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vendredi 13 janvier 2012

Bouddhisme : Derrière les rites

Par Buddhadasa Bhikkhu


« Bouddhisme » veut dire « enseignement de l’Eveillé ». Un bouddha est une personne éveillée, un être qui connaît la vérité de toutes choses, un être qui connaît la vraie nature de toutes choses. Le bouddhisme est une religion basée sur l’intelligence, sur la science, la connaissance et dont le but est la destruction de la souffrance et des racines de la souffrance.

Tous les hommages rendus à des objets sacrés par l’exécution de rites et de rituels, par l’acquisition de mérites ou les prières ne font pas partie du bouddhisme. Le bouddha rejetait tout cela, comme étant ridicule et insensé. Il rejetait aussi les créatures célestes qui étaient considérés par certains groupes comme étant les créateurs de l’univers et les déités supposées résider chacune dans une étoile.

Ainsi, le Bouddha a déclaré : « Si l’eau des rivières (comme le Gange) pouvait laver les pêchés et la souffrance, alors les tortues, les crabes, les coquillages et les poissons vivant dans ses eaux devraient depuis longtemps être libérés de leurs péchés et de la souffrance. »

Et aussi : « Si un homme peut éliminer la souffrance en faisant des mérites, en rendant hommage et en priant, il ne devrait plus y avoir aucun sujet de souffrance dans le monde car n’importe qui peut rendre hommage et prier. Cependant, les gens restent sujets à la souffrance malgré toutes leurs actions d’obéissance, leurs hommages et tous leurs rituels ; ceci démontre bien que ce n’est pas le chemin pour atteindre la libération. »

Pour atteindre la libération, nous devons d’abord examiner attentivement les phénomènes afin de connaître et comprendre leur vraie nature. Ceci est l’enseignement du bouddhisme ; celui que nous devons apprendre et avoir présent à l’esprit.

Le bouddhisme n’a rien à voir avec les prosternations et la déférence à des objets inanimés. Il n’a rien à voir avec des rites et des cérémonies tels les aspersions d’eau bénite ou quoi que se soit d’autres en rapport avec les esprits et les êtres célestes. Au contraire, il s’appuie sur la raison et la vision intérieure. Le bouddhisme ne repose pas sur des conjonctures et des suppositions ; il demande que nous actions en accord avec ce que notre propre vision intérieure nous révèle, et de ne pas prendre les paroles d’autrui pour argent comptant. Si quelqu’un vient et nous dit quelque chose, nous ne devons pas le croire sans questionner. Nous devons écouter ses positions et les examiner. Alors seulement, si nous pensons que c’est une position raisonnable, nous pouvons l’accepter provisoirement et essayer de vérifier si cela peut nous convenir. 

Ce point-clé est crucial, et qui distingue le bouddhisme de toutes les autres religions du monde.

Une religion a plusieurs faces. Vue sous un angle, elle a une certaine apparence, vue sous un autre angle, elle aura une autre apparence. Beaucoup de gens regardent les religions sous un mauvais jour ; le bouddhisme ne fait pas exception. Différents individus regardant le bouddhisme avec des attitudes mentales différentes sont susceptibles d’avoir des visions différentes du bouddhisme. Car tous, nous avons confiance dans nos propres opinions, la vérité pour chacun de nous coïncide avec nos propres compréhensions et nos points de vue.

En conséquence, « La Vérité » n’est pas tout à fait la même pour tout le monde. Chacun approfondit les questions à des degrés différents avec différentes méthodes et avec des niveaux de compréhension divers. Une personne peut ne pas reconnaître comme vraie, en fonction de sa propre idée de la vérité, quelque chose qui se situe au-delà de sa propre intelligence, de sa propre capacité de compréhension.

Parfois même, il peut suivre les idées que d’autres personnes pensent être la vérité tout en sachant en lui que ce n’est pas la vérité qu’il a vu par lui-même. La conception individuelle de la vérité peut changer et se développer au fur et à mesure que s’accroît son degré d’intelligence, de connaissance et de compréhension, jusqu’à ce que, avec le temps, il arrive à la vérité ultime ; et pour y parvenir, chacun de nous a différentes manières pour examiner et tester avant de croire.

Si le bouddhisme est vu avec différents niveaux d’intelligence et de compréhension, différentes descriptions pourront en être données tout simplement par ce qu’il peut être vu sous différents aspects. Comme nous l’avons dit, le bouddhisme est une méthode pratique pour se libérer par soi-même de la souffrance, par la compréhension de la vraie nature des phénomènes, comme le Bouddha en son temps le fit lui-même.

Bien sûr, chaque texte religieux est susceptible de contenir des ajouts faits plus tardivement, et notre Tipitaka ne fait pas exception à la règle. Certains, à une époque postérieure à la rédaction initiale ont ajouté des sections basées sur les idées de leur temps, à la fois pour stimuler la confiance des gens ou pour atténuer le zèle religieux de certains. Hélas, des rites et des rituels qui ont été ajoutés se sont amalgamés à la tradition originelle et sont maintenant acceptés et reconnus comme faisant parties intégrante du bouddhisme. 

Des cérémonies, comme les plateaux de sucreries et de fruits qui sont offerts à « l’esprit » du Bouddha, de la même manière que la nourriture est offerte aux moines, n’ont rien à voir avec les principes du bouddhisme. Certains groupes cependant considèrent ceci comme faisant partie de la pratique du bouddhisme véritable, et perpétuent ces pratiques.

Ces rites et ces cérémonies sont devenus si nombreux qu’ils ont complètement occulté le bouddhisme véritable et ses enseignements originaux. Prenez la procédure d’ordination des moines, par exemple. Avec le temps, cela est devenu une cérémonie pour faire des cadeaux aux bhikkhus nouvellement ordonnés. Les invités viennent apporter de la nourriture et suivre le déroulement de la cérémonie, tant et si bien qu’il y a plein de bruits et des personnes fortement alcoolisées. Les festivités commencées au foyer se poursuivent au temple.
Après quoi, le nouveau bhikkhu quitte les ordres quelques jours à peine après son ordination et bien souvent déteste la religion bien plus qu’avant.

Il faut vous mettre dans la tête que rien de tout cela n’existait du temps du Bouddha. Ce n’est qu’un développement tardif. L’ordination au temps du Buddha signifiait simplement qu’un individu qui avait obtenu le consentement de ses parents, renonçait à sa maison et à sa famille. C’était une personne qui pouvait mettre en règle toutes ses affaires et qui s’en allait rejoindre le Bouddha et l’Ordre des bhikkhus. Lors d’une occasion propice, il s’en allait pour être ordonné et bien souvent, il ne revoyait plus sa famille, le reste de son existence. Parfois, certains bhikkhus pouvaient revenir visiter leurs parents à de rares occasions, mais cela n’était pas fréquent.

Il existe une règle permettant au bhikkhu de retourner à la maison lorsque les circonstances le demandent ; mais à l’époque du bouddha, cela ne se faisait pour ainsi dire pas.

A l’époque, les bhikkhus ne recevaient pas l’ordination en présence de leurs parents. On ne se faisait ordonner lors d’une grande occasion pour quitter la Sangha dans la semaine qui suivait comme cela se fait de nos jours.
Tous ces cadeaux remis au nouvel ordonné, toutes ces cérémonies incluant toutes sortes de rituels – tout cela que nous sommes assez fous pour englober sous le nom de « bouddhisme » !… Et nous laissons faire cela sans rien dire et acceptons de dépenser notre argent et celui d’autrui dans de telles cérémonies. Ce « Néo-Bouddhisme » se répand au point de devenir universel. 

Le Dhamma, l’enseignement originel qui primait sur tout, a été supplanté par tous ces rituels, au point que les buts du bouddhisme s’en trouvent dénaturés et modifiés. L’ordination par exemple est devenu un rite de passage pour le jeune homme qui cherche une épouse (avoir été ordonné est considéré comme un signe de maturité) ; elle peut aussi être donnée à d’autres occasions pour d’autres motifs (il est fréquent de voir un homme politique désavoué se faire moine, le temps que l’affaire le concernant se tasse). Dans certains endroits, l’ordination est vue comme une opportunité pour se faire de l’argent. Certains on même pu devenir riche de cette manière ! Même cela, ils appellent cela : le Bouddhisme ! Et quiconque voudrait les critiquer se verrait traité de mécréant et d’opposant au Bouddhisme !




lundi 25 août 2008

L'enseignement du Bouddha c'est la connaissance de la Véritable nature des Choses

Ci après un nouvel extrait de:  "Manuel pour l'Humanité" de Buddhadasa Bhikkhu  Traduction de Jeanne Schut - Titre original : A Handbook for Mankind, 1964

  • Lire la Présentation de ce manuel et  des extraits du chapitre 1 (Regards sur le Bouddhisme) :  ICI

Remarques Préalables:

Au départ, les enseignements du moine Buddhadasa peuvent vous sembler différents de ce que vous avez entendu ou lu jusqu'alors, même venant d'enseignants de la tradition théravada ou de la tradition des moines de la Forêt.

Avec un peu de recul et d'attention, cet enseignement devrait vous aider à comprendre vraiment ce qu'est l'essence même du Bouddhisme.
Revenir à l'essentiel, c'est cela que nous enseigne Buddhadasa Bikkhu. 


- Voici ce que le Vénérable D Rewata Dhamma, l'auteur du livre "Le Premier enseignement du Bouddha" dit en parlant de Buddhadasa Bikkhu : 

"Ajahn Buddhadasa était l'un des plus grands professeurs contemporains en Thaïlande. Ses enseignements, idées et points de vues étaient controversés pour les bouddhistes thaïs traditionnels. En Thaïlande et d'autres pays du Bouddhisme Theravada, le bouddhisme est bien établi, et la plupart des enseignements sont basés sur des interprétations traditionnelles des textes de Pali. Quiconque s'écarte de cette interprétation traditionnelle, devient immédiatement controversé.
Ajahn Buddhadasa était courageux et n'a eu aucune hésitation à exprimer publiquement ses pensées et sentiments, que les gens aient étés d'accord avec lui ou pas.

