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lundi 16 juin 2008

Qu'à dit le Bouddha au sujet de l'engagement politique

Ce texte a été écrit par Ashin Metacarra , un moine Birman exilé, pour l'instant, au Sri Lanka.

Le texte intégral en anglais se trouve sur le blog d'Ashin Metacarra, sous le titre : Religion cannot be separated from politics; what did the Buddha say about Political Involvement?

La religion ne peut pas être séparée du Politique. Qu'à dit le Bouddha au sujet de l'engagement politique

J'étais entrain de faire la traduction de ce texte, mais il vient juste d'être traduit par hélène LE pour Bouddhachannel, voici cette traduction:


Permettez moi de discuter avec le lecteur, du Bouddha et de Son point de vue sur la politique.

Etant moine bouddhiste, j’essaierai de vous éclairer sur un mode de vie convenable et la meilleure manière de s’impliquer politiquement, en accord avec l’enseignement du Bouddha. Ces enseignements, loin de ne s’adresser qu’aux bouddhistes, sont aussi destinés aux non bouddhistes. Ils sont pour tous.

La politique des moines : Un moine tenant un bol à l’envers. Un acte de refus de l’aumône provenant des militaires, qui constitue la suprême "offense" pour un bouddhiste.

Que signifie être "bouddhiste" ? La meilleure réponse étant que ceux qui pratiquent et vivent en accord avec les enseignements du Bouddha sont appelés bouddhistes, car la pratique est très appréciée du Bouddha. Ensuite, que sont les enseignements du Bouddha ? La réponse courte et rudimentaire est que nous devons toujours nous efforcer de faire le bien et de pratiquer la bonté, plutôt que de faire le mal et de blesser autrui.

Evidemment, personne ne pourrait jamais conclure que les dirigeants actuels du Myanmar sont bouddhistes. Ils ne se sont attachés qu’à la dénomination, pour s’affilier au Bouddhisme et diriger le pays. Ils "tentent" de devenir bouddhistes sans rien connaître des enseignements du Bouddha. Ces généraux vivent vraiment d’ignorance et de foi aveugle, car les véritables bouddhistes doivent avant tout, être des autodidactes qui continuellement, pratiquent pour atteindre la libération suprême (Nirvana).

La politiques et les affaires politiques sont considérés en Bouddhisme, comme des préoccupations mondaines, oui. Mais le Bouddha n’a pas ignoré ces mondanités, car en Prince aliéné et affranchi de ses préoccupations mondaines antérieures, Il continuait de vivre en société. L’aumône de nourriture vient d’un grand nombre de personnes qui constituent la société. Ainsi, ne devrions nous pas travailler à élever la société jusqu’à ce qu’elle atteigne une forme plus évoluée, pour être plus efficace et plus juste ?

Le Bouddha a également dit aux moines d’œuvrer pour le bien du plus grand nombre, pour le bénéfice de tout être vivant et pour l’évolution de la société. La fondation de la communauté des moines (Sangha en Pali, le Pali étant la langue originelle du Bouddha) était entièrement dédiée au bénéfice du peuple.

Dans la vie de Bouddha, nous constatons que le Bouddha a souvent abordé la politique avec les dirigeants des royaumes de son temps, tels le roi Mala, le roi Kosala, le roi Licchavi ainsi que le roi Ajatasattu. Le Bouddha a toujours prêché auprès des rois, que ces derniers se devaient de diriger leurs royaumes avec le dasarajadhamma.

En Pali, le dasarajadamma est basé sur les dix préceptes, pour que le roi gouverne son pays au mieux. Ces préceptes recommandent :
(1) d’être libéral et d’éviter l’égoïsme,
(2) de maintenir un caractère moral élevé,
(3) d’être préparé à sacrifier son propre plaisir pour le bien-être des sujets,
(4) d’être honnête et de respecter une intégrité absolue,
(5) d’être aimable et doux,
(6) de mener une vie simple pour que les sujets fassent de même,
(7) d’être exempt de toute haine,
(8) de pratiquer la non-violence,
(9) de pratiquer la patience,
(10) de respecter l’opinion publique afin de promouvoir la paix et l’harmonie.

N’importe quel gouvernement ayant le souhait de gouverner une nation pacifiquement, peut mettre en pratique ces 10 préceptes même aujourd’hui ; ils ne se sont pas encore "démodés" et ne passeront jamais "de mode".

Le Bouddha a prêché la non-violence et la paix comme messages universels. Il n’approuvait ni la violence, ni la destruction de la vie. Il a déclaré qu’une guerre "juste" n’existait pas. De ses propres mots, Il a enseigné : "Le vainqueur nourrit la haine ; le vaincu vit dans la misère. Celui qui renonce et à la victoire, et à la défaite est heureux et paisible".

Le Bouddha n’as pas seulement enseigné la non-violence et la paix : il a probablement été le premier et seul enseignant religieux à s’être rendu personnellement sur le champs de bataille afin d’empêcher qu’une guerre n’éclate, en diffusant de la tension entre les Sakyas et les Koliyas qui étaient sur le point de guerroyer au dessus des eaux du fleuve Rohini. Il a également dissuadé le roi Ajatasattu d’attaquer le royaume des Vajjis.

Il a montré que les pays pouvaient devenir corrompus, dégénères et malheureux lorsque dirigeants du gouvernement devenaient corrompus et injustes. Il a condamné la corruption et a énoncé que les actions des gouvernements devaient se baser sur des principes humanitaires.

La Bouddha a dit un jour : "Lorsque le dirigeant d’un pays est bon et juste, les ministres deviennent bons et justes ; lorsque les ministres sont bons et justes, les fonctionnaires sont bons et justes, lorsque les fonctionnaires sont bons et justes, la piétaille devient bonne et juste ; lorsque la piétaille devient bonne et juste, le peuple devient bon et juste".

La religion et la politique sont très clairement assimilables à un billet de banque, pourvues de deux facettes. La face avant peut être considérée comme la religion et la face arrière, comme la politique. On ne peut les séparer l’une de l’autre. Autrement, la monnaie ne vaut plus rien.

De la même manière, les moines bouddhistes et les autres dirigeants religieux ne devraient se détacher de la politique. Je ne signifie pas qu’ils devraient gouverner les pays, mais juste présenter et avancer leurs préceptes bouddhistes à travers le fonctionnement d’un gouvernement, pour empêcher tant de guerres et de conquêtes, de persécutions, d’atrocités si évidentes, de rebellions, et de destructions d’œuvres culturelles et artistiques.

On peut probablement considérer la Thaïlande et le Sri Lanka comme des exemples de nations bouddhistes prospères mais imparfaites. Le Myanmar a encore beaucoup de chemin à faire dans cette direction, et les généraux birmans, s’ils étaient futés et s’ils voulaient la survivance de leur gouvernement, travailleraient à un rapprochement avec les dirigeants bouddhistes, qui ont toujours eu l’appui et la bonne volonté de la plus grande majorité du peuple birman. Au lieu de les écraser, les infiltrer, les emprisonner, les battre, les tuer, et sinon de persécuter les moines bouddhistes du Myanmar.

Ashin Metacarra



Sur le même thème, Au mois de septembre 2007, j'avais écris sur ce blog un message intitulé : Un moine peut-il manifester

samedi 7 juin 2008

Sulak Sivaraksa - Bouddhisme "socialement engagé"



Sulak Sivaraksa naquit en 1933, fit ses études en Angleterre avant de retourner en Thaïlande au début des années 60 afin d’être conférencier aux universités de Thammasat et Chulalongkorn.

En 1963 il fonda la revue des Sciences Sociales, qu’il édita pendant six ans ; cette revue devint l’une des plus publications intellectuelles les plus influentes du pays et selon de multiples témoignages, la revue joua un rôle important, voire crucial, dans la prise de conscience du mouvement étudiant qui eut pour conséquence le renversement du régime militaire en 1973.

Il est un activiste critique, non seulement inspiré par le bouddhisme mais également par la pensée du Mahatma Gandhi et des Quakers ; il est l’une des figures essentielles du mouvement connu sous le nom de Bouddhisme socialement engagé

La démocratie et les droits de l’homme, de même qu’un gouvernement responsable, sont au centre de l’œuvre de Sivaraksa ; de plus la prise de conscience de milliers d’autres personnes dans d’autres pays sont également l’une de ses préoccupations. Il a notamment participé à l’accueil de réfugiés birmans en Thaïlande et est en grande partie responsable de l’Université de la jungle destinée aux étudiants birmans réfugiés.

