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dimanche 20 juillet 2008

Paticcasamuppada: De l'origine conditionnée de tous les phénomènes


...Paticcasamuppada est comme les Quatre Noble Vérités, dans ce sens que, si personne ne les comprend, l'éveil du Bouddha n'aura servi à rien...

..nul n'est né et nul ne mourra pour recevoir les conséquences de ses actions passées (kamma), contrairement à ce qui est dit dans la théorie éternaliste..

Etre ici et maintenant, c'est l’interdépendance de la voie du milieu et de la vérité ultime. Cette loi va de pair avec le Noble Octuple Sentier..

..enseigner paticcasamuppāda comme s'il existait un « moi » qui perdurerait sur plusieurs vies, est contraire au principe même d’interdépendance, contraire aux enseignements du Bouddha..

Si certains préfèrent, malgré tout, parler de « cette vie-ci » et de « la prochaine vie », c’est acceptable dans la mesure où ils donnent au mot « vie » un sens d’immédiateté. (...)
Une telle « prochaine vie » est potentiellement bien plus enrichissante que celle qui consisterait à sortir du ventre d’une autre mère et que l'on ne pourrait ni voir ni situer
(...)
Interpréter le mot «naissance» comme dans le langage de la vérité relative — c’est-à-dire sortir du ventre d’une mère — fera obstacle à notre compréhension de l'enseignement...


Ci après des extraits d'un enseignements de Buddhadasa Bhikkhu portant sur L'origine Conditionnée de tous les phénomènes ou l'interdépendance = PATICCASAMUPPADA AU QUOTIDIEN

Remarques : certains d'entre vous seront peut-être un peu décontenancé par les propos de Bhikkhu Buddhadasa.  Certains passages peuvent vous sembler en contradiction avec ce que l'on vous a enseigné, ou ce que vous avez compris ou lu.   Mais comme le souligne lui même le vénérable Bouddhasasa, le langage utilisé est celui de la "Vérité absolue". (ou encore vérité ultime) Or, nous avons l'habitude de penser en "Vérité relative"(ou "vérité conditionnée"). Essayons d'oublier pour un instant,  tout ce que nous avons entendu ou cru comprendre afin de lire cet enseignement avec un esprit nouveau, avec un esprit qui ne juge pas, un esprit réceptif.

Seule la pratique peut nous permettre de comprendre l'interdépendance de toute chose. 


L'origine Conditionnée de tous les phénomènes

L’étude de la loi concernant l’origine conditionnée de tous les phénomènes, que nous nommerons ici « loi d’interdépendance » ou paticcasamuppāda, est importante et nécessaire aux disciples du Bouddha, comme le montre le passage suivant des écritures du Canon pāli (extrait du Sangiti sutta)

« Il existe deux doctrines (dhamma) enseignées par l’Eveillé, Celui qui Sait, qui s’est libéré de toutes les souillures et a trouvé le parfait éveil par lui-même. Tous les bhikkhus (moines) devraient approfondir l’étude de ces deux doctrines, il ne doit y avoir aucun désaccord ou division à leur sujet. Ainsi la Vie Sainte (ou religieuse ) pourra-t-elle se poursuivre longtemps dans la stabilité. Ces deux doctrines seront propagées pour le plus grand profit de l’humanité, pour le bien du monde, pour aider les grands êtres et tous les êtres humains. Quelles sont ces doctrines ? Il s’agit de : la compréhension juste des bases sensorielles (ayatana-kusalata) et de la compréhension de l’interdépendance (paticcasamuppāda-kusalata). » (...)

La loi d’interdépendance est un sujet extrêmement profond. On peut dire qu’il s’agit là du cœur ou de l’essence même du bouddhisme. C’est pourquoi elle engendre inévitablement des problèmes, lesquels deviennent à leur tour un danger pour le bouddhisme, dans la mesure où les disciples du Bouddha ne peuvent retirer aucun bénéfice de cet enseignement s’il leur est mal transmis.(...)

pour l’étudier correctement nous devons être prêts à y investir toutes nos capacités intellectuelles (...)Cette connaissance n’a rien à faire avec la connaissance d’une philosophie ou d’un langage particulier (...)
(...)pour répandre son enseignement, le Bouddha utilisait deux types de langage :
- le langage de la vérité relative, pour enseigner la vertu morale à ceux qui sont encore empêtrés dans des visions éternalistes — ceux qui s’accrochent à l’idée qu’ils sont quelqu’un et possèdent des choses ;
- mais aussi le langage de la vérité absolue, pour pouvoir enseigner à ceux qui n’ont
« plus qu’un peu de poussière dans les yeux », pour leur permettre de comprendre la réalité absolue (paramattha-dhamma). L’enseignement de la réalité absolue a pour but de libérer les humains de leur chère théorie éternaliste.

C’est ainsi que l’on retrouve, dans les paroles du Bouddha, deux modes d’expression différents. Or, la question de l’interdépendance relevant de la vérité ultime, elle ne pouvait être traitée qu’en termes de vérité ultime. (...)

L’interdépendance est donc réellement un sujet difficile à aborder.(...)

(...)quand le Bouddha enseigne la vérité ultime, il parle des êtres sensibles, des individus... comme n’ayant pas de réalité propre : il n’existe en fait qu’une série d’événements interdépendants qui apparaissent puis disparaissent.

Chacun de ces événements s'appelle paticca-samuppanna-dhamma (événements qui apparaissent du fait de la loi des causes et effets) et on les appelle paticcasamuppāda quand ils sont reliés entre eux.(...)

A aucun moment, dans ce cycle, il n'est possible de parler de « quelqu'un » ou d'un « soi », pas même dans l'instant présent. Ainsi nul n'est né et nul ne mourra pour recevoir les conséquences de ses actions passées (kamma), contrairement à ce qui est dit dans la théorie éternaliste.
Mais il n'y a pas non plus de mort qui soit une disparition totale, comme dans la théorie nihiliste...
Etre ici et maintenant, c'est l’interdépendance de la voie du milieu et de la vérité ultime. Cette loi va de pair avec le Noble Octuple Sentier — la voie du milieu que l'on peut même appliquer dans les questions de morale.(...)

enseigner paticcasamuppāda comme s'il existait un « moi » qui perdurerait sur plusieurs vies, est contraire au principe même d’interdépendance, contraire aux enseignements du Bouddha, qui visent précisément à éliminer cette sensation de soi, à dépasser complètement ce sentiment d'être « quelqu'un ».
L'interdépendance n'est donc absolument pas concernée par les questions de morale, lesquelles sont liées à une théorie éternaliste basée sur l'existence d'un soi. (...)

En tout état de cause, nous pouvons dire que l’on trouve aujourd’hui deux interprétations de paticcasamuppāda :
- la première est erronée ou mal expliquée, de sorte qu'il est impossible de la mettre en pratique: cette théorie inexacte a été enseignée pendant un millier d'années.
- La seconde, correctement transmise, est expliquée selon les intentions du Bouddha, on peut la pratiquer ici et maintenant et en voir les résultats immédiatement.

Cette seconde interprétation de la loi d’interdépendance nous apprend à être attentifs à tout contact entre les sens et les objets des sens, à ne pas laisser les sensations et les émotions se développer et éveiller la soif du désir (...)

l'attention doit être présente pour contrôler les sensations lorsqu'il y a contact entre les sens et un objet. Il ne faut pas permettre au désir et à l'attachement d'apparaître.(...)

La pratique de l'interdépendance est la voie du milieu de la vérité ultime.(...)

L'interdépendance se situe entre l'idée d'existence d'un moi et celle d'absence totale de moi. Elle a son propre principe : « Parce qu'il y a ceci, il y a cela ; parce que ceci n'est pas, cela n'est pas ». C'est ce principe qui fait que le bouddhisme n'est ni éternaliste ni nihiliste.(...)

