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samedi 23 août 2008

Les hommages rendus à des objets sacrés sous forme de rites et de rituels, d’offrandes ou de prières, n’ont rien à voir avec le bouddhisme.

« Si un homme pouvait éliminer la souffrance en faisant des offrandes, en rendant hommage et en priant, plus personne au monde ne serait exposé à la souffrance car n’importe qui peut rendre hommage et prier. Or, si les gens sont encore sujets à la souffrance, bien qu’ils obéissent, rendent hommage et pratiquent des rituels, ce n’est sûrement pas la solution pour s’en libérer » (le Bouddha)


Ci après des Extraits de Manuel pour l'Humanité par Buddhadasa Bhikkhu- Traduction de Jeanne Schut - Titre original : A Handbook for Mankind, 1964
Merci à Isara pour m'avoir adressé ce petit livre. 

J'ai déjà publié des extraits de ce manuel le 22 février 2008 (traduction par isara)Réflexions de Bikkhu Buddhadasa sur le "Néo-Bouddhisme"


En 1956, le vénérable Buddhadasa a donné un cours sur le bouddhisme à un groupe de personnes qui allaient devenir juges. Ces conférences, données en langue thaïe, ont été enregistrées puis transcrites et organisées pour finir par former ce qui est devenu un Manuel pour l’Humanité.
Depuis lors, le succès remporté par ce petit livre a été stupéfiant et il continue à être très populaire, tant en Thaïlande qu’en Occident. La raison en est que le vénérable Buddhadasa offre ici un regard neuf sur une vérité qui ne connaît pas les limites du temps (le Dhamma) dans le style direct et simple qui caractérisait son enseignement. La clarté de sa vision pénétrante donne vie au Dhamma de sorte qu’aujourd’hui encore, une nouvelle génération de lecteurs peut ressentir tout le sens et toute la valeur de ses paroles.

Ce livre est un guide inestimable pour tout nouveau venu au Bouddha-Dhamma, la vérité à laquelle s’est éveillé le Bouddha et qu’il a enseignée ensuite car il contient l’essentiel des enseignements du bouddhisme. Le « manuel » est tout particulièrement utile à ceux qui s’intéressent aux enseignements du Bouddha non comme à un thème d’étude mais comme un moyen de comprendre leur vie et de lui donner toute sa noblesse.


Chapitre 1 : Regards sur le Bouddhisme 

(...) Il y a quelque deux mille ans, en Inde, d’intelligents penseurs et chercheurs cessèrent de rendre hommage aux êtres surnaturels et choisirent de rechercher plutôt les moyens de conquérir la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort, ainsi que les moyens de supprimer la convoitise, la haine et l’ignorance. De ces recherches est né le bouddhisme, méthode pratique découverte par le Bouddha pour éliminer la souffrance et venir ainsi définitivement à bout des peurs de l’homme. (...)

Tous les hommages rendus à des objets sacrés sous forme de rites et de rituels, d’offrandes ou de prières, n’ont rien à voir avec le bouddhisme. (...)

Pour parvenir à la libération, nous devons tout d’abord examiner attentivement ce qui nous entoure, afin d’en connaître et d’en comprendre la véritable nature et ensuite, agir en fonction de cette vérité. Tel est l’enseignement du bouddhisme, ce que nous devons savoir et garder présent à l’esprit. Il ne s’agit pas d’accepter aveuglément tout ce que l’on entend. Si quelqu’un affirme quelque chose, nous devons l’écouter et considérer son point de vue en toute objectivité. Si nous le trouvons raisonnable, nous pouvons l’accepter provisoirement et tenter de le vérifier par nous-mêmes. C’est là une des caractéristiques très particulière du bouddhisme (...)


Les rites et cérémonies sont devenus si nombreux qu’ils ont maintenant occulté le vrai bouddhisme et son objectif originel

(...)Au fil des temps, on  a ajouté des passages (dans le Tipitaka :canon pali) basés sur les idées courantes de l’époque, que ce soit pour gagner la confiance du peuple ou par excès de zèle religieux. Hélas, les rites et rituels qui se sont ainsi développés et imbriqués dans la religion sont aujourd’hui acceptés et considérés comme étant le vrai bouddhisme. Les cérémonies telles que l’offrande de plateaux de sucreries et de fruits à « l’âme » du Bouddha, semblables à l’offrande de nourriture aux moines vivants, ne sont pas en harmonie avec les principes du bouddhisme. Pourtant, certains les considèrent comme d’authentiques pratiques bouddhiques, les enseignent comme telles et les suivent très rigoureusement.

Souvenons-nous que rien de tel n’existait à l’époque du Bouddha, ces cérémonies ne se sont développées que plus tard.(...)

Malheureusement, ce « néo-bouddhisme » s’est répandu presque universellement.
Le Dhamma, l’enseignement authentique autrefois souverain, est à présent si surchargé de cérémonies que tout l’objectif du bouddhisme en a été obscurci, falsifié et transformé.(...)

Ces dégénérescences sont une véritable tumeur qui s’est développée au sein du bouddhisme et qui fait des ravages. Elle prend des centaines d’aspects différents qu’il serait trop long d’énumérer. C’est une tumeur maligne et dangereuse qui a progressivement recouvert et obscurci la base saine, l’essence réelle du bouddhisme, qui l’a complètement défiguré. (...)


N’allez pas croire que le bouddhisme est ceci ou cela sous prétexte que tout le monde le dit.

La vraie pratique du bouddhisme est basée sur la purification de la conduite à travers le corps et la parole, suivie de la purification de l’esprit, laquelle mène, à son tour, à la vision pénétrante et à la compréhension juste.(...)

Un aspect plus profond du bouddhisme apparaît lorsqu’on le considère sous l’angle de la Vérité, une vérité profondément enfouie sous la surface et invisible à l’homme ordinaire. Voir cette vérité, c’est connaître intellectuellement la vanité de toute chose, l’impermanence, l’insatisfaction et le non-soi ; c’est connaître intellectuellement la nature de la souffrance, de l’élimination totale de la souffrance ; c’est percevoir tout ceci en termes de vérité absolue, de cette vérité qui ne changera jamais et que tous devraient connaître. Tel est le bouddhisme en tant que Vérité.(...)


Le bouddhisme en tant que religion est une méthode pratique basée sur la vertu, la concentration et la connaissance, et qui culmine en libérant la vision pénétrante intuitive. Cette méthode, lorsqu’elle est pratiquée jusqu’au bout, permet de se libérer de la souffrance. Tel est le bouddhisme en tant que religion.

Ensuite vient le bouddhisme en tant que psychologie, comme il nous est présenté dans la troisième partie du Tipitaka, où la nature de l’esprit est décrite de façon remarquablement détaillée. Aujourd’hui encore, la psychologie du bouddhisme est source d’intérêt et d’émerveillement pour les chercheurs de l’esprit car elle est beaucoup plus profonde que les connaissances actuelles en psychologie.

Vu sous un autre angle encore, le bouddhisme est une philosophie. En philosophie, la connaissance peut être clairement perçue au moyen de preuves raisonnées et logiques mais elle ne peut être démontrée expérimentalement.(...)

De nombreux aspects du bouddhisme, en particulier les Quatre Nobles Vérités, sont scientifiques en ce qu’ils peuvent être vérifiés par une preuve expérimentale claire, au moyen de l’introspection (...)


Chacun devrait considérer le bouddhisme comme un art, comme l’art de vivre.

Le bouddhisme est avant tout une méthode pratique et directe permettant d’acquérir la connaissance de la véritable nature des choses
connaissance qui permet d’abandonner toute forme de convoitise, d’attachement, d’ignorance et d’engouement, et de devenir totalement indépendant. C’est ainsi que l’on pénètre au cœur même du bouddhisme. (...)






mardi 12 août 2008

BOUDDHISME : LA CONFUSION


Par Tinh'y


« J’y comprends plus rien »

La « cause Tibétaine » et l’ambiguïté du Dalai Lama ne sont pas sans semer la confusion dans le bouddhisme occidental...

Les enseignements, la pratique disparaissent sous la cause. La hargne, la revendication, la haine de la Chine, le refus d’une analyse politique saine envahissent les esprits... les drapeaux flottent au vent et le Dhamma s’évapore avec eux...

Le Dalai Lama est à Nantes...là où j’habite et quelle ne fut pas ma surprise de m’entendre dire : « vous allez voir le Dalai Lama ? ». J’avoue que l’idée ne m’avait même pas effleurée... Le Bouddhisme du Dalai Lama n’est pas le bouddhisme que je pratique... mais voilà le problème, cet homme à la fois roi en exil et « chef » spirituel est présenté comme le chef des bouddhistes... Et lui-même se garde bien de démentir...

Les bouddhistes occidentaux eux mêmes sont ambivalents et n’hésitent pas à renier les enseignements en courbant l’échine... Cela est sans doute dû à la peur de n’être pas reconnu...

Personnellement je ne peux pas faire cette démarche, les enseignements du Bouddha me sont précieux et ils contredisent bien des propos du Dalai Lama.

Je ne confonds pas le bouddhisme tibétain avec ce qu’en dit le Dalai Lama ou Mathieu Ricard... Le Bouddhisme tibétain est lui même victime de cette politique et l’absorption des différentes lignées sous la houlette du Dalai Lama est déjà une trahison.. A force de refaire l’histoire, de l’embellir, de l’enjoliver, on finit par dire n’importe quoi et la vérité disparait... Les Karmapas de la lignée Kagyu ont eu à souffrir pendant des siècles de la domination Guélougpa, et ce de manière parfois très violente...

La non reconnaissance du XVIIéme Karmapa par le Dalai Lama n’en est qu’un signe...(1)

Peu importe toutes ces polémiques, ce qui importe c’est que tout cela contribue largement à la dégénérescence du Dhamma... Les bouddhistes tibétains s’en défendent puisque d’après leur doctrine le Dharma est éternel ... ce n’est pas l’enseignement du Bouddha...

Le refus d’aborder les divergences entre les différentes écoles bouddhistes mène tout droit à un bouddhisme confus, fer de lance de l’impérialisme américain... c’est bien dommage.

Un bouddhisme dont l’unique but deviendra la défense du Tibet et le soutien au Dalai Lama...

A mon avis, si le Dalai Lama est reconnu comme un sage c’est parce que souvent il ne fait que dire ce que les gens ont envie d’entendre, d’où des propos très contradictoires où tout le monde peut retrouver son compte...

Un chef mondial du bouddhisme cela n’existe pas... Il n’existe qu’une seule chose : le Dhamma.

« En conséquence, Ananda, soyez des îles pour vous-mêmes, des refuges pour vous-mêmes, et ne cherchez aucun refuge extérieur ; avec le Dhamma pour votre île, le Dhamma pour votre refuge, ne cherchez aucun autre refuge. »Et comment, Ananda, un bhikkhu est-il une île pour lui-même, un refuge pour lui-même, et ne cherche-t-il aucun autre refuge ; avec le Dhamma pour son île, le Dhamma pour son refuge, ne cherche—t-il aucun autre refuge ?

34. "Lorsqu’il demeure dans la contemplation du corps dans le corps, sincèrement, en état de comprendre clairement, et attentif, après avoir surmonté le désir et le chagrin par rapport au monde ; quand il demeure dans la contemplation des sensations dans les sensations, de l’esprit dans l’esprit, des objets mentaux dans les objets mentaux, sincèrement, en état de comprendre clairement, et attentif, après avoir surmonté le désir et le chagrin par rapport au monde, alors, en vérité, il est une île pour lui-même, un refuge pour lui-même, ne cherchant pas de refuge extérieur ; ayant le Dhamma pour son île, le Dhamma pour son refuge, il ne cherche aucun autre refuge.

35. « Ces miens bhikkhus, Ananda, qui maintenant ou après mon départ, seront ainsi une île pour eux-mêmes, un refuge pour eux-mêmes, ne chercheront aucun autre refuge ; qui, ayant le Dhamma pour leur île et refuge, ne chercheront aucun autre refuge : ce sont eux qui deviendront les plus hauts, s’ils ont le désir d’apprendre.
» (Mahaparinibbana sutta)



lundi 28 juillet 2008

Quelle Voie Bouddhiste ?

Par Thich Tri Siêu Traduit du vietnamien par Corinne Segers


Extrait de : Avant Propos

(...) A 23 ans, j’entrai à la pagode et me fis moine, me fixant secrètement pour objectif l’Eveil, la libération dans cette vie même, à l’exemple des patriarches d’autrefois. Ah, la naïveté touchante des premiers pas sur la Voie! (...) Voyageant d’un lieu à l’autre, ma vie de moine errant à la recherche de la Voie me fit découvrir bien des contradictions et des absurdités dans les communautés religieuses, (...)

Deux sortes d’individus peuplent ce monde : les premiers sont en quête permanente du sens de la vie et s’efforcent de comprendre; les seconds n’ont pas la moindre envie de réfléchir et sont parfaitement satisfaits de vivre comme des moutons, de travailler, de bien manger, de bien dormir et de s’amuser comme tout le monde en se conformant au style de vie à la mode.

Les premiers sont peu nombreux, ce sont des révolutionnaires, des visionnaires, des prophètes et des fondateurs de religions, des savants et des inventeurs…

Les seconds constituent la grande majorité, des riches milliardaires aux mendiants les plus pauvres, des dirigeants d’entreprises aux employés et aux ouvriers. Tous ces gens, avides et égoïstes, courent après l’argent, les plaisirs, la beauté et la gloire, sans jamais se demander pourquoi et dans quel but ils sont en vie.

Le Bouddha fut un révolutionnaire qui, insatisfait des doctrines brahmaniques qui prévalaient de son temps, partit en quête d’une nouvelle Voie. Son rejet du système de castes qui dominait la société indienne de l’époque est un des signes de son anticonformisme novateur.

L’histoire nous montre qu’une révolution succède toujours à une période où l’humanité s’assoupit et sombre dans l’obscurantisme. Mais ces révolutions successives n’échappent pas non plus à la loi de l’impermanence : elles réveillent l’homme, changent sa façon de penser et sa manière de vivre pour un temps, puis, petit à petit, elles se figent en structures qui enferment les générations suivantes dans un carcan de traditions conservatrices et dépassées.(...)


Eveil et Libération

La Voie du Bouddha est une voie d’Eveil, de Libération, mais s’éveiller à quoi? Libérer qui?
Les termes " éveil " et " libération " se traduisent en vietnamien par deux mots composés: " giac ngô " et " giai thoat " respectivement.

" Giac " signifie savoir, mais que sommes-nous sensés savoir?
" Ngô " signifie reconnaître, mais qu’est-ce donc qui est reconnu dans l’Eveil?
" Giai " signifie ouvrir, mais qu’ouvrons-nous?
" Thoat " signifie échapper aux entraves, mais quelles sont ces entraves et qui lient-elles?

Ces mots que nous utilisons par habitude, nous sommes-nous jamais arrêtés sur leur véritable signification?

(...) ce que le Bouddha a réalisé n’est autre que les " Quatre Nobles Vérités " (...). Si vous les connaissez déjà, que voulez-vous comprendre de plus?

Les Quatre Nobles Vérités sont la doctrine de base du Bouddhisme que nous connaissons presque tous. Avons-nous pour autant réalisé l’Eveil? Non, bien sûr, me répondrez-vous. Dans ce cas, que nous manque-t-il donc de plus pour y parvenir?

(...)Le Bouddha nous a enseigné tout ce qu’il savait dans les soutras , il ne nous a rien caché. Il devrait donc nous suffir de suivre ces enseignements et de les pratiquer correctement pour devenir nous-mêmes des Bouddhas. Hélas, l’étude des soutras n’est pas chose facile. Nous voilà confrontés aux Soutras du Theravada, à ceux du Mahayana, aux enseignements exotériques du Soutrayana et aux enseignements ésotériques des Tantras, aux enseignements de la voie progressive, à ceux de la voie immédiate, etc.

