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vendredi 4 avril 2008

MARCHE MEDITATIVE DURANT UNE RETRAITE



Une des plus grandes difficultés de la méditation : ne jamais chercher à retrouver telle ou telle sensation. On marche et l’on observe sans rien vouloir, on s'assoit pour observer sans rien attendre.

On doit accueillir tout ce qui se présente à notre conscience ; que ce soit des choses ou sensations agréables, comme des sensations désagréables ou neutres.
Dans la vie de tous les jours, on fuit les sensations désagréables et l’on recherche les sensations agréables.

Dans la Méditation, on ne cherche rien, on doit seulement observer, moment par moment, calmement, tout ce qui se passe au sein du corps et de l'esprit.
( Extrait de mon récit retraite intensive 4e jour )



La Marche

Comme je commence nettement à ressentir l'intention avant le mouvement, je fais maintenant 7 notes à chaque pas au lieu de 3. Et lorsque j'arrive au bout de mon chemin, je note : "debout debout" et "immobile" puis, "intention de tourner" au moment même où je sens cette intention, puis "tourner tourner" au moment où je tourne.

Puis de nouveau "debout debout" et avant de lever le pied , dès que je ressens bien l'intention, je note mentalement " intention de lever" puis " lever” , ensuite "intention d'avancer" et "avancer", puis "intention de poser" (mon pied reste quelques fractions de seconde en l'air) puis "poser " (lorsque le talon touche le sol) et "toucher", lorsque la pointe du pied touche le sol à son tour.


En faisant ces 7 notes, ma concentration devient de plus en plus forte.

Si mes assises deviennent meilleures, c'est que la marche, juste avant, devient meilleure. Je commence à équilibrer l'énergie et la concentration. Et, comme le souligne le Vénérable durant son enseignement, l’énergie mentale induit l’énergie physique.
(Extrait de mon récit retraite intensive 6e jour )


À partir du 6e ou 7e jour, j'ai observé de plus en plus de sensations au cours de la marche méditative:

En décomposant les mouvements en 6 ou 7 phases, afin d'observer l'intention puis le mouvement lui même, on observe de plus en plus de choses, de phénomènes. (Bien évidemment on ne regarde pas les mouvements avec les yeux; on les ressent, puisque l'on a le regard dirigé à environ 1 mètre devant soi). La réalité ultime du mouvement est différente de la réalité conventionnelle.


J'ai toujours pensé qu'il y avait les mouvements du "lever" celui de l' "avancer" et enfin du "poser". En réalité, comme pour les mouvements d'abaissement et de soulèvement de l'abdomen, si on observe attentivement, on peut voir qu'il n'y a pas un mouvement mais des multitudes de petits mouvements.


Lorsque le pied se lève, je peux observer que ce mouvement est constitué de plusieurs petits mouvements différents, qu'il ne s'agit pas d'un seul mouvement d'élévation du pied mais de plusieurs, il y a comme des saccades à l'intérieur du mouvement même. Même chose lorsque j'avance le pied, je ressens bien que lorsque le pied avance il n'y a pas un mouvement linéaire, mais plusieurs mouvements, comme si l'avancement se faisait aussi pas saccades. Chaque mouvement a un début et une fin.


Une fois de plus, c'est difficile d'expliquer avec des mots ce que l'on observe. La sensation de légèreté ressentie au moment de lever et d'avancer le pied et la sensation de lourdeur au moment où le pied se pose deviennent plus fortes.


Chez moi je pratiquais peu la marche méditative et je passais plus de temps assise. Grâce à la pratique intensive de la marche, j'ai compris l'importance de cette forme de méditation.


Il est essentiel de marcher avant de s'assoir, afin de bénéficier durant l'assise, de la concentration acquise durant la marche et de l'énergie nécessaire à l'observation des phénomènes.

Observer attentivement demande beaucoup d'énergie, sans énergie, l'observation est faible et superficielle. (Extrait de récit retraite intensive 7e jour)

mardi 12 février 2008

Journal d'un moine (suite):La marche méditative






isara nous raconte avec une grande simplicité et une grande honnêteté sa vie de moine, dans un monastère en Thaïlande à Wat Paa. Ci après, quelques extraits de son récit à propos, notamment, de la méditation en marchant ( lien pour lire le début de son récit à la fin du message)


Wat Paa (part 4) : Méditation

Luang Por attache une grande importance à la pratique de la méditation et le Wat Paa Mahanikhai est un centre de méditation réputé dans la province. Pourtant, exceptée la période du carême bouddhique, peu de moines séjournent au wat paa.