Néanmoins, ses enseignements sont maintenant largement acceptés par les intellectuels en Thaïlande, et même ceux en dehors de la tradition de Theravada. Personnellement, j'apprécie ses idées parce que son approche est très franche, logique et facile à comprendre
. "



- Pour en terminer avec ces quelques remarques préalables, je reprendrai la présentation de mon amie Tinh'y :

"Les enseignements du Vénérable Buddhadasa peuvent nous paraitre quelque peu hors de la réalité, ils peuvent même choquer ou heurter notre mentalité occidentale...
Pourtant ils s’appuient sur les valeurs bouddhistes et morales de l’enseignement du Bouddha... Sans rejeter ce qui nous heurte dans un premier temps, sans s’attacher à ce qui nous plait, essayons d’avoir le courage d’approfondir une pensée qui n’est pas la nôtre, mais qui, s’appuyant sur le Dhamma, a peut-être quelque chose à nous dire..
."
Source : Karuna 

  • Lire les autres enseignements publiés sur ce blog  sous le libellé/mot clé : Buddhadasa Bikkhu 


Chapitre 2 : La Véritable Nature des Choses


Le bouddhisme est une méthode dont le but est d’apporter une connaissance technique inséparable de sa pratique et d’apporter une compréhension pratique et organisée de la véritable nature des choses

(...) même si un individu est profondément vertueux, il souffrira comme les autres de tout ce qui se rattache à la naissance, la vieillesse, la douleur et la mort, et sera opprimé par les obscurcissements de l’esprit. La moralité est loin de permettre l’élimination de la convoitise, de l’aversion et de l’ignorance ; elle ne peut donc pas supprimer la souffrance (...) tandis que le Bouddhisme — va beaucoup plus loin...il vise directement à l’élimination complète des « pollutions » de l’esprit et donc à l’extinction des différentes formes de souffrance liées à la naissance, la vieillesse, la douleur et la mort. (...)le bouddhisme va beaucoup plus loin que les systèmes moraux du monde en général (...)

Le bouddhisme est une méthode dont le but est d’apporter une connaissance technique inséparable de sa pratique et d’apporter une compréhension pratique et organisée de la véritable nature des choses. En gardant bien à l’esprit cette définition, vous n’aurez aucun mal à comprendre le bouddhisme. (...)

Si nous connaissions vraiment les choses telles qu’elles sont, nous n’agirions jamais de façon inadéquate et, si nous agissions toujours de façon adéquate, il est certain que nous ne serions jamais sujets à la souffrance. Il se trouve que nous ignorons la véritable nature des choses et, en conséquence, nous nous comportons seulement de façon plus ou moins adéquate, ce qui engendre inévitablement la souffrance. La pratique bouddhique a pour but de nous apprendre « ce qui est » réellement (...)

Pour le moment, nous pratiquons à un niveau où nous ne connaissons toujours pas la véritable nature des choses et, en particulier, nous n’avons pas encore réalisé que tout est impermanent et dépourvu d’un « soi » personnel. Nous ne réalisons pas encore que la vie, toutes les choses auxquelles nous sommes attachés, que nous aimons, désirons et apprécions, sont impermanentes, insatisfaisantes et vides de tout « soi ».(...)

Quand, en suivant les enseignements du Bouddha, nous en arrivons à voir les choses correctement, à voir clairement qu’elles sont toutes impermanentes, insatisfaisantes et dépourvues de « soi », qu’elles ne valent pas la peine que l’on s’y attache, il se produit immédiatement une sorte de glissement qui nous libère du pouvoir dominateur des choses (...)

Dans son essence, l’enseignement du Bouddha, tel qu’il apparaît dans le Tipitaka, n’est autre que la connaissance de la véritable nature des choses — ni plus ni moins. Tenez-vous en à cette définition : elle est exacte et il est bon de l’avoir en esprit pendant la pratique (...)


Les Quatre Nobles Vérités nous informent clairement sur la véritable nature des choses

A présent, nous allons démontrer la validité de cette définition en prenant pour exemple les Quatre Nobles Vérités.

La Première Noble Vérité, qui fait apparaître que tout est souffrance ou cause de souffrance, nous dit précisément ce qu’il en est de toutes choses. Mais comme nous ne parvenons pas à comprendre tout ce qui est source de souffrance, nous désirons ces choses-là. Si nous les voyions comme sources de souffrance, à coup sûr, nous n’en voudrions pas.

La Seconde Noble Vérité montre que le désir est la cause de la souffrance. Les gens ne savent toujours pas, ne voient pas, ne comprennent pas que les désirs sont causes de souffrance. Ils désirent tous ceci ou cela, simplement parce qu’ils ne comprennent pas la nature du désir.

La Troisième Noble Vérité montre que la délivrance — c’est-à-dire la libération de la souffrance ou Nirvana — consiste en l’extinction totale du désir. Les gens ne comprennent pas que le Nirvana est un état qui peut être atteint à tout moment et en tout lieu, à l’instant précis où le désir disparaît totalement. Ainsi, n’ayant aucune connaissance de la réalité des choses, ils ne s’intéressent pas au Nirvana parce qu’ils ne savent pas ce que c’est.

La Quatrième Noble Vérité est appelée « la Voie » ou « l’Octuple Sentier ». C’est la méthode qui permet d’éliminer tout désir. Personne ne la comprend ainsi, personne ne s’intéresse à l’Octuple Sentier qui abolit le désir. Les gens ne voient pas qu’il s’agit là du soutien dont ils ont précisément besoin (...) Ils ne s’intéressent pas au Noble Sentier du Bouddha qui est pourtant un joyau parfait et précieux parmi la masse des connaissances humaines. C’est une ignorance épouvantable.(...)


Tout phénomène naît d’une cause

Nous allons maintenant nous pencher sur un passage des textes du Canon Pali qui résume l’essence du bouddhisme. Il s’agit des paroles que le bhikkhu Assaji adressa à Sariputta quand celui-ci lui demanda de résumer l’essence du bouddhisme en quelques mots. Assaji répondit :

« Tout phénomène naît d’une cause. Le Bouddha a montré quelles sont les causes et comment tous les phénomènes peuvent disparaître quand on en élimine les causes. Voilà ce qu’enseigne le Maître ».

Ce qu’il a dit, en fait, c’est qu’à l’origine de tout phénomène, il y a des causes qui se sont combinées pour lui donner naissance. Le phénomène ne peut être éliminé tant que les causes ne l’auront pas été. (...)

Il n’y a que des effets qui apparaissent suite à des causes, qui se développent en fonction de ces causes, et qui disparaissent à la cessation de ces causes. Le monde n’est qu’un flux perpétuel de forces naturelles qui ne cessent de s’entrecroiser et de changer. (...)

(...) tout n’est qu’apparence et que nous ne devons pas tomber dans le piège d’aimer ceci ou détester cela.

(...) Libérer réellement l’esprit signifie échapper complètement à la chaîne de causalité, en éliminer radicalement les causes. Ainsi l’insatisfaction engendrée par les phénomènes d’attirance et de répulsion sera anéantie

Les « trois caractéristiques »

Autre élément important de l’enseignement du bouddhisme : les « trois caractéristiques », c’est-à-dire l’impermanence (anicca), l’insatisfaction ou souffrance (dukkha) et le non-soi (anattā). Ignorer cet enseignement, c’est ignorer le bouddhisme. Il montre que tout est impermanent, tout est insatisfaisant et dépourvu de « soi ».

- Dire que tout est impermanent signifie que tout est en perpétuel changement du fait qu’il n’y a aucune entité ou « soi » qui reste inchangé, ne serait-ce qu’un instant.

- Dire que tout est insatisfaisant signifie qu’en toutes choses se trouve une source inhérente de souffrance et de tourment. De par leur nature, elles ne peuvent qu’inspirer répulsion et désenchantement.

- Dire qu’il n’existe pas de soi signifie qu’il n’existe nulle part la moindre entité que l’on aurait le droit de considérer comme une « personne » (moi) ou appeler « sien » (à moi). Si nous nous saisissons des choses et nous attachons à elles, nous n’en retirerons que souffrance.

(...) Nous avons vu combien il est important de connaître la nature réelle des choses. Il nous faut également savoir comment pratiquer pour agir en accord avec cette nature.


Pratiquer pour agir en accord avec cette nature.

(...) Il existe un autre enseignement dans les textes connu comme « l’enseignement majeur ». 
Il se résume à trois points : 
1-éviter le mal, 
2-faire le bien 
Ces deux éléments ne sont que des niveaux de moralité 

3-purifier l’esprit. 
ce Troisième élément est du bouddhisme pur


Eviter le mal
Savoir que tout est impermanent, sans valeur et pas « nôtre », que rien ne vaut donc que l’on s’en saisisse et que l’on s’y attache, doit nous inciter à agir en conséquence et avec prudence ; c’est ce qui s’appelle éviter le mal. Cela implique ne pas enfreindre le code moral en vigueur et renoncer à la convoitise et à l’attachement excessifs

D’un autre côté, il faut faire le bien — le bien tel que l’ont compris les sages. Ces deux éléments ne sont que des niveaux de moralité

Le troisième par contre, selon lequel nous devons purifier notre esprit de tout type de contamination, est du bouddhisme pur
Il nous dit de libérer notre esprit. Tant que l’esprit est sous la domination des pensées et des émotions — que l’on appelle « les objets de l’esprit » — il ne peut pas être propre et pur. La liberté de l’esprit doit venir d’une connaissance extrêmement profonde de la nature de ces objets. Sans cette connaissance, nous continuerons inévitablement à errer aveuglément, d’attirance en répulsion, d’une manière ou d’une autre. Tant que nous réagirons ainsi, nous ne pourrons nous prétendre libres. (...)


Un Bouddhiste est une personne qui met en pratique les enseignements du Bouddha

(...) le bouddhisme est l’enseignement du Bouddha, l’Eveillé, et un bouddhiste est une personne qui met en pratique ses enseignements.

En quoi le Bouddha a-t-il été éveillé ? Simplement dans la mesure où il a compris la véritable nature de toute chose. Le bouddhisme est donc l’enseignement qui nous montre la vérité sur ce qui est. A nous de le pratiquer jusqu’à connaître cette vérité par nous-mêmes. Nous pouvons être assurés que, dès que nous aurons atteint cette connaissance parfaite, tout désir disparaîtra car la connaissance s’élève à l’instant même où l’ignorance disparaît.

