son rejet sont éparpillés,
Allés à leur fin,
Ils n'existent pas.

Connaissant l'état sans poussière et sans chagrin,
Il discerne correctement
Il est allé, au-delà du devenir,
Jusqu'à l'autre rive.

source : canonpali



mardi 12 février 2008

Exaltation de soi-même et dénigrement des autres

Mara ( illustration Thaï)


Mara




Remarques préalables: Cet enseignement, extrait du livre "Dans cette vie même" est tiré du chapitre 3 de ce livre : "Les dix armées de mara" et plus particulièrement de la "Dixième armée de mara" qui est: l'Exaltation de soi-même et dénigrement des autres.

Les
Dix armées de Mara sont les forces des Kilesas ( c'est à dire les impuretés en pali)
En pali
Mara veut dire tueur. Il personnifie la puissance qui tue la vertu et la vie.
Ses armées sont entrainées pour attaquer les méditants. Elles ont essayé de vaincre le Bouddha la nuit même de son illumination.

  • L'histoire de Mara est notamment relatée dans le Padhana Sutta : L'effort
  • ( Lire sutta en entier à la fin de ce message)
Extraits :

"......Les passions sensuelles sont ta première armée.
Ta seconde s'appelle Mécontentement.
Ta troisième, c'est la Faim et la Soif.
Ta quatrième s'appelle Envie insatiable.
En cinquième viennent Paresse et Engourdissement.
La sixième s'appelle Terreur.
Ta septième est Incertitude.
L'Hypocrisie et l'Obstination, ta huiitème.
Gains, Offrandes, Gloire, et Statut
obtenus à tort,
et quiconque se louangerait soi-même
et déprécierait les autres......"


Mara et son armée


Les 10 armées de Mara ou les 10 Kilesas :
(On notera que certains
kilesas font également partie des 5 empêchements à la méditation )

  • 1 le plaisir sensuel
  • 2 Le mécontentement
  • 3 La faim et la soif
  • 4 Le désir (fait parti des 5 empêchements )
  • 5 La paresse ou la Torpeur (fait parti des 5 empêchements)
  • 6 La peur
  • 7 Le doute (fait parti des 5 empêchements)
  • 8 La Vanité et l'ingratitude
  • 9 Gains, louange, honneur, réputation non méritée
  • 10 Exaltation de soi-même et dénigrement des autres


Un enseignement de Sayadaw U Pandita :

La Dixième armée de Mara : Exaltation de soi-même et dénigrement des autres

(...)

L'exaltation de soi-même attaque souvent lorsque certains succès ont été remportés dans la pratique: On a par exemple le sentiment d'avoir une moralité parfaite (...)

Nous sommes alors victime de la dixième armée de Mara. Cette dixième armée est peut-être la plus mortelle de toutes (...)


L'essence de la Vie sainte


La vie sainte comporte trois sections : sila, samadhi et panna


Il est possible de se réjouir de sa propre pureté sans pour autant dénigrer les autres ou se glorifier soi-même. (...)

La vie sainte comporte trois sections : sîla, samâdhi et pannâ, ce qui inclut la réalisation du chemin et du fruit, c’est-à-dire l’expérience de nibbâna.(...)


Il y a également les pouvoirs psychiques au nombre desquels la vision pénétrante de la véritable nature de la réalité par la sagesse vipassanâ.

Et il y a par ailleurs le gain, le respect et la notoriété qui résultent éventuellement de la pratique.


la personne qui se satisfait du gain et de la notoriété

Un bûcheron se rend dans la forêt car il a besoin de sève pour un travail important. Il tombe sur ce beau grand arbre, lui coupe toutes les branches pour les ramener chez lui. Une fois dans son atelier, il constate que ces branches et ces feuilles ne lui sont d’aucune utilité pour son travail ; c’est la personne qui se satisfait du gain et de la notoriété.

La personne qui se contente d’avoir une moralité très pure

Un second bûcheron décolle soigneusement la fine écorce extérieure ; c’est le yogi qui se contente d’avoir une moralité très pure mais qui ne fait aucun effort pour développer son esprit.