Ensemble, avec ses étudiants, Sulak Sivaraksa joue un rôle fondamental dans la mobilisation de la société civile thaïlandaise ; il est le fondateur du mouvement indigène NGO, mouvement qui a pour but l’aide humanitaire et le développement d’organisations implantées dans la société thaïlandaise.


A plus de 70 ans, ce petit homme plein d’énergie vitale continue infatigablement à participer à des conférences afin de faire connaître son mouvement engagé dans la lutte pour la démocratie et les droits humains, afin de prouver aux détracteurs du bouddhisme qu’il ne s’agit pas uniquement d’une mode pour de doux rêveurs ou des artistes de cinéma. bouddhiste.

Il étonne toujours les participants par la force de son discours, par son engagement total dans la vie sociale de son pays, la Thaïlande, qu’il préfère d’ailleurs appeler de son nom d’origine : le Siam.



Deux aspects principaux de ses organisations sont :

1. le rejet de la consommation à outrance comme nous la connaissons dans les pays occidentaux, en donnant la préférence au développement d’une culture indigène.

2. mettre en évidence la dimension spirituelle de la vie humaine, bien implantée dans sa propre sensibilité de bouddhiste.


Ses écrits, ses discours, tant dans son pays qu’à l’étranger, de même que son engagement actif et ses initiatives ont éveillé l’intérêt mondial pour ses concepts de développement. Son activisme social l’a toutefois à plusieurs reprises mis en conflit avec les autorités thaïlandaises.


En 1976, il dut fuir le pays lors d’un de ses plus sanglants coups d’état et en 1984, son livre "Unmasking Thai Society" lui valut de passer en jugement pour accusation de lèse-majesté. A la suite d’un procès qui dura quatre mois, le roi en personne intervint afin que les charges soient retirées ; cependant la junte militaire reprit les mêmes charges contre Sivaraksa lors d’un discours à l’université. Il fut finalement acquitté en 1996. C’est également à la fin de cette année là qu’on lui attribua le “ Right Livelihood Award », également connu sous l’appellation d’ « Alternative Nobel Prize ».

Entretemps, l’infatigable Sivaraksa a développé deux nouvelles initiatives : un réseau international sur les alternances au consumérisme, dont le but est de proposer des alternatives aux modèles occidentaux en y apportant une dimension spirituelle. L’autre initiative est le développement d’une nouvelle université en Thaïlande afin d’explorer une autre approche aux modes éducatifs actuels.

Sulak Sivaraksa porte un regard un peu ironique sur le bouddhisme tel que le conçoivent les Occidentaux ; pour lui c’est plutôt un moyen d’échapper au réel par la méditation et il souhaiterait plus d’engagement dans cette partie du monde.


Pour lui le bouddhisme est un processus de questionnement incessant, vis à vis de soi, des autres, de la société ; pour lui l’introspection doit mener à l’engagement et au combat pacifique.

Il est un auteur prolifique, ayant publié une centaine d’ouvrages dont quelques-uns ont été traduits en anglais et en néerlandais. Notamment le célèbre « Seeds of peace: A Buddhist vision for renewing society"

Dans son exposé au cours de l’une des journées de l’université d’été du bouddhisme à Bruxelles, il a exposé la méthodologie à adopter pour libérer notre vie de toute souffrance (dukkha)

Le bouddhisme nous enseigne comment vivre avec sagesse et en pleine conscience dans le respect de l’éthique ; cet apprentissage s’applique non seulement à notre vie personnelle mais aussi - et surtout - à notre manière d’interagir avec le monde.

Cela nous met dans l’obligation de regarder en face et de réagir aux causes des abus du capitalisme et du consumérisme à outrance. Les enseignements du bouddhisme visent à répondre aux interrogations liées à l’engagement social, à nos obligations et responsabilités, à examiner les racines sociales de l’avidité, de la haine et de la désillusion, à savoir la pauvreté, le désespoir, la détérioration de l’environnement, la pollution, etc.


Source : Karuna


dimanche 16 mars 2008

TIBET LIBRE




  • TIBET : Suivre les évènements, sur mon autre blog : ICI

samedi 15 mars 2008

La Non-Violence est dans l'intention et non dans l'acte





La non violence bouddhiste n’est pas celle du Jainisme... Le bouddhisme n’exclut pas la violence et la force, mais en dernier recours bien sur, et à condition qu’elle puisse donner de bons résultats et qu’on en fasse usage sans haine...
(Dagpo Rimpoche)



Dans le bouddhisme il n’y a pas de commandements

Les enseignements du Bouddha sont pragmatiques et toujours adaptés à la réalité (...)

Dans le bouddhisme il n’y a pas de commandements moraux, pas de « il faut », pas de « on doit »... Le pratiquant bouddhiste ajuste sans cesse son attitude à la situation concrète... Il pratique la vue juste et l’action juste ce qui exclue tout à priori sur ce que l’on peut faire ou ne pas faire...

Baigné dans une civilisation d’origine chrétienne et monothéiste, le bouddhiste occidental a parfois de la difficulté à concevoir cette forme d’action et de pensée. Il s’accroche aux préceptes comme à des commandements et non comme à des conseils.

Un acte apparemment juste peut être pervers, un acte violent et jugé comme néfaste par le commun, peut être un acte méritoire et juste...

Le disciple du Bouddha ne juge pas des choses à la seule lumière des ses sentiments ou de la température ambiante... Il purifie son esprit et sa vision intérieure...

Une seule parole du Bouddha n’est pas juste en elle même, elle n’est pas non plus une vérité absolue... c’est en étudiant l’ensemble des enseignements que le bouddhiste éclaire peu à peu son jugement... Une voie difficile certes mais qui est la voie de la libération... Car le bouddhisme n’est pas une voie de salut mais de libération où l’acteur de cette libération n’est autre que le pratiquant lui-même... (bien qu’en dernier recours ce soit finalement une action sans acteur)

(...)



Un extrait d’entretien avec le professeur Samdhong Rinpoche Premier ministre du gouvernement tibétain en exil

Question :Quand le Dharma lui-même est attaqué, la violence ne doit-elle pas être utilisée pour défendre les plus hautes valeurs de l’humanité ?

Réponse : Je ne le pense pas. Cela dépend aussi de la façon dont vous définissez la violence. Les bouddhistes la définissent par l’attitude, la motivation et l’intention.

L’acte de tuer, de blesser ou d’infliger la douleur peut être non-violents. Le chirurgien peut avoir à amputer une jambe, ce n’est pas pour autant un acte violent. Sa motivation est de vous sauver, c’est donc un acte de compassion.

(...) Si vous êtes absolument libre de toute colère et de toute haine, certains actes tels que tuer ou blesser des gens commis dans la défense de valeurs supérieures peuvent ne pas être des actes de violence. La question est de savoir si vous êtes réellement libre de la colère et de la haine. S’il y a la moindre colère, cela ne peut pas être un acte de non-violence. Si vous voulez défendre vos valeurs, vous devez les pratiquer, c’est seulement ainsi que vous pouvez les défendre.

(...)

Si votre amour pour votre pays n’est pas contaminé par l’égoïsme ou l’intérêt personnel, alors le défendre peut être acceptable. Un amour pur est difficile à trouver de nos jours. Prenez l’amour pour l’épouse : bien souvent la base de l’amour n’est pas « l’épouse », mais soi-même. Si le « moi » vient en premier et l’amour ne vient qu’en second, cet amour n’est pas non-égoïste,.vous aimez votre femme parce qu’elle a besoin de vous, qu’elle vous donne du plaisir ou qu’elle vous sert. La cause de l’amour n’est pas la personne aimée, c’est un amour utilitaire. Si elle vous devient inutile, votre amour diminue.

(...)

question : Peut-on faire un parallèle entre la perte de l’identité tibétaine et le recours à la violence ?

Réponse : A mon avis, sûrement pas. Tout d’abord, il ne faut pas amalgamer le bouddhisme et l’identité tibétaine. Les Tibétains ont maintes fois recouru à des moyens violents au cours de l’histoire. Les guerres ont été fréquentes, avec des pays frontaliers mais aussi parfois entre régions ou entre groupes de population. La différence est qu’à l’époque, les belligérants pouvaient espérer vaincre… De plus, même le bouddhisme n’exclut pas la violence et la force, mais en dernier recours bien sur, et à condition qu’elle puisse donner de bons résultats et qu’on en fasse usage sans haine.

(...)

