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samedi 30 août 2008

Pratique de la Méditation Juste selon le Satipatthana Sutta

"Il n'y a qu'un seul sentier, ô moines, conduisant à la purification des êtres, à la conquête des douleurs et des peines, à la destruction des souffrances physiques et morales, à l'acquisition de la conduite droite, à la réalisation du Nirvana, ce sont les quatre sortes d'établissements de l'attention.
Quelles sont ces quatre sortes ?
Voici, ô moines, un moine observant le corps demeure énergique, compréhensif, attentif, ayant rejeté les désirs et les soucis mondains; observant les sensations..., observant l'esprit..., observant les sujets différents, il demeure énergique, compréhensif, attentif, ayant rejeté les désirs et les soucis mondains."
(Extrait du satipatthana sutta)



Ci après un enseignement de Banthe T. Dhammika



Le Sutta des quatre Etablissements de l'Attention (Satipatthana sutta) est un texte fondamental pour l'enseignement de la pratique de la méditation.

Cette méthode des quatre établissements de l'attention, nous donne une idée de la grande importance donnée- à cette pratique dans ses enseignements durant sa vie. Les enseignements du Bouddha se sont ensuite répandus à travers le monde et leur fondement demeure la pratique de l'observation attentive. Depuis deux mille cinq cent ans, ce sutra a été étudié, pratiqué et transmis de générations en générations avec un soin particulier.

Les quatre méthodes d'attention sont :
1-l'attention au corps,
2-l'attention aux sensations,
3-l'attention à l'esprit,
4-l'attention aux objets de l'esprit

Dans l'établissement de l'attention fondé sur le corps, le pratiquant est pleinement conscient du souffle, des positions du corps, des actes du corps, des différentes parties du corps, des quatre éléments formant le corps et de la décomposition du corps devenu cadavre.

Dans l'établissement de l'attention fondé sur les sensations, le pratiquant est pleinement conscient des sensations agréables, désagréables et neutres à mesure qu'elles apparaissent, durent et disparaissent. Il est conscient des sensations ayant une base psychologique et des sensations ayant une base physiologique.

Dans l'établissement de l'attention fondé sur l'esprit, le pratiquant est pleinement conscient des états d'esprit tels que le désir, la haine, la confusion, la concentration, la dispersion, les formations internes, et la libération.

Dans l'établissement de l'attention fondé sur les objets de l'esprit, le pratiquant est pleinement conscient des cinq agrégats composant une personne (la forme, les sensations, les perceptions, les formations mentales, la conscience), des organes des sens et de leurs objets, des facteurs pouvant obstruer la compréhension et la libération, des facteurs pouvant mener à l'Eveil, et des quatre nobles vérités concernant la souffrance et de la libération de la souffrance.


Les méthodes de pratique:

Nous pratiquons la pleine conscience afin de réaliser la libération, la paix et la joie dans notre vie quotidienne. Libération et bonheur sont mutuellement liés : s'il y a libération, il y a bonheur et une plus grande libération apporte un plus grand bonheur. Nous savons que s'il y a libération, la paix et la joie existent au moment présent. Nous n'avons pas besoin d'attendre dix ou quinze ans pour les réaliser. Elles sont à notre portée dès que nous commençons la pratique. Même encore très modérés, ces éléments forment la base d'une libération, d'une paix et d'une joie plus grandes dans l'avenir.

Pratiquer la méditation, c'est regarder avec profondeur afin de voir l'essence des choses. Notre vision profonde et notre compréhension nous permettent de réaliser la libération, la paix, et la joie.

Notre colère, notre angoisse et notre peur, par exemple, sont les liens qui nous attachent à la souffrance. Si nous voulons nous en libérer, nous devons observer leur nature : l'ignorance, le manque de compréhension claire. Comprenant mal un ami, nous serons peut-être en colère contre lui et cette colère nous fera souffrir. Mais examinant avec profondeur ce qui s'est passé, nous pouvons mettre fin au malentendu. Quand nous comprendrons l'autre personne et sa situation, notre souffrance disparaîtra, la paix et la joie naîtront.

La première étape est la conscience de l'objet, la seconde est l'observation de l'objet en profondeur pour l'éclairer. L'attention signifie donc la conscience et aussi regarder avec profondeur.

Le terme Pali Sati signifie "arrêter" et "maintenir la conscience de l'objet". Vipassana signifie "aller en profondeur dans l'objet pour l'observer". Pendant que nous sommes pleinement conscients d'un objet et de son observation avec profondeur, la frontière entre le sujet et l'objet deviennent un. Ceci est l'essence de la méditation. Nous ne pouvons comprendre un objet qu'en le pénétrant et en devenant un avec lui. L'observer en restant à l'extérieur ne suffit pas.

C'est pourquoi le Sutra nous rappelle à la conscience du corps dans le corps, des sensations dans les sensations, de l'esprit dans l'esprit et des objets de l'esprit dans les objets de l'esprit.


Observer attentivement le corps:

Le premier établissement de l'attention est fondé sur le corps, ce qui inclut le souffle, les positions du corps, les actes du corps, les parties du corps, les quatre éléments composant le corps et la dissolution du corps.

Premier exercice - La respiration consciente:

Il va dans la forêt, au pied d'un arbre, ou dans une pièce vide, s'assied jambes croisées ou dans la posture du lotus, le corps droit, et établit l'attention devant lui. Il inspire, conscient d'inspirer. Il expire, conscient d'expirer.

La première pratique consiste en la pleine conscience de la respiration. Quand nous inspirons ou expirons nous savons que nous inspirons et expirons. En pratiquant ainsi, notre respiration devient une respiration consciente. Cet exercice est simple, pourtant ses effets sont profonds. Pour y arriver, il faut consacrer tout l'esprit à la respiration et à rien d'autre


Deuxième exercice - Suivre le souffle

- Quand il inspire longuement, il sait : "J'inspire longuement".
-
Quand il expire longuement, il sait : "J'expire longuement".
-
Quand il inspire brièvement, il sait : "J'inspire brièvement".
-
Quand il expire brièvement, il sait : "J'expire brièvement".

Le pratiquant suit très attentivement sa respiration et fait un avec elle pendant toute la durée de chaque inspiration ou expiration, sans laisser pénétrer aucune pensée ou idée vagabonde. Cette méthode est nommée : "suivre le souffle". Pendant que l'esprit suit le souffle, il est le souffle et seulement le souffle.

Au cours de la pratique, notre respiration devient naturellement régulière, plus harmonieuse, plus calme et notre esprit aussi devient de plus en plus régulier, harmonieux, calme. Ce changement apporte des sensations de joie, de paix et d'aisance dans le corps. Quand l'esprit et la respiration deviennent un, l'unité du corps et de l'esprit est toute proche.


Troisième exercice - Unité du corps et de l'esprit :

En inspirant, je suis conscient de tout mon corps, en expirant, je suis conscient de tout mon corps.

Cet exercice consiste à mettre le corps et l'esprit en harmonie. L'élément utilisé pour le faire est le souffle. Dans la pratique, la distinction entre le corps et l'esprit se dissout. Dans cet exercice, l'objet de notre attention n'est plus simplement le souffle, mais le corps tout entier, car il fait un avec le corps.


Quatrième exercice - Calmer

En inspirant, je calme les activités de mon corps. En expirant, je calme les activités de mon corps.

Cet exercice utilise le souffle pour réaliser la paix et le calme dans tout notre corps. Quand le corps n'est pas en paix, il est difficile à notre esprit de l'être. Utilisons notre respiration pour aider les fonctions physiques à être paisibles et régulières. Si le souffle est haletant ou irrégulier, nous ne pouvons calmer les fonctions physiques. La première chose à faire est donc d'harmoniser notre respiration. Les inspirations et les expirations doivent être légères et régulières. Quand le souffle est harmonieux, le corps l'est aussi.


Cinquième exercice - Conscience des positions du corps

De plus, quand un pratiquant marche, il est conscient: "Je marche". Quand il est debout, il est conscient: "Je suis debout". Quand il est assis, il est conscient: "Je suis assis". Quand il est couché, il est conscient: "Je suis couché". Quelle que soit la position de son corps, il en est conscient.

Cet exercice consiste en l'observation attentive des positions du corps. Ces pratiques sont utilisables tout au long de la journée pour aider le pratiquant à demeurer dans l'attention quelles que soient leurs occupations.


Sixième exercice - Conscience des actes physiques

De plus, quand le pratiquant va et vient, il applique la pleine conscience à son mouvement d'allée ou venue.

Quand il regarde devant ou derrière, se courbe ou se tient debout, il applique
également la pleine conscience à ce qu'il fait. Il applique la pleine conscience en revêtant la robe ou en portant le bol à aumônes.

Quand il mange ou boit, mâche la nourriture ou la savoure, il applique la pleine conscience à tout cela. Quand il excrète ou urine, il applique la pleine conscience à cela.

Quand il marche, se tient debout, couché, assis, s'endort ou se réveille, parle ou est silencieux, il éclaire de sa conscience tous ses actes.

Cet exercice consiste en l'observation et la conscience des actes physiques. C'est la pratique très importante.


Septième exercice - Les parties du corps

De plus, le pratiquant médite sur son propre corps de la plante des pieds jusqu'en haut, puis des cheveux du sommet de la tête jusqu'en bas, un corps contenu dans la peau et rempli de toutes les impuretés appartenant au corps:

"Voici les cheveux, les poils, les ongles, les dents, la chair, les tendons, les os, la moëlle, les reins, le coeur, le foie, le diaphragme, la rate, les poumons, les intestins, le mésentère, les excréments, la bile, le flegme, le pus, le sang, la sueur, la graisse, les larmes, le sébum, la salive, le mucus, la synovie, l'urine."

Cet exercice nous met encore plus profondément en contact avec notre corps. Ici, nous en observons et examinons toutes les parties, depuis les cheveux jusqu'à la peau de la plante des pieds.


Huitième exercice - Interdépendance du corps et de l'univers

De plus, quelle que soit la position de son corps, le pratiquant passe en revue les éléments qui le constituent: "Dans ce corps, il y a l'élément terre, l'élément eau, l'élément feu et l'élément air."