Exaltation de soi-même et dénigrement des autres

Vient un troisième yogi, un peu plus intelligent, qui réalise que la moralité n’est pas le but du chemin. Il faut penser à développer l’esprit. Ce yogi va alors se choisir une forme de méditation et travailler intensivement. Lorsqu’il aura atteint la fixité de l’esprit, il se sentira fort. Son esprit sera calme et heureux, il expérimentera la joie et le ravissement. Il est même possible qu’il maîtrise les jhânas ou absorptions méditatives dans une profonde concentration.

Il se met alors à réfléchir : « Mon Dieu, comme je me sens bien ! Mais cette personne là, à côté de moi, est tout aussi agitée qu’au début ! » Ce yogi a l’impression d’avoir atteint l’essence de vipassanâ et de la vie sainte alors qu’en réalité, il est tout simplement victime de la dixième armée de Mâra (exaltation de soi-même et dénigrement des autres).
C’est le bûcheron qui se contente de l’écorce intérieure de l’arbre sans avoir atteint le noyau.

les pouvoirs psychiques

Un autre yogi, plus ambitieux, est décidé à développer les pouvoirs psychiques, il les atteint et est submergé d’orgueil. En plus, il s’amuse beaucoup avec ses nouveaux pouvoirs. Il pourrait alors penser : « Oh c’est une expérience très avancée, ce doit être l’essence du Dhamma.
Ce n’est pas pour tout le monde ! Cette dame, là, ne peut certainement pas voir ce qui est juste devant son nez, les devas et les êtres infernaux ». Si ce yogi ne se libère pas de la dixième armée de Mâra, il finira intoxiqué, incapable de développer les états mentaux positifs ; sa vie sera marquée par une grande souffrance.


Les pouvoirs psychiques ne libèrent pas vraiment.

A notre époque, les gens sont facilement subjugués par les pouvoirs paranormaux. Le fait d’exhiber ces pouvoirs psychiques, même très modestement, provoque pour on ne sait quelle raison, une explosion de foi chez les gens.

C’était déjà le cas du temps de Bouddha:

Il y a même eu un laïc qui s’est un jour approché du Bouddha pour lui suggérer de s’attirer des élèves en faisant étalage de ses pouvoirs psychiques ; le Bouddha devait, selon lui, mettre en évidence ceux parmi ses disciples qui détenaient les pouvoirs psychiques et leur demander de faire des miracles en public. « Les gens seront très impressionnés, dit-il, et vous aurez beaucoup de dévots. »

Le Bouddha refusa. Par trois fois, l’homme réitéra sa demande et trois fois elle fut refusée.

Finalement le Bouddha dit :

"Homme laïc, il y a trois sortes de pouvoirs psychiques. Le premier consiste à voler dans les airs, plonger dans la terre et faire toutes sortes d’autres performances paranormales. Le second consiste à lire les pensées d’autrui. "

Vous pouvez dire à quelqu’un : « Oh, tel ou tel jour, vous pensiez ceci, vous êtes sorti pour faire cela… » Les gens peuvent être très impressionnés par ce genre de choses.


Mais il y a une troisième sorte de pouvoir psychique : c’est le pouvoir d’instruire

Ce pouvoir vous permet par exemple de dire à quelqu’un : « Vous avez telle ou telle attitude et ce n’est pas bien, c’est négatif, c’est nuisible, cela ne conduit pas au bonheur ni à celui des autres, vous devriez abandonner ce comportement et adopter telle ou telle pratique pour cultiver les bonnes actions. Ensuite, vous devriez méditer en suivant les instructions que je vais vous donner.» Ce dernier pouvoir, celui de guider les autres sur le juste chemin est le pouvoir psychique le plus important.

« Oh ! Laïc, ces deux premiers pouvoirs n’entameront pas la confiance de ceux qui ont foi en vipassanâ, mais s’ils sont exhibés devant les gens qui n’ont pas cette foi, ils pourraient les amener à se poser certaines questions : ‘ Eh bien ! Qu’a-t-elle de particulier, cette méditation ? On peut obtenir ces pouvoirs par les mantras et autres méthodes ésotériques de certaines sectes ou systèmes religieux que je connais ‘. Ces gens là manqueront mon enseignement. »


Le troisième pouvoir psychique est le meilleur , c'est le pouvoir d’enseigner les autres.