La non-violence résulte d’une pratique

Il s’agit donc bien bien d’un état d’esprit, de bienveillance envers qui que ce soit et l’on peut comprendre comme dit Jean Paul Ribes que tout cela est bien le fruit de la pratique :

« Il est clair que si nous sommes devenus aptes à supporter une certaine douleur, émotionnelle aussi bien que physique, et en échange à trouver vraiment de la joie, une joie sensible mais sereine à pratiquer la bienveillance, alors nous sommes évidemment capables de pratiquer ahimsa, l’altruisme non-violent, d’une manière naturelle.

(...)Le bouddhisme, en effet, ressemble à de l’eau tiède si l’on se limite à le considérer comme l’exposé d’une philosophie ou d’une religion. Il devient en revanche un formidable terrain d’aventure, dès qu’on en fait une pratique, contrôlée par la méditation, l’étude et la transmission. N’en est-il pas de même de la paix et de la non-violence ?

(...)

Une culture de la paix et de la non-violence ne se crée ni ne s’acquiert en un jour. Le bouddhisme, s’il a réussi, dans son ensemble, à maintenir les éléments d’une telle culture et à les régénérer périodiquement, a connu lui aussi ses échecs et ses faces obscures (...)



Ne pas confondre violence nécessaire et légitime défense

La légitime défense vient pour me sauver moi-même, préserver ma propre vie. La légitime défense est tourné vers moi... On peut noter toutefois qu’il est dit dans les textes bouddhistes qu’il est aussi important de préserver toute vie y compris la sienne. Là encore nous ne pouvons pas juger... Il peut arriver que préserver sa vie soit la chose importante ...

La violence nécessaire est entièrement tournée vers le bien d’autrui sans aucune considération pour son bien propre... Elle est le fruit de la vue juste, de l’acte juste et ses conséquences doivent être positives à plus ou moins long terme. Plus ou moins long terme car les fruits peuvent mettre du temps à murir. Cette lenteur de maturation est aussi un enseignement que nous devons apprendre à mettre en pratique.


Il n’y a pas d’être bouddhiste...

Il est vrai que nous avons l’habitude de dire je suis bouddhiste, ou en tant que bouddhiste je pense que, ou un bouddhiste ne peut admettre que, etc... comme s’il y avait une étiquette bouddhiste...

C’est une manière courante de parler mais qui finit par nous induire en erreur et nous enfermer dans une démarche qui devient le contraire de ce que sont les enseignements du Bouddha.

La voie de la libération n’enferme personne dans être quelque chose ou quelqu’un... « Il n’y a personne ici » nous dit Ajahn Chah...

Il n’y a ni moine ni laïc, ni quoique ce soit d’autre seulement des être qui viennent écouter les enseignements et qui verront bien quoi en faire par la suite.

Dés que nous utilisons le bouddhisme comme alibi à la pensée ou à la parole nous avons quitté la démarche vers la libération.

Il reste notre étude du dhamma : Dhamma Vicchayaqui est un facteur d’éveil, notre pratique assidue et patiente qui nous mènera jusqu’à la sagesse de l’équanimité, notre assiduité dans la pratique de metta : la bienveillance... Il reste notre incapacité radicale à juger des intentions d’autrui.

IL arrive que préserver la vie amène à supprimer d’autres vies... Nous devons quitter notre vision idyllique d’un monde angélique de pureté d’où le mal serait exclu... le Bouddha ne nous a jamais promis cela... Le Bouddha n’est pas celui qui nous guide vers un monde meilleur.

Le bien et le mal se côtoient sans cesse, c’est ainsi et il en sera toujours ainsi...

Le Bouddha ne nous a rien promis du tout. Il a enseigné un chemin, une voie que chacun peut prendre s’il le souhaite mais personne n’est obligé de le faire. Une voie de libération personnelle qui peut profiter aux autres par notre capacité de rayonner la paix, la tolérance et la compréhension.

Le disciple du bouddha comprend peu à peu que la vie est précieuse, au delà de ce qu’il imagine, il tente d’en persuader les autres... Il comprend que le mensonge est souvent la plus perverse des violences, que le mensonge est probablement mille fois plus difficile à vaincre que la violence physique, il s’en protège et tente d’en protéger les autres...

Mais il sait qu’il n’est en rien ni plus sage ni meilleur que les autres...

Il n’est qu’un être humain cheminant sur la voie...

Tinh Ý le 10 mars 2008

Source : Lire l'article en entier sur : vivre le dhamma aujourd'hui

samedi 16 février 2008

Utiliser une partie des enseignements du Bouddha pour apporter une justice sociale sur terre







Chan Khong est une nonne bouddhiste vietnamienne qui œuvre au changement social.
Elle travaille depuis plus de 30 ans avec Thich Nhat Hanh.

Elle s'est livrée à Martine Batchelor (Rencontre avec des femmes remarquables) voici un court extrait de son témoignage :



(...) Le travail social a toujours fait partie de ma vie. Au départ, je ne savais rien du Dharma, bien que je sois née dans une famille généreuse qui aimait aider les pauvres.

Quand j’étais jeune, je voulais apprendre quelque chose qui me permettrait d’aider les nécessiteux à grande échelle. Je décidais de faire des études classiques.

Je pensais que je pourrais utiliser le savoir occidental pour améliorer la justice sociale (...) mais je ne savais pas vers quoi me tourner. Petit à petit, je commençais à étudier le bouddhisme, et je fus impressionnée par les enseignements du Bouddha.

Je voulais utiliser ces enseignements pour instaurer une justice sociale, mais les moines bouddhistes que je rencontrai à l’époque n’étaient pas d’accord avec moi.

Ils disaient que je devais d’abord m’éveiller. Je ne pourrais aider les autres qu’en étant éveillé.

Beaucoup de moines étaient si conservateurs qu’ils pensaient qu’être une femme était un obstacle, et ils me dirent que je devais pratiquer pour renaître en homme. Puis, après plusieurs vies je pourrais devenir Bouddha.

J’estimais que je n’avais pas besoin de devenir un homme, je n’avais pas besoin de devenir bouddha, j’avais simplement besoin d’utiliser une partie des enseignements du Bouddha pour apporter une justice sociale sur terre.(..)

Je décidai que je pouvais m’éveiller en étant travailleuse sociale. Je n’avais pas besoin de devenir un homme et de vivre de nombreuses vies pour être bouddha. En aidant les pauvres gens et en allégeant leur souffrance, lentement, ils feraient partie de mon chemin spirituel.



Source : "Rencontre avec des Femmes remarquables" de Martine Batchelor (collection SULLY).
Pour info : j'ai également publié cet extrait sur Karuna

  • Lire d'autres témoignages, extraits de ce livre, sur ce blog : ICI


dimanche 27 janvier 2008

La compassion en action




Extrait du dernier Edito de Karuna :

Gaza nous enseigne une forme de la loi de cause à effet...


(...)

Le premier précepte

On n’est pas obligé de tuer directement son voisin pour ne pas respecter le premier précepte, ni d’aller voler dans un magasin pour ne pas respecter le second.... il suffit de demeurer indifférent, de ne vouloir ni voir, ni entendre... Il suffit de se taire : on appelle ça complicité ou non assistance à personne en danger...

Fermer les yeux, se taire, ne pas protester, rester assis chez soi, est comme une manière subtile de « tuer » sans être vu...une manière d’ôter la vie par procuration... La lâcheté, elle aussi est un crime... Une loi française dit que je suis passible de prison si je ne dénonce pas la maltraitance...

On a toujours de bonnes raisons de ne rien faire et de fermer les yeux... Qu’importe puisque ce n’est pas moi qu’on tue...

On va me dire que j’exagère, je ne crois pas : il est dans la tradition bouddhiste de faire attention à ne pas tuer le moucheron... de préserver la vie... C’est l’intention qui crée le karma et non l’action... cela aussi fait partie des enseignements

Je suis le détenteur de mes actes,

Leur héritier.

Je nais de mes actes,

J’y suis relié,

Et suis soutenu par eux.

Quels que soient mes actes,

Adroits ou maladroits,

J’en serai l’héritier.

Puissent les bouddhistes du monde entier et en particulier ceux d’occident se lever et défendre la vie, sans juger qu’une cause est préférable à une autre. Qu’un pays bouddhiste vaut plus qu’un camp de palestiniens musulmans et affamés... Les bouddhistes ont mis beaucoup de temps à bouger pour la Birmanie et certains mêmes continuent de vouloir fermer les yeux...

Au simple nom de la vie, puissions nous avoir le courage de nous lever, de parler et d’agir...


Acquérir la paix

Agir avec sagesse et discernement afin que la haine, la colère et la révolte ne déteignent pas sur nous...

Acquérir la paix afin que la paix s’étende autour de nous et au-delà...

