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samedi 13 septembre 2008

L'EQUANIMITE

Enseignement donné par Henepole Gunaratana durant une retraite au Centre Kanshoji, en mai 2007 ("Dhamma talk" Retranscrit par Emmanuel Mancuso traduit par Jeanne Schut)
LIRE les autres enseignements donnés durant cette retraite : libellé/Mot clé = Henepola Gunaratana


(...) Dans l’enseignement du Bouddha, on ne penche jamais vers les extrêmes, ni dans l’excès d’autosatisfaction ni dans l’automortification. Si dans la méditation des trente-deux parties du corps, on développe une répulsion envers le corps, on va dans l’extrême de l’automortification.

Les gens qui ne connaissent pas bien les enseignements du Bouddha nous accusent déjà d’avoir une vision très négative et pessimiste des choses. Si nous développons le rejet du corps, nous confirmons leurs accusations. C’est pourquoi il faut bien comprendre le sens réel de cette pratique de méditation.

Le Bouddha a toujours insisté pour que nous comprenions les choses exactement telles qu’elles sont, avec une attitude impartiale et équanime. L’équanimité se cultive de différentes manières :
il y a l’équanimité de la diversité et l’équanimité de l’unité.


L’équanimité de la diversité:

Qu’est-ce que l’équanimité de la diversité ? Quand nous voyons un objet, selon la nature de cet objet peuvent apparaître le plaisir ou la douleur. Quand c’est le plaisir qui apparaît, nous voulons nous saisir de l’objet et quand c’est le déplaisir ou la douleur, nous le rejetons. Le Bouddha a enseigné que, sans le rejeter ni nous en saisir, nous devons apprendre à entraîner l’esprit, à entraîner notre vision pour voir cet objet de manière impartiale.

Quand on travaille sur le développement de l’attention, dès que ces deux types de réactions extrêmes apparaissent, on en prend immédiatement conscience et on revient à un état d’équanimité.

Le Bouddha a donné une image très claire à ce propos. Il a dit : « Aussi vite qu’un clin d’oeil ». Quand quelque chose nous éblouit nous clignons aussitôt des yeux, n’est-ce pas ? Eh bien, dès qu’une ou l’autre de ces réactions est sur le point de se produire, nous revenons à l’équanimité.

Cette attitude est particulièrement efficace quand nous pratiquons la méditation formelle assise. Il arrive, dans ces moments-là, que des souvenirs nous reviennent à l’esprit. Beaucoup de gens se plaignent de ne pouvoir pratiquer l’attention ou la concentration quand tant de choses tournent dans leur esprit — et les objets visuels ne sont que l’une des nombreuses choses qui peuvent apparaître en méditation ! Il s’agit donc d’en prendre immédiatement conscience, de les considérer avec équanimité et puis de revenir à la respiration.

La respiration est un objet neutre. Nous n’éprouvons généralement ni attachement ni répulsion à son égard, c’est pourquoi nous l’utilisons en tout premier lieu pour rappeler l’attention au présent.

De la même manière, si nous percevons un son et qu’il est agréable, nous allons nous y attacher et s’il est désagréable, nous allons en être agacé. Le Bouddha a donné une autre image pour que nous retournions à l’observation du souffle quand ces réactions apparaissent en nous : « Aussi vite que claquer des doigts ». Quand on claque des doigts, un son se produit. Eh bien aussi vite que ce son apparaît puis disparaît, quand nous entendons un son, nous en prenons conscience et nous revenons à l’équanimité et à l’observation du souffle.

Ensuite, quand nous sentons une odeur et qu’elle est agréable, nous nous y attachons et si elle est désagréable, nous nous en plaignons. Le Bouddha a dit d’abandonner ces sentiments extrêmes en donnant une autre image : « Comme quand on verse de l’eau sur une feuille de lotus : l’eau ne se pose pas, elle coule puis tombe à terre. » Cette image est très intéressante. La goutte d’eau roule lentement le long de la feuille de lotus puis tombe dans la terre.

De la même manière, quand l’odeur apparaît, elle ne disparaît pas instantanément : elle s’estompe progressivement. Nous pouvons y prêter toute notre attention et voir comment elle disparaît pour ensuite retourner à l’observation du souffle et à l’équanimité.

Et quand nous goûtons quelque chose, si c’est très bon, nous nous y attachons et si ce n’est pas bon, nous grimaçons. L’image du Bouddha dans ce cas est : « Aussi vite que lorsque l’on met un peu de salive au bout de la langue et que l’on crache », nous lâchons ces deux réactions extrêmes et nous revenons à l’équanimité et à l’observation du souffle.

De la même manière, quand nous touchons quelque chose — notamment quand nous sommes assis en méditation et que nous ressentons des douleurs physiques ou des sensations agréables- dès que nous prenons conscience de nos réactions, nous devons très vite les observer et retrouver une attitude équanime. « Aussi vite que lorsque l’on fléchit une main tendue ou que l’on tend une main fléchie », a dit le Bouddha. Et puis nous revenons à l’observation de la respiration.

Finalement, quand un souvenir surgit, s’il est agréable, nous nous y attachons et s’il est désagréable, nous le repoussons. A ce moment-là, nous devons aussi immédiatement en prendre conscience et revenir à un état d’équanimité.

L’image que le Bouddha a donnée pour cela est très belle. Il a dit : « Imaginez une poêle posée toute la journée sur un réchaud brûlant et dans laquelle vous versez quelques gouttes d’eau, une par une. Dès que les gouttes d’eau touchent la poêle brûlante, elles s’évaporent immédiatement. » J’aime cette comparaison plus encore que les autres parce qu’elle nous donne une image très claire de la qualité d’attention que nous devons avoir.
L’esprit ressemble beaucoup à la poêle : quand il est brûlant d’attention, dès que quelque chose se produit, il voit si c’est agréable ou désagréable et immédiatement — aussi vite que la goutte s’évapore — il revient à l’équanimité.

Je vous rappelle que l’équanimité est l’un des quatre Brahma Vihara dont nous avons déjà parlé plusieurs fois : mettā, l’amitié bienveillante ; karunā, la compassion ; muditā, la joie altruiste ; et upekkhā, l’équanimité.

Donc toutes les formes d’équanimité dont nous venons de parler sont appelées « équanimité dépendant de la diversité » parce qu’elles apparaissent en relation avec des objets vus, entendus, sentis, goûtés, touchés ou évoqués mentalement.

Même l’équanimité dont il est question dans la Brahma Vihara est « dépendante » puisqu’elle se développe en lien avec des êtres vivants ; c’est la faculté de savoir et de comprendre la nature du kamma et de voir comment il fonctionne pour rendre les gens heureux ou malheureux. Quand on comprend la nature du kamma, il n’y a plus de raison de réagir émotionnellement. On peut rester dans l’équanimité.


L'équanimité dépendant de l’unité:

Il y a une autre forme d’équanimité que l’on l’appelle « équanimité dépendant de l’unité ». Celle-ci apparaît quand on pratique la méditation et que l’on arrive à un état de concentration.

C’est de la concentration que naît cette équanimité. Elle ne dépend donc que d’un seul objet : la concentration, ce qui explique le nom qui lui est donné.


L'attention au corps : l'attention aux éléments

A présent, comme c’est aujourd’hui le dernier entretien sur le Dhamma de notre retraite, je voudrais conclure le chapitre que j’ai entamé les jours précédents : l’attention au corps.

J’ai déjà mentionné l’attention à la respiration, à la posture, à la claire compréhension et aux trente-deux parties du corps. Il me reste donc à aborder l’attention aux éléments et à ce que l’on appelle « les neuf étapes de la décomposition du cadavre ». Je serai bref sinon cela pourrait prendre beaucoup de temps.


Qu’est-ce donc que l’attention aux éléments ?

Comme nous le savons tous, il y a quatre éléments. Bien sûr, on dit parfois qu’il y a dix-huit éléments, d’autres fois six, d’autres fois cinq mais, la plupart du temps, quand on parle des éléments on parle des quatre grands éléments : la terre, l’eau, le feu et l’air.

On ne peut connaître et reconnaître ces éléments qu’à travers leurs fonctions spécifiques et nous devons apprendre à les utiliser en tant qu’objets de notre méditation.


LA TERRE

1-Prenons le premier élément, la terre. On reconnaît l’élément terre à son contact doux ou dur. Nous pouvons retrouver ce contact jusque dans notre respiration. Nous avons déjà vu que, quand on respire, on sent le contact de l’air avec les narines ainsi que l’expansion et la contraction de l’abdomen.

Toutes ces sensations nous font éprouver soit la dureté soit la douceur, manifestations de l’élément terre. Et si les sensations changent, c’est parce que l’élément terre lui-même n’est pas permanent. S’il l’était, nous aurions toujours la même sensation ; mais comme celle-ci passe de la douceur à la dureté et vice-versa, nous savons que cet élément terre change sans cesse et ne nous affecte donc pas toujours de la même manière. La raison en est que chaque élément est lui-même dépendant des autres éléments.

Quand nous parlons de la terre, nous avons généralement l’image de cette immense planète Terre. Mais cette terre extérieure ne va pas nous apporter beaucoup de lumière sur les différentes façons dont cet élément se comporte à différents moments. Par contre, les éléments qui sont en nous peuvent nous apprendre beaucoup sur la façon dont ils changent. Ainsi, quand nous mangeons, nous consommons parfois de la nourriture solide, parfois quelque chose de tendre. Ce sont là différentes formes de l’élément terre.

On leur donne des noms chimiques : le fer, le magnésium, les vitamines, etc. mais ces termes représentent tous différents aspects de l’élément terre. Cet élément terre que nous consommons chaque jour est impermanent, c’est pourquoi nous devons nous nourrir plusieurs fois par jour. Une fois absorbée, la nourriture ne reste pas longtemps en nous. Si nous ne remplaçons pas ce que nous perdons chaque jour, nous ne pouvons pas vivre plus d’un mois en puisant dans nos réserves de graisse.
Le fait que nous devions manger chaque jour montre bien que l’élément terre que nous consommons est impermanent.

A l’intérieur, notre corps génère aussi une certaine quantité d’éléments terre qui doivent aussi être renouvelés. Nos os, par exemple, génèrent dans la mœlle deux milliards et demi de globules rouges par seconde. Pourquoi la moelle produit-elle autant de globules rouges ? Que deviennent-ils ? C’est parce que ces globules disparaissent sans cesse qu’ils doivent être renouvelés. Toutes les protéines, toutes les vitamines, tous les minéraux, tous les hydrates de carbone, absolument tout ce que nous ingérons fonctionne de même.

Aussi, quand nous utilisons l’élément terre comme objet de méditation, nous comprenons qu’il est impermanent.


L'EAU

2-Quant à l’élément eau, il subit lui aussi des changements. Comme l’élément terre, nous pouvons reconnaître l’élément eau grâce à ses caractéristiques. L’une de ses caractéristiques, l’une de ses fonctions principales, est de souder les choses entre elles. Si on retirait toute trace d’eau de notre corps, il se transformerait aussitôt en poussière. D’ailleurs nous savons tous que, si nous ne buvons pas une certaine quantité d’eau chaque jour, nous risquons de mourir de déshydratation. Ceci nous permet de dire que l’élément eau qui se trouve en nous n’est pas quelque chose de permanent.


L'AIR

3-La fonction de l’élément air est le mouvement. Il permet aux choses de bouger et ce mouvement lui-même n’est pas permanent. Quand l’élément air à l’intérieur du corps est perturbé, nous pouvons avoir toutes sortes de problèmes de santé.


LE FEU

4-Il en va de même pour l’élément feu dans notre corps. Que fait-il ? Il digère la nourriture, il nous fait vieillir et il régule la température du corps quand il fait froid ou chaud à l’extérieur. Ceci montre que l’élément feu n’est pas permanent non plus.

Nous voyons donc que, tels qu’ils se manifestent en nous, tous les éléments sont en perpétuel mouvement, dans un flux changeant. Or le Bouddha a dit que nous devons comprendre les quatre éléments à l’intérieur, de même que nous devons comprendre les quatre éléments à l’extérieur.


Cela signifie que les éléments tels que nous les ressentons à l’intérieur sont les mêmes que ceux qui se manifestent à l’extérieur.

Les trente-deux parties du corps — ou les millions de particules qui le composent — contiennent toutes ces éléments. Ce qui arrive aux éléments internes arrive aussi aux éléments externes.

Nous devons donc être attentifs aux quatre éléments à l’intérieur de notre corps et être attentifs aux éléments extérieurs. Contrairement à ce que certaines personnes ont pu suggérer, connaître les quatre éléments « à l’extérieur » ne signifie absolument pas que nous devons connaître les éléments dans le corps de quelqu’un d’autre !

Il ne s’agit pas de connaître les éléments chez les autres mais de voir que les éléments qui sont en nous sont aussi à l’extérieur de nous.

Il est bon de pratiquer cette méditation sur les quatre éléments et, ce faisant, de cultiver notre attention avec équanimité. Comme il le faisait souvent quand il avait des choses complexes à expliquer, le Bouddha, là encore, a fait une excellente comparaison pour clarifier son propos. L’image n’est guère ragoûtante, à vrai dire, puisqu’il s’agit d’un boucher qui tue une vache — mais cela devait être une pratique courante à l’époque car les Indiens mangeaient du bœuf. Comme la vache est un animal sacré, il existait des rituels particuliers comme le gomega yaga qui signifie littéralement : « le sacrifice d’un jeune bœuf très sain ».

Quoi qu’il en soit, le Bouddha a fait la comparaison suivante : « Imaginez qu’un boucher tue une vache ; il découpe ensuite la carcasse en quatre morceaux égaux et les pose à un carrefour pour les vendre. Quand cet homme tue une vache, il sait que c’est une vache, mais quand il vend les morceaux de sa carcasse, il ne vend pas une vache, il vend de la viande. » La notion de « vache » disparaît pour faire place à une notion différente, celle de « viande » (...)