Si nous étudions de près les écritures du Canon pāli, c'est-à-dire les enseignements donnés par le Bouddha lui-même, nous constatons qu'ils sont nettement divisés en deux : d'une part, les questions ayant trait à la vertu morale, destinées à ceux qui sont encore attachés à une vision éternaliste du monde et, d’autre part, les questions sur la vérité ultime dont le but est de supprimer aussi bien le point de vue éternaliste que le point de vue nihiliste. (...)

l'étude de l'interdépendance implique une référence indispensable aux écritures originelles en pāli. (...)Ne vous inclinez pas systématiquement devant des écrits tardifs, comme le Visuddhimagga. (...) Nous devons rester vigilants, selon les instructions laissées par le Bouddha lui-même dans le Kālāma Sutta et selon le principe de mahāpadesa tel qu'il est donné dans le Mahāparinibbāna Sutta : « Tout ce qui n'est pas en accord avec la majeure partie du Dhamma-Vinaya (l'enseignement et la discipline) doit être considéré comme ayant été mal perçu, mal retenu, mal expliqué ou mal enseigné » Ce principe de mahāpadesa nous protége des œuvres postérieures qui auraient pu glissé dans l'éternalisme. (...)


Voici à présent les principes qui relèvent de l'interdépendance

1) À chaque fois qu'il y a contact sensoriel sans sagesse, s'ensuit le devenir (bhava) et la naissance (jāti). En d'autres termes : quand seule l'ignorance est présente à l’instant d’un contact avec les sens, la loi d'interdépendance se met en mouvement.

2) Dans le langage de paticcasamuppāda, les mots « individu », « soi », « nous » ou « ils » sont inexistants. Il n'y a aucune « personne » qui souffre, se libère de la souffrance ou évolue dans un tourbillon de renaissances (...)

3) Dans le langage de paticcasamuppāda, le mot « bonheur » n'apparaît pas. Seuls apparaissent les mots « souffrance » et « cessation » ou « extinction » complète de la souffrance... la loi d'interdépendance n'a pas pour but de parler du bonheur — lequel est, par contre, la pierre d'achoppement de l'éternalisme. Dans le langage de la vérité relative, on peut considérer que l'absence de souffrance est le bonheur ; ainsi, il est dit que « le nirvana est le plus grand des bonheurs »

4) Le type de « conscience de renaissance » (patisandhi viññāna) — qui sous-entend un moi — n'apparaît pas dans le langage du paticcasamuppāda. Le mot viññāna se réfère aux six formes de consciences sensorielles qui naissent au contact des six sens. (...)

5) Dans le processus d'interdépendance, il n'existe que paticca-samuppanna-dhamma, c'est-à-dire des événements dont l'apparition, très brève, dépend d'autres événements et qui donnent à leur tour naissance à d'autres événements. C'est ce conditionnement mutuel des choses que l'on appelle interdépendance (...)

6) En termes de karma, paticcasamuppāda tend à montrer un karma qui n'est ni blanc ni noir, qui n'est ni le karma des bonnes actions ni celui des mauvaises actions (...)

7) ) Sanditthiko est un principe fondamental du bouddhisme, c'est le « ici et maintenant »(...) Chacun des onze maillons de la chaîne d'interdépendance doit absolument se situer dans le présent pour rester cohérent avec les principes enseignés par le Bouddha

8) Les nombreux suttas qui abordent la question de paticcasamuppāda en parlent de plusieurs manières (...) Il y a, par exemple,
(a) l’enchaînement normal (anuloma) : depuis l'ignorance jusqu'à la souffrance ;
(b) l’enchaînement inversé (patiloma) : de la souffrance à l'ignorance ;
(c) la voie de la cessation : que l'on peut suivre dans un sens ou dans l'autre ;
(d) la voie qui commence avec les bases des sens pour donner naissance à la conscience sensorielle, au contact et à la sensation — dans ce processus l'ignorance n'est pas mentionnée ;
(e) la voie qui commence avec la sensation et se termine avec la souffrance ;
(f) et enfin, la voie probablement la plus étrange, qui regroupe la voie de l'apparition de la souffrance et celle de la cessation. (...)

Si nous étudions soigneusement tous les discours qui traitent de l'interdépendance, il apparaît absolument inutile que l'application de cette théorie s'étende sur trois vies (en termes de vérité relative)....

9) Paticcasamuppada ne concerne que des événements soudains et momentanés (khanikā-vassa)... Nous pouvons observer cela tous les jours : quand l’avidité, la colère ou l'illusion apparaissent, le « moi » prend aussitôt « naissance ». Si certains préfèrent, malgré tout, parler de « cette vie-ci » et de « la prochaine vie », c’est acceptable dans la mesure où ils donnent au mot « vie » un sens d’immédiateté. (...)

Interpréter le mot «naissance» comme dans le langage de la vérité relative — c’est-à-dire sortir du ventre d’une mère — fera obstacle à notre compréhension de l'enseignement.

Nous devrions plutôt nous réjouir que cette « prochaine vie », c’est-à-dire la prochaine occasion d’un contact sensoriel, soit à notre portée et à notre disposition, pour en faire ce que bon nous semblera. Une telle « prochaine vie » est potentiellement bien plus enrichissante que celle qui consisterait à sortir du ventre d’une autre mère et que l'on ne pourrait ni voir ni situer (...)

10) Se contenter de palabrer sur paticcasamuppāda n'est que de la philosophie dans le pire sens du terme, c'est inutile et sans valeur. Ce qu’il faut, c’est pratiquer les enseignements de l’interdépendance en empêchant l'apparition de la souffrance grâce à une parfaite vigilance au niveau des six portes des sens,(...)

En quelques mots, disons que paticcasamuppāda est une question très concrète qui mène tout droit à la cessation de la souffrance. La souffrance intervient parce que, une fois la « souillure » (kilesa) apparue, la roue fait un tour complet du cycle d'interdépendance.(...)

La soif du désir et l'attachement engendrent à leur tour le devenir et la naissance, naissance de la notion de « moi », de « je » ou de « mien », d’une « personne » qui goûtera aux fruits de la souffrance sous forme de problèmes surgis du fait de la naissance, de la vieillesse et de la mort : le chagrin, les lamentations, la douleur, la peine et le malheur ou, comme on les appelle encore, les cinq agrégats du désir (pañcūpādāna-khandha) , synonymes de souffrance (...)

En un cycle d'interdépendance, il semble qu'il y ait donc deux autres naissances mais il n'est pas nécessaire, pour cela, de mourir, d'être enfermé dans un cercueil puis de renaître. Ce type de mort relèverait du corps et du langage de la vérité relative, pas de paticcasamuppāda tel qu'enseigné par le Bouddha. (...)

les agrégats n'apparaissent que lorsque les onze conditions de paticcasamuppāda sont en jeu, selon le principe de cause à effet : « C'est parce qu'il y a ceci que cela apparaît ; parce que ceci n'est pas, cela n'est pas non plus ». (...)

cette explication du non-soi par la loi d’interdépendance est nécessaire pour éviter qu’une simple explication des cinq agrégats comme étant dépourvus de « soi » ne conduise à certaines déviations ridicules (...)

Dans l'ordre de la cessation de la souffrance dans la loi d'interdépendance, nous trouvons le véritable Bouddha, le véritable Dhamma et le véritable Sangha. Ils sont sanditthiko (immanents, ici et maintenant) et paccatam veditabbo viññuhi (ce que l’on découvre par soi-même, par l'expérience directe). Ils sont présents et vivants tous les trois, bien plus réels que dans le triple joyau que les éternalistes chantent sans prêter attention aux mots qu'ils prononcent, se contentant de les articuler, les privant de leur sens. (...)

« Cette vie » signifie le cycle d'interdépendance ; « la prochaine vie » signifie le prochain cycle d'interdépendance et ainsi de suite.

Considérer les choses ainsi, c'est voir cette vie et la suivante d'une manière plus juste que la façon dont la comprennent les éternalistes, lesquels la définissent en termes de naissance physique, depuis le ventre d’une mère jusqu'au cercueil — définition qui tient au langage de la vérité relative et non à celui que le Bouddha utilise lorsqu'il enseigne paticcasamuppāda. (...)