Acquérir la sagesse afin que la sagesse s’étende autour de nous et au delà...

Celui qui agit pour la paix et la vie à la conscience sereine...

Il est comme on dit « un vrai fils de Bouddha »

Nantes le 26 janvier 2008
Tinh Ý


Lire cet Edito du site Karuna en entier : Gaza nous enseigne une forme de la loi de cause à effet... ICI


lundi 21 janvier 2008

Être "Bouddhiste engagé"

Être "bouddhiste engagé", ce n’est pas vouloir sauver le monde...





Être "bouddhiste engagé", ce n’est pas vouloir sauver le monde...


Ni juger, ni condamner

Quand nous voyons toute cette misère dans le monde et toute cette injustice la tentation est grande de se révolter... Cette révolte engendrera forcément une déprime car nos efforts paraitront vains et dérisoires... De plus nous aurons tendance à juger et à condamner.


Nous ne changerons pas le monde

Nous ne changerons pas le monde, il y aura peut-être une amélioration passagère qui nous consolera et nous donnera l’illusion du progrès...

Mais depuis que le monde est monde il y a eu guerres, famines injustices... C’était avant nous et cela sera après nous... Nous pouvons avoir parfois la tentation toute puissante de nous placer en sauveur du monde... c’est une illusion.


Quitter l'ignorance

Dans le bouddhisme il n’y a pas de sauveur, c’est en quittant l’ignorance que l’être humain découvre la voie de la libération... une libération individuelle mais qui contribue au bien de tous les êtres...

Le bien de tous les êtres et non pas le salut du monde. Il y a là une différence. Toujours le Bouddha a souci du vivant.. et même, ce qui peut paraitre un peu surprenant, des individus. Le Bouddha annonce la libération du soi et le respect de tout ce qui vit.. Il n’annonce pas la fin du monde, la parousie, le paradis terrestre, des lendemains qui chantent...Ils ne parle pas non plus de paradis perdu...


Rien ne peut justifier la destruction de la vie

Selon les suttas Le Bouddha conseille à chacun l’action individuelle et l’attitude juste, là où il se trouve : au roi, le gouvernement, au père de famille, l’éducation des enfants, au bikkhu le renoncement... et à chacun le respect absolu de la vie et l’absence de mensonge et de perversion...

Prendre position pour le changement social et la justice,

C’est ce respect du vivant qui entraine le bouddhiste à prendre position pour le changement social et la justice, à prendre position de manière absolue car ni l’économie, ni la politique, ne pourront jamais justifier la destruction de la vie... Ni l’économie, ni la politique ne pourront jamais justifier la perversion et le mensonge...

En fait être "bouddhiste engagé" c’est tout simplement vivre les préceptes au milieu du monde.

Nous n’avons aucun pouvoir pour sauver le monde et les êtres, le Bouddha lui même ne l’avait pas... Nous avons juste le pouvoir de nous situer dans le respect de la vie et le refus du mensonge. En fait être bouddhiste engagé c’est tout simplement vivre les préceptes au milieu du monde... et c’est tout... Mais avoir le courage de les vivre ce n’est pas rien... En les vivant nous sommes en paix avec nous même, il peut alors arriver que cette paix rayonne et fasse tâche d’huile ...

S’engager sans nous identifier à la souffrance de l’autre

C’est si simple finalement... La souffrance du monde n’est pas notre souffrance, elle est la souffrance de chacun... Nous ne pouvons gérer que la nôtre... S’engager sans nous identifier à la souffrance de l’autre ce n’est pas facile mais c’est seulement à ce prix là que nous pouvons l’aider..

La compassion ce ne sont ni les lamentations ni le misérabilisme, mais le fait de savoir qu’il est possible pour chacun d’atteindre un jour la libération et qu’il est de notre devoir de rendre pour chacun cette voie plus facile...

Sans préchi précha.. ; Nourrir celui qui a faim, vêtir celui qui a froid, loger le sans logis, accueillir l’apatride, l’exilé sans lui demander de compte ni pourquoi il est là.


Un Edito de Tinh'y pour KARUNA



Lire aussi :


dimanche 13 janvier 2008

Bouddhisme et Politique




Plan du message


1) bouddhisme engagé et politique.

2)Le Bouddha et son enseignement pour les rois universels.




1) BOUDDHISME ENGAGÉ ET POLITIQUE









Ci après un article du site Karuna



Disciples laïcs du bouddha, il nous appartient d’ œuvrer à la justice et à l’éradication de la misère...



Un acte politique


On ne doit pas s’illusionner, s’engager au coté des peuples opprimés, défendre le droit à la vie et à la dignité des mal nourris, mal logés..., défendre la liberté c’est faire un acte politique...

S’il y a autant d’injustice sociale c’est qu’il y a une politique qui fonctionne mal... Le bouddhiste engagé assume sa responsabilité pleine et entière de citoyen, citoyen d’un pays certes mais aussi du monde...

S’il y a autant de misère et d’injustice c’est que certains s’approprient les biens au détriment de ceux qui en ont besoin... et cela ne se passe pas qu’en Birmanie...




De multiples exemples


L’eau est devenue une marchandise et des populations entières en sont privées.. ;

Les bio-carburants qui semblaient être une solution pour la planète vont affamer des populations entières, pour le profit de quelques uns...

(...)

On a versé des subventions aux paysans pour mettre leur champ en jachère, aujourd’hui le prix du blé a triplé et même le prix des pâtes qui sont l’alimentation de base de 13 millions de français pauvres, augmente sans cesse .. ;

La spéculation sur l’immobilier a jeté à la rue des milliers d’américains qui ne peuvent plus rembourser les traites de leur maison... C’est en Californie, ce pays vanté pour son écologie...

Dans de nombreux pays la peine de mort n’est pas abolie...

La spéculation sans vergogne est devenue la loi de la mondialisation... cette manière de piller des populations entières au profit de quelques uns...

La seule solution pour guérir la planète de la guerre, de la pollution, de la misère... c’est de faire pression non seulement sur les gouvernements, mais aussi sur les trusts etc...

La consommation , tant que nous en avons les moyens, est un acte politique...



Quitter l’aveuglement et l’ignorance


Le bouddhisme engagé c’est quitter l’aveuglement et l’ignorance...

C’est vouloir connaitre et savoir, connaitre et voir...c’est se former

Parler de la réalité sociale semble assez difficile pour les bouddhistes, comme si le discernement et la clairvoyance qu’ils essaient d’exercer pour eux mêmes ne s’appliquaient pas à la vie sociale...


Si nous ignorons tout de l’histoire, de la situation sociale, nous serons seulement capables de répéter ce que disent les médias, d’entrer dans des jugements tout faits. Nos engagements humanitaires seront sans discernement et nous ferons simplement le jeu des puissants qui ne pensent qu’à distraire l’attention...



Changer de logique et de terrain


Le bouddhiste engagé est un bouddhiste éclairé.. ; il change de logique et de terrain... son point de vue est celui des pauvres et des défavorisés...

Il s’engage face aux gouvernements et aux grands de ce monde...

  • Ne pas violer les préceptes...

"En fait, participer à tout le système de consommation c’est déjà risquer, à chaque instant, de violer les trois premiers préceptes ! Quant au quatrième, s’abstenir de paroles mensongères ou incorrectes, c’est particulièrement difficile dans un monde fondé sur la communication publicitaire et la propagande politique... En fait la souffrance, qui, certes, pouvait être souvent effrayante au temps du Bouddha, était pourtant plus simple à comprendre. L’interdépendance entre les phénomènes est devenue une chose très complexe... Si nous n’adaptons pas la sagesse bouddhiste à la compréhension de la réalité sociale et à la recherche d’une réponse aux questions qu’elle pose, alors le bouddhisme risque de n’être qu’une sorte d’échappatoire aux problèmes de ce monde, à l’usage des classes moyennes." (Sulak Sivaraksa)


On n’est pas obligé de tuer directement son voisin pour ne pas respecter le premier précepte, ni d’aller voler dans un magasin pour ne pas respecter le second.... il suffit de demeurer indifférent, de ne vouloir ni voir, ni entendre... Il suffit de se taire : on appelle ça complicité ou non assistance à personne en danger...

Il nous appartient donc d’être éclairés, informés, afin d’agir avec prudence, patience et discernement, mais sans peur et avec droiture...






La vision politique du Bouddha


Ci après des extraits d’un enseignement du Vénérable Parawahera Chandaratana (CBI)

Comme remède à cela (la guerre), selon le Bouddha, seul l’apaisement intérieur (Ajjhatta santi) est efficace.