Cet exercice nous montre l'interrelation de notre corps et de tout ce qui existe dans l'univers. C'est l'un des principaux moyens de constater personnellement la nature de non-soi, non-né, et sans-mort de tout ce qui existe. Il faut être conscient de la présence des éléments terre, eau, feu et air dans notre corps, enseigne le sutra.

Ce sont les "Quatre grands éléments" (mahabhuta).
L'élément terre correspond à la nature solide, dure, de la matière. L'eau correspond à la nature liquide, imprégnante. Le feu correspond à la nature de la chaleur. L'air correspond au mouvement.


Neuvième exercice - Impermanence du corps

Les neuf contemplations (neuf stades de décomposition d'un cadavre)
1) Le cadavre est gonflé, bleuâtre et suppurant.
2) Le cadavre grouille de vers et d'insectes.Corbeaux, faucons, vautours et loups le
déchiquètent pour le dévorer.
3) Il ne reste plus qu'un squelette auquel adhèrent encore un peu de chair et sang.
4) Il ne reste plus qu'un squelette taché d'un peu de sang, mais aucune chair.
5) Il ne reste plus qu'un squelette sans aucune tache de sang.
6) Il ne reste plus qu'un amas d'os éparpillés - ici un bras, là un tibia, là un crâne
7) Il ne reste plus que des os blanchis.
8) Il ne reste plus que des os secs.
9) Les os se sont décomposés et il n'en reste plus qu'un tas de poussière.

Cet exercice aide à voir la nature impermanente, soumise à la décomposition de notre corps. Les objets d'observation attentive sont les neuf stades de décomposition d'un cadavre.


Quand nous pratiquons ces neuf exercices donnés par le Bouddha pour observer le corps dans le corps, nous nous concentrons sur le souffle, le corps, les positions, les actes, les différentes parties, les éléments, la décomposition du corps.
En l'observant ainsi, nous sommes en contact direct avec le corps et pouvons voir le processus de devenir et de cessation dans ses composants.

Selon le sutra (sutta), à la fin de chaque exercice de méditation observant le corps dans le corps, il est dit: "C'est ainsi que le pratiquant demeure établi dans l'observation du corps dans le corps - l'observation du corps intérieurement ou extérieurement, ou à la fois intérieurement et extérieurement. Il demeure établi dans l'observation du processus de devenir dans le corps ou du processus de dissolution dans le corps ou à la fois du processus de devenir et de dissolution.

Ou bien il est attentif au fait: "Il y a ici un corps", jusqu'à ce que viennent la compréhension et la pleine conscience. Il demeure établi dans l'observation, libre, n'étant pris dans aucune considération attachée au monde."

Etre en contact avec ces aspects et capable de voir le processus de naissance et de mort ainsi que la nature de non-soi et interdépendante du corps, c'est le sens de l'observation attentive du corps.
Les enseignements de l'impermanence, de l'absence d'un soi et des origines interdépendantes - les trois observations fondamentales du Bouddhisme - sont donc directement compris grâce à la pratique des neuf exercices pour l'observation attentive du corps.

Ces neuf exercices peuvent nous libérer et nous éveiller au mode d'existence des choses.


Dixième exercice - Guérir les blessures par la conscience de la joie

De plus, (bhikku), un pratiquant est conscient du corps en tant que corps, quand, grâce à l'abandon des cinq désirs, une sensation de félicité naît durant la concentration et sature chaque partie de son corps.

De plus, (bhikku), un pratiquant conscient du corps en tant que corps sent la joie qui naît durant la concentration saturer chaque partie de son corps. Il n'y a aucune partie de son corps que n'atteigne cette sensation de joie, née durant la concentration.

De plus, (bhikku), un pratiquant conscient du corps en tant que corps ressent une sensation de bonheur qui naît avec la disparition de la sensation de joie et imprègne tout son corps. Cette sensation de bonheur qui naît avec la disparition de la sensation de joie atteint chaque partie de son corps.

De plus, (bhikku), un pratiquant conscient du corps en tant que corps enveloppe son corps tout entier d'un esprit clair, calme, rempli de compréhension.

Le but de cet exercice est d'amener l'aisance, la paix et la joie, de guérir tant les blessures du
corps que celles du coeur et de l'esprit, de nous nourrir pendant que nous progressons dans la pratique de la joie, et de nous permettre d'avancer loin sur le chemin de la pratique.

Nous l'avons déjà vu, cet exercice vise à nous nourrir de joie et de bonheur et à guérir nos blessures intérieures. Mais nous n'hésitons pas à lâcher cette joie pour entreprendre le travail d'observation. Joie et bonheur, étant produits par des conditions physiques et psychologiques, sont aussi grâce à l'observation attentive, nous saisissons directement la nature impermanente, dénuée d'un soi et interdépendante de tout ce qui existe, que nous pouvons accomplir la liberté et la libération.

Source : Centre Bouddhiste International de Genève


vendredi 6 juin 2008

la pratique du dhamma

Ci après un enseignement donné par Buddhadasa Bhikkhu à des méditants occidentaux venus étudier au Suan Mokkh, en 1986.
Extrait de « Le remède naturel contre les maux spirituels. »



...nous allons discuter de la bonne utilisation du Dhamma, c'est-à-dire, de comment vivre avec le Dhamma.

Quand nous parlons du Dhamma, nous voulons dire la connaissance que nous devons mettre en pratique afin de pouvoir soigner les maux spirituels.

Concernant cette pratique, il y a quatre importantes choses (dhammas) qui doivent être comprises (la signification initiale du mot: “Dhamma” est le mot “chose”. Mais ici, dhamma signifie “qualité” ou “vertu”. Vous allez voir que ce mot, cependant, peut avoir de très nombreuses significations, niveaux et ramifications )

Ces trois « choses » (dhammas) sont : sati (la pleine conscience, l’attention), sampajanna (la sagesse-en-action, la compréhension « en éveil »), samadhi (la concentration), et panna (le sagesse intuitive, ma vision intérieure).

Si vous observez soigneusement, vous constaterez que ces quatre dhammas, vous les avez déjà fait apparaître par la pratique d’anapannasati (la pleine conscience de la respiration).

Maintenant, nous allons passer en revue ces quatre dhammas et voir comment nous pouvons nous en servir, les mettre en action.


Sati : la pleine conscience, l’attention

Sati doit être vive comme une flèche

Sati (la pleine conscience, l’attention, la réminiscence) : c’est la conscience vive, la réminiscence des choses qui doivent être gardées en mémoire. Sati doit être vive comme une flèche

Nous pouvons aussi décrire sati comme un véhicule ou un moyen de transport de la plus rapide des espèces. Ce moyen de transport très vif, ne véhicule pas des objets matériels, il transporte la sagesse et la connaissance.

Sati apporte la sagesse (panna) au moment où nous en avons besoin. Grâce à la pratique de la pleine conscience de la respiration, sati est entraînée et développée.


Sampajanna : « la sagesse en action »

Le second dhamma est sampajanna. Sampajanna est le sagesse car elle rencontre et analyse immédiatement un problème quand celui-ci survient, afin de pouvoir agir et traiter ce problème – c’est la sagesse-en-action. Sampajanna est cette forme de sagesse bien spécifique qui s’applique à une situation ou un évènement précis.

Néanmoins, vous avez sûrement dû trouver toute une série de traduction pour ce terme « sampajanna » ; ce qui peut être source de confusion. Nous vous conseillons de ne retenir que cette définition : « la sagesse en action ». ou mieux, apprenez le mot en pali, ainsi il n’y aura pas de doute.

Le terme « sagesse » peut avoir de très nombreuses significations et être compris différemment. Le terme « sampajanna » a une signification bien limitée. Cela concerne la sagesse qui est immédiatement nécessaire pour faire face à un problème qui se pose à nous.
Cette sagesse active n’est pas une sagesse générale, elle s’applique à des situations bien particulières.

C’est la même chose qu’avec le terme « Dhamma » qui a une incroyable multiplicité de significations en fonction du moment et de la manière dont il est utilisé.

Quand le Dhamma est appliqué pour résoudre un problème spécifique, un évènement ou une situation particulière, il y a un Dhamma spécifique pour cette situation spécifique. La signification du terme est circonscrite à l’occasion et aux circonstances.

Dans le cas d’un dhamma employé pour éclaircir un problème, l’expression la plus précise et la plus adaptée est « Dhamma-sacca » ( Dhamma-Vérité). Dhamma-sacca est le dhamma particulier employé pour une situation immédiate à laquelle dont devons faire face, que ce soit au début de la « maladie » spirituelle ou lors de l’exposition aux germes de ce mal spirituel.
C’est l’utilisation appropriée d’un dhamma spécifique à un évènement ou incident précis.

Nous pouvons comparer le Dhamma à l’armoire à pharmacie de notre maison. Dans celle-ci, nous stockons une grande variété de médicaments, de pilules, de pommades, de poudres et de sirops, pour tous les usages. Mais, en fait, quand nous sommes malades, nous devons choisir parmi tous ces médicaments celui qui correspondra à la maladie que nous avons et qui saura traiter ce mal. Nous ne pouvons pas prendre tous les médicaments ; nous devons prendre seulement celui qui est nécessaire pour soigner notre mal, ici et maintenant.

La même chose est vraie pour le Dhamma. Veuillez comprendre qu’il existe une variété incroyable de ce que nous appelons Dhamma et panna, et que nous n’en utilisons qu’une infime portion à chaque fois. Nous n’utilisons que la portion adaptée qui peut prendre en charge une situation immédiate et précise.

Sachez utiliser Dhamma et panna en fonction de notre situation et de notre problème. Le Dhamma et la sagesse qui peuvent contrôler la situation et problème, c’est ce que nous appelons « sampajanna ».

Samadhi : « l’esprit bien établit, l’esprit correctement maintenu, l’esprit bien stable »

Le troisième dhamma que nous allons aborder aujourd’hui est samadhi. Ce qui signifie littéralement « l’esprit bien établit, l’esprit correctement maintenu, l’esprit bien stable ».

