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mardi 26 février 2008

Lâcher prise avant de mourir



Remarques préalables

Cet enseignement est la suite du message précédant : BUDDHO, celui qui connaît.

Il s'agit d'un autre passage de "Notre vraie demeure" de Ajahn Chah

Cet enseignement est sans doute l'un des enseignements les plus émouvants d'Ajahn Chah, car il s'adresse à une disciple laïque, une femme âgée qui va mourir...

J'ai déjà lu cet enseignement de nombreuses fois, mais à chaque fois que je le relis, je suis remplie de compassion pour tous les êtres qui sont entrain de mourir, pour tous les êtres qui souffrent de la perte d'un être cher, mais aussi pour moi même puisque je mourrai un jour, proche ou lointain 

Dans l'extrait précédant, pour faire face à la souffrance, il lui enseigne le mantra BUDDHO, dans cet extrait il lui enseigne (où plutôt il lui "rappelle" car s'agissant d'un "disciple laïc" il a déjà pratiqué) le lâcher prise et la conscience de la respiration. 

Un jour où l'autre notre tour viendra, il nous faudra alors lâcher prise afin de mourir en Paix avec nous même, serons nous prêt à le faire ?

Alors, profitons pleinement de l'instant présent pour pratiquer et lâcher prise, car bien souvent nous mourons seul, sans personne pour nous accompagner et nous aider à faire face à notre peur et à mourir en paix, hormis nous même.


Extrait de "Notre vraie demeure"

(...)


Alors lâchez prise, déposez tout, tout sauf la connaissance. 

Ne vous laissez pas abuser si des visions ou des sons surgissent dans votre mental pendant la méditation. Déposez tout cela. Ne vous accrochez à rien. Restez simplement avec cette conscience non duelle. 

Ne vous préoccupez ni du passé, ni du futur, restez simplement tranquille et vous atteindrez l’endroit où il n’y a rien qui aille vers l’avant, rien qui aille vers l’arrière, rien qui s’arrête, l’endroit où il n’y a rien à saisir, rien à quoi s’attacher.

Pourquoi? Parce qu’il n’y a pas de soi, pas de “moi”, rien “à moi”. Tout a disparu. Le Bouddha nous a appris à nous vider de tout dans le sens de ne rien emporter avec nous, connaître et lorsqu’on connaît, lâcher prise.

De réaliser la Vérité, le chemin vers la liberté, hors du Cycle des Naissances et des Morts, est un travail que chacun de nous a à faire seul. Alors continuez à lâcher prise et à comprendre les enseignements. 

Mettez vraiment de l’effort dans votre contemplation. Ne vous faites pas de soucis pour votre famille. En ce moment, ils sont comme ils sont, dans le futur, ils seront comme vous. Personne au monde ne peut échapper à ce destin. 

Le Bouddha nous a dit de déposer tout ce qui n’a pas de réelle substance durable. Si vous déposez tout, vous verrez la vérité, si vous ne le faites pas, vous ne la verrez pas. C’est ainsi et c’est la même chose pour tout le monde. Alors, ne vous faites pas de soucis et ne vous accrochez à rien.

Si vous vous surprenez à penser, c’est bien aussi, pour autant que vous pensiez avec sagesse. Ne pensez pas de manière déraisonnable. Si vous pensez à vos enfants, pensez à eux avec sagesse, pas de manière déraisonnable. 

Quelle que soit la chose vers laquelle votre mental se tourne, pensez et prenez connaissance de cette chose avec sagesse, en étant consciente de sa nature. Si vous connaissez quelque chose avec sagesse, alors vous pouvez lâcher prise de cette chose et il n’y a pas de souffrance. Le mental est lumineux, joyeux, en paix et comme il tourne le dos aux distractions, il est indivisé.

En ce moment même, la chose qui peut vous aider et vous soutenir est de suivre votre respiration. C’est votre tâche, pas celle de quelqu’un d’autre.

Laissez les autres faire leur propre travail. Vous avez votre devoir et votre responsabilité et vous n’avez pas à prendre sur vos épaules ceux de votre famille. Ne prenez rien d’autre, lâchez prise de tout. Ce lâcher prise rendra votre mental calme.

Votre seule responsabilité en ce moment est de focaliser votre mental et de l’amener vers la paix. Laissez tout le reste aux autres. Les formes, les sons, les odeurs, les goûts, laissez les autres s’en occuper. Laissez tout derrière vous et faites votre propre travail, remplissez votre propre responsabilité. 

Ce qui apparaît dans votre mental, que ce soit de la peur ou de la douleur, la peur de la mort, de l’anxiété au sujet des autres ou n’importe quoi d’autre, dites à cette chose “Ne me dérange pas. Ce n’est plus mon affaire”. Continuez à vous dire cela quand vous voyez ces phénomènes (...)se produire.

(...) Et à propos du mot “monde”? Le monde est l’état même du mental qui vous agite en ce moment. “Que va faire cette personne? Et que va faire celle-là? Quand je serai morte, qui va s’occuper d’eux? Comment vont-ils réussir?” Tout cela n’est que le “monde”.

Même la simple apparition d’une pensée de peur de la mort ou de douleur, c’est le monde.

 Jetez le monde par-dessus bord! Le monde est comme il est. Si vous lui permettez de surgir dans le mental et de dominer la conscience, alors le mental s’obscurcit et ne peut se voir lui-même. 

Alors, quelle que soit la chose qui apparaisse dans le mental, dites-vous seulement “Cela ne me concerne pas. Cela ne dure pas, c’est non-satisfaisant et ça n’a pas d’identité propre”.

Si vous pensez que vous aimeriez vivre longtemps, cela vous fera souffrir. Mais vouloir mourir tout de suite ou très rapidement, c’est aussi de la souffrance, n’est-ce pas? 

