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dimanche 29 juin 2008

Kilesas et Kamma

Enseignement de Sayadaw U Pandita, (extraits scanné du livre "Dans cette vie même")


Dans le monde le danger vient des kilesas. (mot pali signifiant "impuretés") L'ignorance, l'avidité et l'attachement sont des kilesas.

Pris par l'ignorance, dominé par l'avidité, on produit du kamma dont on doit ensuite assumer les conséquences.

À cause d'activités kammiques passées, produites dans un monde d'expériences sensorielle, nous avons repris naissance sur cette planète, dans le corps et l'esprit qui sont actuellement les nôtres. Cela veut dire que notre vie actuelle est l'effet d'une cause antérieure. Ce corps et cet esprit vont à leur tour devenir des objets d'avidité et d'attachement.

L'avidité et l'attachement créent le kamma, les conditions pour une nouvelle naissance; cette nouvelle existence va elle-même de nouveau amener l'avidité et l'attachement aux corps et aux esprits.

Les kilesas, le kamma et les résultats sont les trois éléments d'un cercle vicieux. C 'est le cycle sans commencement du samsâra. Il serait sans fin également s'il n'y avait la méditation.

Pour que ce cycle existe, il faut avijjâ, l'ignorance sous ses deux aspects : On souffre de ne pas savoir, de ne pas voir clairement et on souffre à cause des illusions que cela entraîne.

Si nous n'avons pas encore atteint des niveaux profonds dans la méditation:
- nous ne percevons pas les véritables caractéristiques de la réalité: impermanence, souffrance et absence d'un soi.
- Nous ne voyons pas qu'il n'y a qu'un flux de phénomènes apparaissant et disparaissant à chaque instant.
- Nous sommes oppressés par ces apparitions et disparitions et cependant, cette immense souffrance ne nous apparaît pas comme telle.
- Nous ne voyons pas qu'il n'y a personne pour contrôler les processus à l'intérieur des phénomènes; il n'y a personne à la maison.

Si nous comprenions en profondeur ces trois caractéristiques de l'esprit et du corps, il n'y aurait plus ni avidité, ni attachement.

Pris par l'illusion, nous teintons alors la réalité de toutes sortes d'éléments faux.
- L'esprit et la matière sont incorrectement perçus comme permanents et solides. Nous croyons que c'est une chance de les posséder.

- Nous pensons qu'il y a un ego, un "je" qui sous-tend ces processus physiques et mentaux.

Ces deux types d'ignorance provoquant l'apparition de l'avidité et de l'attachement.

L'attachement, upadana, est une forme solidifiée de tanha, l'avidité. Désirant des sensations agréables, que ce soit des visions, des sons, des odeurs, des goûts, des sensations tactiles ou des pensées, nous recherchons les contacts. Lorsque nous obtenons ce que nous désirons, nous nous y attachons et refusons de nous en séparer. Ceci entraîne le Kamma, qui nous maintient prisonniers de la roue des renaissances.

  • Lire d'autres extraits de ce livre sur ce blog : ICI

Remarques :

Afin de bien comprendre la notion de kamma, qui parfois est mal interprétée, LIRE, sur ce blog:

Car comme le souligne isara, suite notamment à ce passage : " ...notre vie actuelle est l’effet d’une cause antérieure" :
cette notion est souvent mal interprétée, car elle semble dire que tout est prédéterminé et laisse croire que le bouddhisme est fataliste.
Il faut en fait comprendre que nous créons aujourd’hui notre kamma de demain. Il n’y a là ni fatalisme, ni résignation, mais l’opportunité de créer la sérénité des moments à venir
Blog d'isara : ehi passiko

mardi 12 février 2008

Exaltation de soi-même et dénigrement des autres

Mara ( illustration Thaï)


Mara




Remarques préalables: Cet enseignement, extrait du livre "Dans cette vie même" est tiré du chapitre 3 de ce livre : "Les dix armées de mara" et plus particulièrement de la "Dixième armée de mara" qui est: l'Exaltation de soi-même et dénigrement des autres.

Les
Dix armées de Mara sont les forces des Kilesas ( c'est à dire les impuretés en pali)
En pali
Mara veut dire tueur. Il personnifie la puissance qui tue la vertu et la vie.
Ses armées sont entrainées pour attaquer les méditants. Elles ont essayé de vaincre le Bouddha la nuit même de son illumination.

  • L'histoire de Mara est notamment relatée dans le Padhana Sutta : L'effort
  • ( Lire sutta en entier à la fin de ce message)
Extraits :

"......Les passions sensuelles sont ta première armée.
Ta seconde s'appelle Mécontentement.
Ta troisième, c'est la Faim et la Soif.
Ta quatrième s'appelle Envie insatiable.
En cinquième viennent Paresse et Engourdissement.
La sixième s'appelle Terreur.
Ta septième est Incertitude.
L'Hypocrisie et l'Obstination, ta huiitème.
Gains, Offrandes, Gloire, et Statut
obtenus à tort,
et quiconque se louangerait soi-même
et déprécierait les autres......"


Mara et son armée


Les 10 armées de Mara ou les 10 Kilesas :
(On notera que certains
kilesas font également partie des 5 empêchements à la méditation )

  • 1 le plaisir sensuel
  • 2 Le mécontentement
  • 3 La faim et la soif
  • 4 Le désir (fait parti des 5 empêchements )
  • 5 La paresse ou la Torpeur (fait parti des 5 empêchements)
  • 6 La peur
  • 7 Le doute (fait parti des 5 empêchements)
  • 8 La Vanité et l'ingratitude
  • 9 Gains, louange, honneur, réputation non méritée
  • 10 Exaltation de soi-même et dénigrement des autres


Un enseignement de Sayadaw U Pandita :

La Dixième armée de Mara : Exaltation de soi-même et dénigrement des autres

(...)

L'exaltation de soi-même attaque souvent lorsque certains succès ont été remportés dans la pratique: On a par exemple le sentiment d'avoir une moralité parfaite (...)

Nous sommes alors victime de la dixième armée de Mara. Cette dixième armée est peut-être la plus mortelle de toutes (...)


L'essence de la Vie sainte


La vie sainte comporte trois sections : sila, samadhi et panna


Il est possible de se réjouir de sa propre pureté sans pour autant dénigrer les autres ou se glorifier soi-même. (...)

La vie sainte comporte trois sections : sîla, samâdhi et pannâ, ce qui inclut la réalisation du chemin et du fruit, c’est-à-dire l’expérience de nibbâna.(...)


Il y a également les pouvoirs psychiques au nombre desquels la vision pénétrante de la véritable nature de la réalité par la sagesse vipassanâ.

Et il y a par ailleurs le gain, le respect et la notoriété qui résultent éventuellement de la pratique.


la personne qui se satisfait du gain et de la notoriété

Un bûcheron se rend dans la forêt car il a besoin de sève pour un travail important. Il tombe sur ce beau grand arbre, lui coupe toutes les branches pour les ramener chez lui. Une fois dans son atelier, il constate que ces branches et ces feuilles ne lui sont d’aucune utilité pour son travail ; c’est la personne qui se satisfait du gain et de la notoriété.

La personne qui se contente d’avoir une moralité très pure

Un second bûcheron décolle soigneusement la fine écorce extérieure ; c’est le yogi qui se contente d’avoir une moralité très pure mais qui ne fait aucun effort pour développer son esprit.

Exaltation de soi-même et dénigrement des autres

Vient un troisième yogi, un peu plus intelligent, qui réalise que la moralité n’est pas le but du chemin. Il faut penser à développer l’esprit. Ce yogi va alors se choisir une forme de méditation et travailler intensivement. Lorsqu’il aura atteint la fixité de l’esprit, il se sentira fort. Son esprit sera calme et heureux, il expérimentera la joie et le ravissement. Il est même possible qu’il maîtrise les jhânas ou absorptions méditatives dans une profonde concentration.

Il se met alors à réfléchir : « Mon Dieu, comme je me sens bien ! Mais cette personne là, à côté de moi, est tout aussi agitée qu’au début ! » Ce yogi a l’impression d’avoir atteint l’essence de vipassanâ et de la vie sainte alors qu’en réalité, il est tout simplement victime de la dixième armée de Mâra (exaltation de soi-même et dénigrement des autres).
C’est le bûcheron qui se contente de l’écorce intérieure de l’arbre sans avoir atteint le noyau.

les pouvoirs psychiques

Un autre yogi, plus ambitieux, est décidé à développer les pouvoirs psychiques, il les atteint et est submergé d’orgueil. En plus, il s’amuse beaucoup avec ses nouveaux pouvoirs. Il pourrait alors penser : « Oh c’est une expérience très avancée, ce doit être l’essence du Dhamma.
Ce n’est pas pour tout le monde ! Cette dame, là, ne peut certainement pas voir ce qui est juste devant son nez, les devas et les êtres infernaux ». Si ce yogi ne se libère pas de la dixième armée de Mâra, il finira intoxiqué, incapable de développer les états mentaux positifs ; sa vie sera marquée par une grande souffrance.


Les pouvoirs psychiques ne libèrent pas vraiment.

A notre époque, les gens sont facilement subjugués par les pouvoirs paranormaux. Le fait d’exhiber ces pouvoirs psychiques, même très modestement, provoque pour on ne sait quelle raison, une explosion de foi chez les gens.

C’était déjà le cas du temps de Bouddha:

Il y a même eu un laïc qui s’est un jour approché du Bouddha pour lui suggérer de s’attirer des élèves en faisant étalage de ses pouvoirs psychiques ; le Bouddha devait, selon lui, mettre en évidence ceux parmi ses disciples qui détenaient les pouvoirs psychiques et leur demander de faire des miracles en public. « Les gens seront très impressionnés, dit-il, et vous aurez beaucoup de dévots. »

Le Bouddha refusa. Par trois fois, l’homme réitéra sa demande et trois fois elle fut refusée.

Finalement le Bouddha dit :

"Homme laïc, il y a trois sortes de pouvoirs psychiques. Le premier consiste à voler dans les airs, plonger dans la terre et faire toutes sortes d’autres performances paranormales. Le second consiste à lire les pensées d’autrui. "

Vous pouvez dire à quelqu’un : « Oh, tel ou tel jour, vous pensiez ceci, vous êtes sorti pour faire cela… » Les gens peuvent être très impressionnés par ce genre de choses.


Mais il y a une troisième sorte de pouvoir psychique : c’est le pouvoir d’instruire

Ce pouvoir vous permet par exemple de dire à quelqu’un : « Vous avez telle ou telle attitude et ce n’est pas bien, c’est négatif, c’est nuisible, cela ne conduit pas au bonheur ni à celui des autres, vous devriez abandonner ce comportement et adopter telle ou telle pratique pour cultiver les bonnes actions. Ensuite, vous devriez méditer en suivant les instructions que je vais vous donner.» Ce dernier pouvoir, celui de guider les autres sur le juste chemin est le pouvoir psychique le plus important.

« Oh ! Laïc, ces deux premiers pouvoirs n’entameront pas la confiance de ceux qui ont foi en vipassanâ, mais s’ils sont exhibés devant les gens qui n’ont pas cette foi, ils pourraient les amener à se poser certaines questions : ‘ Eh bien ! Qu’a-t-elle de particulier, cette méditation ? On peut obtenir ces pouvoirs par les mantras et autres méthodes ésotériques de certaines sectes ou systèmes religieux que je connais ‘. Ces gens là manqueront mon enseignement. »


Le troisième pouvoir psychique est le meilleur , c'est le pouvoir d’enseigner les autres.