Le Bouddha a donné la signification la plus large possible de samadhi quand il l’a défini comme : « l’esprit focalisé – one pointed mind – (ekaggata-citta) qui a le nibbana pour objet ».
(« Egaggata-citta » ne doit pas être confondu avec « ekaggata » Ces deux termes font référence à la focalisation, mais ils sont employés dans différents contextes. Le dernier terme fait référence à un facteur de jhana. Le premier se réfère à « l’esprit qui est dirigé sur un seul objet ou sujet »).

Nous pouvons dire que samadhi a trois caractéristiques : parisuddhi (la pureté), samahita (la fermeté, la constance, la stabilité) et kammanaya (la réactivité, la promptitude, la capacité à œuvrer).

Ainsi, si vous voulez savoir si l’esprit est en état de samadhi ou non, examinez-le et voyez s’il comprend ces trois qualités. Voyez s’il est, ou non, pur, stable et actif.

Quand nous parlons du pouvoir ou de l’énergie de samadhi, nous voulons indiquer la manière dont l’esprit focalise toute son énergie sur un seul point. C’est la même chose qu’une loupe qui est capable de focaliser les rayons du soleil sur un seul point et qui fait apparaître une flamme.

De même, quand la puissance de l’esprit est rassemblée sur un seul point, celui-ci est focalisé (one-pointed). L’esprit qui est en samadhi produit une énergie colossale, qui est plus forte que n’importe quelle autre forme de puissance.

Nous pouvons décrire cet esprit très fortement concentré de deux manières:
-La première est « indriya » qui signifie « souverain » ou « chef ».
-La seconde est « bala », qui veut dire « puissance, force, rabutesse ».

Ainsi, nous avons samadhi-indriya et samadhi-bala, l’esprit qui a la souveraineté et davantage de puissance que n’importe quoi d’autre.

Samadhi doit travailler ensemble avec la sagesse. Samadhi est comme le poids du couteau et panna en est le tranchant. Pour qu’un couteau puisse couper correctement quelque chose, il doit posséder deux choses : le poids et le tranchant. Un couteau qui est pesant, mais émoussé, tel un marteau, ne peut rien couper et ne fait que de la charpie. D’un autre coté, un couteau très effilé, mais qui ne pèse pas, telle une lame de rasoir, ne tranchera jamais ce qu’il est sensé couper. Un couteau a besoin des deux propriétés ; l’esprit de même.

Pour faire ce qu’il doit faire, l’esprit a besoin à la fois de samadhi et panna. Vous pourriez vous demander qu’est ce qui fait qu’un couteau coupe : la pesée exercée sur la lame ou le tranchant de celle-ci ? Si vous êtes capable de comprendre ceci, il vous sera plus facile de comprendre comment le Dhamma tranche au travers des problèmes, c'est-à-dire, les impuretés mentales.

Au moment de l’activité de sampajanna, samadhi et panna travaillent de conserve pour couper au travers du problème. Ils sont interconnectés et, dans la pratique, ils ne peuvent être dissociés.

Panna : la sagesse

Il nous reste à parler du dernier dhamma : panna (la sagesse, la connaissance intuitive, la vision intérieure).

La signification de ce mot est très large. Littéralement, il signifie « connaître complètement ».

Cela ne veut pas dire connaître tout ce qui peut être connu, mais connaître ce qu’il est nécessaire d’être su.

Panna est la connaissance complète et adéquate de ce qu’il est important de savoir. De toute les choses qui peuvent être connues, panna ne fait référence qu’aux choses qui nous serons utiles pour nous permettre de résoudre nos problèmes.

Par exemple, il n’est pas nécessaire de connaître la structure de l’atome ou d’avoir la connaissance sur les espaces intergalactiques.

Nous n’avons besoin de savoir seulement ce qui permet la cessation de dukkha (les maux spirituels), directement dans notre esprit.

Ce qui mérite d’être su, c’est seulement ce qui se rapporte à la cessation de dukkha. Cela est conforme à l’enseignement du Bouddha qui rappelait qu’il n’enseignait rien d’autre que ce qui se rapportait à dukkha et à la cessation de dukkha.

Il existe une belle citation en pali que j’aimerais que vous entendiez :
« Pubbe caha bhikkhave etarahica dukkhanava pannapemi dukkhassa ca niodha. » ( Bhikkhus ! Dans les temps passés, aussi bien qu’aujourd’hui, je n’ai parlé que de dukkha et de l’extinction totale de dukkha)

Le Bouddha ne fait pas référence au futur, car celui-ci n’existe pas. Mais, dans le passé comme dans le présent, il n’enseigna que ces deux choses.

Parmi les choses que nous devons savoir, nous pouvons citer quatre importants aspects de la sagesse:
Le premier sujet que j’aimerais aborder, il y a les trois caractéristiques de l’existence (ti-lakkhana) : anicca (l’impermanence, le changement), dukkha (l’insatisfaction), et anatta (le non-soi et l’altruisme) (« selflessness » peut être traduit par « altruisme » ou « générosité désintéressée »).
Vous pouvez trouver ces explications détaillées sur ces trois caractéristiques dans de très nombreux ouvrages ; je me contenterais seulement de les rappeler brièvement aujourd’hui.


Toute chose composée :

Anicca signifie que toute chose composée est en constant changement.

Veuillez noter que nous ne parlons que des choses composées. Les choses non composées n’ont pas cette caractéristique d’anicca.

L’impermanence ne s’applique qu’aux choses qui sont produites par des causes et des conditions. Comme ce terme « choses composées » est important, vous feriez bien de retenir le terme pali, « sankhara ». Sankhara signifie : « former, composer, inventer, conditionner », et s’applique à cette myriade de choses qui, en permanence, produisent et conditionnent de nouvelles choses. C’est une caractéristique ou activité de toutes les choses phénoménales, comme ces arbres autour de nous.

Différentes causes interagissent ensemble dans ceux-ci. De nouvelles chose apparaissent, il y la croissance et le développement, les feuilles grandissent et tombent, le changement est incessant. Sankhara est cette activité continuelle de changement. Tout ce qui est conditionné dans l’existence est appelé « sankhara ». Les conditions de l’apparition de ces choses et ces choses elles-mêmes, sont appelées « sankhara ». Ainsi, « sankhara » englobe à la fois, les choses conditionnées et les choses qui conditionnent et aussi, les causes et les effets du conditionnement.

Nous pouvons comparer ce conditionnement sans fin aux briques d’un mur. Chaque brique supporte une autre brique qui elle-même supporte une autre qui en supporte une autre et ainsi de suite, par couche successives. Chaque brique supporte d’autres briques et est soutenues par les briques qui sont sous elle. Chacune d’elles supporte et est supportée.

Ainsi, sankhara possède trois significations, à la fois verbe et nom.
-La première signification, le verbe, est l’activité de former, de composer, de conditionner.
-La seconde signification se réfère aux choses conditionnées par cette activité et
- la troisième se réfère aux causes et aux conditions de cette activité.
La signification de sankhara est aussi vaste que cela.

Observez cette activité de conditionnement, vous la verrez dans toutes choses. Sans cette activité qui fait que des choses sont continuellement composées et celles-ci composent sans cesse d’autres choses, il n’y aurait pas d’existence, de vie. Il ne peut y avoir de vie, d’existence que par ce perpétuel conditionnement et reconditionnement.

Mais parfois, ce conditionnement est si subtil que nous ne pouvons pas le percevoir. Il peut même être caché, comme dans une roche. Il y a un perpétuel conditionnement qui se produit dans chaque roche, mais quand vous regardez, vos yeux ne peuvent pas le détecter. Néanmoins, soyez conscient du processus de conditionnement incessant dans toutes les choses qui existent.

La meilleure approche est de voir ce processus de conditionnement en vous-même. Tout cela se produit dans notre corps. Nous pouvons voir le conditionnement en nous, nous pouvons voir les choses alors qu’elles sont conditionnées, et nous pouvons voir les choses qui les conditionnement.

En regardant en nous, nous pouvons voir ce sankhara. Il y a le conditionnement de l’agrégat du corps (rupa-khandha) ; le conditionnement de l’agrégat des sensations (vedana-khandha) ; le conditionnement de sanna-khandha, qui est l’agrégat des perceptions, des identifications et des classifications ; le conditionnement de l’agrégat de la pensée (sankhara-khandha) ; et enfin, le conditionnement de l’agrégat de la conscience (vinnana-khandha).

Ces cinq importants groupes ou agrégats, leur existence et leur constant conditionnement peuvent être observés dans nos corps, alors que ceux-ci sont vivants.


Le point de contact :

Examinez les transmissions ou points de contact : maintenant les yeux travaillent, maintenant les oreilles travaillent, maintenant le nez travaille, maintenant la langue travaille, maintenant la peau travaille, maintenant l’esprit travaille. Un par un, ils assurent leurs fonctions, ils font leur travail. Quand l’un d’eux fonctionne, alors, à ce moment, il y a sankhara.

C’est quand, où et comment nous pouvons observer les conditionnements se produire. Dans le corps, il se produit un incessant conditionnement et un changement constant. Les cellules meurent et de nouvelles croissent, durant un temps et seront remplacées à leur tour. Même ces aspects purement physiques de l’existence révèlent le sankhara.

Dans ce corps, il y a six organes sensoriels : les yeux, les oreilles, le nez, la langue, la peau et l’esprit. Ceux-ci rencontrent les objets extérieurs des sens : les formes, les sons, les odeurs, les goûts, le toucher et les objets mentaux. Quand l’organe des sens entre en relation avec l’objet des sens correspondant (par exemple, l’œil voit la forme ou l’oreille entend le son…), alors se produit le conditionnement. Une forme est vue, un son est entendu, une odeur est sentie. Nous nommons cela « phassa » (le contact).

C’est le point de départ du phénomène de conditionnement ; une série de sankhara plus profonds apparaît de cela. La rencontre de l’organe des sens avec l’objet des sens (œil et forme, oreille et son… esprit et formation mentale) conditionne phassa. Phassa conditionne védana (les sensations : les réactions plaisantes ou déplaisantes face à ces expériences sensitives).

Védana aide au conditionnement de sanna, parce que les perceptions et l’identification de ces perceptions surgissent en fonction de ces sentiments.