Les conditions ne nous appartiennent pas, elles suivent leurs propres lois naturelles. Vous ne pouvez rien changer à la manière d’être du corps. Vous pouvez l’embellir un peu, vous pouvez le rendre attrayant et propre pendant un temps, comme les jeunes filles qui peignent leurs lèvres et se laissent pousser les ongles, mais quand l’âge arrive, tout le monde est dans le même bateau. Ainsi va le corps, vous ne pouvez le changer. Ce que vous pouvez améliorer et embellir par contre c’est le mental.

Tout le monde peut construire une maison en bois et en briques, mais le Bouddha a enseigné que cette sorte de maison n’est pas notre vraie demeure, elle ne nous appartient que par le nom. C’est une maison dans le monde et elle suit les manières du monde.

Notre vraie demeure est la paix intérieure. Une maison matérielle extérieure peut bien être belle mais elle n’est pas très paisible. Il y a ce souci et puis celui-là, cette anxiété-ci et puis celle-là. Ainsi nous disons que ce n’est pas notre vraie demeure, elle est extérieure à nous, tôt ou tard, nous devrons y renoncer. 
Ce n’est pas un endroit où nous pouvons vivre de manière permanente parce qu’elle ne nous appartient pas vraiment, elle fait partie du monde.

C’est la même chose avec notre corps; nous nous identifions à lui, c’est “moi” et c’est “le mien” mais en fait ce n’est pas du tout comme cela, c’est aussi une demeure qui fait partie du monde.

Votre corps a suivi son cours naturel, depuis la naissance jusqu’à ce qu’il devienne vieux et malade et vous ne pouvez l’empêcher de fonctionner ainsi, c’est la vie. Vouloir qu’il soit différent serait aussi insensé que de vouloir qu’un canard ressemble à un poulet.

Quand vous voyez cela, c’est impossible; en voyant qu’il est dans l’ordre des choses qu’un canard soit un canard et un poulet un poulet, que les corps doivent vieillir et mourir, vous trouverez de la force et de l’énergie. Même si vous souhaitez très fort que votre corps continue à vivre très longtemps, il ne suivra pas votre envie.
(...)

vendredi 15 février 2008

Méditation guidée sur la Compassion (Karuna) et l'Amour Bienveillant (Metta)






Pensez à vous-mêmes. Vous vous souvenez peut-être de quelques-unes de vos difficultés, quelques-uns des conditionnements douloureux que vous avez intensément perçus (...)
A cause d'eux, vous avez peut-être eu du mal à rester stable. Et ils vous causent peut-être encore des difficultés, une certaine confusion, des doutes, de l'aversion envers vous-mêmes ou envers les autres.

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à votre égard, suivie par le souhait de l'Amour Bienveillant, le souhait de trouver la paix de l'esprit.

Faites que je puisse lâcher-prise, abandonner la colère, la peur, l'inquiétude et l'ignorance. Puissé-je aussi avoir la Patience, la Sagesse et la détermination pour affronter et surmonter les difficultés, les problèmes et les défis de la vie. Faites que je puisse trouver la Paix de l'esprit.



Maintenant imaginez, en face de vous, vos Parents ou un certain membre de votre famille.
Essayez de comprendre quelques-unes des difficultés qu'ils ont pu rencontrer ou qu'ils connaissent encore. Peut-être la confusion, le manque de sérénité, la peur de vieillir

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à l'égard de vos parents ou de ce membre de votre famille, suivie par le souhait de l'Amour Bienveillant, le souhait qu'ils trouvent la paix de l'esprit.

Puissent-ils apprendre à lâcher-prise, à abandonner la colère, la peur, l'inquiétude et l'ignorance. Puissent-ils toujours se sentir bien. Puissent-ils aussi avoir la patience, la sagesse et la détermination d'affronter et de surmonter les difficultés, les problèmes et les défis de la vie. Puissent-ils trouver la Paix de l'esprit.


Maintenant, pensez à d'autres méditants, (..) souvenez-vous peut-être de leurs visages. Ces méditants qui ont fait tout ce qu'ils ont pu, comme vous, pour être attentifs au moment présent. Essayez de vous identifier à quelques-unes de leurs difficultés.

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à l'égard de ces méditants, suivie par le souhait de l'Amour Bienveillant, le souhait qu'ils trouvent la Paix de l'esprit.

Puissent les autres méditants apprendre à lâcher-prise, à abandonner la colère, la peur l'inquiétude et l'ignorance. Puissent-ils toujours se sentir bien. Puissent-ils aussi avoir la Patience, la Sagesse et la détermination d'affronter et de surmonter les difficultés, les problèmes et les défis de la vie. Puissent les autres méditants trouver la Paix de l'esprit.



Continuez à élargir votre vision et vos pensées à tous les gens de l'île (votre région) ceux qui ne sont pas encore libérés des problèmes, qui sont encore sous le pouvoir de leur conditionnement négatif, qui se trompent encore.

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à leur égard, suivie par le souhait de l'Amour Bienveillant, le souhait qu'ils trouvent la paix de l'esprit.

Puissent tous les habitants de l'île (ma région) apprendre à lâcher-prise, à abandonner la colère, la peur l'inquiétude et l'ignorance. Puissent-ils toujours se sentir bien. Puissent-ils avoir la Patience, la Sagesse et la détermination d'affronter et de surmonter les difficultés,les problèmes et les défis de la vie. Puissent tous les habitants de cette île (remplacer île par le nom de votre région) trouver la Paix de l'esprit.



Étendez à présent votre vision et vos pensées à tous les habitants de Thaïlande, (remplacer thailande par votre pays ou le pays où vous vous trouvez en ce moment), jeunes, vieux, hommes, femmes, riches ou enfants, se levant, vivant leur vie de chaque jour, allant se coucher, et tous désirant être heureux et ne pas souffrir, mais se trouvant encore prisonniers de leurs problèmes.

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à leur égard, suivie par le souhait de l'Amour Bienveillant, le souhait qu'ils trouvent la paix de l'esprit.