« Oh ! Laïc, quelqu’un qui est capable de dire ‘ceci est mal, ne le fais pas, tu dois cultiver le bien par la parole et par l’action. Voilà comment on débarrasse l’esprit des kilesas. Voilà comment il faut méditer. Ceci est le moyen d’atteindre la paix de nibbâna qui libère de toute souffrance ‘. Ceci, oh ! Laïc, est le pouvoir psychique le plus intéressant."

Mais allez-y, essayez d’atteindre les pouvoirs psychiques si cela vous intéresse. Ce n’est pas essentiel mais cela ne contredit pas la pratique de vipassanâ. Personne ne vous en empêchera et le succès dans ce domaine n’est certainement pas quelque chose dont on puisse se moquer.

L’essentiel, c’est de ne pas croire que les pouvoirs psychiques sont l’essence de l’enseignement.

Celui qui atteint les pouvoirs psychiques et qui croirait avoir atteint la fin du chemin spirituel, se trompe lourdement. Ces gens cherchent le noyau du bois mais se satisfont de la couche extérieure ; rentrés chez eux, ils constatent qu’ils ne peuvent rien en faire.

Donc, lorsque vous aurez atteint les pouvoirs psychiques, s’il vous plaît, poursuivez votre pratique et franchissez successivement toutes les étapes de connaissance vipassanâ, les différentes consciences du chemin et du fruit, jusqu’au moment où vous aurez réalisé l’état d’arhat.

Lorsque l’attention et la concentration seront bien établies, la sagesse vipassanâ va pénétrer les différents niveaux de compréhension de la nature des choses. On peut dire qu’il s’agit là d’un autre type de pouvoir psychique mais ce n’est pas encore la fin du chemin.

Il se peut que vous atteigniez finalement le chemin sotapatti, la noble conscience de celui qui est entré dans le courant. C’est le premier stade d’illumination. Cette première expérience de nibbâna, la conscience du chemin, déracine certaines kilesas de façon définitive.

En poursuivant votre pratique, vous arriverez peut-être à la conscience du fruit. Lorsque cette conscience du fruit se manifeste, l’esprit demeure dans la paix de nibbâna. On dit que cette libération n’est pas limitée dans le temps, une fois que vous aurez fait l’effort de l’atteindre, vous pourrez y retourner à n’importe quel moment.

Il faut cependant comprendre que ces premiers succès ne sont pas le but final.

Ce que nous propose Bouddha, c’est l’atteinte de l’illumination parfaite, la libération définitive qui anéantit à tout jamais toute forme de souffrance.

Le Bouddha se servit donc de l’image du tronc d’arbre et en guise de conclusion, il dit :

« Le bénéfice de mon enseignement ne se limite pas au gain, au respect ou à la renommée, le bénéfice de mon enseignement ne se limite pas à la pureté du comportement, il ne se limite pas à l’atteinte des jhânas, il ne se limite pas à l’atteinte des pouvoirs psychiques ; l’essence de mon enseignement, c’est la libération complète des kilesas et la capacité de réaliser cet état à n’importe quel moment ».

J’espère que vous pourrez accumuler suffisamment d’énergie, de force et de courage pour faire face aux dix armées de Mara, pour les vaincre toutes avec une compassion sans merci, de façon à pouvoir franchir successivement toutes les étapes de connaissance vipassanâ.

Puissiez-vous atteindre dans cette vie même la noble conscience de celui qui est entré dans le courant et arriver finalement à vous libérer totalement et de façon définitive de toute souffrance.


Source : Extrait  de : Dans cette même vie de Sayadaw U Pandita (Editions ADYAR)



Autre illustration de Mara




A moi --
résolu dans l'effort
près du fleuve Nerañjara,
faisant un grand effort,
faisant jhana
pour accéder au repos du joug --

Namuci vint,
prononçant des mots de compassion:
"Vous êtes couleur cendre, maigre.
La mort est en
votre présence.
La mort
a 1,000 parts de vous.
Seule une part
est votre vie.
Vivez, mon bon monsieur!
La vie vaut mieux.
Vivant,
vous pourrez accomplir
des actes de mérite.
Que vous viviez la vie sainte,
accomplissant le sacrifice du feu,
vous vaudra tant de mérites.
Quel besoin avez-vous de vous efforcer?
Difficile à suivre
-- la voie de l'effort --
difficile à faire, difficile
à soutenir."

En prononçant ces vers,
Mara se tenait en présence de l'Eveillé.
Et c'est à Mara, parlant ainsi,
que le Béni du Ciel dit ce qui suit:

"Parent de l'inattentif,
Mauvais,
venu ici pour n'importe quel besoin:
Je n'ai pas, en fait de mérites,
le moindre des besoins.
Ceux qui ont besoin de mérites:
c'est à eux que
Mara devrait s'adresser.

En moi, il y a conviction,
austérité,
persistance,
discernement.
Pourquoi, alors que je suis si résolu
m'enjoins-tu
de vivre?
Ce vent pourrait assécher
même les rivières.
Pourquoi, alors que je suis si résolu
mon sang ne devrait-il pas s'assécher?
A meusre que s'assèche mon sang
ma bile et mon flegme.
A mesure que disparaissent mes muscles,
l'esprit devient plus clair;
l'attention, le discernement,
la concentration sont
plus fermes.
En demeurant ainsi,
accédant à la sensation ultime,[2]
l'esprit n'a plus d'intérêt
pour les passions sensuelles.
Vois:
d'un être
la pureté!

Les passions sensuelles sont ta première armée.
Ta seconde s'appelle Mécontentement.
Ta troisième, c'est la Faim et la Soif.
Ta quatrième s'appelle Envie insatiable.
En cinquième viennent Paresse et Engourdissement.
La sixième s'appelle Terreur.
Ta septième est Incertitude.
L'Hypocrisie et l'Obstination, ta huiitème.
Gains, Offrandes, Gloire, et Statut
obtenus à tort,
et quiconque se louangerait soi-même
et déprécierait les autres.

Cela, Namuci, est ton armée,
les commandos du Sombre Seigneur.
Un couard ne peut les défaire,
mais qui les vainc
en tire le bonheur.
Est-ce que moi je transporte de l'herbe muñja ?[3]
Je crache sur ma vie.
La mort au combat vaudrait mieux pour moi
que, battu,
de survivre.

Coulant ici, ils n'apparaissent pas,
certains prêtres et contemplatifs.
Ils ne connaissent pas la voie
par laquelle ceux aux bonnes pratiquent
vont.

En voyant sa force sous la bannière
de tous côtés --
ses troupes, Mara
sur sa monture --
Je vais au combat.
Puissent-ils ne pas me faire bouger
de
ma place.
Cette tienne armée,
que le monde et ses devas
ne peuvent surmonter,
Je l'écraserai par le discernement --
comme un pot non cuit avec une pierre.

En rendant ma résolution maîtrisée,
l'attention bien-établie,
J'irai de royaume en royaume,
entraîner de nombreux disciples.
Eux -- attentifs, résolus
faisant ce que je leur demande --
malgré leurs souhaits, iront
où, étant allés,
il n'y a pas de griefs."

Mara:

"Pendant sept ans, j'ai suivi à la trace
les pas du Béni du Ciel,
mais n'ai pu en tirer une ouverture
sur Lui, auto-éveillé
et glorieux.
Une corneille a fait le tour d'une pierre
de la couleur du gras
-- 'Peut-être ai-je trouvé
quelque chose de tendre ici.
Il y a peut-être quelque chose de délicieux' --
mais ne trouvant rien de délicieux là,
la corneille s'en est allée.
Comme la corneille qui attaque le rocher,
je me fatigue avec Gotama."

Comme il était emporté par le chagrin,
son luth tomba de sous son bras.
Alors lui, l'esprit découragé,
aussitôt
disparut.


Les 5 empêchements à la Méditation, par le Vénérable U pandita

C'est uniquement quand on observe l'esprit sans se sentir coupable, sans vouloir le changer qu'on le verra clairement. Il ne faut pas condamner l'avidité, la fierté, la colère... mais apprendre à travers elles.
(Stance : isarablog)




Remarques : Les cinq empêchements ou obstacles à la méditation ont déjà évoqué à plusieurs reprises sur ce blog. Nous sommes amenés à les rencontrer régulièrement durant la Méditation, c'est donc très important de savoir les reconnaître.

Ci après un enseignement du Vénérable U Pandita.
(Cet enseignement a été traduit de l'anglais pas vipassanasangha)




Lorsque l'on médite des obstacles apparaissent. Ce sont des empêchements ou nivarana en pali. Ils sont au nombre de cinq.

Le Bouddha compare ces empêchements à l'état de l'eau. Quelqu'un veut voir son visage se refléter à la surface de l'eau et il constate que l'eau est altérée et qu'il lui est impossible de reconnaître son propre visage.


Le premier empêchement est le désir pour le plaisir des sens : kamacchanda


Le bouddha dit : « L'homme regarde son image à la surface de l'eau comme dans un miroir, dans une eau dont on a changé la couleur, à laquelle on a ajouté de la couleur ».

L'homme n'est pas capable de reconnaître son propre visage car l'eau a été altérée par la couleur.

Un esprit qui essaie de trouver le calme n'y parvient pas car il y a dans cet esprit le désir pour toutes sortes d'expériences sensorielles : des sons harmonieux, des odeurs agréables, des pensées intéressantes. Toutes sortes de choses délicieuses provenant de nos six sens qui provoquent tout naturellement l'apparition du désir.

Des choses dont nous nous souvenons peuvent aussi susciter la recherche de plaisirs. Cela ne concerne pas seulement ce que nous touchons, ce que nous sentons, ce que nous goûtons dans le moment présent mais aussi tout ce que nous avons déjà vécu. Tout ce dont nous nous souvenons peut aussi susciter le désir sensoriel.

  • En savoir plus sur le désir : ( notamment durant une retraite de méditation) lire: Les obstacles durant la méditation - Part 1: Le désir (dhamma talk de Rosemary et Steve Weissman): ICI

Le deuxième empêchement est l'aversion, la haine : vyapada

C'est la méchanceté, la malveillance, la colère, l'agressivité, la haine.

Ce deuxième empêchement est un empêchement assez puissant. C'est l'homme qui cherche à voir son image dans le miroir et trouve de l'eau en ébullition. Il ne peut reconnaître son visage.

En effet, quand la colère est dans l'esprit, il est difficile de trouver le calme et de se décontracter. Ce peut-être des choses qui nous reviennent, qui n'ont rien à voir avec notre expérience immédiate.

Nous pouvons nous énerver pour des choses qui se sont passées il y a bien longtemps.

Nous trouvons notre coussin trop dur, trop bas, nous trouvons toutes sortes de bonnes raisons de nous fâcher.

Ces problèmes nous arrachent chaque fois à notre concentration et nous ne parvenons pas à méditer.

En fait c'est en nous que se trouve ce potentiel latent de colère, de désir, de peur, de besoin de contrôle. Ces émotions sont provoquées par des contacts, par nos relations, par ce qui se passe dans notre vie sociale. Nous avons tendance à dire : « c'est à cause de lui, c'est à cause d'elle » tout en niant qu'en nous-mêmes il y a de la peur, de l'insécurité, de la colère, un sentiment d'impuissance.

Le potentiel de nos émotions est en nous et les gens que nous blâmons pour avoir provoqué ces émotions ne sont en fait que des catalyseurs. L'émotion dont nous nous plaignons ou dont nous nous réjouissons est en nous ainsi que notre bien-être et notre malheur.

Cela ne veut pas dire qu’il n'y a pas de mauvaises personnes qui se comportent mal, de manière inacceptable. Mais notre propre résonance vis-à-vis de ce qui se passe dans notre vie est de notre entière responsabilité. Accepter cela est la base de toute démarche spirituelle.