Trois fois l’an, le wat organise des séminaires de méditation pour les laïcs, mais force est de constater que l’assemblée est plutôt âgée et composée à quatre-vingt dix pour cent de femmes.

Luang Por peste souvent devant cette désaffection et contre ces monastères où les moines se contentent des offices chantés et délaissent la pratique de la méditation.

A mon arrivée, il m’a longuement interrogé sur les manières de pratiquer qui m’avaient été enseignées précédemment… Je n’avais, à ses dires, pas trop été déformé !

Luang Por pratique la méditation dans la tradition Kammatthana (tradition de la forêt), dans la lignée de Ajahn Mun.

Il aime varier les méthodes de méditation : méditation assise, méditation debout, méditation marchée. La méditation doit être un exercice de vigilance, et non une routine où l’esprit se laisse aller à l’engourdissement.

Il pratique la méditation assise selon l’Anapanasati en focalisant son attention sur le contact de l’air au niveau des narines.

Pour Jongrom= la méditation marchée; il se concentre sur le mantra « Bhud-do ».

Luang Por marche d’un pas plus rapide que le mien.
Il me recommande de marcher sur une courte distance afin d’avoir l’occasion de faire de nombreux demi-tour. Chaque demi-tour est une occasion de renforcer la concentration :

Il faut s’arrêter d’abord, revenir pieds joints, prendre une longue respiration et voir où est l’esprit : est-il dans la pleine conscience de la marche ou est-il en train de vagabonder ? Ramener l’esprit dans le corps ; avec le regard intérieur, procéder à un scan depuis le sommet de la tête jusqu’aux orteils en passant par la face avant du corps. Remonter de la plante des pieds jusqu’aux crâne en suivant l’arrière des jambes, des cuisses, les fesses, la colonne vertébrale et la nuque.

Ensuite, il faut être conscient de son intention de faire demi-tour ; cela ne doit pas être une action faite par habitude… Le demi-tour doit se faire en quatre temps : faire pivoter le pied droit d’un huitième de tour en gardant le talon au sol,« BUD… ». Amener le pied gauche près du pied droit, « DHO… »… Un huitième de tour à droite, « BUD… », le pied gauche rejoint le pied droit, « DHO.. ». Le pied droit pivote d’un huitième, « BUD… ». Le gauche suit, « DHO… ».Recommencer une quatrième fois, « BHU… », voilà le demi-tour exécuté, « DHO… ».

Là, pieds joints, refaire un nouveau scan du corps, de la tête vers la plante des pieds et retour. Respirer longuement, être conscient de sa volonté de marcher, répéter trois fois « intention de marcher… ».

Enfin lever le talon du pied droit pour amorcer le premier pas. Et surtout, savoir s’arrêter et revenir en position pieds joints, à chaque fois que l’on surprend l’esprit en train de batifoler.

En position debout, il médite sur les trente-deux parties du corps que nous nous remémorons deux fois par jour, à la fin de l’office.

C’est un exercice qui demande une longue expérience et Luang Por dit qu’il peut être aussi efficace de porter son attention sur les éléments externes du corps (cheveux, poils,dents, ongles des mains, des pieds et la peau). Savoir contempler ces éléments du corps humain, voir leur caractère éphémère, comment ils changent et vieillissent. Voir comment ils peuvent devenir sales et puants si on ne les lavent pas.

C’est le premier enseignement que tout nouveau moine reçoit le jour de son ordination, juste après avoir revêtu pour la première fois la robe de moine (...)

Autre méthode : la contemplation du squelette, voir son squelette depuis le sommet du crâne jusqu’au bout des orteils. Ou encore, percevoir les éléments air-terre-eau-feu qui constituent notre corps.