Puissent tous les habitants de Thaïlande (remplacer par le nom de votre pays ou celui où vous vous trouvez) apprendre à lâcher-prise, à abandonner la colère, la peur l'inquiétude et l'ignorance. Puissent-ils toujours se sentir bien. Puissent-ils avoir la Patience, la Sagesse et la détermination d'affronter et de surmonter les difficultés,les problèmes et les défis de la vie. Puissent tous les habitants de cette île (remplacer par le nom de votre pays) trouver la Paix de l'esprit.

(...)


Continuez à élargir votre vision et vos pensées à plusieurs pays du Monde qui sont en guerre, Un pays où sévit la famine, où l'on se bat, où l'on tue, on mutile et on détruit. Parce qu'on agresse d'autres gens ou parce qu'on est agressé.
Essayez de ressentir la douleur de ces gens, des agresseurs et des victimes. Chaque jour ils se réveillent dans la douleur, la peur, la ruine et le désarroi.

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à leur égard, suivie par le souhait de l'Amour Bienveillant, le souhait qu'ils trouvent la paix de l'esprit.

Puissent ceux qui dans le monde vivent dans des pays déchirés par la guerre être libérés du désir ou du besoin de se battre. Puissent- ils voir que nous sommes tous parents par la naissance, la vieillesse et la mort. Puissent-ils un jour lâcher-prise, abandonner la haine, la peur, l'inquiétude et l'ignorance. Puissent-ils toujours se sentir bien. Puissent-ils aussi avoir la patience, la sagesse et la détermination d'affronter et de surmonter les difficultés, les problèmes et les défis de la vie. Puissent-ils trouver la paix de l'esprit.



Continuez à élargir votre vision ou vos pensées jusqu'à ce qu'elles incluent le monde entier.
Essayez d'imaginer devant vous une partie de l'immense multitude des êtres vivants. Des gens de toutes races, de tous âges. Des animaux, des insectes, petits et grands, vivant sur la terre, dans la mer et dans les airs. Naissant, vivant. La plupart se battant pour survivre. Certains opprimés et tués par les autres. Tous voulant vivre et ne pas souffrir.

Laissez l'énergie bienveillante et spacieuse de la Compassion se manifester à l'égard de tous ces êtres vivants.
Essayez de briser quelques-unes des barrières que nous avons créées entre eux et nous.
Puis faites le vœu de l'Amour Bienveillant, le vœu que tous les êtres soient libérés de Dukkha (souffrance) et trouvent la paix de l'esprit.

Puissent tous les êtres vivants êtres capables de lâcher-prise, d'bandonner la colère, la peur l'inquiétude et l'ignorance. Puissent-ils toujours se sentir bien. Puissent-ils aussi avoir la Patience, la Sagesse et la détermination d'affronter et de surmonter les difficultés,les problèmes et les défis de la vie. Puissent tous les êtres vivants trouver la Paix de l'esprit.


Source : J'ai "scanné" quelques Extraits du livre de Rosemary et Steve Weissman : "Compréhension-Compassion- Méditation Vipassana: l'enseignement de dix journées de retraite"
Remarque : Les mots (en bleu et entre parenthèse, ne sont pas dans le texte original)


  • Lire d'autres extraits de ce livre sur ce blog : ICI


mercredi 30 janvier 2008

La Guérison du corps et du cœur...





Périls et Promesses de la Vie Spirituelle de Jack Kornfield


Extraits du chapitre : Une Guérison nécessaire


Plan de ce message :
  • La Guérison du corps
  • La guérison du cœur
  • La guérison du mental
  • Méditation guidée : Développer l'attention qui guérit


(...)

LA GUÉRISON DU CORPS


La séance de méditation commence souvent par des exercices qui ont pour but de nous amener à être conscients de notre corps ; cette conscience est particulièrement importante dans une culture comme la nôtre, qui néglige la vie physique et instinctive.(...)


(...) En méditation, nous avons la possibilité de ralentir notre fonctionnement et d'accueillir tranquillement ce qui apparaît.

Quand nous sommes activement conscients, nous pouvons cultiver l'intention de nous ouvrir sans résistance aux expériences physiques, d'habiter réellement notre corps, ce qui nous permettra de ressentir plus clairement ses plaisirs et ses douleurs.


Nous ne savons pas observer la douleur

Notre conditionnement nous ayant appris à éviter et à fuir la douleur, il s'ensuit que nous la connaissons mal.

Pour guérir le corps, nous devons étudier cette douleur. Si nous nous penchons avec attention sur nos maux physiques, nous allons remarquer qu'il en existe plusieurs sortes.(...)

(...)La plupart du temps, le genre de douleur qu'on rencontre au cours de l'attention méditative n'est pas le signe de problèmes médical. Ce sont des manifestations physiques douloureuses de nos refoulements et de nos crispations aux plans psychique, physique et spirituel (...) Ce sont les régions du corps qui se sont contractées maintes fois dans des situations éprouvantes afin de nous protéger des inévitables difficultés de l'existence.

(...)


LA GUÉRISON DU CŒUR


De même qu'on permet au corps de s'ouvrir et qu'on le guérit en percevant ses rythmes et en l'entourant d'une attention profonde et bienveillante, on peut ouvrir et guérir d'autres dimensions de son être.

Le cœur et les émotions connaissent un processus de guérison similaire lorsqu'on leur offre notre attention afin de découvrir leurs rythmes, leur nature, et leurs besoins.


Ouvrir son cœur consiste à s'ouvrir aux souffrances occultées

La plupart du temps, ouvrir son cœur consiste tout d'abord à s'ouvrir aux souffrances occultées que l'on a accumulées pendant toute une vie - Tant les souffrances personnelles que les souffrances universelles de la guerre, de la vieillesse, de la maladie et de la mort. (...)

(...) Le plus souvent, les blessures les plus intimes, le sentiment d'abandon, la douleur sont ressentis comme des larmes retenues. Les bouddhistes parlent d'une mer de larmes humaines plus vaste que les quatre grands océans.