Le Bouddha a donc dit que, après avoir tué la vache, quand le boucher commence à vendre les quartiers, il n’a plus la notion de « vache », il n’a que la notion de « viande ». De la même façon — et c’est une chose qu’il faut vraiment garder en mémoire — quand nous méditons sur les éléments qui composent notre corps, nous ne voyons plus que les éléments et nous perdons la notion d’un « moi » ou d’un « mien ».

Ainsi, notre puissant désir d’être un « moi » va disparaître, au moins le temps de la méditation, quand nous voyons clairement que nous sommes composés de ces quatre éléments. Vous avez entendu la récitation que nous faisons avant le repas : « Tout comme cette nourriture se compose de quatre éléments, celui qui consomme cette nourriture se compose également de quatre éléments. » Un ensemble d’éléments est consommé par un autre ensemble d’éléments.

Dans la méditation, quand on en arrive à ce niveau, on développe en esprit une attitude d’équanimité envers soi. Cela ne signifie pas que nous nous nions complètement mais que nous comprenons mieux la nature réelle de notre existence. C’est pourquoi la méditation sur les quatre éléments est très importante.


La méditation sur «les neuf étapes de décomposition du corps».

Je voulais vous parler ensuite de la méditation sur «les neuf étapes de décomposition du corps». La conscience de la mort est un sujet très important que je développe parfois tout au long d’une retraite de dix jours, mais ici nous n’avons guère le temps de le faire en détail. Je vais donc vous en donner une idée générale.

Cette méditation permet de se libérer de beaucoup de concepts erronés à notre propos. Bien entendu, de nos jours, il n’est pas facile de trouver un cadavre à contempler en méditation. (...)

Il y a toutes sortes d’idées bizarres à propos de la mort et des cadavres mais le Bouddha était très réaliste et il voulait que nous en ayons une image claire et précise. Comme je vous l’ai dit plusieurs fois, les méditants sont censés chercher toujours, sans exception, à voir les choses exactement telles qu’elles sont, sans peur, sans dégoût, sans attachement, tout comme un scientifique considère un objet pour en comprendre la nature.

Comme nous n’avons guère l’occasion de voir des corps en décomposition, le Bouddha a dit :
« Imaginez. Imaginez un corps mort. Imaginez ce même corps un jour après la mort, deux jours, trois jours, quatre jours après la mort. Imaginez-le gonflé et bleui. Imaginez et observez ce corps. » Quelqu’un de maigre qui a toujours voulu prendre du poids se retrouve gros et gonflé en deux jours. Le corps passe par toutes sortes de changements et nous devons observer tout cela très attentivement.

Il est très difficile de traiter de ce sujet aussi rapidement mais disons simplement que, à partir de là, le corps se décompose lentement, progressivement. Le sang s’échappe, la chair se dessèche, et il ne reste que le squelette. Ensuite le squelette se décompose, lui aussi ; il commence par s’effriter en petits morceaux puis ceux-ci se transforment en poussière. Enfin la poussière est emportée par le vent. Tel est le destin de ce corps si beau !

Mais si nous méditons, nous pouvons toucher à l’essence du corps. Nous pouvons utiliser l’attention de notre esprit pour que ce corps en décomposition nous apporte vision pénétrante et sagesse. A la fin, nous n’aurons plus un tel corps et nous atteindrons la Libération complète, de sorte que nous ne reviendrons plus habiter dans un corps comme celui-ci.
Je ne peux pas en dire plus long aujourd’hui sur la méditation des « neuf étapes de la décomposition d’un corps ». J’espère, mes amis, que vous aurez tiré profit de ces enseignements — sinon, venez faire une retraite en Virginie ! Je vous souhaite à tous d’avancer avec beaucoup de succès dans la pratique de la méditation.


Source : Vous pouvez trouver l'intégralité de ces enseignements sous la forme d'un livret (au format pdf) sur le site lerefuge : Collection Theravada N°16 intitulé "la méditation vipassana"  


mardi 2 septembre 2008

La Claire Compréhension


La Claire compréhension  (Sampajañña en Pali), par Bhante Henepola Gunaratana

Voici la suite des enseignements (5e partie) donnés par Henepole Gunaratana durant une retraite au Centre Kanshoji, en mai 2007 ("Dhamma talk" Retranscrit par Emmanuel Mancuso traduit par Jeanne Schut)


Pour lire les autres dhamma talk :


Chers amis, cet après-midi j’aimerais parler de la Claire Compréhension ou sampajañña en pāli. La Claire Compréhension est une partie essentielle de la méditation de la tranquillité (samathā, la concentration) mais aussi de la méditation de la vision pénétrante (vipassanā).

Quand nous pratiquons la concentration, nous commençons par l’attention. Le Bouddha a mentionné quatre éléments de la méditation de la concentration :
- les principes moraux : l’observation de principes éthiques
- le contentement : se satisfaire de ce que l’on a
- la claire compréhension des choses
- la pratique de l’amitié bienveillante.

J’utilise certains termes qui sont généralement traduits différemment. Par exemple, je traduis mettā par « amitié bienveillante » et non « amour bienveillant » ou « bienveillance ». Pourquoi utiliser le mot « amitié » ? Comme je vous l’ai dit, j’aime rester au plus près des paroles originelles du Bouddha. Or le mot pāli mettā a pour origine un autre mot pāli : mitta et mitta signifie « ami ». Souvent le Bouddha a conseillé à ses disciples : « Associez-vous à des amis excellents » en employant le mot kalyānamitta, « excellent ami ». Donc mitta signifie simplement « ami » et mettā est la nature de mitta. Nous devons donc développer les qualités et la nature d’un ami.

Il existe un autre mot pāli, karunā, qui exprime la gentillesse envers autrui, la compassion. On trouve de nombreux passages dans les textes où le Bouddha parle de karunā dans ce sens-là.

 Donc traduire mettā par « amour bienveillant » ou « bienveillance », c’est le rendre presque synonyme de karunā. Comme le Bouddha a utilisé deux mots différents, nous devons garder deux sens séparés et dire « amitié » pour mettā et « compassion » pour karunā. 
Je pense que les premiers traducteurs du mot « mettā » n’ont pas tenu compte de sa racine en pāli.

Donc, quand nous pratiquons la méditation de la tranquillité, l’une des exigences premières est la pratique de l’amitié bienveillante. De même quand nous pratiquons la méditation de l’attention, l’une des exigences premières est la pratique de mettā. 

Dans la méditation de l’attention, nous avons ces quatre facteurs de la Claire Compréhension et quand nous pratiquons la méditation de la tranquillité, nous avons aussi cette Claire Compréhension. (...)  LIRE LA SUITE >>>>>>>


samedi 30 août 2008

Les quatre fondements de l'attention, par Henepola Gunaratana


Ce texte  est la suite d'un enseignement (Dhamma Talk) donné par Bhante Gunaratana lors d'une retraite au Centre Kanshoji, en mai 2007. (Retranscrit par Emmanuel Mancuso et traduit par Jeanne Schut)


Je vous conseille de lire, après la lecture de cet enseignement :




LES QUATRE FONDEMENTS DE L'ATTENTION


Je voudrais continuer cette série d’entretiens sur l’attention. Hier nous avons parlé de la définition de la méditation sur l’attention — ou Vipassanā — et le but de la pratique de cette méditation. 

J’ai dit qu’il y avait cinq buts :

- purifier les idées et les opinions
- dépasser le chagrin et les lamentations
- dépasser la souffrance et la déception
- s’engager sur le Noble Octuple Sentier
- réaliser le Nibbāna.

J’ai également dit que c’est la seule voie directe pour atteindre ces cinq buts. Il n’y a rien de plus direct que de regarder son propre corps, ses sensations, ses perceptions, ses pensées et sa propre conscience. 

Et quand nous regardons ces éléments — appelés « les cinq agrégats » — nous les regardons à travers le vécu de nos expériences. Ces expériences se produisent au moyen des yeux, des oreilles, du nez, de la langue, du corps et de l’esprit. On les appelle « les six portes ».

Vous savez à quoi servent les portes, n’est-ce pas ? On ouvre une porte pour entrer et sortir. Eh bien, c’est exactement ce qui se passe quand nous ouvrons les yeux, les oreilles, le nez, la langue, le corps et l’esprit. Quelque chose qui est à l’intérieur de nous va sortir par ces six portes, et quelque chose d’extérieur à nous va entrer par ces six portes.

Que sort-il de ces six sens ? Notre désir, notre aversion et notre ignorance. Et, une fois sortis, ils reviennent en rapportant encore plus d’avidité, d’aversion et d’ignorance. Par contre, si la générosité, l’amitié, la compassion, et la joie empathique sortent, elles rapportent générosité, amitié, compassion, et joie empathique. 

Dans tous les cas, quand on manifeste de la gentillesse, on reçoit de la gentillesse. Prenez n’importe quel exemple : quel que soit le sentiment qui sort de nous, il nous revient doublement, fortifié et très puissant. 

Nous pouvons voir tout cela se produire directement sans passer par les mots. C’est pourquoi, quand des saletés veulent entrer, nous devons absolument fermer la porte. C’est ce qui s’appelle la discipline.

Hier j’ai parlé des cinq formes de discipline :
- la patience
- la persévérance ou l’effort
- l’attention
- la sagesse
- la moralité ou sīla, c’est-à-dire observer certains principes de moralité : les Préceptes.
Nous pouvons faire tout cela en entraînant notre attention.

Donc la première étape, dont nous avons parlé hier, consiste à utiliser notre respiration comme objet de méditation et à accorder une attention claire et pleinement consciente à notre respiration. Une attention claire et consciente, c’est une attention impartiale, équanime, non verbale et non conceptuelle. 

Une telle attention permet de voir le corps en tant que corps — « le corps dans le corps » — et « les sensations dans les sensations ». C’est de cela que nous allons parler aujourd’hui. (...)


  • Ensuite : LIRE la deuxième partie de cet enseignement sur Les quatre fondements de l'attention : ICI 

Pour compléter cet enseignement essentiel sur les 4 Fondement de l'attention, lire aussi : Satipatthana, le coeur de la méditation bouddhiste


mercredi 27 août 2008

Méditation vipassana, par Henepola Gunaratana


L'extrait ci après est la deuxième partie d'une transcription d'un enseignement ("Dhamma Talk") de Bhante Henepola Gunaratana qui a eu lieu durant une retraite de méditation au Centre Kanshoji, en mai 2007.




Bonjour mes amis. Je voudrais aujourd’hui poursuivre notre entretien sur la méditation vipassanā.

Tout d’abord j’aimerais vous donner une définition très concentrée du mot « vipassanā ». Voici comment je définis ce mot en me basant sur le sens le plus classique du terme :

« La méditation vipassanā est un entraînement de l’esprit qui permet d’avoir une pleine conscience pré-conceptuelle de l’impermanence, de l’insatisfaction et de l’absence de soi (ou vacuité) des cinq agrégats pour éliminer les dix empêchements qui enchaînent les êtres vivants au samsāra. Ce processus d’élimination et de développement permet aux méditants d’être libérés de la souffrance et de savoir qu’ils sont libérés de la souffrance. »

C’est une définition très dense mais je vais prendre le temps de la décompresser tout au long de cette retraite. (...)

mardi 26 août 2008

Samatha et vipassana fonctionnent ensemble et non séparément

Le texte ci après est une transcription d'un enseignement ("Dhamma Talk") de Bhante Henepola Gunaratana qui a eu lieu durant une retraite de méditation au Centre Kanshoji, en mai 2007.

Je voudrais remercier Emmanuel Mancuso qui a retranscrit cet enseignement, Jeanne Schut pour la traduction en français et le site le dhamma de la Forêt qui l'a publié :
Mention des traducteurs : 
 "La forme orale, avec ses imperfections et ses répétitions, a été maintenue pour que le texte bénéficie de son authenticité d’origine, et pour que la générosité, la bonté et l’humour de Bhante Gunaratana transparaissent autant que possible à travers ces lignes."

Pour toutes les personnes qui n'ont pas eu la chance de faire une retraite sous la guidance de Bhante henepola Gunaratana, cet enseignement sera très profitable pour votre pratique.



La Méditation comme la Cité aux Six Portes

(Récitation en pāli)

Chers amis, vous entendez ces textes en pāli et vous vous demandez peut-être si je vais continuer dans cette langue ! Non, mais c’est la façon traditionnelle de commencer un enseignement dans la tradition bouddhiste Theravada. Nous commençons par inviter les dévas à venir écouter le Dhamma ; ensuite nous rendons hommage au Bouddha et puis nous récitons un texte sur un thème donné. Telles sont les trois étapes que nous suivons normalement avant de dispenser un enseignement formel.

C’est une très bonne chose d’inviter les dévas en ce début de XXIème siècle. En effet, à cause de notre technologie, de notre philosophie, et de toutes les idées avec lesquelles nous vivons, nous avons chassé tous les dévas de notre monde. C’est pourquoi le monde est surchargé de problèmes. Alors nous invitons les dévas à revenir et à prendre soin des problèmes de notre monde. C’est une chose en laquelle nous croyons beaucoup.

Dans l’enseignement que je vais donner aujourd’hui, il n’y aura pas de place pour des questions mais si vous en avez, notez-les mentalement ou sur un papier et vous pourrez les poser les jours où nous aurons des sessions de questions-réponses.