Nous sommes responsables du degré de complicité que nous avons avec notre souffrance et notre bonheur.

  • En savoir plus sur l'aversion et notamment durant une retraite de méditation : Les obstacles durant la méditation - Part 2: L'aversion:(dhamma talk de Rosemary et Steve Weissman): ICI

Le troisième empêchement est la paresse, la somnolence : thina-middha

C'est la faiblesse de l'esprit qui vacille, qui est visqueux, submergé, incapable de suivre précisément l'objet de méditation.

L'esprit devient apathique et ne parvient plus à garder la posture du corps droite et ferme. Les paupières deviennent lourdes, la tête tombe vers l'avant, le dos se courbe.

Nous avons tendance à penser « je suis fatigué, je vais aller me reposer et ensuite je pourrai mieux me concentrer ».

En fait c'est une invitation à la paresse et à la somnolence.

Pour surmonter cet empêchement, nous devons essayer de retrouver notre énergie et nous concentrer à nouveau très fermement.


Le quatrième empêchement est l’agitation et les remords : uddhacca-kukkucca


1er aspect : L'agitation :

C’est une inquiétude, une sorte de nervosité qui se transforme en démangeaisons, en besoin de se gratter, en petites douleurs partout.

Parfois ces petites douleurs ont l'air sérieux, « cela pourrait être le ménisque, il faut bouger ». C'est très convaincant. On fait toute une histoire par rapport à cela, et dès que l'on commence à donner de l'intérêt à ces sensations, cela ne s'arrête plus.

Nous pouvons passer des heures à nous gratter avec des sensations de chatouillement.

Il ne faut pas bouger. C'est vraiment la façon la plus efficace de se débarrasser de ces phénomènes. C'est l'esprit qui se divertit par l'intermédiaire de ces petits maux.

Toutes ces sensations qui piquent, qui démangent sont convaincantes et il est très difficile de ne pas y croire. Nous aurons tendance à vouloir nous en débarrasser en bougeant, mais il est
recommandé de ne pas bouger, de ne pas se gratter.

L'inquiétude nous empêche de trouver le calme mental, elle nous empêche de trouver la clarté, la lucidité de l'esprit. C'est cette lucidité qui est nécessaire pour avoir une compréhension juste.

Le deuxième aspect, ce sont les remords.

C'est la conscience qui se montre, nous sommes perturbés par des remords. Au lieu d'être un problème physique, c'est un problème mental, quelque chose que nous avons fait nous trouble. Nous nous sentons soit coupable soit responsable.

Il est très important de comprendre et de respecter les préceptes, car c'est la moralité qui nous protège contre de tels remords.

Sila, la moralité est liée à la pratique de la méditation. Si nous vivons d'une façon qui provoque des remords cela reviendra pendant que nous méditerons.

Dès que cela remonte, cela nous empêche de nous unifier. C'est pour cette raison qu'une vie morale pure est la base de tout progrès dans la méditation.

Si notre manière de vivre provoque des sentiments de culpabilité, des remords, il sera très difficile de nous concentrer car nous serons troublés.

La colère peut aussi nous troubler.

Nous pouvons faire des gestes, prononcer des mots, avoir des attitudes qui font mal aux autres et à nous-mêmes. Cela peut aller très vite.

Avec les remords cela va un peu moins vite, mais cela nous perturbe quand même.

  • En savoir plus la somnolence et l'agitation : 3 et 4e empêchement (dhamma talk de Rosemary et Steve Weissman) : Les obstacles durant la méditation - Part 3 et 4 : La somnolence et l'agitation : ICI


Le cinquième empêchement est le doute : vicikiccha

C'est comme l'eau trouble, ce n'est pas clair, l'homme ne peut y voir son reflet. Le doute est quelque chose qui parvient avec succès à nous empêcher de nous concentrer.

Le doute n'est pas intellectuel, c'est une émotion. En général nous ne reconnaissons pas le doute comme une émotion. Nous considérons le doute comme quelque chose que nous ne savons pas, mais en fait il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas et qui ne sont pas des doutes. Par exemple je ne sais pas s'il pleuvra demain, et cela ne me travaille pas du tout.

Le dénouement d'une émotion se passe au niveau du coeur et ne peut se passer au niveau du mental. La pensée ne peut nous aider face à une émotion forte. Les émotions ne se calment pas avec les pensées.

Nous pouvons penser vite pour couvrir l'émotion, mais plutôt que de résoudre l'émotion, nous la figeons, nous la recouvrons parce que l'activité mentale est parfois plus convaincante et plus rapide que l'émotion.

Nous arrivons ainsi à détourner l'attention d'une émotion et à nous convaincre que ce que nous pensons est vrai. En fait l'émotion continue et remonte dès que la pensée diminue.

Nous n'arrivons pas vraiment à résoudre ou à dénouer un état émotionnel par la pensée, et le doute en est un très bon exemple. Tout essai pour résoudre le doute par l'intellect est voué à l'échec.

Le doute peut être à propos de soi-même, à propos de la méthode ou de la pratique ou encore en ce qui concerne l'enseignant. Nous nous mettons à douter du moindre aspect de la pratique.

C’est plus qu'un simple doute, cela devient de l'épuisement mental dû à la spéculation, à la confusion.

Lorsque ces empêchements apparaissent, il faut commencer par les identifier, les
reconnaître et c'est l'attention qui permettra de les éradiquer.


En savoir plus sur le doute
: lire aussi sur ce blog :



En savoir plus sur les 5 empêchements ou 5 obstacles:
  • Tous les messages de ce blog sur les 5 empêchements : ICI

lundi 4 février 2008

La Foi qui clarifie l'esprit




Ci après un enseignement intitulé "La foi qui clarifie l'esprit", tiré du livre du Vénérable U Pandita : Dans cette vie même

* Les titres ne sont pas dans le texte initial, ils ont été ajouté pour en faciliter la lecture




La foi débarrasse du doute et de l'aversion


(...) La qualité de foi ou saddhā a également la faculté de clarifier l’esprit et de le débarrasser des nuages du doute et de l’aversion. Imaginez un seau rempli d’un liquide boueux, plein de sédiments. Il existe des substances chimiques comme l’alun qui purifient l’eau en faisant tomber très rapidement ces particules en suspension. La foi opère exactement de la même façon ; elle fait tomber les impuretés et amène ainsi une clarté étincelante dans l’esprit.

Un yogi qui ignore les vertus du Triple Joyau - le Bouddha, le Dhamma et la Sangha - est submergé par la septième armée de Māra car il doute de la valeur de la méditation. Son esprit ressemble à ce seau d’eau trouble. Mais lorsqu’il aura lu à propos des vertus du Triple Joyau, qu’il aura discuté à propos du Dhamma, ses doutes vont progressivement se calmer pour faire place à la foi.



Avec la foi vient le désir de méditer

Avec la foi vient le désir de méditer, le désir de fournir l’effort nécessaire pour atteindre le but. La confiance bien établie est le fondement pour un engagement authentique. Cet engagement sincère dans la pratique du Dhamma mènera bien sûr au développement de l’effort, de l’attention et de la concentration, ce qui va permettre à la sagesse de se déployer sous forme des différents stades de connaissance vipassanā.

Lorsque la méditation bénéficie des circonstances et des conditions appropriées, la sagesse se développe tout naturellement d’elle-même. La sagesse ou vision pénétrante c’est voir les caractéristiques spécifiques et communes des phénomènes physiques et mentaux, autrement dit les traits individuels de l’esprit et de la matière tels que le méditant les expérimente à l’intérieur de lui.

Par exemple la couleur, la forme, le goût, l’odeur, les sons, la dureté ou la douceur, la température, le mouvement, les différents états d’esprit. Les caractéristiques communes sont les mêmes pour toutes les manifestations de l’esprit et de la matière. Les objets peuvent être très différents l’un de l’autre du point de vue de leur essence, de leurs caractéristiques individuelles ; mais ils partagent tous les mêmes caractéristiques universelles d’impermanence, de souffrance et d’insubstantialité.

Ces deux types de caractéristiques, les caractéristiques spécifiques et les caractéristiques communes, seront clairement perçues par le méditant ; la sagesse qui procède tout naturellement de l’attention pure va lui permettre de les comprendre de façon irréfutable.

Un des attributs de cette sagesse ou vision pénétrante, est la clarté. Elle illumine le champ de conscience ; la sagesse est comme un rai de lumière qui percerait l’obscurité la plus profonde, révélant ce qui était invisible jusqu’alors : les caractéristiques spécifiques et communes de tous les objets et des états mentaux. La lumière de la sagesse va vous permettre de voir ces caractéristiques dans toutes les activités que vous êtes amenés à faire : voir, sentir, toucher, goûter, ressentir par le corps ou penser.

L’aspect fonction de la sagesse est la non-confusion. Lorsque la sagesse est présente, l’esprit n’est plus confondu par des concepts erronés ni par une perception trompeuse de l’esprit et de la matière. Comme il voit clairement, sans être ni confus ni obscurci, l’esprit commence à accumuler une nouvelle sorte de confiance que l’on appelle la foi vérifiée ; ce type de confiance n’est ni aveugle ni fantaisiste, elle procède directement de l’expérience personnelle de la réalité ; c’est croire que les gouttes de pluie mouillent. Les écritures qualifient cette foi de « décision prise à partir d’une expérience personnelle. » On voit donc ici le lien très serré entre la foi et la sagesse.


C’est notre expérience personnelle intuitive, directe qui amène une foi ferme et durable.

La foi vérifiée ne se base pas dans une compréhension intellectuelle que vous auriez de certaines affirmations. Ni l’étude comparative, ni la recherche scolastique, ni le raisonnement abstrait ne peuvent la faire surgir. Ce n’est pas non plus quelque chose qu’un sayadaw, un roshi, un rimpoché ou un quelconque groupe spirituel vous aurait forcé à avaler. C’est votre expérience personnelle intuitive, directe qui amène ce type de foi ferme et durable.


vipassanā développe une sagesse qui est loin d’être mesquine, elle est panoramique et expansive.

La meilleure façon de réaliser et de développer la foi vérifiée c’est de pratiquer en conformité avec les instructions que donnent les écritures.

Certaines personnes pensent que la méditation Satipatthāna est une méthode simpliste et mesquine. Vu de l’extérieur, cela peut se comprendre, mais une fois que la pratique se sera approfondie et que la sagesse aura commencé à se développer, tous ces mythes seront balayés par l’expérience personnelle ; vipassanā développe une sagesse qui est loin d’être mesquine, elle est panoramique et expansive.


En présence de la foi, l’esprit devient clair

Le méditant constatera tout naturellement qu’en présence de la foi, l’esprit devient clair comme du cristal, il n’est plus perturbé ni pollué ; il se remplit de paix et de lumière. La fonction de la foi vérifiée est de rassembler les cinq facultés de contrôle dont il a été question au chapitre précédent - foi, énergie, attention, concentration et sagesse - et de les clarifier. Elles vont devenir vives et agissantes, leurs propriétés actives seront efficaces et pourront faire surgir un état de calme, un état méditatif puissant et incisif - voué à remporter la victoire non seulement sur la septième mais sur toutes armées de Māra.

Source : Dans cette vie même, livre de Sayadaw U Pandita- Editions Adyar





  • LIRE d'autres extraits de ce livre sur ce blog : ICI

  • En savoir plus : les autres messages parlant de La foi dans le bouddhisme (Saddha) : ICI

mardi 27 novembre 2007

Les 7 facteurs d'Eveil

Vénérable U pandita





Vous trouverez ci après:

1) des enseignements du Vénérable U Pandita sur les 7 facteurs d'Eveil

2) des extraits du "anapanassati sutta" : L'attention sur la respiration.
Les Passages à propos des 7 facteurs d'Eveil



1) Les 7 facteurs d'Eveil selon U pandita

Les sept facteurs d'éveil sont les sept qualités que le bouddha a décrites qui, lorsqu'elles sont complètement développées et équilibrées, nous permettent d'atteindre l'éveil.