La méditation debout est un exercice qui permet de voir de l’intérieur le corps et les sensations du corps. Il faut procéder comme le fait un scanner depuis le sommet du crâne jusqu’au bout des orteils, aller et retour ; voir avec les yeux de l’intérieur le corps et toutes ses composantes.

Cependant, j’ai toujours la crainte de me laisser aller à la torpeur et de basculer en avant pour chuter lourdement, tête en avant. Ce risque est d’autant plus grand si tôt le matin.

C’est, je crois, les seuls enseignements sur la pratique que Luang Por m’ait donné.

Depuis, il se contente de répondre à mes interrogations lorsque nous nous retrouvons, la nuit tombée dans son kuti pour boire un chocolat chaud. « Tu as bien fait de ne pas apporter tes livres avec toi car on y apprend pas grand-chose », m'a-t-il dit un jour.

La marche méditative m’apporte dès que je la pratique un calme très grand, propice à la concentration. Je marche de façon lente, décomposant mon pas en six fractions (soulever le talon,lever le pied, avancer le pied, l’incliner vers le sol, toucher le sol avec les orteils, reposer le pied) et marquant une pose entre chacune des fractions.

L’amplitude du pas est très faible : le talon vient se poser tout près du gros orteil du pied qui est au sol. Le mouvement est si lent que je suis souvent à la limite de la perte d’équilibre (une manière de forcer la vigilance à rester aiguisée).

Luang Por, qui décompose le mouvement de son pas en deux fractions, au rythme du mantra « bud – dho », a une marche plus rapide, aussi nous séparons nous pour méditer en marchant.

Le temps ne compte plus lorsque je pratique la méditation marchée ; Luang Por le sait, aussi frappe-t-il légèrement sur un gong pour m’indiquer qu’il est temps de revenir s’asseoir pour la poursuite de la méditation. En effet, nos périodes de méditation se termine toujours par une période d’assise d’au moins vingt minutes.

Lorsque je médite seul dans mon kuti, je peux prendre un coussin afin d’avoir une position plus stable et moins douloureuse pour les articulations. Cela ne m’est pas possible lorsque je médite en compagnie de Luang Por. (...)

Quand nous méditons dans la sala, Luang Por a deux tapis de prière disposés l’un sur l’autre. Cela signifie donc que je doive n’en contenter d’un seul (et pas de coussin, bien sûr !).

Devoir s’asseoir ainsi ne se limite pas aux seuls moments de méditation formelle : cérémonies diverses dans les monastères environnants, temps passé à recevoir les visiteurs, cérémonies de crémation, veillées funéraires, invitations à venir manger dans les maisons et temps consacré à la prise du repas quotidien… Autant de temps passé assis par terre, jambes croisées.

Certains jours, les douleurs aux genoux frisent le supplice ; et pas seulement pour mes articulations de « farang » (occidental), les moines thaïs, plus aguerris, eux aussi se plaignent souvent.

J’essaie de suivre les instructions reçues et me sert de cette douleur récurrente que je ressens dans le genoux droit comme d’un objet sur lequel porter mon attention afin d’affiner ma concentration. Cela marche un moment, je parviens à observer la douleur, voir sa nature changeante, impermanente. Je regarde la douleur de l’intérieur, je la vois bouger, se modifier… s’estomper même.

Puis, patatras, elle s’avive à nouveau… alors, plus question d’observer quoi que ce soit. Je n’aspire qu’à une chose : fuir cette douleur, bouger la jambe pour que cesse cette douleur ! Qu’importe la méditation : échapper à cette douleur, un point c’est tout !

J’en ai connu de ces jours où la douleur faisait naître en moi ce désir de fuite, puis la colère d’avoir à endurer cette souffrance et le doute quant à l’utilité de tout cela. Ces jours ne sont pas terminés : il m’arrive de douter que je pourrai un jour dépasser tout cela.


Source : Blog d'isara : Journal d'un moine : Wat Paa (part 1 à 4 ) ICI



  • Lire tous les messages sur la Marche méditative : ICI


vendredi 18 janvier 2008

Marche Méditative





J'ai déjà évoqué la Méditation en marchant dans un autre message :

Dans ce message précédant vous pouvez lire:

1)La pleine-conscience de la marche selon Ajahn Sucitto

2) Instructions pour la méditation en marche selon la méthode "Mahasi"


Pour le lire ou le relire, c'est par ICI



Remarques préalables:

La marche méditative est importante car, bien plus que la méditation assise, elle nous entraîne pour la méditation dans la vie de tous les jours.