« Oh ! Laïc, quelqu’un qui est capable de dire ‘ceci est mal, ne le fais pas, tu dois cultiver le bien par la parole et par l’action. Voilà comment on débarrasse l’esprit des kilesas. Voilà comment il faut méditer. Ceci est le moyen d’atteindre la paix de nibbâna qui libère de toute souffrance ‘. Ceci, oh ! Laïc, est le pouvoir psychique le plus intéressant."

Mais allez-y, essayez d’atteindre les pouvoirs psychiques si cela vous intéresse. Ce n’est pas essentiel mais cela ne contredit pas la pratique de vipassanâ. Personne ne vous en empêchera et le succès dans ce domaine n’est certainement pas quelque chose dont on puisse se moquer.

L’essentiel, c’est de ne pas croire que les pouvoirs psychiques sont l’essence de l’enseignement.

Celui qui atteint les pouvoirs psychiques et qui croirait avoir atteint la fin du chemin spirituel, se trompe lourdement. Ces gens cherchent le noyau du bois mais se satisfont de la couche extérieure ; rentrés chez eux, ils constatent qu’ils ne peuvent rien en faire.

Donc, lorsque vous aurez atteint les pouvoirs psychiques, s’il vous plaît, poursuivez votre pratique et franchissez successivement toutes les étapes de connaissance vipassanâ, les différentes consciences du chemin et du fruit, jusqu’au moment où vous aurez réalisé l’état d’arhat.

Lorsque l’attention et la concentration seront bien établies, la sagesse vipassanâ va pénétrer les différents niveaux de compréhension de la nature des choses. On peut dire qu’il s’agit là d’un autre type de pouvoir psychique mais ce n’est pas encore la fin du chemin.

Il se peut que vous atteigniez finalement le chemin sotapatti, la noble conscience de celui qui est entré dans le courant. C’est le premier stade d’illumination. Cette première expérience de nibbâna, la conscience du chemin, déracine certaines kilesas de façon définitive.

En poursuivant votre pratique, vous arriverez peut-être à la conscience du fruit. Lorsque cette conscience du fruit se manifeste, l’esprit demeure dans la paix de nibbâna. On dit que cette libération n’est pas limitée dans le temps, une fois que vous aurez fait l’effort de l’atteindre, vous pourrez y retourner à n’importe quel moment.

Il faut cependant comprendre que ces premiers succès ne sont pas le but final.

Ce que nous propose Bouddha, c’est l’atteinte de l’illumination parfaite, la libération définitive qui anéantit à tout jamais toute forme de souffrance.

Le Bouddha se servit donc de l’image du tronc d’arbre et en guise de conclusion, il dit :

« Le bénéfice de mon enseignement ne se limite pas au gain, au respect ou à la renommée, le bénéfice de mon enseignement ne se limite pas à la pureté du comportement, il ne se limite pas à l’atteinte des jhânas, il ne se limite pas à l’atteinte des pouvoirs psychiques ; l’essence de mon enseignement, c’est la libération complète des kilesas et la capacité de réaliser cet état à n’importe quel moment ».

J’espère que vous pourrez accumuler suffisamment d’énergie, de force et de courage pour faire face aux dix armées de Mara, pour les vaincre toutes avec une compassion sans merci, de façon à pouvoir franchir successivement toutes les étapes de connaissance vipassanâ.

Puissiez-vous atteindre dans cette vie même la noble conscience de celui qui est entré dans le courant et arriver finalement à vous libérer totalement et de façon définitive de toute souffrance.


Source : Extrait  de : Dans cette même vie de Sayadaw U Pandita (Editions ADYAR)



Autre illustration de Mara




A moi --
résolu dans l'effort
près du fleuve Nerañjara,
faisant un grand effort,
faisant jhana
pour accéder au repos du joug --

Namuci vint,
prononçant des mots de compassion:
"Vous êtes couleur cendre, maigre.
La mort est en
votre présence.
La mort
a 1,000 parts de vous.
Seule une part
est votre vie.
Vivez, mon bon monsieur!
La vie vaut mieux.
Vivant,
vous pourrez accomplir
des actes de mérite.
Que vous viviez la vie sainte,
accomplissant le sacrifice du feu,
vous vaudra tant de mérites.
Quel besoin avez-vous de vous efforcer?
Difficile à suivre
-- la voie de l'effort --
difficile à faire, difficile
à soutenir."