Quoi qu’il arrive, est ainsi identifié et classifié. Sanna conditionne alors diverses pensées, y compris les émotions (sankhara-khandha). Et ceci nous conduit à agir d’une manière ou d’une autre. Puis, le résultat de ces actions nous conduisent à davantage de pensées, qui nous entrainera à de nouvelles actions et ainsi de suite…

Voilà un exemple de ce que nous désignons par « conditionnement ». Nous voyons que cette sorte de conditionnement se produit en permanence, même dans notre propre corps. Jamais cela ne s’arrête, ni ne prend du repos. Cela se poursuit que nous soyons éveillés ou endormis. Ce flux perpétuel, ce flot incessant, c’est la caractéristique d’anicca.


Dukkha :

Quand nous voyons clairement la caractéristique d’anicca, il est facile de comprendre la deuxième caractéristique, dukkha (l’insatisfaction, l’insupportable, la laideur, l’insignifiant).

Si nous voulons que les choses aillent selon notre idée, nous expérimentons dukkha. Quand les chose ne restent pas comme nous le souhaiterions ou nous le voudrions, nous éprouvons dukkha.

En fait, rien ne se produit réellement comme nous voulons, car rien ne reste inchangé suffisamment longtemps pour correspondre à ce que nous voulons. Alors, notre insatisfaction (dukkha) est sans fin. C’est la caractéristique de dukkha.

Quand nous regardons étroitement nous voyons que, nous-même, nous avons ces caractéristiques : l’impermanence, la souffrance et l’insatisfaction.

Les choses que nous aimons et qui nous plaisent sont anicca et dukkha. Les choses que nous n’aimons pas sont anicca et dukkha. Il n’y a rien dans tous les sankhara qui ait les caractéristiques de la permanence (nitta) et qui soit satisfaisant (adukkha). Nous devons voir anicca et dukkha en nous-même de cette façon.

Quand nous voyons complètement l’impermanence, quand nous voyons complètement la souffrance, l’insatisfaction, alors de manière automatique nous voyons que toute chose est anatta (sans-soi). Il n’y a rien que nous puissions appeler « Je », « moi ».

Parmi tous ces changements et ces conditionnements, il n’y a aucune entité individuelle ou substance éternelle qui peut être assimilé à un « soi ». Tout est anatta, sans-soi. Les choses existent ; noous ne disons pas le contraire. Ce qui est, est ; mais tout ce qui est, est sans soi propre. Nous ne devons pas nous méprendre et penser que nous avons un soi (atta). Il y a seulement le flot du changement. Tout ceci est la compréhension ou panna au sujet d’anicca, dukkha et anatta.


La vacuité :

Le deuxième sujet est la compréhension ou panna(sagesse) à propos de sunnata (la vacuité). Quand nous voyons les trois caractéristiques d’anicca, de dukkha, d’anatta, quand nous comprenons que toute chose n’a pas d’entité propre, alors nous comprenons que toute chose est vide de soi, est vide de quoi que ce soit que l’on puisse nommer : un soi.

C’est la signification de sunnata. Cette caractéristique simple de sunnata recoupe et recouvre les trois premières caractéristiques (anicca, dukkha et anatta).

La signification de « sunnata » est meilleure, plus large, plus facile et plus utile que n’importe quel autre mot pour définir le principe de la pratique et le principe de la vie. Encore faut-il que nous comprenions ce terme à la lumière du Dhamma, dans la langue de sati-panna (la pleine conscience et la sagesse).

Il ne doit pas être compris suivant des caractéristiques matérialistes, comme « rien n’existe » ou « tout est vide ». Le Bouddha a insisté sur le fait qu’une telle vue nihiliste est une conception extrême et une compréhension erronée. Sunnata n’est pas le nihilisme ou le néant. Les choses existent, mais elles sont vides et libres de quoique ce soit qui puisse être qualifié de « soi ».

Alors, nous disons que toute chose est vide, c’est la signification de la « vacuité » dans le langage du Dhamma. Si nous voyons sunnata, cela incluse voir anicca, dukkha, et anatta. Nous n’avons pas besoin de voir ces quatre caractéristiques ; en voir juste une seule – la vacuité – est suffisante pour prévenir les impuretés mentales (kilesa : perturbations et contaminations de la nature calme de l’esprit).

Quand nous voyons la vacuité dans les choses que nous aimons, nous cessons d’aimer. Quand nous voyons la vacuité dans les choses que nous haïssons, nous cessons de haïr. Alors, il n’y a ni amour, ni haine, ni attirance, ni répulsion, ni bonheur (sukha), ni souffrance (dukkha). Il y a juste une voie médiane, vivre dans la quiétude et la liberté de la voie du milieu. Tel est le fruit de la vraie compréhension de la vacuité des choses.

Tant que l’amour et la haine subsistent, l’esprit reste esclave de cet attachement aux choses que nous aimons ou que nous haïssons. Avec la complète compréhension de sunnata, l’esprit est libre, délié de ces choses. La véritable liberté, c’est la vacuité.

Sunnata est un synonyme de nibbana. Nibbana est vacuité. Quand l’esprit comprend la vacuité, il n’y a plus d’impuretés mentales, il n’y a plus de chaleur ; il y a nibbana, qui signifie « le calme, la fraîcheur ». Ainsi, quand il y a sunnata, il y a le calme, la « fraîcheur », nibbana. Le Bouddha a dit : « Vous deevez toujours regarder le monde comme une chose vide d’atta (de soi) et d’attaniya (appartenance au soi). C’est le second aspect de panna.


La Loi de la Nature : la loi des causes et des effets

Le troisième sujet que je souhaite aborder est la conditionnalité (idappaccayata), ce qui veut dire : « parce que ceci est, ceci est ; parce que ceci se produit, ceci se produit ; parce que ceci n’est pas, ceci n’est pas ; parce que ceci cesse, ceci cesse ».

Ces conditions sont appelées « idappaccayata », la loi des causes et des effets.

Nous pouvons aussi l’appeler la loi de la coproduction conditionnée (paticca-samuppada) car idappaccayata et paticca-samuppada sont la même chose, le même principe de sagesse qui doit être étudié, observé et compris.

Vous verrez que toute chose en ce monde est un flot constant, que le monde est un flux continuel. C’est un sujet profond et perplexe. De nombreux livres traitent de cela en détail ; certains sont complexes, surtout ceux traitant ce sujet en termes de coproduction conditionné.


Tathata « Simplement ainsi », « juste cela »

Maintenant, nous arrivons au quatrième sujet : tathata (l’ainsité). « Simplement ainsi », « juste cela » : chaque chose est telle qu’elle est et ne peut être différente de cette « ainsité ».

Ceci est appelé « tathata ». Quand tathata est vue, les trois caractéristiques d’anicca, de dukkha et d’anatta elles-aussi sont vues, sunnata est vu et idappaccayata est vue.

Tathata est le résumé de tout ceci – simplement ainsi, seulement ainsi, non-altérité possible – ; il n’y a rien de meilleur que ceci, rien de plus que ceci, rien d’autre que ceci...

Pour comprendre intuitivement tathata, il faut voir la vérité de toute chose, il faut voir les choses qui induisent en erreur. Ces chose qui leurrent sont celles qui font naître en nous la discrimination et la dualité : bien et mal, bonheur et tristesse, victoire et défaite, amour et haine, etc.

Il y a de très nombreuses paires opposées de cette sorte dans le monde. En voyant pas tathata, nous permettons à ces choses de nous leurrer en nous faisant croire à cette dualité : ceci-cela, attirance-répulsion, chaud-froid, mâle-femelle, impureté-éveil.

Cette illusion est la cause de tous nos problèmes. Emprisonnés dans ces oppositions, nous ne pouvons pas voir la vérité des choses. Nous retombons dans l’attirance et la répulsion, qui à leur tour nous amène dans les impuretés (kilesa), parce que nous ne voyons pas tathata.

Ce que nous devons voir, constamment et en profondeur, c’est que le bien est sankhara et que le mal, lui aussi, est sankhara. Les sensations plaisantes et déplaisantes, sukha et dukkha, sont toutes deux sankhara. Il n’y a rien qui ne soit pas sankhara.

De même, toute chose est tathata. Toute chose a cette caractéristique....

De plus, nous pouvons dire que le ciel est sankhara et que l’enfer est sankhara. Aussi, ciel et enfer sont tathata – juste ainsi.

Notre esprit doit être au-dessus du ciel, au-dessus de l’enfer, au-dessus du bien et du mal, au-dessus de la joie et de dukkha. Tathata est le quatrième sujet de la compréhension ou panna, la sagesse qui doit être développée à un niveau suffisant.

Nous devons étudier la réalité à la fois au niveau physique et matériel et au niveau mental et spirituel, jusqu’à ce que notre connaissance et notre sagesse soient adéquates et constantes.

Maintenant nous connaissons les quatre dhammas : sati, sampajanna, samadhi et panna. Il nous reste à apprendre comment les mettre en pratique de manière que cela nous conduise à une forme de sagesse correcte, réussie et salutaire.

La question maintenant c’est : comment employer le Dhamma, ou bouddhisme, dans nos vies quotidiennes ?


Dhamma dans la vie de tous les jours :

Comment allons-nous employer ces quatre dhammas dans nos vies quotidiennes ?

Une réponse rapide : nous devons vivre nos vies à la lumières de ces quatre dhammas. Nous devons employer ces quatre dhammas de manière correcte pour faire face à chaque situation et chaque problème qui arrive chaque jour.

Toutes les fois que surgit une situation qui pourrait nous conduire aux problèmes ou à dukkha – comme les yeux voyant une forme, les oreilles entendent un son, ou l’esprit ayant une pensée – nous devons avoir sati. Sati, immédiatement, amène le sagesse nécessaire face à cette situation afin de traiter les problèmesqui pourraient apparaître. La pleine conscience vient en premier.

Cette sagesse appliquée à l’expérience est sampajanna. Amenée à temps par sati, cette sagesse-en-action traite la situation telle qu’elle se présente. Puis, dans le même temps, alors que sampajanna est en action, la puissance de samadhi donne la force et l’énergie à la sagesse afin qu’elle puisse s’attaquer au problème.