Personnellement, je trouve qu'il est plus difficile d'être attentif et de se concentrer en marchant car il y a plus de distractions et on a les yeux ouverts, c'est pour cela qu'il faut diriger son regard vers le bas et devant soi.

(Dans le récit de ma retraite je parle beaucoup de cette "marche méditative" puisque je passais autant de temps en méditation assise qu'en méditation en marchant. Cependant aujourd'hui je ne fais plus aucune "note mentale".)



Mais, "La méditation assise et en marchant sont les mêmes dans leur essence et ne diffèrent que par la position physique employée."(Ajahn Chah)



L'enseignement d'Ajahn Sumeddho qui va suivre, s'intitule :
Jongrom ou la Marche Méditative



Etre attentif aux mouvements de ses pieds

Jongrom
est une pratique de marche méditative qui consiste à être attentif au mouvement de ses pieds. Depuis le début du chemin jusqu’au bout, vous portez votre attention sur le corps qui avance puis sur le fait de se tourner et de rester debout immobile.

Ensuite apparaît l’intention de reprendre la marche et enfin la marche elle-même.
Repérez des points clés comme le milieu et le bout du chemin, le moment de tourner et l’instant d’immobilité avant de reprendre la marche.

Utilisez-les pour retrouver une attention pleine et entière lorsque l’esprit se disperse en cours de route. Si vous ne faites pas attention, vous pouvez vous retrouver en train d’organiser une révolution ou je ne sais quoi tout en pratiquant jongrom ! Je me demande combien de révolutions ont été fomentées pendant la pratique de jongrom ! …


Se concentrer sur ce qui se passe réellement

Donc, au lieu de laisser vagabonder le mental, nous utilisons ce moment pour nous concentrer sur ce qui se passe réellement. Bien sûr, les sensations que nous éprouvons ne sont pas extraordinaires, elles sont même si ordinaires qu’en général nous ne les remarquons pas.

Alors voyez qu’il faut faire un certain effort pour être véritablement conscient de ce genre de choses.
Si, au milieu de la marche, votre esprit se retrouve en Inde, prenez-en simplement conscience. A ce moment là, vous êtes éveillé. Profitez-en alors pour recentrer l’esprit sur ce qui se passe vraiment dans le corps qui se déplace ainsi.



C’est un entraînement à la patience,

parce que l’esprit ne cesse d’aller de toutes parts. Si par exemple vous avez autrefois vécu des moments merveilleux pendant une marche méditative, vous risquez de penser : « A la dernière retraite, j’ai pratiqué jongrom et j’ai vraiment senti le corps qui marchait tout seul, il n’y avait personne là, c’était magique. Si seulement je pouvais retrouver cette sensation … »

Observez ce désir basé sur un souvenir agréable. Voyez que c’est un obstacle et laissez-le tomber. Peu importe que vous viviez un moment magique ou pas. Un pas et puis l’autre, c’est aussi simple que cela.

Contentez-vous de ce peu, laissez aller tout le reste au lieu d’essayer d’atteindre un état extraordinaire que vous avez pu connaître autrefois en pratiquant cette méditation. Plus vous
essaierez, plus vous vous rendrez malheureux parce que vous aurez cédé au désir de vivre une belle expérience basée sur un souvenir.

Contentez-vous de ce qui se passe à cet instant, peu importe ce que c’est. Soyez en paix avec ce qui est, plutôt que vous énerver à rechercher un état que vous désirez.


Un pas à la fois.

Voyez comme la marche méditative est paisible quand tout ce que vous avez à faire est d’être présent à un simple pas. Par contre si vous pensez que vous devez développer samadhi à partir de cette pratique alors que votre esprit s’échappe dans tous les sens, que se passe-t-il ? « Je déteste cette méditation, elle ne me calme pas du tout. J’essaye d’avoir le sentiment de marcher sans personne qui marche et mon esprit s’emballe tous azimuts ». Cela parce que vous ne comprenez pas encore comment il faut pratiquer, votre mental se fait des idées, il essaie d’obtenir quelque chose au lieu de simplement être.