Une bonne compréhension de cela est ce qu’un enseignant de paticcasamuppāda peut vous offrir de plus utile, pas le paticcasamuppāda des maîtres éternalistes, créé de toutes pièces sur le tard et incorrectement transmis jusqu'à ce jour (...)

De nombreux éléments permettent de comprendre que le langage de l'interdépendance (le langage du Dhamma le plus élevé) est différent du langage de la vérité relative, lequel est inévitablement assaisonné d’un soupçon d'éternalisme.

Paticcasamuppada est comme les Quatre Noble Vérités, dans ce sens que, si personne ne les comprend, l'éveil du Bouddha n'aura servi à rien. C'est encore plus vrai pour la loi d'interdépendance car elle est l’épanouissement de ces nobles vérités. Voilà pourquoi nous devons tellement en parler. (...)

La première chose à comprendre est que nous faisons tous l’expérience de l'interdépendance, pratiquement à chaque instant, même si nous n'en savons rien.


Qu'est-ce que paticcasamuppāda ?

C’est la démonstration détaillée de l'origine et de la cessation de la souffrance ; elle souligne l'interdépendance naturelle des facteurs qui mènent de l'origine à la cessation de la souffrance (...)

Pourquoi doit-on aborder le sujet de l'interdépendance ?

Il est indispensable d'étudier et de mettre en pratique cette théorie. De nos jours, très peu de gens connaissent paticcasamuppāda et, qui plus est, leur compréhension en est souvent fausse (...)


Dans quel but devons-nous étudier paticcasamuppāda ?

La réponse à cette question est : pour nous libérer des fausses idées selon lesquelles il existe des personnes qui sont nées et qui vivent selon leur karma. D'autre part, nous devons connaître l'interdépendance pour anéantir définitivement la souffrance et laisser la place à la vision juste. Si vous croyez encore que vous êtes une âme, votre compréhension est fausse et vous endurerez la souffrance sans parvenir à vous en libérer. Il est donc nécessaire de savoir ce qu'est réellement l'interdépendance.

De quelle manière peut-on se libérer de la souffrance ?

La réponse est la même. C'est-à-dire que la cessation de la souffrance est le résultat d'une pratique correcte, d'une vie ou d'un mode de vie correct. Vivre correctement, c'est vivre de telle sorte que l'ignorance soit anéantie par la sagesse et que la sottise soit anéantie par la connaissance. En d'autres termes, vivre correctement, c'est être présent à chaque instant et en particulier lorsqu'il y a contact entre les bases des sens et les objets des sens.

Je vous demande de bien comprendre que « vivre correctement » signifie vivre chaque instant avec un maximum d’attention, en particulier au moment des contacts sensoriels. Ainsi la stupidité n'aura plus de place et il deviendra possible d'éliminer l'ignorance. Il ne restera plus que sagesse et connaissance. Vivre de telle façon que la souffrance ne puisse plus apparaître, c'est vivre justement.


Source : Vous pouvez télécharger l'intégralité de cet enseignement ( 87 pages au format pdf ) grâce au blog Vimokkha - La Tradition des Moines de la Forêt : ICI 

*  suite à la publication de cet enseignement, une discussion s'est engagée sur le forum Bouddhiste  nangpa2 : ICI 



jeudi 7 février 2008

Enseignement sur le Sutta Upanisa ou discours sur "les conditions fondamentales"

manuscrit ancien : canon bouddhique





Le Sutta Upanisa ou "Discours sur les conditions fondamentales"


Ci après un enseignement de Bhikhu Bodhi à propos du Sutta Upanisa et de la "Co-production conditionnée".
  • En savoir plus sur la co-production conditionnée : ICI

Plan de ce message
1) Explication du sutta Upanisa
2)
sutta Upanisa dans son intégralité



1- Présentation et explication du sutta Upanisa


Malgré l'importance capitale du Sutta Upanisa , les commentateurs habituels n'ont pas donné à ce texte l'attention spéciale qu'il semblerait mériter . Il est possible d'expliquer ce phénomène par sa manière tellement particulière d'approcher les choses qu'il s'est trouvé dépassé par de nombreux autres suttas présentant la doctrine d'une façon plus habituelle.

Néanmoins, quelque explication que l'on puisse donner , il n'en reste pas moins vrai qu'il est nécessaire d'explorer plus profondément la signification et les implications de ce sutta .

La co-production conditionnée est le principe central de l'enseignement du Bouddha, à la fois de son intuition libératrice, et également la source productrice de son vaste corps de doctrines et de disciplines.

En tant que cadre des Quatre Nobles Vérités, clef du chemin du milieu et moyen de réaliser le sans ego, ce sutta se trouve être le thème unificateur exprimé par de nombreuses formulations diverses.

Les premiers suttas exposent la co-production conditionnée comme la découverte essentielle de "l'illumination" du Bouddha, si profonde et si difficile à saisir que le Bouddha lui-même a tout d'abord hésité à l'annoncer au monde. Un simple énoncé du principe déclenche la sagesse libératrice chez ses disciples les plus avancés.
Mais il faut l'adresse d'un spécialiste du Dhamma, particulièrement adroit, pour en expliquer le fonctionnement.

Le principe est si considérablement important dans le corps de la doctrine bouddhiste, que l'on considère qu'il suffit de pénétrer la co-production conditionnée pour réaliser la compréhension de l'enseignement tout entier:

Selon les paroles du Bouddha, "Celui qui voit la co-production conditionnée voit le Dhamma, celui qui voit le Dhamma voit la co-production conditionnée"

(...)

.. Cet enseignement dit que les choses apparaissent, non par une nature qui leur soit propre – ou par nécessité, par hasard ou par accident –, mais par des relations causales avec d'autres choses auxquelles elles sont reliées comme partie d'un ordre fixe entre les phénomènes.

Chaque entité transitoire qui surgit dans le présent provenant du courant d'évènements du passé, absorbe en elle-même le flux causal du passé dont elle dépend. Pendant cette phase d'existence, elle exerce ses propres fonctions distinctes avec le support de ses conditions, exprimant ainsi son caractère immédiat d'être..

Puis, avec l'accomplissement de son activité, cette entité se trouve balayée par l'impermanence universelle pour devenir elle-même une condition déterminante du futur ....

Ce sutta (Upanisa), non seulement expose un rapport clair et explicite de la structure conditionnelle de la progression vers la libération, mais il a l'avantage supplémentaire d'amener la forme supra mondaine de la co-production conditionnée en relation immédiate avec sa contrepartie samsarique familière.

En établissant cette relation, il met en relief le caractère de grande compréhension du principe de conditionnalité, avec sa capacité de soutenir et d'expliquer à la fois le processus de la confusion obsédante qui est à l'origine de la souf france et également le processus de désengagement qui mène à la délivrance de la souffrance.

Par conséquent, ce sutta révèle que la co-production conditionnée est la clef de l'unité et de la
cohérence de la doctrine du Bouddha.

Lorsque le Bouddha déclare :
6-"Je n'enseigne que la souffrance et la cessation de la souffrance"
le lien qui unifie ces deux derniers points de la doctrine comme les aspects complémentaires d'un système unique et intérieurement consistant, ce lien est tout simplement la loi de la co-production conditionnée.

Le Sutta Upanisa donne trois présentations de la "co-production conditionnée transcendante"

La première expose la série en ordre inversé, commençant par le dernier chaînon de la série – la connaissance de la destruction des souillures ( Ãsavakkhaya Ñana ) – et tirant la chaîne à l'envers jusqu'au premier chaînon de la séquence libératrice, c'est-à-dire la foi.

A ce point, il traverse jusqu'à l'ordre mondain, expliquant que la foi se lève à cause de la souffrance, la souffrance conditionnée par la naissance, la naissance conditionnée par l'existence etc., de retour à l'ignorance, premier membre de la chaîne, en passant par les chaînons familiers.