Je voudrais commencer par évoquer une comparaison que le Bouddha a faite. 
Il s’agit d’une ville et cette ville a un maire — aujourd’hui nous dirions « un maire » mais autrefois on disait « le Seigneur de la cité ». Le maire est assis à un carrefour, au centre de la ville. Cette ville a six portes auxquelles sont postés des gardes. A chacune de ces portes arrivent deux messagers venus voir le maire et chacun lui apporte un message. Les messagers viennent de toutes les directions — de l’est, du nord, de l’ouest et du sud. Donc chaque paire de messagers arrive à une porte et se trouve face à un garde. Là, tous deux demandent où se trouve le maire.

De son côté, le garde est intelligent et très bien entraîné, c’est un homme habile et plein de discernement, capable de distinguer qui il peut envoyer jusqu’au maire et à qui il doit refuser l’accès. Quand une personne lui paraît douteuse ou mal intentionnée, le garde la renvoie. Quand une autre lui paraît être porteuse de bonnes choses pour la ville comme pour le maire, une personne serviable et utile pour tous, le garde la laisse entrer et lui montre où trouver le maire.

La même scène se reproduit à chacune des six portes de la ville. Finalement chaque paire de messagers arrive jusqu’au maire, lui transmet son message et puis tous repartent par où ils sont venus. Le maire, ayant reçu les deux messages d’égale importance de la part de chaque paire de messagers, les met en œuvre et parvient ainsi à se libérer lui-même, ainsi que la ville, de tout souci.

Le Bouddha a donné cette image pour expliquer la pratique de la méditation. Les deux messagers sont samatha et vipassanā, c’est-à-dire la méditation de la tranquillité et la méditation de la vision pénétrante. Les six portes de la ville sont nos six sens. La ville est notre corps. Le maire, le seigneur du lieu assis au carrefour, est notre conscience.
Essayons maintenant de comprendre tout le sens de cette comparaison.

Une ville se compose de plusieurs éléments : elle est entourée de remparts (du moins à l’époque), elle a des rues, des maisons et des habitants — ce n’est pas une ville morte : elle vit, elle est très dynamique … tout comme notre corps avec sa conscience. C’est la conscience qui se trouve au centre de ce corps, tout comme le maire se trouve au carrefour du centre de la ville.

Comme la ville habitée par des êtres vivants, le corps se compose de toutes sortes d’êtres vivants et de choses non vivantes. Les êtres vivants sont, par exemple, les plus minuscules parcelles de notre corps qui sont bien vivantes et actives en permanence. Nous pouvons donc dire très justement que ce corps est un corps vivant avec des millions d’éléments vivants à l’intérieur. Chaque cellule de notre corps est vivante et chaque cellule vivante est aussi en train de mourir. Il n’existe pas de cellule qui vive éternellement ; toute cellule doit mourir pour que de nouvelles cellules puissent apparaître. Comme dans la ville : elle est habitée par beaucoup d’êtres humains, d’animaux, etc. qui sont tous actifs et qui participent tous à la vie de la cité.


Samatha et vipassana sont d'importance égale, les deux fonctionnent toujours ensemble

Quant aux messagers — la tranquillité et la vision pénétrante — ils arrivent ensemble, ce qui signifie qu’ils sont d’importance égale. De nos jours on entend les gens parler de samatha et de vipassanā comme s’il s’agissait de deux écoles différentes. On fait une distinction entre les deux. Certains sont tellement férus de vipassanā qu’ils laissent entendre que la concentration de samatha est totalement inutile.

Quand le Bouddha a enseigné la méditation, il n’a jamais enseigné deux systèmes de méditation séparés parce que les deux fonctionnent toujours ensemble.

Vous pouvez alors vous demander : « Comment les distinguer l’un de l’autre dans ce cas ? Qu’est-ce qui relève de la concentration et qu’est-ce qui relève de la vision pénétrante ? » 


Samatha, permet de développer tout particulièrement la concentration

S’il faut vraiment les distinguer, disons que samatha, la méditation de la tranquillité, permet de développer tout particulièrement la concentration. Si cette concentration est poussée à un très haut niveau, elle prend un nom différent du fait de la qualité de puissance qu’elle génère. Ce nom est jhāna.

Entre parenthèses, j’ajouterai, puisque cette retraite a lieu dans un centre de méditation zen, que le mot « zen » vient de cette racine jhāna — en sanskrit dhyāna, en chinois chan et en japonais zen. Dans la méditation zen, il est entendu que les personnes concentrent leur esprit sur un unique objet, de façon à obtenir une concentration très forte, très profonde. Si vous vous souvenez du Noble Octuple Sentier enseigné par le Bouddha, la dernière étape du sentier s’appelle « la concentration juste », samādhi, et cela se définit en termes de jhāna. En conséquence, jhāna est en quelque sorte l’aboutissement de la méditation.


Vipassana, c'est la méditation de l'attention

L’autre aspect de la méditation s’appelle méditation de l’attention ou de la vision pénétrante. Celle-ci correspond à la septième étape de l’Octuple Sentier. On travaille cette méditation, on la développe pour voir l’impermanence, l’insatisfaction et le non-soi des cinq agrégats.


Mais Vipassana n'est pas dépourvue de Concentration

Mais le développement de l’attention ne prend tout son sens que lorsqu’il se combine avec la concentration, de même que la concentration ne peut se développer qu’à travers la pratique de l’attention. Donc ce dont on entend toujours parler — la méditation de l’attention, la méditation de la vision pénétrante, vipassanā — ce sont des mots que nous utilisons mais il est bien entendu que cette forme de méditation n’est pas dépourvue de concentration.

Pour en revenir à notre comparaison, le Bouddha a dit que les deux messagers qui arrivent par chacune des six portes sont la méditation de la tranquillité et la méditation de la vision pénétrante et qu’ils viennent ensemble pour apporter un message de liberté.


L'Attention est ce qui permet de faire la différence entre le vrai et le faux

Le gardien de chaque porte, extrêmement attentif et vigilant, représente sati sampajañña autrement dit l’attention doublée d’une claire compréhension des choses. L’attention filtre, l’attention distingue ce qui est bénéfique de ce qui ne l’est pas. Ensuite elle ne laisse pas ce qui est bénéfique s’éloigner ; elle l’invite à entrer, elle l’accepte. L’attention est donc ce qui permet de faire la différence entre le vrai et le faux.

Quant aux six portes de la ville, elles correspondent aux yeux, aux oreilles, au nez, à la langue, au corps et à l’esprit. La méditation de l’attention implique la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher et la pensée. Quoi qu’il se produise au niveau de ces sens, c’est là que se situe notre terrain de pratique de l’attention.

En général les méditants vipassanā se disent : « On s’assoit sur un coussin, on observe la respiration et voilà tout ce qu’il y a à faire pour pratiquer vipassanā. » Il est vrai que l’on commence par s’asseoir sur un coussin et par observer sa respiration, comme je l’ai dit ce matin, mais ce n’est pas tout. Ce n’est qu’une partie de la méditation de l’attention.


La méditation de l'attention (vipassana) c'est l'observation de tout ce que nous voyons et pas seulement l'observation de la respiration

Cette pratique est en réalité très dynamique et elle inclut tout. Tout ce que nous voyons, entendons, sentons, goûtons, touchons et pensons devient objet de méditation. En vérité, toutes ces choses que nous voyons, entendons, sentons, goûtons, touchons et pensons, sont marquées par les mêmes caractéristiques. Normalement, quand nous voyons un objet, nous nous laissons happer par son apparence extérieure mais le seigneur de la cité ne reçoit pas ce message-là — cela signifie que la conscience devrait recevoir le réel message de ce que nous voyons. Et quelle est cette réalité, cette vérité ? C’est que, quoi que nous voyions, cette chose que nous voyons n’est pas permanente.


L'expérience de l'impermanence

En d’autres termes, ce que nous avons vu disparaît immédiatement. Pour rafraîchir la conscience de ce que nous avons vu, il faut voir cette chose à nouveau. Les images qui pénètrent notre esprit par les yeux ne restent pas dans l’esprit. Dès que nous fermons les yeux, l’image disparaît complètement et il faut les rouvrir pour que l’image réapparaisse. Tant que nous fixons le regard sur l’objet, celui-ci engendre de plus en plus d’images dans la conscience mais dès que nous fermons les yeux, les images cessent de pénétrer dans la conscience. Tout ce qu’il reste, c’est un petit souvenir de l’image et, au fil du temps, ce souvenir lui-même va s’estomper peu à peu. Cela revient à dire que ce que nous voyons est impermanent.

Les objets extérieurs sont eux aussi impermanents mais nous ne le voyons pas aussi clairement. Par exemple, on pense à quelqu’un que l’on a connu il y a longtemps et quand on le revoit des années plus tard, on se dit : « Je suppose que c’est lui mais comme il a changé ! »

A une certaine époque, quand je vivais à Washington, j’étais très gros et ma tête était ronde comme un ballon de football ! Quelqu’un qui m’avait connu à cette époque est venu me rendre visite quinze ou vingt ans plus tard. Entre-temps mes cheveux avaient commencé à grisonner, mon visage avait maigri, j’étais devenu tout mince et cet homme m’a dit : « La dernière fois que je suis venu il y avait un jeune moine sympathique, bel homme, assez fort. Où est-il ? » J’ai répondu : « Il est mort. » … (rires). Plus tard je lui ai dit : « C’était moi à cette époque-là. Maintenant je suis très différent. »

Ainsi, même les objets que nous voyons changent ; les images que nous amenons à l’esprit à travers les yeux changent ; les souvenirs que nous gardons après avoir vu quelque chose changent. Et il en va de même avec les sons que nous entendons : pendant que nous entendons un son il est vivant mais, dès que nous nous bouchons les oreilles ou que nous n’y prêtons pas attention, le son disparaît. C’est très évident en ce moment même, n’est-ce pas ? Quand les mots sortent de mes lèvres, il y a un son ; quand le son ne passe plus par ces lèvres, ce son disparaît. Quand un son vient de la traductrice, pendant qu’il arrive, vous pouvez l’entendre et quand elle cesse de parler, ce son n’est plus là. C’est l’impermanence simple et évidente. Le son peut demeurer un certain temps sous forme de résonance ou de vibration mais ensuite il disparaît complètement, même à l’intérieur.

Il en va de même pour les odeurs : pendant que nous reniflons, nous sentons l’odeur et ensuite l’odeur n’est plus là. Le goût que nous sentons quand nous mangeons ou buvons est présent pendant que nous mangeons ou buvons mais quand nous cessons de manger ou de boire, au bout d’un moment le goût disparaît. Et le toucher ? Nous touchons avec nos mains et notre corps. Nous faisons l’expérience du contact physique pendant que nous avons un contact mais quand celui-ci cesse, nous n’éprouvons pas cette sensation.

De la même manière, quand nous pensons à un objet, pendant que nous sommes en train de penser, cette pensée est animée dans notre esprit mais dès que nous cessons de penser, elle n’y est plus.

Dans cette méditation de l’attention, nous devenons pleinement conscients de ce qui se passe pendant que cela se passe — ni avant, ni après. Cela signifie que nous ne pouvons faire l’expérience de l’impermanence que lorsque nous sommes vraiment en train de la vivre. Nous ne faisons l’expérience des sensations et des sentiments que pendant que nous sommes en train de sentir ou ressentir les choses. Ensuite, cette sensation ou ce sentiment n’est plus là. Voilà ce que signifie vipassanā avec anupassanā.


Vipassana signifie voir quelque chose avec l'esprit avec l'oeil intérieur, tel qu'il est entrain de se produire

Vous avez déjà entendu le mot vipassanā. Vipassanā signifie « voir quelque chose avec l’esprit — avec l’œil intérieur — tel qu’il est en train de se produire ». Passanā signifie « voir », anu signifie « pendant que cela se produit ». 

Par exemple pour dire « aller » en pāli, on dit gacchati et si on suit celui qui va, on dit anugacchati. Quand quelqu’un est assis, on dit nisīdati et quand on s’assoit en même temps que cette personne, on dit anunisīdati. Quand quelqu’un dort, on dit sayati, et anusayati signifie : 
« dormir avec » cette personne. 

Donc, pour décrire une action que l’on fait en même temps que quelqu’un d’autre, on utilise le préfixe anu. C’est pourquoi anupassanā signifie : « voir les choses au moment où elles se déroulent ». C’est un mot pāli très beau. On utilise ce préfixe anu pour dire que l’on fait quelque chose en même temps qu’une autre chose ou que l’on voit les choses au moment où elles se produisent. 

En conclusion, pour pouvoir réellement pratiquer la méditation de l’attention, ces deux choses doivent aller de pair. Autrement dit, une chose doit être observée et vécue au moment où elle est en train de se produire.

Il y a une expression très courante en pāli qui dit : « parimukham satim upatthapetvā, so sato va assasati, sato passasati », c’est-à-dire : « En gardant l’esprit devant soi, inspirer et expirer. » « Avoir l’esprit devant soi » ne signifie pas qu’il doit être suspendu devant vous comme une carotte devant un cheval.

Vous savez, il est étrange de constater que certains méditants ont pris ces paroles à la lettre et suspendent quelque chose devant eux. Il y a un nouveau mouvement de méditation en Thaïlande où on suspend un cristal devant soi pendant la méditation en étant attentif et en gardant l’attention devant soi. Mais, du coup, l’attention … c’est ce qui est suspendu !


Le sens des mots

Vous savez, quand les gens ne connaissent pas le sens des mots, ils les prennent à la lettre. 