Dans le bouddhisme, chaque aspect de la pratique a pour but de développer la connaissance. C’est simplement pour acquérir cette connaissance que vous engagez votre esprit sur la voie de la pratique qui pénétrera au cœur du Bouddha-Dhamma.

Mais faites en sorte que ce soit une connaissance juste, obtenue par la claire vision pénétrante et non une connaissance mondaine, partielle, qui risque, par exemple, de prendre le mal pour le bien et de croire qu’une source de souffrance sera source de bonheur. Essayez vraiment de considérer les choses en termes de souffrance et vous en viendrez à cette connaissance, progressivement, pas à pas. Cette connaissance-là sera la connaissance du bouddhisme, basée sur de solides principes. (...)

Nous devons observer absolument tous les phénomènes que nous rencontrons, en comprendre la nature mais aussi, trouver la source de la souffrance qu’ils causent, cette souffrance qui nous enflamme et nous brûle. S’établir dans l’attention, observer et attendre, examiner, comme cela a été expliqué, la souffrance qui nous arrive, telle est la meilleure façon de pénétrer le Bouddha-Dhamma

(...) Apprenons à connaître toutes les choses qui constituent ce corps et cet esprit. Apprenons les leçons de la vie, cette vie qui tourne sans fin dans le cycle du désir, de l’action liée au désir, de la soif des fruits de l’action, lesquels renforcent à nouveau l’envie d’en avoir toujours plus, et ainsi de suite à l’infini ; cette vie soumise au cercle vicieux du samsāra, l’océan de souffrance, purement et simplement à cause de l’ignorance de la véritable nature des choses.

En résumé, le bouddhisme est une méthode pratique et organisée dont le but est de nous révéler les choses telles qu’elles sont réellement. Une fois que nous avons vu leur véritable nature, nous n’avons plus besoin de personne pour nous enseigner ou nous aider, nous pouvons continuer à pratiquer seuls.

 Le progrès que nous faisons sur le sentier (...) suit le rythme auquel nous éliminons les «souillures» de l’esprit et nous abandonnons les actions erronées. Finalement, nous atteindrons ce qui peut arriver de mieux à un être humain, ce que l’on appelle le fruit du Sentier, le Nirvana. Nous pouvons y parvenir seuls, simplement en apprenant à comprendre le sens ultime de la véritable nature des choses.

samedi 23 août 2008

Les hommages rendus à des objets sacrés sous forme de rites et de rituels, d’offrandes ou de prières, n’ont rien à voir avec le bouddhisme.

« Si un homme pouvait éliminer la souffrance en faisant des offrandes, en rendant hommage et en priant, plus personne au monde ne serait exposé à la souffrance car n’importe qui peut rendre hommage et prier. Or, si les gens sont encore sujets à la souffrance, bien qu’ils obéissent, rendent hommage et pratiquent des rituels, ce n’est sûrement pas la solution pour s’en libérer » (le Bouddha)


Ci après des Extraits de Manuel pour l'Humanité par Buddhadasa Bhikkhu- Traduction de Jeanne Schut - Titre original : A Handbook for Mankind, 1964
Merci à Isara pour m'avoir adressé ce petit livre. 

J'ai déjà publié des extraits de ce manuel le 22 février 2008 (traduction par isara)Réflexions de Bikkhu Buddhadasa sur le "Néo-Bouddhisme"


En 1956, le vénérable Buddhadasa a donné un cours sur le bouddhisme à un groupe de personnes qui allaient devenir juges. Ces conférences, données en langue thaïe, ont été enregistrées puis transcrites et organisées pour finir par former ce qui est devenu un Manuel pour l’Humanité.
Depuis lors, le succès remporté par ce petit livre a été stupéfiant et il continue à être très populaire, tant en Thaïlande qu’en Occident. La raison en est que le vénérable Buddhadasa offre ici un regard neuf sur une vérité qui ne connaît pas les limites du temps (le Dhamma) dans le style direct et simple qui caractérisait son enseignement. La clarté de sa vision pénétrante donne vie au Dhamma de sorte qu’aujourd’hui encore, une nouvelle génération de lecteurs peut ressentir tout le sens et toute la valeur de ses paroles.

Ce livre est un guide inestimable pour tout nouveau venu au Bouddha-Dhamma, la vérité à laquelle s’est éveillé le Bouddha et qu’il a enseignée ensuite car il contient l’essentiel des enseignements du bouddhisme. Le « manuel » est tout particulièrement utile à ceux qui s’intéressent aux enseignements du Bouddha non comme à un thème d’étude mais comme un moyen de comprendre leur vie et de lui donner toute sa noblesse.


Chapitre 1 : Regards sur le Bouddhisme 

(...) Il y a quelque deux mille ans, en Inde, d’intelligents penseurs et chercheurs cessèrent de rendre hommage aux êtres surnaturels et choisirent de rechercher plutôt les moyens de conquérir la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort, ainsi que les moyens de supprimer la convoitise, la haine et l’ignorance. De ces recherches est né le bouddhisme, méthode pratique découverte par le Bouddha pour éliminer la souffrance et venir ainsi définitivement à bout des peurs de l’homme. (...)

Tous les hommages rendus à des objets sacrés sous forme de rites et de rituels, d’offrandes ou de prières, n’ont rien à voir avec le bouddhisme. (...)

Pour parvenir à la libération, nous devons tout d’abord examiner attentivement ce qui nous entoure, afin d’en connaître et d’en comprendre la véritable nature et ensuite, agir en fonction de cette vérité. Tel est l’enseignement du bouddhisme, ce que nous devons savoir et garder présent à l’esprit. Il ne s’agit pas d’accepter aveuglément tout ce que l’on entend. Si quelqu’un affirme quelque chose, nous devons l’écouter et considérer son point de vue en toute objectivité. Si nous le trouvons raisonnable, nous pouvons l’accepter provisoirement et tenter de le vérifier par nous-mêmes. C’est là une des caractéristiques très particulière du bouddhisme (...)


Les rites et cérémonies sont devenus si nombreux qu’ils ont maintenant occulté le vrai bouddhisme et son objectif originel

(...)Au fil des temps, on  a ajouté des passages (dans le Tipitaka :canon pali) basés sur les idées courantes de l’époque, que ce soit pour gagner la confiance du peuple ou par excès de zèle religieux. Hélas, les rites et rituels qui se sont ainsi développés et imbriqués dans la religion sont aujourd’hui acceptés et considérés comme étant le vrai bouddhisme. Les cérémonies telles que l’offrande de plateaux de sucreries et de fruits à « l’âme » du Bouddha, semblables à l’offrande de nourriture aux moines vivants, ne sont pas en harmonie avec les principes du bouddhisme. Pourtant, certains les considèrent comme d’authentiques pratiques bouddhiques, les enseignent comme telles et les suivent très rigoureusement.

Souvenons-nous que rien de tel n’existait à l’époque du Bouddha, ces cérémonies ne se sont développées que plus tard.(...)

Malheureusement, ce « néo-bouddhisme » s’est répandu presque universellement.
Le Dhamma, l’enseignement authentique autrefois souverain, est à présent si surchargé de cérémonies que tout l’objectif du bouddhisme en a été obscurci, falsifié et transformé.(...)

Ces dégénérescences sont une véritable tumeur qui s’est développée au sein du bouddhisme et qui fait des ravages. Elle prend des centaines d’aspects différents qu’il serait trop long d’énumérer. C’est une tumeur maligne et dangereuse qui a progressivement recouvert et obscurci la base saine, l’essence réelle du bouddhisme, qui l’a complètement défiguré. (...)


N’allez pas croire que le bouddhisme est ceci ou cela sous prétexte que tout le monde le dit.

La vraie pratique du bouddhisme est basée sur la purification de la conduite à travers le corps et la parole, suivie de la purification de l’esprit, laquelle mène, à son tour, à la vision pénétrante et à la compréhension juste.(...)

Un aspect plus profond du bouddhisme apparaît lorsqu’on le considère sous l’angle de la Vérité, une vérité profondément enfouie sous la surface et invisible à l’homme ordinaire. Voir cette vérité, c’est connaître intellectuellement la vanité de toute chose, l’impermanence, l’insatisfaction et le non-soi ; c’est connaître intellectuellement la nature de la souffrance, de l’élimination totale de la souffrance ; c’est percevoir tout ceci en termes de vérité absolue, de cette vérité qui ne changera jamais et que tous devraient connaître. Tel est le bouddhisme en tant que Vérité.(...)


Le bouddhisme en tant que religion est une méthode pratique basée sur la vertu, la concentration et la connaissance, et qui culmine en libérant la vision pénétrante intuitive. Cette méthode, lorsqu’elle est pratiquée jusqu’au bout, permet de se libérer de la souffrance. Tel est le bouddhisme en tant que religion.

Ensuite vient le bouddhisme en tant que psychologie, comme il nous est présenté dans la troisième partie du Tipitaka, où la nature de l’esprit est décrite de façon remarquablement détaillée. Aujourd’hui encore, la psychologie du bouddhisme est source d’intérêt et d’émerveillement pour les chercheurs de l’esprit car elle est beaucoup plus profonde que les connaissances actuelles en psychologie.

Vu sous un autre angle encore, le bouddhisme est une philosophie. En philosophie, la connaissance peut être clairement perçue au moyen de preuves raisonnées et logiques mais elle ne peut être démontrée expérimentalement.(...)

De nombreux aspects du bouddhisme, en particulier les Quatre Nobles Vérités, sont scientifiques en ce qu’ils peuvent être vérifiés par une preuve expérimentale claire, au moyen de l’introspection (...)


Chacun devrait considérer le bouddhisme comme un art, comme l’art de vivre.