(...) la plupart des gens étudient et récitent les " grands " soutras, (...) Mais récitent-ils les soutras pour accumuler des mérites ou pour réaliser l’Eveil? Et s’éveiller à quoi? Accumuler des mérites pour qui? Pour notre " moi " égoïste et confus? Ou pour tous les êtres sensibles? Et qui sont ces " êtres sensibles "? Le savons-nous ou ne nous préoccupons-nous que notre moi, ce qui est à moi, ma femme, ma maison, mon temple, mes fidèles?

Pourtant, cela n’est pas encore trop grave. Il y a pire. Il y a ceux qui, plus sages et plus intelligents, vont écouter les maîtres qui expliquent les soutras. Ils collectionnent les cassettes de ce maître-ci ou de ce maître-là, puis, convaincus d’avoir compris le sens des grands soutras, ils ne regardent plus les autres qu’avec mépris.

Le Bouddha nous a pourtant mis en garde, précisant que ses enseignements n’étaient qu’un moyen et non la vérité elle-même, qu’ils étaient comparables au doigt qui montre la lune mais qui n’est pas la lune. A quoi rime donc l’orgueil que certains tirent de leur présumée connaissance supérieure des soutras et leur mépris des autres? Est-ce qu’étudier et réciter les soutras de la sorte mène à l’Eveil et à la Libération ou à développer encore davantage d’ignorance et d’émotions négatives?

A quoi s’éveille-t-on? L’objet que vous poursuivez dépendra entièrement de votre niveau, de vos acquis et de vos aspirations. (...)

(...)Mais que vous suiviez le Zen, le tantrisme ou la Terre Pure, que voulez-vous réaliser? La doctrine bouddhiste est infiniment vaste et ne se limite pas à des termes comme " nature de Bouddha ", " visage originel ", " Zen ", " Terre Pure ", " tantrisme ". Il en va de même de l’Eveil ou, pour être plus précis, de l’objet de l’Eveil qui est, lui aussi, infiniment vaste. Pour le connaître, il ne faut pas nécessairement entrer au monastère et se faire moine! Peut-on trouver l’Eveil dans tel ou tel soutra? Ou devons-nous le chercher directement dans la vie de tous les jours?

Je suis sûr que vous avez déjà rencontré de ces gens qui fréquentent les temples depuis tant d’années, qui connaissent et ont récité un nombre impressionnant de soutras et qui pourtant se comportent encore plus mal que bien des gens qui ne connaissent rien au Bouddhisme.

Si c’est l’Eveil que vous cherchez, essayez de déterminer et de définir l’objet de votre quête. A quoi voulez-vous vous éveiller? Ce que vous cherchez va-t-il vous permettre de mieux vivre avec les gens qui vous entourent, dans l’harmonie, la paix et le bonheur? (...)


Parlons maintenant de la libération.

Supposons que quelqu’un me capture, me lie pieds et mains et m’enferme à double tour. Ensuite, j’essaye de me débarrasser de mes liens et de m’enfuir de ma cellule. Lorsque je suis parvenu à m’échapper, je peux dire que je me suis libéré.

Les soutras comparent les trois mondes à une maison en feu où l’on ne peut nulle part trouver le repos et la paix. Notre seule issue est de pratiquer pour nous échapper. Mais si nous y regardons de plus près, qui nous a capturés? Qui nous a enchaînés? De quoi sont faits les liens qui nous entravent? Où sommes-nous enfermés?

(...) En résumé, nous sommes les artisans de notre propre souffrance, il n’y a personne d’autre qui nous fasse souffrir.

Les ennemis du Bouddha l’insultèrent et usèrent de tous les moyens possibles pour lui nuire, sans parvenir à altérer sa sérénité heureuse. La pluie, le soleil, les louanges ou les blâmes ne sont que des circonstances extérieures. Si nous ne maîtrisons pas notre esprit et nous laissons emporter par des émotions qui nous font souffrir, c’est notre propre faute et non celle des autres.

Alors pourquoi pleurer lorsque nous entendons certains nous critiquer et médire de nous dans le monastère? Qu’avons-nous fait de la leçon sur la libération? Si d’autres s’empoisonnent l’esprit de mauvaises pensées et se salissent la bouche de méchantes paroles, ce n’est que le résultat de leur ignorance. En quoi cela nous concerne-t-il donc? Pourquoi nous sentir si malheureux? N’est-ce pas notre ego qui se sent blessé?

Et si nous partions à la chasse ? Si nous partions chasser cet ego…

Source : Quelle voie Bouddhiste (Lire le Texte intégral)

vendredi 4 juillet 2008

Le Bouddhisme est une voie.



Si on considère qu'une religion est une croyance en une déité, le bouddhisme n'est en aucun cas une religion. Il n'a absolument rien à voir avec un être surnaturel quel qu'il soit.

Le bouddhisme est une voie. C'est le chemin qui conduit au sommet de la paix parfaite de l'esprit et ce, dès cette vie. Les rituels, rites, cérémonies, prières, confessions ou adoration d'un dieu n'ont aucune place dans le mode de vie bouddhique.

Le bouddhisme n'a pas de sauveur extérieur ; en revanche, il propose à chacun de s'entraîner à devenir son propre sauveur. Le Bouddha a dit : "Les bouddhas ne font que montrer le
chemin, c'est à vous de faire l'effort de le suivre.
"

Si chacun suit ce chemin, le monde sera plus élevé qu'un paradis terrestre. Même si la plupart des gens vivent dans l'agitation, le pèlerin sur la voie bouddhique est empli de paix, empli de bonheur et détendu.

La voie qui mène à la paix intérieure et à la liberté a été expliquée par le Bouddha dans ses discours. De nombreux enseignants disciples du Bouddha, ont suivi cette voie sainte. Certains la suivent encore, ce qui permet de guider les autres. Un enseignant expert et expérimenté est un bon compagnon pour ceux qui suivent ce chemin.

Vénérable B. Anandamaitreya  


Source : J'ai scanné des passages de la préface du Vénérable B Anandamaitreya, du livre d'Ajahn Sumedho "L'esprit et la Voie. Réflexions d'un moine Bouddhiste sur la vie" - Edition SULLY.

Ce livre a été présenté par sa traductrice, Jeanne Schut, (grâce à qui nous avons pu obtenir la traduction de nombreux enseignements des moines de la tradition de la Forêt, dont Ajahn Chah) lors d'une émission récente de "Sagesse Bouddhiste"
Voir la présentation du livre sur le blog d'isara : ICI 

Je publierai d'autres extraits de ce livre.

dimanche 22 juin 2008

Quel Bouddhisme?

Une grande confusion existe dans le public et chez tous ceux qui désirent s’informer sur la Voie bouddhique, et éventuellement s’y engager, confusion en grande partie provoquée par la pléthore d’écoles et de sous-écoles différentes, souvent en apparence bien éloignées de l’Enseignement ancien. L’approche se complexifie en raison des greffes hétérogènes issues du contexte socioculturel des pays dans lesquels le bouddhisme a été introduit, greffes parfois sans effets sur la pratique fondamentale mais présentant occasionnellement des aspects antinomiques avec les principes et préceptes de base, créant ainsi un syncrétisme dévastateur.

Quelle que soit l’école bouddhique, deux formes d’approche, de pratique, sont par conséquent observables :

– le bouddhisme populaire, en tant que religion, fondé sur la peur, d’où : “croyance(s)”, matérialisme spirituel (acquisition de “mérites”, d’une “meilleure renaissance”, etc. ), rites propitiatoires, excroissances animistes, accommodements avec l’éthique, prédominance de l’aspect dévotionnel et émotionnel, bas niveau de la Communauté monastique, (discipline monastique fragile, d’où estompage des différences entre moines et laïcs, le moine n’étant plus “concurrent” du laïc puisqu’il lui ressemble de plus en plus).

– le bouddhisme profond, en tant que philosophie et pratique de vie, fondé sur la connaissance, sur un certain préalable de sagesse, d’où : “foi raisonnée”, pratique de la culture mentale (méditation), aspect dévotionnel à sa juste place, Sa“ngha possédant une discipline solide, conscience de l’importance de l’éthique. Ce second aspect, pouvant paraître une simple vue de l’esprit, existe réellement dans le monde bouddhique, en Orient comme en Occident. En raison de sa rareté, conséquence de son exigence, un effort s’impose pour le rencontrer. Ses pratiquants, en outre, ne recherchent pas nécessairement l’approbation publique ou les faveurs des médias.

Bien que le bouddhisme présente, selon les schèmes occidentaux, différents aspects liés à la religion, à la philosophie, à la psychologie, voire à la thérapie, lorsque l’on parle de celui-ci il doit être fait référence au second aspect, le premier n’étant que de façon anecdotique relié au Bouddha. Puisque celui-ci ne lui est pas indispensable, toute autre entité peut devenir l’objet du “culte”. Nous pouvons néanmoins admettre que cette approche puisse présenter un certain intérêt pour des personnes spirituellement immatures, mais cela n’est pas la Voie de la libération enseignée par le Bouddha et ne peut constituer, au mieux, qu’une étape préliminaire.

Peut-on d’ailleurs exposer un idéal spirituel de la richesse et de la profondeur du bouddhisme sans le rabaisser, considérant que seul un être éveillé est capable de donner à chacun le remède qui lui convient, c’est-à-dire lui enseigner ce dont il a besoin en des termes qui le font évoluer au lieu de l’enfermer dans un système de vues et de croyances a priori !

Ce qui est souvent présenté comme étant l’Enseignement bouddhique n’est en fait que l’antichambre du bouddhisme. Beaucoup ne font que tourner en rond dans cette antichambre sans daigner ouvrir la porte pour aller plus loin, voire sans soupçonner que cette porte existe. Dans certains milieux on désire par conséquent présenter un bouddhisme plus “libéral”, moins contraignant. Ce n’est pour nous qu’une astuce de propagande, de la publicité mensongère en quelque sorte, cela n’ayant rien à voir avec l’utilisation habile des moyens nécessaires (upaaya kosalla). Il est aussi de bon ton actuellement de parler de réforme ou d’“adaptation” du Vinaya et de certains points de l’Enseignement jugés trop astreignants.

Cependant, si l’on va trop loin il est à craindre que la “civilisation moderne” ne l’emporte au détriment du témoignage des valeurs de base qui constituent la caractéristique de l’Enseignement du Bouddha. L’obéissance à tous les désirs prenant la prééminence sur l’esprit de pauvreté et le contentement, la recherche du superflu sur la culture de l’essentiel, la vitesse et la précipitation sur la lenteur et la circonspection, l’agressivité sur la douceur et la paix mentale, la conformité sociale sur la transcendance. Ceci ne ferait que poser cette prétendue civilisation moderne comme valeur suprême et étalon de tous les comportements et de toutes les compromissions.

Michel Henri Dufour

(Lu sur Karuna) et  Association Bouddhique Théravada


jeudi 3 avril 2008

IL N'Y A RIEN DE MIRACULEUX DANS LE BOUDDHISME



Il n'y a rien de miraculeux dans le Bouddhisme : il y a de la compassion, de la bienveillance, de la sagesse, mais pas de miracle..
Kathy



Pour Ajahn Chah

Le bouddhisme n’est pas fondé sur quoi que ce soit d’étrange ou d’inhabituel. Il ne dépend pas de différentes sortes de manifestations miraculeuses, de pouvoirs psychiques ou d’habilités surhumaines. Le Bouddha n’a pas loué ni encouragé ces choses.

De tels pouvoirs peuvent exister et avec votre pratique de la méditation il est possible de les développer, mais le Bouddha n’en a pas fait l’éloge et ne les a pas encouragé parce qu’ils sont potentiellement une source d’illusions, de tromperie. Les seules personnes dont il a fait l’éloge sont ces êtres qui ont été capables de se libérer de la souffrance.

Pour ce faire ils ont dû dépendre de la pratique – nos outils qui sont dana (la générosité), sila, samadhi et pañña. Voilà les choses avec lesquelles nous devons nous entraîner.

(...) Nous devons compter sur la patience et l’endurance, la retenue et la frugalité.

Nous devons pratiquer pour nous-mêmes, pour que ça vienne de l’intérieur et transforme vraiment notre esprit.

Les érudits, toutefois, tendent à douter passablement. Lorsqu’ils sont assis en méditation, dès qu’il y a un peu de calme ils commencent à se demander si peut-être ils ont atteint la première jhana. Ils ont tendance à penser comme ça. Mais dès qu’ils commencent à proliférer, l’esprit se détourne de l’objet et ils sont complètement distraits de la méditation.

En un instant, ils sont déjà repartis, pensant que c’est déjà la deuxième jhana. Ne commencez pas à proliférer au sujet de telles choses. Il n’existe pas de points de repère qui vous disent quel degré de concentration vous avez atteint ; c’est complètement différent. Il n’y a pas de signes qui surgissent (...)

Beaucoup de maîtres célèbres ont donné des descriptions de la première, deuxième, troisième et quatrième jhana, mais cette information existe à l’extérieur, dans les livres. (Jhana : il s’agit du nom donné à différents états d’absorption méditative.)

Si l’esprit est vraiment entré dans de tels états de calme, il ne connaît rien de pareilles descriptions. Il y a la conscience, mais ce n’est pas pareil aux connaissances que vous acquérez en étudiant la théorie (...)


Source : Ajahn Chah "La clé de la Libération" :davantage d'extraits: ICI



vendredi 14 mars 2008

Philosophie d'un Fermier : comment appliquer le Bouddhisme au monde du travail actuel



Remarques préalables:

Je publie ce texte bien que je le trouve "contestable" sur certains aspects, mais pas tous.
Il faut aussi le replacer dans son contexte et surtout, avoir à l'esprit que son auteur est un "prince" et non un "ouvrier" ou un simple "fermier".

Ensuite tout dépend comment on interprète le texte:
- On peut se dire que si les "grands patrons" respectent autant les préceptes que leurs "employés" et partagent donc les profits de l'entreprise avec leurs salariés, tout ira bien dans le meilleur des mondes..
- Mais si les "ouvriers" ou "fermiers" sont les seuls à respecter les préceptes, comme le laisse entendre isara dans son commentaire : quel aubaine pour des employeurs peu scrupuleux d'avoir de gentils employés qui ne se révoltent jamais et acceptent ainsi leur sort sans rien dire.. ( et surtout sans jamais faire grève..)

Il s'agit d'une interprétation du dhamma.

Par exemple sur le kamma je vous invite à lire où à relire le message de ce blog "Le kamma est-il inévitable ?" histoire de remettre les pendules à l'heure si je puis dire..

Je vous laisse juge d'interpréter ce texte comme bon vous semble ...

Kathy



Nombreux sont ceux qui s'interrogent sur le message que le bouddhisme peut apporter dans notre monde occidental moderne sur des problèmes qui n'étaient guère d'actualité dans l'Inde du Ve siècle avant Jésus-Christ : l'économie, la politique, les Droits de l'Homme, l'éthique scientifique, l'écologie...

Si les textes canoniques ne peuvent guère apporter de réponses précises (hormis quelques principes de base toujours utilisables, cela va de soi !), certains auteurs contemporains ont tenté, sinon de répondre, au moins de réfléchir "en bouddhistes" à de telles questions.

Nous vous proposons de prendre connaissance d'un texte déjà relativement "ancien" (il date des années 60...) qui propose une application pratique des principes bouddhiques dans le monde du travail.
Ce texte a été rédigé par un prince de la famille royale Thaïlandaise, Subha Svasti, responsable d'une vaste exploitation agricole. Il offre un témoignage fort intéressant de la lecture "traditionnelle" des enseignements bouddhiques appliqués au monde économique moderne ! ( UBE: Union Bouddhiste Européenne)


Extraits



En étudiant et en analysant les enseignements du Bouddha et les vies des grands hommes, je suis arrivé à la conclusion que la première condition essentielle pour réussir dans ce que l’on entreprend, c’est de rester impersonnel et de ne pas être égoïste.