A ce niveau, il y a samadhi ; à ce niveau la sagesse-en-action est capable de résoudre le problème. Panna agit comme un vaste entrepôt où serait stockées la connaissance et la vision intérieure dont se sert sati pour traiter avec les expériences des sens.

Quand ces quatre dhammas travaillent de conserve, nous pourrons voir que nous devenons plus intelligent. Nous sommes intelligents car nous avons la capacité de faire face aux situations qui se présentent à nous, sans engendrer de nouveaux problèmes ou tensions. Nous ne sommes pas asservi aux influences de toutes les paires opposées. C’est la vie libérée, paisible et fraîche. C’est le meilleur que puisse atteindre un être humain.

Pour résumer, nous devons posséder suffisamment de panna, nous devons employer sati à tout moment, nous devons appliquer sampajanna correctement et nous devons employer samadhi de manière appropriée et avec une puissance adéquate. Ensemble, ces quatre dhammas doivent employés de manière correcte et avec suffisamment d’énergie, dans toutes les situations qui peuvent se présenter à nous. C’est la réponse à la question : comment employer le Dhamma avec succès ?

J’espère que chacun d’entre vous va employer ces quatre dhammas dans votre vie. Rien d’autre ne pourra justifier le temps, l’effort et la dépense que vous avez dépensés pour venir ici. J’espère que vous ne partirez pas d’ici avec des dettes, mais que vous tirerez des bénéfices de votre séjour à Suan Mokkh.

Buddhadasa Bhikkhu ”The Natural Cure for Spiritual Disease”- Traduction de l'anglais par isara


  • Lire L'introduction + la première partie de cet enseignement sur le blog d'isara

lundi 4 février 2008

Méditation Bouddhiste; la Culture de l'esprit et du coeur





Ci après des extraits du livre : "Satipatthana, le coeur de la Méditation Bouddhiste- L'art de cultiver l'harmonie et l'équilibre de l'esprit "de Nyanaponika Thera

Plan de ce message
1- Remarques préalables
2- La Culture de l'esprit 



1- Remarques préalables:

Satipatthana ( mot pali ) signifie : l'Etablissement de l'Attention.

Ce livre remarquable a pour but d'attirer l'attention sur la signification profonde et étendue de l'établissement de l'Attention qu'enseigna le Bouddha

L'enseignement du Bouddha offre une grande variété de méthodes d'entrainement mental et de sujet de méditation. (...) Pourtant toutes ces méthodes convergent finalement vers l'Etablissement de l'Attention, que Bouddha lui même appelle le "Seul sentier".

  • Ce message est la suite de : Les Quatre Objets de l'Etablissement de l'Attention: ICI


Durant une retraite de méditation, on pratique l'Etablissement de l'Attention.

Ainsi,  durant une retraite intensive on ne pratique pas "vipassana" mais Satipatthana qui conduit à vipassana 


Pratiquer le satipatthana c'est pratiquer l'Attention Juste


Portée de la méthode Satipatthana:


Cet ancien Satipatthana ou "Etablissement de l'Attention" est aussi praticable aujourd'hui qu'il y a 2500 ans. Il est aussi praticable dans les pays d'occident que dans ceux d'Orient; au milieu de l'agitation de la vie aussi bien que dans la calme de la cellule du moine.

L'attention Juste est en fait la base indispensable des moyens d'existence Juste et de la pensée Juste, partout en tout temps pour chacun.

  • LIRE sur ce blog : Le Noble Octuple sentier : ICI





2- Ci après des extraits du chapitre V : La Culture de l'esprit 


Culture de l'Esprit et Culture du Coeur


Satipatthâna, l'entrainement à l'Attention Juste, est la culture de l'esprit- dans son sens le plus élevé.

Mais d'après le Discours et aussi d'après l'exposé précédent (ICI), quelques lecteurs peuvent peut-être avoir la première impression que c'est un enseignement assez froidement intellectuel, sec et ennuyeux, indifférent à l'éthique et -négligeant la culture du coeur. Nous espérons que la la vie chaude qui bat dans le cadre sobre de satipatthana n'aura pas passé inaperçue ; néanmoins, nous ajouterons quelques mots en réponse à cette objection:

- La déficience apparente en ce qui concerne la considération de l'éthique s'explique par le fait que, en de nombreuses occasions, le Bouddha a parlé avec la plus grande insistance de la
moralité comme base indispensable de tout développement mental supérieur. Ce fait, bien connu de tous les disciples n'avait pas besoin d'être mentionné à nouveau dans un Discours
consacré à un sujet spécial. (...)
-(...) dans la méthode Satipatthâna l'une des tâches principales de l'Attention est de veiller à ce qu'aucune action, parole ou pensée ne blesse l'esprit d'amour bienveillant illimité (metta)(...)



Le message d'Aide par soi-même.

L'Etablissement de l'Attention est un message d'aide par soi-même (...)

(...)

Le Bouddha ne montrait pas le sentier vers le but suprême avec une froide indifférence ; il ne se contentait pas de pointer fortuitement le doigt vers la route ni de glisser dans la main de ceux qui avaient besoin d'un guide et d'un aide expérimenté un simple "morceau de papier portant une carte compliquée" (...) Le Bouddha montrait le sentier et indiquait aussi les "provisions" ou "ressources" nécessaires pour ce long voyage(...)

La façon la plus simple et la plus compréhensible dont il parla de ces ressources à l'aide de soi-même est cette méthode de Satipatthâna.



L'essence du Satipatthâna peut se résumer en deux mots : "Soyez attentifs", ce qui veut dire : Soyez attentif à votre propre esprit.


Et pourquoi ? L'esprit abrite tout : le monde de souffrance et son origine, mais aussi la cessation finale du mal et le sentier qui y mène

Satipatthana, s'occupant toujours de ce crucial moment présent de l'activité de l'esprit doit être nécessairement un enseignement de dépendance de soi-même. Mais la dépendance de soit-même doit être développée progressivement parce que les hommes, ne sachant comment manier l'outil de l'esprit, sont habitués à s'appuyer sur les autres et sur l'habitude ; à cause de cela, cet outil splendide qu'est l'esprit humain, est en fait devenu incertain par suite de négligence.

La route vers la maîtrise de soi que montre Satipatthana commence donc avec des pas très simples que même l'homme le plus défiant de lui-même peut faire.


Satipatthana, dans cette simplicité qui convient à un enseignement appelé Voie Moyenne, commence en fait, avec très peu de chose : L'Attention et les objets de cet attention

L'une des fonctions les plus élémentaires de l'esprit est l'attention, ou l'attention initiale. Celle-ci est en effet si proche et si familière que tout homme, s'il le veut vraiment, peut y baser ses premiers pas de dépendance de soi.
Et tout aussi familiers sont les premiers objets de cette attention : ce sont les tâches et petites activités de la vie quotidienne. L'Attention les extrait de leur routine habituelle et les sort pour un examen plus approfondi et pour leur amélioration.

Les améliorations visibles pour le travail quotidien, effectué avec une attention, une profondeur et une circonspection soigneuses, donneront un encouragement supplémentaire pour la recherche de l'aide à soi-même

II y aura de notables améliorations dans la condition de l'esprit (...)

Au cours de la pratique, les petites choses de la vie quotidienne deviendront des maîtres de grande sagesse qui révèleront progressivement leur propre dimension de profondeur. (...)


Satipatthana restaure la simplicité et le naturel dans un monde qui devient de plus en plus compliqué, problématique et qui compte sur des moyens artificiels.

Elle enseigne ces qualités de simplicité et de naturel principalement pour leurs propres mérites inhérents, mais aussi pour faciliter la tâche de l'aide spirituelle à soi-même.

(...)

Toutes ces mauvaises qualités visant à accroître la complication de la vie peuvent être efficacement contrecarrées par l'entraînement mental de l'Attention Juste.

Satipattthâna enseigne à l'homme comment venir à bout de toute cette complexité embrouillée de sa vie et de ses problèmes en le dotant dans le premier cas de la faculté d'adaptation et de
la souplesse de l'esprit, de la rapidité d'une réponse juste dans des situations changeantes, de l'habileté à appliquer les moyens corrects (c'est-à-dire la Compréhension Claire de Convenance).

(...)

En ce qui concerne les complications susceptibles d'être réduites, Satipatthâna soutient l'idéal de simplicité des besoins.
Il est de toute urgence aujourd'hui d'accentuer cet idéal en vue de la dangereuse tendance moderne à créer artificiellernent, à répandre la propagande et à conditionner des besoins toujours nouveaux.

Les résultats de cette tendance, tels qu'ils apparaissent dans la vie sociale et économique, font partie des causes secondaires de la guerre, tandis que la racine - la cupidité - en est une de ses causes principales. (...)


Comment l'esprit de l'homme peut-il dépendre de lui-même s'il continue à se livrer au labeur incessant d'augmenter constamment des besoins imaginaires entraînant une dépendance croissante

Quant à notre sujet particulier, l'aide spirituelle à soi-même, comment l'esprit de l'hornme peut-il dépendre de lui-même s'il continue à se livrer au labeur incessant d'augmenter constamment des besoins imaginaires entraînant une dépendance croissante des autres ?
On doit cultiver la simplicité de la vie pour sa beauté inhérente ainsi que pour la liberté qu'elle procure. (...)


N'utilisant que les conditions de vie qu'elle trouve, Satipatthana n'exige pas la retraite totale ou la vie monastique

Cependant, des périodes de retraite sont utilses pour s'initier à la pratique méthodique et rigoureuse.


Satipatthana est un moyen de libération de soi

Satipatthana est libre de dogmes, de la dépendance de "révélations divines" ou de toute autre autorité extérieure en matière spirituelle.


Ce Caractère de Satipatthana comme message de dépendance de soi-même à l'aide de soi-même est illustré par les paroles du Bouddha, paroles qu'il a prononcé dans les tous derniers jours de sa vie, ce qui leur confère une valeur particulière:

Ainsi donc Ananda, soyez des îles pour vous mêmes. Ne vous rendez dans aucun refuge extérieur. Que le Dhamma soit votre île, que la vérité soit votre refuge. Ne prenez nul autre refuge...