Ces sept qualités sont l'attention, l'investigation, l'énergie, la joie, le calme, la concentration et l'équanimité.


Le premier facteur ou qualité est l'attention : sati

Nous ne pouvons jamais avoir trop d'attention, c'est la base de la pratique. Nous devons observer tous les objets qui se présentent à notre conscience avec attention, compassion et détachement. Le détachement n'est pas le rejet. En étant détaché nous pouvons prendre de la distance et trouver le calme et la paix. Ce n'est pas une paix ordinaire, c'est une paix immense, qui n'exclut rien, et accepte tout ce qui se présente. Elle ne peut apparaître que dans le présent. Lorsque l'on pense au passé, se sont des souvenirs, lorsque l'on pense au futur, ce sont des projets et non l'attention. La liberté ne peut exister que dans le présent.

L'attention a comme qualité, la pénétration. Elle n'est pas superficielle. Quand l'attention est faible c'est comme un objet qui flotte à la surface de l'eau et est emporté au gré des vagues. Nous sommes emportés par le passé et le futur, par les inquiétudes, les peurs.

Quand l'attention est forte, c'est comme une pierre qui pénètre et coule au fond de l'eau, elle ancre l'esprit dans le présent. Elle garde l'objet en vue et l'observe profondément. À force d'observer, et d'expérimenter juste ce qui apparaît, notre esprit s'apaise et s'éclaircit. Nous pouvons voir la réalité.

Plus nous avons d'attention, plus nous pouvons nous rendre compte comment l'attention nous protège contre le désir, l'aversion, la haine et l'ignorance. Au fur et à mesure que nous avançons dans la pratique, le miroir de l'attention devient de plus en plus clair et beaucoup moins obstrué par les impuretés.


Le second facteur : l'investigation : dhamma vicaya

Elle apporte la clarté, car c'est une sorte de curiosité, d'étude, d'examen. Lorsque des visiteurs déplaisants comme la douleur, la peur, la colère surgissent, au lieu de leur fermer la porte, nous devenons curieux au sujet de ces visiteurs, nous voulons savoir à quoi ils ressemblent, nous les incluons dans notre pratique.

Il est bien évidemment difficile de s'ouvrir pour accueillir des états déplaisants et de les regarder avec curiosité et précision. Toutefois, si au lieu de nous renfermer, de nous contracter, nous faisons preuve de curiosité à leur égard, nous pourrons nous apercevoir que cette investigation croît, ainsi que l'énergie qu'elle génère.


Elle nous montre le chemin, la vérité, comment les choses sont réellement, de la plus petite vérité à la plus profonde. Nous devons laisser de côté les concepts et expérimenter la réalité, c'est-à-dire ce qui apparaît à chaque instant. Ce sont nos concepts qui nous emprisonnent et empêchent la clarté d'émerger, car nous nous attachons à nos concepts. Lorsque nous lâchons prise, la liberté est complète. Quand la lumière de la curiosité brille sur les choses, elles deviennent enfin accessibles.

Un jeune homme avait des crises d'angoisse. En observant avec curiosité sa difficulté à respirer, ses tremblements, son agitation, ainsi que toutes les sensations qui accompagnaient ses angoisses, finit par en guérir et ne plus avoir besoin de prendre de médicaments.

Utiliser notre curiosité de cette façon est efficace et utile. Nous nous perdons facilement dans les spéculations intellectuelles, il est préférable d'utiliser notre attention qui clarifie et rééquilibre.


Le troisième facteur : l'énergie, l'effort : virya

L'énergie et l'effort sont indispensables et doivent être tous deux équilibrés. Le début de la pratique requiert beaucoup d'énergie et d'effort. Nous devons constamment ramener l'esprit. Il faut aussi fournir un grand effort pour surmonter les doutes, l'agitation, la somnolence, l'ennui. Cependant, avec douceur et énergie nous devons revenir encore et encore.

Au fur et à mesure que nous avançons dans la pratique, nous pouvons voir où notre énergie est bloquée. Nous supportons en général trois peines, au lieu d'une seule. Toutes les peines que nous avons eues, celles que nous avons maintenant, et celles que nous aurons. Nous gaspillons beaucoup d'énergie quand nous jugeons, quand nous critiquons. Ceci entraîne des tensions, des contractions dans les épaules, le ventre ou la tête, ainsi que de la fatigue. Ce sont des signes qui nous permettent de nous apercevoir que nous faisons trop d'effort, que nous luttons, que nous cherchons à gagner quelque chose, à atteindre quelque chose. Nous pouvons à ce moment nous souvenir qu'il n'y a rien à faire, seulement rester là, immobile et observer.

Nous devons ouvrir notre cœur, tel un bouddha, et accueillir les milliers de joies et de peine de la vie. C'est l'attention qui nous aide à voir et à ajuster notre effort ou bien à nous ouvrir et à nous décontracter.

Rejeter les choses bloquent notre énergie. La peur requiert beaucoup d'énergie pour la repousser. L'accepter demande du courage et nous fait progresser. Nous pouvons nous approcher de nous-mêmes avec douceur et compassion, au lieu de nous juger et nous pourrons trouver là beaucoup d'énergie.

La continuité est un aspect important, cela signifie être attentif constamment. Nous devons être curieux pour voir à quel moment, dans quelles circonstances, nous perdons notre attention ; et avec douceur, constance et patience revenir sans cesse dans le présent. Notre attention s'approfondira tout naturellement.

le quatrième facteur: La joie : piti

C'est un grand plaisir, une sorte d'émerveillement, de contentement.

Parfois quand on pratique, on peut devenir sérieux et tendu, alors que la joie apporte le bien-être. Nous ne pouvons pas avancer réellement si nous fermons la porte à la joie. Cette joie est très différente des plaisirs ordinaires. C'est une sorte d'unité du corps, de l'esprit et du cœur.

Lorsque nous nous extirpons de la conception du soi, de l'ego, nous connaissons une expansion, la liberté, un soulagement et une grande joie. Nous pouvons facilement nous attacher à cette joie. Mais ce n'est pas un état permanent, elle ne durera pas. Il ne faut pas chercher à la retrouver, vouloir la retenir, s'y accrocher.

Quand la joie emplit notre être, notre esprit devient calme et l'on ressent un grand bien-être. Cependant, la joie doit être équilibrée avec l'attention, sinon nous pouvons devenir agités.

le cinquième facteur : le calme, la tranquillité : passaddhi

Nous sommes habitués à agir, à l'action et il nous est difficile de rester immobile et de nous calmer. Cependant, nous en avons la capacité. Le calme est déjà là, en nous, il est simplement recouvert par notre agitation. Cette tranquillité nous fait voir clairement les choses. Quand nous méditons, nous ne devons pas bouger, nous sommes conscients de la respiration, des bruits qui vont et viennent, nous abandonnons le poids du passé et les appréhensions du futur. Nous sommes seulement dans le présent, et pouvons être heureux si nous acceptons les choses comme elles sont. Nous sommes attentifs et laissons les choses suivre leurs cours. Notre esprit se calme et nous pouvons voir clairement la nature de toutes les choses.

C'est comme si nous nous trouvions au milieu d'une foule. Nous regardons calmement les gens passer, aller et venir. Nous les laissons être, nous ne cherchons pas à les suivre, ni à les chasser. Nous restons immobiles, calmes, à l'aise.

Nous pourrons ensuite nous relier à ce calme en nous où que nous soyons. Il y a bien plus de paix en nous que nous pouvons imaginer. En étant calme, nous pouvons faire face à la vie plus judicieusement.


Le sixième facteur: la concentration : samadhi

C'est la capacité de rassembler toute notre énergie. Cela permet à la sagesse de se manifester, d'être calme et de voir clairement.

Tout le monde peut y arriver, même si certains ont plus de facilité que d'autres. Nous devrions avoir la détermination suivante : « je ne me lèverai pas de mon coussin, même si mes os devaient se rompre et ma chair se dessécher »

La souffrance nous permet de grandir et de nous éveiller. Si l'on fuit la souffrance on ne pourra pas se libérer. Même la trahison et le deuil peuvent nous éveiller. Nous ne devons pas rechercher le calme et la paix, ils surgiront automatiquement. Si nous utilisons notre concentration pour échapper à la réalité, nous perdons notre temps. Nous devons utiliser notre concentration pour examiner la nature de notre esprit car c'est la seule chose qui peut nous libérer.

Revenir sans cesse à l'instant présent apporte le calme et nous éloigne de l'agitation. Toutefois, il ne faut pas vouloir se débarrasser des pensées. Il ne faut pas résister, forcer pour trouver le calme. Il faut se détendre et observer.

Nous devons être attentifs, nous connecter à l'objet, que ce soit la respiration, l'abdomen ou autre chose et y revenir constamment avec patience et douceur, sans lutter, ainsi l'esprit se calme, et la clarté émerge. La continuité est importante. La concentration n'arrive pas par hasard, toute seule, mais par nos efforts répétés pour être présent. Si nous ne faisons pas suffisamment d'efforts, elle ne pourra pas se développer.

Lorsque notre concentration s'approfondit, nos pensées se calment, la clarté apparaît, et nous pouvons même être concentrés dans nos activités, être conscients de nos doutes, de nos peurs, de notre confusion. Nous développons la stabilité et la compréhension.

C'est un état très agréable auquel nous pouvons nous attacher facilement. Nous devons nous souvenir que nous ne sommes pas ici pour ressentir des sensations agréables mais pour nous libérer de la souffrance.


Le septième facteur : l'équanimité : upekkha

Elle nous permet d'être avec ce qui existe sans être perdu ou désespéré, sans prendre les choses personnellement ; c'est l'acceptation totale de ce qui est.


Mais ce n'est pas être indifférent ou passif. C'est lié à la compréhension, à l'ouverture et à la clarté. Nous pouvons savoir où, quand et comment agir. Ce n'est pas vouloir changer ou contrôler les choses selon nos souhaits. C'est accepter les choses simplement comme elles sont.

Nous passons beaucoup de temps à résister, à lutter, à rejeter, à ne pas accepter les situations et les gens. Nous ne désirons que ce qui est plaisant, agréable et bénéfique, mais cela génère beaucoup d'anxiété et de souffrance. Si nous permettons aux choses d'être ce qu'elles sont, si nous les acceptons, nous ressentons alors une grande paix. Avec l'équanimité, chaque instant est parfait, notre cœur s'ouvre à ce qui est plaisant, tout comme à ce qui est déplaisant. Nous sommes tolérants vis-à-vis de ce qui est désagréable.

Par la pratique, l'équanimité se développe et nous devenons capables de lâcher prise, d'accepter et de voir les choses telles qu'elles sont réellement. La sagesse et la compréhension émergent tout naturellement.

Nous ne pouvons pas faire surgir ces qualités, ces facteurs d'éveil par notre volonté. Ils ne se développent que grâce à la pratique, à une motivation et une intention sincères, au désir d'être présent, avec patience.

Quand ces qualités sont pleinement développées, l'esprit devient lumineux et clair, plein de joie, de paix et de liberté. Nous pouvons enfin vivre harmonieusement et heureux.