Il y a un exemple très connu à ce propos. Juste après son Eveil, le Bouddha alla à Bénarès et, en chemin, il rencontra un ascète du nom de Upekkhā. Upekkhā lui demanda où il allait et le Bouddha répondit : « Je vais à Kasi (l’ancien nom de Bénarès) pour battre le tambour du Dhamma. » Il a littéralement dit, en pāli : « J’y vais pour battre le tambour du Dhamma. » 
Eh bien, un moine japonais a pris ces paroles littéralement. Il a introduit un tambour dans sa pratique et, chaque matin, il sort en frappant sur son tambour tout en disant : « Namu Myo Ho Ren Ge Kyo, Namu Myo Ho Ren Ge Kyo ». C’est devenu une secte très célèbre au Japon maintenant ; elle s’appelle la secte Nipponzan - Myōhōji.

L’un de ces moines a séjourné dans notre monastère et, tous les jours, il sortait dans la rue en frappant sur son tambour. Un jour je lui ai demandé : « Pourquoi jouez-vous du tambour ? » Et il a répondu : « Ne savez-vous pas que c’est ce que le Bouddha a fait ? » 

Ces mots que le Bouddha a utilisés comme une métaphore ont été pris littéralement et c’est ainsi que le tambour est apparu et qu’aujourd’hui c’est une des sectes japonaises du bouddhisme. Et dans cette secte on ajoute : « Quand on joue du tambour, quiconque entend le son de ce tambour atteint l’Eveil. » N’est-ce pas formidable ? Inutile de faire des efforts assis sur votre coussin ! Ecoutez simplement le tambour ! Ou bien prenez vous-même un tambour et éveillez les autres ! 

C’est une secte qui existe aujourd’hui au Japon. Son chef s’appelle Fuji Guruji ; il est très célèbre, ce n’est pas un secret, mais je n’en parle que pour que les gens comprennent comment certaines métaphores sont prises littéralement.

De la même manière, « parimukham satim upatthapetvā, so sato va assasati, sato passasati » a été compris littéralement et les gens disent que l’attention doit être « devant ». Pour montrer que l’attention est devant, il faut qu’il y ait un objet, alors ils prennent un cristal qu’ils suspendent à un fil de nylon très fin et ils disent : « Vous voyez, l’attention est suspendue là. »

Mais ce que cette phrase signifie réellement, c’est que nous devons être attentifs à quelque chose dans l’instant présent. Ce n’est que quand quelque chose se passe, et seulement à ce moment-là, que nous pouvons être conscients de ce qui se passe vraiment — ni avant, ni après. L’impermanence n’est donc qu’une théorie, qu’un simple mot, tant qu’elle se situe dans le passé ou dans l’avenir. Par contre, elle est présente, c’est une réalité vivante, si vous l’observez au moment où elle est en train de se produire.

Dans la comparaison que nous avons utilisée, c’est le travail du bon gardien d’être très vigilant, conscient et zélé pour devenir pleinement conscient de ce qui est présent dans l’instant. Dès que nous devenons inattentifs, que nous ne sommes plus présents, les choses passent et nous n’en sommes pas conscients. Ensuite nous devons y penser pour les évoquer mais quand on y pense, c’est trop tard. Nous devons être si vigilants, si attentifs, si vifs qu’il n’y ait rien entre ce qui est en train de se produire et notre présence d’esprit. Nous devrions pouvoir voir ce qui est réellement en train de se passer sans aucun obstacle.


Il ne faut pas pas utiliser de mots, d'étiquettes, de noms ou d'idées. Accordez simplement une pleine et entière attention à ce que vous observez

C’est pour cela que je recommande toujours très fermement de ne pas utiliser de mots, d’étiquettes, de noms, de concepts ou d’idées. Accordez une attention pleine et entière à ce que vous vivez. Quand on colle un mot ou une étiquette sur un ressenti, l’esprit est piégé par l’étiquette, le concept ou le nom et, du même coup, il ne pourra plus saisir ce qui se trouve derrière le nom, l’étiquette ou le concept. 

Nous devons donc veiller à ne pas bloquer la vision de la réalité. Nous ne devons pas effacer la vérité de l’impermanence en mettant quelque chose comme des étiquettes entre ce qui se produit et notre conscience. Alors essayez de ne pas utiliser de mots. Par exemple, quand vous marchez, au moment où vous soulevez le pied, n’allez pas dire : « Soulever, soulever, soulever» Si vous vous contentez de mettre votre attention dans ce mot, l’esprit va se satisfaire du mot et il ne sera pas conscient du fait que vous soulevez le pied !

Dans l’image que le Bouddha a utilisée — la ville représentant notre corps tout entier, composé d’éléments, composé de nourriture, de liquides et de milliards de particules, de cellules qui sont dans un état de flux constant, changeant tout le temps — tout ce que nous avons à faire à tout moment, c’est accorder notre attention à tous les aspects du corps. Nous commençons avec la respiration parce qu’elle représente l’ensemble, le champ tout entier des activités. Comme la respiration est très active, qu’elle a un mouvement, elle est représentative de l’impermanence.


Les cinq agrégats sont contenus dans la respiration 

Vous savez, quand on est très attentif à la respiration, on constate que tous les cinq agrégats sont contenus dans la respiration. Quels sont les cinq agrégats ? La forme, les sensations, les perceptions, les pensées et la conscience.

1) La respiration est une forme parce qu’elle se compose d’éléments. Tout ce qui se compose d’éléments est une forme et la respiration contient l’élément terre, l’élément air, l’élément eau et l’élément feu. Donc la respiration est une forme.

2) La respiration est une sensation : quand nous inspirons et expirons, nous sentons le souffle. Nous sentons quand il est long et quand il est court ; nous sentons le contact avec les narines, nous sentons le passage dans les poumons. Nous sentons tout cela. La sensation est donc bien là, dans la respiration.

3) Nous percevons également la respiration et la sensation mentalement.

4) Nous respirons volontairement pour connaître toutes ces choses. Il y a donc bien intention ou volition.

5) Enfin nous respirons consciemment, donc la conscience est aussi incluse dans notre respiration.

Les cinq agrégats sont bien présents. Si, sans utiliser le moindre mot, vous portez toute votre attention à votre respiration, vous pouvez les voir changer constamment tous les cinq : la respiration change, les sensations changent, les perceptions changent, l’intention change et la conscience change.

Donc le gardien des portes est là, sous nos narines, et ce gardien, cette attention, cette conscience, sait qu’il ne faut pas coller de mots ou de concepts qui empêcheraient de voir la réalité de l’impermanence des formes, des sensations, des perceptions, etc.
C’est pourquoi le gardien, l’esprit très habile ou l’attention, laissera tomber les étiquettes et les mots et se posera tout entier sur la respiration, observant simplement l’air entrer et sortir.

Prenez n’importe quel exemple, que vous soyez en train de voir, d’entendre, de sentir, de goûter, de toucher ou de respirer, vous retrouverez toujours la même caractéristique d’impermanence. Certaines de ces expériences seront très belles, très agréables mais malheureusement elles ne demeureront pas et vous serez déçu — c’est la caractéristique de l’insatisfaction. Et comme vous n’avez aucun contrôle sur tout cela dans la mesure où vous ne pouvez pas garder ce qui est agréable ni éloigner ce qui est désagréable parce que tout se produit naturellement, comme il n’y a aucun moyen de maîtriser la moindre de ces choses, nous disons qu’il n’y a pas de « soi » permanent pour contrôler tout cela.

Mes amis, je crois que nous allons en rester là pour cet après-midi. Ce n’est qu’une introduction ; nous continuerons dans les jours qui viennent à clarifier le sens de notre pratique et j’essaierai de rendre cela aussi simple que possible.



Remarques : 
- J'ai commencé la pratique de la méditation en faisant des "notes mentales" ( Cf Récit de ma retraite) Mais très vite, j'ai abandonné cette habitude au profit de l'attention pure, sans mettre de mot sur les phénomènes observés. Si au début vous avez l'impression que c'est une aide, vous êtes effectivement très vite "piégé" par cet étiquetage, d'autant plus que le but est d'arriver à conserver l'attention dans la vie de tous les jours et pas simplement durant la méditation formelle.
- Les sous titres (en violet) ne sont pas dans le texte initial 




dimanche 27 juillet 2008

L'Action juste



Ci après un nouvel extrait (scanné) du livre de Bhante Hénépola Gunaratana : Les huit marches vers le bonheur - Extrait du chapitre 4 (éd. Albin Michel, Paris, mai 2008)


L'ACTION JUSTE


L’éthique dans l’action

Traditionnellement, nous disons que la marche de l’Action juste consiste à s’abstenir de tuer, de voler et de l’inconduite sexuelle. Bien que les mêmes mots soient utilisés dans les cinq préceptes et dans la définition de l’Action juste. Le sens est un peu différent.

Dans l’optique des préceptes, il est très simple et direct: simplement, ne faites pas ces trois choses. Tuer, voler et l’inconduite sexuelle sont trois des pires actions que vous puissiez effectuer, et si vous les commettez, vous ne trouverez pas la paix. Par conséquent, nous prenons une forte, une puissante résolution et nous y tenons strictement.

Cependant, lorsque le Bouddha a défini l’Action juste comme s’abstenir de tuer, de voler et de l’inconduite sexuelle, il ne faisait que donner des exemples des outrages les plus flagrants que l’on puisse infliger aux autres. Par suite, ces abstentions devraient être comprises non de manière limitée, au sens du respect des règles, mais aussi comme de grandes lignes pour une conduite éthique supérieure.

Ainsi, dans l’un de ses enseignements où il pressait chacun d’agir avec compassion envers tous les êtres vivants, fait-il le commentaire suivant,

Tous les êtres vivants ont peur du bâton (de la violence)
Tous les êtres vivants ont peur de la mort.
Vous comparant vous-même aux autres,
Ne faites aucun mal ni n’entraînez un autre (à en faire) (Dh 129).

Il a expliqué que toute action physique faisant du tort à une autre personne - endommager des biens, les incendier, menacer d’une arme - est mauvaise, même si personne n’est tué.

Une fois, j’ai entendu parler d’un jeune homme qui détestait ses compagnons de chambre à l’université. Pour se venger, il les harcelait en abîmant secrètement leurs affaires personnelles. Par exemple, il trempait leurs serviettes dans les toilettes, il endommageait leurs ordinateurs ! Les tracasseries mesquines, les farces qui blessent sont également de mauvaises actions.

Il existe aussi un niveau plus élevé de l’action éthique. Par exemple, s’abstenir de tuer atteint son sens le plus élevé lorsque nous développons une attitude complètement non violente et souhaitons continuellement le bien de tous les autres êtres vivants.

Nous pratiquons l’Action juste non parce que nous voulons éviter d’enfreindre les règles du Bouddha ou par peur d’être punis; nous évitons les comportements cruels et blessants parce que nous nous rendons compte de leurs conséquences - qu’ils nous conduisent nous-mêmes et tous ceux qui nous entourent à une profonde souffrance, maintenant et à l’avenir. Nous pratiquons l’Action juste parce que nous voulons que notre vie soit utile et harmonieuse, ni destructrice ni conflictuelle, et car nous voulons avoir un esprit calme et heureux, non troublé par le regret ou les remords.

Quand il s’agit d’observer des principes de morale, notre esprit nous joue de nombreux tours. Certaines personnes se disent que les règles morales ne concernent pas les jeunes. « Je peux prendre du bon temps maintenant, disent-elles, et faire tout ce que je veux. Quand je serai plus vieux, je ferai le ménage dans mes actions. » Malheureusement, observer des principes moraux en fin de vie est comparable à gagner à la loterie sur son lit de mort. Si vous attendez trop longtemps, vous ne pourrez pas profiter des bienfaits apportés par une vie morale - libération des dépendances, relations saines, conscience claire et un esprit sans trouble. Il est préférable de profiter des effets salutaires de la moralité pendant que vous êtes jeune, en bonne santé et fort. Quand vous serez vieux, vous n’aurez pas besoin de principes moraux pour empêcher de mauvaises conduites !

Une autre ruse consiste à nous dire : « En quoi des principes moraux sont-ils bons pour moi ? Ma vie est bonne telle qu’elle est. » Si telle est votre réaction, vous feriez bien de regarder votre raisonnement de plus près. Si votre vie est si belle, pourquoi mentez-vous, volez-vous, buvez-vous ou tuez-vous ?

Enfreindre les règles morales devient vite une habitude dont il est difficile de se défaire. De plus, ces comportements ont inévitablement des conséquences négatives. Il n’y a pas moyen d’échapper à la loi de cause à effet. Dérogez aux principes moraux et vous risquez de perdre votre santé, vos biens, l’affection de ceux que vous aimez, et bien d’autres choses qui ont de la valeur pour vous. En plus, vous aurez à faire face aux soucis, à la culpabilité et même à davantage d’insatisfaction. Souvenez-vous, nous observons des principes de moralité pour nous rendre heureux, non pour être malheureux.

Même de petites actions immorales, apparemment insignifiantes, ont un certain effet. J’ai entendu parler d’un homme qui avait manqué une participation dans une affaire de plusieurs millions de dollars - simplement en tuant un insecte. C’était un homme d’affaires plein de bon sens, de talent, qui avait organisé une réunion avec un partenaire potentiel pour discuter d’une association. Alors qu’ils discutaient, un insecte vint se poser sur le bord du verre de bière de ce businessman. Avec un petit bâtonnet, il le fit tomber dans la bière. Quand l’insecte s’évertua à remonter le long du verre pour en sortir, l’homme le fit tomber de nouveau. Tout en discutant une affaire valant des millions de dollars, il s’amusait avec l’insecte, le repoussant dans la bière jusqu’à ce qu’il se noie.
L’associé potentiel m’a dit ultérieurement qu’après avoir vu ce jeu, il avait pensé : « Cet homme est des plus cruels. Peut-être ferait-il quelques vilenies simplement pour gagner de l’argent. Je ne veux pas faire des affaires avec lui. » Et il renonça à l’association.