Lorsqu'on prend la place qui est la nôtre et que l'on cultive l'attention méditative, le cœur s'offre tout naturellement à la guérison. Le chagrin des souffrances et des espoirs anéantis, retenu en nous si longtemps, s'exprime alors.

Nous pleurons sur nos traumatismes passés et sur nos peurs présentes, sur toutes les émotions que nous n'avons jamais osé ressentir consciemment.(...)
La souffrance liée à la petite enfance et à la famille, blessures liées au père ou à la mère, la solitude, tout mauvais traitement physique ou sexuel, tout cela est emmagasiné dans notre cœur. (...)

(...) Refus de la réalité, colère, sentiment de perte ou de chagrin, ce travail sur la douleur engendre un profond renouveau.(...)



LA GUÉRISON DU MENTAL



Nous ne contrôlons pas nos pensées

(..) Lorsque nous observons nos pensées durant la méditation nous réalisons que nous ne les contrôlons pas (...)

La source même des mouvements du mental est l'insatisfaction (...)

(...) La nature dualiste de la pensée constitue une des causes de notre souffrance (...)


La guérison de l'esprit s'opère de deux manières:

On porte d'abord son attention sur le contenu des ses pensées et on apprend à les canaliser plus habilement en faisant appel à une réflexion lucide (...)
Si nous voulons que ces conflits soient guéris, nous devons cesser de nous identifier à eux (...)

Dés lors que nous comprenons que la nature même du mental est de penser, de diviser, de faire des projets nous sommes capables de nous libérer de la puissante emprise de son séparatisme et de nous établir paisiblement dans le corps et dans le cœur (...)


Au delà des pensées il y a un silence doux et apaisant

Lorsque nous allons au delà de cette effervescence de la pensée, nous découvrons un silence doux et apaisant (...)

(...)




MEDITATION GUIDÉE: Développer l'attention qui guérit


Asseyez-vous confortablement et tranquillement. Laissez votre corps se détendre. Respirez doucement.

Abandonnez toutes vos pensées, passé, avenir, souvenirs, projets. Contentez-vous d'être présent.

Laissez parler votre précieux corps afin qu'il vous révèle lui-même les endroits qui ont le plus besoin de guérison.

Permettez aux douleurs, aux tensions, aux maladies, aux blessures physiques de se manifester. Portez à ces endroits douloureux une attention délicate et bienveillante. Lentement, consciencieusement, ressentez leur énergie physique.

Observez ce qu'ils renferment dans leur profondeur - pulsations, élancements, tension, picotements, sensation de chaleur, contraction, irritation, mal diffus, tout ce que nous rangeons sous le nom de douleur.

Prenez le temps de les ressentir pleinement, de les envelopper d'une attention réceptive et bienveillante.

Ensuite, devenez conscient de la région du corps qui entoure ces points douloureux. Notez calmement les contractions ou crispations éventuelles ; respirez légèrement et laissez-les se détendre.

Puis, de la même manière, prenez conscience d'une aversion, d'une résistance éventuelle de votre esprit. Constatez son existence avec la même attention paisible, sans refus, en lui permettant d'exister telle qu'elle est et de se détendre quand bon lui semblera.

Observez maintenant les pensées et les peurs qui accompagnent la douleur que vous explorez : "ça ne passera jamais", "c'est insupportable", "je ne mérite pas ça", "c'est trop difficile", trop compliqué, trop profond", etc.

Offrez à ces pensées une attention bienveillante pendant quelque temps, puis revenez doucement à votre corps physique.

A présent, laissez votre conscience s'approfondir et s'adoucir. Ressentez à nouveau les différentes zones qui entourent l'endroit douloureux et permettez à chacune d'elle, à mesure qu'elle se relâche, de se déplacer, de s'intensifier ou de se dissoudre à son gré.

Penchez-vous sur votre douleur comme sur un enfant que vous voudriez doucement réconforter, la tenant toute dans une attention tendre et rassurante. Envoyez doucement votre respiration à l'intérieur de cette douleur, acceptant tout ce que vous voyez avec une bonté apaisante.

Continuez cette méditation jusqu'à ce que vous vous sentiez relié à toutes les parties de votre corps qui réclament votre attention, jusqu'à ce que vous vous sentiez en paix.

A mesure que cette attention thérapeutique se développe, vous pouvez la diriger régulièrement vers des régions particulières de votre corps affectées par une maladie ou une douleur. Vous pouvez ensuite explorer ce corps pour voir s'il réclame la même douceur de votre attention en d'autres points.

De la même manière, vous pouvez porter une attention thérapeutique à des blessures psychiques profondes. Le chagrin, le regret, la rage, la solitude, la peine peuvent tous être ressentis en premier lieu dans le corps.

Une attention délicate et bienveillante vous permettra d'aller au cœur de ces blessures. Demeurez tranquillement avec elles. Au bout de quelque temps, respirez doucement et ouvrez votre attention à chaque zone de contraction, d'émotions et de pensées qui accompagne ces blessures.

A la fin, vous pouvez laisser tous ces mouvements se calmer à leur tour, comme si vous réconfortiez doucement un enfant, en acceptant tout ce qui est, jusqu'à ce que vous vous sentiez en paix.

De cette manière, vous pouvez prendre soin de votre cœur, aussi souvent que vous le souhaitez.

Souvenez-vous que la guérison de votre corps est déjà là ; elle n'attend que votre attention compatissante.

(...)