(...)












mercredi 2 janvier 2008

Ariyavasa sutta, commenté par Sayadaw Mahasi





Enseignement de Sayadaw Mahasi , Traduit par Vipassanasanha



Pour en savoir plus, cliquer sur les mots surlignés en bleu, (vous tomberez sur un autre message de ce blog)



Un sutta est un enseignement du Bouddha.

Dans le sutta Ariyavasa, le Bouddha dit :

« Oh moines, les Ariyavasa dhammas, c’est-à-dire la demeure des Saints est de 10 sortes. Les Saints ont vécu dans ces lieux auparavant, ils y vivent toujours et y demeureront dans le futur ».

Ariya signifie une personne Sainte, qui a atteint au moins un des quatre stades de sagesse de la voie sainte ; avasa signifie domicile, demeure ; ainsi Ariyavasa veut dire la demeure des personnes Saintes.

Le sutta Ariyavasa s’adresse aux moines et aux laïcs:
Il y a deux sortes de personnes : le sutta-bhikkhu et le vinaya-bhikkhu.
Le sutta-bhikkhu est toute personne qui met en pratique les enseignements du Bouddha (le Dhamma) pour se libérer du cycle des naissances (samsara). Il n’est pas nécessairement membre d’une Sangha, il peut être deva ou une personne laïque.

La pratique du Dhamma permet au méditant de purifier ses impuretés.
Par la pratique de la moralité, le méditant s’efforce de ne pas créer d’impuretés comme l’avidité, la haine, etc… qui conduisent à tuer, voler et à commettre de mauvaises actions.

Le méditant qui développe la concentration surmonte les accès d’avidité et de haine, etc… qui demeurent dans notre inconscient.
Finalement le méditant éradique les impuretés par le développement de la connaissance expérimentale et de la sagesse. Chaque moment d’attention équivaut à la destruction graduelle des impuretés latentes. C’est comme couper un morceau de bois avec une petite hache, chaque coup de hache aidant à se débarrasser des indésirables morceaux de bois.

A chaque fois que le méditant focalise son attention sur un phénomène physique ou mental
apparaissant d’un contact des sens avec un objet extérieur, les impuretés s’affaiblissent et
deviennent inopérantes. Un tel méditant est un sutta-bhikkhu.

Le vinaya-bhikkhu, quant à lui, est un moine qui mène une vie basée sur les règles monastiques.

Bhikkhu est un terme qui s’applique à tout être humain, homme, femme, brahmâ, deva, qui
met en pratique le Dhamma : les enseignements du Bouddha.
(Remarque: Aujourd'hui lorsque l'on parle d'un Bhikkhu on parle d'un moine et non plus d'un laïc)

Le Bouddha a prêché l’Ariyavasa sutta pour que nous puissions vivre dans la demeure des Saints, en sécurité et protégé des dangers du samsara, la ronde des naissances successives.


Les périls du samsara sont encore plus terrifiants que ceux qui guettent une personne ne
vivant pas dans une maison bien protégée. Ils nous suivent d’une existence à l’autre. On peut
se retrouver dans les mondes inférieurs comme un peta ou un animal et souffrir pendant de
nombreuses années, ou bien renaître en tant que pauvre et misérable homme ayant à faire
face à beaucoup d’épreuves, à la vieillesse, à la maladie et à la mort. Ce sont les dangers du
samsara qui guettent continuellement ceux qui ne vivent pas dans la demeure des Saints et
qui ne pratiquent pas l’Ariyavasa dhamma.


Il y a dix Ariyavasa dhammas:

1- Le premier est l’éradication des cinq empêchements.
2- Le second est le contrôle des six sens.
3-Le troisième est la présence du garde qu’est l’attention.
4-Le quatrième est que le méditant qui vit dans la demeure des Saints doit avoir quatre
soutiens.
5-Le cinquième est que le méditant doit avoir renoncé à toutes fausses doctrines.
6- Le sixième appelle le méditant à abandonner toute quête. La quête de quelque chose signifie un manque d’auto-satisfaction, alors que l’abandon de toute quête est un signe de non-attachement et d’auto-réalisation.
7-Le septième est que l’esprit du méditant n’est pas confus mais pur et clair.
8-Le huitième est la possession de la tranquillité du corps.
9 et 10- Les neuvième et dixième ariyavasa dhammas sont un esprit totalement libéré et la connaissance qu’on est totalement libéré des impuretés.
Ces deux dhammas sont liés. Une fois que l’esprit est totalement libéré, s’ensuit la conscience d’une telle libération.


Nous commencerons par le troisième dhamma : l’attention, qui est la clé pour comprendre l’Ariyavasa sutta:

L’attention est essentielle pour la pratique de l’Ariyavasa dhamma.
L’Arahat est attentif juste avant de s’endormir et dès qu’il se réveille. Il est toujours attentif
quoi qu’il fasse, dise ou pense.

L’attention ne se développe pas soudainement seulement après avoir atteint le stade d’Arahat. Elle se développe petit à petit en faisant des efforts et en pratiquant. Elle est déjà bien établie au stade d’Anagami avant que le méditant devienne un Arahat et cela est dû à l’entraînement au stade de Sakadagami. A ce stade également le méditant possède l’attention car il l’a développée au stade de Sotapanna.

Un Sotapanna est un méditant au premier stade de la Noble Voie.
Il n’est pas encore libre de l’avidité, de la haine, de l’ignorance et de l’orgueil, mais ces tendances malsaines ne sont pas assez fortes pour le conduire à tuer, voler, etc… Il est attentif et l’attention le garde.

Le Bouddha dit « Un Sotapanna évite de commettre des mauvaises actions qui le conduiraient dans les mondes inférieurs. Donc il ne renaît pas longtemps ».
Ainsi vous devriez avoir foi envers le Bouddha et méditer sérieusement.

Lorsque vous aurez fait des progrès en méditation, vous comprendrez ce que signifie l’attention.
A la vue d’un objet désirable, vous avez de l’avidité pour cet objet et si quelqu’un vous offense, vous vous mettez en colère car vous n’êtes pas encore libéré de ces émotions malsaines. L’attention est bien utile et aide à les maîtriser. Ces émotions malsaines perdent de l’ampleur et s’estompent. Elles ne sont pas sans contrôle comme chez la plupart des gens. Ces émotions malsaines ne sont pas suffisamment fortes pour permettre au Sotapanna d’être capable de faire du mal.

D’où l’importance de l’attention dans l’entraînement spirituel du méditant sur la Noble Voie.

La pratique de l’attention doit commencer quand le méditant vit dans le monde
. La pratique de l’observation de tous les phénomènes physiques et mentaux naissant des six sens se nomme Satipatthana (les quatre fondements de l’attention).

Satipatthana signifie pleine conscience des évènements physiques et mentaux qui apparaissent. Cela peut être facilement pratiqué aussi. Nous enseignons cette méthode simplement comme l’a fait le Seigneur Bouddha : « Sachez que vous marchez quand vous marchez ».

C’est une instruction simple du Bouddha dans le Satipatthana sutta. Cela ne présente aucune
difficulté de dire que l’on doit savoir que l’on marche. L’instruction est si simple que chacun
peut la mettre en pratique.

Il y a des gens qui disent que le méditant devrait éviter de dire «Je marche » mentalement car
cela implique une sorte de croyance en l’ego.

Il y a trois différentes croyances en l’ego ou le soi.
1- La première est la croyance en soi d’une âme.
2-La seconde est la croyance basée sur la fierté et l’orgueil,
3- la troisième est le soi en tant que terme conventionnel pour parler de la première personne au singulier afin de la différencier d’autres personnes.
Le soi ou « je » n’a pas de rapport avec l’illusion ou l’orgueil. C’est un terme habituellement utilisé même pour parler du Bouddha et des Arahats.

Ainsi nous donnons l’instruction aux méditants de noter mentalement tous les phénomènes
dans les termes conventionnels, par exemple de noter « marcher » dès qu’ils commencent à
marcher. Mais quand la concentration se développe, tous ces usages conventionnels disparaissent et ne reste que la réalité de chaque chose apparaissant et disparaissant sans cesse.

Les gens qui n’ont jamais médité peuvent avoir des doutes, mais cela est dû à leur manque
d’expérience. Moi aussi j’étais sceptique à un moment donné. Je n’aimais pas la méthode du
Satipatthana car elle ne faisait pas mention de nama-rupa, anicca, anatta, etc… Mais le professeur qui enseignait la méthode était un moine élevé, j’ai donc décidé de faire un essai.
Au début je fis peu de progrès parce que j’avais toujours un doute qui subsistait au sujet de la
méthode qui, selon moi, n’avait rien à voir avec la réalité ultime.

Ce n’est seulement plus tard, après avoir suivi la méthode sérieusement que sa signification
m’est apparue. J’ai réalisé ensuite que c’est la meilleure méthode de méditation puisqu’elle
demande de l’attention pour que chaque chose soit connue. Par conséquent, le Bouddha
décrit la méthode de Satipatthana comme l’unique voie.

Au début, le méditant observe surtout au niveau matériel et note « marcher » « se pencher »,
etc… Puis, comme sa concentration se développe, il devient conscient de tous les phénomènes physiques et mentaux apparaissant aux six sens. Finalement il est uniquement attentif à l’incessante disparition des objets des sens et de la conscience. Ainsi, il ne trouve rien de permanent, plaisant et satisfaisant, rien qui ne soit valable pour la croyance en ego.

(...)

Le méditant qui garde son esprit fermement occupé de cette manière peut en temps utile devenir conscient de tous les évènements physiques et mentaux qui apparaissent lorsqu’il voit, entend, etc… Il pratique donc en accord avec le sutta Ariyavasa qui met l’accent sur le
besoin de contrôle et d’attention.

(...) Notre principale préoccupation est d’accéder à la connaissance de la Vérité qui n’est accessible que par une approche expérimentale. Au travers de ses expériences, le méditant voit la distinction entre l’esprit et la matière et il réalise l’impermanence de toute chose. L’expérience peut être complétée par une explication du professeur. La réelle connaissance n’a rien à voir avec les notions préconçues, elle est basée sur l’expérience personnelle.