En prononçant ces vers,
Mara se tenait en présence de l'Eveillé.
Et c'est à Mara, parlant ainsi,
que le Béni du Ciel dit ce qui suit:

"Parent de l'inattentif,
Mauvais,
venu ici pour n'importe quel besoin:
Je n'ai pas, en fait de mérites,
le moindre des besoins.
Ceux qui ont besoin de mérites:
c'est à eux que
Mara devrait s'adresser.

En moi, il y a conviction,
austérité,
persistance,
discernement.
Pourquoi, alors que je suis si résolu
m'enjoins-tu
de vivre?
Ce vent pourrait assécher
même les rivières.
Pourquoi, alors que je suis si résolu
mon sang ne devrait-il pas s'assécher?
A meusre que s'assèche mon sang
ma bile et mon flegme.
A mesure que disparaissent mes muscles,
l'esprit devient plus clair;
l'attention, le discernement,
la concentration sont
plus fermes.
En demeurant ainsi,
accédant à la sensation ultime,[2]
l'esprit n'a plus d'intérêt
pour les passions sensuelles.
Vois:
d'un être
la pureté!

Les passions sensuelles sont ta première armée.
Ta seconde s'appelle Mécontentement.
Ta troisième, c'est la Faim et la Soif.
Ta quatrième s'appelle Envie insatiable.
En cinquième viennent Paresse et Engourdissement.
La sixième s'appelle Terreur.
Ta septième est Incertitude.
L'Hypocrisie et l'Obstination, ta huiitème.
Gains, Offrandes, Gloire, et Statut
obtenus à tort,
et quiconque se louangerait soi-même
et déprécierait les autres.

Cela, Namuci, est ton armée,
les commandos du Sombre Seigneur.
Un couard ne peut les défaire,
mais qui les vainc
en tire le bonheur.
Est-ce que moi je transporte de l'herbe muñja ?[3]
Je crache sur ma vie.
La mort au combat vaudrait mieux pour moi
que, battu,
de survivre.

Coulant ici, ils n'apparaissent pas,
certains prêtres et contemplatifs.
Ils ne connaissent pas la voie
par laquelle ceux aux bonnes pratiquent
vont.

En voyant sa force sous la bannière
de tous côtés --
ses troupes, Mara
sur sa monture --
Je vais au combat.
Puissent-ils ne pas me faire bouger
de
ma place.
Cette tienne armée,
que le monde et ses devas
ne peuvent surmonter,
Je l'écraserai par le discernement --
comme un pot non cuit avec une pierre.

En rendant ma résolution maîtrisée,
l'attention bien-établie,
J'irai de royaume en royaume,
entraîner de nombreux disciples.
Eux -- attentifs, résolus
faisant ce que je leur demande --
malgré leurs souhaits, iront
où, étant allés,
il n'y a pas de griefs."

Mara:

"Pendant sept ans, j'ai suivi à la trace
les pas du Béni du Ciel,
mais n'ai pu en tirer une ouverture
sur Lui, auto-éveillé
et glorieux.
Une corneille a fait le tour d'une pierre
de la couleur du gras
-- 'Peut-être ai-je trouvé
quelque chose de tendre ici.
Il y a peut-être quelque chose de délicieux' --
mais ne trouvant rien de délicieux là,
la corneille s'en est allée.
Comme la corneille qui attaque le rocher,
je me fatigue avec Gotama."