De nombreux suttas peuvent être cités du fait qu’ils renferment une telle analyse psychologique ainsi que des mesures appropriées pour apaiser les causes psychiques qui provoquent la guerre.

Le Madhipiudika sutta (Majhima nikaya), le sakkapanha Sutta (du Dighanokaya) et nombre de suttas dans le Atthakavagga du Sutanipata comme les Kalahavivada, Culavyuha et le Mahavyuna en sont quelques uns.

Cela sans doute est une approche idéale qui est plutôt difficile à établir avec un succès total dans une société qui devient de plus en plus complexe du fait de l’affluence rapide de toutes sortes de tentations et impulsions qui poussent l’homme vers davantage de compétitions, rivalités, conflits et guerres.



Dans la sphère politique


Mais quand le Bouddha préconise cette approche-là, il reconnaît en saillie les conditions matérielles qui fournissent un terrain fertile à la mentalité de guerre.

Il identifie ces conditions matérielles comme tombant principalement dans les plans politique, social et économique, et conseille à tous de prendre des mesures aussi bien préventives que curatives pour les réprimer et les éliminer.

Dans la sphère politique, il identifie directement le gouvernement malsain d’un pays à la tête duquel se posent des hommes despotiques et impitoyables qui ne se soucient guère du bien-être de la masse, comme cause majeure d’une constante prédominance de la guerre.
De tels gouverneurs insensibles et indifférents au bien-être de leurs sujets poursuivaient impitoyablement une politique d’expansion territoriale.

Du fait de la large prédominance de systèmes monarchiques, la population ne pouvait nullement participer au fonctionnement de l’Etat.

Le Bouddha ayant été quant à lui, un sujet en dépit de l’importance et de la valeur qu’il incarnait, ne pouvait que très peu influencer la politique menée dans un Etat.
Le mieux qu’il pouvait faire, consistait à conseiller ces guerriers vaniteux, égoïstes et impitoyables en leur démontrant la futilité de leurs activités.


Lire : Une théorie bouddhique de la loi internationale




Sauvegarder la vie


En fait, le Bouddha a présenté l’idéal du Cakkavatti, le roi universel, pour attirer l’attention, des gouverneurs aussi bien que les sujets, à la possibilité d’avoir une forme de gouvernement de loin meilleure, où l’on se soucie de la sauvegarde de la vie etc.…

A travers ce concept, le Bouddha a mis la lumière sur l’importance de la droiture dans tout système politique.

La droiture est soulignée comme symbole de bonne politique, les gouverneurs devaient embrasser la droiture- le dhamma.

Il convient de même pour notre époque. En mettant l’accent sur ce que les rois et l’Etat doivent être subordonnés au dhamma, le Bouddha a tenté d’atténuer le comportement despotique des rois.


Le Kutadanta Sutta est une satire acerbe sur l’emphase des gouverneurs despotiques au détriment de sujets malheureux innocents. Voici les paroles attribuées au roi Mahavijita :

« J’ai acquis une richesse conséquente au sens mondain du terme J’ai conquis et occupé un vaste territoire Supposons à présent que je doive faire une grand sacrifice qui Me procurera pour quelque temps bien-être et bonheur. »

Quand l’intention du roi fut révélée, le sage chapelain rappela très poliment au roi qu’il avait acquis sa gloire et sa prospérité au détriment de ses sujets qui se trouvaient toujours dans une misère abominable, luttant pour leur survie. Le chapelain avertit le roi que s’il continuait à accabler la masse, la situation empirerait.




La diminution de la misère


De même, le Bouddha a posé la diminution de la misère comme condition à l’instauration de la paix.

Aussi bien le Cakkavattisihanada sutta et le Kutadanta sutta énoncent très clairement la futilité des mesures curatives économiques précaires.

Le Kutadanta sutta démontre comment les mesures doivent être bien planifiées, prendre en compte la structure économique totale du pays et maintenir une économie forte employant la capacité ouvrière dans le sens de générer le maximum de résultats dans l’intérêt de tous.




L’abolition des castes


Un autre secteur vers lequel le Bouddha attire l’attention dans son plan global pour établir la paix dans la société où règnent inégalité et discrimination : un secteur qui n’était pas simplement dirigé contre le système des castes dominant .Le Bouddha était particulièrement touché par la discrimination sociale qui résultait du système des castes. En effet, il insistait sur l’importance d’admettre la stricte égalité entre les êtres humains.



La réduction de la ségrégation sociale


Le Bouddha était bien conscient d’une telle possibilité.
Il conseilla avec insistance aux autorités concernées de ne pas traiter un groupe social avec plus de privilèges que les autres.

Il agit contre la ségrégation sociale, ainsi que contre la discrimination entre hommes et femmes qui faisait de celles-ci des citoyennes de seconde classe.

Il s’opposa à l’accumulation de richesses sachant que ce fait entraînerait un déséquilibre économique qui mène à une insurrection et une agitation de masse contre l’inégale répartition des richesses et la perte des droits.




Le Bouddha a rendu l’Etat responsable


Le Bouddha a rendu l’Etat responsable de ces graves défaillances qu’il considérait comme des causes potentielles et sources de bouleversement social entraînant la guerre.

Quand le Bouddha pensa au concept de Cakkavatti-raja, il mit l’accent sur l’importance d’accorder la protection, la défense et l’attention à tous les sujets, il avait de même insisté sur l’importance d’éliminer les malversations et la corruption afin d’instaurer une paix durable menant à l’harmonie et à la prospérité.

En effet, il est clair qu’il est possible d’élaborer une politique très constructive et pratique, si l’on ne parvient pas à éradiquer totalement les guerres, au moins on peut en réduire l’ampleur et limiter leur néfaste conséquence de manière efficace.



Conscient des souffrances causées Par la violence et la mort, Je m’engage À ne pas agresser ni tuer, Mais à aimer et protéger Tous les êtres vivants. Conscient des souffrances causées Par l’injustice et la pauvreté, Je m’engage À ne pas voler ni thésauriser, Mais à défendre les exploités, Et partager avec les nécessiteux.


Sources : Karuna + sambodhi 2004



A propos des 2 suttas évoqués ci dessus : le Mahaparinibhana Sutta et le Cakkavattisihanada Sutta :


2) LE BOUDDHA ET SON ENSEIGNEMENT POUR LES ROIS UNIVERSEL
Extraits de l'Emission Voix Bouddhistes, du 29 Juillet 2001:


- Les deux suttas auxquels cette émission fait référence sont
le Mahaparinibhana Sutta et
le Cakkavattisihanada Sutta.
Ils font tous deux partie du Digha Nikaya, les longs discours du Bouddha.


Le titre de cette émission fait référence aux conseils donnés par le Bouddha Shakyamuni aux dirigeants de son époque. Pour démontrer l'actualité de ces conseils et leur caractère toujours approprié à notre époque, Voix Bouddhistes a reçu le Vénérable Pasadika.

Moine theravada depuis quarante ans et membre de la Congrégation Linh Son, le Vénérable Pasadika réside en Allemagne où il enseigne la philosophie indienne et bouddhiste à l'université de Marbrug.


Interview du Vénérable Pasadika:

Voix bouddhistes - Vous avez mentionné le soutra des rois universels. Quelles en sont les références exactes ?

Vén. Pasadika - En fait, par manque de temps, on a confondu deux soutras lors de l'émission. Le premier est le Mahaparinibhana Sutta, qui est dans le Digha Nikaya, les longs discours du Bouddha. C'est un classique. Le second est le Cakkavattisihanada Sutta, qui est aussi dans le Digha Nikaya.

Voix bouddhistes - Ces soutras sont-ils facilement accessibles ?

Vén. Pasadika - En français, il n'existe à ma connaissance qu'une seule traduction du Digha Nikaya, celle de Jules Bloch et Jean Filliozat, chez Adrien Maisonneuve, mais ce n'est pas une traduction complète.

On trouvera une traduction complète du Digha Nikaya en anglais, chez Wisdom Publications, sous le titre "The long discourses of the Buddha". C'est une très bonne traduction de Maurice Walshe, très claire, en bon anglais.

Voix bouddhistes - On y trouve clairement traité le sujet de l'émission ?

Vén. Pasadika - Si on veut vraiment clarifier, le mieux est d'étudier le début du Mahaparinibhana Sutta, et c'est facilement accessible.

Voix bouddhistes - Vous avez à plusieurs reprises fait référence au rôle, à l'importance de l'approche rationnelle. Pourriez-vous brièvement rappeler l'importance de cette approche rationnelle dans le bouddhisme ?