Ensuite puisqu’aucun être humain ne peut décider quelles seront les conséquences de son action, il faut accepter sans condition et sans y opposer de résistance les circonstances déterminées par la force karmique.

Pour ces raisons, il ne faut pas faire de projets trop rigides, mais prévoir des réserves matérielles et spirituelles suffisantes pour faire face aux nouvelles circonstances que pourra faire naître la force karmique.

Or, le Bouddha a énuméré dix conditions qu’il est essentiel d’observer pour se débarrasser de tout égoïsme et pour réussir dans le monde. Nous allons les examiner en détail.


Première condition - cultiver la croyance en anatta*

Pour commencer, il faut réfléchir cinq minutes chaque jour sur le fait que, depuis notre conception, notre croissance et notre bien-être ont toujours dépendu de notre entourage, de la bonne volonté et de l’amour de notre prochain, et même, indirectement, de tous les êtres qui vivent dans l’univers.

Vu dans cette perspective, l’ego devient insignifiant. Si nous analysons notre « moi », nous constatons qu’il fait partie des autres « moi » et qu’il est formé par eux ; il n’existe pas de « moi » séparé des autres « moi ». Or on a soutenu que, pour progresser dans un travail quelconque, nous devons fournir un stimulant à notre ego. Qu’arrive-t-il donc si notre ego n’existe pas ?

La réponse, c’est qu’il faut travailler pour notre vrai Moi et faire ce que nous a attribué la loi du karma, pour le bien de tous, en d’autres termes pour le Moi universel.

Dans ces conditions notre travail devient le centre de notre existence. Lorsque nous n’avons consciemment aucun désir de gain personnel, notre mental est invariablement aidé par la Sagesse universelle, paññâ qui fait des miracles. Nous acquérons aussi la faculté de voir nos problèmes dans leur véritable perspective, et nous avons la force de tous les résoudre, ce que nous ne pourrions jamais faire - de façon durable tout au moins - si nous nous laissions arrêter par les trois feux de l’avidité, de la passion et de l’ignorance. Et nous travaillons dans la joie, à la fois détendus et concentrés sur notre travail. Rappelons-nous que du bon travail apporte de gros profits, et que le désir de gros profits n’améliore pas le travail.



Deuxième condition - se rappeler que nous ne pouvons pas créer des résultats mais seulement des causes

Il faut d’abord développer en nous la capacité mentale qui pousse l’esprit et le corps à rechercher la perfection dans notre travail et ensuite parvenir à cette perfection. Un bon résultat suivra automatiquement. Tandis que si nous nous concentrons sur les résultats, notre capacité mentale faiblira et les résultats ne seront pas bons. C’est une des raisons pour lesquelles la plupart des imitateurs, généralement poussés par un esprit de lucre, ne réussissent guère.



Troisième condition - prendre refuge en notre propre moi

Pour pouvoir profiter de toutes nos potentialités, il nous faut cultiver la confiance en nous-même et cesser d’imiter autrui. En face de difficultés, nous devons chercher à les résoudre nous-même sans nous faire aider ; c’est ainsi que notre caractère se renforcera. Le Bouddha nous enseigne qu’il ne faut pas solliciter d’aide extérieure, car nul ne peut véritablement aider son prochain à parvenir au succès.



Quatrième condition - accepter les lois de la nature et coopérer avec elle

Dans tous les domaines, nous sommes soumis aux diverses lois de la Nature, mais la loi suprême, dont dépendent toutes les autres, est la loi de causalité, le karma. Si nous acceptons les autres lois et travaillons avec elles, ce doit être le cas bien plus encore pour le karma. Le Bouddha nous enjoint d’appliquer sans restriction aucune les Cinq Préceptes [note], parce qu’il ne veut pas que nous enfreignions la Loi suprême de la Nature et que nous subissions les conséquences de nos transgressions. Dans nos entreprises, la coopération avec cette loi réduit nos frais de construction et de production, et aussi les efforts que nous avons à déployer. Quand notre vanité nous fait croire que nous pouvons lutter contre la Nature, nous courons à un échec certain.


Cinquième condition - triompher de la colère et de la mauvaise volonté

Colère et mauvaise volonté sont deux forces néfastes qui nous retardent sur le chemin du salut et entravent nos progrès dans nos activités quotidiennes. En général elles ont pour cause notre égoïsme, notre impatience, notre intolérance et la croyance que ce qui nous irrite a été intentionnellement provoqué par autrui - alors que c’est une conséquence de notre propre karma. Pour en triompher, il faut cultiver :

a) Les quatre Brahma-vihâras, c’est-à-dire l’amour, la compassion, la joie de voir les succès d’autrui et l’équanimité. Nous verrons alors que ce que nous appelons notre « moi » n’est que la somme de conséquences karmiques chez nous-même et chez les autres, ces « autres » grâce à qui nous existons et à qui nous devons donc être reconnaissants. S’irriter contre quelqu’un, c’est en réalité s’irriter contre soi-même.

b) La patience et la force d’âme (kshânti). Nous devons nous comporter dans la vie comme à un banquet : attendre que l’on nous serve à notre tour et ne rien demander. Entraînons-nous à savoir que n’arrive que ce qui doit arriver. Nous devons cultiver la patience pour ne pas nous apitoyer sur nous-même, car nous réduirions notre pouvoir de concentration et tout notre travail en souffrirait.


Sixième condition - ne jamais essayer d’être ce que nous ne sommes pas

Si nous essayons d’être autre chose que ce que veut la force karmique, nous allons tout droit au désastre, car nous ne sommes pas de taille à lutter contre la Loi suprême du karma. Nous n’avons pas à envier ceux qui sont mieux placés que nous, puisque c’est le résultat de leur propre karma ; nous devons plutôt leur offrir notre coopération. Une telle coopération devrait régner en permanence au sein de chaque métier ou profession. Et, accessoirement, nous ne devrions pas nous mêler des affaires d’autrui.



Septième condition - Ne jamais nous vanter de ce que nous avons fait ; ne jamais nous donner pour but de rechercher les louanges ou d’éviter les critiques

Travaillons uniquement par amour pour notre travail. Si nous aspirons à des louanges ou craignons des critiques, cela signifie que nous sommes encore très attachés aux résultats, que nous tenons à la façade plus qu’à l’essentiel, que nous hésitons à courir des risques, que notre ego prend le dessus.
Travaillons tranquillement, humblement, sans nous vanter, car celui qui se vante est la risée de tous, et son succès ne peut être qu’éphémère. A celui qui évite ce piège viendront honneurs et richesses.



Huitième condition - triompher des soucis ; ne pas rendre autrui responsable de nos insuffisances ; assumer nos responsabilités, etc

Ne cherchons pas à nous justifier pour nos erreurs, à les dissimuler, à en rejeter la faute sur autrui - d’autant plus qu’en général on ne nous croira pas, que des accusations injustifiées provoquent de violentes oppositions et que de toute façon ces erreurs sont le résultat de notre karma. Ne passons pas notre temps à nous lamenter sur les difficultés que nous rencontrons, mais faisons immédiatement ce qu’il faut faire. Ne soyons pas jaloux des succès de nos subordonnés et n’en revendiquons pas le mérite, mais récompensons-les. Ne mendions pas la faveur de nos supérieurs. N’encourageons pas les gens à chanter nos louanges. Si quelqu’un nous fait du mal, ne laissons pas voir que nous en avons souffert, mais pardonnons et donnons en retour de l’amour, sachant que tout ce que nous subissons n’est pas provoqué par autrui, mais est l’effet de notre karma.



Neuvième condition - triompher de l’orgueil et du pharisaïsme

Essayons de comprendre la vertu d’humilité. L’eau, qui peut éroder les roches les plus dures, creuser des vallées, porter les plus grands bateaux sans se soucier des frontières, fait preuve d’une parfaite humilité en cherchant toujours les lieux les plus bas. L’homme doit en faire autant, et, au lieu de se mettre en avant, respecter les autres et leurs opinions, s’avouer vaincu lorsqu’il l’est, être généreux et modeste lorsqu’il est vainqueur, car ainsi il se laisse porter par le courant du karma, et il apporte à tous sans discrimination la paix, la fraîcheur, la pureté, comme le fait la rivière.


Dixième condition - triompher de la peur et en particulier de la peur de la mort

N’ayons jamais peur de rien, excepté du mal. Dans notre travail et dans l’accomplissement de notre devoir, soyons prêt à prendre les risques nécessaires. Dégageons-nous de l’illusion que les cinq fourreaux [agrégats] (skandhas) qui constituent notre corps forment un « moi », une entité distincte des autres « moi » . En fait notre corps n’est qu’un outil dont se sert la Loi du karma pour assurer l’équilibre de la Vie dans son ensemble, et sa tâche est précise et limitée.

Nous devrions donc nous réjouir de notre mort, car elle est un sacrifice suprême dont a besoin la Loi du karma et qui profitera à toute l’humanité dans sa lutte contre les forces du mal. Sans la Mort la race humaine se multiplierait à l’infini et nul progrès ne serait possible. Si j’étais moi-même immortel, à la tête de mon exploitation, je ne laisserais jamais personne me remplacer et faire mieux que moi. Lorsque l’heure arrivera, la Nature m’ordonnera de mourir pour sauver la situation et poursuivre l’évolution. Aussi n’ai-je qu’à m’incliner sans le moindre regret.

Et il se peut fort bien que l’accueil qui nous attend après la mort soit plus agréable que celui que nous avons eu en naissant. Tout comme la naissance, la mort est donc une aventure excitante et anodine.

Pour le Sage, l’action plonge ses racines dans l’inaction, c’est-à-dire qu’il agit sans aucun attachement à son ego. Il se met à l’arrière-plan, mais il est toujours à l’avant-garde. Et il atteint toujours à ce qu’il veut parce qu’il ne cherche jamais rien pour lui-même.

Dans la pratique, c’est à peu près la même méthode que nous suivons si nous remplissons les dix conditions énumérées ci-dessus. Prenons donc l’habitude bouddhique de la méditation, car elle nous permettra de nous concentrer sur toutes ces qualités et de les assimiler dans notre subconscient, d’où elles s’enracineront solidement dans notre caractère. Dans un sens, c’est un genre d’autosuggestion, mais, nous a dit le Bouddha, nous sommes ce que nous pensons que nous sommes, notre « moi » d’aujourd’hui n’est qu’un composé de toutes les idées qui se sont installées dans notre esprit depuis notre naissance.

Et si nous voulons créer dans notre subconscient ces Dix Conditions essentielles pour parvenir au succès, il n’y a pas d’autre moyen scientifique que celui indiqué par le Bouddha : concentration et méditation - dont la forme élémentaire est l’auto suggestion.

Essayons de méditer chaque jour sur l’une de ces Conditions essentielles et un jour ou l’autre nous verrons soudain qu’elles se sont remplies en nous et qu’elles nous aident à résoudre tous les problèmes dans la force, la paix et la joie. Si nous remplissons ces Dix Conditions, nous serons comme le boucher dont le couteau en vingt ans ne s’était pas émoussé parce qu’au lieu de couper des os il glissait le couteau dans l’espace vide qui toujours les sépare : nous trouverons l’espace que prévoit toujours secrètement la Nature et nous y passerons sans difficulté. C’est ce qu’enseigne le Bouddha.

Prince Subha Svasti


Rappel
Les cinq préceptes sont :
"Je m'engage à m'exercer [spirituellement] en m'abstenant de
1) toute violence à l'égard des êtres sensibles
2) prendre ce qui n'a pas été donné
3) tout excès dans la satisfaction des désirs sensuels
4) toute parole inappropriée : mensongère, blessante, inutile ou frivole
5) tout intoxicant qui fait perdre la maîtrise de soi"


Source : Extraits du texte du Prince Subha Svasti : "Philosophy of a Farmer - Seing Buddhism Applied to Modern Working Life" (Bangkok, Prachandra Press, 1962).

Texte traduit par Jean Herbert (titre original : "Une exploitation agricole") publié dans
"Bouddhas et bouddhisme - Panorama du bouddhisme en Asie au XXe siècle"
(éd. Rombaldi - Pierre de Tartas, Paris-Bièvres, 1973).- UBE


*En savoir plus sur anatta


vendredi 22 février 2008

Réflexions de Bikkhu Buddhadasa sur le "Néo-Bouddhisme"




Ci après un enseignement du vénérable BUDDHADASA


  • Une Brève biographie : ICI 
  • J'ai déjà présenté ce moine plus longuementICI 


Rappel

Pour Le Venérable Dr. Rewata Dhamma (Auteur du livre "Le Premier enseignement du Bouddha")  : 

"Ajahn Buddhadasa était l'un des plus grands professeurs contemporains en Thaïlande. Ses enseignements, idées et points de vues étaient controversés pour les bouddhistes thaïs traditionnels. En Thaïlande et d'autres pays du Bouddhisme Theravada, le bouddhisme est bien établi, et la plupart des enseignements sont basés sur des interprétations traditionnelles des textes de Pali. Quiconque s`écarte de cette interprétation traditionnelle, devient immédiatement controversé.
Ajahn Buddhadasa était courageux et n'a eu aucune hésitation à exprimer publiquement ses pensées et sentiments, que les gens aient étés d'accord avec lui ou pas.
Néanmoins, ses enseignements sont maintenant largement acceptés par les intellectuels en Thaïlande, et même ceux en dehors de la tradition de Theravada."




extrait de : « Handbook for Mankind » (”Manuel pour l’humain”, traduction par isara) 


Manuel pour l'humain

« Bouddhisme » veut dire « enseignement de l’Eveillé ». 

Un bouddha est une personne éveillée, un être qui connaît la vérité de toutes choses, un être qui connaît la vraie nature de toutes choses. 

Le bouddhisme est une religion basée sur l’intelligence, sur la science, la connaissance et dont le but est la destruction de la souffrance et des racines de la souffrance.

Tous les hommages rendus à des objets sacrés par l’exécution de rites et de rituels, par l’acquisition de mérites ou les prières ne font pas partie du bouddhisme. 

Le bouddha rejetait tout cela, comme étant ridicule et insensé. Il rejetait aussi les créatures célestes qui étaient considérés par certains groupes comme étant les créateurs de l’univers et les déités supposées résider chacune dans une étoile.

Ainsi, le Bouddha a déclaré : « Si l’eau des rivières (comme le Gange) pouvait laver les pêchés et la souffrance, alors les tortues, les crabes, les coquillages et les poissons vivant dans ses eaux devraient depuis longtemps être libérés de leurs péchés et de la souffrance. »

Et aussi : « Si un homme peut éliminer la souffrance en faisant des mérites, en rendant hommage et en priant, il ne devrait plus y avoir aucun sujet de souffrance dans le monde car n’importe qui peut rendre hommage et prier. Cependant, les gens restent sujets à la souffrance malgré toutes leurs actions d’obéissance, leurs hommages et tous leurs rituels ; ceci démontre bien que ce n’est pas le chemin pour atteindre la libération. »

Pour atteindre la libération, nous devons d’abord examiner attentivement les phénomènes afin de connaître et comprendre leur vraie nature. Ceci est l’enseignement du bouddhisme ; celui que nous devons apprendre et avoir présent à l’esprit.


Le bouddhisme n’a rien à voir avec les prosternations et la déférence à des objets inanimés

Il n’a rien à voir avec des rites et des cérémonies tels les aspersions d’eau bénite ou quoi que se soit d’autres en rapport avec les esprits et les êtres célestes. Au contraire, il s’appuie sur la raison et la vision intérieure. 