Après avoir exposé le mouvement inverse, le Bouddha donne alors la même série dans son ordre habituel, commençant par l'ignorance et allant jusqu’à la connaissance de la destruction.

Tout cela il le fait deux fois, exactement de la même façon : une fois avant et une fois après l'extraordinaire comparaison où il présente la suite originelle des facteurs à la descente progressive d'une énorme pluie de montagne qui traverse les étangs, forme des lacs, des rivières et des fleuves pour se jeter dans le grand océan, en bas de la montagne.

Ainsi, la série des conditions présentées dans le sutta peut être figurée dans l'abstrait comme il suit :

Ordre mondain :
- Ignorance (avijja )
- Formations karmiques ( sankhara )
- Conscience ( viññana )
- Mentalité-matérialité ( nãma rupa )
- Six sens ( salayatana )
- Contact ( phassa )
- Sensation ( vedana )
- Désir ( tanha )
- Attachement ( upadana )
- Existence ( bhava )
- Naissance ( jati )
- Souf france ( dukkha )

Ordre transcendant
- Foi ( saddha )
- Joie ( pamujja )
- Extase ( piti )
- Tranquillité ( passadhi )
- Bonheur ( sukkha )
- Concentration ( samadhi )
- Connaissance et vision des choses telles qu'elles sont ( yathabhutanana dassana )
- Désillusion ( nibbida )
- Absence de passion ( viraga )
- Émancipation ( vimutti )
- Connaissance de la destruction des souillures mentales ( asavakkhaya ñana )

(...)
Ce que nous avons ici n'est pas un exemple de causalité à direction unique, procédant sans modification en ligne droite ; nous avons plutôt une espèce de causalité téléologique, basée sur un objectif, et sur une intelligence, or ganisés pour fonctionner simultanément vers l'avenir , et déviés de l'effet visé en un processus de détermination réciproque.

Dans le fonctionnement de cette relation, le chemin non seulement facilite la réalisation de l'objectif, mais l'objectif également déjà présent dès le début comme le but évident de la recherche, s'incline pour participer à la formation du chemin.

(...)

ainsi que le révèle le Sutta Upanisa , pour arriver à la délivrance, les souillures doivent être éliminées par l'absence de passion, le mental doit être concentré, et ainsi de suite par des contre conditions, jusqu'à l'obtention de la foi dans le vrai Dhamma .

(...)

  • Source : Lire cet enseignement en entier (format PDF): ICI



2- Le Sutta Upanisa

Comme il se trouvait à Savatthi, le Bienheureux dit :

"La destruction des chancres, moines, appartient à celui qui sait et qui voit. Je dis qu'elle
n'appartient pas à celui qui ne sait pas et ne voit pas. C'est connaître quoi, c'est voir quoi, qui
permet la destruction des chancres ? Voici la forme matérielle, voici l'apparition de la forme
matérielle, voici la disparition de la forme matérielle, voici la sensation…, la perception…, les
formations mentales…, la conscience ; voici l'apparition de la conscience, voici sa disparition.
Pour celui qui sait et voit cela, moines, la destruction des chancres se produit".

"La connaissance de la destruction a une condition de base, je veux dire qu'elle n'est pas sans une condition de base. Et quelle est la condition de base pour aboutir à une connaissance de la destruction ? La réponse est l'émancipation".

"L'émancipation, moines, a aussi une condition de base, je veux dire qu'elle n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base qui mène à l'émancipation ? La réponse est l’absence de passions.".

"L ’absence de passions, moines, a aussi une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base de l’absence de passions ?
La réponse est que la condition de base de l’absence de passions est la désillusion."

"La désillusion moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n’est pas sans
condition de base. Et quelle est la condition de base de la désillusion ?
La réponse est la vision des choses telles qu’elles sont réellement".

"La vision des choses telles qu’elles sont réellement, moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base de la vision des choses telles qu’elles sont ? La réponse est la concentration".

"La concentration, moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base de la concentration ? La réponse est le bonheur".

"Le bonheur , moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'il n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base du bonheur ? La réponse est la tranquillité".

"La tranquillité, moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans
condition de base. Et quelle est la condition de base de la tranquillité ? La réponse est l’extase".

"L ’extase, moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base de l’extase ? La réponse est la joie".

"La joie, moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base de la joie ? La réponse est la foi".

"La foi, moines a également une condition de base, c'est-à-dire qu’elle n’est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base de la foi ? La réponse est la souffrance".

"La souffrance, moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans
condition de base. Et quelle est la condition de base de la souffrance ? La réponse est la
naissance".

"… Et quelle est la condition de base de la naissance ? La réponse est l'existence".
"… Et quelle est la condition de base de l'existence ? La réponse est l'attachement".
"… Et quelle est la condition de base de l'attachement ? La réponse est le désir".
"… Et quelle est la condition de base du désir insatiable ? La réponse est la sensation".
"… Et quelle est la condition de base de la sensation ? La réponse est le contact".
"… Et quelle est la condition de base du contact ? La réponse est dans les six sens".
"… Et quelle est la condition de base des six sens ? La réponse est la mentalité et la matérialité
"… Et quelle est la condition de base de la mentalité et de la matérialité ? La réponse est la
conscience".
"… Et quelle est la condition de base de la conscience ? La réponse est la formation karmique".
"Les formations karmiques, moines, ont également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle ne sont pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base des formations karmiques ? La réponse est l'ignorance".

"Ainsi, moines, l'ignorance est la condition de base des formations karmiques, les formations
karmiques sont la condition de base de la conscience".
"La conscience est la condition de base de la mentalité-matérialité *;
La mentalité-matérialité est la condition de base des six sens ;
Les six sens sont la condition de base du contact ;
Le contact est la condition de base de la sensation ;
La sensation est la condition de base du désir insatiable;
Le désir insatiable est la condition de base de l’attachement ;
L ’attachement est la condition de base de l'existence ;
L'existence est la condition de base de la naissance ;
La naissance est la condition de base de la souffrance ;
La souffrance est la condition de base de la foi ;
La foi est la condition de base de la joie ;
La joie est la condition de base de l'extase ;
L'extase est la condition de base de la tranquillité ;
La tranquillité est la condition de base du bonheur ;
Le bonheur est la condition de base de la concentration ;

La concentration est la condition de base de la connaissance et de la vision des choses telles
qu'elles sont réellement ; La connaissance et la vision des choses telles qu'elles sont réellement sont la condition de base de la désillusion ; La désillusion est la condition de base de l'absence de passion ; L'absence de passion est la condition de base de l'émancipation ;
Et l'émancipation est la condition de base de la connaissance de la destruction des souillures."

"Moines, c'est comme lorsque la pluie tombe fortement sur un sommet de montagne, l'eau coule sur les pentes, remplit les crevasses, les ravins et les criques, qui remplissent les fleuves, qui enfin s'écoulent dans le grand océan."

"De la même manière, moines, l'ignorance est la cause des formations karmiques … qui sont la
condition de base de la conscience … qui est la condition de base des phénomènes physiques et
mentaux … qui sont la condition de base des six sens… qui sont la condition de base de du contact … qui est la condition de base de la sensation … qui est la condition de base du désir insatiable … qui est la condition de base de l'attachement … qui est la condition de base de l'existence … qui est la condition de base de la naissance … qui est la condition de base de la souf france … qui est la condition de base de la foi … qui est la condition de base de la joie … qui est la condition de base de l'extase … qui est la condition de base de la tranquillité … qui est la condition de base du bonheur … qui est la condition de base de la concentration … qui est la condition de base de la connaissance et de la vision des choses telles qu'elles sont réellement … qui sont la condition de base de la désillusion … qui est la condition de base de l'absence de passion … qui est la condition de base de l'émancipation … qui est la condition de base de la connaissance de la destruction des souillures."

lundi 13 août 2007

La co-production conditionnée



Par la co-production conditionnée s'explique l'apparition et la disparition des phénomènes de l'existence.