Le bouddhisme est avant tout une méthode pratique et directe permettant d’acquérir la connaissance de la véritable nature des choses
connaissance qui permet d’abandonner toute forme de convoitise, d’attachement, d’ignorance et d’engouement, et de devenir totalement indépendant. C’est ainsi que l’on pénètre au cœur même du bouddhisme. (...)






mardi 22 juillet 2008

Le bonheur, par Buddhadasa Bhikkhu


Remarques préalables:
Dans le bouddhisme
, nous parlons très souvent de dukkha (la souffrance, l'insatisfaction..) mais rarement du Bonheur ( Sukha en pali)

L'enseignement de
Buddhadasa bikkhu que vous trouverez ci après, parle justement du "Bonheur" et de ces différentes significations.

Il y a deux sortes de "Bonheur", deux sortes de "sukha" : lokiya-sukha (Bonheur "Mondain") et lokuttara-sukha. ( lorsqu'il n'y a plus de "Soi" ni de "soif" - Nibbana est lokuttara-sukha)

Ainsi, si l'on peut considérer que la cessation de la souffrance conduit au "bonheur" il ne s'agit plus d'un bonheur "Mondain" lié à la soif mais au contraire, d'un "bonheur", d'un "Etat", lié à l'absence de soif.


Pour la plus part des personnes le bonheur c'est obtenir ce que l'on veut, ce que l'on aime. Mais dans ce cas, le bonheur est lié au désir, à la soif qui est la première cause de la souffrance.
Le Bonheur, dans cette optique, conduit inexorablement à la souffrance.

Pour reprendre les mots du vénérable Buddhadasa, Le bonheur Mondain est "duperie" et "confusion"



Kathy (Catherine)


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Entretien donné par le vénérable Buddhadasa le 7 mai 1986
Traduction française isara


Aujourd'hui, j'aimerais vous parler de quelque chose que, peut-être, la plupart d'entre vous ne comprennent pas de façon claire. Bien que vous soyez tous venus ici par intérêt pour le bouddhisme, vous pouvez avoir certaines compréhensions erronées. Pour cette raison, veuillez concentrer votre énergie mentale et rendre votre esprit totalement réceptif. Veuillez prêter une attention particulière à ce qui va être dit aujourd'hui.
Nous allons parler du bonheur (sukha).

Ce mot est ambigu, aussi bien en langue thaïe (kwamsoukh), qu'en langue palie (sukha), et même en anglais (happiness) ou en français, « bonheur ».

Dans toutes ces langues, ce mot a une variété de significations. Il est souvent difficile de comprendre à quoi les gens font référence quand ils parlent du « bonheur ». Parce que ce concept est très flou, il est nécessaire de parvenir à une bonne compréhension de cette notion ; c'est pourquoi nous allons parler, aujourd'hui, du bonheur.

Le bonheur qui peut être ressenti par les gens ordinaires dans leur vie quotidienne est une des conceptions du bonheur.
Puis, il existe une autre forme de bonheur, celle qui apparaît par la réalisation du but ultime de la vie. Ces deux conceptions sont bien différentes, mais nous les désignons indifféremment par le mot « bonheur ».

Généralement, nous mêlons ces deux conceptions, les mélangeons, prenant l'une pour l'autre, et nous ne savons presque jamais de quoi nous parlons exactement.


Distinction entre le bonheur lié à la soif et le bonheur lié à l'absence de soif

Voici un exemple pour montrer comment l'ambiguïté de ce terme peut causer la confusion.

Il est probable que vous soyez venus ici et que vous pratiquiez le Dhamma parce que vous recherchez le bonheur. Votre compréhension du bonheur, le bonheur que vous désirez, cependant, n'est peut-être pas le même bonheur que celui qui est le but véritable du bouddhisme et de la pratique du Dhamma.

Si la forme de sukha (de bonheur) que vous recherchez n'est pas cette forme de sukha qui naît de la pratique du Dhamma, nous craignons que vous soyez désappointés, voire même très déçus, ici. Il est nécessaire de développer une meilleure compréhension de ce sujet.

Afin de ne pas perdre de temps et de faciliter votre compréhension, nous allons vous donner un principe simple pour la compréhension du bonheur.

Le bonheur ordinaire que le commun des mortels recherche est celui qui est ressenti lorsqu'une soif particulière ou une envie est satisfaite.
C'est la signification ordinairement donnée au mot « bonheur ».

Dans le sens du Dhamma, cependant, le bonheur est présent quand il n'y a aucune soif, aucun désir du tout, quand nous sommes totalement libres de toute soif, de tout désir et de toute envie.

Pour bien saisir cette notion, faites bien attention à la distinction suivante : le bonheur lié à la satisfaction d'une soif et le bonheur lié à l'absence de soif.
Pouvez-vous voir la différence ? Pouvez-vous sentir la distinction entre le bonheur lié à la soif et le bonheur lié à l'absence de soif ?

A ce stade, nous allons vous expliquer les mots « lokiya » et « lokuttara », car ils peuvent nous aider à éclairer le sujet dont nous débattons aujourd'hui.

Lokiya signifie « qui se réfère aux sujets et aux préoccupations du monde ». Lokiya, c'est être dans le monde, sous le pouvoir et l'influence du monde. La traduction habituelle de ce mot est : « mondain(e) », « matériel(le) ». Lokuttara signifie « au-dessus du monde ». C'est être au-delà de l'influence du monde. On peut le traduire par « transcendant » ou « supra mondain ».

Maintenant, vous pourrez mieux comparer les deux formes de bonheur : lokiya-sukha (bonheur mondain) qui est prisonnier du pouvoir de ce que nous appelons « le monde », qui est soumis à ses conditions et à ses limites ; et lokuttara-sukha (le bonheur transcendant) qui est au-delà de toutes les influences du monde.
Voyez cette distinction et comprenez la signification de ces deux mots le plus clairement possible.
Nous devons étudier cela au plus près.

Lokiya veut dire « happé par le monde, entraîné dans le flot du monde », de sorte que ce sont l'influence et le pouvoir du monde qui nous dominent. Dans cet état, il n'y a pas de liberté spirituelle ; il y a une absence d'indépendance spirituelle.

Lokuttara signifie « libre de l'emprise du monde ». C'est la liberté spirituelle.

Aussi, il y a deux formes de bonheur : un bonheur qui n'est pas libre et un bonheur indépendant, un bonheur esclave et un bonheur de la liberté.


C'est à ce niveau que nous croyons que vous pouvez faire une erreur de compréhension. Si vous êtes venus ici à la recherche de lokiya-sukha, mais que vous étudiez le bouddhisme qui vous propose une forme différente de bonheur, vous allez être déçus. Vous n'allez pas trouver ce que vous désirez.

La pratique du Dhamma, qui inclut la pratique approfondie de la méditation, conduit à lokuttra-sukha et non à la forme mondaine du bonheur. Vous devez comprendre cela très clairement, dès le début. Si vous parvenez à différencier ces deux formes de sukha, alors vous verrez la finalité de Suan Mokkh et vous ne serez pas déçus d'être ici.

Maintenant, vous devez comprendre la différence entre ces deux formes de bonheur ; le bonheur qui provient d'avoir comblé la soif qui nous tiraillait et le bonheur dû à l'absence de soif. Comment ceux-ci diffèrent-ils ? Observez et vous verrez ces choses par vous-mêmes. Le bonheur « de la soif étanchée » et le bonheur « de la non-soif » : nous ne pouvons pas expliquer cela de manière plus brève et plus limpide


Le bonheur basé sur la satisfaction de notre soif est duperie et confusion

Quand nous observons plus attentivement, nous voyons que le bonheur basé sur la satisfaction de notre soif est sans espoir, qu'il ne peut jamais être complet, parce que cette soif ne peut jamais être vraiment étanchée. Les choses qui font naître cette soif changent en permanence, et de ce fait la soif ressurgit. La soif elle-même change et ne peut donc pas être étanchée. Cette situation est sans fin. Le monde d'aujourd'hui est englué dans cette forme de bonheur qui vient de ces désirs qui demandent à être satisfaits. Le monde moderne est piégé par ce problème sans fin.

Imaginez, si vous le pouvez, que vous soyez le seul propriétaire du monde, de l'univers, du cosmos tout entier. Maintenant que vous possédez tout ce qui existe, est-ce que votre soif est assouvie ? Peut-elle être assouvie ?
Veuillez étudier cela en profondeur, avec votre esprit et dans votre esprit.
Si vous obteniez tout ce que vous pouvez désirer, au point de posséder le monde entier, est-ce que votre soif cesserait, ou ressentiriez-vous la soif pour un deuxième monde ? Et ne voudriez-vous pas un troisième monde ?

Prenez bien conscience que la soif ne peut jamais être assouvie par nos tentatives de la satisfaire.

Malgré cela, le monde d'aujourd'hui continue à développer le type d'éducation et d'évolution qui ne cherche qu'à produire des objets toujours plus attrayants et satisfaisants. La technologie et la science moderne sont esclaves de la soif. Notre monde tombe dans ce trou profond qu'est l'incessante production d'objets toujours plus séduisants pour essayer de satisfaire notre soif. Mais où allez-vous trouver le bonheur dans un tel monde ?


Le bonheur mondain des êtres vivants ordinaires évolue de phase en phase, c'est perpétuel et sans fin...

Je voudrais faire quelques comparaisons pour illustrer comment le bonheur mondain des êtres vivants ordinaires évolue de phase en phase.

Le nouveau-né est heureux quand il est bercé dans les bras de sa mère dont il peut téter le sein. Cela satisfait le petit enfant jusqu'à ce qu'il grandisse et devienne un peu plus âgé. Alors les bras et le lait maternels ne lui suffisent plus. Il apprend à apprécier d'autres nourritures et d'autres plaisirs. Maintenant, son bonheur dépend des crèmes glacées, des bonbons et de la nourriture industrielle, des jouets et de l'exploration de la maison.

Puis il grandit encore et ces jeux-là ne lui suffisent plus : suivant le cas, il voudra jouer au football ou à la poupée. Ces enfants deviennent ensuite trop grands pour le ballon et la poupée ; leur intérêt et leur bonheur d'adolescents tournent autour des affaires du sexe.

Toutes les formes de satisfaction précédentes n'ont alors plus aucun intérêt. Une fois qu'ils sont devenus des jeunes gens, ne vous attendez pas à ce qu'ils se satisfassent de leurs bonheurs anciens. Maintenant, ils ne pensent plus qu'au sexe et aux rendez-vous galants.