  • D'autres enseignements de Jack Kornfield sur ce blog : ICI

Remarques:

  • Pour tous les "Extraits de livres" publiés dans ce blog, j'ai utilisé un scanner (Voir liste des livres ICI )
  • VOIR tous les "Extraits de livre" publiés sur ce blog (21 à ce jour) ICI

mardi 15 janvier 2008

Méditation guidée, par le Vénérable Ajahn Chah





Un enseignement de Ajahn Chah , ou "dhamma talk" sur la Méditation et ses "outils"


Remarques préalables:
  • Cet enseignement complète, en quelque sorte, l'enseignement déjà très complet du Vénérable Ajahn Chah: "La clé de la Libération", également publié ce jour, sous le titre "Ce qui conduit à la libération" et qui se trouve ICI
  • Il semble que ces deux enseignements ("Méditation" et "la clé de la libération") ont été traduit récemment en Français.
  • Ajahn Chah lui-même n'écrivit pas de publication mais ses discours furent enregistrés, traduits et publiés et sont souvent disponibles sur le web.
  • Ainsi, à ce jour, Les principaux enseignements du vénérable Ajahn Chah que l'on pouvait trouver en français étaient : "Découvrir l'équilibre" -"Ne soyez pas quelque chose"-"Soyez réellement attentifs"- "Quelques mots encore"-"Questions-réponses" et "Le dhamma dans le coeur". Les personnes qui apprécient les enseignements de Ajahn Chah seront donc très heureux de trouver ces "nouveaux" enseignements en Français. Nouveaux, non pas par par leur date; Ajahn Chah étant décèdé en 1992; mais par leur traduction qui semble récente. Personnellement, je ne les avais trouvé qu'en anglais et en allemand.
  • Rappel de la Biographie de Ajahn Chah (moine de la tradition théravada-école de la Forêt) ICI
  • D'autres enseignement de Ajahn Chah sur ce blog : voir les liens à la fin de ce message; ou chercher "ajahn Chah" dans la rubrique "libellés" du blog.-



Ce qui frappe dans les enseignements de Ajahn Chach c'est notamment; Le sens de l'Urgence:

Urgence de réaliser qu'il n'y a rien dans le monde sur quoi l'on puisse durablement s'appuyer. Que ce soit notre corps qui est perpétuellement soumis au changement de la naissance jusqu'à la mort, que ce soient les êtres auxquels on tient, nos connaissances, nos possessions, notre situation sociale, nos idéaux. Tout cela est soumis à la loi du changement et en fin de compte on ne peut que l'accepter sinon on crée de l'insatisfaction et de la souffrance pour nous-mêmes.
Pourtant à cela il y a une solution: trouver refuge dans la stabilité et la paix de notre coeur, là où demeure en nous le Bouddha, Celui qui sait, cette magnifique possibilité pour chacun de nous de réaliser à chaque instant la Vérité de manière pratique dans la vie de tous les jours. N'attendez pas d'être vieux pour réaliser cela. Libre à nous de nous mettre en chemin. ( Mariette Lattion traductrice d'Ajahn Chah)
.




LA MEDITATION

A l’époque du Bouddha les gens écoutaient le Dhamma attentivement


Chercheurs du bien qui vous êtes réunis ici, écoutez s’il vous plaît en paix.
Ecouter le Dhamma en paix signifie écouter avec un esprit focalisé sur une seule chose, prêter attention à ce que vous entendez et puis lâcher prise.

Ecouter le Dhamma est très bénéfique. En écoutant le Dhamma nous sommes encouragés à établir fermement à la fois le corps et l’esprit dans samādhi, parce que c’est une forme de pratique du Dhamma.

A l’époque du Bouddha les gens écoutaient le Dhamma attentivement, avec un esprit qui aspirait à la véritable compréhension, et certains réalisaient le Dhamma en écoutant.

Ce lieu est bien adapté à la pratique de la méditation. En ayant passé deux nuits ici je peux voir que c’est un lieu important. Au niveau externe il est déjà paisible, tout ce qui reste, c’est le niveau interne, vos coeurs et vos esprits.

Alors je vous demande à tous de faire l’effort d'être attentifs.

Pourquoi vous êtes-vous réunis ici pour pratiquer la méditation ?

C’est parce que vos coeurs et vos esprits ne comprennent pas ce qui doit être compris. En d’autres mots, vous ne savez pas vraiment comment sont les choses, ou qu’est-ce qui est quoi. Vous ne savez pas ce qui est faux et ce qui est juste, ce qui vous apporte de la souffrance et vous amène à douter. Alors vous devez d’abord trouver votre calme.

La raison pour laquelle vous êtes venus ici pour développer le calme et la retenue, c’est que vos coeurs et vos esprits ne sont pas à l’aise. Vos esprits ne sont pas calmes, pas mesurés. Ils sont par contre balayés par le doute et l’agitation. Voilà pourquoi vous êtes venus ici aujourd’hui et êtes maintenant en train d’écouter le Dhamma.

J’aimerais que vous vous concentriez et que vous écoutiez attentivement ce que je vais dire, et je demande la permission de parler franchement parce que je suis comme ça. S’il vous plaît, comprenez bien que si je parle parfois avec vigueur, je le fais de bonne intention. Je vous demande pardon si je dis quoi que ce soit qui vous dérange, parce que les coutumes de Thaïlande et celles de l’occident ne sont pas les mêmes.

En fait, s’exprimer avec un peu de vigueur peut être bon parce que ça réveille ceux qui auraient autrement tendance à s’assoupir ou à s’endormir et qui, plutôt que de se motiver à écouter le Dhamma, se laissent dériver dans la complaisance et ne comprennent donc jamais rien.



Dans la pratique, bien qu’il semble y avoir plusieurs voies, il n’y en a vraiment qu’une seule.

Comme avec les arbres fruitiers, il est possible d’obtenir des fruits rapidement en plantant une bouture, mais l’arbre ne serait pas résilient et ne durerait pas longtemps. Une autre façon est de cultiver un arbre directement à partir d’une graine, qui produit un arbre fort et résilient. Il en va de même dans la pratique.

Quand j’ai commencé à pratiquer, j’ai eu des problèmes à comprendre cela. Tant que je ne savais pas distinguer les choses les unes des autres, la méditation était une véritable corvée, m’amenant parfois jusqu’aux larmes.