Comme il était emporté par le chagrin,
son luth tomba de sous son bras.
Alors lui, l'esprit découragé,
aussitôt
disparut.


jeudi 7 février 2008

Enseignement sur le Sutta Upanisa ou discours sur "les conditions fondamentales"

manuscrit ancien : canon bouddhique





Le Sutta Upanisa ou "Discours sur les conditions fondamentales"


Ci après un enseignement de Bhikhu Bodhi à propos du Sutta Upanisa et de la "Co-production conditionnée".
  • En savoir plus sur la co-production conditionnée : ICI

Plan de ce message
1) Explication du sutta Upanisa
2)
sutta Upanisa dans son intégralité



1- Présentation et explication du sutta Upanisa


Malgré l'importance capitale du Sutta Upanisa , les commentateurs habituels n'ont pas donné à ce texte l'attention spéciale qu'il semblerait mériter . Il est possible d'expliquer ce phénomène par sa manière tellement particulière d'approcher les choses qu'il s'est trouvé dépassé par de nombreux autres suttas présentant la doctrine d'une façon plus habituelle.

Néanmoins, quelque explication que l'on puisse donner , il n'en reste pas moins vrai qu'il est nécessaire d'explorer plus profondément la signification et les implications de ce sutta .

La co-production conditionnée est le principe central de l'enseignement du Bouddha, à la fois de son intuition libératrice, et également la source productrice de son vaste corps de doctrines et de disciplines.

En tant que cadre des Quatre Nobles Vérités, clef du chemin du milieu et moyen de réaliser le sans ego, ce sutta se trouve être le thème unificateur exprimé par de nombreuses formulations diverses.

Les premiers suttas exposent la co-production conditionnée comme la découverte essentielle de "l'illumination" du Bouddha, si profonde et si difficile à saisir que le Bouddha lui-même a tout d'abord hésité à l'annoncer au monde. Un simple énoncé du principe déclenche la sagesse libératrice chez ses disciples les plus avancés.
Mais il faut l'adresse d'un spécialiste du Dhamma, particulièrement adroit, pour en expliquer le fonctionnement.

Le principe est si considérablement important dans le corps de la doctrine bouddhiste, que l'on considère qu'il suffit de pénétrer la co-production conditionnée pour réaliser la compréhension de l'enseignement tout entier:

Selon les paroles du Bouddha, "Celui qui voit la co-production conditionnée voit le Dhamma, celui qui voit le Dhamma voit la co-production conditionnée"

(...)

.. Cet enseignement dit que les choses apparaissent, non par une nature qui leur soit propre – ou par nécessité, par hasard ou par accident –, mais par des relations causales avec d'autres choses auxquelles elles sont reliées comme partie d'un ordre fixe entre les phénomènes.

Chaque entité transitoire qui surgit dans le présent provenant du courant d'évènements du passé, absorbe en elle-même le flux causal du passé dont elle dépend. Pendant cette phase d'existence, elle exerce ses propres fonctions distinctes avec le support de ses conditions, exprimant ainsi son caractère immédiat d'être..

Puis, avec l'accomplissement de son activité, cette entité se trouve balayée par l'impermanence universelle pour devenir elle-même une condition déterminante du futur ....

Ce sutta (Upanisa), non seulement expose un rapport clair et explicite de la structure conditionnelle de la progression vers la libération, mais il a l'avantage supplémentaire d'amener la forme supra mondaine de la co-production conditionnée en relation immédiate avec sa contrepartie samsarique familière.

En établissant cette relation, il met en relief le caractère de grande compréhension du principe de conditionnalité, avec sa capacité de soutenir et d'expliquer à la fois le processus de la confusion obsédante qui est à l'origine de la souf france et également le processus de désengagement qui mène à la délivrance de la souffrance.

Par conséquent, ce sutta révèle que la co-production conditionnée est la clef de l'unité et de la
cohérence de la doctrine du Bouddha.

Lorsque le Bouddha déclare :
6-"Je n'enseigne que la souffrance et la cessation de la souffrance"
le lien qui unifie ces deux derniers points de la doctrine comme les aspects complémentaires d'un système unique et intérieurement consistant, ce lien est tout simplement la loi de la co-production conditionnée.

Le Sutta Upanisa donne trois présentations de la "co-production conditionnée transcendante"

La première expose la série en ordre inversé, commençant par le dernier chaînon de la série – la connaissance de la destruction des souillures ( Ãsavakkhaya Ñana ) – et tirant la chaîne à l'envers jusqu'au premier chaînon de la séquence libératrice, c'est-à-dire la foi.