2) Extraits de : Anapanasati Sutta = Attention à la respiration

Dans ce sutta, le Bouddha expose l'attention à l'inspiration et à l'expiration ; Les Quatre Cadres de Référence ; les 7 facteurs d'Eveil, pour terminer avec les Claires Connaissances et Libération

Pour lire ce sutta en entier : voir "quelques sutta" (avant dernier sutta)


(...) Et comment les quatre cadres de référence sont-ils développés et entretenus de façon à amener les sept facteurs de l'Eveil à leur point culminant?

[1] A chaque fois que le moine demeure concentré sur le corps dans et par lui-même -- ardent, vigilant, et attentif -- mettant de côté l'avidité et l'angoisse par rapport au monde, à cette occasion son attention est stable et sans faute. Lorsque son attention est stable et sans faute, alors l'attention en tant que facteur de l'Eveil se lève. Il la développe, et pour lui elle va au comble de son développement.

[2] Demeurant attentif de cette manière, examine, analyse, et en vient à une compréhension de cette qualité avec discernement. Lorsqu'il demeure attentif de cette manière, en examinant, analysant, et en venant à une compréhension de cette qualité avec discernement, alors l'analyse des qualités en tant que facteurs de l'Eveil se lève. Il la développe, et pour lui elle va au comble de son développement.

[3] Dans celui qui examine, analyse, et en vient à une compréhension de cette qualité avec discernement, une persévérance sans défaut se lève. Lorsque une persévérance sans défaut se lève dans quelqu'un qui examine, analyse, et en vient à une compréhension de cette qualité avec discernement, alors la persévérance en tant que facteur de l'Eveil se lève. Il la développe, et pour lui elle va au comble de son développement.

[4] Dans celui dont la persévérance se lève, un ravissement qui-n'est-pas-de-la-chair surgit. Lorsque un ravissement qui-n'est-pas-de-la-chair surgit en quelqu'un dont la persévérance se lève, alors le ravissement en tant que facteur de l'Eveil se lève. Il le développe, et pour lui il va au comble de son développement.

[5] For celui qui est ravi, le corps se calme et l'esprit se calme. Lorsque le corps et l'esprit d'un moine ravi se calment, alors la sérénité en tant que facteur de l'Eveil se lève. Il la développe, et pour lui elle va au comble de son développement.

[6] For celui qui est à l'aise -- son corps calmé -- l'esprit devient concentré. Lorsque l'esprit de quelqu'un qui est à l'aise -- son corps calmé -- devient concentré, alors la concentration en tant que facteur de l'Eveil se lève. Il la développe, et pour lui elle va au comble de son développement

[7] Il survole tout l'esprit ainsi concentré avec équanimité. Lorsqu'il survole tout l'esprit ainsi concentré avec équanimité, l'équanimité en tant que facteur de l'Eveil se lève. Il la développe, et pour lui elle va au comble de son développement.

De même avec les autres trois cadres de référence: sensations, esprit, et qualités mentales.

C'est ainsi que les quatre cadres de référence sont développés et entretenus de façon à amener les sept facteurs de l'Eveil à leur point culminant.

Claires Connaissances et Libération:

Et comment les sept facteurs de l'Eveil sont-ils développés et entretenus de façon à amener la claire connaissance et la libération à leur point culminant? Il y a le cas où un moine développe l'attention en tant que facteur de l'Eveil en dépendance de la réclusion... l'impartialité... la cessation, ce qui aboutit au renoncement. Il développe l'analyse des qualités en tant que facteur de l'Eveil... la persévérance en tant que facteur de l'Eveil... le ravissement en tant que facteur de l'Eveil... la sérénité en tant que facteur de l'Eveil... la concentration en tant que facteur de l'Eveil... l'équanimité en tant que facteur de l'Eveil en dépendance de la réclusion... l'impartialité... la cessation, ce qui aboutit au renoncement.

C'est ainsi que les sept facteurs de l'Eveil, lorsque développés et entretenus, amènent la claire
connaissance et la libération à leur point culminant.

C'est là ce que dit le Béni du Ciel. Gratifiés, les moines se régalèrent des paroles du Béni du Ciel.

Anapana-Sati Sutta dans Majjhima-Nikaya





mercredi 26 septembre 2007

Dans cette vie même



Vous trouverez ci après plusieurs extraits du livre de sayadaw U pandita:
"Dans cette vie même", traduit par Marie Cécile Forget

Voir liste de livres
Informations sur ce livre : ICI


Instructions pour la Méditation :

Méditation assise

Le Bouddha recommande de se choisir pour la méditation, un endroit calme, éventuellement sous un arbre dans la forêt; le méditant pratique paisiblement, assis jambes croisées.

Si ceci pose un problème, il est libre de se trouver une autre façon de s’asseoir. Ceux qui ont des problèmes de dos peuvent très bien pratiquer sur une chaise. Pour trouver la paix de l’esprit, il faut que le corps soit paisible. Il est donc important de se choisir une posture confortable, dans laquelle on puisse méditer pendant un certain temps. Il faut veiller à garder le dos bien droit mais sans raideur et à trouver le bon angle par rapport au sol.
Vous comprendrez facilement pourquoi: un dos voûté ou tordu sera vite douloureux; d’autre part, l’effort de maintenir la posture sans prendre appui sur quoi que ce soit, va énergétiser la pratique. Fermez les yeux et posez votre attention sur le ventre, sur l’abdomen. Respirez normalement, sans forcer; ne cherchez pas à ralentir le souffle ni à l’accélérer, soyez naturel.

Vous pourrez bientôt constater que certaines sensations apparaissent au moment où vous inspirez et que votre abdomen se soulève; de même, lorsque vous expirez, certaines sensations vont se manifester, liées au mouvement d’abaissement de l’abdomen. Essayez alors d’être plus précis et maintenez votre observation pendant toute la durée de ce double processus. Soyez conscients de toutes les sensations liées au mouvement de soulèvement, dès le début du processus. Maintenez votre attention très vigilante jusqu’au moment où ce mouvement se termine. Soyez ensuite conscient des sensations liées au mouvement d’abaissement de l’abdomen et observez le début, le milieu et la fin de ce mouvement.

Si on demande de décomposer les mouvements de soulèvement et d’abaissement de l’abdomen en début, milieu et fin, c’est uniquement pour faire comprendre que l’attention doit être maintenue très éveillée pendant toute la durée de ces deux processus. Mais il ne s’agit pas d’observer trois segments séparément; c’est le processus global qu’il faut observer, sans interruption, du début à la fin et avec précision. Ne forcez pas, ne focalisez pas excessivement votre esprit pour voir à tout prix le début et la fin de ces deux mouvements.

Dans cette méditation, effort et application précise sont très importants; ce sont ces deux facteurs qui vont permettre à l’attention d’atteindre la sensation avec justesse et vigueur. Pour que l’observation soit précise, il est très utile de nommer mentalement l’objet d’attention; on étiquette silencieusement la sensation, en répétant mentalement: “Soulèvement, soulèvement... Abaissement, abaissement...” par exemple.

Comment Gérer les Vagabondages de l’Esprit Il est très probable que de temps à autre, il y ait des pensées vagabondes. A un moment, vous allez vous mettre à penser. Il faut alors observer l’esprit. Soyez conscients de cette pensée. Pour en prendre clairement conscience, vous pouvez la nommer mentalement en vous répétant doucement “penser, penser”, après quoi vous revenez aux mouvements de soulèvement et d’abaissement de l’abdomen.

Et c’est de la même façon qu’il faudra procéder chaque fois qu’un objet se présentera à l’une ou l’autre des six portes sensorielles: l’œil, l’oreille, le nez, la langue, le corps et l’esprit. Personne ne peut rester parfaitement focalisé sur les mouvements de soulèvement et d’abaissement de l’abdomen, même s’il s’y efforce; d’autres objets vont inévitablement apparaître et devenir prédominants.

Dans la méditation, le champ d’observation englobe toutes les expériences sensorielles, quelles qu’elles soient: voir, entendre, sentir, goûter, toucher ainsi que toutes les activités du mental comme les imaginations ou les émotions.
Dès que l’un ou l’autre de ces objets se manifeste, vous devez en prendre conscience de façon objective tout en faisant doucement une note mentale.

Au cours de la méditation assise, si un objet s’impose nettement à l’esprit au point de le distraire des mouvements de soulèvement et d’abaissement de l’abdomen, il doit être noté avec précision. Si par exemple un bruit perçant se manifeste pendant la méditation, vous devez consciemment diriger votre attention vers ce bruit, au moment précis où il apparaît. Réalisez le fait d’entendre et identifiez en même temps l’expérience en faisant doucement la note mentale “entendre, entendre”. Lorsqu’il s’estompe ou qu’il n’est plus prédominant, revenez aux mouvements de soulèvement et d’abaissement de l’abdomen.

C’est le principe de base de la méditation en posture assise. La note mentale ne doit pas être trop compliquée. Un seul mot suffit. Pour l’œil, l’oreille et la langue, nous noterons simplement: “Voir, voir... Entendre, entendre... Goûter, goûter.”

Pour les sensations corporelles, nous pouvons être un peu plus précis et noter par exemple: “Chaleur... pression... dureté... mouvement...” Pour ce qui est des objets mentaux, même s’ils déroutent par leur diversité, ils se réduisent finalement à quelques catégories comme penser, imaginer, se souvenir, faire des projets et visualiser. Quoiqu’il en soit, souvenez-vous que l’étiquetage n’est pas un exercice de vocabulaire. Le but est de nous aider à prendre clairement conscience de l’expérience elle-même, sans être immergé dans son contenu.

Cette technique renforce l’esprit, le focalise. En méditation, nous essayons de développer une attention claire, pénétrante et précise aux différents phénomènes physiques et mentaux. Le simple fait d’être attentif à ces phénomènes va nous mener à la réalisation de leur véritable nature, à la vérité concernant notre vie.

La pratique ne s’arrête pas nécessairement après une heure en posture assise. Elle peut se poursuivre pendant toute la journée, sans interruption. Lorsque vous vous apprêtez à vous lever, commencez par noter soigneusement l’intention d’ouvrir les yeux: “Intention, intention... Ouvrir, ouvrir...” Prenez conscience du phénomène mental de l’intention, ensuite ressentez les sensations provoquées par le mouvement des paupières. Notez ensuite très attentivement et en détail les différentes étapes du mouvement de votre corps qui passe à la posture debout et qui se met en marche. Tout au long de la journée, vous devrez être conscients et noter mentalement la moindre activité du corps comme par exemple le fait d’étendre ou de replier les bras, le fait de vous saisir d’une fourchette, de vous habiller, de vous brosser les dents, de fermer ou d’ouvrir une porte, de baisser les paupières, de manger, etc... Toutes ces activités devront chaque fois être soigneusement observées et mentalement étiquetées.

Il faudra s’efforcer de maintenir l’attention pendant toute la journée, jusqu’au moment où vous irez dormir. En fait, ce n’est pas si difficile: on médite en posture assise, pendant la marche et pour le reste, on est simplement conscient de tout ce qui se passe.

La Méditation en marche

Pendant une retraite, on alterne généralement la méditation assise avec la marche. Les séances se succèdent ainsi tout au long de la journée et durent en principe une heure; mais il est possible de ramener ce temps à trois quarts d’heure. Lorsqu’ils pratiquent la marche attentive, les méditants se choisissent un espace de marche d’une vingtaine de pas qu’ ils parcourent de long en large.