La connaissance expérimentale acquise par le méditant est claire et distincte. Il ne voit rien d’autre que la disparition de chaque chose. Cela est appelé bhanga-insight qu’il n’apprend pas d’écritures ou d’un professeur, mais par expérience. S’il continue à méditer, il devient de plus en plus attentif jusqu’à ce que son attention devienne parfaite à la dernière étape de la Noble Voie.

L’attention est extrêmement importante. Elle conduit à développer la concentration et à affiner l’intelligence. Cela signifie être vigilant et vivre dans le domicile des Ariyas, ce qui nous protège des dangers des existences du samsara. Afin de vivre dans la demeure des Ariyas vous devez en être digne en termes de foi, volonté et effort.

Il est impossible de faire quoi que ce soit sans foi ou conviction.
Vous ne pratiquerez l’attention que si vous croyez que cela vous aidera à développer la connaissance de la vérité. Cependant la foi elle-même ne le fera pas. Vous avez besoin également d’une forte volonté et d’un effort tenace pour atteindre Nibbana. Posséder ces qualités est essentiel pour réussir dans la pratique de l’attention. La sécurité est la demeure des Ariyas.

L’attention, même pour quelques instants assure la protection contre les dangers du samsara, tel qu’illustré dans l’histoire de Tambadathika.

Tambadathika était en train de boire un verre de lait quand apparu thera Sariputta qui venait apparemment chercher de la nourriture. Du fait de sa forte foi Tambadathika lui offrit immédiatement son verre de lait. Après l’avoir bu le thera donna un discours sur la tournée d’aumônes, la moralité, la méditation et la Noble Voie. Tambadathika ne pouvait pas bien suivre le discours parce qu’il fut pris de remords en se souvenant de mauvaises actions qu’il avait commises dans le passé. Il fit part au thera de son mécontentement.

Questionné par le thera, Tambadathika dit qu’il n’avait pas commis ces mauvaises actions de lui-même, mais qu’il suivit les ordres du roi. Sariputta répondit « dans ce cas, ces méfaits sont-ils les vôtres ? ». Cette question était intelligemment posée pour soulager sa conscience. Ainsi, son angoisse commença à s’estomper, il fut capable de penser au sermon du thera et finit par atteindre le stade de connaissance nommé anulomañana. Les commentaires du Dhammapada l’identifient au plus haut stade d’équanimité. Il est dit que les bodhisattas pratiquent la méditation jusqu’à ce qu’ils atteignent anulomañana. Cela signifie l’achèvement total de la Voie et des ses résultats (phala).

Le développement spirituel ne s’arrête pas à l’atteinte d’anulomañana. De plus, un bodhisatta
peut atteindre le but de la Voie uniquement dans sa dernière vie, lorsqu’il est sur le point de devenir un Bouddha. Il ne peut pas l’atteindre dans ses vies précédentes. Donc, l’attribution d’anulomañana aux bodhisattas est le stade avancé de l’équanimité et il en fut ainsi pour Tambadathika.

Tambadathika devint attentif du fait de son expérience spirituelle. Bien avant cela, il fut tué par une vache. Sa mort devint un sujet de conversation pour les moines. Ils furent très surpris quand le Bouddha leur dit que l’homme avait repris naissance au paradis Tusita, car en dépit de mauvaises actions commises dans le passé, son attention durant les derniers moments de sa mort l’avait protégé des dangers des mondes inférieurs.

L’attention, face à la souffrance ou la mort, est très importante car elle aide à diminuer la douleur et assure une bonne renaissance. Le méditant qui cherche à la développer a besoin de quatre supports. Premièrement il a besoin de vêtements, de nourriture, de médicaments et de logement. Il en a besoin, non par avidité pour le plaisir, mais parce que ce sont les besoins fondamentaux de la vie. Rejeter ces nécessités fondamentales est l’ascétisme qui avait été pratiqué par certaines personnes en Inde il y a longtemps. En fait le bodhisatta lui-même y a eu recours, mais ensuite il l’abandonna en réalisant que cela n’était pas fondé. La voie du Bouddha est la voie du milieu, entre l’ascétisme et l’attachement aux plaisirs des sens.

Le second support du méditant est la détermination de son esprit quand il observe les douleurs physiques et mentales. Il est prêt à faire face aux épreuves et même à la mort, pour atteindre la connaissance de la Voie. La méditation n’altère pas la santé ; au contraire elle est bénéfique (...)

Le méditant doit supporter la douleur autant qu’il peut. « La patience mène à Nibbana » dit un proverbe birman. Si un méditant n’arrête pas de gigoter impatiemment lorsqu’une sensation déplaisante apparaît, il ne pourra pas se concentrer et sans concentration il ne peut pas accéder à la connaissance de la Voie. La patience et la détermination sont donc des supports pour le méditant.

Le troisième support pour le méditant est l’évitement. Il devrait éviter toutes sortes de dangers. Il ne doit pas prendre de risques inutiles en allant dans des endroits inappropriés. Il ne doit pas se surestimer et être téméraire. Il doit être tout spécialement sur ses gardes, notamment dans ses relations proches avec le sexe opposé. En bref, il doit éviter tout ce qui lui ferait probablement du mal physiquement ou moralement.

Le quatrième support du méditant est le rejet de pensées malsaines qui ont tendance à le rendre malicieux et agressif. Il est difficile de vaincre ces mauvaises pensées, car en général
nous aimons penser à ces choses ainsi qu’aux personnes que l’on aime ou hait.

Le méditant doit observer ces pensées et les rejeter. Il n’est pas facile pour certains de le faire parce qu’avant d’avoir méditer ils avaient l’habitude de laisser leur esprit vagabonder librement. Regarder chaque pensée est bien sûr pour eux un fardeau, mais en fait il suffit de deux ou trois jours d’efforts pour prendre l’habitude d’observer.
(...)

Les cinq empêchements:

C’est par l’attention continuelle que le méditant s’efforce d’éradiquer les cinq empêchements
(nivaranas) : plaisirs des sens, colère, paresse, agitation et doute.
Cela empêche l’atteinte de Nibbana et leur suppression est le premier ariyavasa dhamma.

Le plaisir des sens est le désir pour des objets des sens plaisants comme les vues, sons, odeurs, etc.. Ici objet des sens signifie non seulement l’objet qui cause directement la sensation plaisante, mais aussi les autres objets qui y sont associés. Ainsi, l’objet des sons fait référence à un homme qui parle, aussi bien qu’à un instrument de musique. L’odeur, en tant qu’objet des sens est représentée par des parfums et les êtres humains qui les utilisent. En bref, tous les objets désirables sont des objets des sens.

L’amour pour des objets plaisants est la cause de conflits entre les gens et les nations. L’homme moderne aime déjà excessivement les plaisirs des sens et pour lui c’est le summum de la vie, quelque chose à être recherché le plus possible sans considération morale.

Selon le Bouddha, le désir sensuel est comme une créance qui garde l’homme esclave. Comme un débiteur doit être asservi par son créditeur, ainsi l’est l’homme envers l’objet de son désir sensuel. Si c’est un objet inanimé, il doit le manipuler avec soin et le mettre sous clé. Si c’est une femme qui attise son désir sensuel, il doit éviter de faire ou dire quoi que ce soit qui pourrait lui déplaire.

Ne pas avoir de désir signifie être libre d’inquiétude ou d’angoisse au sujet de tout objet désiré ou être humain. La meilleure façon d’éradiquer le désir est de l’observer constamment. Vous devriez focaliser votre attention sur le désir avec persévérance et une forte volonté ; cela le fait généralement disparaître et vous êtes assuré d’une place dans la demeure des Saints.

Ceux qui sont en dehors de la demeure des Saints restent attachés aux objets des sens et parfois cet attachement est un désastre pour eux après leur mort.
Du temps du Bouddha un moine était tellement attaché à sa robe, qu’à sa mort il devint un pou à l’intérieur de sa robe. Une telle histoire peut provoquer la moquerie des personnes sceptiques qui disent qu’une graine de tamarin ne peut produire rien d’autre qu’un tamarin, de même qu’un homme ne peut pas renaître dans une autre forme d’existence. Ces arguments ne sont pas en accord avec l’enseignement du Bouddha.

En fait il n’y a pas d’être et la vie signifie seulement un processus de conscience et de matière. Ces deux consciences sont un facteur déterminant. Donc, selon la doctrine de l’origine interdépendante, à cause de l’ignorance les formations karmiques apparaissent, qui à leur tour conduisent à la conscience, et ainsi de suite. Quand il y a une nouvelle vie, ce n’est pas le corps de l’existence précédente ou son potentiel, mais la force de la conscience qui naît.

De plus, il n’y a pas non plus de conscience grande ou petite. L’esprit d’une personne ordinaire ne diffère pas de celle d’un animal. Il peut descendre dans les plans inférieurs comme quelqu’un qui devient fou ou victime de la rage. En bref, il n’est pas impossible pour quelqu’un d’aller dans les plans inférieurs d’existence après sa mort.

L’esprit pur d’une personne mourante remplie de foi, de bienveillance, etc… assure une bonne renaissance, tandis qu’un esprit impur rempli d’avidité, de haine, etc… mène aux mondes inférieurs.

(...) La conscience n’a pas de substance et donc la distance n’a pas d’importance. La mort signifie la disparition du dernier moment de conscience et l’apparition d’une nouvelle conscience. Pour une personne mourante le dernier moment de conscience est crucial, car s’il est mauvais, il conduit dans un monde inférieur malgré un comportement moral pur.

C’est pourquoi le Bouddha recommande aux moines d’avoir une bonne attitude envers la nourriture, les robes et le logement. Ils ne doivent les utiliser que pour leurs besoins et éviter les plaisirs des sens.
Il est aussi nécessaire de penser à l’impermanence et à l’absence de soi vis à vis des plaisirs des sens afin de vaincre l’attachement à leur égard. Mais la meilleure chose à faire est d’observer l’apparition des désirs et de les rejeter. Cette instruction est importante aussi pour les personnes laïques qui ont divers attachements et sont soucieux des dangers après leur mort. Ils peuvent être libres de tels dangers grâce à la pratique de l’Ariyavasa dhamma. Tout d’abord ils doivent avoir la foi et une bonne connaissance des enseignements du Bouddha. Toutefois une investigation personnelle par la pratique est nécessaire.