A ce point, il traverse jusqu'à l'ordre mondain, expliquant que la foi se lève à cause de la souffrance, la souffrance conditionnée par la naissance, la naissance conditionnée par l'existence etc., de retour à l'ignorance, premier membre de la chaîne, en passant par les chaînons familiers.

Après avoir exposé le mouvement inverse, le Bouddha donne alors la même série dans son ordre habituel, commençant par l'ignorance et allant jusqu’à la connaissance de la destruction.

Tout cela il le fait deux fois, exactement de la même façon : une fois avant et une fois après l'extraordinaire comparaison où il présente la suite originelle des facteurs à la descente progressive d'une énorme pluie de montagne qui traverse les étangs, forme des lacs, des rivières et des fleuves pour se jeter dans le grand océan, en bas de la montagne.

Ainsi, la série des conditions présentées dans le sutta peut être figurée dans l'abstrait comme il suit :

Ordre mondain :
- Ignorance (avijja )
- Formations karmiques ( sankhara )
- Conscience ( viññana )
- Mentalité-matérialité ( nãma rupa )
- Six sens ( salayatana )
- Contact ( phassa )
- Sensation ( vedana )
- Désir ( tanha )
- Attachement ( upadana )
- Existence ( bhava )
- Naissance ( jati )
- Souf france ( dukkha )

Ordre transcendant
- Foi ( saddha )
- Joie ( pamujja )
- Extase ( piti )
- Tranquillité ( passadhi )
- Bonheur ( sukkha )
- Concentration ( samadhi )
- Connaissance et vision des choses telles qu'elles sont ( yathabhutanana dassana )
- Désillusion ( nibbida )
- Absence de passion ( viraga )
- Émancipation ( vimutti )
- Connaissance de la destruction des souillures mentales ( asavakkhaya ñana )

(...)
Ce que nous avons ici n'est pas un exemple de causalité à direction unique, procédant sans modification en ligne droite ; nous avons plutôt une espèce de causalité téléologique, basée sur un objectif, et sur une intelligence, or ganisés pour fonctionner simultanément vers l'avenir , et déviés de l'effet visé en un processus de détermination réciproque.

Dans le fonctionnement de cette relation, le chemin non seulement facilite la réalisation de l'objectif, mais l'objectif également déjà présent dès le début comme le but évident de la recherche, s'incline pour participer à la formation du chemin.

(...)

ainsi que le révèle le Sutta Upanisa , pour arriver à la délivrance, les souillures doivent être éliminées par l'absence de passion, le mental doit être concentré, et ainsi de suite par des contre conditions, jusqu'à l'obtention de la foi dans le vrai Dhamma .

(...)

  • Source : Lire cet enseignement en entier (format PDF): ICI



2- Le Sutta Upanisa

Comme il se trouvait à Savatthi, le Bienheureux dit :

"La destruction des chancres, moines, appartient à celui qui sait et qui voit. Je dis qu'elle
n'appartient pas à celui qui ne sait pas et ne voit pas. C'est connaître quoi, c'est voir quoi, qui
permet la destruction des chancres ? Voici la forme matérielle, voici l'apparition de la forme
matérielle, voici la disparition de la forme matérielle, voici la sensation…, la perception…, les
formations mentales…, la conscience ; voici l'apparition de la conscience, voici sa disparition.
Pour celui qui sait et voit cela, moines, la destruction des chancres se produit".

"La connaissance de la destruction a une condition de base, je veux dire qu'elle n'est pas sans une condition de base. Et quelle est la condition de base pour aboutir à une connaissance de la destruction ? La réponse est l'émancipation".

"L'émancipation, moines, a aussi une condition de base, je veux dire qu'elle n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base qui mène à l'émancipation ? La réponse est l’absence de passions.".

"L ’absence de passions, moines, a aussi une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base de l’absence de passions ?
La réponse est que la condition de base de l’absence de passions est la désillusion."

"La désillusion moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n’est pas sans
condition de base. Et quelle est la condition de base de la désillusion ?
La réponse est la vision des choses telles qu’elles sont réellement".