Cette théorie montre comment l'apparition et la disparition des phénomènes psychologiques sont régies par un déterminisme. Leur production forme une chaine, dont le nombre des membres peut atteindre 12, chaque élement étant la condition du suivant.


Pour simplifier, on dira que "rien n'est sans cause et rien n'est sa propre cause" ou encore:

"Quand ceci est, cela est ;
Ceci apparaissant, cela apparaît.
Quand ceci n'est pas, cela n'est pas ;
Ceci cessant, cela cesse."

Selon les paroles du Bouddha, "Celui qui voit la co-production conditionnée voit le Dhamma, celui qui voit le Dhamma voit la co-production conditionnée"

Ainsi pour le Bouddha, cette "découverte" est essentielle.



Ces conditions sont décomposées en douze éléments :

On notera que sur ces 12 éléments, seulement 8 apparaissent constants dans les versions anciennes, ainsi 4 éléments sont apparus plus tard :

1- Ignorance (avijjâ / avidyâ) 2- constructions mentales (sankhâra / samskâra)
3- conscience discriminante
(viññâna / vijñâna) 4- contact (phassa / spars'a)
5- sentiment
(vedanâ) 6- « soif » (tanhâ / trisnâ) 7- attachement (upâdâna) et
8- existence (bhava).
Les quatre éléments « nouveaux », désormais classiques, sont les suivants : « nom et forme » (nâma-rûpa) et « sphères » sensorielles (salâyatana / sadâyatana), qui s'intercalent entre la conscience et le contact ; naissance (jâti) et vieillesse-mort (jarâ-marana), qui achèvent la série ( Pour plus de détails: voir article de D. Trotignon plus bas)



Vous trouverez ci après:

1- L'interdépendance ou la "production conditionnée" par Michel Henri Dufour

2- La co-production conditionnée selon le bouddhisme ancien par Dominique Trotignon

3- Les douze maillons dans le bouddhisme

4- La co-production conditionnée transcendante: explication du sutta upanisa, par Bhikku Bodhi (sutta copié ci après)


5- Sutta :

1) Acela-sutta: La coproduction conditionnée:

2) sutta Upanisa




1- L'interdépendance ou la "production conditionnée" par Michel Henri Dufour :

Cette « loi » explique que le samsara, le processus de la souffrance et des existences répétées, est entretenu par une chaîne de liens interconnectés de causes et effets. Toute chose dans l’univers relatif existe en raison de conditions déterminantes et détermine à son tour d’autres choses ; rien n’est un commencement en soi ou un fin en soi (la seule exception étant l’arahanta, l’être pleinement libéré). Elle révèle également la méthode pour briser cette chaîne et mettre un terme au processus ; celui-ci n’est en effet pas inéluctable, il est possible, à chaque lien, de trouver une porte de sortie et de rompre le cercle vicieux.

Au sens premier la « production conditionnée » ou «origine(s) interdépendante(s)" fait référence à la façon dont la souffrance apparaît en dépendance directe de l’échec à appréhender correctement la réalité (ignorance) et de l’esclavage des désirs, et disparaît conjointement à leur cessation.

Chaque lien conditionne le suivant dans le sens naissance, apparition (paccaya) selon l’ordre progressif (anuloma) ou dans le sens cessation (nirodha) selon l’ordre rétrograde. Nous avons ainsi la description du surgissement de la « maladie » (ordre progressif), et la description de la façon de faire cesser cette « maladie » (ordre rétrograde).

En dépendance de 1. l’ignorance apparaissent :

2. les facteurs d’existence

3. en dépendance des facteurs d’existence apparaît la conscience discriminative

4. en dépendance de la conscience discriminative apparaît l’individualité psychophysiologique

5. en dépendance de l’individualité psychophysiologique apparaissent les six bases des activités des sens

6. en dépendance des six bases des activités des sens apparaît le contact

7. en dépendance du contact apparaissent les sensations ,

8. en dépendance des sensations apparaît le désir ardent,

9. en dépendance du désir ardent apparaît l’attachement,

10. en dépendance de l’attachement apparaît le devenir ,

11. en dépendance du devenir apparaît la naissance

12. en dépendance de la naissance apparaissent la décrépitude et la mort
Source :Vade mecum bouddhiste




2-La co-production conditionnée selon le bouddhisme ancien par Dominique Trotignon

On considère à juste titre la « co-production conditionnée » comme l'enseignement central et essentiel de la doctrine bouddhique et l'on reconnaît aussi souvent - toujours à juste titre - que son interprétation est, sinon fort malaisée, à tout le moins délicate.
Un important sutta du Digha-nikâya - que nous évoquerons plus en détail tout à l'heure - le Mahâ-nidâna-sutta, s'ouvre sur un dialogue, entre le Bouddha et son disciple Ananda, qui justifie toute prudence en cette matière :

Ananda : « C'est merveilleux, Bienheureux, c'est merveilleux. Cette co-production conditionnée est très profonde, vraiment très profonde. Cependant, pour moi, elle est claire, très claire. »
Bouddha : « Ne dites pas cela, Ananda ! C'est justement à cause de la non-connaissance de la co-production conditionnée, parce qu'ils n'ont pas une connaissance pénétrante de la co-production conditionnée, que l'existence des êtres devient embrouillée comme un écheveau, emmêlée comme une bobine de fils, comme un enchevêtrement de broussailles, qu'ils n'échappent pas aux situations infernales, aux états inférieurs, douloureux, au samsâra ! »

De son côté, mille ans plus tard, au ve siècle après J.-C., Buddhaghosa - qui consacre à la co-production conditionnée l'intégralité du chapitre XVII de son Visuddhimagga - ne manque pas de donner un long avertissement à son lecteur.
Il l'invite surtout, tout d'abord, à ne pas considérer le co-production conditionnée comme l'exposé d'une « genèse », c'est-à-dire d'un processus causal - signe qu'une telle interprétation (due à sa présentation « classique », sous la forme d'un enchaînement de douze éléments successifs) devait être assez courante... « Aucun sutta ne le dit et ce serait en contradiction avec les sutta », précise-t-il, citant en confirmation un extrait du Kaccâna-sutta [que nous aurons aussi l'occasion d'évoquer à nouveau.] : « Quand on voit avec une juste connaissance l'origine du monde [comme co-production conditionnée], l'idée même d'existence ou d'inexistence du monde n'apparaît pas ! », et l'on ne s'interroge donc pas davantage sur la « cause » possible du monde.

Aussi, continue-t-il, convient-il d'aborder cette notion correctement et, si l'on persiste à voir en elle la présentation d'un processus causal, « il faut en chercher la caractéristique essentielle au moyen de l'analyse grammaticale » de son appelation : paticca sam-uppâda.

L'analyse de Buddhaghosa s'attache alors à préciser la relation exacte entre les deux termes : paticca et sam-uppâda. Une lecture « traditionnelle » de ce terme composé envisagerait naturellement un rapport de détermination de l'un par rapport à l'autre : « étant conditionnée, la co-production... » ; mais une telle interprétation, nous dit-il, serait en contradiction avec les sutta et « la grammaire s'y oppose » ! Le terme paticca est en effet un « gérondif passé » et, logiquement, « doit se construire avec le même sujet que le verbe principal ». Or, l'autre terme n'est pas un verbe mais un substantif. On ne peut pourtant pas imaginer un verbe « hoti » qui serait sous-entendu - « étant conditionnée, la co-production devient » - car le verbe « hoti » n'apparaît jamais, lui non plus, dans les sutta !
Il convient donc de prendre l'expression telle qu'elle est et d'en envisager les termes comme juxtaposés, dans un rapport complémentaire, ainsi que nous y invite une double citation [dont Buddhaghosa, malheureusement, ne nous donne pas la référence.] :

Le Seigneur a dit :
« Deux facteurs - la condition d'une part,
la réunion des agents d'autre part - produisent l'effet »
« Le rassemblement des causes réunies (amenées face à face) constitue la condition.
Comme [ce rassemblement] produit des agents concomitants on l'appelle ''co-production'' ».