En marchant, tout ce que vous avez à faire c’est de marcher. Un pas et puis l’autre ... C’est simple mais pas facile, n’est-ce pas ? Le mental panique, il essaie de comprendre ce que vous êtes sensé faire, ce qui ne va pas chez vous et pourquoi vous n’y arrivez pas.

Mais voilà, ce que nous faisons au monastère est aussi simple que cela : nous nous levons le matin, nous nous retrouvons pour le chant récitatif et la méditation, nous faisons le ménage, nous cuisinons ; assis, debout ou en marchant, nous méditons et nous travaillons. Nous faisons ce qu’il y a à faire, sans discrimination, une chose après l'autre.

Ainsi donc, être présent à la réalité des choses est la pratique du non-attachement, lequel apporte paix et bien-être.

La vie change et nous la voyons changer. Nous sommes capables de nous adapter à l’impermanence du monde sensoriel. Que les choses soient agréables ou désagréables, nous pouvons toujours tout supporter et assumer, quoi qu’il arrive dans notre vie. Si nous réalisons la vérité, nous réalisons la paix intérieure.


dimanche 23 décembre 2007

La Marche Méditative ou méditation en marchant






J'ai longuement parlé de la marche dans le récit de ma retraite. Mais il s'agissait de mon expérience personnelle de la marche. Je vous renvoie au récit de ma retraite jour par jour.


Ci après des enseignements sur la Marche ou Marche Méditative ou encore la Méditation en marchant. On parle aussi de La pleine-conscience de la marche







Plan de ce message

1)La pleine-conscience de la marche selon Ajahn Sucitto

2) Instructions pour la méditation en marche (méthode Mahasi)

_______________________________________________________



1)La pleine-conscience de la marche, selon Ajahn Sucitto


Pour pratiquer la pleine conscience de la marche, il nous faut un espace ouvert.
Idéalement nous devrions essayer de trouver un espace long d'une vingtaine de pas, mais dans une maison nous aurons probablement à tourner en rond, à marcher autour d'une chambre, plutôt que de faire des allers et retours.

Nous devons faire du mieux que nous pouvons lorsque nous sommes à l'intérieur, mais s'il y a un jardin ou une route nous pouvons en tirer parti.

Cela peut rendre les voisins complètement fous, tant ils pourront se demander ce que nous pouvons bien fabriquer, concluant en général que nous avons perdu quelque chose !

Parce que, ce que nous faisons lorsque nous pratiquons la méditation en marchant, c'est de se tenir debout, et puis de marcher droit devant pendant une vingtaine de pas, ensuite, de stopper, se tenir debout immobile, se retourner et repartir dans l'autre sens - et nous continuons à faire cela, marcher dans un sens et en sens contraire.

Lorsque nous marchons nous gardons notre regard, l'attention des yeux légèrement pointée vers le sol devant nous, disons à environ deux trois mètres, de sorte que la tête est toujours très légèrement penchée vers le bas.
Plutôt que fixer notre regard sur quelque chose en particulier, nous ne faisons que rassembler notre attention ; c'est assez important parce que si nous ne faisons que regarder tout ce qui se présente autour de nous alors il se peut que nous devenions distrait.

Ce qui se passe dans la méditation en marchant, c'est qu'il y a de toute façon tant de choses qui traversent l'esprit qu'il est très utile d'apprendre à seulement maintenir son regard légèrement fixé, ne regardant rien en particulier.
Lorsque nous marchons, dans un sens et dans l'autre, nous remarquons très rapidement que lorsque nous voyons les choses défiler, l'esprit s'en saisit : « Oh, regarde cette fleur, cet oiseau… », de même avec l'ouïe, la réflexion ou la sensation ; mais l'idée est de maintenir une position centrale afin que les choses ne fassent que passer par cette position centrale de la marche.


Fixer notre attention sur les sensations qui traversent les pieds

Pour élever un peu plus l'attention, nous essayons généralement de la fixer sur les sensations qui traversent les pieds lorsque nous avançons dans la marche. Comme avec la méditation sur la respiration lorsque nous faisons « j'inspire, j'expire », avec la marche, la sensation est dans le pied, le pied gauche touche le sol, puis le pied droit touche le sol.