Vén. Pasadika - Je pense que l'approche rationnelle dans le bouddhisme est ce qui distingue le plus l'approche bouddhiste de l'approche théiste.

Dans l'approche théiste, bien sûr il y a Dieu, le Dieu créateur, qui est absent du bouddhisme. Certains critiquent fortement le bouddhisme pour cette raison. Mais si on garde l'esprit ouvert, si on écoute et qu'on essaye de comprendre ce que disent les bouddhistes, on trouve en fait des idées vraiment similaires. C'est à dire l'importance de l'éthique et de la moralité, ou de l'amour tendresse et de l'altruisme.

Une chose importante : dans le christianisme, on insiste sur le fait que pour purifier son esprit, il faut vivre une bonne vie, avoir un comportement éthique.
Mais selon le point de vue bouddhiste, la façon dont c'est fait dans le christianisme n'est pas très rationnelle : " il faut faire cela ", " il faut penser ainsi ", " sinon viendra la punition, le purgatoire, … ". Bien sûr, c'est une stratégie, la stratégie de la menace.

Dans le bouddhisme, c'est plus subtil.

La menace peut-être appropriée pour certains. L'accent mis sur une fois absolue et inconditionnelle peut attirer l'adhésion, par peur ou par culpabilité, et ça marche. Mais dans la psychologie moderne par exemple, tout le monde est d'accord sur le fait que mettre cette pression, jouer sur la culpabilité, ça n'est pas très bon.

Voix bouddhistes - Vous avez également dit que l'egocentrisme est la racine de la souffrance. Mais peu de gens reconnaissent qu'ils sont egocentriques…

Vén. Pasadika - On dit même qu'être egocentrique, c'est être vraiment un homme, qu'il faut montrer qu'on a du pouvoir. Beaucoup de gens pensent que la personnalité repose sur l'égoïsme, que sans égoïsme on est faible.

Mais si on analyse ce genre d'idée, sur le long terme on va se rendre compte que l'égoïsme est la racine de la souffrance, de l'intolérance, que d'autres êtres vont en souffrir.

On peut facilement reconnaître que de manière générale l'égoïsme est la racine de la souffrance. Mais c'est difficile à voir concrètement pour soi-même, en partant de son propre égocentrisme… La pratique de la méditation est nécessaire pour cela.


Interview réalisée par Jean Christophe pour l'Union Bouddhiste de France

Source : UBF


lundi 7 janvier 2008

Une théorie bouddhique de la loi internationale

Le palais de la Paix abrite la Cour internationale de justice (CIJ), la Cour permanente d’arbitrage et l’Académie de droit international de La Haye. L’édifice est la propriété de la Fondation Carnegie.



Par Dr.H.S.S.Nissanka ; ancien membre de l’UNESCO
(...)

Sommaire de cet article:
  • -Il n’y a pas de « loi bouddhique », mais une influence de l’éthique bouddhique
  • -Comprendre l’expression « droit international »
  • - C’est un corps de lois qui détermine les conduites des états civilisés dans leurs relations entre eux.
  • -La quête du pouvoir comme fin en soi s’oppose aux principes bouddhiques de l’éthique.
  • -Selon la philosophie politique dans le bouddhisme, un Etat doit posséder certaines qualités.
  • -Une théorie bouddhique de la politique internationale.
  • -Le droit international ne doit pas être utilisé à des fins égoïstes et mesquines.
  • -Les « lois » énoncées par le Bouddha étaient utiles et pragmatiques.
  • -Les qualités suprêmes du Thatagata.
  • -Les 10 pouvoirs spirituels de Bouddha.
  • -Bhagava-qui chasse tout mal.


Il n’y a pas de « loi bouddhique », mais une influence de l’éthique bouddhique

Dans le strict sens du mot, il n’y a pas « loi bouddhique », mais une influence de l’éthique bouddhique et des changements que celle-ci a laissés sur les coutumes. Il n’est point question d’une autorité bouddhique qui ait jamais créée ou promulgué quelle que loi que ce soit.(...)

LIRE LA SUITE sur KARUNA
: ICI



mercredi 2 janvier 2008

Le bouddhisme "engagé" est une pratique




Bouddha était le premier bouddhiste engagé.
Il s’est engagé en prenant position contre les castes et en s’adressant aux hommes et aux femmes des conditions les plus humbles.
Il s’est engagé en accueillant au sein du sangha les femmes, les indigents, les exclus et les criminels repentis.
Il s’est engagé en indiquant qu’elles étaient les devoirs d’un dirigeant politique et en soutenant qu’il n’existait aucune distinction fondée sur la naissance.
Il s’est engagé en prônant la compassion active et l’amour universelle. Il s’est engagé en enseignant durant 40 ans pour le bien de tous les êtres, sans distinction de sexe, de caste ou de couleur.
Pratiquer le dhamma c'est un engagement envers soi même et envers les autres.
Être Bouddhiste, c’est être bouddhiste engagé.
Kathy





Si le Bouddha nous rencontrait aujourd’hui, nous les occidentaux encore ignorants de la voie et du noble octuple sentier, je crois qu’il nous amènerait tout d’abord à regarder notre vie et qu’ils nous appellerait, comme il l’a fait jadis, à pratiquer tout simplement une voie droite et juste...


En fait, participer à tout le système de consommation c’est déjà, risquer à chaque instant, de violer les trois premiers préceptes ! Quant au quatrième, s’abstenir de paroles mensongères ou incorrectes, c’est particulièrement difficile dans un monde fondé sur la communication publicitaire et la propagande politique...



Le bouddhisme « engagé » est une pratique


Pour beaucoup, le bouddhisme est avant tout une pratique de la méditation. Cette pratique varie selon les traditions bouddhistes mais elle demeure une recherche de calme et de sérénité...

Pourtant l’enseignement du Bouddha n’est pas un enseignement sur la méditation, c’est un enseignement sur la vie. Le Bouddha accueille la souffrance de son temps et celle de tous les êtres.

En premier il y a dukkha... quoique l’on fasse, quoique que l’on pense, il y a toujours la souffrance, une souffrance latente presqu’invisible ou une souffrance criante, déchirante, il y a aussi la souffrance muette de ceux qui meurent en silence de faim de soif et d’abandon...

Ce que nous dit le Bouddha c’est : il y a dukkha..

Il nous dit encore : il y a la cessation de dukkha...

Si le Bouddha nous rencontrait aujourd’hui, nous les occidentaux encore ignorants de la voie et du noble octuple sentier, je crois qu’il nous amènerait tout d’abord à regarder notre vie et qu’ils nous appellerait, comme il l’a fait jadis, à pratiquer tout simplement une voie droite et juste... (Lire: Conseil aux laics: VELUDVAREYYA SUTTA: ICI )



Sila : pratiquer la vertu


Avant toute chose celui qui a rencontré le Bouddha au travers de ses enseignements s’applique à respecter les préceptes et l’octuple sentier.. ; il s’interroge sur le respect de la vie, la parole juste, l’absence de vol et de mensonge. Il s’applique cette pratique à lui même et s’efforce de persuader les autres de la pratiquer... Nous savons tous, par expérience qu’une conduite juste et honnête est le début de la libération et, comme dit le proverbe, on peut se regarder dans la glace...

Celui qui ne peut plus se regarder dans la glace, qui ne peut plus se regarder lui même, celui là ne peut pas s’engager sur la voie de la méditation, ne peut plus être un refuge pour lui même, ne peut plus trouver la vérité en lui même... Il est un errant au milieu de la souffrance et il ne peut plus que tirer profit de la souffrance des autres pour tenter de masquer sa propre souffrance.


Dans la pratique il y a deux niveaux. Le premier est la fondation c’est à dire le développement des préceptes, de la vertu ou la moralité dans le but de contribuer au bonheur, au confort et à l’harmonie entre les gens. Le second niveau (plus intense) où on ne s’occupe pas de son confort personnel, est la pratique du Bouddha Dhamma, menée uniquement par la vigilance et la libération du coeur.

Cette libération est la source de la sagesse, de la compassion et de la véritable source de l’enseignent du Bouddha. Comprendre ces deux niveaux constitue la base d’une pratique authentique.

Vertu et moralité sont la mère et le père du Dhamma qui grandit en nous et ils nous apportent nourriture et conseil.

La vertu est le fondement d’un monde harmonieux, dans lequel les gens ne vivront non pas tel des animaux, mais en véritables êtres humains. Ajahn Chah
(Lire : La vertu ICI )


Si nous nous appliquons avec sérieux, à l’écoute des préceptes nous découvrons combien l’enseignement du Bouddha est « révolutionnaire » et surtout combien il est une parole pour aujourd’hui...