Citations que Buddhaghosa glose de la manière suivante :
« La réunion des causes, énoncées une par une, provoque la manifestation des effets (...) Cette réunion, qui produit un effet commun lorsqu'aucun des facteurs ne manque, est « conditionnelle » parce qu'elle amène 'face à face' les facteurs au complet. Cette réunion s'appelle « co-production » parce qu'elle produit des facteurs simultanés qui n'existent pas indépendamment les uns des autres. »
Une plus juste traduction, en français, devrait donc être : « co-production conditionnelle ». C'est d'ailleurs la traduction que propose Christian Maès dans son édition récente du Visuddhimagga (Fayard, collection « Trésors du bouddhisme »).

Une analyse étymologique des termes tend à confirmer cette interprétation.
Le terme sam-uppâda se compose lui-même de uppâda [sk. ut-pâda] : « produit [pâda] par l'effet de... [ut-] », auquel s'adjoint le préfixe sam- marquant la convergence, et pourrait donc s'interpréter comme « production résultant d'une convergence ».
Le terme paticca [sk. pratîtya] est lui aussi un composé [= prati-itya] , unissant itya, gérondif du verbe aller [î], et le préfixe prati- : « rencontre avec, tenir compte de. » ; qui pourrait s'interpréter comme « en allant [devenant ?] en fonction de ».
L'expression complète aurait donc pour signification : « produit par un ensemble de conditions, durant dépendamment [de la rencontre de celles-ci] ».
L'expression « co-production conditionnelle » voudrait donc dire qu'un phénomène ne se produit que lorsque l'ensemble des conditions requises est effectivement réuni et que ce phénomène n'existe [ne dure] que le temps que ces conditions sont effectivement réunies.
Autrement dit : un « concours de cironstances », qu'on pourrait représenter sous la forme du schéma suivant :

Or on le sait, une telle lecture - successive, puis chronologique - est devenue
« classique » dans le bouddhisme ancien... tout comme l'interprétation de cette succession comme un enchaînement causal - ce qui poussera d'ailleurs les écoles mahayanistes ultérieures à introduire de subtiles distinctions entre causes [hetu] et conditions [pratyaya], parfaitement inconnues (et peut-être inutiles...) dans les textes canoniques les plus anciens !

Cette évolution de l'interprétation de la « co-production conditionnelle », semble-t-il, est étroitement liée à une certaine évolution de sa présentation développée.
Telle qu'elle apparaît désormais, en douze membres, cette présentation contient des éléments, ignorés des textes les plus anciens, qui posent en effet problème.
On ignore à quelle époque cette formulation en douze membres s'est finalement fixée, mais de nombreux textes anciens démontrent qu'il y a eu longtemps un grand flottement dans le choix et le nombre des composants.

Ce qui ressort avec évidence, c'est que les éléments les plus récents (« nouveaux ») introduisent tous une dimension physique et matérielle dans un processus qui se présentait, au départ, uniquement d'un point de vue strictement psychique.

Huit éléments apparaissent constants dans les versions anciennes :
1- Ignorance (avijjâ / avidyâ) 2- constructions mentales (sankhâra / samskâra) 3- conscience discriminante (viññâna / vijñâna) 4- contact (phassa / spars'a) 5- sentiment (vedanâ) 6- « soif » (tanhâ / trisnâ) 7- attachement (upâdâna) et 8- existence (bhava).
Les quatre éléments « nouveaux », désormais classiques, sont les suivants : « nom et forme » (nâma-rûpa) et « sphères » sensorielles (salâyatana / sadâyatana), qui s'intercalent entre la conscience et le contact ; naissance (jâti) et vieillesse-mort (jarâ-marana), qui achèvent la série.

Rappelons rapidement les deux lectures « classiques » que cette introduction a finalement induit : chronologique et causale.

D'un point de vue chronologique, les douze membres ont été répartis en trois temps : au passé appartiennent l'ignorance et les constructions mentales ; au futur, la (re-)naissance et vieillesse et mort ; les huit éléments restants concernent le présent - soit comme « résultat » du passé (conscience, « nom-et-forme », « sphères », contact et sentiment), soit comme condition d'apparition des éléments appartenant à l'avenir (« soif », attachement, existence).

D'un point de vue causal, on distinguera les « bases » que constituent les souillures (kilesa / kles'a) : passée - ignorance, et présentes - soif et attachement ; les « actes » (kamma / karman) qui en surgissent : passé - constructions, et présent - existence ; enfin les « fruits » (vipâka) qu'ils provoquent : présents - conscience, nom-et-forme, sphères, contact et sentiment, et futurs - naissance, vieillesse et mort.

Ces deux lectures, mêlant étroitement chronologie et causalité, induisent non seulement une interprétation physique-matérielle des quatre éléments nouveaux mais, aussi, que la conscience soit envisagée, non plus comme un « acte de conscience discriminante », mais comme un « support de renaissance » [gandhabba / gandharva] - interprétation devenue elle aussi « classique », aussi bien chez Buddhaghosa que dans l'école Sarvâstivâda.

Comment ces éléments « nouveaux » se sont introduits et comment ils ont provoqué cette évolution de l'interprétation, c'est ce que nous étudierons plus loin.
Avant cela, il nous reste encore à présenter rapidement une autre formulation de la « co-production conditionnelle », fort souvent citée, qui en constitue en quelque sorte un résumé :

« Quand ceci est, cela est ;
Ceci apparaissant, cela apparaît.
Quand ceci n'est pas, cela n'est pas ;
Ceci cessant, cela cesse. »

Sa traduction habituelle en français - que nous venons de donner - n'est pas, elle non plus, sans poser quelques difficultés et sans doute a-t-elle largement participé elle aussi, au moins en Occident, à induire une interprétation causale du processus. Un rapide coup d'oeil au texte original permet de voir que cette traduction est largement fautive...

Imasmim sati, idam hoti [bhavati] ;
imassuppâdâ, idam uppajjati.
Imasmim asati, idam na hoti ;
imassâ nirodha, idam nirujjhati.

Là où le français énonce par deux fois, en miroir, le même verbe (être, apparaître et cesser), le texte pâli décline deux verbes différents : as [sati] et hoti pour la première et la troisième propositions, uppâda et uppajjati pour la deuxième, nirodha et nirujjhati pour la quatrième !
Il est surprenant que l'adage bien connu ait été à ce point illustré : « traduire, c'est trahir » !!

En effet, les trois verbes de chaque première partie sont d'évidence des termes « neutres », énonçant simplement l'existence (as = être), le surgissement (uppâda = apparaître) et la disparition (nirodha = cesser) de « ceci ». En revanche, les trois verbes de chaque deuxième partie ajoutent une idée fondamentale, celle de la durée de « cela » : le devenir (hoti-bhavati), la croissance (jâti) et la cessation de la croissance (nirujjhati = nir-jati) - [le terme jâti, habituellement traduit par « naissance », ne désigne pas en effet un événement, ponctuel, mais un processus, durable, qui s'étend de la conception jusqu'à la sortie de l'utérus ; il est compris plus généralement - comme dans la première des Quatre Nobles Vérités - comme le processus de croissance par opposition au processus de décroissance et de décrépitude, la vieillesse - jâra].

Une traduction plus fidèle au texte original devrait être :

« Ceci étant, cela devient ;
ceci apparaissant, cela naît [croît]
Ceci n'étant pas, cela ne devient pas ;
ceci cessant, cela cesse de naître [croître]. »
Source : UBE



3- Les douze maillons dans le bouddhisme : La co-production conditionnée.


Le pratitya-samutpada, ou coproduction conditionnée, traite de production ou d’origine, et consiste en douze nidanas, ou maillons, en série ou en chaîne. Chacun de ces douze maillons apparaît en dépendance du précédent, ou est conditionné par celui-ci. Voilà pourquoi l’on parle de coproduction conditionnée, ou d’origine en dépendance de ces maillons, se succédant l’un après l’autre, dans la séquence.

L’ignorance.