Ainsi ce rythme agit comme une sorte de ligne de base, ou un thème sous-jacent, auquel nous continuons à nous référer, y ramenant sans cesse notre attention, à travers le domaine changeant de notre conscience perceptive.

Alors, quand nous arrivons au bout du couloir nous restons immobile, en essayant d'étendre notre perception de la plante des pieds jusqu'en haut du crâne, de sorte que nous puissions nous représenter comme un poteau ou un arbre, ou comme le corps entier debout, afin que le corps entier soit attentif.

Nous fermons les yeux, inspirons et expirons quelques fois, ressentant ce que cela fait de se tenir debout immobile. Puis nous faisons demi-tour et marchons en sens inverse. Nous nous arrêtons à l'autre bout du couloir, restons immobile, nous faisons deux ou trois respirations, nous nous retournons et puis nous repartons en sens inverse ; en restant détendu durant tout ce processus.

L'esprit ira, en apparence, courir d'un bout à l'autre de la pièce, mais au lieu de penser qu'il court d'un bout à l'autre de la pièce, mieux vaut penser que c'est la pièce qui court d'un bout à l'autre de notre esprit - il faut seulement le laisser courir comme il veut - et rester centré, en paix avec ça ; et puis contempler et noter l'expérience du changement en tout cela, le flux en tout cela.


Une claire compréhension peut être atteinte

Une claire compréhension peut être atteinte en réfléchissant, en considérant, et il y a quatre voies pour y arriver.

- Premièrement, il y a la compréhension claire de votre objectif.

Ainsi par exemple quand vous vous asseyez pour méditer, notez juste quelle est votre intention. Ceci peut ne pas être très agréable à faire. Vous pourriez penser : « Bon, je crois que ça a l'air d'être une bonne idée à cette heure-ci », ou « il est sept heure trente ».

Mais si vous n'êtes pas clair sur votre intention alors, dans un sens, l'esprit n'est pas pleinement attentif, et les choses sont faites d'une manière banale.

On peut sûrement faire comme ça avec la méditation, ça peut devenir seulement quelque chose que l'on fait, sans savoir vraiment pourquoi, sans savoir ce que l'on est en train de faire.

Cela ne veut pas dire que vous avez besoin de faire une analyse intellectuelle de vos motivations, mais que vous devez juste éprouver l'objectif qui est en jeu lorsque l'on s'assoit pour pratiquer la méditation. Il se peut que surgisse l'impression de vouloir regarder ce que l'on est en train de faire, et d'être attentif à ce que l'on est en train d'entreprendre et là où on veut en venir - une sorte d'impression que l'esprit s'oriente d'une manière particulière vers la vigilance.

Ceci peut aussi nous aider à considérer ce sur quoi nous devrions fixer notre attention, ce qui est important parce qu'il se peut que parfois nous fixions notre attention sur certaines choses pour ne pas être conscient de ce qui est en train de se passer.

Nous pouvons essayer d'utiliser la méditation comme un moyen de se boucher l'esprit, peut-être en se fixant sur la respiration comme une façon de refuser d'être conscient de la culpabilité ou de la peur.

Nous pouvons faire de la méditation un moyen de supprimer les choses qui devraient en fait être remarquées et approfondies ; ainsi, au lieu de regarder l'état mental dans lequel nous sommes, nous ne faisons que regarder une expérience physique, alors qu'en fait ce qui serait plus cohérent ce serait de regarder notre état mental.

Donc, nous devons regarder notre perception du but : souhaitons-nous comprendre, ou tentons-nous d'éviter quelque chose ?

- Une autre base pour une claire compréhension est de regarder le domaine ou le lieu.

Cela se réfère à l'endroit où vous placez et maintenez votre attention : allons-nous contempler le corps, la sensation, le mental, ou quoi d'autre ? Et ainsi tirer une pratique de ce domaine qui permette de faire l'expérience de processus corporels ou mentaux à travers un certain degré de temps et d'énergies… ça signifie, savoir sur quoi se fixer, et comment s'y maintenir. Et au cours de ce type de pratique, les habitudes mentales vont faire remonter toutes sortes de difficultés qui vont permettre de tester notre habileté.