Finalement, l'être humain se marie, devient une épouse ou un mari et met tous ses désirs et ses espoirs dans la construction d'un foyer, dans l'accumulation d'argent et de possessions matérielles. Alors, il n'y a aucune chance qu'il se contente de ses petits bonheurs d'enfant (à moins d'être resté un gamin attardé !).

L'être humain change ainsi, d'une étape à l'autre, et le bonheur aussi change, étape après étape. C'est perpétuel et sans fin.

La soif se développe, étape après étape, jusqu'à la mort. Au-delà, certains croient qu'il y a renaissance en tant que deva (être céleste, comme un ange) : et, là encore, la soif est présente ; soif céleste pour le bonheur des deva. C'est sans fin. Même au ciel avec les dieux ou dans le royaume de Dieu - si de telles choses existent -, la soif ne cesse pas.

Dans le bouddhisme, tout ceci est considéré comme des exemples de bonheurs mondains ne menant qu'à la duperie et à la confusion.


En finir avec la soif : La voie qui mène au-delà du monde et des bonheurs mondains


(...) dans l'enseignement du bouddhisme : nibbana, ou le bonheur qui est au-delà du monde, la soif est terminée. (...)Désirer sans fin des choses toujours meilleures n'est pas l'objectif du bouddhisme. Le bouddhisme ne suit pas cette voie, le bouddhisme suit la voie qui mène au-delà du monde et des bonheurs mondains.

Quant à cette chose que nous nommons « le monde », dans la description qu'en fait le bouddhisme, il est divisé en de nombreux niveaux, royaumes ou sphères.

Il y a le monde des êtres humains ordinaires, avec lequel nous sommes familiers, et ses formes humaines de sukha. Au-dessus, il y a les nombreux royaumes célestes, là où les deva sont censés vivre. Tout d'abord, il y a les sphères sensuelles, le Kamavacara, pour ceux qui ont des désirs sensuels. Ceux-ci sont supposés être « bons », du moins meilleurs que le royaume des humains.

Ensuite, il y a les sphères des Brahma, elles-mêmes divisées en deux catégories : celles dépendants de la forme (la matière) et celles indépendantes de la forme. Celles-ci sont meilleures que les royaumes ordinaires de l'existence, mais les êtres qui y vivent ne sont pas encore libérés de la soif. Il n'y a plus de soif pour les plaisirs sensuels dans le « rupavacara », les sphères physiques, mais les « êtres » qui sont là ont encore soif d'une existence matérielle. Les «êtres» de l'arupavacara, les sphères non matérielles, connaissent la soif, eux aussi. Ils ont soif de choses non matérielles, et non de choses matérielles.

Dans chacun de ces niveaux mondains, la soif persiste. Les envies du « soi » ne cessent pas. Il y a toujours des choses que le « soi » désire. Ces états de bonheur hautement raffinés ne parviennent absolument pas à transcender le monde. Même le plus élevé des royaumes des Brahma est prisonnier du monde, piégé par le pouvoir et l'influence du désir.

Comment parviendrons-nous à en finir avec la soif ? Nous devons la circonvenir et la détruire. Nous n'avons pas besoin de la soif. Nous devons emprunter cet autre chemin, celui de la « non-soif ». L'essence de ce chemin est l'absence du sentiment de soi, de « je », de « mien ». Ce point est crucial. Quelle connaissance devons-nous avoir, que devons-nous réaliser pour mettre fin à cette illusion de soi ?

Il est nécessaire de comprendre cette connexion entre la fin de la soif et la cessation de l'illusion du « soi ».

Dans toutes les situations mondaines, il y a toujours un soi, un « je » qui a soif et qui tente d'étancher sa soif. Même si ce « soi » est au niveau céleste le plus élevé où la soif est la plus subtile qui soit, il y a cependant un soi assoiffé cherchant à satisfaire sa soif. La soif persiste tant qu'un soi cherche à satisfaire ses désirs sans jamais y parvenir vraiment. En examinant tous ces niveaux de désirs et de bonheur, nous voyons que le problème de la soif est insoluble. Pourquoi ? Parce que le « soi » n'est pas solutionné.


Notre "soi" passe son temps à courir après le «Bien» ou le «Meilleur», mais «Le meilleur» ne va jamais seul. Il ne peut aller où que ce soit sans son compagnon, «le pire»

lokiya-sukha

Parvenus à ce stade, vous devez vous familiariser avec ce que nous appelons « le bien » ou « le meilleur ». Vous avez tous votre propre idée sur ce qu'est « le meilleur » et vous estimez que vous méritez d'obtenir ce « meilleur ».
Poussés par votre soif, vous courez uniquement après « le meilleur »! Quelle que soit la chose que vous identifiez comme « la meilleure » - que ce soit une journée à la plage ou cinq minutes de répit dans le tumulte de votre esprit - voilà à quoi votre soif s'accroche.

(...)Nous désirons une forme de « meilleur », mais aussitôt que nous l'atteignons, notre soif cherche après un « meilleur encore meilleur ».

C'est sans fin tant qu'il y a un « soi » qui veut le meilleur. Le meilleur n'est pas un point final ; nous ne pouvons pas le choisir pour but ultime. Nous parlons sans cesse du « meilleur » ou du « summum bonum », mais les significations que nous lui donnons sont très différentes :
le meilleur des enfants, des adolescents, des adultes et des plus anciens, le meilleur du monde ou de la religion.

Pourtant, chacune de ces conceptions du « meilleur » nous rend plus assoiffés encore - assoiffés de manière raffinée, profonde et subtile. Nous ne pouvons jamais nous arrêter et nous reposer dans un de ces « meilleurs », parce qu'ils sont tous lokiya-sukha.

« Le meilleur » ne va jamais seul. Il ne peut aller où que ce soit sans son compagnon, « le pire ». En voulant nous agripper au « meilleur », nous devons aussi supporter le pire. Ainsi, notre obsession à vouloir obtenir le meilleur entraîne la perpétuation de notre soif. Il n'y a qu'une voie pour en sortir. Si nous continuons à chercher sukha dans ce monde, jamais nous ne le trouverons.


La soif doit cesser, même la soif pour le meilleur

Nous devons aller dans l'autre direction, nous tourner vers lokuttara-sukha. La soif doit cesser, même la soif pour le meilleur. Le mal est une forme de perturbation. Le bien en est une autre forme. Pour être vraiment libre de toute souffrance, l'esprit doit se situer au-dessus du bien et du mal, au-dessus du meilleur et du pire - c'est-à-dire qu'il doit demeurer dans la vacuité. C'est l'opposé du bonheur mondain.

C'est lokuttara-sukha, le bonheur transcendant libre de tout soi avide. Il n'y a pas d'autre voie pour échapper à dukkha que d'aller du mal vers le bien, puis du bien vers la vacuité. Dans la vacuité, la soif cesse et vient le bonheur véritable.

(...)

Quand il n'y a pas la connaissance du bien et du mal, nous ne nous y attachons pas, nous sommes libres, exempts de dukkha. Une fois que nous rencontrons le bien et le mal, nous nous attachons à eux et alors, nous devons subir dukkha.(...)

Nous identifions certaines choses au bien et nous nous y attachons. Nous identifions certaines choses au mal et nous voulons nous en défaire. (...)

Le bouddhisme n'est pas concerné par le royaume de lokiya-sukha (le bonheur mondain), du bien, du mieux et du meilleur. La solution proposée par le bouddhisme est d'être au-delà du bien et du mal, dans la vacuité.


Transcender à la fois le bien et le mal et réaliser la Vacuité

Veuillez comprendre que « le meilleur » n'est pas ce qu'il y a de plus élevé, de plus pur.

(...) Dans le bouddhisme, l'objectif est de transcender à la fois le bien et le mal, et réaliser ainsi la vacuité - l'absence de « je », de « mien », de « moi-même ». Si nous ne connaissons pas le bien et le mal, nous ne pouvons nous y attacher, et ainsi il n'y a pas de dukkha. Ou, si nous connaissons le bien et le mal, mais que nous ne nous y attachons pas, alors il n'y a pas non plus de dukkha. Ainsi, le plus haut degré pour l'humanité se situe au-delà du bien.

Au-delà du bien, il n'y a rien pour attiser la soif et personne qui ait soif. La soif cesse. Le « je » qui connaît la soif, et tous ses désirs disparaissent dans la vacuité - l'absence de soi et d'âme.

Cette vacuité est le but de la pratique du Dhamma. Elle est la voie qui transcende le cycle sans fin de la soif et du bonheur mondains. C'est le Suprême, l'aboutissement du bouddhisme.

Ce qu'il faut observer, c'est qu'il est impossible de s'attacher au bien et au mal quand il n'y a pas la connaissance du bien et du mal. Et, quand il n'y a pas d'attachement, il n'y a pas de dukkha, pas de problème. Par contre, une fois que le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal a été consommé, il y a connaissance du bien et du mal.

Que se passe-t-il alors ? Si nous manquons de sagesse (pañña) pour savoir que nous ne devons pas nous attacher au bien et au mal, nous allons nous attacher au bien et au mal des gens ordinaires. Alors surviennent dukkha et son cortège de tous les problèmes de la vie (...)


Le bien et le mal sont anicca, dukkha et anatta.

Quand il y a une connaissance juste du bien et du mal, il n'y a pas d'attachement. Alors, il n'y a pas de mort, (...) notre devoir est d'apprendre à ne pas nous attacher au bien et au mal. Nous ne devons pas nous y attacher ! Veuillez avoir la sagesse de comprendre ceci.

Ne vous attachez pas au bien et au mal. Apprenez à les connaître afin de ne jamais vous y attacher. C'est le cœur du bouddhisme (...) Si vous comprenez cela, vous aurez la clé du véritable bonheur né de la libération de la soif.