Le bouddhisme ne repose pas sur des conjonctures et des suppositions

 il demande que nous actions en accord avec ce que notre propre vision intérieure nous révèle, et de ne pas prendre les paroles d’autrui pour argent comptant. Si quelqu’un vient et nous dit quelque chose, nous ne devons pas le croire sans questionner. 

Nous devons écouter ses positions et les examiner. Alors seulement, si nous pensons que c’est une position raisonnable, nous pouvons l’accepter provisoirement et essayer de vérifier si cela peut nous convenir. Ce point-clé est crucial, et qui distingue le bouddhisme de toutes les autres religions du monde.

Une religion a plusieurs faces. Vue sous un angle, elle a une certaine apparence, vue sous un autre angle, elle aura une autre apparence. Beaucoup de gens regardent les religions sous un mauvais jour ; le bouddhisme ne fait pas exception. 

Différents individus regardant le bouddhisme avec des attitudes mentales différentes sont susceptibles d’avoir des visions différentes du bouddhisme. Car tous, nous avons confiance dans nos propres opinions, la vérité pour chacun de nous coïncide avec nos propres compréhensions et nos points de vue.

En conséquence, « La Vérité » n’est pas tout à fait la même pour tout le monde. Chacun approfondit les questions à des degrés différents avec différentes méthodes et avec des niveaux de compréhension divers. Une personne peut ne pas reconnaître comme vraie, en fonction de sa propre idée de la vérité, quelque chose qui se situe au-delà de sa propre intelligence, de sa propre capacité de compréhension.

Parfois même, il peut suivre les idées que d’autres personnes pensent être la vérité tout en sachant en lui que ce n’est pas la vérité qu’il a vu par lui-même. La conception individuelle de la vérité peut changer et se développer au fur et à mesure que s’accroît son degré d’intelligence, de connaissance et de compréhension, jusqu’à ce que, avec le temps, il arrive à la vérité ultime ; et pour y parvenir, chacun de nous a différentes manières pour examiner et tester avant de croire.

Si le bouddhisme est vu avec différents niveaux d’intelligence et de compréhension, différentes descriptions pourront en être données tout simplement par ce qu’il peut être vu sous différents aspects. Comme nous l’avons dit, le bouddhisme est une méthode pratique pour se libérer par soi-même de la souffrance, par la compréhension de la vraie nature des phénomènes, comme le Bouddha en son temps le fit lui-même.

Bien sûr, chaque texte religieux est susceptible de contenir des ajouts faits plus tardivement, et notre Tipitaka ne fait pas exception à la règle. Certains, à une époque postérieure à la rédaction initiale ont ajouté des sections basées sur les idées de leur temps, à la fois pour stimuler la confiance des gens ou pour atténuer le zèle religieux de certains. 

Hélas, des rites et des rituels qui ont été ajoutés se sont amalgamés à la tradition originelle et sont maintenant acceptés et reconnus comme faisant parties intégrante du bouddhisme. 
Des cérémonies, comme les plateaux de sucreries et de fruits qui sont offerts à « l’esprit » du Bouddha, de la même manière que la nourriture est offerte aux moines, n’ont rien à voir avec les principes du bouddhisme.

 Certains groupes cependant considèrent ceci comme faisant partie de la pratique du bouddhisme véritable, et perpétuent ces pratiques.

Ces rites et ces cérémonies sont devenus si nombreux qu’ils ont complètement occulté le bouddhisme véritable et ses enseignements originaux. 

Prenez la procédure d’ordination des moines, par exemple. Avec le temps, cela est devenu une cérémonie pour faire des cadeaux aux bhikkhus nouvellement ordonnés. Les invités viennent apporter de la nourriture et suivre le déroulement de la cérémonie, tant et si bien qu’il y a plein de bruits et des personnes fortement alcoolisées. Les festivités commencées au foyer se poursuivent au temple.

Après quoi, le nouveau bhikkhu quitte les ordres quelques jours à peine après son ordination et bien souvent déteste la religion bien plus qu’avant.

Il faut vous mettre dans la tête que rien de tout cela n’existait du temps du Bouddha. Ce n’est qu’un développement tardif

L’ordination au temps du Buddha signifiait simplement qu’un individu qui avait obtenu le consentement de ses parents, renonçait à sa maison et à sa famille. C’était une personne qui pouvait mettre en règle toutes ses affaires et qui s’en allait rejoindre le Bouddha et l’Ordre des bhikkhus. Lors d’une occasion propice, il s’en allait pour être ordonné et bien souvent, il ne revoyait plus sa famille, le reste de son existence. Parfois, certains bhikkhus pouvaient revenir visiter leurs parents à de rares occasions, mais cela n’était pas fréquent.

Il existe une règle permettant au bhikkhu de retourner à la maison lorsque les circonstances le demandent ; mais à l’époque du bouddha, cela ne se faisait pour ainsi dire pas.

A l’époque, les bhikkhus ne recevaient pas l’ordination en présence de leurs parents. On ne se faisait ordonner lors d’une grande occasion pour quitter la Sangha dans la semaine qui suivait comme cela se fait de nos jours.

Tous ces cadeaux remis au nouvel ordonné, toutes ces cérémonies incluant toutes sortes de rituels – tout cela que nous sommes assez fous pour englober sous le nom de « bouddhisme » !… Et nous laissons faire cela sans rien dire et acceptons de dépenser notre argent et celui d’autrui dans de telles cérémonies.

 Ce « Néo-Bouddhisme » se répand au point de devenir universel

Le Dhamma, l’enseignement originel qui primait sur tout, a été supplanté par tous ces rituels, au point que les buts du bouddhisme s’en trouvent dénaturés et modifiés.

 L’ordination par exemple est devenu un rite de passage pour le jeune homme qui cherche une épouse (avoir été ordonné est considéré comme un signe de maturité) ; elle peut aussi être donnée à d’autres occasions pour d’autres motifs (il est fréquent de voir un homme politique désavoué se faire moine, le temps que l’affaire le concernant se tasse). 

Dans certains endroits, l’ordination est vue comme une opportunité pour se faire de l’argent. Certains on même pu devenir riche de cette manière ! Même cela, ils appellent cela : le Bouddhisme ! Et quiconque voudrait les critiquer se verrait traité de mécréant et d’opposant au Bouddhisme !


Source : Blog d'isara : extrait de: “Handbook for Mankind” (Manuel pour l’humain) de Buddhadasa Bhihhku (moine) - traduction par isara

  • LIRE les autres messages de ce blog, concernant  Buddhadasa Bhihhku : ICI

mardi 5 février 2008

L'approche de la mort dans le Bouddhisme









Ci après des extraits de "L'approche de la mort dans le Bouddhisme" par Trinh Dinh Hy


Plan de ce message :

- Introduction
- L'approche de la mort dans le Bouddhisme théravada
- Et Dans les trois branches du Bouddhisme Mahayana
- Conclusion



Introduction

La Mort n'est qu'une manifestation de l'impermanence des phénomènes

La mort est une question importante qui nous accompagne pendant toute la vie, et qui ne cesse de nous interpeller jusqu’au dernier souffle.(...)

la mort n’est qu’une manifestation de l’impermanence des phénomènes. Et l’impermanence, c’est la marque du temps, le temps qui est une dimension inhérente aux choses. Il ne peut y avoir de vie sans mort. Ainsi, méditer sur la mort n’est rien de plus que de méditer sur la vie.

(...)

Les points de vue bouddhistes sur la mort présentent quelques nuances selon les traditions bouddhiques, bien que partageant une base commune, l’enseignement originel du Bouddha Gotama.


L'APPROCHE DE LA MORT DANS LE BOUDDHISME THÉRAVADA


Contrairement à une notion répandue, le Bouddha a très peu parlé du devenir après la mort, notamment du samsâra, qui est une conception répandue dans l’Inde ancienne bien avant son arrivée.

Le Bouddha était préoccupé seulement par la souffrance dans laquelle étaient plongés les êtres humains de leur vivant, et leur indiquait le chemin de la délivrance.

Telle était la signification de son premier sermon  sur les 4 Nobles Vérités qui forment l’enseignement de base du bouddhisme : la souffrance (dukkha), l’origine de la souffrance (samudaya), et son extinction (nirodha), par le chemin (magga) qui est l’Octuple Sentier de la Sagesse.

La mort faisait partie de cette souffrance universelle, comme l’immense douleur que chacun éprouve devant la disparition d’un être cher. (...)

Pour le Bouddha, il ne faut pas s’égarer inutilement dans les spéculations métaphysiques, et perdre son temps dans les interrogations sans réponse, mais plutôt se préoccuper de se libérer de ses souffrances, ici et maintenant. (...)

Dans les textes anciens, notamment le Dhammapada, on retrouve souvent l’allusion à Mara, le Seigneur de la Mort. C’est aussi le symbole du mal, des passions qui enchaînent l’homme et qui entravent sa progression vers la délivrance.

Le Bouddha quant à lui, n’a jamais fait de miracle, il n’a jamais ressuscité personne.

L’histoire de Kisa Gautami est à ce titre édifiante:

Cette jeune femme venait de perdre son unique enfant, et dans son immense douleur vint déposer le petit corps aux pieds du Bouddha, en l’implorant de ramener celui-ci à la vie. Le Bouddha la regarda avec une grande compassion, et lui demanda d’aller chercher une poignée de graines de moutarde, dans une maison où il n’y a jamais eu de mort. Kisa errait ainsi de maison en maison quémander ces graines, mais partout la réponse était la même : chacun était disposé à lui donner la poignée de graines, mais aucun foyer n’était exempt de deuil, ici un enfant, là un mari, ailleurs une grand’mère... Finalement, elle revint auprès du Bouddha, épuisée mais apaisée par la prise de conscience qu’elle n’était pas la seule à souffrir d’un deuil, et que la mort était le lot de tous les vivants. Elle demanda alors au Bouddha de la prendre comme disciple et parvint plus tard à l’état d’Arhat, c’est-à-dire Eveillé

(...)

Pour le Bouddha, la maladie, la vieillesse et la mort sont des phénomènes naturels, auxquels ne peut se soustraire aucun être vivant, y compris lui-même (...)

A son plus proche disciple, Ananda, qui s’inquiétait de sa santé et du devenir de la Sangha, il répondit : 

« Ô Ananda, je suis usé, âgé, vieux et chargé d’années. Je suis arrivé à la fin de
mes jours. Je suis âgé de quatre-vingts ans. Tout comme un vieux char qui ne peut servir qu’à grand renfort de courroies, je perçois que mon corps ne peut marcher qu’à l’aide de soins...
».

Il continuait néanmoins à enseigner jusqu’à ses derniers instants, en invitant à plusieurs reprises ses disciples à poser des questions s’ils avaient encore quelque doute ou perplexité (...)

Les dernières paroles du Bouddha (avant de mourir) furent :

« Tous les phénomènes conditionnés sont sujets à l’impermanence. Soyez persévérants, ne relâchez point vos efforts. »

A elle seule, cette phrase pourrait résumer l’enseignement originel du Bouddha sur l’attitude à prendre devant la mort :

comprendre profondément l’impermanence (anicca) et le non-moi (anatta), lesquels forment avec la souffrance (dukkha) les trois Sceaux de l’existence (tilakkhana) ; et persévérer dans la pratique du Dhamma (pali) ou Dharma (sanskrit), c’est-à-dire le chemin qui mène à la délivrance. (...)

Ainsi, comme il a été rapporté dans une stance du Dhammapada :

« Celui qui considère son corps
Comme un mirage,
Comme un flocon d'écume,
Parviendra à ne plus voir la mort. »

  • Lire sur ce blog : le samsara : ICI 


L'APPROCHE DE LA MORT DANS LE BOUDDHISME MAHAYANA


1 Dans le Le Vajrayana

(...) dans ses fondements, il partage le même enseignement originel du Bouddha, mais s’appuie aussi sur l’enseignement de l’Ecole du Milieu (Madhyamaka) ou de la Vacuité (Shunyatavada) de Nagarjuna, et de l’Ecole Rien que Conscience (Vijñanavada ou Yogacara) d’Asanga et Vasubandhu.

Néanmoins, probablement en raison de l’influence de la religion autochtone Bön, il attache beaucoup plus d’importance à la renaissance, comme la reconnaissance de tulkus dans des enfants nés après la disparition de lamas plusieurs années auparavant.

Pour le Vajrayana, une étape cruciale de cette renaissance est le bardo (entre-deux), état de conscience intermédiaire entre la mort physiologique et le véritable départ dans l’autre monde.

Ainsi au chevet d’un mourant, on commence la lecture du Bardo-Thodöl (Livre tibétain des morts) et on la poursuit pendant sept semaines (qui est la durée maximale du bardo), même lorsqu’il apparaît un état d’inconscience. Il est important que le mourant se rappelle ses bonnes actions et qu’il puisse ainsi aller à la rencontre de la mort dans le sentiment d’une totale confiance à l’égard de sa vie écoulée. On évite tout pleur et toute lamentation de la part de la famille, de façon à ne pas perturber son esprit et à lui assurer une mort paisible, et par là une bonne renaissance. (...)


2) Pour la branche Jing Du (Terre Pure)


fondée essentiellement sur la foi-dévotion en le Bouddha Amitabha (...)

Par la dévotion, les bonnes actions et les mérites, les prières, la répétition du nom de Bouddha (niàn fo, nembutsu, niêm Phât), la récitation des mantra et darani, chacun espère améliorer son karma et être accueilli à sa mort par le Bouddha Amitabha dans son pays de Félicité.

Ainsi la mort peut être attendue sereinement, grâce à l’espérance en un passage à la vie éternelle, un peu comme dans les religions monothéistes, mais dans un esprit, il faut le reconnaître, assez éloigné de la doctrine bouddhique originelle (...)



3) Le Chan (Zen ou Thiên tông)

(...) a une vision différente, inspirée des Prajña-paramita Sutra (Perfection de Sagesse), de la notion de Vacuité (Shunyata, Không), et née de la pratique de la méditation, visant directement l’esprit, au-delà de la pensée discursive.

Les maîtres Zen avaient l’habitude de laisser avant de mourir des gathas, courts poèmes constituant chacun un véritable enseignement posthume, et dont l’esprit peut être résumé en quelques mots : simplicité, naturel, lâcher-prise. (...)


Conclusions

Pour le bouddhiste, la meilleure vie est la vie juste, en suivant l’Octuple Sentier de la Sagesse enseigné par le Bouddha Gotama. L’important est d’avoir une vue juste des choses (samma-ditthi), de se débarrasser de l’ignorance (avijja), avec ses deux composantes majeures : l’illusion de la permanence et l’attachement à l’ego.

Il ne s’agit pas là d’un discours purement intellectuel, mais d’une pratique spirituelle, d’un entraînement mental nécessitant discipline et persévérance durant toute une vie.

L’exemple de grands maîtres bouddhistes montre que le développement de la compréhension profonde (pañña) et l’amour-compassion (mettakaruna), leur a conféré une énergie spirituelle et un détachement tels qu’ils ont toujours abordé la mort avec une joie sereine, en la transcendant complètement. (...)

  • Source : L'approche de la mort dans le Bouddhisme : Lire le texte en entier (format PDF) : ICI

  • LIRE aussi Un autre texte sur la mort : La mort dans le Bouddhisme (format PDF) : LA

lundi 21 janvier 2008

Pourquoi le Bouddhisme ?






Par Pierre Langlais


Nous disons que Bouddha,
Celui qui est décrit comme pleinement et parfaitement éveillé,
Enseigne des vérités.
Il y a certaines vérités que nous pouvons voir.
Il y a certaines vérités que nous pouvons découvrir.

Dans notre existence de quoi sommes nous certains ?
Nous sommes certains que nous allons connaître la maladie,
La vieillesse si nous vivons assez longtemps,
Et puis la mort. Cette vérité se nomme dukkha.

Les choses apparaissent, durent,
Puis disparaissent.
Nous suivons le même chemin.
C’est aussi dukkha.