"La vision des choses telles qu’elles sont réellement, moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base de la vision des choses telles qu’elles sont ? La réponse est la concentration".

"La concentration, moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base de la concentration ? La réponse est le bonheur".

"Le bonheur , moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'il n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base du bonheur ? La réponse est la tranquillité".

"La tranquillité, moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans
condition de base. Et quelle est la condition de base de la tranquillité ? La réponse est l’extase".

"L ’extase, moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base de l’extase ? La réponse est la joie".

"La joie, moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base de la joie ? La réponse est la foi".

"La foi, moines a également une condition de base, c'est-à-dire qu’elle n’est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base de la foi ? La réponse est la souffrance".

"La souffrance, moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans
condition de base. Et quelle est la condition de base de la souffrance ? La réponse est la
naissance".

"… Et quelle est la condition de base de la naissance ? La réponse est l'existence".
"… Et quelle est la condition de base de l'existence ? La réponse est l'attachement".
"… Et quelle est la condition de base de l'attachement ? La réponse est le désir".
"… Et quelle est la condition de base du désir insatiable ? La réponse est la sensation".
"… Et quelle est la condition de base de la sensation ? La réponse est le contact".
"… Et quelle est la condition de base du contact ? La réponse est dans les six sens".
"… Et quelle est la condition de base des six sens ? La réponse est la mentalité et la matérialité
"… Et quelle est la condition de base de la mentalité et de la matérialité ? La réponse est la
conscience".
"… Et quelle est la condition de base de la conscience ? La réponse est la formation karmique".
"Les formations karmiques, moines, ont également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle ne sont pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base des formations karmiques ? La réponse est l'ignorance".

"Ainsi, moines, l'ignorance est la condition de base des formations karmiques, les formations
karmiques sont la condition de base de la conscience".
"La conscience est la condition de base de la mentalité-matérialité *;
La mentalité-matérialité est la condition de base des six sens ;
Les six sens sont la condition de base du contact ;
Le contact est la condition de base de la sensation ;
La sensation est la condition de base du désir insatiable;
Le désir insatiable est la condition de base de l’attachement ;
L ’attachement est la condition de base de l'existence ;
L'existence est la condition de base de la naissance ;
La naissance est la condition de base de la souffrance ;
La souffrance est la condition de base de la foi ;
La foi est la condition de base de la joie ;
La joie est la condition de base de l'extase ;
L'extase est la condition de base de la tranquillité ;
La tranquillité est la condition de base du bonheur ;
Le bonheur est la condition de base de la concentration ;

La concentration est la condition de base de la connaissance et de la vision des choses telles
qu'elles sont réellement ; La connaissance et la vision des choses telles qu'elles sont réellement sont la condition de base de la désillusion ; La désillusion est la condition de base de l'absence de passion ; L'absence de passion est la condition de base de l'émancipation ;
Et l'émancipation est la condition de base de la connaissance de la destruction des souillures."

"Moines, c'est comme lorsque la pluie tombe fortement sur un sommet de montagne, l'eau coule sur les pentes, remplit les crevasses, les ravins et les criques, qui remplissent les fleuves, qui enfin s'écoulent dans le grand océan."

"De la même manière, moines, l'ignorance est la cause des formations karmiques … qui sont la
condition de base de la conscience … qui est la condition de base des phénomènes physiques et
mentaux … qui sont la condition de base des six sens… qui sont la condition de base de du contact … qui est la condition de base de la sensation … qui est la condition de base du désir insatiable … qui est la condition de base de l'attachement … qui est la condition de base de l'existence … qui est la condition de base de la naissance … qui est la condition de base de la souf france … qui est la condition de base de la foi … qui est la condition de base de la joie … qui est la condition de base de l'extase … qui est la condition de base de la tranquillité … qui est la condition de base du bonheur … qui est la condition de base de la concentration … qui est la condition de base de la connaissance et de la vision des choses telles qu'elles sont réellement … qui sont la condition de base de la désillusion … qui est la condition de base de l'absence de passion … qui est la condition de base de l'émancipation … qui est la condition de base de la connaissance de la destruction des souillures."