Parfois je visais trop haut, d’autres fois pas assez haut, sans jamais trouver le lieu d’équilibre. Pratiquer d’une façon paisible signifie placer l’esprit ni trop haut, ni trop bas, mais au point d'équilibre.

Je peux voir que c’est assez confus pour vous qui venez d’endroits différents et qui avez pratiqué de façons différentes avec différents maîtres. Venus pratiquer ici, vous devez être rongés par toutes sortes de doutes.

Un maître vous dit de pratiquer d’une certaine manière, un autre vous dit de pratiquer d’une autre manière. Vous vous demandez quelle méthode utiliser, incertains quant à l’essence de la pratique. Le résultat, c’est la confusion. Il y a tant de maîtres et tant d’enseignements que personne ne sait comment harmoniser sa pratique. Par conséquent il y a beaucoup de doute et d’incertitude.

Alors vous devez essayer de ne pas trop penser. Si vous pensez, alors faites-le avec conscience. Mais jusqu’ici votre pensée s’est faite sans conscience. D’abord vous devez rendre votre esprit calme. Là où il y a la connaissance, il n’y a pas besoin de penser, la conscience naîtra à sa place et qui à son tour deviendra de la sagesse (paññā).

Mais le type habituel de prolifération mentale n’est pas de la sagesse, c’est simplement l'esprit qui vagabonde et pense sans but ni conscience, ce qui résultent inévitablement en agitation.

Ce n’est pas de la sagesse. A ce stade, vous n’avez pas besoin de penser. Vous avez déjà pensé passablement à la maison, n’est-ce pas ? Ça ne fait qu’agiter le coeur. Vous devez établir de la conscience. La pensée obsessive peut même vous amener aux larmes, vous n’avez qu’à essayer.

Se perdre sur un fil de pensées ne vous mènera pas à la vérité, ce n’est pas de la sagesse. Le Bouddha était une personne très sage, il avait appris à cesser de penser. De la même manière que vous êtes en train de pratiquer ici pour arrêter de penser et ainsi arriver à la paix. Il faut du calme pour commencer, s’il n’y a que de la pensée, la sagesse n’apparaîtra pas, il n’y aura pas de conscience de la vérité.

Tout ce qui va apparaître sera une prolifération sans fin. Si vous êtes déjà calme ce n’est pas nécessaire de penser, la sagesse apparaîtra à sa place. Tant que vous pensez, la sagesse n’apparaîtra pas.


Vous devez vous résoudre à former l'esprit et rien d'autre

Pour méditer vous ne devez pas tant penser que vous résoudre maintenant à former l’esprit, et rien d’autre. Ne laissez pas l’esprit filer à gauche ou à droite, devant ou derrière, en haut ou en bas. Notre seul devoir maintenant est de pratiquer la présence d’esprit avec la respiration.

Fixez votre attention sur votre tête et amenez-la à parcourir votre corps en descendant jusqu’au bout des pieds, et puis de retour jusqu’au sommet de la tête. Avec votre attention faites un balayage de tout le corps, en observant avec sagesse.

Nous faisons ceci pour acquérir une compréhension initiale de l’état dans lequel se trouve le
corps.

Puis commencez la méditation, en notant bien qu’à ce moment-ci votre seul devoir est d’observer les inhalations et les exhalations. Ne forcez pas la respiration à être plus longue ou plus courte que d’habitude, permettez-lui de continuer facilement. Ne mettez pas de pression sur la respiration, mais plutôt laissez-la couler de façon égale, en lâchant prise avec chaque inspiration et chaque expiration.

Vous devez comprendre qu'en faisant ceci vous lâchez prise, mais il faut tout de même que la conscience soit là. Vous devez maintenir cette conscience, en permettant au souffle de rentrer et de sortir confortablement. Il n’y a aucun besoin de forcer la respiration, permettez simplement qu’elle se fasse avec aise et naturellement. Maintenez cette résolution qu’en ce
moment vous n’avez aucun autre devoir ou responsabilité. Les pensées concernant ce qui va arriver, ce que vous allez connaître ou voir pendant cette séance assise peuvent apparaître de temps à autre, mais une fois qu’elle apparaissent laissez-les simplement cesser d’elles-mêmes, ne soyez pas concerné par elles.

Pendant la méditation il n’y a aucun besoin de prêter attention aux impressions des sens.


Chaque fois que l’esprit est affecté par une empreinte sensuelle, où que ce soit dans l’esprit, qu’il y ait un sentiment ou une sensation, lâchez prise simplement.
Que ces sensations soient bonnes ou mauvaises est sans importance. Il n’est pas nécessaire d’en faire quoi que ce soit, laissez-les juste disparaître et ramenez votre attention à la respiration.

Maintenez la conscience de la respiration qui rentre et qui part. Ne créez pas de souffrance à partir de la respiration parce qu’elle est trop courte ou trop longue, observez-la simplement sans essayer de la contrôler ou de la réprimer de quelque façon que ce soit. En d’autres termes, ne vous attachez pas.

Permettez à la respiration de continuer comme elle est, et l’esprit se calmera. A mesure que vous continuez l’esprit va progressivement déposer les choses et en venir à se reposer, la respiration s’allégeant de plus en plus jusqu’à ce qu’elle devienne si légère qu’elle semble ne plus se faire du tout. A la fois le corps et l’esprit sembleront légers et ravivés. Tout ce qui restera sera un connaissance focalisée, uni.
On pourrait dire que l’esprit a changé et a atteint un état de calme.

Si l’esprit s’agite, établissez la présence d’esprit et inspirez profondément jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de place où mettre de l’air, puis relâchez tout jusqu’à ce qu’il n’en reste plus du tout.
Ensuite reprenez une inspiration profonde jusqu’à ce que vous soyez plein, et relâchez l’air à nouveau. Faites ceci deux ou trois fois, puis rétablissez votre concentration. L’esprit devrait être plus calme.

Si d’autres impressions sensuelles provoquent de l’agitation dans l’esprit, répétez le processus à chaque occasion.