Un état d’esprit naît, une sensation naît, une émotion naît,
Agréable, désagréable ou neutre,
Tous durent puis disparaissent.
Pouvons-nous retenir le bonheur ? C’est dukkha.

Que faire pour obtenir la sagesse ?
Que disent les sages à ce sujet ? Où sont ces sages ?
Se maintenir dans la vigilance, l’observation, la connaissance des choses.
C’est le chemin de la sagesse.

Les sages se trouvent dans la vigilance,
Qu’ils soient assis, debout, couchés, ou en activité.
En s’appliquant à l’observation attentive, soutenue,
Chacun obtient une vision qui s’approfondie.

Les choses ne sont plus grossières,
Il est possible de détailler chaque élément,
Pénétrant l’esprit et la matière,
On connaît alors ce qui est, sans le mental intermédiaire.

Cette technique se nomme méditation pénétrante.
Bouddha lui-même est sorti du temps par cette étude.
Il a découvert le nibbâna, qui est l’alternative absolue à dukkha.
C’est la vérité de son enseignement que nous devons découvrir.

Il y a d’autres choses à distinguer au cours du chemin qu’il enseigne.
Nous qui disposons d’un corps, de sens, d’un mental.
Quel contrôle pouvons-nous établir sur eux ?
Quelle est la part de conditionnement que nous subissons ?

Les conditionnements sont multiples, dit Bouddha.
Le premier est l’ignorance ou l’illusion de notre être.
Les conditionnements et les habitudes dans lesquelles ils nous établissent,
Nous empêchent clairement de voir la réalité au-delà des apparences.

Prendre conscience des choses.
Prendre conscience de nos actes, et des pensées qui en sont à l’origine.
Prendre conscience de nos actes négatifs,
Puis prendre conscience de la répercussion négative de tels actes.

C’est le kamma qui nous conditionne,
Le kamma répercute la vie dans le samsara, le cycle des vies.
Que devenons-nous après la vie ?
Nul ne le sait vraiment, et pourtant nous sommes –toujours- là.

Parmi les multitudes d’états mentaux,
Desquelles découlent les multitudes de formes de vies,
Choisissons tous ceux qui sont sains,
Choisissons de tendre vers la purification du mental.

Il y a un sens pour chaque chose bénéfique,
Le développement de la bienveillance est salvateur,
Pour le bien des êtres, comme pour le notre,
Envers tous les êtres visibles –et invisibles.

Sans tâche, sans mauvaise intention, on s’établie,
Sans désirs, sans mécontentements, on voit,
Sans projection, avec confiance dans le présent, on réalise,
La vertu renforce et guide la voie.

Grâce aux cinq facultés mentales permettant la connaissance directe,
Concentration et effort équilibrés, foi et connaissance équilibrés,
Et l’attention développée autant que possible,
Nous trouvons le fruit du chemin.

On devient disciple, prenant refuge,
Car on ne peut trouver pleine et totale satisfaction dans l’existence,
On admet et reconnaît l’illusion de la vie dans sa constitution,
Il y a l’intuition puis la concordance de cette intuition.

Être dans le non-être, ne pas être dans l’être.
Fusionner les états vers la solidité de la foi,
Envers le Bienheureux, l’Enseignement, les disciples,
Ainsi nous nous assurons de connaître la paix dans un monde chaotique.

Y a-t-il intérêt à suivre une voie ?
Quelle est la voie que suit celui qui est sans voie ?
Quelle est l’alternative à la mort et à la vie ?
Les choses sont elles figées par ma seule volonté ?

En portant notre confiance dans le Dhamma,
Nous nous engageons dans la compréhension du monde,
Vertueux, méditant, transcendant les vérités, le disciple progresse,
En donnant, ce qui est déjà connaître la saveur de l’aboutissement.

Le Bouddhisme n’est qu’un mot.
Il faut voir au-delà de la philosophie,
Ce qui fait que chaque être humain,
Souffre et peut accéder sereinement à la fin complète des souffrances.



Je rends hommage au Bienheureux,
Le méritant, le pleinement éveillé.

Je rends hommage au Bienheureux,
Le méritant, le pleinement éveillé.

Je rends hommage au Bienheureux,
Le méritant, le pleinement éveillé.

Source : dhammapiti


mercredi 9 janvier 2008

Les origines de la pensée bouddhique






Plan de ce message

1- Les origines de la pensée bouddhique,
Par André Bareau

2- La Morale dans le Bouddhisme ancien : SILA en pali
Afin de ne pas créer un nouveau message puisque s'agissant du même auteur, j'ai ajouté à la fin de ce message, des extraits d'un autre enseignement,
portant cette fois exclusivement sur la morale dans le Bouddhisme ancien ou Bouddhisme Théravada.



André Bareau, né le 31 décembre 1921 et mort le 2 mars 1993, est un orientaliste français, historien du bouddhisme ancien.

Docteur ès lettres, il est professeur au Collège de France de 1971 à 1991 et directeur d'études de philologie bouddhique à l'École pratique des hautes études.

Il est l'auteur de nombreux articles et livres.





Remarques préalables:

1-Tous Les titres et sous-titres ne sont pas dans le texte initial, je les ai ajouté pour une plus grande facilité de lecture,

2-
La plus part des enseignements publiés dans ce blog, sont donnés par des moines ou nones enseignants de la tradition Théravada ou par des laïcs bouddhistes, mais le plus souvent reliés à une sangha.Ils ont donc tous une approche très "vrai" du Bouddhisme et de la pratique.
C'est donc à titre exceptionnel que je publie un texte d'une personne qui connaît, certes très bien l'histoire et la doctrine du Bouddhisme, mais seulement de manière théorique.
On le ressent d'ailleurs très bien à la lecture du texte

André Bareau, auteur de cette conférence, est "historien du Bouddhisme" ancien, mais pas "bouddhiste". Il s'agit donc d'une approche purement "intellectuelle" de la "pensée bouddhique".

Même remarques pour "la Morale dans le Bouddhisme ancien":



1-LES ORIGINES DE LA PENSEE BOUDDHIQUE
Conférence faite à L'Institut bouddhique Truc lâm le 24 mai 1987


Le bouddhisme est foncièrement indien par ses origines

Bien qu'il se soit répandu dans la plus grande partie de l'Asie au cours des siècles et y ait longtemps prospéré, le bouddhisme est foncièrement indien par ses origines; il est né en milieu entièrement indien, pour répondre à des préoccupations spirituelles typiquement indiennes, qu'il faut connaître pour bien le comprendre.

Le bouddhisme fut fondé par un ascète indien nommé Gautama, qui vécut vers la première moitié du cinquième siècle avant l'ère chrétienne dans le bassin moyen du Gange.

On discute encore sur la date de sa mort ou Parinirvâna (543 ? 480 ? 368 ?) .... mais on s'accorde beaucoup mieux sur les lieux où il vécut.

Le futur Bouddha a passé toute sa jeunesse autour de Kapilavastu, bourgade perdue dans les forêts marécageuses du Teraï et dont un archéologue indien a retrouvé récemment les vestiges à Piprahwa, à 225 km au nord de Bénarès, juste au sud de la frontière indo-népalaise. Il appartenait à la caste guerrière, celle des kshatriya, du petit peuple des Sakya, vassal des puissants roi des Kosala mais qui était organisé en une petite république aristocratique.
(...)

Pour en savoir plus sur la vie de Bouddha, LIRE le texte dans son intégralité (lien en bas du message ) et LIRE le message de ce blog: Bouddha cet inconnu : ICI


Comprendre l'enseignement du Bouddha

Pour bien comprendre l'enseignement du Bouddha, il faut d'abord connaître le milieu dans lequel il a vécu et surtout quelles étaient à son époque les préoccupations morales et religieuses des Indiens, car sa doctrine avait pour but de répondre à celles-ci en proposant des solutions pratiques aux graves problèmes qu'elles posaient.

Il y a vingt-cinq siècles, la grande majorité des Indiens étaient déjà convaincus, comme ceux d'aujourd'hui, de ce qu'après sa mort on renait sous une forme humaine, animale ou autre, et que cette nouvelle existence sera suivie d'une autre encore et ainsi de suite, sans fin.

Beaucoup pensaient que cette renaissance ne se faisait pas au hasard, mais qu'elle était déterminée par les actions accomplies dans les vies antérieures, ce qui offrait donc la possibilité de se préparer des renaissances heureuses en agissant de façon convenable dans la vie présente.

Sur ce point, les avis différaient alors beaucoup, mais on peut les résumer en deux opinions principales.

- Pour les uns, c'est-à-dire la plupart des brahmanes et des gens des hautes castes, les actes qui permettaient ainsi de renaître dans des conditions agréables étaient ceux de la religion, les offrandes aux dieux, les sacrifices d'animaux et les autres actions rituelles, si nombreuses et surtout si compliquées que seuls les brahmanes les connaissaient et pouvaient les accomplir, pour eux-mêmes ou pour les autres hommes.

- Pour d'autres Indiens, alors en minorité, ce n'étaient pas les actions religieuses, culturelles et rituelles, qui déterminaient les renaissances, mais tous les actes de la vie, et plus exactement leur valeur morale : les bonnes actions celles qui faisaient du bien à autrui, conduisaient à une nouvelle vie heureuse, mais au contraire les mauvaises actions, celles qui nuisaient à d'autres êtres, faisaient renaître dans le corps d'un homme misérable et souffrant de mille maux, ou d'un animal, d'un revenant affamé ou d'un damné torturé cruellement dans les enfers.

Cependant, depuis quelque temps déjà, certains penseurs indiens éprouvaient une terrible angoisse en réfléchissant à cette suite sans fin de renaissances et d'existences, si souvent malheureuses. La perspective de toujours mourir pour renaître encore leur semblait un vrai cauchemar, d'autant plus qu'en effet, comme ils le constataient aisément, la vie est presque toujours affligée de toutes sortes de peines, de souffrances, de craintes, de désillusions, non seulement l'existence des animaux, des revenants affamés et des damnés, mais aussi celle de la plupart des hommes.

Après cette amère constatation, ces penseurs quittaient leur mode de vie habituel, celui des hommes ordinaires, pour mener désormais l'existence des ascètes, où la pleine liberté compensait la rude austérité et donnait tout loisir de méditer sur ce grave problème : doit-on se résigner à subir sans fin les renaissances et le malheur, ou bien peut-on espérer trouver un moyen de briser cet enchaînement illimité des existences, de parvenir à un état qui serait enfin l'extinction (nirvâna) de toute douleur et de toute vie ?

A force de réfléchir profondément, de méditer dans le calme de la solitude, dans des coins de jungle ou de forêt, à l'écart de l'agitation causée par les occupations des gens ordinaires des villes et des villages, ces ascètes finissaient parfois par trouver ce qu'ils croyaient être le moyen de s'évader pour toujours du cycle des transmigrations.

Ces méthodes de salut étaient aussi diverses que leurs auteurs, le milieu social d'où ils étaient sortis, les expériences que la vie leur avait fait subir, la culture héritée de leur famille et de leur caste, les enseignements qu'ils avaient suivis et mis en pratique.
Presque toutes ont été depuis longtemps effacées par le grand oubli de l'histoire, et les autres nous ont été conservées par leurs disciples ou, moins fidèlement et incomplètes, par les allusions et les critiques de leurs adversaires.

Nous ne connaissons donc correctement que les doctrines des brahmanes auteurs des Upanisad ainsi que celles du Bouddha et du Jaina, son contemporain, parce qu'elles nous ont été transmises pieusement par leurs disciples.

Le jeune ascète Gautama était en effet l'un de ces penseurs qui, angoissés par le cycle sans fin des renaissances et le malheur de toute vie, cherchaient une méthode pour y mettre un terme et atteindre le bienheureux nirvâna. (nibbana en pali)

Comme les autres, il commença par écouter les enseignements de maîtres plus agés, de ceux du moins qui prétendaient avoir découvert un tel moyen, car il espérait naturellement trouver ainsi, chez l'un d'eux, ce qu'il souhaitait.

Pendant plusieurs années, allant d'un maître à l'autre, il apprit certainement beaucoup de choses valables qu'il utilisa plus tard pour constituer sa propre doctrine, et il expérimenta diverses pratiques d'ascétisme et de concentration mentale dont il sut faire son profit par la suite, en rejetant tout ce qu'il reconnut inutile ou même nuisible.

La tradition veut ainsi qu'il ait abandonné et condamné les austérités excessives et apprécié au contraire les deux recueillements (samapatti) les plus profonds, tout en constatant qu'ils ne suffisaient pas pour parvenir jusqu'à la Délivrance qu'il désirait avec tant d'ardeur.

N'ayant donc pas trouvé dans les divers enseignements des maîtres la doctrine de salut à laquelle il aspirait, l'ascète Gautama prit la sage décision de rechercher celle-ci par ses propres moyens, sa profonde intelligence et sa grande puissance de réflexion.

L'enseignement attribué au Bienheureux par l'ensemble des traditions les plus anciennes est extrêmement riche et complexe, même si on le limite aux seuls éléments sur lesquels elles s'accordent toutes, et en laissant de côté les innombrables additions et modifications qu'y ont apportées, selon toute vraisemblance, les disciples vivant pendant les cinq siècles qui ont suivi le Parinirvâna.

Cela n'est pas surprenant si le Bouddha a vecu longtemps après l'Eveil (boudhi) qui lui fit découvrir soudain les principes fondamentaux de sa doctrine, car il a fort bien pu compléter et parfaire celle-ci en y réfléchissant de lui-même ou pour mieux répondre aux questions et aux objections des hommes si divers, disciples, curieux ou adversaires, moines ou laïcs, auxquels il prêchait sa méthode de salut.

On considère généralement que l'essentiel de celle-ci est exprimé dans deux textes célèbres, conservés en différentes versions concordantes.
Le récit de l'Eveil et

Le sermon de Bénarès.

En fait, l'examen des si nombreuses prédications attribuées au Bienheureux dans les divers Sutrapitaka complets ou partiels parvenus jusqu'à nous montre que le Bouddha enseigna aussi d'autres éléments doctrinaux fort importants et qu'on ne saurait donc aucunement négliger.

Pour rendre plus claire l'exposé de l'enseignement du Bouddha, nous commencerons par les deux évènements qui ont fondé celui-ci.



Les Deux évènements qui ont fondés l'enseignement du Bouddha:

Ces deux évènements sont:

- Le récit de l'éveil

-Le sermon de Bénares :les Quatre Nobles Vérités


1- Le récit de l'éveil

Le récit de l'éveil est capital, parce qu'il définit ce qui fut, selon la tradition unanime, le point de départ et l'essence même de la doctrine de salut et aussi parce qu'il montre bien sur quels éléments probablement recueillis par le Bienheureux auprès de maîtres antérieurs et reconnus pleinement valables par lui elle s'est formée.

- La première étape indispensable, de la Voie menant à la Délivrance est une moralité parfaite,

Le jeune ascète commence par chasser de son esprit toutes les pensées de désir et de malveillance, autrement dit, il a fait une moralité parfaite la première étape, indispensable, de la Voie menant à la Délivrance, puisque la valeur morale des actes dépend nécessairement de celle des pensées qui les ont causés et dont ils sont en quelque sorte les expressions matérielles, corporelles ou vocales.

- Ensuite et seulement ensuite, il pratique la médiation

Ensuite, il pratique successivement les quatre méditations qui, en vidant peu à peu l'esprit de tout ce qui peut le troubler et le distraire, font de lui un miroir parfaitement limpide où la Vérité pourra enfin apparaitre dans toute sa lumineuse évidence.