Vous pouvez voir que si vous vous attachez au bien, vous avez soif de bien. Si vous avez quelque chose de mieux, votre soif se dirigera vers ce qui est mieux. Si vous avez ce qui est le meilleur, alors vous avez soif du meilleur. Peu importe de quel « meilleur » il s'agit, il attisera la soif pareillement. Nous avons soif du meilleur et, inévitablement, cette soif est le problème qui mène à dukkha. Peu importe l'intensité de la soif, elle causera une forme du dukkha. Une soif grossière nous affecte de façon brutale, mais même la soif la plus subtile - si légère qu'elle ne peut être vue ou comprise - nous blessera d'une manière subtile que nous ne pourrons même pas voir. S'il y a soif, il y aura dukkha. La vie sera troublée et perturbée, rendant impossibles la paix et le bonheur parfaits.


C'est pourquoi le bouddhisme enseigne la vacuité (suññata) - l'absence de « je », de «mien» - qui transcende le meilleur. Si nous avons cette connaissance de l'au-delà du meilleur, de la vacuité qui n'est ni le bien, ni le mal, il n'y a pas de problème.

Dans suññata, il n'y a pas de soif. Même la plus subtile forme de soif disparaît. Là, dukkha cesse et il ne reste que la véritable paix spirituelle. C'est le but ultime. Tant que subsiste la plus petite soif, le but ultime ne peut être atteint. Dès que toute soif a été éteinte, et avec elle tous les problèmes et toutes les formes de dukkha, la véritable émancipation devient évidente.

L'émancipation dans le bouddhisme, c'est cette liberté de toute soif, qui naît de la réalisation de suññata (la vacuité). Je vous prie d'étudier cela jusqu'à ce que votre vie soit complètement libérée de toute soif.


Qu'est ce que la "Soif" : Il y a la soif "physique" et la soif "mentale", seule la seconde est cause de "souffrance"

Revenons un peu en arrière et regardons d'un peu plus près ce que nous nommons « la soif ».

Nous devons savoir qu'il y a deux types de soif.

-En premier, il y a la soif physique, matérielle, qui est un processus naturel de la vie. Le corps ressent instinctivement des soifs concernant les besoins naturels : vêtements, nourriture, logement, remèdes, exercice. Cette forme de soif n'est pas un problème. Elle n'entraîne pas de dukkha et peut être satisfaite sans causer de dukkha.

- Puis, il y a la seconde sorte de soif, que nous appelons « la soif mentale ». C'est la soif des pensées nées de l'attachement.

La soif physique n'a pas d'importance et ne cause pas de problème. Même les animaux ressentent cette soif physique, et ils essaient de l'apaiser en fonction de ce qu'ils trouvent pour se désaltérer.

La soif mentale, cependant, qui est inexorablement liée à l'ignorance (avijja) et à l'attachement (upadanna), détruit la sérénité et le calme de l'esprit - qui sont le vrai bonheur et la paix - en apportant dukkha.

Notre problème à nous, êtres humains, c'est que notre esprit s'est développé bien plus que celui des animaux. La conscience animale n'a pas appris comment transformer la soif physique en soif mentale. Ils ne s'attachent pas à leurs soifs instinctives comme nous le faisons - aussi sont-ils libres de dukkha, causée par la soif, l'avidité (tanha) et l'attachement (upadana).

L'esprit humain est plus évolué et donc souffre d'une forme de soif plus évoluée. A travers l'attachement, l'esprit humain connaît la soif spirituelle.

Nous devons faire la différence entre ces deux formes de soifs.

La soif physique peut être étanchée facilement. Un jour de labeur peut suffire à satisfaire nos besoins corporels pour plusieurs jours. Avec la conscience et la sagesse, la soif physique n'est pas un problème. Elle n'est pas bêtement transformée en dukkha. Quand la soif apparaît, il s'agit juste de voir que c'est « tathata » (l'ainsité), « c'est ainsi » et c'est tout.

Le corps possède un système nerveux. Quand il vient à manquer de quelque chose qui lui est nécessaire, cela suscite une certaine tension que nous appelons « soif ». Il n'y a que cela - l'ainsité. Il ne faut pas la transformer en une soif spirituelle en nous y attachant, en disant : « ma soif », « je suis celui qui a soif ». Ce serait très dangereux, car ceci provoquerait beaucoup de dukkha. Quand le corps a soif, qu'il a faim, il faut se rassasier calmement et en pleine conscience. Ainsi la soif physique ne vient pas perturber l'esprit.

La soif est seulement un problème mental. L'esprit humain, supérieurement développé, transforme la soif en une soif mentale du fait de l'attachement.

Il y a des phénomènes mentaux - tanha (l'avidité) et upadanna (l'attachement) - qui ne nous laissent pas en paix. Même si nous étions milliardaires avec des maisons pleines de tous les biens de consommation et les poches pleines d'argent, nous serions toujours mentalement assoiffés.


Plus nous consommons, plus grande est notre soif

Quoi que nous fassions pour satisfaire notre soif mentale, elle se développera, prendra de l'ampleur et viendra nous perturber encore davantage. Même les milliardaires ressentent cette soif spirituelle.

Alors, que pouvons-nous faire pour résoudre ce problème ? Il y a une loi du Dhamma selon laquelle mettre fin à cette soif insensée restaure la paix de l'esprit, le bonheur serein et la libération de toute perturbation.

La soif physique ne doit pas nous tracasser. Il est facile d'en prendre soin, de trouver quelque chose pour l'étancher. La soif mentale, cependant, est un problème tout autre. Plus nous buvons et plus nous avons soif. C'est le problème qui nous happe ; nous sommes agités, agacés, tiraillés par cette forme de soif.

Quand rien ne vient perturber l'esprit, alors nous connaissons la vraie félicité. Cela pourra vous paraître étonnant, mais le vrai bonheur c'est l'absence de toute perturbation.

Nous sommes sûrs que chacun de vous est tracassé par des espérances et des souhaits. Vous êtes venus ici, avec vos espoirs et vos attentes. Ces espoirs, ces souhaits et ces attentes sont autant de nouvelles soifs mentale ; aussi, soyez-y très attentifs. Ne les laissez pas devenir un danger ! Trouvez le moyen de calmer vos attentes et vos espoirs. Vivez dans sati-pañña (la présence attentive doublée de sagesse) ; ne vivez pas dans l'espérance.

Habituellement, nous apprenons aux enfants à formuler des souhaits - « faire un vœu », « vivre un impossible rêve ». Mais ce n'est pas une bonne chose. Pourquoi leur apprenons-nous à vivre dans la soif ? C'est semer le tourment en eux au point de leur causer des douleurs physiques, des maladies et la mort. Il sera plus profitable de leur apprendre à vivre sans la soif spirituelle.

Vivez avec sati-pañña, faites ce qui doit être fait, mais n'espérez pas, ne rêvez pas, n'attendez rien. Les espoirs ne sont rien de plus que des soifs mentales spirituelles. Apprenez aux enfants à ne pas s'attacher. S'il n'y avait aucune soif, ni physique, ni spirituelle, quel bonheur cela serait ! Il n'y a pas de bonheur plus grand. Vous comprenez ?


VIVEKA - Les bénéfices de la cessation de la soif : Etre "seul" et "libre"

Pour conclure, nous voudrions vous parler des bénéfices de la cessation de la soif. Pour ce faire, nous allons vous demander d'apprendre un mot pali de plus.

Ecoutez attentivement et retenez ceci, car c'est un des mots les plus importants ; Viveka en pali, vivek en langue thaïe.

Viveka peut être traduit par « la plus grande des solitudes », « l'unicité parfaite », « la complète solitude ».

Parce que beaucoup de gens n'ont pas correctement saisi la signification de ce terme, celui-ci ne vous est pas très familier.

D'abord, retenez que viveka a trois niveaux de compréhension.

1)Viveka physique (kaya-viveka), quand rien ne vient perturber le niveau de la vie physique.

2)Viveka mental (citta-viveka), quand aucune émotion ne vient perturber l'esprit, quand l'esprit n'est plus dérangé par des choses comme la convoitise sexuelle, la haine, la frustration, l'envie, la sentimentalité et l'amour. Ce viveka mental peut être expérimenté même au beau milieu d'une foule bruyante ; il n'est pas dépendant de la solitude physique.

3) Viveka spirituel (upadhi-viveka), quand aucune sensation, aucune pensée d'attachement à un « je », un « mien », une « âme » ou « moi-même » ne vient perturber l'esprit.

Si ces trois niveaux sont réunis, vous serez vraiment seuls et libres.

Etre simplement libéré des perturbations physiques, alors que les émotions continuent à agacer l'esprit, ce n'est pas viveka.

Beaucoup de « méditants » se précipitent dans les forêts ou au fond d'une grotte pour trouver la solitude, mais ils emportent avec eux leurs émotions. Ils ne pourront alors trouver ce qu'ils recherchent. Ils ne connaîtront pas le vrai bonheur.


Si les émotions ne viennent pas les perturber, mais qu'ils sont assaillis par des sentiments de « je », « moi » et « mien », ils ne connaîtront pas viveka non plus.

Il doit n'y avoir aucun sentiment de « je », « moi », « mien ». Alors, il n'y aura aucune soif d'aucune sorte, ni aucun espoir pour les perturber. C'est cela la solitude. L'esprit est parfaitement seul. C'est ce bonheur qui est le but du bouddhisme. C'est « vimutti » (l'émancipation) au plus haut niveau du bouddhisme.

L'objectif final du bouddhisme, la plus haute libération, ce n'est pas un esprit qui serait simplement heureux et calme. Le but ultime du bouddhisme, c'est la totale libération de tous les attachements, de tous les liens à « je », « moi », « mien ». Nous souhaitons que vous ayez connaissance de ces trois niveaux de viveka.

Si vous êtes capables de pratiquer la pleine conscience de la respiration complètement et correctement, au travers de ses seize stades ou étapes, alors vous découvrirez ces trois niveaux de viveka. Vous découvrirez le bonheur de ne plus jamais être tourmenté à nouveau par la soif.

Mais si vous n'aimez pas cette forme de bonheur, si vous lui préférez le bonheur de répondre à la soif, de combler vos désirs, vous n'apprendrez rien, ici, qui puisse vous être utile. Cela ne vous sera d'aucune aide, car le but du bouddhisme est d'éliminer cette forme de bonheur et de plaisir qui dépend des choses pour étancher sa soif. Nous, nous voulons que cela cesse. Nous avons besoin de cette forme de viveka qui n'est jamais perturbée par la soif.