La plupart des moines qui étaient avec le Bouddha ont atteint divers stades d’éveil parce qu’ils pratiquaient la médiation Satipatthana avec ardeur. Ils n’étaient jamais inattentifs. Leur calme et leurs bonnes manières impressionnaient même les autres méditants qui ne suivaient pas les enseignements du Bouddha.

Un méditant nommé Kandaraka leur rendit un grand hommage pour leur grâce et leur maîtrise. Son compagnon nommé Pessa en fit de même. Il appréciait les enseignements du Bouddha qui changeaient les personnes malhonnêtes et hypocrites, mais il était tellement préoccupé par ses affaires qu’il n’avait pas pu écouter les sermons du Bouddha jusqu’à la fin ou pratiquer son enseignement complètement.

Il y a d’autres raisons pour lesquelles des personnes comme Pessa n’ont pu atteindre un des stades de la Voie Sainte. Ils n’ont pas eu un bon professeur et une bonne connaissance du Dhamma (son enseignement). L’association avec un mauvais ami ou un mauvais professeur est désastreuse, comme ce fut le cas pour le prince Ajatasattu qui tua son père à la demande de son professeur Devadatta.

Un bon professeur, un bon ami et une bonne connaissance du Dhamma permettent de comprendre qu’il est nécessaire d’être attentif pour éradiquer les impuretés (kilesa).

Nous devons observer et noter toute sensation qui naît du contact avec le monde extérieur. Nous devons noter les sensations de notre corps quand le corps, les mains, etc… font n’importe quel mouvement. Nous devons également être conscients de notre processus mental. En étant conscient de tous les évènements mentaux nous pouvons nous protéger nous-même contre les mauvaises pensées et émotions.

(...) En fait, l'Attention, c’est la clé de voûte de l’enseignement du Bouddha.
Ceci est clairement explicité dans les dernières paroles du Bouddha : « Moines, voici mon dernier conseil : toutes les choses composées sont vouées à la destruction. Travaillez pour votre propre salut en étant attentifs ».

Toutes les choses composées sont impermanentes. Beaucoup de gens ne prennent pas ce fait au sérieux. Au contraire, ils croient en leur identité et que leur ego est permanent. En général l’homme croit qu’il peut vivre longtemps avec sa vitalité et son corps.

La libération de l’existence, qui est conditionnée, impermanente et insatisfaisante, signifie Nibbana, et le moyen d’y parvenir réside dans les dernières paroles du Bouddha : « Pratiquez jusqu’à obtenir une attention continue ».

Les commentaires décrivent ce conseil comme l’essence de l’enseignement du Bouddha. C’est en réalité la clé de voûte du sutta Ariyavasa qui souligne la prime importance de l’attention. Par la pratique de l’attention le méditant atteint le premier stade de la Noble Voie : Sotapanna et il devient libre pour une grande part du désir qui mène aux mondes inférieurs.

Le second obstacle sur la voie est la malveillance : vyapada. C’est comme une maladie qui créé l’aversion et rend la personne malade et apathique. La malveillance nous rend irritable, de mauvaise humeur et suspicieux. Nous n’avons même pas confiance en nos amis. Une personne qui a de la malveillance en elle doit se considérer comme souffrant d’une maladie car les effets en sont désastreux.

Certaines personnes paraissent être bienveillantes tant que tout va bien, mais si quelque chose de désagréable survient, elles perdent leur bonne humeur. La malveillance est la cause de la discorde, des querelles et du mécontentement des gens. Nous avons tendance à avoir de la malveillance envers les membres de notre famille, nos collègues, nos voisins et pourtant ce sont les gens sur lesquels nous pouvons compter en cas de problèmes.

Afin d’instaurer l’unité, l’harmonie et la compréhension mutuelle, nous devons nous garder de la maladie qu’est la malveillance. Si la maladie nous infecte, elle doit être rapidement traitée. Quand vous êtes en colère, notez mentalement votre colère et débarrassez-vous en. Vous ne devriez pas la laisser infecter vos paroles et votre comportement.

Le troisième obstacle sur la voie est la somnolence ou la paresse.

Un homme paresseux ne cherche pas à comprendre le Dhamma ou à le pratiquer et il manque l’opportunité de faire les progrès spirituels que les méditants font quand ils méditent énergiquement.

Le quatrième obstacle est l’agitation et l’inquiétude : uddhacca kukkucca. Ici l’agitation signifie que l’esprit vagabonde, tandis que l’inquiétude signifie les remords pour les fautes commises. Ces deux états mentaux doivent être éliminés car ils sont un obstacle au progrès sur la voie spirituelle.

Le dernier obstacle est le doute : vicikiccha. C’est douter du Bouddha, du Dhamma et de la Sangha. En général une personne qui a beaucoup de doutes hésite tellement qu’elle n’accomplit rien. Le contraire du doute est la foi, la confiance qui pousse le méditant à suivre les instructions de son professeur en accord avec le Bouddha et le Dhamma.

Le méditant peut observer chacun des cinq agrégats, c’est-à-dire les cinq groupes des éléments physiques et mentaux compris dans l’être humain. Mais il vaut mieux observer la montée et la descente de l’abdomen qui indiquent l’élément de mouvement. Les trois autres éléments sont la dureté, la chaleur ou le froid, et l’eau.

Nous devons commencer la méditation par ce qui est évident et facile. C’est pourquoi le
Bouddha a enseigné la méditation sur les quatre postures du corps. Il demandait à ses disciples d’être attentifs quoi qu’ils fassent. C’est un conseil si simple que certaines personnes ne le prennent pas au sérieux, mais ceci est dû à leur manque d’expérience. Le manque d’expérience conduit au doute qui est un des cinq obstacles. Les obstacles empêchent les bonnes pensées de se manifester. Les bonnes pensées et les mauvaises pensées n’apparaissent pas en même temps. Vous avez de bonnes pensées quand vous êtes attentifs et de mauvaises pensées quand vous n’êtes pas attentifs.

Le manque d’attention est en grande partie dû aux obstacles et les méditants sont en général perturbés par le doute, l’inquiétude, le désir, etc…

Il y a des gens qui ne veulent pas méditer car ils comptent sur leurs offrandes, l’observation des préceptes moraux et la récitation de prières pour la pureté de leur esprit, mais ils sont vite désillusionnés quand ils se mettent à méditer car ils sont harassés par des pensées impures.
( remarque : tous ces éléments sont nécessaires et complémentaires : observation des préceptes moraux, dévotion, foi et méditation)

Une personne qui n’est pas attentive ne peut pas avoir une moralité pure car elle n’est jamais réellement consciente du caractère de ses pensées. Les désirs des sens, la haine, la malveillance, etc… leur échappent. C’est seulement par la méditation que nous pouvons savoir si l’esprit est pur ou non, s’il est libre de la colère, de l’avidité, etc…

L’introspection répétée aide à purifier l’esprit de ses impuretés. Le méditant devient conscient des sensations douloureuses qui ont tendance à déprimer l’esprit et entraînent l’irritation. Comme le méditant observe les tensions, les douleurs… il réalise la nature des sensations douloureuses et il en est de même des sensations agréables et neutres. C’est la caractéristique de l’esprit ou de la conscience de connaître l’objet des sens qui lui correspond car il y a différentes sortes de conscience, chacune dépendant du contact (voir, entendre…) avec les différents objets des sens (sons, odeurs…).

L’apparition et la disparition sont le signe de l’impermanence. Si une chose n’apparaît pas, elle ne peut être impermanente et si une chose apparaît et existe pour toujours elle ne peut pas être impermanente non plus. Toute chose a un commencement et une fin.

La compréhension de la loi de l’impermanence conduit le méditant à réaliser la compréhension de la souffrance (dukkha) et du non soi (anatta). Ces trois caractéristiques de l’existence sont interdépendantes et quand on voit anatta, on est près de Nibbana. Mais « voir » anatta ne signifie pas l’acceptation intellectuelle, mais la compréhension par la méditation.

Après avoir compris l’impermanence par l’introspection, le méditant cesse de réfléchir et note plutôt les phénomènes physiques et mentaux et sa compréhension s’approfondit. Il peut voir notamment le début et la fin de chaque phénomène. Il voit des lumières et expérimente la joie, la sérénité, un accroissement de la foi et un état de conscience élevé. Cependant, le méditant ne doit pas confondre ces expériences avec la paix de Nibbana. Il doit les noter et les dépasser.

Alors qu’il continue à méditer, il parvient à voir les disparitions incessantes des choses.
Quand il observe un objet, il ne pense plus à sa forme, à sa dimension ou à sa qualité.
- Il voit chaque chose, l’objet, son esprit, etc… disparaître sans cesse. Ceci est appelé bangañana.
- Parce qu’il voit chaque chose disparaître, il est pris de peur, c’est bhayañana.
- La peur conduit à reconnaître les mauvais aspects de l’existence conditionnée : adinavañana. - Ainsi, le méditant se dégoûte de la vie : nibbidañana.
- Parce qu’il est désillusionné, il veut être libre : muncitukamayatañana.
- Et pour cela, il doit avoir recours à l’observation : patisankañana.
- Cela conduit à la pleine compréhension des trois caractéristiques de l’existence: anicca, dukkha et anatta : sankharupekkhañana.
- Par cette compréhension, le méditant atteint l’équanimité vis-à-vis des six sens que le Bouddha décrit comme suit :

« Oh moines, le moine qui a vu un objet visible de ses yeux n’est ni content ni mécontent. Son esprit est équilibré, nullement affecté par l’attachement ou par l’aversion, parce qu’il a l’attention juste ».

Le méditant est imperturbable face aux objets des sens et ceci est dû à sont attention juste et à la compréhension de la nature de l’existence conditionnée avec ses caractéristiques d’impermanence, de souffrance et de non soi.

« Ayant vu l’objet, le moine le reconnaît avec la compréhension juste ».

La compréhension juste ne cause jamais le plaisir ou le déplaisir. Le méditant est complètement équanime dans son contact avec le monde extérieur, c’est la caractéristique de l’Arahat, et il est possible au méditant de la posséder. Il peut l’obtenir quand il atteint tous les stades successifs de la voie par des efforts ardents.


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