Ces obstacles constituent des choses que nous pouvons regarder en pleine conscience, de sorte que le déroulement de la pratique doit permettre de faire ressortir les peurs et les inquiétudes, doit permettre d'harceler les pensées et les états d'âmes que nous avons - pour ouvrir la boite de Pandore de l'esprit et en laisser sortir des choses qui puissent être examinées, qu'il puisse être noté et observé de quelle manière ces choses surgissent et cessent.

Cela rend nécessaire de rester dans un type de méditation qui permette de voir de façon détendue et objective des aspects de la conscience que nous tentons d'habitude soit de travestir soit de réprimer.

Cela nous permet de les laisser aller. Rester à l'intérieur du domaine signifie que l'on demeure dans l'expérience directe, plutôt que dans des interprétations conceptuelles.

Alors un type de compréhension se manifestera qui permettra au coeur de trouver la paix, plutôt que des explications, ou des critiques ou de la spéculation. C'est ce que signifie trouver le bon endroit, le bon domaine, la bonne fondation comme base d'une compréhension claire.

- La troisième base est l'adéquation:

L'adéquation de l'objet de méditation - trouver un objet qui apportera les bons résultats.

Ainsi, par exemple, peut-être n'y a-t-il aucun intérêt à se fixer sur la respiration si vous êtes très fatigué - vous allez juste vous endormir ; ce n'est pas non plus très judicieux si l'esprit est très agité, parce que ce ne sera tout simplement pas réalisable.

Dans une telle situation il est préférable de trouver un objet de méditation tel que les sensations de la main, ou les sensations de la tête ou du corps, ou juste la posture corporelle.

Avec le manque sexuel, mieux vaut contempler le corps dans ses parties constitutives et ses formes élémentaires ; avec la rancune et l'aversion il faut réfléchir aux maux personnels que de tels états provoquent, et s'exercer à élargir son point de vue.

De tels exercices libèrent l'énergie mentale vers des objectifs plus profonds.

Dès lors, ce qui est adéquat en terme d'objet de méditation ou en terme d'effort signifie qu'il est possible à travers la méditation de mobiliser l'effort adéquat qui, ni ne vous épuisera, ni ne
vous fera forcer, mais qui sera suffisant pour que votre esprit s'y applique en toute pertinence.

- Et la quatrième considération, qui dans un sens couvre les autres, est d'être lucide, de comprendre clairement les états du mental.

En d'autres termes, d'en faire l'expérience en eux-mêmes et pour eux-mêmes et non comme des aspects de la personnalité.

C'est assez piégeant.

Cela amène souvent, en premier lieu, d'en finir avec la question de savoir pourquoi nous prenons si personnellement les énergies et perturbations du mental.

Sur quoi basons-nous notre estime de soi ? Qu'avons-nous été entraîné à penser, ou conditionné à ressentir ? Ces programmes et messages sont-ils créés ou possédés par notre personnalité - ou est-ce l'inverse ?

Cela n'engage pas à une dénégation de la personnalité, mais seulement à noter qu'il s'agit de l'agent plutôt que de l'auteur de nos vies. Si vous avez de l'amour-propre vous éprouvez aussi de l'auto-aversion.

Ainsi, il y a toujours la nécessité de garder un angle de vue clair et frais sur ces choses.

Nous pouvons commencer par utiliser un objet de méditation adéquat, tel que la respiration - la totalité de la respiration - inspirer et expirer en notant ce qui se passe.

Nous pouvons nous sentir heureux, calme, abasourdi, agité ; et alors, si nous pouvons en fait juste maintenir la pleine conscience qui note ces expériences mentales qui vont et viennent, alors tout est bien et bon.

Néanmoins, si après quelques tentatives nous ne réussissons pas à garder notre sens de l'équilibre, alors il nous faut changer et trouver un autre objet de méditation, tel que la seule écoute de la sonorité du mental, ou la fixation sur un autre aspect du corps.

Source : lerefuge








2) Instructions pour la méditation en marche (méthode Mahasi)


Dans la méditation Vipassana, le principe de base consiste à observer tout ce qui se présente, au moment même où cela se présente, à être conscient de ce qui se passe dans l’instant présent. C’est vivre dans l’instant présent.