La méditation assise et en marchant sont les mêmes dans leur essence et ne diffèrent que par la position physique employée.

De même avec la méditation en marchant. Si, en marchant, l’esprit s’agite, alors arrêtez-vous, calmez l’esprit, rétablissez la conscience de l’objet de votre méditation et puis continuez à marcher.


Parfois il peut y avoir du doute, alors vous devez avoir sati pour être celui qui connaît, en suivant et en examinant l’esprit agité quelle que soit la forme qu’il prenne.
C’est ça d’avoir sati. Sati surveille et prend soin de l’esprit.
Vous devez maintenir cette connaissance et ne pas être négligeant ou vagabonder, peu importe la condition que prenne l’esprit. L’astuce c’est de laisser sati prendre le contrôle et superviser l’esprit. Une fois que l’esprit est uni à sati une nouvelle sorte de conscience émergera. L’esprit qui a développé le calme est maintenu et limité dans ses mouvements par ce calme, tout comme une poule dans un poulailler… la poule est incapable d’errer en dehors, mais elle peut encore bouger à l’intérieur du poulailler. Ses allers et retours ne la mettent pas en difficultés parce qu’ils sont restreints par le poulailler.

De même, lorsque l’esprit a sati et qu'il est calme, la conscience présente n’engendre pas de
problème. Aucune des pensées ou des sensations qui se font dans l’esprit calme ne cause de tort ou de dérangement.

Certaines personnes ne veulent faire l’expérience d’aucune pensée ou sentiment du tout, mais ça c’est aller trop loin.

Des sentiments apparaissent dans l’état de calme. L’esprit est en train de faire l’expérience de sentiments et de calme en même temps, sans être dérangé. Quand il y a un tel calme il n’y a pas de conséquences nuisibles. Les problèmes apparaissent lorsque la « poule » s’échappe du « poulailler ».

Par exemple, vous pouvez être en train de regarder la respiration qui entre et qui sort et vous vous oubliez, permettant à l’esprit d’errer, de quitter la respiration et d’aller à la maison, aux magasins ou à n’importe quelle quantité d’endroits différents. Peut-être même qu’il passera une demie heure avant que vous vous aperceviez tout à coup que vous êtes sensé pratiquer la méditation et vous vous réprimandez pour votre manque de sati. C’est ici que vous devez être vraiment vigilant, parce que c’est ici que la poule s’échappe du poulailler – l’esprit quitte sa base de calme. Vous devez prendre soin de maintenir la conscience avec sati et essayer de ramener l’esprit.


Vous devez faire en sorte que l’esprit reste juste ici et maintenant

Bien que j’utilise les mots « ramener l’esprit », l’esprit ne va pas vraiment où que ce soit, seul l’objet de la conscience a changé. Vous devez faire en sorte que l’esprit reste juste ici et maintenant. Tant qu’il y a sati il y aura la présence d’esprit. Il vous semble que vous êtes en train de ramener l’esprit, mais en fait il n’est parti nulle part, il a juste changé un peu. Il semble que l’esprit aille ici et là, mais en fait le changement se fait juste à cet endroit précis.

Lorsque sati est récupéré, en un éclair vous êtes de retour avec l’esprit sans qu’il n’ait été ramené d’où que ce soit. Quand il y a une connaissance totale, une conscience continue et ininterrompue à absolument chaque instant, ça s'appelle la présence d'esprit. Si votre attention dérive de la respiration vers d'autres endroits, alors la connaissance est interrompue. Chaque fois qu'il y a la conscience de la respiration, l'esprit est là. Avec la simple respiration et cette conscience régulière et continue vous avez la présence d'esprit.

Il faut qu'il y ait à la fois sati et sampajañña. Sati c'est se rappeler et sampajañña est la conscience de soi-même.

En ce moment-même vous êtes clairement conscient du souffle. Cet exercice qui consiste à regarder la respiration aide sati et sampajañña à se développer ensemble. Ils partagent le travail.

Avoir à la fois sati et sampajañña c'est comme avoir deux ouvriers pour soulever une grosse planche de bois. Supposez qu'il y ait deux personnes qui essayent de soulever de lourdes planches de bois, mais le poids est tel, l'effort qu'ils font est si grand que ce n'est presque pas possible de l'endurer. Puis une autre personne, pleine de bonne volonté, les aperçoit et s'empresse de les aider. De la même manière, quand il y a sati et sampajañña, alors pañña (la sagesse) va apparaître, au même endroit, et apporter son aide. Alors tous les trois se soutiennent entre eux.

Avec pañña il y aura une compréhension des objets des sens. Par exemple pendant la méditation on fait l'expérience d'objets des sens et ça donne naissance à des sentiments et à
des humeurs. Vous pouvez commencer à penser à un ami, mais à ce moment pañña devrait tout de suite le contrer avec "Ça ne fait rien", "Stop" ou "Oublie-le". Ou s'il y a des pensées au sujet d'où vous irez demain, la réponse devrait être alors "Je ne suis pas intéressé, je ne veux pas être concerné par de telles choses".

Peut-être commencez-vous à penser à d'autres gens, vous devez alors penser "Non, je ne veux pas m'impliquer", "juste en lâcher prise" ou "Tout ça est incertain et n'est jamais sûr". Voilà comment vous devez gérer les choses dans la méditation, les reconnaître comme "incertaines, c'est incertain", et maintenir cette sorte de conscience.


Vous devez abandonner toute ces pensées, le dialogue intérieur et les doutes.

Ne vous faites pas prendre par ces choses pendant la méditation. A la fin, tout ce qui restera dans l'esprit sous sa forme la plus pure sera sati, sampajañña et pañña. Chaque fois que ces choses s'affaiblissent, les doutes apparaissent, mais essayez d'abandonner ces doutes tout de suite, en ne laissant que sati, sampajañña et pañña. Essayez de développer sati de cette façon jusqu'à ce qu'il puisse être maintenu en tout temps.