Alors se produisent les deux premières sciences de l'éveil, qui sont les confirmations sous forme de visions claires de croyances alors fort répandues parmi les Indiens, comme nous l'avons vu : la croyance en la série indéfinie des renaissances, des vies successives, dont le jeune ascète Guatama se souvient soudain en détail, et la croyance en la détermination de ces renaissances par la valeur morale des actes accomplis, dont il voit apparaître des exemples significatifs et convaincants dans le clair miroir de son esprit.

En quelque sorte, il applique ainsi, avec plus de vingt siècles d'avance et sans le savoir, l'une des fameuses règles énoncées par Descartes pour la direction de l'intelligence, à savoir qu'on ne doit accepter une idée pour vraie que si on l'a reconnue être telle après un examen convaincant.

La troisième science, la dernière, surgit à la fin de la nuit de l'éveil avec les premiers rayons du soleil, symbole lumineux à tous égards, car c'est elle qui est la véritable découverte du jeune Gautama, elle qui fait de lui désormais un bouddha.
Elle est définie de façon différente, sinon contradictoire, par nos sources les plus anciennes:


2- Les quatre Nobles Vérités et la co-production conditionnée:

Les Quatre Nobles Vérités et la "production en enchaînement de conditions" ou "co-production conditionnée" sont liées entre elles et confirment les deux principes fondamentaux sur lesquels le Bouddha fonde sa doctrine: celui de la causalité et celui de la moralité.

D'après les unes, il s'agit des quatre saintes Vérités, qui formeront le thème du célèbre sermon de Bénarès, prononcé quelques semaines plus tard, et il s'agit surtout de la constatation faite alors par le jeune ascète qu'il a mis enfin un terme à la si longue série de ses renaissances, de ses vies successives, qu'il ne renaîtra plus jamais nulle part, qu'il a atteint le nirvâna.

Selon d'autres textes, cette découverte capitale est celle de la production en enchaînement de conditions (pratitya-samutpâda).

Laissons de côté les nombreuses et subtiles discussions des historiens pour essayer de savoir laquelle de ces deux versions correspond vraiment à la réalité historique et constatons qu'elles sont liées entre elles et qu'elles confirment : l'attachement total du Bouddha à deux principes capitaux sur lesquels il fonde sa doctrine : celui de la causalité et celui de la moralité.

  • En savoir plus sur les Quatre Nobles vérités : Lire sur ce blog : ICI
  • Et sur "la co-production conditionnée" lire : LA



En effet, la sainte Vérité de l'origine du malheur et celle de la Voie conduisant à la Délivrance, au nirvâna, ont pour base la croyance ferme en un enchaînement de cause à effet, tout autant que les neuf ou douze membres de la série de la production conditionnée.

En outre, si la malveillance, la haine, est cette fois passée sous silence dans l'une comme dans l'autre, le désir, lui, est nettement désigné comme facteur causal dans les deux, comme lien entre les existence successives, ce qui prouve bien la nature morale de cette liaison.

Cependant, en tête de la chaîne de la production conditionnée apparaît un élément nouveau, extérieur à la moralité, l'ignorance, mais qui formera un peu plus tard un trio indissoluble avec le désir et la haine sous l'aspect de l'égarement ou erreur, la faute intellectuelle se mêlant ainsi aux deux fautes majeures de l'immoralité pour constituer ce que le bouddhisme dénoncera comme étant les trois racines du mal, obligeant sans cesse l'être à renaître.

Comme on l'a constaté depuis longtemps, la formule de la production conditionnée, dans les deux sens, est un développement des deuxième et troisième Vérités saintes :
- dans le sens direct, elle définit l'enchaînement des causes de la douleur, et,
-dans le sens contraire, celui de la suppression, de la cassation (nirvâna) de celle-ci.


La première Vérité, celle qui affirme la nature pénible, malheureuse, de toute existence, est , comme les deux premières sciences de l'éveil, une confirmation de l'adhésion du Bouddha à une opinion déjà partagée par de nombreux penseurs indiens dans sa jeunesse et même avant, ou, sans doute plus exactement, une expression plus générale, plus systématique, de cette opinion antérieure.

En effet, tous les ascètes qui cherchaient, dès avant la naissance du Bienheureux, une méthode pour mettre fin à la série des renaissances étaient nécessairement convaincus de ce que toute vie était essentiellement malheureuse, sans quoi ils n'auraient pas visé un tel but et n'auraient pas fait tant d'efforts pour l'atteindre, mais ils se seraient contentés d'agir beaucoup plus facilement en vue de renaître dans des conditions agréables.

Quant à la quatrième Vérité sainte, qui est la conséquence logique des trois précédentes, elle fut certainement découverte par le Bouddha comme la deuxième et la troisième. Appelée à juste titre la Voie (marga) menant à la Délivrance, c'est la méthode de salut enseignée par le Bienheureux.

Elle combine des éléments empruntés à des doctrines antérieures, la nécessité de la moralité et de la pratique de la concentration mentale, avec d'autres qui semblent propres au Bouddha : l'opinion correcte et ou vue intellectuelle juste, l'intention correcte, l'effort correct et l'attention-mémoire correcte.


Le Bienheureux met ainsi l'accent sur la prépondérance de la pensée, de l'intention, de la volonté fondée sur une connaissance claire et exacte des circonstances dans la détermination de l'acte, que celui-ci soit corporel ou vocal.

Il déplace la responsabilité de l'action matérielle à sa cause mentale, et par là il attache très étroitement la morale à la psychologie, ce qui restera un caractère majeur de la pensée bouddhique à travers les siècles jusqu'à nos jours.

De même, il insiste sur la nécessité de l'effort, de l'énergie, de l'attention soutenue, pour atteindre un jour la Délivrance.

Il sous-entend ainsi que cette dernière ne peut être obtenue ni rapidement ni facilement, par des moyens aussi simples que ceux offerts par les rites religieux, les actes culturels adressés à des divinités dont on recherche la faveur ou par des pratiques magiques. Il préconise donc des moyens essentiellement intérieurs, psychiques, d'efforts mentaux et il rejette comme totalement inefficaces les moyens purement extérieurs d'activité corporelle ou vocale.

Par conséquent, ces deux grandes découvertes du Bouddha:
- celle de l'essence mentale de la moralité, de toute action déterminant les renaissances,
et
- celle de l'énergie appliquée à cette activité comme étant deux facteurs capitaux de la Délivrance, des membres de la Voie menant à celle-ci,
sont étroitement liées entre elles.


Venons-en maintenant aux autres éléments importants de l'enseignement du Bienheureux, qui sont exposés et expliqués si souvent dans les sermons qui lui sont attribués par tous les textes antiques.

Ces éléments développent et complètent ceux que contiennent les récits de l'éveil et le sermon de Bénarès. C'est pourquoi on est en droit de croire qu'ils sont l'oeuvre du Bouddha lui-même ou, tout au plus, des plus fidèles et intelligents de ses premiers disciples dans leurs efforts visant à expliquer la pensée du maître durant les premiers temps ayant suivi le parinirvâna de celui-ci.

Nous les examinerons en les classant d'après leurs rapports avec les quatre saintes Vérités, qui restent la base même de la doctrine du Bienheureux.


1 L'impermance:

Pour en savoir plus sur ce thème, vous pouvez LIRE le message de ce blog : anicca: ICI

Si toute l'existence, même celle des dieux, est par nature pénible, malheureuse, c'est d'abord parce qu'elle a une durée limitée, parce que, commencée par la naissance, elle se termine inévitablement par la mort, et aussi à cause des peines, souffrances, craintes, désillusions de toutes sortes, des maladies et souvent de la vieillesse et de ses tourments.

S'il en est ainsi, c'est parce que tout ce qui existe, aussi bien les êtres vivants que les choses inanimées, est impermanent, que tout se transforme, évolue et décline avant de disparaître.


2 Pas de "soi" ni d'âme

Pour en savoir plus, lire sur ce blog; anatta:ICI

( Remarques personnelles : La doctrine de "anatta" est sans soute la partie la plus difficile à comprendre et à accepter pour les non bouddhistes, comme pour les bouddhistes eux mêmes d'ailleurs. anatta ne peut se comprendre véritablement que par la pratique du dhamma. Cela est valable pour tout le dhamma. )


La raison profonde en est que rien, ni être vivant ni chose matérielle, ne possède de "soi" (atman) ou de "principe vital" (jiva) ,de principe personnel, individuel, éternel et immuable.

Par cette négation, le Bouddha de dressait résolument et hardiment contre la plupart des penseurs indiens, des jainas qui affirmaient l'existence d'un "principe vital" et surtout des brahmanes qui croyaient ferment, et croient encore, en l'existence de l'atman, du "soi" individuel, et en celle du grand principe universel qu'ils nomment le brahman , que les auteurs des Upanisad identifiaient avec l'atman .

Comme celui de l'impermanence, ce principe de l'absence totale de "soi" ou d'un quelconque équivalent est l'une des bases de la pensée bouddhique depuis ses débuts et l'est resté jusqu'à nos jours dans presque toutes les formes que devait prendre le bouddhisme au cours des siècles.

Dans sa formulation antique, bien antérieure à l'ère chrétienne, il s'exprimait déjà par un mot qui mérite de retenir notre attention :"vide" (sunya) en déclarant que l'être est vide de "soi".

Comme on le sait, ce mot allait prendre une très grande importance avec le grand mouvement réformateur du Mahayana, qui en étendit la signification en répétant sans cesse que tout est vide, non seulement d'atman, mais de nature propre (sva-bhâva) ,de substance. C'est parce que tout est vide de "soi" que tout se transforme sans cesse après avoir pris naissance et qu'il disparaîtra tôt ou tard, et c'est donc la raison profonde pour laquelle toute vie est malheureuse.

Cette conviction négative a une double conséquence logique d'une extrême importance, que l'on considère le bouddhisme comme une religion ou comme une philosophie :

- non seulement il n'y a pas d'âme personnelle et éternelle, mais il n'y a pas non plus de Dieu unique, éternel, créateur et tout-puissant, car l'une et l'autre sont de la même nature que l'atman et le brahman, et parce que tous les deux sont contraires au principe universel de l'impermanence.

Ainsi donc, pour le Bienheureux , tout, êtres et choses, n'est que purs phénomènes, pures apparences, semblables, comme le dira si bien plus tard un texte célèbre, à un nuage, à une bulle d'eau, à une goutte de rosée.

L'homme n'est rien d'autre qu'un ensemble de plusieurs sortes de phénomènes en perpétuel changement, phénomènes matériels et biologiques, ceux du corps et de la vie, et phénomènes mentaux.

Chacun d'eux étant en réalité un enchaînement de causes diverses et d'effets, analogues à ceux que décrit la série des membres de la production conditionnée. I


Les 5 agrégats ou 5 kandha (en pali)

Pour en savoir plus, lire sur ce blog : les 5 agrégats : ICI

Il est formé de cinq groupes (skandha) de tels phénomènes : ceux de la matière, des sensations, des perceptions, des activités mentales et de la conscience-connaissance.

Leur complexité et leur enchaînement causal expliquent pourquoi l'être change continuellement au cours de son existence tout en restant apparemment le même, le bébé devenant peu à peu enfant, puis adolescent, adulte, enfin vieillard.

Cet enchaînement de phénomènes subsiste en partie après la mort, la plupart d'entre eux cessant et disparaissant tandis que d'autres, subtils et subconscients, notamment ceux de la maturation des actes dont nous allons parler, continuent et relient l'être qui est mort à celui qui renaît.

Ce dernier n'est ni plus ni moins différent du précédent que l'adulte ne l'est du bébé qu'il fut dans ses premières années d'existence.

Ainsi donc, le phénoménisme intégral et l'enchaînement causal permettent-ils d'expliquer fort bien la série des renaissances en accord avec les grands principes d'impermanence et d'absence d'élément personnel qui semblaient s'y opposer comme des contradictions logiques.

Il faut certainement attribuer au Bouddha lui-même cette géniale explication, qui précède de vingt-cinq siècles les théories les plus modernes de la physique et de la biologie, avec lesquelles elle présente d'importantes analogies.
Le principe d'impermanence totale et universelle, et surtout la négation de tout élément immuable et éternel, qui sont évidemment liés, allaient poser à la doctrine bouddhique un très difficile problème, que les adversaires du Bienheureux, brahmanes, jainas et autres, ne manqueraient pas de lui objecter ainsi qu'à ses disciples pendant les quinze siècles durant lesquels le bouddhisme prospéra en Inde.

En effet, si absolument rien ne subsiste d'un être après sa mort, comment peut-on dire qu'il renaît et comment peut-on prétendre que sa nouvelle vie est déterminée par les actes qu'il a commis dans son existence précédente ?

Ce n'est pas le même être qui renaît et il est complètement injuste que celui qui apparaît dans cette nouvelle existence subisse le châtiment des mauvaises actions accomplies par celui qui l'a précédé et qui est maintenant mort, disparu, ou profite au contraire des récompenses de ses bonnes actions.
De plus, s'il n'y a pas de principe personnel immuable et éternel, si rien ne subsiste après la mort, lorsque l'on meurt une dernière fois après avoir atteint le nirvâna et que l'on ne renaît plus nulle part, l'état où l'on parvient alors ne peut être autre chose que le néant absolu.

Au lieu de s'incliner devant des objections aussi redoutables, le Bouddha et ses disciples s'efforcèrent de trouver des solutions pour tourner ces difficultés, ce qui obligea sans cesse la pensée bouddhique à approfondir l'examen de ce double problème, l'un des plus ardus de la philosophie puisqu'il touche à la nature même de l'être.
Cela eut pour conséquence, capitale pour histoire du bouddhisme mais aussi de la pensée indienne dans son ensemble, de stimuler à l'extrême les facultés intellectuelles des docteurs de toutes les écoles bouddhistes, depuis ceux du bouddhisme antique, appelé Hinayana par ceux du Mahayana, jusqu'à ceux des diverses sectes tantriques en passant par les plus grands d'entre eux, ces maîtres du Grand Véhicule que furent Nagarjuna, Asanga et leurs disciples.

Pour expliquer comment un acte pouvait causer le bonheur ou le malheur longtemps après son accomplissement et même, souvent, dans une vie postérieure, après une ou plusieurs renaissances, on le compara à une plante qui, une fois semée en terre, se développe lentement et se reproduit en donnant des fruits, doux ou amers, qui tombent à leur tour sur le sol quand ils sont mûrs.

D'une part, ce phénomène s'étend sur une assez longue durée et, de l'autre, les fruits ainsi produits appartiennent toujours à l'espèce qui a été semée ou plantée : d'un noyau de mangue ne sortira jamais qu'un manguier, qui donnera ensuite, plus tard, des mangues et non pas des noix de coco, du riz ou de la canne à sucre. de même, une bonne action produira toujours, dans cette vie ou dans une autre, un effet agréable tandis qu'une mauvaise action, nuisible à autrui, donnera inévitablement un châtiment.

Récompense ou punition auront une nature et une importance en rapport étroit avec l'acte d'où elles seront nées, même si celui-ci fut accompli très longtemps auparavant.

De plus, elles atteindront nécessairement l'auteur de cet acte et jamais un autre être vivant, comme un fruit mûr tombe toujours au pied de l'arbre sur lequel il a poussé et non pas autre part, si bien que rien ni personne ne pourra empêcher l'auteur de l'acte et lui seul d'en éprouver plus tard les effets agréables ou pénibles.

C'est là un aspect capital de la morale bouddhique, qui paraît bien avoir été inventé par le Bienheureux et qui la rapproche grandement de nos idées modernes sur le caractère strictement personnel et inéluctable de la responsabilité.

Cependant, et cela aussi est très proche de nos conceptions actuelles, cette responsabilité n'est pleine et entière que si l'action fut accomplie volontairement, après que son auteur l'eut décidée en connaisant clairement l'ensemble des circonstances, donc si elle fut en accord avec la pensée, l'intention qui l'a causée.