  • Le respect de tout ce qui vit :

Nous mesurons aujourd’hui où nous a conduit ce manque de respect, malheureusement nous ne sommes pas toujours capables d’appliquer aux humains ce que nous tentons d’appliquer aux animaux... Pour l’heure nous avons tendances à trouver qu’il y a trop d’humains sur terre en oubliant que c’est tout simplement parce qu’il n’y a ni partage, ni équilibre...

  • Ne pas voler :

Les ressources d’un autre pays, par exemple... ou tout simplement le travail de l’autre en ne le payant pas à sa juste valeur...

  • Ne pas mentir :

Mais ne pas être non plus complice du mensonge qui est devenu aujourd’hui, pour beaucoup de gens une manière naturelle de fonctionner... se renseigner, étudier et ne pas se faire l’écho de propos mensonger ou calomnieux.

  • Un moyen d’existence juste :
Pouvons-nous considérer que la spéculation soit un moyen d’existence juste, que la recherche du profit à tout prix soit un moyen d’existence juste...

La mise en œuvre des enseignements du Bouddha nous conduit forcément à nous engager socialement pour une société plus juste et le bien de tous les êtres...




La pratique


Quand on parle de pratique on entend méditation... c’est devenu synonyme... Le bouddhiste qui ne médite pas est un bouddhiste non pratiquant.. On parle même de pratique intensive pour parler de retraite où l’on médite à longueur de journée...

Mais alors le bouddhiste qui travaille jour et nuit à la justice et la vérité n’aurait pas, lui, une pratique intensive ???

Le Bouddha nous enseigne la voie du milieu, une voie droite et juste..la pratique de la méditation est là pour nous aider à demeurer dans cette voie droite... Pour nous aider à sans cesse réajuster nos objectifs en considérant la réalité des choses : c’est à dire le dhamma...

Croire pouvoir atteindre nibbanna sans pratiquer la voie de la vertu, sans solidarité avec le vivant, est vraiment une voie de l’illusion. Les moines birmans l’ont bien compris qui se sont levés de leur coussins de méditation pour marcher au nom de tout le peuple...

Certains disent : les moines ne doivent pas faire de politique, cela reviendrait à dire les moine ne doivent pas être bouddhistes, ne doivent pas suivre les enseignements du Bouddha... Mais les moines sont la conscience du monde, les « spécialistes du dhamma », les éveilleurs de l’humanité... Ils doivent parler et agir quand c’est nécessaire, quand le monde « dérape ».



"Voit-on un tel indicateur de trésors l’homme avisé montrer les fautes, dénoncer les manquements, auquel cas il faut partager la compagnie d’un tel sage. Pour qui la partager ce sera mieux, non pis.

"Il exorte et enseigne, tout en prévenant la malhonnêteté : amis des bons hostile à ceux qui ne le sont pas !

Dhammapada versets 76 & 77




La vue juste


Pourtant le disciple du Bouddha n’est pas un militant comme les autres.

Il s’efforce d’avoir une action dénuée de toute haine,violence, rancœur, jalousie, ignorance, médisance et calomnie... de toute recherche de reconnaissance, de remerciements, de l’acquisition de quelque mérite que ce soit

Il ne confond pas compassion et émotion, sensation et vérité... Il s’efforce d’agir avec équanimité...

Il sait que le dhamma est le plus grand de tous les dons, et que nourrir les affamés, redonner leur dignités aux démunis n’est pas le but ultime de la libération... Ce ne sont que les prémices... des prémices nécessaires.

Le bouddhisme « engagé » est une pratique... une pratique difficile où il faut sans cesse réajuster notre opinion, sans cesse travailler sur nos sensations et nos émotions afin que notre action ne soit pas déterminée par elles mais par la vue juste...

En ce sens l’engagement bouddhiste nourrit la pratique de la méditation et la méditation nourrit la pratique de l’engagement...

le dhamma est vivant et il n’y a pas d’un coté le coussin et de l’autre le monde...

Il y a le dhamma et c’est tout... la compassion sans passion... pour le bien de tous les êtres.



Source : Edito du site : Karuna








mardi 1 janvier 2008

La position du Bouddhisme par rapport au racisme - Deuxième partie




  • Pour rappel, la présentation des auteurs et le début de cette étude ayant pour objet (...) de montrer la contribution propre du bouddhisme à la compréhension et à la solution du problème racial, se trouve ICI


Ce troisième et dernier chapitre de "Le Bouddhisme et la question raciale" par G. P. Malalasekera et K.N. Jayatilleke, contient un bref exposé historique des tentatives faites par le bouddhisme pour éliminer les barrières des races et des castes, et pour réconcilier les hommes, et rend compte des résultats qui ont pu être obtenus dans cette voie, par la douceur, la persuasion et l’exemple, sans jamais recourir à la force armée.



Extraits du chapitre III:
LA POLITIQUE DU BOUDDHISME A L’ÉGARD DU PROBLEME DU RACISME ET DES CASTES


Comme on l’a vu dans le chapitre précédent,
le bouddhisme a toujours proclamé l‘unité de l’humanité et nié que la naissance puisse ou doive constituer un obstacle au développement personnel et spirituel
.

Les distinctions de race et de caste sont sans doute commodes, mais trompeuses, et n’ont en tout cas rien d’absolu.

D’après le bouddhisme, les différences de caste correspondent seulement à des différences de profession ; or, il semble qu’à l’époque on était encore relativement libre de choisir sa profession, voire d’en changer. Les préjugés et les discriminations de caste n’étaient pas encore définitivement établis ; les brahmanes s’occupaient précisément de formuler les sanctions religieuses et juridiques nécessaires pour assurer la perpétuation du système existant.

Dans cette conjoncture, nous voyons que le Bouddha et ses disciples ne tiennent aucun compte de la naissance pour l’admission dans l’Ordre monastique et s’efforcent au contraire, par la persuasion et l’exemple, d’éliminer les préjugés et discriminations de caste suscités par les brahmanes.

« Le Bouddha ignore entièrement et absolument aussi bien les privilèges que les incapacités qui s’attachent à la naissance, à la profession ou à la condition sociale ; et il ne tient compte d’aucun des interdits ou des prescriptions arbitraires de caractère »

Des gens de toutes castes étaient admis dans l’Ordre monastique, et ils devaient même changer de nom et de titre pour éviter de rappeler leur rang et- leur naissance.


On raconte, par exemple, que des moines, pénétrés de l’importance de leur rang, voulurent monopoliser des logements au détriment d’Anciens de l’Ordre.

Le Bouddha leur demanda :

- Dites-moi, frères, qui mérite le meilleur logement, la meilleure eau, le meilleur riz ? - Quelques-uns répondirent : Celui qui était noble avant d’entrer dans la communauté
- D’autres : Celui qui était à l’origine un brahmane, ou un homme riche ».

Et le Bouddha leur dit : « Dans la religion que j’enseigne, la préséance en matière de logement, et en toute matière analogue, n‘appartient pas à celui qui était noble, ou brahmane, ou riche avant d’entrer dans l’Ordre. »


Parmi les membres les plus éminents de l’Ordre monastique, on compte des représentants des « basses » castes:
Upali - le plus compétent après le Bouddha pour tout ce qui touche aux règles de l’Ordre; avait exercé le métier de barbier, l’un des plus méprisés de ceux qui étaient réservés aux « basses » castes.
Les nonnes Punna et Punnika avaient été esclaves.(...)


Comment le Bouddha s’adressait-il aux hommes et aux femmes des conditions les plus humbles, pour leur faire prendre conscience du patrimoine spirituel dont sont riches tous les êtres humains, même s’ils sont méprisés par certains qui les jugent voués aux travaux serviles ?

A ce propos, le mieux est de citer les paroles de quelqu’un qui a accèdé à cette conscience, non par la grâce, mais par son effort : personnel.

Voici les vers, que Sunita le balayeur, a composé pour raconter sa vie et son élévation spirituelle :

Humble est le clan ou je suis né, Infimes étaient mes ressources, misérable mon sort, vile ma tâche : je balayais les fleurs fanées.
Nul ne se souciait de moi, j’étais méprisé, insulté ; J’humiliai mon esprit et courbai la tête Vénérant une belle légende populaire.
C’est alors que je vis venir l’illuminé, Entouré et suivi de son escorte de bhikkhus (moines), illustre héros pénétrant dans la grande cité de Magadha.
Je déposai mes corbeilles et mon joug, et je vins là où je pouvais faire ma soumission ;
Et pour moi, dans sa grande bonté, Le Chef des hommes fit halte.
Prosterné à ses pieds, me tenant là, Je priai le Maître de m’autoriser à entrer dans l’Ordre Et à le suivre, lui, le Maître de toutes les créatures.
Et lui, dont la tendre miséricorde veille sur le monde entier, Me répondit : "Viens, bhikkhu" dit-il, Me conférant ainsi l’ordination.