Il se peut que vous vous demandiez pourquoi les principes de l’Action juste sont exprimés en termes négatifs - ne pas tuer, ne pas voler, etc. La raison en est très simple. Nous ne pouvons pas trouver la joie qui naît de la bonne conduite tant que nous n’avons pas abandonné la mauvaise.

Nous avons tendance à agir avec un esprit plein d’attachement, qui nous mène à toutes sortes de perversion. D’abord, nous devons nous opposer à cette tendance naturelle. Ensuite, nous pourrons nous rendre compte à quel point nous nous sentons à l’aise, détendus, libres et paisibles quand nous agissons selon l’éthique.

Il est impossible de cuisiner un délicieux repas dans un poêlon sale, ou de faire pousser un magnifique jardin dans une terre étouffée par les mauvaises herbes. En nous abstenant du négatif, nous créons les conditions nécessaires pour que le positif s’épanouisse.
Par exemple, en nous abstenant de tuer et de faire d’autres actes d’hostilité, nous créons l’atmosphère favorable à l’apparition de l’amitié-bienveillance et de la compassion dans nos rapports avec les autres.
De même, nous abstenir de voler - prendre ce qui n’est pas donné, qu’il s’agisse des biens de quelqu’un ou du crédit lié au travail ou aux idées d’autrui - donne naissance à son opposé, la générosité.

L’action morale fait passer notre focalisation sur l’intérêt personnel à l’intérêt envers ce qui est profitable à la fois pour nous et pour les autres. Lorsque nous sommes obsédés par nos propres désirs, nous sommes essentiellement motivés par la haine, l’avidité, la jalousie, les pulsions sexuelles, et autres préoccupations égoïstes. Nous n’avons alors ni maîtrise de nous-mêmes ni sagesse pour agir de manière juste. Mais lorsque nous nous abstenons de ce qui est nocif, notre brouillard mental s’éclaircit un peu, et nous commençons à voir que l’amitié-bienveillance, la compassion et la générosité nous apportent un bonheur vrai. Cette clarté d’esprit nous aide à faire des choix éthiques et à progresser sur le chemin du Bouddha.


S’abstenir de tuer

L’envie de nuire ou de blesser d’autres êtres vivants prend généralement sa source dans la haine ou la peur. Lorsque nous tuons délibérément des êtres vivants, même de petites créatures telles que des insectes, nous diminuons notre respect pour toute vie - et par suite pour nous-mêmes.

L’Attention nous aide à reconnaître nos propres aversions et à en assumer la responsabilité. Par l’examen de nos états mentaux, nous nous rendons compte que haine et peur induisent un cycle de cruauté et de violence, des actions qui font du mal aux autres et qui détruisent notre propre paix mentale. S’abstenir de tuer rend l’esprit paisible et le libère de la haine. Cette clarté nous aide à refréner les actions destructrices et à embrasser celles qui ont pour motif la générosité et la compassion.

Une de mes étudiantes m’a confié qu’elle avait été sujette à la peur et qu’elle éprouvait de la répulsion envers de petites créatures, comme les souris, les puces et les tiques. En raison de cette émotion, elle voulait les tuer. Sa pratique de l’Attention l’aidant à s’adoucir, elle prit la résolution de s’en abstenir. Il en résulta une diminution de ses sentiments de peur et de répugnance. Récemment, elle a même réussi à ramasser un grand cafard à mains nues et à le mettre en sécurité, hors de la maison.

Lorsque nous nous abstenons de tuer, notre respect pour la vie grandit, et nous commençons à agir avec compassion envers tous les êtres vivants. Cette même étudiante m’a dit avoir rendu visite à un ami qui vivait dans un centre de méditation. En arrivant, elle remarqua un piège à insectes suspendu au porche d’entrée de la maison où habitait le personnel du centre.

Des douzaines de guêpes, attirées par l’odeur sucrée du jus de pomme, étaient prises au piège. Une fois entrées par sa petite ouverture, elles ne pouvaient plus ressortir. Quand elles s’étaient épuisées à voler dans le petit espace, elles tombaient dans le jus de pomme au fond du piège et se noyaient lentement. L’étudiante en visite interrogea son ami à ce sujet. Il reconnut qu’un tel piège dans un centre de méditation était une chose honteuse, mais que la hiérarchie l’avait installé à cet endroit et qu’il ne pouvait rien y faire.
Bien qu’elle essayât d’ignorer le bourdonnement qui en provenait, la visiteuse ne pouvait chasser la souffrance des guêpes de son esprit. Elle eut rapidement le sentiment de devoir faire quelque chose pour donner à quelques-unes une chance de s’échapper. Elle prit un couteau, perça un petit trou au sommet du piège et y inséra le couteau pour que le piège reste ouvert. Quelques guêpes se hissèrent le long de la lame et parvinrent à s’échapper. Ensuite, elle ouvrit le trou un peu plus et quelques autres guêpes s’échappèrent. Finalement, elle se rendit compte qu’elle ne pouvait même pas supporter d’en laisser une seule mourir dans le piège. Bien que son intervention la rendît mal à l’aise, elle transporta le piège dans le champ voisin et le coupa complètement en deux, libérant toutes les guêpes encore en vie.
En agissant, elle émit le souhait: « Puissé je être libérée de mes attitudes et comportements négatifs de même que ces insectes sont libérés de ce piège. »

L’étudiante m’a dit que, depuis ce moment, elle n’avait plus eu peur des guêpes. Au printemps dernier, un nid de guêpes apparut sous le porche principal de la Bhavana Society. Des personnes qui l’empruntaient furent piquées, et l’endroit fut isolé avec des cordes. Pourtant, cette femme continua d’utiliser cette porte, enjambant le nid sans qu’il lui arrive aucun mal, jusqu’à ce qu’il soit enlevé. « Je serais très surprise si jamais une guêpe me piquait de nouveau, dit elle. Mais si je le suis, c’est pour la pauvre guêpe qui est dérangée et qui peut être blessée en me piquant que je m’inquiéterais le plus. »

Comme vous pouvez le voir à partir de l’expérience de cette étudiante, s’abstenir de tuer crée l’atmosphère favorable au développement de l’action compatissante dans notre vie. C’est merveilleux, et une grande aide pour progresser sur le chemin du Bouddha.

Mais il ne s’agit pas de devenir militant dans notre soutien de la non-violence ! L’Action juste nous demande de prendre nos propres décisions en matière de conduite morale, et non d’exiger que tout le monde suive notre exemple.


Prenez la controverse sur la consommation de viande.

Bien que je ne mange pas de viande moi-même, je n’insiste pas pour que tout le monde devienne végétarien. En regardant les choses sous un angle plus large, je me rends compte que même les végétariens ont une part indirecte dans le fait de tuer. Supposez qu’il y ait un village où vivent mille végétariens, et dans le village voisin un fermier qui cultive des légumes, des fruits et des céréales pour nourrir les mille végétariens. Quand il laboure la terre et élimine les insectes qui pourraient abîmer les légumes, le fermier tue de nombreux petits êtres. De nombreux autres sont tués par ses machines agricoles quand il fait ses récoltes. Les végétariens du village d’à côté se sentent très à l’aise. Bien que des créatures aient été tuées, ils ont une conscience claire quand ils mangent, car ils n’ont pas d’intention de tuer.

Par cet exemple, vous pouvez voir que manger des légumes et tuer des êtres pendant la culture sont deux choses distinctes. La même logique s’applique à la consommation de viande. Manger de la viande et tuer des animaux pour obtenir la viande sont deux choses distinctes. Parfois, le Bouddha lui-même mangeait la viande qui lui était offerte. Ceux qui mangent simplement la viande n’ont pas non plus l’intention de tuer.

Pour l’observation du précepte de s’abstenir de tuer, le Bouddha a défini le fait de tuer de manière très spécifique, comme étant l’acte de mettre fin à la vie intentionnellement. Dans les règles qu’il a établies pour les moines, il clarifie plus avant les conditions nécessaires pour un tel acte :

Il doit y avoir un être.
Vous devez savoir qu’il y a un être.
Vous devez avoir l’intention de tuer.
Vous devez prévoir d’utiliser une méthode pour le tuer.
Vous devez le tuer en utilisant seulement la méthode prévue.

Ceux qui mangent de la viande ne remplissent aucune de ces conditions. Ils savent qu’ils mangent de la viande et qu’elle provient d’un animal. Mais ils n’ont pas eu l’intention de le tuer, et ils n’ont pas participé à sa mise à mort.

S’il n’y a pas de viande disponible, on ne devrait pas aller chasser ou tuer des animaux pour manger. On devrait manger autre chose. Mais les gens ne devraient pas non plus devenir névrosés en cherchant à éviter tout ce qui contribue indirectement à tuer. Quand nous y réfléchissons, un certain degré de contribution indirecte au fait de tuer peut être trouvé dans la plupart des vies contemporaines. Conduire une voiture ou même marcher sur une pelouse tue des êtres. Divers médicaments que nous utilisons sont testés sur des animaux, les tuant, les estropiant ou les rendant malades. Bénéficier de ces médicaments n’est pas tuer. Le Bouddha a clairement dit que votre intention est ce qui compte réellement.

En ce qui concerne le progrès spirituel, il n’y a pas de différence entre végétariens et non-végétariens. Lorsque les végétariens se mettent en colère, sont avides ou troublés, ils se conduisent de la même façon que ceux qui mangent de la viande. Si vous voulez être végétarien, soyez-le, bien sûr. Les repas végétariens sont très sains. Personnellement, je demeure végétarien par compassion envers les animaux. Néanmoins, ne vous sentez pas obligé de vous abstenir de manger de la viande afin d’atteindre votre but de parvenir à la plus haute félicité.

Beaucoup de laïcs me demandent comment combattre les insectes dans leurs habitations et dans leurs jardins. Ils veulent être de bons bouddhistes et ne pas tuer, mais leurs fleurs vont dépérir et leurs maisons se détériorer s’ils ignorent les insectes. Je réponds que tuer des insectes, même pour une bonne raison, est toujours tuer.

Toutefois, tous les meurtres n’ont pas les mêmes conséquences karmiques. Tuer un insecte, en général, n’entrave pas autant notre progrès spirituel que s’il s’agit d’un animal, un chien par exemple. Et tuer un chien a moins d’impact sur l’esprit que tuer un être humain. Aucun acte n’est plus néfaste pour soi même que tuer ses parents ou un être illuminé. De tels actes empêcheraient le meurtrier d’atteindre l’Illumination en cette vie et conduiraient à la pire des renaissances. Tuer des insectes n’est pas aussi grave que cela. Comprenant qu’il y a des degrés différents de conséquences, nous faisons nos choix et en acceptons les effets.




vendredi 25 juillet 2008

Le bonheur, par Bhante Henepola GUNARATANA

Après avoir publié un enseignement de Buddhadasa Bhikkhu sur le Bonheur; Sukha en pali :
Le bonheur, par Buddhadasa Bhikkhu

voici un extrait scannés, du livre de Bhante Henepola GUNARATANA : " Les Huit marches vers le bonheur"
(Extrait de l'Introduction) éd. Albin Michel, Paris, mai 2008)

Ce livre est en quelque sorte, la suite de son livre précédant "Méditer au quotidien".



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Ce qu'est le Bonheur et ce qu'il n'est pas

Le désir d'être heureux est vieux comme le monde, et pourrant le bonheur nous échappe toujours. Que signifie être heureux ?

Nous recherchons souvent le plaisir des sens. Par exemple, manger quelque chose de bon, regarder une bonne comédie, en raison de l'agrément que nous en retirons. Mais y a-t-il un bonheur au-delà de cette satisfaction passagère apportée par une expérience plaisante?

Certaines personnes essayent d'accumuler un grand nombre d'expériences agréables et appellent cette façon de faire une vie heureuse. D'autres, ressentant les limites des satisfactions sensuelles, cherchent un bonheur de plus longue durée, dans le confort matériel, la vie de famille ou la sécurité. Mais ces sources de bonheur ont aussi leurs limites. (...)

Il semble que ce que nous croyons pouvoir nous rendre heureux soit en fait source de souffrance. Pourquoi ? Parce que rien ne dure. Les liens de la famille se brisent, les affaires tournent mal, les gens perdent leur travail, les enfants grandissent et s'en vont,(...)

C'est un paradoxe: plus nous possédons plus notre risque d 'être malheureux grandit. (...)

Les gens confondent le tournis de l'excitation créée par une nouvelle possession ou par une expérience agréable avec le bonheur. (...)

Les Sources du Bonheur

Le Bouddha a décrit plusieurs catégories de bonheur en les classant de la plus éphémère à la plus profonde.

Le Moindre Bonheur de l'Attachement

Le Bouddha a groupé dans la plus basse catégorie ce que la plupart d'entre nous appellent bonheur. Il a appelé cette catégorie le bonheur des plaisirs sensuels. Nous pourrions également dire le bonheur des conditions favorables ou le bonheur de l'attachement.

Tous les agréments passagers de la vie, provenant des gratifications sensuelles du plaisir physique et des satisfactions marérielles en font partie: bonheur de posséder des richesses de beaux vêtemenrs, une nouvelle automobile ou une agréable demeure; bonheur de voir de belles choses, d'écouter de belles musiques, de manger des mets savoureux, d 'avoir de plaisantes conversations; bonheur de peindre avec talent, de jouer du piano et toutes autres choses semblables; bonheur d'une vie familiale affectueuse.(...)


Un jour, le Bouddha a expliqué qu'en mûrrissant spirituellement, on en vient à comprendre qu'il y a plus dans la vie que le plaisir provenant des cinq sens. (...)