Dans la vie quotidienne également, la pratique de la marche attentive va se révéler intéressante à beaucoup d’égards. Y consacrer une dizaine de minutes avant de s’asseoir est une très bonne façon de focaliser l’esprit. En outre, il est toujours utile d’être attentif lorsqu’on se déplace d’un endroit à l’autre. Cet exercice équilibre et affine l’attention; la concentration qu’elle développe est solide. Elle permet de réaliser des aspects très profonds du Dhamma, parfois même l’illumination!
En fait, un yogi qui ne marcherait pas avant de s’asseoir peut être comparé à une voiture dont la batterie serait déchargée: il ne pourra pas facilement faire démarrer la machine.
La méditation en marche consiste à observer le processus de la marche. Si vous adoptez un rythme relativement rapide, vous notez: “Gauche, droite, gauche, droite” tout en observant les sensations qui se manifestent dans la jambe toute entière. Si vous adoptez un rythme plus lent, faites trois notes à chaque pas: “Lever, avancer, placer le pied”. Dans un cas comme dans l’autre, ce sont les sensations liées au mouvement de la marche qu’il faut essayer d’observer. Lorsque vous arrivez au bout du chemin, vous vous tenez debout, ensuite vous tournez et vous reprenez la marche; observez tout ce qui se passe. Ne regardez pas vos pieds à moins qu’un obstacle sur le chemin ne vous y oblige; il est également inutile de visualiser le pied; ce n’est pas par les yeux que l’on perçoit les sensations; il faut se focaliser directement sur elles.

Lorsque le méditant expérimente pour la première fois les sensations physiques à l’état pur, sans conceptualisation, comme par exemple la légèreté, le fourmillement, la chaleur, le froid, il le vit bien souvent comme une découverte fascinante. Pendant la marche attentive, on divise en général chaque pas en trois mouvements: lever, avancer et placer le pied.
Si on sépare clairement ces mouvements, c’est pour permettre d’observer avec précision; il faut également étiqueter mentalement ces mouvements, chaque fois qu’ils ont lieu, dès qu’ils apparaissent; l’observation doit être maintenue très vive et ferme jusqu’à ce que le mouvement se termine. Précisons, c’est important même si c’est un détail, que le troisième mouvement, “placer”, commence dès le début du mouvement d’abaissement du pied. Le « Nouveau Monde » des Sensations Voyons ce qui se passe lorsque nous notons “lever”. Ce terme “lever” a une signification conventionnelle que nous connaissons bien; mais en méditation, il est important de dépasser cette signification conventionnelle, ce concept et de réaliser la véritable nature du processus d’élévation, dans son entièreté: on commence par noter l’intention de lever le pied et ensuite le processus lui-même avec ses multiples sensations. L’effort déployé pour observer le mouvement d’élévation du pied doit être bien dosé: ni trop fort - la cible est dépassée, ni trop faible - la cible n’est pas atteinte. Viser avec précision et exactitude va aider à trouver le bon équilibre. Si l’ effort est bien dosé et que l’esprit est appliqué avec précision, l’attention va automatiquement s’établir sur l’objet de façon très ferme. Ce n’est qu’en présence de ces trois facteurs, effort, application précise et attention que la concentration pourra se développer. La concentration bien sûr, c’est l’unification, le recueillement de l’esprit; sa caractéristique est d’empêcher sa dispersion, son éparpillement.
Si nous persévérons et que nous affinons encore notre observation du mouvement d’élévation du pied, nous verrons la discontinuité de ce mouvement, il va nous apparaître par segments successifs comme une colonne de fourmis traversant la route; vue de loin, cette colonne semble statique, mais lorsqu’on s’approche, elle se met à chatoyer et à vibrer. Vue d’encore plus près, la colonne se disloque et on ne voit plus que des fourmis séparées les unes des autres. Nous comprenons alors que la colonne en tant que telle n’est qu’une illusion.
Nous sommes maintenant en mesure de voir qu’il n’y a que des fourmis individuelles, se succédant les unes après les autres. Ce sont exactement les mêmes constatations que nous allons faire si nous observons avec précision le mouvement de soulèvement du pied, du début à la fin: le facteur mental appelé “vision pénétrante” se rapproche de plus en plus de l’objet d’attention. Plus il s’en approche, mieux le méditant perçoit la véritable nature du processus d’élévation.

L’esprit humain a quelque chose d’étonnant : lorsque la sagesse est activée et développée par vipassana, la méditation de la vision pénétrante, divers aspects de la vérité à propos de l’existence vont se manifester selon un ordre bien précis. Cet ordre, c’est ce que l’on appelle les étapes de progression vipassana. La connaissance qui se manifeste généralement en premier lieu consiste à réaliser, non pas intellectuellement ou logiquement mais intuitivement, que le processus de soulèvement est double; les méditants commencent à voir distinctement deux phénomènes, l’un mental, l’autre physique, apparaissant en association. Les sensations physiques, l’aspect matériel, sont liées mais cependant distinctes de la conscience de ces sensations, l’aspect mental.

Nous commençons à voir une succession d’événements mentaux et de sensations physiques et à reconnaître le lien de causalité entre l’esprit et la matière. Nous voyons de façon très claire et très directe que l’esprit cause la matière - l’intention de lever le pied provoque la sensation physique de mouvement et nous voyons que la matière conditionne l’esprit - une sensation de forte chaleur amène le désir de nous déplacer vers un endroit ombragé.

La réalisation des causes et des effets peut se faire de façons très variées; mais lorsqu’elle se produit, la vie nous apparaît beaucoup plus simple qu’avant. Il n’y a qu’une chaîne ininterrompue de causes et d’effets physiques et mentaux. C’est la deuxième étape dans l’ordre classique des connaissances vipassana.

Notre concentration va s’approfondir et nous verrons l’impermanence et l’impersonnalité à des niveaux de plus en plus profonds: les phénomènes qui composent le mouvement d’élévation du pied apparaissent et disparaissent à une vitesse fantastique. C’est l’étape suivante, un autre aspect de l’existence que notre attention concentrée nous permet de réaliser. Il n’y a personne derrière ces phénomènes; ce sont des processus vides de substance, qui apparaissent et disparaissent selon la loi de cause et d’effet. Le mouvement et la solidité ne sont qu’illusion; l’œil ordinaire croit reconnaître des objets, des marques distinctives, tout un monde apparemment réel. Mais lorsque le film passe au ralenti, il n’y a plus que des images séparées, statiques.





Il y a cinq types de joie.

La première est appelée "joie mineure". Au début de la pratique, le méditant qui a réussi à maintenir les empêchements à distance suffisamment longtemps, va peut-être commencer à ressentir des secousses, des frissons voluptueux; il aura parfois la chair de poule. Ce sont les premières manifestations de la joie.
Le deuxième type de joie est appelée "joie momentanée". Elle se manifeste brusquement, par à-coups et elle est plus intense que la joie mineure.

Vient ensuite la "joie débordante". L'image classique est celle d'une personne assise au bord de la mer qui subitement verrait arriver vers elle une vague immense prête à l'engouffrer. Le yogi a la même sensation, il se sent soulevé du sol. Son coeur se met à battre, il est submergé et se demande ce qui lui arrive.

Le quatrième type de joie c'est la "joie exubérante ou transport joyeux". Vous vous sentez si léger que vous avez l'impression d'être assis à quelques centimètres au-dessus du sol. Vous avez l'impression de flotter ou de voler plutôt que de marcher sur le sol.

Le cinquième type de joie, la "joie envahissante", est la plus forte de toutes. Elle infiltre le corps tout entier jusque dans ses moindres pores. Si vous êtes en posture assise, vous vous sentez incroyablement à l'aise, vous n'avez aucune envie de vous lever; vous avez au contraire un très fort désir de poursuivre votre méditation sans bouger.

Les trois premiers types de joie sont appelés pâmojja, les joies légères. Mais piti, la forte joie, est un terme réservé aux deux derniers types. Les trois premiers sont les causes pour les deux derniers, ils préparent le terrain.

Selon le Bouddha, l'attention sage est la cause pour la joie comme c'était déjà le cas pour l'effort. C'est la seule. Il faudra être sagement attentif à fournir un effort tel que l'enthousiasme pour que le Bouddha, le Dhamma et le Sangha se manifestent.




La joie : quatrième facteur d’illumination.

L’attention sage est la cause pour la joie.

Selon le Bouddha, l’attention sage est la cause pour la joie. Comme c’était déjà le cas pour l’effort. C’est la seule. Il faudra être sagement attentif à fournir un effort tel que l’enthousiasme pour que le Bouddha, le Dhamma et le Sangha se manifestent.

Les onze façons supplémentaires de développer la joie :

Dans les commentaires, on reconnaît onze moyens de faire surgir la joie :

1. Se remémorer les vertus du Bouddha.

Le premier consiste à se remémorer les vertus du Bouddha, c’est buddhanussati. Il y en a un grand nombre et il n’est sans doute pas indispensable de toutes les connaître pour voir apparaître les premières manifestations de la joie. Il y a par exemple la qualité de araha ; c’est la première vertu à figurer dans la liste traditionnelle ; le Bouddha s’était rendu parfaitement pur en déracinant les kilesas ; il méritait dès lors le respect des humains, des devas et des brahmas. Vous réussirez peut-être à faire à faire surgir en vous la joie par le simple fait de réfléchir à la façon dont le Bouddha se débarrassa des kilesas et obtint la pureté de l’esprit...


2. Se réjouir dans le Dhamma.

La seconde façon de faire surgir la joie consiste à pratiquer le souvenir du Dhamma et de ses vertus. Traditionnellement, la première de ces vertus s’exprime par une phrase : « Le Dhamma est bien exposé par le Bouddha ; oui, le Dhamma est bien proclamé par le bouddha ». Le Dhamma a été excellemment enseigné par le Bouddha et actuellement, la façon dont vos professeurs le transmettent est fiable. C’est une bonne raison de se réjouir. Le Bouddha a beaucoup parlé du triple entraînement de sîla, de sâmadhi et de pannâ. Celui qui le suit doit commencer par assurer la pureté de son comportement en observant les préceptes moraux. Nous allons essayer de vivre à un haut niveau d’intégrité morale, en contrôlant nos actions et nos paroles. Ceci va amener beaucoup de bénéfices. Nous serons libres de l’autocritique, du blâme et du remords. Nous serons également libres de la censure par les sages et de la condamnation par la loi.

Nous allons ensuite développer la concentration en suivant les instructions du Bouddha. Si notre motivation est sincère et que nous pratiquons avec constance et persévérance, nous expérimenterons le bonheur et la clarté, notre esprit sera lucide et paisible. C’est samatha sukha, le bonheur qui procède de la concentration et de la tranquillité d’esprit. Il est même possible d’atteindre les différents niveaux d’absorption ou jhanas, états béatifiques extraordinaires dus à la suppression temporaire des kilesas.

Et lorsque vous serez arrivés à vipassanâ, vous porrez expérimenter un troisième type de bonheur. Vous pénétrerez plus profondément dans le Dhamma, atteindrez le stade de connaissance de l’apparition et de la disparition des phénomènes et serez grisé par un type de joie que l’on pourrait qualifier de « frissonnante ».
Elle sera suivie de la « joie née de la clarté ». Et lorsque finalement vous aurez atteint le stade de connaissance appelé sankharupekkânâna, la connaissance de l’équanimité par rapport aux formations, vous expérimenterez la « joie de l’équanimité ». L’agitation et l’excitation auront fait place à un bonheur plus profond, très subtil et équilibré. Ceux qui s’engagent dans la pratique verront donc se réaliser les promesses et garanties du Bouddha, ils expérimenteront ces différents types de bonheur. Si vous réussissez à tous les vivre dans votre pratique, vous serez en mesure d’apprécier en profondeur la justesse des paroles du Bouddha. Vous aussi vous direz alors : « Le Dhamma est bien exposé par le Bouddha ; oui, le Dhamma est bien proclamé par le bouddha ».