Et seul, retiré dans les profondeurs des forets, Animé d’un zèle inlassable, j’appliquai les paroles du Maître, Les conseils du Conquérant.
Et voici que, pendant la première veille de la nuit, surgirent de lointains souvenirs de la chaîne des vies passées.
Et pendant la veille du milieu de la nuit, l’oeil des cieux, La vision céleste se clarifia.
Et pendant la dernière veille de la nuit, je fis éclater Les ténèbres de l’ignorance.
Puis, comme la nuit faisait place à l’aurore Et que se levait le soleil, vinrent Indra et Brahma, Me rendant hommage, les mains jointes :

« Gloire à toi, noble fils des hommes ! Gloire à toi, ô le plus haut parmi les hommes ! Toutes les ivresses sont mortes pour toi ; Et tu es digne, noble Seigneur, de recevoir des dons. »
Et le Maître, me voyant entouré et suivi D’une escorte de dieux, un sourire se jouait sur ses lèvres, Me dit ces mots : « Grâce à la discipline d’une vie simple, à l’austérité, A la maîtrise de soi, l’homme devient saint ; C’est là la sainteté suprême ! »



En enseignant aux moines et aux nonnes de l’Ordre à réaliser le plein épanouissement de leurs facultés spirituelles, non seulement on ne faisait pas appel aux sentiments de caste ou de race, mais on considérait ces sentiments comme des obstacles à la vision spirituelle et à la vie morale.


Dans l’Ordre bouddhiste, il n’existait aucune distinction fondée sur la naissance. Les moines et les nonnes se rendaient chez des gens de toutes castes, pour prêcher ou prendre leurs repas - non sans s’exposer à des désagréments.

Il arriva au Bouddha d’être injurié par des brahmanes auxquels il demandait un repas, et lorsqu’on voulait savoir quelle était sa race ou sa caste, il répondait invariablement :
« Ne m’interrogez pas sur ma naissance »

Il lui arriva de parcourir des villages de brahmanes sans obtenir la moindre parcelle de nourriture.

Ses disciples l’imitaient, ignorant les distinctions et les pratiques de caste dans leurs rapports avec leurs semblables.

Ananda - l’un des plus proches disciples du Bouddha et son porte-parole lors du 1er Concile - est le héros de l’histoire suivante:

Ce jour-là, le vénérable Ananda s’habilla de bonne heure et, prenant son bol et son manteau, il pénétra dans la grande cité de Stravasti pour y demander l‘aumône. Ayant fait sa tournée et terminé son repas, il s’approcha d’un puits. Or, une jeune fille malanga (paria), nommée Prakrti, se trouvait au puits pour tirer de l’eau.
Et le vénérable Ananda dit à la jeune fille : « Donne moi de l’eau, ma soeur, car j’ai soif. »
Elle répondit : « Je suis une matanga, ô révérend Ananda ».
« Ma soeur, je ne t‘ai pas questionnée sur ta famille ou ta caste ; je t’ai demandé, s’il te restait de l‘eau, de m’en donner car j’ai soif ».
Alors elle donna de l’eau à Ananda.


Non seulement les moines et les nonnes, mais aussi les laïques, doivent pratiquer la compassion. Les stances ci-après, que récitent fréquemment, aujourd‘hui encore, les bouddhistes laïques, donnent une idée de ces sentiments :

Que tous les êtres vivants,
faibles ou forts, Longs ou grands, moyens, petits, courts ou gros,
Visibles ou invisibles, vivant près ou vivant loin, Nés ou à naître,
Que toutes les créatures soient heureuses.
Que nul ne trompe, que nul ne méprise qui que ce soit, où que ce soit,
Que nul ne souhaite du mal à qui que ce soit, par colère ou ressentiment.
De même qu’une mère, au risque de sa vie, veille sur son seul enfant,
De même que chacun cultive un esprit d’infinie bienveillance à l’égard de tous les êtres.

Il est impossible d’éprouver des sentiments de ce genre si l’on a des préjugés ou des haines d’ordre racial. Les disciples laïques sont invités à ne jamais s’enorgueillir de leur naissance, à renoncer à toute vanité de race ou de caste.


Dans un sermon où sont énumérées les caractéristiques de l’homme qui progresse et de celui qui dégénère, la vanité est considérée comme l’une des causes de la déchéance : « L’homme fier de sa naissance, de sa fortune ou de sa famille qui méprise son semblable est dégénéré »



Parmi les métiers "interdits" aux bouddhistes figure le commerce des esclaves, « le trafic des êtres humains » celui-ci n’étant pas compatible avec « le mode de vie juste » que doit suivre chaque bouddhiste.

Chacun doit respecter la dignité humaine des serviteurs vivant à son foyer:
« ne pas les accabler de travail, leur donner de bons repas et de bons gages, les soigner quand ils sont malades, partager avec eux les aliments et les friandises, leur donner assez de congés et de loisirs ».


Ainsi, le bouddhisme améliore le sort d’une classe de gens dont les textes brahmaniques disent qu’ils sont nés ou créés pour servir, qu’ils peuvent être chassés ou tués à volonté.

(...)

Dès l’origine, le bouddhisme a eu ses « missionnaires », chargés d’apporter à toute l’humanité un message de vérité et d‘amour :

« Allez, dit le Bouddha à ses disciples, je suis délivré de toutes les chaînes, humaines et divines. Et vous aussi vous êtes délivrés de toutes les chaînes humaines et divines. Allez, parcourez le monde pour le profit de la multitude, pour le bien-être de la multitude, par compassion pour l’univers, pour le bien, pour le profit et pour le bien-être des dieux et des hommes... »

Et ils devaient aller ainsi, pour tenter de comprendre .... toutes sortes de peuples et de tribus, sans se soucier des périls du voyage ou du danger de leur mission, armés des seules armes de la vérité et de l’amour. Ils devaient pratiquer la compassion.(...)


(...) D’après les livres bouddhiques, les brahmanes appelaient le Bouddha « Gautama le reclus, qui proclame le salut possible pour toutes les castes. »(...)

Cependant, (certains auteurs) qui n’ont étudié qu’une partie des Jatakas et négligé la majorité des textes du Canon- déclarent : « C’est une erreur de considérer le Bouddha comme un réformateur social et le bouddhisme comme une révolte contre le régime des castes. » Ils admettent toutefois que « l’influence générale du Bouddha s’est exercée dans le sens du libéralisme. »


On peut donc admettre que le mouvement bouddhiste a, pour le moins, contribué dans une grande mesure à l’assouplissement du système des castes


Au cours des deux mille cinq cents ans de son histoire, le bouddhisme s’est répandu dans de nombreux pays, peuplés de races diverses, mais son rayonnement a été dans l’ensemble limité à l’Orient. C’est peut-être à son influence prolongée que les races de l’Asie doivent d’être si étroitement unies par l’esprit et, dans la meusre OU cet esprit se caractérise par la non-violence et la tolérance - si audacieuse que soit une telle généralisation - cette influence s’étend à l’univers entier. L‘unité dont il s’agit n’est certes pas une unité stricte de doctrine, car le bouddhisme n’a jamais cherché à imposer une orthodoxie ou a refréner la liberté de pensée.


« L’absence d’agressivité est l’un des traits les plus remarquables du bouddhisme Il y a chez le bouddhiste une sorte de douceur à laquelle tout le monde doit être sensible, me semble-t-il. Mais cette douceur et cette absence d’agressivité ne sont pas de la faiblesse. Elles ne sont pas inspirées par la peur. La non-agressivité du bouddhiste dissimule une réserve de force. C’est la douceur de l’homme fort qui refuse de se frayer brutalement un chemin dans la foule, ou celle de l’homme réfléchi qui est convaincu que l’enjeu n’en vaut pas la peine. Parce qu’ils sont doux, parce que les exhortations du Fondateur sont toujours présentes à leur mémoire, et parce qu’ils subissent l’influence de sa personnalité et veulent suivre son exemple, les bouddhistes n’ont jamais cessé, dans tous les pays où ils ont vécu, de prêcher et de pratiquer et de pratiquer (l’amour) universelle et la sympathie pour tous les êtres doués de sensibilité. »

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