Cela réduit donc plus ou moins, voire supprime, la "fructification" de l'acte accompli involontairement, ou par maladresse, ou par erreur, ou par débilité mentale, ou sous l'empire de la folie, de même qu'une graine, semée en terre, peut ne pas germer du tout ou mal se développer.

En sens contraire, la responsabilité de celui qui prend une part à l'acte, qui aide à accomplir, qui l'encourage ou qui l'ordonne est nettement engagée, dans la mesure où, en agissant ainsi, il a déterminé en partie ou entièrement son accomplissement.

Cette "maturation" (vipaka) de l'acte est en outre un phénomène totalement subconscient, qui demeure inconnu à son auteur comme à tous les autres êtres, si bien que ni lui ni personne ne peut pertuber ce développement et faire obstacle à sa parfaite justice. Notons en passant que le Bouddha reconnaît ainsi l'existence de phénomènes psychiques subconscients, ce que la psychologie occidentale n'admettra, et non sans discussions, que vers le début de notre siècle.

Si les adversaires du Bienheureux pouvaient admettre cette interprétation ingénieuse des renaissances et de la maturation des actes qui la déterminait, il leur était beaucoup plus difficile de se laisser convaincre par ses explications touchant l'état obtenu par l'homme qui, après être parvenu au nirvâna dans sa dernière existence, vient enfin à mourir. En effet, à ce moment, toutes les séries de phénomènes corporels, biologiques et mentaux qui constituent son être cessent complètement et définitivement, y compris celle de la maturation de ses actes antérieurs, puisqu'il en a cueilli tous les fruits.

Si l'homme ainsi délivré ne renaît plus nulle part, c'est justement parce qu'il ne subsiste plus rien de lui qui pourrait renaître d'une façon ou d'une autre et susciter l'apparition d'une nouvelle série de phénomènes.

En bonne logique, le nirvâna complet, qui s'accomplit au moment de la mort de l'arhant ou du bouddha, celui qui est le but proposé par le Bienheureux à ses disciples et que définit la troisième des Vérités saintes, n'est pas autre chose que l'anéantissement complet de l'être. C'était là une très grave objection, certainement même la plus embarrassante, que ses adversaires opposèrent au Bouddha.

Le Bienheureux se refuse, à décrire clairement cet état et il s'en justifie de plusieurs façons que nous pouvons résumer en deux.

- D'une part, il conseille à ses disciples de ne pas perdre leur temps à essayer d'imaginer ce qu'il advient de l'homme déjà délivré quand il meurt pour la première fois, car cela est trop difficile à comprendre pour l'intelligence humaine ordinaire et de plus parfaitement inutile pour avancer sur la Voie menant au nirvâna.

- D'autre part, à ceux que ce premier et sage argument ne convainc pas, il déclare que cet état n'a aucune relation possible ni avec l'être ni avec le néant tels que les hommes les conçoivent, plus précisément que, de l'homme passé ainsi pour toujours au-delà de la mort et de la renaissance, on ne peut dire qu'il existe, on ne peut non plus dire qu'il nexiste pas, on ne peut dire encore qu'il existe et n'existe pas tout à la fois, et on ne peut nier enfin qu'il existe et n'existe pas.

Résolument fidèles à leur maître, les disciples du Bienheureux en déduiront que cet état est totalement inconcevable, entièrement hors de portée de l'intelligence humaine, et par conséquent impossible à exprimer, à décrire, à expliquer en aucune langue humaine.

Plus encore que la difficulté à concilier la série des renaissances et leur détermination par les actes avec les principes d'impermanence et d'absence de "soi", celle que soulevait la nature de l'homme parvenu au-delà de sa mort dernière après sa délivrance obligea les docteurs bouddhistes à approfondir la métaphysique et tout particulièrement l'ontologie ou science de l'être tout au long des siècles.

Cela les conduisit à inventer des solutions d'une très grande audace et à devancer de plus de quinze siècles en ces matières forts subtiles déjà par nature les penseurs de l'Occident, si longtemps retenus et même ligotés par la redoutable orthodoxie chrétienne.
Cependant, et si grand que fut le goût, la passion même, des intellectuels indiens pour les discussions abstraites, ce ne fut pas cela qui conduisit les docteurs bouddhistes aux plus hauts sommets de la métaphysique. Ils n'oubliaient jamais, en effet, les exhortations du Bienheureux à toujours viser la Délivrance, la leur et celle des autres.

En s'efforçant continuellement de réfuter l'existence de la moindre trace de substance et de démontrer l'universalité de la vacuité, de "soi" ou de nature propre, ils voulaient prouver que tout désir et toute haine, et plus généralement toute passion, est à la fois dépourvue totalement d'objet et aussi de sujet, que ce que l'on désire ou que l'on déteste est vide, illusoire, et que celui qui désire ou qui hait l'est tout autant, qu'il n'y a là que des phénomènes de nature passionnelle causés par la rencontre de deux séries d'autres phénomènes, l'un jouant alors le rôle d'objet et l'autre celui de sujet, en somme une sorte de théâtre d'ombres.

Par ces démonstrations, ils contribuaient grandement à encourager le détachement, le renoncement à tout ce qui suscitait les passions, ce qui engendrait les actes, leur maturation et donc les renaissances, ils faisaient avancer sur la Voie de la Délivrance eux-même et ceux qui les écoutaient.
Ils contribuaient à débarrasser l'esprit de tout ce qui le troublait, des craintes et des espoirs insensés, des erreurs et des illusions qui en ternissaient le miroir et empêchaient de refléter les Vérités.
Ils contribuaient à apaiser l'esprit en y faisant naître peu à peu la sérénité qui est la principale caractéristique du nirvâna tel que l'arhant ou le bouddha l'éprouve en ce monde, dans sa dernière existence.

Si utiles et même nécessaires que fussent ces démonstrations, elles ne suffisaient pas pour atteindre la Délivrance, il s'en fallait même de beaucoup, car elles restaient situées sur le plan du raisonnement et de la réflexion, à l'étage inférieur des méditations (dhyâna) .

Il fallait encore élever la pensée à travers celles-ci pour l'épurer progressivement par d'autres moyens, apparentés aux exercices de yoga.

L'enseignement du Bouddha insiste longuement et très souvent sur ces méthodes, dont il préconise diverses sortes, assez différentes les unes des autres mais dont certaines ont des éléments communs et dont plusieurs sont probablement empruntées à des maîtres antérieurs ou extérieurs au bouddhisme mais dont le Bienheureux avait reconnu l'utilité.

Le génie du Bouddha fut sans doute, non seulement d'en inventer de nouvelles parfaitement adaptées au but qu'il s'était fixé, mais aussi de les combiner avec les autres pour constituer autant de moyens à employer selon les diverses modalités psychologiques présentées par les candidats à la Délivrance, selon la personnalité propre à chacun d'eux et aussi conformément aux circonstances particulières où ils se trouvaient placés.

Nous retrouvons ici, mises en pratique sur la Voie du nirvâna, ces connaissances psychologiques sur lesquelles le Bienheureux avait tant insisté et que ses disciples devaient tant approfondir et développer au cours des siècles.

Il n'est donc pas étonnant que la pratique des méditations ait toujours joué un si grand rôle, un rôle capital même, dans les méthodes de salut enseignées par le bouddhisme de tous les temps et de toutes les écoles, notmment dans celle qui se forma dans la Chine ancienne sous son nom, le mot indien dhyâna étant translittéré par tchan en chinois et par zen en japonais.

Il n'est pas non plus surprenant que les psychologues occidentaux de nos jours songent maintement à mettre à profit la si longue expérience accumulée par le bouddhisme en ce domaine, ni que des religieux chrétiens s'intéressent de près aux exercices bouddhiques de méditation en vue de les adapter à leurs propres méthodes de salut, pourtant si éloignées des siennes par le but que propose leur doctrine.

Comme on le voit, l'apport du bouddhisme, fidèle aux enseignements de son maître vénéré, aux connaissances humaines est aussi considérable que divers, à la fois ence qui concerne les pures spéculations de la pensée et pour ce qui est des applications pratiques. C'est pourquoi le Bouddha et ses meilleurs disciples méritent pleinement notre admiration, et ce sera notre conclusion.

Conférence faite à L'Institut bouddhique Truc lâm 24 mai 1987
André Bareau

source :cusi.free.fr




2- LA MORALE DANS LE BOUDDHISME ANCIEN

La morale a toujours occupé une grande place dans le bouddhisme, depuis ses plus lointaines origines. Elle est l'un des éléments capitaux de la méthode de salut découverte par le Bouddha et enseignée par lui à ses disciples.(...)

(...) Il n'existe pas d'âme au sens que l'Occident donne à ce mot. Pour la même raison, Dieu, avec un D majuscule, comme le conçoivent les chrétiens, Dieu unique, éternel, tout-puissant, créateur de toutes choses, est nié également par la Doctrine bouddhique.

L'univers, formé d'innombrables mondes semblables au nôtre et peuplés de la même façon, dispersés dans un espace infini et évoluant au long d'un temps sans commencement ni fin, l'univers existe par lui-même et il se transforme de même, selon sa propre nature, suivant ses propres lois, sans qu'aucun être extérieur à lui-même et doué d'une intelligence suprême ne l'ait créé ni ne le dirige.

L'homme est tout seul en face de ses responsabilités.

De cette absence de Dieu, il résulte que la morale bouddhique est tout à fait indépendante d'une volonté et d'une action divine quelconque, donc que l'homme est tout seul en face de ses responsabilités.

Les bonnes actions ne peuvent être attribuées ni à une inspiration divine, ni à l'intervention d'anges bienfaisants envoyés par Dieu. Les mauvaises actions ne peuvent pas non plus être causées par les suggestions ou les agissements d'un Satan ou de démons inférieurs.

Selon certaines légendes bouddhiques cependant, quelques dieux, grands ou petits, sont parfois venus donner de bons conseils au Bouddha ou à ses disciples, et de même le démon de la mort, Mâra, a quelques fois essayé d'effrayer ou de tenter le Bienheureux ou ses moines, mais aucune de ses interventions divines ou diaboliques n'a jamais empêché le Bouddha d'agir en suite en toute liberté, après avoir bien réfléchi aux conseils des dieux ou avoir vite démasqué et fait fuir le démon.

La morale bouddhique n'a donc pas pour origine, pour base, la volonté de Dieu, puisque celui-ci n'existe pas pour le Bienheureux ni ses disciples, mais elle est la conséquence logique de la nature du monde, de la grande loi qui gouverne celui-ci et tout ce qu'il contient, de cette grande loi qu'on appelle le Dharma (dhamma en pali).

Cette loi universelle est analogue à celles de la physique, par exemple à celle de la gravitation, et elle est donc entièrement indépendante d'une personnalité, d'une intelligence et d'une volonté extérieures et supérieures quelconques. C'est ainsi que les anciens bouddhistes indiens comprenaient l'ordre de l'univers et ses lois, non seulement matérielles, cosmiques et autres, mais aussi sociales, psychiques et morales.


Les causes du malheur inhérent à toute existence.

Avec un esprit très méthodique, le Bouddha chercha et définit les causes du malheur inhérent à toute existence.

- La première est ce qu'il appela la "soif"(trona), le désir ardent, dont les objets sont très divers.
C'est tout d'abord la soif de renaître, pour goûter à nouveau des plaisirs, bien que ceux-ci soient tous éphémères, illusoires et décevants.
Elle est l'une des principales causes de la transmigration et elle est accompagnée de l'attachement aux sensations agréables.
C'est donc le désir de l'existence, non seulement de soi-même en tant que sujet de ces plaisirs, mais aussi des choses et des autres êtres dont on veut faire les objets de sa jouissance.C'est aussi le désir de l'inexistence, qui est celle de soi même quand on veut échapper à la vie présente et à ses conditions pénibles, mais qui est plus généralement celle des choses et des êtres que l'on déteste car ils causent du déplaisir ou de la peine et que l'on veut donc leur disparition.
En somme, ce désir de l'inexistence, ce désir négatif qui est l'inverse du désir proprement dit, est ce qu'on appelle l'aversion, le dégoût, la haine dont nous parlerons un peu plus tard.

Poussant sa réflexion plus loin, le Bouddha rechercha l'origine, les causes de cette soif, et il découvrit alors tout un enchaînement.

Les causes immédiates du désir sont les sensations (vedana), celles qui sont agréables provoquant le désir positif, celles qui sont pénibles faisant au contraire naître le désir négatif, l'aversion et la haine.

Cherchant encore plus profondément dans le même sens, le Bienheureux parvint enfin à ce qu'il considéra comme étant le premier maillon de cette chaîne de causes et d'effets, et qu'il définit comme étant l'ignorance (avdya).

Cette ignorance de la réalité, de la vérité (satya) comme le bouddhisme la conçoit, est pour lui l'origine profonde, indirecte mais certaine, non seulement du désir ardent, mais aussi de tout ce qui fait le malheur (duhkha) de l'existence, à savoir la naissance, la maladie, la vieillesse et la mort, le fait de ne pas obtenir ce que l'on désire et le fait de posséder au contraire ce que l'on déteste, à quoi s'ajoute naturellement la sombre masse des chagrins, des peines des souffrances des tourments de toutes sortes,de la tristesse et du désepoir.

En réfléchissant aux résultats ainsi obtenus, le Bouddha dénonça par la suite le désir (karma), la haine (dvesa) et l'erreur (moha), soeur de l'ignorance, comme étant les trois "racines du mal" (akusa la-mula), qu'il fallait absolument arracher et détruire complètement pour supprimer le malheur propre à toute existence.
En effet, c'est de ces trois racines du mal que naissent tous les vices et toutes les passions, qu'il s'employa à définir, à analyser et à classer pour pouvoir les combattre plus efficacement.



La responsabilité morale individuelle.

Toute action, bonne ou mauvaise, produit, dans la partie subconsciente du psychisme de son auteur, une sorte de semence.

Celle-ci va ensuite germer lentement et se développer jusqu'à produire un "fruit" ou effet qui mûrira peu à peu , puis tombera et atteindra inéluctablement l'auteur de l'acte et lui seul.
Si l'action fut moralement bonne, le fruit sera doux, voire exquis, mais, si elle fut moralement mauvaise, il sera amer et détestable.

Comme tout se passe au plus profond du psychisme, dans la nuit de l'inconscient, l'auteur de l'acte ni personne d'autre ne peut avoir connaissance de ce phénomène et ne peut en conséquence le modifier en un sens ou un autre, d'où son caractère strictement individuel et parfaitement inéluctable. Sur cette justice immanent, si satisfaisante pour l'esprit, est fondée la responsabilité morale individuelle.

La croyance aux transmigrations va fournir une solution fort élégante à l'un des problèmes les plus anciens, les plus choquants et les plus difficiles à résoudre qui se soient posés aux moralistes de tous les temps et de tous les pays.

En effet, la maturation de l'acte, depuis l'accompissement de celui-ci jusqu'à la chute de son fruit, est très lente, si lente qu'elle dure souvent plus longtemps qu'une vie, et même que plusieurs vies successives.

Il est donc tout à fait normal que l'on goûte les fruits agréables d'une bonne action accomplie dans une lointaine existence passée ou que l'on subisse le châtiment d'un méfait commis jadis, bien avant la vie présente.

Il n'est donc pas surprenant ni scandaleux qu'un homme doué de toutes les vertus soit poursuivi par le malheur ni qu'un autre, pleine de vices et parfois même criminel, jouisse de la santé et de la fortune. Si telle est leur situation présente, il est cependant bien certaine pour les bouddhistes que, dans l'avenir, le premier obtiendra la chance dont profit le second et que ce dernier sombrera alors dans le malheur en conséquence de son actuel comportement.

La nature et l'importance des actes

Cette justice immanente n'agit pas aveuglément, mais conformément à la nature et à l'importance des actes.