Le bonheur dans le monde dépasse néanmoins, les satisfactions sensuelles. Les joies de la lecture, d'un bon film, d'autres formes de stimulation mentale ou de divertissement en font partie. Il comprend aussi les saines joies de ce monde: aider les autres, pourvoir aux besoins d'une famille stable, élever des enfants, gagner honnêtement sa vie.

Pourquoi le Bouddha les rangeait-il alors dans la plus basse forme du bonheur? parce qu'ils dépendent de conditions favorables.. Bien que moins fugaces que les fugitifs plaisirs des sens, et potentiellement moins destructeurs à long terme, ils sont instables.(...)


Les Sources supérieures de Bonheur

L'une d'elles est le bonheur du renoncement, le bonheur spirituel venant de la recherche de ce qui est au-delà des plaisirs du monde. L'exemple classique est la joie qui naît de l'abandon de toutes préoccupations mondaines et de la recherche de la solitude dans un environnement paisible, pour se consacrer au développement de l'esprit. (...)

La générosité est une forme puissante de renoncement. Partager généreusement ce que nous possédons tout comme d'autres actes de même nature, nous rend heureux.Un sentiment de plaisir et de soulagement apparaît chaque fois que nous lâchons prise (...)

Supérieur au renoncement envers les choses matérielles est le bonheur de se libérer des irritants psychiques. Ce type de bonheur apparaît naturellement lorsque nous agissons mentalement pour lâcher rapidement la colère, le désir, l'attachement, la jalousie, l'orgueil, la confusion et les autres irritants psychiques, chaque fois qu'ils se manifestent.(...)

Supérieurs encore sont le plaisir et la félicité des différents niveaux de concentration profonde.
Dans ces états, aucune peine ne peut apparaître. Pourtant, aussi puissants et transcendants
soient-ils, ces états ont un grand inconvénient: le méditant est finalement obligé d'en sortir. Etant impermanents, même ces états de profonde concentration doivent prendre fin.


La plus haute source de Bonheur

Le bonheur le plus élevé est celui d'atteindre les différents niveaux d'illumination. À chaque stade, notre fardeau dans la vie s'allège, et nous ressentons un plus grand bonheur et une plus grande félicité.

L'illumination finale - la libération permanente de tous les états d'esprit négatifs - apporte une félicité ininterrompue et sublime.

Le Bouddha recommandait d'apprendre à laisser partir nos attachements aux formes inférieures de bonheur et de focaliser tous nos efforts sur la découverte de la plus haute forme possible: l'illumination.

Cependant, il exhortait également les gens à développer leur bonheur au maximum quel que soit le niveau où cela leur était possible.

À ceux d'entre nous qui ne peuvent voir au-delà des satisfactions fondées sur les plaisirs des sens, il apportait de sages conseils pour éviter les problèmes du monde et pour trouver un bonheur optimum, par exemple en cultivant les qualités qui conduisent au succès matériel ou à une vie familiale heureuse.(...)

À ceux qui sont intéressés par le but ultime de l'illumination complète, il enseignait comment atteindre ce but.

Mais quel que soit le type de bonheur que nous recherchons nous utilisons les huit marches du Chemin Octuple.(...)

mercredi 15 août 2007

Méditer au quotidien


V. Hénépola Gunaratana



Si vous n'avez jamais médité ou si vous débutez dans la méditation ; et même si vous méditez depuis longtemps; je ne saurais trop vous conseiller ce livre remarquable par sa simplicité et son efficacité :

"Méditer au quotidien" par Vénérable Hénépola Gunaratana.


Ce livre explique comment pratiquer, de manière traditionnelle, la "méditation vipassana" (Il y a donc des différences avec la "méthode" dites "Mahasi", mais le but reste le même : voir les choses telles qu'elles sont.

Ainsi, dans les extraits ci dessous, lorsque l'auteur parle de méditation, il s'agit de la méditation conduisant à vipassana.

Hénépola Gunaratana sera l'invité ( pour la seconde fois) dimanche 26 août de l'émission "sagesse Bouddhiste" sur F2 à 8h30


C'est suite à la lecture de ce livre, que je me suis véritablement engagée sur le chemin.
Grâce à ce livre, j'ai commencé à méditer seule chez moi, ensuite, j'ai suivie plusieurs sessions de méditation par l'intermédiaire de l'Association Terre d'Eveil. Parallèlement, j'ai suivi les sessions du dimanche à Paris, sous la guidance de Michel Henri Dufour (Tradition Théravada- Ecole de la Fôret)

Puis, j'ai effectué ma première retraite vipassana de 10 jours et j'ai fait un bon dans ma pratique. Aujourd'hui, je continue de méditer de manière formelle, 2heures le matin très tôt (1h de marche méditative et 1h d'assise) et 1 ou 2 heures le soir. Pour développer vipassana, il est essentiel de toujours équilibrer le temps de marche et le temps d'assise.

Au début, on n'aime pas trop marcher et on préfère s'assoir directement. Comme je l'ai expliqué dans mon récit, c'est durant la retraite que j'ai vraiment compris l'intérêt de la marche méditative avant l'assise. Vous bénéficiez durant l'assise de la concentration et de l'énergie développés durant la marche et l'observation sera bien plus profonde. Sans marche l'observation risque de rester superficielle.


Le reste du temps (dans mes activités quotidiennes), j'essaye de rester attentive le plus possible, mais, comme je l'ai expliqué dans les messages "Après la retraite" et "la pratique au quotidien", c'est très difficile et cela demande beaucoup de temps et de patience mais aussi du courage et de la détermination.

Comme le souligne le Vénérable Hénépola Gunaratana dans son livre; si au début de la pratique vous pouvez commencer à méditer seule chez vous, il faudra, à un moment donné, effectuer une retraite si vous voulez vraiment avancer de manière sérieuse sur la voie.

Vous pouvez méditer seul chez vous durant des années sans progresser aucunement. Les Disciples du Bouddha suivaient ses conseils. Nous aussi nous avons besoin des conseils avisés d'autres personnes.


Le Vénérable Hénépola explique tout cela de manière remarquable dans ce livre, dont voici quelques extraits:

"Le sujet de ce livre est la pratique de la méditation vipassana. C'est un manuel de méditation, un guide expliquant pas à pas comment faire fonctionner les rouages de la méditation de la vision intérieure. Il est fait pour être utilisé....
Il est écrit pour ceux qui veulent réellement méditer et commencer dés maintenant...
Toutefois un livre ne peut couvrir tous les problèmes qu'un méditant risque de rencontrer. le moment venu il vous faudra un instructeur qualifié.... "



Vous trouverez ci après, des extraits des chapitres:


La méditation : quel intérêt peut-elle avoir pour vous

Ce que la méditation n'est pas

- Ce qu'est la méditation (vipassana)

- Que faire de notre mental



EXTRAITS :


Extraits du chapitre : "La méditation : quel intérêt peut-elle avoir pour vous"


La méditation n'est pas facile. Elle prend du temps et de l'énergie. Elle demande d'avoir du cran, de la détermination et de la discipline.
Elle requiert une foule de qualités personnelles que nous considérons normalement comme exigeantes et que nous-aimons éviter autant que faire se peut.
Nous pouvons les résumer en deux mots : courage et aventure.

C'est certainement beaucoup plus facile de simplement se laisser aller, de regarder la télévision. Aussi, pourquoi s'en préoccuper? Pourquoi dépenser toute cette énergie et tout ce temps alors que vous pourriez l'utiliser pour sortir et vous amuser ?
Pourquoi ? c'est simple, Parce que vous êtes un être humain. Et que de ce fait vous êtes l'héritier d'une insatisfaction inhérente à la nature humaine qui ne vous quitte pas.

Vous Pouvez la supprimer de votre conscience pendant un temps: Vous pouvez vous distraire pendant des heures, mais elle revient toujours, et généralement lorsque vous vous y attendez le moins. Tout à coup, comme si elle tombait du ciel, vous vous redressez, vous faites le point, et vous comprenez votre véritable situation dans la vie.

D'un seul coup, vous prenez conscience que vous consacrez la totalité de votre vie pour vous en sortir tout juste. Bien sûr, vous sauvez la face. Vous arrivez à joindre les deux bouts, à avoir l'air en forme, vu de l'extérieur. Mais le désespoir, les moments où vous avez l'impression que tout vous tombe dessus, vous les gardez pour vous-même. C'est un vrai gâchis. Et vous le savez. Mais vous le cachez très
bien. En même temps, quelque part, bien en dessous de la surface, vous savez qu'il faut qu'existe une autre façon de vivre, une meilleure manière de voir le monde, un moyen de toucher la vie plus complètement. Et cela vous arrive. Par hasard, de temps en temps. Vous décrochez un bon job. Vous tombez amoureux. Vous marquez des points.

Pendant un temps, les choses sont différentes. La vie revêt une richesse et une clarté qui font s'épanouir les mauvaises passes et la monotonie de la routine.
Toute la texture de votre expérience est changée et vous vous dites : " Ça y est. J'ai gagné. Maintenant je vais être heureux. "

Et puis c'est reparti. Une fois de plus, tout s'évanouit comme la fumée dans les courants d'air. Il ne vous reste qu'un souvenir. Et la vague connaissance que quelque chose va de travers.

Mais il existe réellement un autre royaume de profondeur et de sensibilité disponible. Simplement, vous ne le voyez pas. Vous en arrivez à vous enveloppé de coton. Vous ne touchez pas vraiment la vie. Vous ne gagnez plus. Et puis, même ce vague sentiment disparaît. Vous voici de retour dans la vieille réalité.

De nouveau le monde a l'air d'un guêpier, ennuyeux et insipide. Pour le mieux ce sont de véritables montagnes russes émotionnelles. Vous passez une grande partie de votre temps en temps en bas de la rampe, gémissant après les sommets.

Alors, qu'est-ce qui ne va pas ? Vous êtes malade ? Anormal ? Non, vous êtes simplement humain. Et vous souffrez de la maladie dont tous les êtres humains sont affectés......

La vie ressemble à une lutte perpétuelle, à un formidable effort avec un taux de réussite infime. Et quelle est notre solution à toute cette insatisfaction ?
Nous nous empêtrons dans le syndrome du "si seulement ":
Si seulement j'avais plus d'argent, alors je serais heureux. Si seulement je pouvais trouver quelqu'un qui m'aime vraiment, si seulement je pouvais perdre 10 kilos, si seulement j'avais une télé couleur, un jacuzzi, de beaux cheveux, et ainsi de suite, sans fin.

Alors, d'où vient tout ce gâchis ? Il vient des conditions de notre propre esprit. C'est un ensemble d'habitudes mentales profondes, subtiles et envahissantes.......

Nous pouvons accorder notre conscience, draguer chaque épave et l'amener à la lumière. Nous pouvons rendre l'inconscient conscient, doucement, pas à pas.

L'essence de notre expérience est le changement. Le changement est incessant. D'instant en instant la vie s'écoule et n'est jamais la même......

... Heureusement.. vous pouvez apprendre à contrôler votre mental, à vous placer en dehors de cet incessant cycle de désires et d'aversions.
Vous pouvez apprendre à ne pas vouloir ce que vous voulez, à reconnaître les désirs mais à ne pas être contrôlé par eux......

....Le but de la méditation est de purifier le mental. Elle nettoie la pensée de ce qu'on peut appeler des "irritants psychiques " tels que la convoitise, la haine et la jalousie, qui nous tiennent enchevêtrés dans une servitude émotive. Elle conduit le mental à un plan de tranquillité et de claire perception, à un état de concentration et de vision intérieure....

..Foi et moralité ont ici un sens spécial. Le bouddhisme ne prône pas la foi au sens de croire quelque chose parce que c'est écrit dans un livre ou attribué à un prophète, ou enseigné par une personne faisant autorité.
Le sens ici est proche de confiance. C'est savoir que quelque chose est vrai parce que vous l'avez vu fonctionner, parce que vous l'avez observé en vous.

De même, là moralité n'est pas une obéissance rituelle à un code de conduite extérieur imposé. C'est plutôt un sain ensemble d'habitudes, consciemment et volontairement choisi, car vous reconnaissez sa supériorité par rapport à votre comportement précédant.

Le but de la méditation est la transformation personnelle.
Le "vous " qui entre d'un côté de la pratique, n'est pas le même que celui qui sort de l'autre.

Elle change votre caractère par un processus de sensibilisation, en vous rendant profondément conscient de vos propres pensées, paroles et actions.
Votre arrogance et votre antagonisme s'évaporent.
Votre esprit devient stable et calme. Votre vie s'harmonise.

Ainsi, la méditation correctement effectuée prépare-t-elle à faire face aux hauts et bas de l'existence. Elle réduit les tensions, les peurs, les angoisses.
Les choses commencent à prendre leur place et la vie devient paisible au lieu d'être une lutte. Tout cela se produit par la compréhension. La méditation aiguise la concentration et la capacité de penser.......



Extraits du chapitre : Ce que la méditation n'est pas :

Méditation est un mot. Vous l'avez déjà entendu, sinon vous n'auriez pas été attiré par ce livre. Le mécanisme de la pensée opère par association, et toutes sortes d'idées sont associées au mot «méditation». Certaines d'entre elles sont probablement justes et d'autres fausses. Certaines appartiennent à d'autres systèmes de méditation et n'ont rien à voir avec Vipassana. Avant de continuer, il est souhaitable d'éliminer le plus possible les conceptions erronées pour purifier nos neurones et permettre à une information nouvelle de pénétrer sans obstruction. Commençons par le plus évident.

Nous n'allons pas vous apprendre à contempler votre nombril ni à chanter des syllabes secrètes. Vous ne serez pas en train de conquérir des démons ni de passer le harnais à des énergies invisibles. Aucune ceinture de couleur ne vous sera remise pour attester de vos performances et vous n'aurez pas besoin de vous raser le crâne ni de porter un turban. Vous n'aurez même pas à faire don de vos possessions ni à venir vivre dans un monastère. En fait, à moins que votre vie ne soit immorale et chaotique, vous pourrez probablement commencer tout de suite et faire quelques progrès. C'est encourageant, n'est-ce-pas ?