Le premier nidana est l’avidya (en pali : avijja), ou l’ignorance. Ce nidana est d’une certaine façon le plus important de tous les nidanas. L’avidya n’est pas tant l’ignorance dans le sens intellectuel que le manque ou la privation de la prise de conscience spirituelle, voire de la conscience spirituelle et de l’être spirituel. L’avidya, dans ce sens, est l’antithèse directe de la Bodhi, de l’Éveil. La Bodhi est le but de tout le processus de l’évolution, et particulièrement tout le processus de l’évolution supérieure. De la même façon, l’avidya représente tout ce qui s’étend derrière nous, ou en dessous de nous, dans ce processus d’évolution. Si l’Éveil représente le but, alors l’ignorance représente les profondeurs d’où nous venons. Si l’Éveil représente le sommet de la montagne, alors l’ignorance représente les vallées dont nous émergeons progressivement, et qui dorment, plongées dans l’obscurité.

Plus spécifiquement, l’avidya est faite de diverses vues fausses. Un certain nombre d’entre-elles sont spécifiées dans les textes canoniques. Il y a par exemple la vue fausse qui consiste à voir le conditionné en tant qu’Inconditionné — penser que toute chose phénoménale peut durer pour toujours. Ce n’est bien sûr pas une conviction intellectuelle, mais une supposition inconsciente : nous nous comportons comme si certaines choses allaient durer pour toujours ; nous nous y attachons donc, et sommes malheureux quand, finalement, nous devons y renoncer.

Les activités formatrices.

Selon la formule trouvée dans les textes, en dépendance de l’ignorance apparaissent les activités formatrices (en sanskrit : samskaras ; en pali : sankharas). Samskara signifie littéralement « préparation » ou « mise en place ». Le mot veut dire volitions ou actes de volonté. Dans ce contexte le mot est utilisé pour signifier l’agrégat des conditions mentales qui, selon la loi du karma, sont responsables de la production, ou de la préparation, ou de la mise en place, du premier moment de conscience dans une « nouvelle » vie. Dans ce contexte le mot samskaras est souvent traduit par « activités formatrices » ; lorsqu’il apparaît dans le contexte des cinq skandhas (les cinq agrégats), il est habituellement traduit par « volitions ».

La conscience.

En dépendance des activités formatrices apparaît la conscience (en sanskrit : vijñana ; en pali : viññana). Ce n’est pas la conscience en général, mais la conscience dans le sens spécifique de « conscience re-liante ». Elle est appelée ainsi car elle re-lie la personne, ou la psyché, à l’organisme psychophysique de la nouvelle vie.

Le nom-et-forme.

En dépendance de la conscience apparaît le nom-et-forme (nama-rupa). Ici, le nama-rupa signifie simplement le corps physique (et tout d’abord le corps physique embryonnaire) et les trois autres agrégats mentaux de sensation (vedana), perception (samjñ) et volitions (samskaras).

Les six bases.

En dépendance du nom-et-forme apparaissent les six bases (en sanskrit : sadayatana ; en pali : salayatana). Les six bases sont simplement les cinq organes physiques des sens et l’esprit (qui est traité comme une sorte de sixième sens, voire de sixième organe des sens). Elles sont appelées les six bases parce qu’elles constituent les bases de notre expérience du monde extérieur.

Le contact.

En dépendance des six bases apparaît le contact (en sanskrit : sparsa ; en pali : phassa). Ceci représente l’impact mutuel entre l’organe et l’objet approprié. L’œil, par exemple, entre en contact avec une forme visuelle, ce qui donne naissance au contact de l’œil. De la même façon les cinq autres sens entrent en contact avec leurs objets des sens respectifs.

La sensation.

En dépendance du contact apparaît la sensation (vedana). En ce qui concerne son origine, la sensation a six formes, selon qu’elle provient du contact de l’œil, du contact de l’oreille, etc. À son tour, chacune de ces sensations a trois formes, à savoir plaisante, douloureuse ou neutre (ni plaisante ni douloureuse).

L’avidité.

En dépendance de la sensation apparaît l’avidité (en sanskrit : trsna ; en pali : tanh)a. La trsna, l’avidité ou la soif, est de trois sortes : la kama-trsna, la bhava-trsna, et la vibhava-trsna. La kama-trsna est l’avidité d’expériences sensuelles. La bhava-trsna est l’avidité de la continuation de l’existence, en particulier de la continuation de l’existence au paradis, après la mort. La vibhava-trsna est l’avidité de l’annihilation ou de la mort. Cette étape particulière, dans laquelle l’avidité apparaît en dépendance des sensations, est une étape très importante, voire l’étape cruciale de toute la série, car c’est là, si l’on est capable de ne pas réagir à la sensation par l’avidité, que la chaîne peut être brisée.

L’appropriation.

En dépendance de l’avidité apparaît l’appropriation (upadana). Il est intéressant de noter qu’il y a quatre sortes d’appropriation. Généralement nous ne pensons qu’en termes d’appropriation des choses matérielles, des plaisirs et des possessions. Ceci est en fait la première sorte d’appropriation : l’appropriation des plaisirs sensuels, c’est-à-dire l’appropriation des expériences plaisantes venant par l’œil, par l’oreille, par le nez, etc. Nous savons tous ce qu’elles sont, et il n’y a pas besoin d’entrer dans les détails.

Le devenir.

En dépendance de l’appropriation apparaît le devenir (bhava). Bhava est la vie, ou l’existence, à n’importe quel niveau, en tant que conditionnée par notre appropriation.

La naissance.

En dépendance du devenir apparaît la naissance (jati).

La décrépitude et la mort.

En dépendance de la naissance apparaissent la décrépitude et la mort (jara-marana). Une fois que vous êtes né, rien sur cette terre ne peut vous empêcher de tomber en décrépitude, et finalement de mourir.

Voici les douze nidanas, les douze maillons de la coproduction conditionnée. Ils forment une série d’exemples concrets du principe bouddhique universel de la conditionnalité, en particulier lorsque ce principe est appliqué au processus de la renaissance.

source : centrebouddhisteparis




4- La co-production conditionnée transcendante, ( explication du sutta upanisa) par Bhikku Bodhi  : ICI 




Lire aussi : La production conditionnée: paticca samuppáda: LA




5- Ci après 2 sutta


1) La coproduction conditionnée: Acela-sutta

(14.1) Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait à Kalandakanivapa dans le parc des Bambous, près de la ville de Rajagaha. Un jour, le Bienheureux, s'étant habillé de bon matin, prit son bol et son manteau, puis entra dans la ville de Rajagaha pour sa tournée d'aumône. A ce moment-là, un ascète nu appelé Kassapa vit de loin le Bienheureux qui arrivait. L'ayant vu, l'ascète Kassapa s'approcha du Bienheureux et échangea avec lui des compliments de politesse et des paroles de courtoisie, puis se tint debout à l'écart sur un côté.

(14.2) Se tenant debout à l'écart sur un côté, l'ascète nu Kassapa dit: "Si le vénérable Gotama nous le permet, s'il veut nous donner l'occasion d'écouter sa réponse, nous voulons l'interroger sur un certain point." Le Bienheureux dit: "Ce n'est pas le moment pour questionner, ô Kassapa, nous sommes parmi les maisons." L'ascète nu Kassapa dit pour la deuxième fois: "Si le vénérable Gotama nous le permet, s'il veut nous donner l'occasion d'écouter sa réponse, nous voulons l'interroger sur un certain point." Le Bienheureux dit: "Ce n'est pas le moment pour questionner, ô Kassapa, nous sommes parmi les maisons."

(14.3) L'ascète nu Kassapa dit pour la troisième fois: "Si le vénérable Gotama nous le permet, s'il veut nous donner l'occasion d'écouter sa réponse, nous voulons l'interroger sur un certain point." Le Bienheureux dit: "Ce n'est pas le moment pour questionner, ô Kassapa, nous sommes parmi les maisons."