Plus une faute est grave, et plus le fruit qui en naîtra sera amer, plus le châtiment sera sévère. En outre, le voleur renaîtra dans la misère, tandis que l'homme charitable et généreux vivra dans la richesse, le méchant qui se sera plu à faire souffrir autrui mourra dans d'atroces supplices, alors que l'homme bon et compatissant qui aura porté secours à d'autres êtres échappera aux souffrances physiques.

Plus subtilement, cette justice immanente tient judicieusement compte des circonstances de l'acte et des degrés de responsablité de son auteur .

Pour qu'un acte produise un fruit, doux ou amer , il faut non seulement qu'il ait été décidé en toute connaissance de cause et en pleine conscience, mais aussi qu'il ait été accompli librement.

C'est pourquoi, des trois sortes d'actes, corporels, vocaux et mentaux, ce sont ces derniers qui supportent tout le poids de la responsabilité individuelle et du déclenchement du phénomène de maturation.

L'importance de cette responsabilité est proportionnelle aux degrés de la liberté d'action, de la connaissance et de la compréhension des circonstances, de la volonté de la décision.

Elle est donc diminuée quand on agit sous une certaine contrainte, ou par maladresse, ou par erreur.

Le phénomène de maturation ne se produit même pas du tout quand l'acte est accompi inconsciement, en dormant, dans une crise de folie ou par idiotie complète. De plus et en conséquence, l'importance du fruit est proportionnelle à la pureté de l'intention, à son désintéressement et à l'effort accompli, plus encore qu'à la valeur matérielle de l'action corporelle ou vocale.(...)

En savoir plus : Lire sur ce blog : Le khamma : ICI



Pas de fatalisme car la responsabilité concerne autant les actions présentes et futures que celles du passé

Contrairement à ce que l'on pense parfois, la croyance en la maturation des actes n'a pas le fatalisme pour conséquence, car la responsabilité concerne autant les actions présentes et futures que celles du passé .

Tout désagrément, toute peine a non seulement la valeur d'un châtiment, mais aussi celle d'un avertissement et d'un encouragement à agir désormais conformément à la morale pour éviter de nouveaux malheurs et déplaisirs à l'avenir et pour cueillir , dans cette vie ou dans une autre , les fruits exquis des bonnes actions.

Il est donc parfaitement juste d'user de sa liberté pour employer tous les moyens capables de guérir des maladies ou de sortir de la misère, à la condition toutefois que ces moyens obéissent à la morale et ne nuisent à aucun être vivant. Si ces moyens réguliers réussissent, ce sera par l'effet de la maturation de bonnes actions antérieures, et , s'ils échouent ,ce sera à cause de mauvaises actions du passé.

(...)

Bien qu'elle utilise des mots désignants le bien et le mal comme des noms, la Doctrine bouddhique ne considère pourtant ni l'un ni l'autre comme des substances, mais au contraire comme de simples phénomènes et plus présisément comme des qualités des actions. C'est pourquoi elle emploie le plus souvent ces mots comme des adjectifs signifiant bon ou mauvais.

Puisque le bien et le mal sont étroitement liés au bonheur et au malheur par le phénomène de la maturation des actes, ils prennent une étymologie particulière.

Est dit bon, conforme aux règles de la morale, l'acte qui est littéralement désigné comme approprié, convenable, correct, voire habile, car il produira des effets agréables.

On appelle mauvais, donc immoral, celui qui est dit au contraire inapproprié, incorrect, non convenable, maladroit, car il fera naître des fruits amers et conduira à la peine et au malheur.

Le bouddhisme antique n'a aucunement personnifié le bien, mais il a donné une personnification au mal, représenté par le dieu Mâra.
En réalité, celui-ci appartient entièrement au domaine de la légende et il est donc totalement absent de la littérature doctrinale. Mâra est plus exactement une personnification de la mort, comme son nom l'indique clairement, et c'est pourquoi il apparaît toujours comme étant le principal adversaire du Bouddha.

En effet, celui-ci a découvert la Voie qui mène à la délivrance des transmigrations,et de plus il y conduit les autres êtres par son enseignement. Par conséquence, il va priver le dieu Mâra, incarnation de la mort, d'innombrables victimes puisque ceux qui atteindront le Nirvâna ne renaîtront plus nulle part et ne mourront donc plus jamais, échappant ainsi définitivement à l'autorité opprimante de Mâra.

On comprend alors l'hostilité acharnée de ce dernier envers le Bouddha, son obstination à empêcher le Bienheureux et ses disciples d'avancer sur la Voie menant à la Délivrance et d'y conduire d'autres êtres. Naturellement, toutes tentatives faites par Mâra, en utilisant la terreur, la tentation ou d'autres moyens, aboutissent à leur complet échec, si l'on en croit les récits légendaires.

(...)

A l'opposé du désir sont désignés le renoncement aux plaisirs des sens, le détachement envers les objets des passions, la tempérance, la frugalité et surtout le don, don des biens matériels, don des biens spirituels, don de sa personne même, si la charité l'impose pour sauver autrui, et donc aussi la patience, le renoncement à toute idée de vengeance, le pardon total des offenses, si cruelles soient-elles.

A l'opposé de la haine et de la colère, voici la bonté, l'amitié, la joie de sympathie envers les êtres qui sont heureux, la compassion et la pitié pour ceux qui souffrent, ce qui conduit souvent au don sous ses diverses formes, à quoi s'ajoutent la reconnaissance ,la gratitude à l'égard de ce qui nous ont aidés,

A l'opposé de l'égarement, de l'ignorance et de la stupidité, sont louées la sagesse, l'intelligence et les qualités qui en facilitent la réalisation, à savoir l'attention, la concentration mentale, le calme, l'apaisement du corps et celui de l'esprit, la confiance, l'équanimité, l'indifférence aux mauvais traitements, aux flatteries et aux honneurs comme aux injures et aux offenses.

A cela s'ajoutent encore d'autres vertus vivement recommandées et louées par le Bouddha dans ses sermons, comme l'énergie, l'effort, la résolution, la ténacité.
Celles-ci sont en effet indispensables pour suivre jusqu'au bout, jusqu'à la Délivrance du nirvâna la longue et rude Voie menant à celui-ci, Voie si longue que la très grande majorité des hommes ne peut la parcourir qu'à travers la durée de plusieurs existences successives.


La moralité est l'un des principaux éléments de la méthode de salut enseignée par le Bouddha.Elle est aussi le premier d'entre eux par ordre chronologique

La moralité, plus précisement l'habitude de se conduire selon les règles de la morale, habitude qui doit se cultiver sérieusement et longuement, est l'un des principaux éléments de la méthode de salut enseignée par le Bouddha.

Elle est aussi le premier d'entre eux par ordre chronologique, puisqu'on doit la pratiquer avec grand soin et s'efforcer de la développer avant de mettre en application les autres éléments, les méditations et les facultés intellectuelles menant au nirvâna.

C'est pourquoi les devoirs des fidèles laîcs consistent essentiellement à observer les cinq commandements moraux fondamentaux et à donner aux moines bouddhiques les aumônes de nourriture et d'autres choses dont ils ont strictement besoin pour subsister.

( remarque personnelle : Le mot "commandement" est moins approprié que celui de "précepte "car il n'y a pas de commandement proprement dit dans le Bouddhisme)

(...)

(...) il faut d'abord supprimer, chasser de son esprit toutes les choses mauvaises, immorales, les pensées de désir et de malveillance, avant d'entreprendre la série des méditations.

Il faut vider son esprit de toutes ces mauvaises pensées qui le souillent et le troublent, pour le préparer aux opérations qui le débarrasseront successivement des activités psychiques, intellectuelles et émotionnelles, qui l'agitent et le dispersent, qui l'empêchent de se concentrer et de s'unifier pour devenir enfin un pur et limpide miroir dans lequel pourront apparaître et briller de tout leur éclat les saintes vérités de la Doctrine salivatrice.

Autrement dit, la pratique de la morale est la condition nécessaire et préalable à l'exercice des méditations ,et celles-ci forment la condition non moins nécessaire et préalable à la naissance de la sagesse.

D'autre part, la pratique des méditations et des autres exercices analogues, apparentés au yoga, dont les sermons du bouddha décrivent en détail et recommandent hautement un ensemble assez nombreux et fort divers, constitue une aide puissante et efficace dans la lutte constante que l'on doit mener contre les passions, les vices et les erreurs, que l'on doit ainsi détruire tous peu à peu jusqu'à leur destruction totale et définitive, leur épuisement complet jusqu'au tréfond du subconscient.

Ainsi donc, la pratique des méditations au sens large du mot continue en la renforçant puissamment celle de la morale ordinaire, mais il est bien évident que celle-ci ne doit jamais être abandonnée, tout au contraire.

La pratique des différents vertus par ces diverses méthodes bien définies doit même devenir si habituelle que le moine puisse parvenir à l'exercer sans y réfléchir, avec un esprit de plus en plus calme, détaché, paisible, sans le moindre attachement sentimental pour les autres êtres, quels qu'ils soient.

(...)

La morale bouddhique entraîne donc des devoirs, non seulement envers les hommes, tous les hommes, mais aussi envers tous les êtres vivants.

(...)

Un vrai bouddhiste évitera donc de maltraiter un animal quelconque, et surtout de le tuer.

C'est pourquoi les anciens moines devaient filtrer leur eau de boisson afin de ne pas avaler les animalcules qui y vivent, et pourquoi ceux d'aujourd'hui comme ceux d'autrefois ne doivent manger de viande ou de poisson qu'après s'être bien assurés que les animaux en question n'ont pas été tués spécialement pour leur en donner la chair à consommer.

(...)



Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le Bouddha a autorisé ses fidèles, surtout les laïcs, à rendre aux dieux et génies de toutes sortes les hommages qu'ils attendent des hommes et à leur porter des offrandes, à la seule condition que ces formes de culte ne fussent pas contraires à la morale qu'il leur enseignait. Tout sacrifice d'animal était donc interdit et les offrandes consistaient surtout en fleurs, encens, lumière, nourriture et musique. dans l'immense littérature du bouddhisme ancien, les dieux sont presque toujours des êtres fort estimables et menant une vie très convenable.

Beaucoup d'entre eux ont un corps fait de matière extrêmement subtile et lumineuse, et leur seul nourriture est la joie qu'ils tirent des profondes méditations dans lesquelles ils sont plongés sans cesse. Les plus élevés sont même de purs esprits.

A part Mâra, personnification de la mort, et quelques petites divinités vivants sur la terre, dans les arbres ou les rivières et les mares, qui sont souvent irascibles, les dieux sont toujours bienveillants envers les hommes, surtout envers le Bienheureux et ses disciples.

C'est du reste à cause de leurs nombreuses et importantes bonnes actions accomplies durant leurs vies antérieures qu'ils jouissent maintenant d'un bonheur presque parfait et d'une merveilleuse longévité. En leur rendant un culte , les bouddhistes ne font donc que leur donner ce qui leur est dû et se conformer ainsi aux règles de courtoisie par lesquelles on entretient de bonnes relations avec ses voisins et les aures personnes.

Si les fidèles doivent se conduire ainsi avec des êtres si différents d'eux, on comprend que leur morale leur impose encore plus de devoirs envers les humains, tous les humains, même ceux qui sont les plus misérables, les plus méprisés.

Cela concorde avec l'idée, si souvent et fermement exprimée par le Bienheureux, que ce n'est pas sa naissance, sa caste, sa position sociale qui fait la valeur d'un homme, mais ce sont ses qualités morales.

Lire à ce sujet un message de ce blog sur "le bouddhisme et racisme" : ICI

C'est pourquoi l'importance d'une bonne action, donc celle du fruit qui en naîtra, est proportionnelle, entre autres choses, à la valeur de l'être qui en est l'objet, qui reçoit un don, une aide ou des marques de respect.

Très tôt, on établit donc une hiérarchie des valeurs humaines afin de guider les fidèles dans le choix des hommes auxquels ils devaient apporter leurs aumônes et les autres manifestations de leur vénération, de leur bonté ou de leur compassion. Au sommet de cette hiérarchie, on plaça naturellement le Bouddha, puis ses moines en ordre descendant selon leur degré de sainteté, de sagesse et de vertu, enfin la foule des humains ordinaires, en tenant compte de leur valeur morale et de leurs besoins matériels. On justifiait ainsi le don d'aunômes fait aux ascètes bouddhistes, qui est l'un des devoirs principaux des fidèles laïcs.

Cependant, le Bienheureux mit bien en garde ces derniers contre les mauvais moines, les faux ascètes introduits dans la Communauté, qui ne méritent ni dons ni respect, et dont les agissements coupables sont décrits en détail et condamnés dans les énormes codes de la discipline monastique.


La troupe des disciples du Bienheureux qui adoptait la vie ascétique de celui-ci augmentait en effet avec le temps et certains d'entre eux commettaient des actions qui troublaient le calme et la bonne entente de la Communauté monastique en empêchant leurs compagnons de pratiquer dans de bonnes conditions les divers exercices de méditation et autres qui les faisaient progresser sur la Voie de la Délivrance. En outre, ces mauvaises actions indignaient les laïcs qui tendaient alors à mépriser tous les moines bouddhistes et à les priver des aunômes de nourriture qui leur étaient indispensables pour vivre, si bien que la Communauté tout entière menacée et la Doctrine aussi par conséquent.

Assez tôt, donc, le Bouddha fut obligé d'imposer à sa troupe de moines des règles de discipline de plus en plus nombreuses, au fur et à mesure que des fautes étaient commises par certains de ses membres

Ainsi se constituèrent peu à peu d'énormes codes dont chaque secte eut ensuite le sien propre, car ce travail de législation interne à la Communauté continua après la mort du Bienheureux. Ces vastes recueils contiennent de deux cent cinquante à trois cent règles fondamentales et plusieurs milliers de règles secondaires, mais la plupart d'entre elles sont communes à tous ces codes. Toute la vie ascétique des disciples du Bouddha fut ainsi réglementée jusque dans ses plus infimes détails, et chaque transgression fut punie par un châtiment adapté à la faute et proportionnel à sa gravité, depuis le simple aveu pour les plus légères jusqu'à l'exclusion définitive de la Communauté pour les crimes majeurs.

En savoir plus, lire sur ce blog, Les moines de la tradition théravada : ICI


Chaque type et degré de faute donnait lieu à une procédure définie avec une grande précision. On y tenait grand compte des circonstances qui pouvaient atténuer ou même annuler la culpabilité de son auteur, et le jugement n'était rendu, collectivement, par la communauté locale assemblée, qu'après avoir reçu les aveux du coupable et en avoir discuté. On est surpris par les principes très démocratiques et étrangement modernes à certains égards d'une telle procédure, mais il est vrai que la constitution de la Communauté monastique bouddhiste avait pris pour modèle celle des petites républiques aristocratiques existant dans le bassin du Gange à l'époque où vivait le Bienheureux.

(...)

L'existence même des codes de discipline prouve clairement que ni le Bouddha ni les sages disciples qui poursuivirent et parachevèrent son oeuvre juridique ne se faisaient d'illusions sur l'application pratique, par les moines comme par les fidèles laïcs, de l'admirable morale qu'ils leur prêchaient constamment. Le Bienheureux n'a jamais prétendu que le simple fait de se croire ou de se dire bouddhiste, ni celui d'être devenu un ascète de sa communauté par l'accomplissement régulier du rite de l'ordination suffisaient pour accéder à l'un ou l'autre des quatre degrés de sainteté qui sont autant d'étapes sur la Voie menant au nirvâna.


Revenons pour finir à la morale bouddhique, telle qu'elle fut enseignée par le Bouddha et qu'elle est définie si longuement, avec tant de détails, dans l'énorme masse des textes canoniques composés durant les derniers siècles avant l'ère chrétienne. Elle est certainement l'un des plus beaux monuments spirituels créés par des hommes et elle mérite vraiment notre admiration.


(...)

source : cusi.free.fr