Il existe de très, très nombreux livres sur la méditation. La plupart d'entre eux sont écrits d'un point de vue clairement situé au sein d'une tradition religieuse ou philosophique particulière, et nombre d'auteurs n'ont pas pris la peine de le mettre en évidence. Ils ont des affirmations qui sonnent comme des lois générales mais qui, en fait, sont des procédures hautement spécifiques à un système particulier. Le résultat est un beau fouillis. Pire encore est la panoplie des théories complexes et des interprétations, toutes en désaccord les unes avec les autres. Le résultat est un méli-mélo d'opinions conflictuelles accompagnées d'une masse de données étrangères au sujet.

Le présent ouvrage est spécifique. Nous nous occupons exclusivement du système de méditation Vipassana. Nous allons vous apprendre à observer le fonctionnement de votre propre esprit d'une manière calme et détachée, de façon à développer un regard pénétrant sur votre propre comportement.

Le but est la présence d'esprit, une présence d'esprit si intense, si concentrée et si finement accordée que vous serez capable de percer les mécanismes intérieurs de la réalité même.

Il existe également des conceptions fausses. Nous les voyons sans cesse réapparaître avec les nouveaux étudiants, qui posent constamment les mêmes questions. Aussi est-il préférable de nous en occuper d'abord, car elles peuvent bloquer votre progression dès le départ. Nous allons les examiner une à une.

Méprise n° 1 : la méditation est simplement une technique de relaxation.

L'erreur ici est le mot «simplement». La relaxation est un élément clef de la méditation, mais la méditation Vipassana a un but beaucoup plus élevé. Toutefois, pour beaucoup d'autres systèmes, l'affirmation est vraie. Toutes les procédures de méditation insistent sur la concentration de l'esprit, pour l'amener à se poser sur un objet ou un sujet de pensée délimité. Faites-le intensément, d'une manière suffisamment complète et vous parvenez à une relaxation profonde et bienheureuse appelée ]hana. C'est un état d'une telle suprême tranquillité qu'il équivaut à l'extase. C'est une forme de plaisir audessus et au-delà de tout ce qui peut être ressenti dans l'état de conscience ordinaire. La plupart des systèmes s'arrêtent là. C'est le but. Lorsque vous l'avez atteint, vous répétez simplement l'expérience pendant le reste de votre vie. Il n'en va pas de même pour Vipassana. Elle cherche un autre but: la conscience sans ego. Concentration et relaxation sont considérées comme des éléments concomitants, nécessaires à sa présence. Ce sont des précurseurs nécessaires, des outils pratiques, et des sousproduits avantageux. Mais ils ne constituent pas l'objectif. Le but est la vision intérieure. Vipassana est une pratique religieuse profonde visant à rien de moins que la purification et la transformation de votre vie quotidienne.

Méprise n° 2: méditation veut dire entrer en transe.

Ici encore, l'affirmation pourrait être appliquée avec exactitude à certains systèmes de méditation, mais pas à Vipassana. La méditation de la vision intérieure n'est pas une forme d'hypnose. Vous n'êtes pas en train d'obscurcir votre esprit pour devenir inconscient. Vous n'êtes pas en train de vous transformer en un légume sans émotions. A tout dire, c'est l'inverse qui est vrai. Vous serez de plus en plus accordé à vos propres changements émotionnels. Vous apprendrez à vous connaître avec une clarté et une précision toujours plus grandes. Avec cette technique, certains états peuvent paraître une transe aux yeux d'un observateur. Mais ils en sont vraiment tout l'opposé. Dans la transe hypnotique, le sujet est susceptible d'être contrôlé par quelqu'un d'autre, alors que dans la concentration profonde le méditant reste tout à fait sous son propre contrôle. La similitude est superficielle, et en tout cas l'apparition de ces phénomènes n'est pas le but de Vipassana. Comme nous l'avons dit, la concentration profonde du Jhana est un outil ou une marche sur la route d'une conscience supérieure. Par définition, Vipassana est la culture de l'Attention. Si vous vous rendez compte en méditation que vous êtes en train de devenir inconscient, alors vous n'êtes pas en train de méditer selon la définition de ce mot tel qu'il est utilisé dans le système Vipassana. C'est aussi simple que cela.

Méprise n° 3 : la méditation est une pratique mystérieuse que l'on ne peut pas comprendre.

Là encore, c'est presque vrai, mais pas tout à fait. La méditation concerne des niveaux de conscience plus profonds que la pensée symbolique. Par suite, une partie des données la concernant ne peut simplement pas être expliquée par des mots. Mais cela ne veut pas dire qu'elle ne puisse être comprise. Il y a des manières de comprendre plus profondes que les mots. Vous comprenez comment vous marchez. Probablement, vous ne pouvez pas décrire l'ordre exact dans lequel se contractent vos fibres nerveuses et vos muscles pendant le processus. Mais vous pouvez marcher. La méditation doit être comprise de la même façon, en la pratiquant. Vous ne pouvez pas l'apprendre en termes abstraits. Ce n'est pas quelque chose dont on parle. Il faut la vivre. La méditation n'est pas une sorte de formule stéréotypée donnant des résultats automatiques et prévisibles. Vous ne pouvez jamais prédire exactement <;:e qui apparaîtra à chaque séance particulière. A chaque fois, c'est une investigation, une expérience et une aventure. C'est tellement vrai que, lorsque vous atteignez un niveau de prévision et de ressemblance dans votre pratique, vous utilisez ce fait comme un indicateur. Il signifie que vous êtes sorti de la bonne route et que vous stagnez. Apprendre à voir chaque seconde dans l'univers comme si c'était la première et la dernière est le plus important dans la méditation Vipassana. Méprise n° 4 : le but de la méditation est de développer des pouvoirs psychiques surhumains.

Non. Le but de la méditation est de développer la conscience. Apprendre à lire les pensées n'est pas le but. Léviter n'est pas le but. Le but est la libération. Il y a une relation entre les phénomènes psychiques et la méditation, mais c'est assez complexe. Pendant les premiers stades de la carrière d'un méditant, de tels phénomènes peuvent se produire. Certaines personnes peuvent avoir des intuitions ou se souvenir de vies passées, d'autres non. De toute manière, il ne s'agit pas d'aptitudes psychiques fiables et correctement développées. Il ne convient pas de leur donner une importance indue. En fait, de tels phénomènes sont assez dangereux pour les nouveaux méditants, car ils sont trop séduisants. Ils peuvent constituer un piège pour l'ego qui vous fera sortir du chemin en vous leurrant. Le meilleur parti à prendre est de ne leur donner aucune importance. S'ils apparaissent, c'est bien. S'ils n'apparaissent pas, c'est bien également. Et il est peu probable qu'ils apparaissent. À un certain point, il est possible de pratiquer des exercices spéciaux pour développer des pouvoirs psychiques. Mais ce moment se produit loin vers l'autre extrémité du chemin. Après avoir atteint un très profond stade de Jhana, le méditant est suffisamment avancé pour travailler avec de tels pouvoirs sans danger d'en perdre le contrôle ou qu'ils dominent sa vie. Il les développera alors strictement dans le but de servir les autres. Ce stade n'arrive qu'après des décades de pratique. Ne vous en préoccupez pas. Concentrez-vous seulement sur le développement de plus en plus de conscience. Si des voix et des visions surgissent, remarquez-les simplement et laissez-les partir. Ne vous en mêlez pas.

Méprise n° 5 : la méditation est dangereuse et une personne prudente doit l'éviter.

Tout est dangereux. Traversez la rue et vous pouvez être renversé par un autobus. Prenez une douche et vous pouvez vous casser le cou. Méditez et vous allez sûrement faire remonter des choses désagréables de votre passé. Les éléments refoulés, enfouis depuis plus ou moins longtemps, peuvent être effrayants. C'est aussi très profitable. Aucune activité n'est réellement sans risque, mais cela ne signifie pas que nous devions nous envelopper dans un cocon protecteur. Ce ne serait pas vivre. Ce serait une mort prématurée. La manière de s'y prendre avec le danger est de connaître approximativement son importance, où il est vraisemblable de le rencontrer, et comment le traiter lorsqu'il se présente. C'est le but de ce manuel. Vipassana est fait pour développer la conscience. Ce n'est pas dangereux en soi, mais tout le contraire. Une plus grande présence d'esprit est une protection contre le danger. Exécutée correctement, la méditation est processus très doux et progressif. Prenez les choses tranquillement et le développement de votre pratique s'effectuera très naturellement. Rien ne doit être forcé. Plus tard, lorsque vous serez sous la proche observation et la sagesse protectrice d'un enseignant compétent, vous pourrez accélérer votre rythme de croissance en effectuant une période de méditation intensive. Au début, néanmoins, allez doucement. Travaillez avec mesure et tout ira bien.

Méprise n° 6: la méditation est faite pour les saints et les religieux, pas pour les gens ordinaires.

Cette attitude est très répandue en Asie, où moines et religieux font l'objet d'une grande révérence ritualisée. Dans une certaine mesure, elle est apparentée à l'attitude américaine consistant à idéaliser les stars de cinéma et les vedettes du football. Ces personnes sont stéréotypées, idéalisées, dotées de
caractéristiques que peu d'êtres humains seraient capables d'incarner. En Occident même, nous partageons en partie cette opinion envers la méditation. Nous imaginons qu'une personne qui médite est extraordinairement pieuse, incapable de faire le moindre mal. Quelques contacts avec de telles personnes auront bien vite raison de ces illusions. Elles se révèlent généralement pleines d'énergie et d'enthousiasme, vivant leur vie avec une vigueur incroyable. Il est vrai, naturellement, que la majorité des saints méditent, mais ils ne méditent pas parce qu'ils sont saints. C'est le contraire. Ils sont saints parce qu'ils méditent. C'est par la méditation qu'ils sont parvenus à cette qualité. Et ils ont commencé à méditer avant de devenir saints, sinon ils ne le seraient pas. C'est un point important. Imaginer qu'une personne doive être complètement vertueuse avant de commencer à méditer est une stratégie qui ne marche pas. La moralité requiert un certain degré de contrôle mental. C'est une condition préalable. Vous ne pouvez pas suivre quelque ensemble de préceptes moraux que ce soit, sans avoir un peu de contrôle sur vous-même. Si votre mental est perpétuellement en train de tourner à pleine vitesse, il est hautement improbable que vous puissiez vous contrôler. Aussi le développement du mental doit-il venir en premier.

Il y a trois facteurs constitutifs dans la méditation bouddhique: moralité, concentration et sagesse. Ces trois facteurs se développent ensemble, à mesure que votre pratique s'approfondit. Chacun influence l'autre, de sorte que vous les cultivez ensemble, et non un à un. Lorsque vous avez la sagesse de vraiment comprendre une situation, la compassion envers toutes les parties concernées est automatique, et compassion veut dire que vous repérez automatiquement toute pensée, parole ou action qui pourrait vous nuire ou nuire aux autres. Ainsi votre comportement est-il automatiquement moral. C'est seulement lorsque vous ne comprenez pas les choses profondément que vous créez des problèmes: si la perception des conséquences de vos propres actes vous manque, alors vous commettez des fautes. La personne qui attend d'être complètement morale pour méditer attend un « si» qui ne viendra jamais. Les anciens sages disaient qu'elle est comme un homme qui attendrait que l'océan devienne immobile pour se baigner. Afin de préciser ce point, disons qu'il y a différents niveaux de moralité.

Le niveau le plus bas consiste à adhérer à un ensemble de règles et de réglementations instituées par quelqu'un d'a!ltre. Ce peut être le prophète que vous respectez. L'Etat, le patriarche de votre communauté, ou votre père. Qu'importe celui qui établit les règles, il vous suffit de les connaître et de les suivre. Un robot pourrait le faire. Même un chimpanzé, pourvu que les règles soient suffisamment simples et qu'il soit puni chaque fois qu'il commet une infraction. Ce niveau ne demande aucunement de méditer. Vous avez seulement besoin des règles et de quelqu'un pour manier le bâton.

Le niveau suivant consiste à obéir aux mêmes règles, même en l'absence de celui qui est chargé de vous punir. Vous obéissez parce que vous avez intégré les règles. Vous vous réprimandez vous-même chaque fois que vous commettez une infraction. À ce niveau, il faut un peu de contrôle mental. Si votre schéma de pensée est chaotique, votre comportement le sera également. La culture mentale réduit le chaos mental.

Il existe un troisième niveau de moralité, mais il serait sans doute préférable de l'appeler «éthique». Il représente un tout autre degré dans l'échelle, un véritable changement de modèle. Au niveau éthique, vous ne suivez pas des règles pures et dures dictées par l'autorité. Vous définissez votre propre comportement selon les besoins de la situation. Ce niveau requiert une intelligence réelle et une capacité de jongler avec tous les facteurs de chaque situation pour arriver à chaque fois à une réponse unique, créative et appropriée. De plus, celui qui prend de telles décisions doit s'être extrait de son propre point de vue personnel limité. Il doit voir toute la situation d'un angle objectif, donnant un poids égal aux besoins des autres et aux siens. En d'autres termes, il doit être libéré de la convoitise, de l'aversion, de la jalousie et de tout le reste de la panoplie égoïste qui empêche de voir le point de vue des autres. Seulement alors est-il possible de choisir l'ensemble exact d'actions justes, véritablement optimal dans chaque situation. Ce niveau de moralité requiert absolument la méditation, à moins que vous ne soyez né saint. Il n'y a pas d'autre façon d'en acquérir la capacité. Le processus de tri requis est épuisant. Si vous essayiez de jongler avec tous les facteurs de chaque situation au moyen du mental conscient, vous vous épuiseriez. L'intellect ne peut pas maintenir en l'air autant de boules à la fois. Heureusement, un niveau de conscience plus profond peut effectuer le travail avec aisance. La méditation peut accomplir le tri pour vous. C'est une sensation troublante.