3. Apprécier les vertus de la Sangha.

Se remémorer les vertus de la sangha constitue, selon les commentaires, la troisième façon majeure de développer la joie. La sangha est la communauté des personnes nobles entièrement engagées dans le Dhamma, qui mènent leur effort avec patience et sincérité. Ils suivent correctement la voie, sans faire de détour, et atteignent leur destination respective...


4. Considérer ses propres vertus.

La quatrième façon de faire surgir la joie consiste à considérer dans quelle mesure on a réussi à maintenir la pureté du comportement, cette puissante vertu qui amène un sentiment intense de satisfaction et de joie chez celui qui la possède. Mais elle exige beaucoup de persévérance. En repensant aux efforts que vous avez fournis pour y arriver, vous ressentirez peut-être un profond sentiment d’accomplissement et de bonheur...


5. Se remémorer sa propre générosité.

La cinquième façon de faire surgir la joie consiste à se remettre en mémoire sa propre générosité. Pour être méritoire, la charité doit se pratiquer sans espoir de retour, dans l’unique but de rendre les autres heureux, paisibles, en leur souhaitant de se libérer de la souffrance. En plus des mérites, un tel acte amène un bonheur et une satisfaction intenses. C’est la motivation qui est déterminante : pour être bénéfique, elle ne doit contenir aucune trace d’égoïsme...


6. Considérer les vertus des Dieux.

La sixième façon de faire surgir la joie consiste à réfléchir aux vertus des devas et des brahmâs, les êtres qui vivent dans les plans supérieurs. Lorsqu’ils se trouvaient encore dans le plan humain, ces gens ont cru au kamma. Etant persuadés que les actions positives amènent des récompenses et que les actions négatives ont des conséquences néfastes, ils s’efforçaient de pratiquer le bien et de s’abstenir du mal. Certains pratiquaient même la méditation. A cause des énergies pures qu’ils avaient ainsi introduites en eux, ils reprirent naissance dans des états supérieurs où la vie est plus agréable que dans le plan humain...

7. réfléchir à la Paix absolue.

La septième façon de faire surgir la joie consiste à méditer sur la paix qui résulte de la cessation des kilesas. Au sens ultime, c’est nibbâna.
Si vous en avez déjà fait l’expérience, vous pourrez faire surgir beaucoup de joie en vous la remémorant.

Si vous n’avez pas encore expérimenté nibbâna, vous pouvez réfléchir à la fraicheur des états concentrés, ou jhânas. La concentration profonde amène une paix qui est de loin supérieure aux plaisirs mondains...

Le calme et la fraîcheur s’installe tout naturellement lorsque les kilesas ont été maintenues à distance pendant un certain temps...




8 et 9. Eviter la compagnie des gens grossiers, recherchez la compagnie des gens raffinés.

Les huitième et neuvième façons de faire surgir la joie sont liées. Eviter la compagnie des gens rudes et grossiers, facilement pris par la colère, les gens qui manquent de mettâ –d’amour bienveillant- et rechercher d’autre part la compagnie des personnes raffinées, au cœur compatissant...

10. Penser aux Suttas.

La dixième façon de faire surgir la joie consiste à méditer sur les suttas. Lorsqu’il y est question des vertus du Bouddha, ces sermons peuvent faire surgir beaucoup de joie et de bonheur chez les personnes ferventes de nature. D’autres, et notamment le Satipatthana Sutta, parlent des bénéfices de la pratique du Dhamma. D’autres encore d’histoires inspirantes à propos de la sangha, la communauté des êtres nobles. Repenser à ces lectures peut donner de l’inspiration et faire surgir la joie et la bonheur.

11. Incliner l’esprit.

La dernière façon de développer la joie consiste à incliner l’esprit vers ce but, avec fermeté et détermination. Il faut comprendre que la joie apparaît dès que l’esprit est suffisamment pur. Si vous voulez la faire surgir, il faudra donc faire l’effort d’être attentif à chaque instant pour qu’avec la concentration, les kilesas soient maintenues à distance. Il faudra beaucoup de détermination pour maintenir votre attention ferme et ininterrompue en posture assise, couché, en marche, debout et dans toutes activités.





Les sept facteurs d'illumination

Ce n'est pas en regardant les étoiles qu'on atteint l'illumination. La seule lecture ou étude des textes ne permet pas de l'obtenir, pas plus que la réflexion ou le désir de la voir se produire dans son esprit. Certaines conditions ou préalables sont nécessaires pour cela. En pali on parle des bojjhhangas, les facteurs d'illumination ; il y en a sept.

Le mot bojjhangas se compose de bodhi qui veut dire "illumination" ou "personne illuminée" et de anga, "facteur causal". On peut donc traduire ce terme par "facteur causal présent chez l'être illuminé" ou "cause pour l'illumination". Il y a une autre sens au mot bojjhanga qui se base sur une interprétation de ces racines palies. La signification alternative du mot "bodhi" est "la connaissance qui comprend ou voit les Quatre Nobles Vérités" : la vérité de la souffrance universelle ou insatisfaction ; la vérité du désir, cause de la souffrance et de l'insatisfaction ; la vérité selon laquelle il est possible de mettre fin à la souffrance, et la vérité du chemin qui mène à la fin de cette souffrance, soit le Noble Octuple Sentier. La signification alternative du mot "anga" est "partie" ou "portion". La deuxième signification de bojjhanga est donc "la partie spécifique de la connaissance qui voit les Quatre Noble Vérités".

Tous les méditants vipassanâ en arrivent à comprendre les Quatre Nobles Vérités dans une certaine mesure mais la véritable compréhension de ces vérités suppose un moment de conscience particulier, profondément transformant, que l'on appelle la conscience du chemin. C'est un des stades les plus avancés de la pratique vipassanâ.
Cette conscience inclut l'expérience de nibbâna. Le yogi qui en a fait l'expérience comprend en profondeur les Quatre Nobles Vérités et peut donc être considéré comme quelqu'un qui possède les bojjhangas.
Une telle personne est dite noble. En ce sens, les bojjhangas ou facteurs d'illumination peuvent également être vus comme les qualités ou caractéristiques d'un être noble. On parle parfois des sambojjhangas, le préfixe sam voulant dire complet, parfait, correct ou vrai. Le préfixe n'apporte pas de modification très importante à la signification du mot mais il l'intensifie et lui donne de l'éclat.

Les sept facteurs d'illumination, autrement dit les sept qualités d'une personne noble sont : l'attention, l'investigation, l'effort, la joie, le calme, la concentration et l'équanimité.

En pali sati, dhamma-vicaya, viriya, pîti, passadhi, samâdhi, upekkhâ. Ces sept facteurs sont présents tout au long du cheminement vipassanâ. Du point de vue des stades de progression, nous pouvons dire que ces sept facteurs d'illumination ne commencent à être clairement discernables qu'au stade de connaissance des apparitions et disparitions des phénomènes. Comment faire pour développer ces facteurs en soi? Par la pratique de la méditation satipatthâna. La Bouddha a dit : "Oh ! Bhikkhus, en pratiquant sans interruption et avec constance les quatres fondements de l'attention, on développe automatiquement et jusqu'à maturité les sept types de bojjhangas."





les jhanas de vipassana, (cet extrait est aussi copié dans les jhanas)



Il y a deux types de jhānas, les jhānas de samatha et les jhānas de vipassanā.

Les Jhānas de Samatha

Ceux qui ont déjà une certaine connaissance des jhānas de samatha, se demanderont peut-être pourquoi j’en parle ici alors que nous pratiquons vipassanā. Samatha jhāna est la pure concentration ; l’attention se fixe sur un seul objet – une image mentale par exemple, un disque de couleur ou une lumière. L’esprit reste fixé sur cet objet sans s’en écarter, sans se déplacer ailleurs. Il va ainsi progressivement se calmer, se tranquilliser et se concentrer jusqu’au moment où il sera absorbé dans cet objet. On reconnaît dans les écritures différents niveaux d’absorption, chaque niveau ayant ses propres caractéristiques.


Les Jhānas de Vipassanā

Les jhānas de vipassanā permettent par contre à l’esprit de se déplacer librement d’un objet à l’autre, tout en restant fixé sur les caractéristiques d’impermanence, d’insatisfaction et de non soi, qui sont les traits communs à tous les phénomènes. L’esprit capable de rester fixé sur la béatitude de nibbāna fait également partie de vipassanā jhāna. Alors que le but du méditant samatha est la tranquillité et l’absorption, c’est la vision pénétrante et la sagesse qui sont les résultats les plus importants de la pratique de vipassanā jhāna. L’esprit se focalise ici sur les paramattha dhammas, ce que l’on appelle communément « la réalité ultime » ; ce sont tout simplement les choses que nous expérimentons directement au moyen de nos six sens sans passer par la conceptualisation. Le plus souvent, ce seront des sankhāra paramattha dhammas, des phénomènes appartenant à la réalité ultime conditionnée : le flux perpétuellement changeant des phénomènes physiques et mentaux. Nibbāna est également un paramattha dhamma, mais bien sûr, il n’est pas conditionné.

La respiration est un bon exemple de processus conditionné. Les sensations que vous expérimentez au niveau de l’abdomen, sont la réalité ultime conditionnée, les sankhāra paramattha dhammas, qui sont causés par l’intention de respirer. Lorsqu’il concentre son attention sur l’abdomen, le méditant cherche à pénétrer la qualité, la nature réelle de ce qui se passe à cet endroit du corps. Si vous percevez des mouvements, des tensions, de la dureté, de la chaleur ou du froid, vous commencez à développer les vipassanā jhānas.

L’attention au contact sensoriel suit le même principe. S’il y a effort diligent et attention pénétrante, l’esprit focalisé sur ce qui se passe au moment d’un contact sensoriel, comprend la véritable nature de ce processus. Les activités sensorielles seront comprises à la fois dans leurs caractéristiques individuelles et dans leurs caractéristiques communes.
Si nous nous référons à la classification en quatre niveaux des jhānas, le premier comprend cinq facteurs que nous allons décrire maintenant. Ils sont tous importants dans la pratique de vipassanā.

Les Cinq Facteurs Jhāniques

Le premier facteur est appelé vitakka : c’est le fait de viser l’objet et d’y appliquer l’esprit avec précision. Le faire avec fermeté, de façon à ce qu’il ne puisse pas s’échapper, est un autre aspect de ce premier facteur jhānique.

Le deuxième facteur est vicāra (prononcez « vichara »), que l’on traduit généralement par « investigation » ou « réflexion ». Vitakka a amené l’esprit sur l’objet et l’y a établi fermement. Vicāra prend le relais et va y frotter l’esprit. Vous pouvez expérimenter cela par vous-même lorsque vous observez les mouvements de soulèvement et d'abaissement. On commence par faire l’ effort de diriger l’esprit de façon très précise vers le processus de soulèvement. L'esprit atteint la cible, il ne glisse pas superficiellement à la surface de l’objet mais y adhère et s’y frotte.

Vous maintenez cette attention intuitive et précise de façon ininterrompue ; l’esprit se purifie petit à petit. Les empêchements, comme le désir, l’aversion, la paresse, l’agitation et le doute, s’affaiblissent et lorsqu’ils auront disparu, l’esprit devient calme et limpide comme du cristal. Cette lucidité est due à la présence des deux facteurs jhāniques dont nous venons de parler. On l’appelle viveka, ce qui veut dire « réclusion ». La conscience s’est retirée loin des empêchements. Viveka n’est pas un facteur jhānique ; ce n’est qu’un terme qui désigne cet état de réclusion de la conscience.
Le troisième facteur jhānique, c’est pīti, la joie, un intérêt enthousiaste pour ce qui se passe. Ce facteur peut se reconnaître à certaines manifestations physiques, comme la chair de poule, l’impression d’être subitement entraîné vers le bas, comme si on était dans un ascenseur ou au contraire , d’être soulevé du sol.