Lorsque le méditant marche, il doit être conscient de tous les mouvements successifs faisant partie du processus de la marche, depuis le moment où il lève le pied, jusqu’à ce qu’il le repose.

Essayez de marcher le plus lentement possible comme si vous transportiez un bol plein d’eau, sans regarder vos pieds.

1ère phase : Pas droit-Pas gauche

Le dos est droit, sans tension, les mains jointes dans le dos ou devant soi, les yeux baissés, le regard est dirigé vers le sol à environ 2 mètres devant soi.

Commencez par noter mentalement et silencieusement « debout-debout », puis « intention de marcher-intention de marcher ». En avançant la jambe droite notez « pas droit », et en avançant la jambe gauche notez « pas gauche ».

Marchez sans chaussures sur une ligne droite d’environ 3 ou 4 mètres. Une fois arrivé au bout, notez mentalement « arrêter-arrêter » et « debout-debout », puis « intention de tourner- intention de tourner », ensuite « tourner-tourner », « debout-debout » et recommencez à noter les mouvements du pied « pas droit » « pas gauche ».

La note mentale et le mouvement du pied doivent être synchronisés, c’est-à-dire que vous devez commencer à noter mentalement « pas » dès que vous commencez à lever le pied droit, et « droit » dès que vous commencez à poser le pied droit au sol.


2ème phase : lever-poser

Après une vingtaine de minutes, si vous réussissez bien à noter le mouvement des pas, passez à deux notes par pas.

Le dos est droit, sans tension, les mains jointes dans le dos ou devant soi, les yeux baissés, le regard est dirigé vers le sol à environ 2 mètres devant soi.

Commencez par noter mentalement et silencieusement « debout-debout », puis « intention de marcher-intention de marcher ». En levant le pied droit notez « lever », et en baissant le pied droit notez « poser », puis en levant le pied gauche notez « lever », et en baissant le pied gauche notez « poser ».

Marchez sans chaussures sur une ligne droite d’environ 3 ou 4 mètres. Une fois arrivé au bout, notez mentalement » « arrêter-arrêter » et « debout-debout », puis « intention de tourner- intention de tourner », ensuite « tourner-tourner », « debout-debout » et recommencez à noter les mouvements du pied « lever » « poser ».


3ème phase : lever-avancer-poser

Après encore une vingtaine de minutes, si vous parvenez bien à coordonner la note mentale avec le mouvement des pas, passez à trois notes par pas.

Le dos est droit, sans tension, les mains jointes dans le dos ou devant soi, les yeux baissés, le regard est dirigé vers le sol à environ 2 mètres devant soi.

Commencez par noter mentalement et silencieusement « debout-debout », puis « intention de marcher-intention de marcher ».

En levant le pied droit notez « lever », en avançant le pied droit notez « avancer » et en baissant le pied droit notez « poser ». Puis en levant le pied gauche notez « lever », en avançant le pied gauche notez « avancer » et en baissant le pied gauche notez « poser ».

Marchez sans chaussures sur une ligne droite d’environ 3 ou 4 mètres. Une fois arrivé au bout, notez mentalement » « arrêter-arrêter » et « debout-debout », puis « intention de tourner- intention de tourner », ensuite « tourner-tourner », « debout-debout » et recommencez à noter les mouvements du pied « lever » « avancer » «poser ».


Remarques

Vous pouvez faire jusqu'à 6 ou 7 notes mentales ( voir le récit de ma retraite)



Les bénéfices de la méditation en marche


La marche méditative renforce l’énergie, stimule la circulation, ravive les muscles, facilite la digestion et développe une concentration profonde.

La marche méditative est à pratiquer avant la méditation assise. Étant complémentaires, les deux méditations doivent être de durée équivalente.

Au moment où vous passez de la méditation en marche, à la méditation assise, ou vice-versa, veillez à maintenir la continuité de votre attention. L’attention constante engendre une profonde concentration. Grâce à une profonde concentration vous pourrez réaliser la nature intrinsèque des phénomènes physiques et mentaux. Cette réalisation mène à la cessation de la souffrance.


Source: vipassanasangha