Disons qu'un jour vous avez un problème à résoudre: le dernier divorce de l'oncle Henri. La situation paraît absolument insoluble. Le jour d'après, vous êtes en train de laver la vaisselle, et de penser complètement à autre chose. Soudain la solution est là. Elle surgit du mental profond. Vous dites «Ah ah!» et tout est résolu. Cette sorte d'intuition ne peut se produire que quand vous débranchez les circuits logiques et donnez au mental profond une chance de concocter la solution. Le mental conscient fait obstruction. La méditation vous apprend comment vous débrancher du mécanisme de la pensée. C'est l'art mental de mettre les pieds hors de votre propre chemin, et une capacité joliment utile dans la vie quotidienne. La méditation n'est pas une pratique faite seulement pour les ascètes et les ermites. C'est une capacité pratique qui concerne les événements de chaque jour et qui a des applications immédiates dans la vie de chacun.

Malheureusement, ce fait même constitue un handicap pour certains étudiants. Ils abordent la pratique en s'attendant à une révélation cosmique instantanée, complète, avec des chœurs angéliques. Ce qu'ils obtiennent en général est une façon plus efficace de faire le ménage et de s'occuper de l' oncle Henri. Ils sont déçus sans raison. Faire le ménage vient en premier. Les chœurs angéliques demandent un peu plus de temps.

Méprise n° 7: méditer, c'est se détourner de la réalité.

Incorrect. La méditation, c'est se tourner vers la réalité. Elle ne vous isole pas des souffrances de la vie. Elle vous permet de pénétrer si profondément dans la vie et tous ses aspects que vous percez la barrière de la douleur et allez au-delà de la souffrance. Vipassana est une pratique effectuée avec l'intention spécifique de faire face à la réalité, d'expérimenter la vie complètement, juste comme elle est, et de faire face à ce que vous trouvez. Elle vous permet de déchirer les illusions et de vous libérer de tous les petits mensonges polis que vous vous racontez sans arrêt. Ce qui est là est là. Vous êtes qui vous êtes. Vous mentir sur vos propres faiblesses et vos motivations vous enchaîne encore plus étroitement à la roue de l'illusion. Vipassana n'est pas la tentative de vous oublier ou de dissimuler vos ennuis. C'est apprendre à vous regarder exactement comme vous êtes. À voir ce qui est là, à l'accepter pleinement. Seulement alors pourrezvous le changer.

Méprise n° 8 : la méditation est un moyen d'être heureux.

Eh bien, oui et non. La méditation procure parfois d'agréables sensations de béatitude, mais pas toujours et ce n'est pas le but... De plus, si vous méditez avec cette intention, vous avez moins de chances d'y parvenir qu'en méditant simplement en vue du but réel de la méditation qui est un accroissement de conscience.

La béatitude provient de la relaxation et la relaxation de la détente des tensions. Rechercher la béatitude par la méditation introduit une tension dans le processus, qui le fait disjoncter. Il n'y a pas moyen d'en sortir. Vous ne pouvez atteindre la béatitude que si vous ne la cherchez pas. De plus, si l'euphorie et les sensations agréables sont ce que vous cherchez, il y a des manières plus faciles de se les procurer. Vous les trouverez dans les bars et auprès des personnages louches qui hantent les rues. L'euphorie n'est pas le but de la méditation. Elle se produira souvent, mais elle doit être considérée comme un à-côté plaisant. Plus vous méditez, plus il devient fréquent. Vous ne trouverez aucun désaccord à ce sujet auprès des pratiquants avancés.

Méprise n° 9: la méditation est égoïste.

On pourrait vraiment le croire. Voyez un méditant assis sur son petit coussin. Est-il en train de faire don de son sang? Non. Est-il en train de s'affairer pour sauver les victimes de la dernière tragédie? Non. Mais examinons ses motivations. Son intention est de purger son esprit de la colère, des préjugés et de la malveillance. Il est engagé dans le processus menant à se débarrasser de la convoitise, des tensions et de l'insensibilité, c'est-à-dire des éléments mêmes qui bloquent sa compassion envers les autres. Jusqu'à ce qu'ils soient partis, ses bonnes actions ont une forte chance de n'être d'aucune aide véritable à longue échéance. Le mal au nom du bien est l'une des plus vieilles histoires du monde. Le Grand Inquisiteur tuait avec les plus nobles motifs. Les procès des sorcières de Salem furent menés pour le bien public. Examinez la vie personnelle de méditants avancés et vous les trouverez souvent engagés dans le service humanitaire. Vous les trouverez rarement partant en croisade, prêts à sacrifier quelques individus pour l'amour d'un pieux idéal. Le fait est que nous sommes plus égoïstes que nous le croyons. L'ego possède le moyen de transformer les plus nobles activités en horreurs si on le laisse en liberté. Par la méditation, nous devenons conscients de nous-mêmes, exactement tels que nous sommes. Nous nous éveillons aux nombreux moyens subtils que nous utilisons pour manifester notre propre égoïsme. Alors commençonsnous à être véritablement sans ego. Se purifier de l'égoïsme n'est pas une activité égoïste.

Méprise n° 10: méditer, c'est s'asseoir et avoir des pensées élevées.

Encore faux. Il existe certains systèmes de contemplation dans lesquels on fait ce genre de choses. Mais ce n'est pas Vipassana. Vipassana est la pratique de la conscience éveillée. La conscience de ce qui est - quoi que ce soit - la vérité la plus haute comme la plus basse. Ce qui est là est là. Bien sûr, de hautes pensées peuvent apparaître pendant votre pratique. Elles ne sont pas à éviter, ni à rechercher. Ce sont simplement des à-côtés plaisants. Vipassana est une pratique simple. Elle consiste à éprouver les événements de votre propre vie directement, sans préférence et sans images mentales collées dessus. Vipassana consiste à voir votre vie se dérouler d'instant en instant sans préjugés. Ce qui surgit surgit. C'est très simple.

Méprise n° 11 : une quinzaine de jours de méditation et tous mes problèmes vont disparaître.

Désolé. La méditation n'est pas un remède rapide. Vous commencerez tout de suite à voir des changements, mais les effets profonds sont à des années de distance. C'est simplement la manière dont l'univers est construit. Rien de valable n'est accompli du jour au lendemain. La méditation est dure à certains points de vue. Elle demande une longue discipline et parfois un douloureux processus de pratique. A chaque assise, vous gagnez un peu de terrain, mais les résultats sont souvent très ténus. Ils se produisent profondément dans le mental, pour se manifester seulement beaucoup plus tard. Et si vous êtes là, assis, en train de chercher constamment des changements, vous manquerez complètement les modifications subtiles. Vous serez découragé, vous abandonnerez et jurerez que rien ne se produira jamais. La patience est la clef. Patience. Si vous n'apprenez rien d'autre, vous apprendrez la patience. Et c'est la leçon la plus appréciable.






Extraits du chapitre : Ce qu'est la méditation (vipassana)



Vipassana est la plus ancienne des pratiques de méditation bouddhique. La méthode vient directement du Satipatthana Sutta, un discours attribué au Bouddha lui-même.

Vipassana consiste en un développement direct et graduel de l'attention, ou conscience éveillée. Le processus s'effectue pas à pas, pendant des années.

L'attention de l'étudiant est minutieusement dirigée vers un examen intense de
certains aspects de son existence. Il est entraîné à remarquer de plus en plus d'éléments dans le flux de sa vie.

C'est une technique douce. Mais elle est très complète.

C'est un système ancien et codifié d'entraînement de la sensibilité, un ensemble d'exercices destiné à vous faire devenir de plus en plus réceptif à votre propre expérience de vie.

C'est une écoute attentive, une vision totale et une expérimentation soigneuse.

Vous apprenez à sentir avec intensité, à toucher complètement et à faire vraiment attention à ce que vous ressentez.

Vous apprenez à écouter vos propres pensées sans en être prisonnier.

L'objet de la pratique de Vipassana est d'apprenre à faire attention. Nous croyons que nous le faisons déjà, mais c'est une illusion. Elle provient du fait que nous portons une si faible attention au flux incessant de nos propres expériences que nous pourrions tout aussi bien être endormis. Nous ne faisons simplement pas assez attention pour le remarquer. C'est un cercle vicieux.

A travers le développement de l'Attention, nous redevenons lentement conscients de ce que nous sommes vraiment, en dessous de l'image de l'ego.

Nous nous éveillons à ce qu'est réellement la vie....

Vipassana est une forme d'éducation du mental qui vous apprendra à expérimenter le monde d'une manière entièrement nouvelle. Pour la première fois, vous apprendrez ce qui vous arrive vraiment....

C'est un processus de découverte de soi, une investigation dans laquelle vous observerez vos propres expériences alors que vous y prenez part, et à mesure qu'elles se produisent.

La pratique doit être approchée avec cette attitude :
" Qu'importe ce que j'ai appris. Oublions les théories, les préjugés et les stéréotypes. Je veux comprendre la vraie nature de la vie. Je veux comprendre ce que l'expérience d'être vivant est réellement. Je veux appréhender les véritables et les plus profondes qualités de la vie, et je ne veux pas simplement accepter les explications de quelqu'un d'autre. Je veux les voir par moi-même. "


Le bouddhisme est vieux de 2 500 ans et tout système de pensée de cette ancienneté a eu le temps de développer de multiples niveaux de doctrines et
de rituels. Néanmoins, l'attitude fondamentale du bouddhisme est intensément empirique et anti-autoritaire.
Le Bouddha Gotama était une personne hautement non orthodoxe et réellement antitraditionaliste.

Il ne présenta pas son enseignement comme un ensemble de dogmes, mais plutôt comme des propositions à vérifier par chaque individu.

Son invitation à tous était: .. "Venez et voyez. "
L'une des choses qu'il disait à ses disciples était: " Ne placez aucune tête au dessus de la votre. " Par là, il voulait dire: n'acceptez pas les paroles de quelqu'un d'autre. Voyez par vous-même.

... Avec vipassana nous apprenons à voir ce que nous faisons pendant que nous le faisons et comment nous nous y prenons...

... Votre progrès vers la libération se mesure au nombre d'heures de coussin... La méditation est expérimentale de manière inhérente. Elle n'est pas théorique...

Vipassana plus que quoi que ce soit d'autre, consiste à apprendre à vivre...




Extraits du chapitre : Que faire de notre mental


La méditation que nous enseignons s'appelle la méditation de la vision intérieure. Comme nous l'avons dit, la variété des objets de méditation possible est presque illimitée, et les êtres humains en ont utilisé un nombre considérable à travers les âges.

Même au sein de la tradition Vipassana, il éxiste des variantes.
Certains enseignants apprennent à leurs élèves à suivre la respiration en observant les mouvements de dilatation et de contraction de l'abdomen.
D'autres recommandent de focaliser l'attention sur la sensation de contact du corps sur le coussin, ou sur celle des mains qui se touchent, ou sur le toucher des jambes entre elles.

La méthode que nous expliquons est, toutefois, considérée comme la plus traditionnelle et probablement celle que le Bouddha Gotama enseigna à ses disciples.
Le Satipatthana Sutta, le discours original du Bouddha sur l'Attention, exprime spécifiquement que l'on doit d'abord commencer par focaliser l'attention sur la respiration et poursuivre ensuite en observant tous les autres phénomènes physiques et mentaux qui apparaissent...

Ainsi, nous observons l'air entrant et sortant de notre nez. A première vue, cela paraît être un exercice extrêmement bizarre et sans intérêt.
Avant d'entrer dans des instructions spécifiques, examinons en les raisons.

La première question que nous pouvons nous poser est pourquoi utiliser un quelconque support d'attention ?
Après tout, nous cherchons à développer la présence d'esprit. Pourquoi ne pas nous asseoir simplement et être conscient de ce qui se trouve dans le mental, quelle qu'en soit la nature ?

En fait, il existe des méditations de ce type. Il y est parfois fait référence sous le vocable de méditation non struturée et elles sont très difficiles.

Le mental est rusé. La pensée est un processus intrinsèquement compliqué. Nous voulons dire par là que nous nous faisons prendre au piège, enfermer, et enliser dans la chaîne des pensées. Une pensée en entraîne une autre, qui mène à une autre, et à une autre, etc. Un quart d'heure plus tard, nous nous réveillons soudainement et nous nous rendons compte que nous avons passé tout ce temps dans un rêve éveillé, un fantasme sexuel ou une série de préoccupations concernant nos factures à payer ou quoi que ce soit d'autre.

Il y a une différence entre être conscient d'une pensée et penser une pensée. Cette différence est très subtile. C'est essentiellement une question de sensation ou de texture. Une pensée dont vous êtes simplement conscient par l'attention pure est ressentie comme légère dans sa texture.
Il y a un sentiment de distance entre cette pensée et la conscience qui la perçoit....

.... la pensée consciente ordinaire est vorace. Elle s'empare de votre attention dans sa totalité et n'en laisse rien pour observer son propre effet. La différence entre être conscient de la pensée et penser la pensée est très réelle. Mais cette différence est difficile à percevoir.
La concentration est l'un des éléments nécessaires pour y parvenir.
La concentration profonde a pour effet de ralentir le processus mental et d'accélérer la conscience qui l'observe. Il en résulte une capacité plus grande pour examiner le mécanisme de la pensée....