Le quatrième facteur jhānique est sukha, le bonheur ou le confort. Il suit de très près le troisième. Le méditant est très satisfait de sa pratique. Ces troisième et quatrième facteurs jhāniques sont apparus du fait que l’esprit s’est éloigné des empêchements ; c’est la raison pour laquelle on les appelle vivekaja pīti sukha, ce qui veut dire « joie, ravissement et bonheur nés de la réclusion ».

Il faut voir cette séquence comme un enchaînement de causes et d’effets. La réclusion de l’esprit se produit étant donné la présence des deux premiers facteurs jhāniques. En effet, si la conscience est appliquée de façon précise à l’objet, qu’elle l’atteint et s’y frotte, elle va progressivement s’isoler. Etant à l’abri des empêchements, elle expérimente la joie, le bonheur et le confort.

Lorsque les quatre premiers facteurs jhāniques sont présents, l’esprit va automatiquement se calmer, se pacifie ; il devient capable de se concentrer sur ce qui se passe sans s’éparpiller ni se disperser. Cette fixité de l’esprit est le cinquième facteur jhānique, samādhi ou concentration.


Pour Accéder au Premier Jhāna de Vipassanā, il faut qu’il y ait Réalisation de l’Esprit et de la Matière

La présence de ces cinq facteurs ne suffit pas pour faire surgir le premier jhāna de vipassanā. Il faudra pour cela que l’esprit pénètre plus profondément dans le Dhamma et voie le lien qui unit l’esprit et la matière. Si tel est le cas, on peut dire que l’accès au premier jhāna de vipassanā s’est produit. Le yogi qui dispose de ces cinq facteurs jhāniques expérimente une nouvelle qualité d’attention, plus précise et qui adhère mieux à l’objet. Il peut ressentir une joie, un bonheur et un confort intenses au niveau du corps également. Tout cela va peut-être l’amener à se vautrer dans les merveilles de la pratique. « Oh ! Formidable ! Je suis arrivé à être vraiment précis et subtil ! J’ai même l’impression de flotter ! » Vous aurez sans doute compris qu’il s’agit là d’attachement.

L’Arrêt intérieur

Tout le monde peut se retrouver un jour ou l’autre prisonnier de cette joie, de ce bonheur et de ce confort. L’attachement à ce qui se passe à l’intérieur de soi à ce moment-là, est la manifestation d’un type particulier de désir, qui ne porte par sur les plaisirs mondains ordinaires. Il qui procède directement de la pratique elle-même. Si le méditant n’est pas capable de le voir au moment où il se manifeste, sa méditation sera perturbée. Au lieu de noter immédiatement ces phénomènes agréables, il s’y complaît sans y être attentif: il pense aux joies futures que lui réserve la pratique. Nous comprenons maintenant la mystérieuse recommandation du Bouddha : cet attachement aux résultats agréables de la méditation est précisément ce qu’il appelle l’arrêt intérieur.

J’espère avoir réussi à expliquer ce très court sutta qui nous demande d’éviter à la fois le vagabondage extérieur et l’arrêt intérieur. Mais il y a cependant plus à dire si nous voulons comprendre en profondeur.


La Triple Réclusion

Le sutta recommande d’éviter certaines choses lorsqu’on pratique la méditation, à commencer par le contact avec les plaisirs sensuels, kāma et avec les dhammas négatifs. C’est précisément la pratique de la triple réclusion qui va permettre d’y arriver: kāya viveka, la réclusion du corps, citta viveka, la réclusion de l’esprit et vikkhambhana viveka, celle qui résulte des deux premières, un état caractérisé par le fait que les empêchements et les impuretés sont faibles et maintenus à distance.

Kāya viveka ne concerne pas le corps physique lui-même mais plutôt le « corps » des objets susceptibles de faire surgir le plaisir sensuel. C’est l’isolement par rapport à l’ensemble des objets sensoriels: sons, formes visuelles, odeurs, goûts et impressions tactiles.
La réclusion par rapport aux dhammas négatifs appartient à citta viveka : l’esprit se met à l’abri des empêchements qui obstruent le développement de la concentration et de la sagesse. Concrètement, il s’agit donc tout simplement d’être attentif de façon ininterrompue. On dit du méditant qui a réussi à maintenir la continuité de l’attention, qu’il a activé citta viveka.
Les deux premiers types de viveka ne sont réalisables que par l’effort. Pour kāya viveka, il faudra renoncer aux environnements qui favorisent les plaisirs sensuels et pratiquer dans un endroit propice à la paix mentale. Mais il va de soi que ce premier isolement ne suffit pas. Il faudra poursuivre avec citta viveka et être attentif à tous les contacts susceptibles de se manifester aux six portes sensorielles.

Etre attentif, c’est diriger délibérément l’esprit vers l’objet ; cet effort est capital car il permet de cadrer, d’appliquer la pensée à l’objet de façon très précise, ce qui constitue justement le premier facteur jhānique, vitakka.

Il faudra donc viser correctement. Vous essayez tant bien que mal, d’observer le soulèvement et l’abaissement de l’abdomen ; vous progressez, l’esprit atteint l’objet et arrive petit à petit à voir clairement des sensations de dureté, de tension, de mouvement. Il commence à adhérer à ces mouvements et à s’y frotter. C’est vicāra, comme nous l’avons expliqué. Après un certain temps, il va s’y fixer et s’y absorber. S’il est maintenu sur les mouvements de soulèvement et d'abaissement de l'abdomen, les pensées vont se raréfier ; il se peut même que par moment, il n’y en ait plus aucune. De toute évidence, l’esprit est alors libre des objets sensuels désirables, de même que des kilesas qu’ils introduisent. On peut dire que kāya viveka et citta viveka ont été réalisés. Si la pratique se poursuit de façon continue, que l’effort est maintenu sans interruption, les kilesas vont s’estomper à l’horizon. Vous détenez alors la troisième et dernière forme de réclusion, vikkhambhana viveka.


Un Type Particulier de Joie

Vikkhambhana viveka va adoucir et affiner l’esprit qui va devenir, lucide, alerte, habile et souple. Une forme particulière de bonheur va se manifester : c’est nekkhama sukha, le bonheur et le confort d’un esprit libre des objets sensuels et des kilesas négatives qui réagissent à ces objets. Au lieu d’un plaisir ordinaire et très palpable, c’est le confort libérateur qui apparaît. N’est-il pas étrange qu’en abandonnant le bien-être sensoriel, on en obtienne un autre, celui de se sentir libre par rapport à ces sens qu’on vient d’abandonner ? C’est cela le véritable renoncement aux plaisirs sensuels.

La réclusion de l’esprit par rapport aux dhammas négatifs est en réalité une réclusion de l'esprit par rapport à toutes les kilesas. Elles n’ont aucune chance de se manifester car leur cause immédiate, les plaisirs sensuels, ont été abandonnés. Le mot jhāna qui d’ordinaire, signifie « état d’absorption », prend ainsi une signification supplémentaire. Les facteurs jhāniques de vitakka, l’application de l’esprit et de vicāra, le frottement, provoquent l’abandon des plaisirs sensuels et la mise à distance des kilesas. En plus de l’absorption, les jhānas amènent donc également la disparition des kilesas. Il les font disparaître en fumée.

Le Lien entre Vitakka et Vicāra

Vitakka et vicāra, application précise de l’esprit et frottement à l’objet, sont deux facteurs très importants dans le développement des états jhāniques. Il est souvent question dans les écritures du lien très étroit qui les unit. En voici deux illustrations.
Imaginez qu’il y a là un bol en cuivre sale et terni. D’une main, vous le tenez et de l’autre vous le frottez avec un chiffon enduit de crème à polir. Si vous travaillez consciencieusement, soigneusement et de façon constante, il va très vite redevenir brillant.

De la même façon, le yogi devra maintenir son esprit là où l’objet primaire se manifeste, c'est-à-dire l’abdomen. A chaque instant il fait surgir l’attention à cet endroit précis, l’y frotte jusqu’au moment où la saleté et la pollution des kilesas auront disparus. Le méditant sera alors en mesure de pénétrer la véritable nature de ce qui se passe à ce point précis. Il comprendra le processus de soulèvement et d’abaissement. Si d’autres phénomènes deviennent prédominants et supplantent l’objet primaire, il devra bien sûr les noter en leur appliquant vitakka et vicāra également.

Le fait de tenir le pot dans la main c’est vitakka, l’action de polir c’est vicāra. Imaginez ce qui se passerait si le yogi se contentait de serrer le bol dans la main sans le polir ; il resterait aussi sale qu’avant. Et s’il essayait de le polir sans le tenir fermement, ce ne serait pas beaucoup plus efficace. Cet exemple illustre l’interdépendance de ces deux facteurs.

Un autre exemple est celui du compas, l’instrument que l’on utilise en géométrie. Comme vous le savez, un compas a deux bras : le premier est pointu et l’autre est pourvu d’une mine. La pointe aiguë du compas c’est l’esprit, il faut le placer fermement sur l’objet de méditation ; il faudra ensuite le faire tourner de façon à ce qu’il puisse se faire une idée générale très claire de l’objet. Le résultat c’est un cercle parfait.
Le fait de fixer la pointe sur l’objet, c’est vitakka ; la rotation, c’est vicāra.

La Connaissance Intuitive Directe

On traduit parfois vicāra par « investigation » ou « pensée soutenue ». Mais cette traduction est très déroutante. En Occident, on forme les gens au raisonnement logique dès leur jeune âge, on leur apprend à toujours rechercher le comment et le pourquoi des choses. Cette façon d’investiguer est malheureusement inappropriée en méditation. L’apprentissage intellectuel n’est qu’un moyen parmi d’autres d’acquérir la connaissance. On peut y arriver de façon intuitive, immédiate. Dans vipassanā, observe directement la réalité ultime, les paramatthas dhammas. Il faut les expérimenter directement, sans faire de détour par la pensée. C’est la seule façon d’atteindre la sagesse et la vision pénétrante de la réalité telle qu’elle est vraiment, de l’état naturel des choses. Le raisonnement intellectuel peut beaucoup nous apprendre sur la réalité ultime, mais sans l’expérience directe de la réalité, il est impossible d’acquérir la sagesse même si on a lu énormément.

Les jhānas de samatha amènent la tranquillité mais sont incapables de faire surgir la sagesse, parce que dans ce type de méditation, l’observation porte sur des concepts ; on n’observe pas ce qui peut s’expérimenter directement sans passer par la pensée. Vipassanā jhāna par contre, mène à la sagesse car ici le méditant maintient un contact direct et soutenu avec la réalité ultime.

Imaginez qu’il y a en face de vous une pomme dont on vous a dit qu’elle était très juteuse, sucrée, délicieuse. Votre regard tombe sur ce fruit et vous vous dites, « Mince! Cette pomme a vraiment l’air très juteuse. Je suis sûr qu’elle est délicieuse ». Vous pouvez penser ou imaginer tout ce que vous voulez, tant que vous n’aurez pas mordu dans le fruit, vous n’en connaîtrez pas vraiment le goût. C’est pareil en méditation. Vous pouvez vous faire une idée très claire de certaines choses mais tant que vous n’aurez pas fait l’effort de pratiquer, on ne peut pas dire que vous les avez vraiment expérimentées. Si vous procédez correctement, vous allez réaliser par vous-même. Il ne sera plus question de conjectures à propos du goût de cette pomme.