C'est ce que nous craignons que vous ayez, peut-être, mal compris. Si vous ne comprenez pas la conception bouddhiste du bonheur, vous risquez d'attendre quelque chose que le bouddhisme ne peut pas vous offrir. Aussi, vous serez déçus. Vous perdrez votre temps, ici.
Si vous voulez le bonheur qui vient de la satisfaction de la soif, nous n'avons rien pour vous ici.

Mais si vous voulez le bonheur né de l'absence de toute soif, nous avons des choses à partager - et c'est ce que nous venons de faire.

Nous espérons que vous rencontrerez le succès dans votre pratique et dans le développement de la pleine conscience de la respiration. Alors, vous recevrez le véritable bonheur né de l'absence totale de soif.
Merci d'être venus à Suan Mokkh ; puissiez vous en retirer tout le bienfait possible.

Buddhadasa Bhikkhu
Traduit du thaï par Santikaro Bhikkhu-
Traduction française par isara. (Texte intégral)
Remarque : les sous titres (en violet) ne sont pas dans le texte initial.

  • Lire d'autres enseignements de ce moine : sur ce blog: ICI et sur le site Karuna LA






dimanche 20 juillet 2008

Paticcasamuppada: De l'origine conditionnée de tous les phénomènes


...Paticcasamuppada est comme les Quatre Noble Vérités, dans ce sens que, si personne ne les comprend, l'éveil du Bouddha n'aura servi à rien...

..nul n'est né et nul ne mourra pour recevoir les conséquences de ses actions passées (kamma), contrairement à ce qui est dit dans la théorie éternaliste..

Etre ici et maintenant, c'est l’interdépendance de la voie du milieu et de la vérité ultime. Cette loi va de pair avec le Noble Octuple Sentier..

..enseigner paticcasamuppāda comme s'il existait un « moi » qui perdurerait sur plusieurs vies, est contraire au principe même d’interdépendance, contraire aux enseignements du Bouddha..

Si certains préfèrent, malgré tout, parler de « cette vie-ci » et de « la prochaine vie », c’est acceptable dans la mesure où ils donnent au mot « vie » un sens d’immédiateté. (...)
Une telle « prochaine vie » est potentiellement bien plus enrichissante que celle qui consisterait à sortir du ventre d’une autre mère et que l'on ne pourrait ni voir ni situer
(...)
Interpréter le mot «naissance» comme dans le langage de la vérité relative — c’est-à-dire sortir du ventre d’une mère — fera obstacle à notre compréhension de l'enseignement...


Ci après des extraits d'un enseignements de Buddhadasa Bhikkhu portant sur L'origine Conditionnée de tous les phénomènes ou l'interdépendance = PATICCASAMUPPADA AU QUOTIDIEN

Remarques : certains d'entre vous seront peut-être un peu décontenancé par les propos de Bhikkhu Buddhadasa.  Certains passages peuvent vous sembler en contradiction avec ce que l'on vous a enseigné, ou ce que vous avez compris ou lu.   Mais comme le souligne lui même le vénérable Bouddhasasa, le langage utilisé est celui de la "Vérité absolue". (ou encore vérité ultime) Or, nous avons l'habitude de penser en "Vérité relative"(ou "vérité conditionnée"). Essayons d'oublier pour un instant,  tout ce que nous avons entendu ou cru comprendre afin de lire cet enseignement avec un esprit nouveau, avec un esprit qui ne juge pas, un esprit réceptif.

Seule la pratique peut nous permettre de comprendre l'interdépendance de toute chose. 


L'origine Conditionnée de tous les phénomènes

L’étude de la loi concernant l’origine conditionnée de tous les phénomènes, que nous nommerons ici « loi d’interdépendance » ou paticcasamuppāda, est importante et nécessaire aux disciples du Bouddha, comme le montre le passage suivant des écritures du Canon pāli (extrait du Sangiti sutta)

« Il existe deux doctrines (dhamma) enseignées par l’Eveillé, Celui qui Sait, qui s’est libéré de toutes les souillures et a trouvé le parfait éveil par lui-même. Tous les bhikkhus (moines) devraient approfondir l’étude de ces deux doctrines, il ne doit y avoir aucun désaccord ou division à leur sujet. Ainsi la Vie Sainte (ou religieuse ) pourra-t-elle se poursuivre longtemps dans la stabilité. Ces deux doctrines seront propagées pour le plus grand profit de l’humanité, pour le bien du monde, pour aider les grands êtres et tous les êtres humains. Quelles sont ces doctrines ? Il s’agit de : la compréhension juste des bases sensorielles (ayatana-kusalata) et de la compréhension de l’interdépendance (paticcasamuppāda-kusalata). » (...)

La loi d’interdépendance est un sujet extrêmement profond. On peut dire qu’il s’agit là du cœur ou de l’essence même du bouddhisme. C’est pourquoi elle engendre inévitablement des problèmes, lesquels deviennent à leur tour un danger pour le bouddhisme, dans la mesure où les disciples du Bouddha ne peuvent retirer aucun bénéfice de cet enseignement s’il leur est mal transmis.(...)

pour l’étudier correctement nous devons être prêts à y investir toutes nos capacités intellectuelles (...)Cette connaissance n’a rien à faire avec la connaissance d’une philosophie ou d’un langage particulier (...)
(...)pour répandre son enseignement, le Bouddha utilisait deux types de langage :
- le langage de la vérité relative, pour enseigner la vertu morale à ceux qui sont encore empêtrés dans des visions éternalistes — ceux qui s’accrochent à l’idée qu’ils sont quelqu’un et possèdent des choses ;
- mais aussi le langage de la vérité absolue, pour pouvoir enseigner à ceux qui n’ont
« plus qu’un peu de poussière dans les yeux », pour leur permettre de comprendre la réalité absolue (paramattha-dhamma). L’enseignement de la réalité absolue a pour but de libérer les humains de leur chère théorie éternaliste.

C’est ainsi que l’on retrouve, dans les paroles du Bouddha, deux modes d’expression différents. Or, la question de l’interdépendance relevant de la vérité ultime, elle ne pouvait être traitée qu’en termes de vérité ultime. (...)

L’interdépendance est donc réellement un sujet difficile à aborder.(...)

(...)quand le Bouddha enseigne la vérité ultime, il parle des êtres sensibles, des individus... comme n’ayant pas de réalité propre : il n’existe en fait qu’une série d’événements interdépendants qui apparaissent puis disparaissent.

Chacun de ces événements s'appelle paticca-samuppanna-dhamma (événements qui apparaissent du fait de la loi des causes et effets) et on les appelle paticcasamuppāda quand ils sont reliés entre eux.(...)

A aucun moment, dans ce cycle, il n'est possible de parler de « quelqu'un » ou d'un « soi », pas même dans l'instant présent. Ainsi nul n'est né et nul ne mourra pour recevoir les conséquences de ses actions passées (kamma), contrairement à ce qui est dit dans la théorie éternaliste.
Mais il n'y a pas non plus de mort qui soit une disparition totale, comme dans la théorie nihiliste...
Etre ici et maintenant, c'est l’interdépendance de la voie du milieu et de la vérité ultime. Cette loi va de pair avec le Noble Octuple Sentier — la voie du milieu que l'on peut même appliquer dans les questions de morale.(...)

enseigner paticcasamuppāda comme s'il existait un « moi » qui perdurerait sur plusieurs vies, est contraire au principe même d’interdépendance, contraire aux enseignements du Bouddha, qui visent précisément à éliminer cette sensation de soi, à dépasser complètement ce sentiment d'être « quelqu'un ».
L'interdépendance n'est donc absolument pas concernée par les questions de morale, lesquelles sont liées à une théorie éternaliste basée sur l'existence d'un soi. (...)

En tout état de cause, nous pouvons dire que l’on trouve aujourd’hui deux interprétations de paticcasamuppāda :
- la première est erronée ou mal expliquée, de sorte qu'il est impossible de la mettre en pratique: cette théorie inexacte a été enseignée pendant un millier d'années.
- La seconde, correctement transmise, est expliquée selon les intentions du Bouddha, on peut la pratiquer ici et maintenant et en voir les résultats immédiatement.

Cette seconde interprétation de la loi d’interdépendance nous apprend à être attentifs à tout contact entre les sens et les objets des sens, à ne pas laisser les sensations et les émotions se développer et éveiller la soif du désir (...)

l'attention doit être présente pour contrôler les sensations lorsqu'il y a contact entre les sens et un objet. Il ne faut pas permettre au désir et à l'attachement d'apparaître.(...)

La pratique de l'interdépendance est la voie du milieu de la vérité ultime.(...)

L'interdépendance se situe entre l'idée d'existence d'un moi et celle d'absence totale de moi. Elle a son propre principe : « Parce qu'il y a ceci, il y a cela ; parce que ceci n'est pas, cela n'est pas ». C'est ce principe qui fait que le bouddhisme n'est ni éternaliste ni nihiliste.(...)

Si nous étudions de près les écritures du Canon pāli, c'est-à-dire les enseignements donnés par le Bouddha lui-même, nous constatons qu'ils sont nettement divisés en deux : d'une part, les questions ayant trait à la vertu morale, destinées à ceux qui sont encore attachés à une vision éternaliste du monde et, d’autre part, les questions sur la vérité ultime dont le but est de supprimer aussi bien le point de vue éternaliste que le point de vue nihiliste. (...)

l'étude de l'interdépendance implique une référence indispensable aux écritures originelles en pāli. (...)Ne vous inclinez pas systématiquement devant des écrits tardifs, comme le Visuddhimagga. (...) Nous devons rester vigilants, selon les instructions laissées par le Bouddha lui-même dans le Kālāma Sutta et selon le principe de mahāpadesa tel qu'il est donné dans le Mahāparinibbāna Sutta : « Tout ce qui n'est pas en accord avec la majeure partie du Dhamma-Vinaya (l'enseignement et la discipline) doit être considéré comme ayant été mal perçu, mal retenu, mal expliqué ou mal enseigné » Ce principe de mahāpadesa nous protége des œuvres postérieures qui auraient pu glissé dans l'éternalisme. (...)