(14.4) Lorsque cela eut été dit par le Bienheureux, l'ascète nu Kassapa persista: "Ce n'est pas une grande chose que nous voulons vous demander, ô vénérable Gotama." Enfin, le Bienheureux dit: "Demandez alors, ô Kassapa, ce que vous voulez."

(14.5) L'ascète nu Kassapa demanda: La souffrance de l'individu, ô vénérable Gotama, est-elle quelque chose de créé par lui-même ? - Ce n'est pas comme cela qu'elle se produit, ô Kassapa dit le Bienheureux. -La souffrance de l'individu, ô vénérable Gotama, est-elle quelque chose de créé par quelqu'un d'autre? - Ce n'est pas comme cela qu'elle se produit, ô Kassapa, dit le Bienheureux.

(14.6) - Si la souffrance de l'individu n'est pas quelque chose de créé par lui-même, si la souffrance de l'individu n'est pas quelque chose de créé par quelqu'un d'autre, ô vénérable Gotama, la souffrance de l'individu est-elle une chose apparue par hasard? - Ce n'est pas comme cela qu'elle se produit, ô Kassapa, dit le Bienheureux.

(14.7) - La souffrance de l'individu, ô vénérable Gotama, est-elle une chose non existante? - Si, ô Kassapa, la souffrance de l'individu n'est pas une chose non existante, la souffrance de l'individu est donc une chose existante. -Peut-être, le vénérable Gotama ne connaît-il pas la souffrance de l'individu, ne voit-il pas la souffrance de l'individu? -Non, ô Kassapa, je ne suis pas quelqu'un qui ne connaît pas la souffrance de l'individu. Je suis quelqu'un qui connaît la souffrance de l'individu. Je suis quelqu'un qui voit la souffrance de l'individu.

(14.8) - Comment cela peut être alors, ô vénérable Gotama ? Lorsque j'ai demandé si la souffrance de l'individu avait été créée par lui-même, vous m'avez répondu en disant " Ce n'est pas comme cela qu'elle se produit".

(14.9) Lorsque j'ai demandé si la souffrance de l'individu avait été créée par quelqu'un d'autre, vous m'avez répondu en disant " Ce n'est pas comme cela qu'elle se produit".

(14.10) Lorsque j'ai demandé si la souffrance de l'individu se produisait par hasard, vous m'avez répondu en disant " Ce n'est pas comme cela qu'elle se produit".

(14.11) Lorsque j'ai demandé si la souffrance de l'individu était une chose non existante, vous m'avez répondu en disant " La souffrance de l'individu n'est pas une chose non existante. La souffrance de l'individu est une chose existante".

(14.12) Lorsque j'ai demandé si le vénérable Gotama ne connaissait pas et ne voyait pas la souffrance, vous m'avez répondu en disant " Je ne suis pas quelqu'un qui ne connaît pas la souffrance de l'individu. Je suis quelqu'un qui connaît la souffrance. Je suis quelqu'un qui voit la souffrance".

(14.13) Dites-moi donc, ô vénérable Gotama, comment se produit la souffrance? Expliquez-moi, ô vénérable Gotama, comment se produit la souffrance?

(14.14) (Le Bienheureux répondit): Lorsqu'on dit que l'individu fait des actions et que le même individu reçoit leurs résultats - comme vous l'avez dit au début: "La souffrance de l'individu est créée par lui-même "-, une telle affirmation se réduit à la theorie éternaliste.

(14.15) Lorsqu'on dit qu'un individu fait des actions et qu'un autre obtient leurs résultats, c'est-à-dire l'opinion selon laquelle on souffre à cause de la faute d'un autre, une telle affirmation se réduit à la théorie annahilationiste.

(14.16) Dans ce cas, ô Kassapa, le Tathagata enseigne la doctrine sans aller à ces deux extrêmes, mais selon la voie du milieu, selon laquelle: conditionnées par l'ignorance se produisent les formations mentales; conditionnée par les formations mentales se produit la conscience; conditionnés par la conscience se produisent des phénomènes psychiques et des phénomènes physiques; conditionnées par les phénomènes psychiques et les phenomenes physiques se produisent les six facultés; conditionné par les six facultés se produit le contact (sensoriel et mental); conditionnée par le contact (sensoriel et mental) se produit la sensation; conditionné par la sensation se produit le désir; conditionnée par le désir se produit la saisie; conditionné par la saisie se produit le processus du devenir, conditionnée par le processus du devenir se produit la naissance; conditionnés par la naissance se produisent la décrépitude, la mort, les lamentations, les peines, les douleurs, les chagrins, les désespoirs. De cette façon se produit ce monceau de souffrances.

(14.17) (Cependant), par la cessation complète de l'ignorance, les formations mentales cessent; par la cessation complète des formations mentales, la conscience cesse; par la cessation complète de la conscience, les phénomènes psychiques et les phénomènes physiques cessent; par la cessation complète des phénomènes psychiques et des phénomènes physiques, les six facultés cessent; par la cessation complète des six facultés, le contact cesse; par la cessation complète du contact, la sensation cesse; par la cessation complète de la sensation, le désir cesse; par la cessation complète du désir, le processus du devenir cesse; par la cessation complète du processus du devenir, la naissance cesse; par la cessation complète de la naissance, la décrépitude, la mort, les lamentations, les peines, les douleurs, les chagrins, les désespoirs cessent. Telle est la cessation complète de tout ce monceau de souffrances.

(14.18) Cela étant dit, l'ascète nu Kassapa dit au Bienheureux: Merveilleux, ô Vénérable, merveilleux, ô Vénérable. C'est (vraiment), ô Vénérable, comme si l'on redressait ce qui a été renversé, découvrait ce qui a été caché, montrait le chemin à l'égaré ou apportait une lampe dans l'obscurité en pensant: "Que ceux qui ont des yeux voient les formes ", de même le Bienheureux a rendu claire la doctrine de maintes façons.

(14.19) Je prends donc refuge dans le Bienheureux, dans l'Enseignement et dans la Communauté. Puissé-je obtenir l'Ordination mineure et l'Ordination majeure auprès du Bienheureux.

(14.20) (Le Bienheureux dit): O Kassapa, si quelqu'un qui était d'abord un adepte d'une autre religion veut obtenir l'Ordination mineure et l'Ordination majeure ici, dans cette Doctrine et dans cette Discipline, il lui faut passer une période de probation de quatre mois. Lorsqu'il a passé cette période de probation, à la fin des quatre mois, les moines contents de lui lui donneront délibérément l'Ordination mineure et l'Ordination majeure afin de le faire moine. Néanmoins, je constate une différence entre les individus.

(14.21) L'ascète nu Kassapa dit: O Bienheureux, si quelqu'un qui était d'abord un adepte d'une autre religion veut obtenir l'Ordination mineure et l'Ordination majeure ici, dans cette Doctrine et dans cette Discipline, s'il passe une période de probation de quatre mois et si, lorsqu'il a passé cette période de probation, à la fin des quatre mois, les moines contents de lui lui donnent délibérément l'Ordination mineure et l'Ordination majeure afin de le faire moine, je suis prêt, ô Bienheureux, à passer une période de probation, même de quatre ans. Après avoir passé ainsi une période de probation, à la fin des quatre ans, que les moines contents de moi me donnent délibérément l'Ordination mineure et l'Ordination majeure.

(14.22) Ainsi, l'ascète nu Kassapa obtint auprès du Bienheureux l'Ordination mineure et l'Ordination majeure. Peu de temps après son Ordination majeure, l'Ayasmanta Kassapa, demeurant seul, retiré, vigilant, ardent, résolu, parvint rapidement à ce but pour la réalisation duquel les fils de noble famille quittent leur foyer pour la vie religieuse; cet incomparable but de la Conduite pure, il le réalisa dans cette vie même.

(14.23) Il compris: "Toute naissance nouvelle est anéantie. La conduite pure est vécue. Ce qui doit être achevé est achevé, plus rien ne demeure à accomplir." Ainsi, l'Ayasmanta Kassapa parvint au nombre des Arahants.



2) sutta Upanisa : ICI