Voici à présent les principes qui relèvent de l'interdépendance

1) À chaque fois qu'il y a contact sensoriel sans sagesse, s'ensuit le devenir (bhava) et la naissance (jāti). En d'autres termes : quand seule l'ignorance est présente à l’instant d’un contact avec les sens, la loi d'interdépendance se met en mouvement.

2) Dans le langage de paticcasamuppāda, les mots « individu », « soi », « nous » ou « ils » sont inexistants. Il n'y a aucune « personne » qui souffre, se libère de la souffrance ou évolue dans un tourbillon de renaissances (...)

3) Dans le langage de paticcasamuppāda, le mot « bonheur » n'apparaît pas. Seuls apparaissent les mots « souffrance » et « cessation » ou « extinction » complète de la souffrance... la loi d'interdépendance n'a pas pour but de parler du bonheur — lequel est, par contre, la pierre d'achoppement de l'éternalisme. Dans le langage de la vérité relative, on peut considérer que l'absence de souffrance est le bonheur ; ainsi, il est dit que « le nirvana est le plus grand des bonheurs »

4) Le type de « conscience de renaissance » (patisandhi viññāna) — qui sous-entend un moi — n'apparaît pas dans le langage du paticcasamuppāda. Le mot viññāna se réfère aux six formes de consciences sensorielles qui naissent au contact des six sens. (...)

5) Dans le processus d'interdépendance, il n'existe que paticca-samuppanna-dhamma, c'est-à-dire des événements dont l'apparition, très brève, dépend d'autres événements et qui donnent à leur tour naissance à d'autres événements. C'est ce conditionnement mutuel des choses que l'on appelle interdépendance (...)

6) En termes de karma, paticcasamuppāda tend à montrer un karma qui n'est ni blanc ni noir, qui n'est ni le karma des bonnes actions ni celui des mauvaises actions (...)

7) ) Sanditthiko est un principe fondamental du bouddhisme, c'est le « ici et maintenant »(...) Chacun des onze maillons de la chaîne d'interdépendance doit absolument se situer dans le présent pour rester cohérent avec les principes enseignés par le Bouddha

8) Les nombreux suttas qui abordent la question de paticcasamuppāda en parlent de plusieurs manières (...) Il y a, par exemple,
(a) l’enchaînement normal (anuloma) : depuis l'ignorance jusqu'à la souffrance ;
(b) l’enchaînement inversé (patiloma) : de la souffrance à l'ignorance ;
(c) la voie de la cessation : que l'on peut suivre dans un sens ou dans l'autre ;
(d) la voie qui commence avec les bases des sens pour donner naissance à la conscience sensorielle, au contact et à la sensation — dans ce processus l'ignorance n'est pas mentionnée ;
(e) la voie qui commence avec la sensation et se termine avec la souffrance ;
(f) et enfin, la voie probablement la plus étrange, qui regroupe la voie de l'apparition de la souffrance et celle de la cessation. (...)

Si nous étudions soigneusement tous les discours qui traitent de l'interdépendance, il apparaît absolument inutile que l'application de cette théorie s'étende sur trois vies (en termes de vérité relative)....

9) Paticcasamuppada ne concerne que des événements soudains et momentanés (khanikā-vassa)... Nous pouvons observer cela tous les jours : quand l’avidité, la colère ou l'illusion apparaissent, le « moi » prend aussitôt « naissance ». Si certains préfèrent, malgré tout, parler de « cette vie-ci » et de « la prochaine vie », c’est acceptable dans la mesure où ils donnent au mot « vie » un sens d’immédiateté. (...)

Interpréter le mot «naissance» comme dans le langage de la vérité relative — c’est-à-dire sortir du ventre d’une mère — fera obstacle à notre compréhension de l'enseignement.

Nous devrions plutôt nous réjouir que cette « prochaine vie », c’est-à-dire la prochaine occasion d’un contact sensoriel, soit à notre portée et à notre disposition, pour en faire ce que bon nous semblera. Une telle « prochaine vie » est potentiellement bien plus enrichissante que celle qui consisterait à sortir du ventre d’une autre mère et que l'on ne pourrait ni voir ni situer (...)

10) Se contenter de palabrer sur paticcasamuppāda n'est que de la philosophie dans le pire sens du terme, c'est inutile et sans valeur. Ce qu’il faut, c’est pratiquer les enseignements de l’interdépendance en empêchant l'apparition de la souffrance grâce à une parfaite vigilance au niveau des six portes des sens,(...)

En quelques mots, disons que paticcasamuppāda est une question très concrète qui mène tout droit à la cessation de la souffrance. La souffrance intervient parce que, une fois la « souillure » (kilesa) apparue, la roue fait un tour complet du cycle d'interdépendance.(...)

La soif du désir et l'attachement engendrent à leur tour le devenir et la naissance, naissance de la notion de « moi », de « je » ou de « mien », d’une « personne » qui goûtera aux fruits de la souffrance sous forme de problèmes surgis du fait de la naissance, de la vieillesse et de la mort : le chagrin, les lamentations, la douleur, la peine et le malheur ou, comme on les appelle encore, les cinq agrégats du désir (pañcūpādāna-khandha) , synonymes de souffrance (...)

En un cycle d'interdépendance, il semble qu'il y ait donc deux autres naissances mais il n'est pas nécessaire, pour cela, de mourir, d'être enfermé dans un cercueil puis de renaître. Ce type de mort relèverait du corps et du langage de la vérité relative, pas de paticcasamuppāda tel qu'enseigné par le Bouddha. (...)

les agrégats n'apparaissent que lorsque les onze conditions de paticcasamuppāda sont en jeu, selon le principe de cause à effet : « C'est parce qu'il y a ceci que cela apparaît ; parce que ceci n'est pas, cela n'est pas non plus ». (...)

cette explication du non-soi par la loi d’interdépendance est nécessaire pour éviter qu’une simple explication des cinq agrégats comme étant dépourvus de « soi » ne conduise à certaines déviations ridicules (...)

Dans l'ordre de la cessation de la souffrance dans la loi d'interdépendance, nous trouvons le véritable Bouddha, le véritable Dhamma et le véritable Sangha. Ils sont sanditthiko (immanents, ici et maintenant) et paccatam veditabbo viññuhi (ce que l’on découvre par soi-même, par l'expérience directe). Ils sont présents et vivants tous les trois, bien plus réels que dans le triple joyau que les éternalistes chantent sans prêter attention aux mots qu'ils prononcent, se contentant de les articuler, les privant de leur sens. (...)

« Cette vie » signifie le cycle d'interdépendance ; « la prochaine vie » signifie le prochain cycle d'interdépendance et ainsi de suite.

Considérer les choses ainsi, c'est voir cette vie et la suivante d'une manière plus juste que la façon dont la comprennent les éternalistes, lesquels la définissent en termes de naissance physique, depuis le ventre d’une mère jusqu'au cercueil — définition qui tient au langage de la vérité relative et non à celui que le Bouddha utilise lorsqu'il enseigne paticcasamuppāda. (...)

Une bonne compréhension de cela est ce qu’un enseignant de paticcasamuppāda peut vous offrir de plus utile, pas le paticcasamuppāda des maîtres éternalistes, créé de toutes pièces sur le tard et incorrectement transmis jusqu'à ce jour (...)

De nombreux éléments permettent de comprendre que le langage de l'interdépendance (le langage du Dhamma le plus élevé) est différent du langage de la vérité relative, lequel est inévitablement assaisonné d’un soupçon d'éternalisme.

Paticcasamuppada est comme les Quatre Noble Vérités, dans ce sens que, si personne ne les comprend, l'éveil du Bouddha n'aura servi à rien. C'est encore plus vrai pour la loi d'interdépendance car elle est l’épanouissement de ces nobles vérités. Voilà pourquoi nous devons tellement en parler. (...)

La première chose à comprendre est que nous faisons tous l’expérience de l'interdépendance, pratiquement à chaque instant, même si nous n'en savons rien.


Qu'est-ce que paticcasamuppāda ?

C’est la démonstration détaillée de l'origine et de la cessation de la souffrance ; elle souligne l'interdépendance naturelle des facteurs qui mènent de l'origine à la cessation de la souffrance (...)

Pourquoi doit-on aborder le sujet de l'interdépendance ?

Il est indispensable d'étudier et de mettre en pratique cette théorie. De nos jours, très peu de gens connaissent paticcasamuppāda et, qui plus est, leur compréhension en est souvent fausse (...)


Dans quel but devons-nous étudier paticcasamuppāda ?

La réponse à cette question est : pour nous libérer des fausses idées selon lesquelles il existe des personnes qui sont nées et qui vivent selon leur karma. D'autre part, nous devons connaître l'interdépendance pour anéantir définitivement la souffrance et laisser la place à la vision juste. Si vous croyez encore que vous êtes une âme, votre compréhension est fausse et vous endurerez la souffrance sans parvenir à vous en libérer. Il est donc nécessaire de savoir ce qu'est réellement l'interdépendance.

De quelle manière peut-on se libérer de la souffrance ?

La réponse est la même. C'est-à-dire que la cessation de la souffrance est le résultat d'une pratique correcte, d'une vie ou d'un mode de vie correct. Vivre correctement, c'est vivre de telle sorte que l'ignorance soit anéantie par la sagesse et que la sottise soit anéantie par la connaissance. En d'autres termes, vivre correctement, c'est être présent à chaque instant et en particulier lorsqu'il y a contact entre les bases des sens et les objets des sens.

Je vous demande de bien comprendre que « vivre correctement » signifie vivre chaque instant avec un maximum d’attention, en particulier au moment des contacts sensoriels. Ainsi la stupidité n'aura plus de place et il deviendra possible d'éliminer l'ignorance. Il ne restera plus que sagesse et connaissance. Vivre de telle façon que la souffrance ne puisse plus apparaître, c'est vivre justement.


Source : Vous pouvez télécharger l'intégralité de cet enseignement ( 87 pages au format pdf ) grâce au blog Vimokkha - La Tradition des Moines de la Forêt : ICI 

*  suite à la publication de cet enseignement, une discussion s'est engagée sur le forum Bouddhiste  nangpa2 : ICI