Alors vous comprendrez complètement sati, sampajañña et samadhi.

En focalisant l'attention à cet endroit, vous verrez sati, sampajañña, samadhi et pañña ensemble. Que vous soyez attiré vers ou repoussé par des objets des sens extérieurs, vous
serez capable de vous dire "C'est incertain". De toute manière ce ne sont que des obstacles à balayer de là jusqu'à ce que l'esprit soit propre.

Tout ce qui doit rester est sati, se rappeler; sampajañña, la conscience claire; samadhi, l'esprit ferme et inébranlable; et paññā, la sagesse consommée. Pour le moment je ne dirai que ça au sujet de la méditation.




LES OUTILS OU LES AIDES A LA PRATIQUE DE LA MEDITATION

Il faut qu'il y ait metta dans votre coeur

il faut qu'il y ait mettā (la bonne volonté) dans votre coeur, en d'autres mots, les qualités de générosité, de gentillesse et de serviabilité. Celles-ci doivent être maintenues comme fondation pour la pureté mentale. Par exemple, commencez par vous débarrasser de lobha, l'égoïsme, par dāna, le don, l'offrande.

Quand les gens sont égoïstes, ils ne sont pas heureux. L'égoïsme mène à un sentiment de mécontentement, et pourtant les gens tendent à être très égoïstes sans réaliser combien ça les affecte.

Vous pouvez en faire l'expérience à tout moment, surtout quand vous avez faim. Supposons que vous recevez des pommes et que vous avez l'occasion de les partager avec un ami; vous y pensez un moment et, bien entendu, l'intention de donner est bien là, mais vous voulez donner la plus petite. Donner la plus grosse serait... juste trop dommage. C'est difficile de penser correctement. Vous lui dites d'y aller et de se servir, mais vous dites ensuite "Prends celle-ci!"... et vous lui donnez la plus petite! Ça c'est une forme d'égoïsme que les gens ne remarque pas d'habitude. Avez-vous jamais été- comme ça?

Vous devez vraiment aller à rebrousse-poils pour donner dana. Même si ce que vous voulez vraiment c'est donner la plus petite pomme, il faut vous forcer à donner la plus grosse. Bien sûr, une fois que vous l'avez donnée à votre ami, vous vous sentez vraiment bien.


Une fois que vous apprenez à donner aux autres votre esprit sera joyeux

Former l'esprit en allant ainsi à rebrousse-poils demande de l'autodiscipline – vous devez savoir donner et abandonner, ne pas permettre à l'égoïsme de coller. Une fois que vous apprenez à donner aux autres votre esprit sera joyeux. Si vous ne savez toujours pas comment donner, si vous êtes encore en train d'hésiter quant au fruit à donner, alors pendant que vous délibérez vous serez troublé, et même si vous donnez le plus gros il y aura encore un sentiment de le faire à contre coeur. Mais dès que vous décidez fermement de donner le plus gros, l'histoire est terminée. Ça c'est aller à rebrousse-poils de façon correcte.


Gagnez la maîtrise de soi-même

En faisant ceci vous gagnerez la maîtrise de vous-même. Si vous n'arrivez pas à le faire, vous serez vaincu par vous même et continuerez à être égoïste. Nous avons tous été égoïstes dans le passé. C'est une souillure qui doit être abandonnée. Dans les écritures Pali, donner se dit "dana", ce qui veut dire apporter le bonheur aux autres. C'est une de ces conditions qui aident à purifier l'esprit de ses souillures.

Réfléchissez-y et développez-le dans votre pratique. Vous pourriez penser que pratiquer comme ça implique de se persécuter, mais ce n'est pas vraiment le cas. En fait il s'agit
de persécuter la soif (tanhā) et les souillures. Si des souillures apparaissent en vous, vous devez faire quelque chose pour y remédier.

(...) Pour faire peur aux souillures, vous devez voir le Dhamma à l'intérieur de vos esprits ici et maintenant.

Le Dhamma naît avec notre connaissance et notre compréhension


Où le Dhamma naît-il ? Il naît avec notre connaissance et notre compréhension le long de ce chemin. Tout le monde est capable de connaître et de comprendre le Dhamma. Ce n'est pas quelque chose à trouver dans les livres, vous n'avez pas besoin de faire beaucoup d'études pour le voir, réfléchissez simplement maintenant et vous pouvez voir ce dont je parle.

Tout le monde peut le voir parce qu'il existe juste ici dans nos coeurs. Tout le monde a des souillures, n'est-ce pas ? Si vous êtes capable de les voir, alors vous pouvez comprendre. Dans le passé vous avez pris soin de vos souillures et les avez dorlotées, mais à présent il vous faut connaître vos souillures et ne pas leur permettre de venir vous déranger.

La prochaine chose qui constitue la pratique est la retenue morale (sila)

Sila prend soin de la pratique et la nourrit de la même manière que les parents prennent soin de leurs enfants. Maintenir une retenue morale ne signifie pas seulement éviter de causer du tort aux autres, mais aussi les aider et les encourager. Tout au moins il vous faut maintenir les cinq préceptes.


Les Cinq préceptes

1. Non seulement ne pas tuer ou délibérément causer du tort aux autres, mais d'étendre de la bienveillance à tous les êtres.

2. Etre honnête, éviter d'empiéter sur les droits des autres; en d'autres mots, ne pas voler

3. Connaître la modération dans les relations sexuelles

Dans la vie en ménage il existe la structure familiale, basée sur le mari et la femme. Sachez qui est votre mari ou votre femme, sachez être modéré, sachez quelles sont les justes limites de l'activité sexuelle. Généralement les gens ne connaissent pas les limites. Un seul mari ou femme ne suffit pas, ils doivent en avoir un ou une deuxième, voir un ou une troisième. La façon dont je le vois, vous ne pouvez même pas consommer un partenaire entièrement, alors d'en avoir deux ou trois, c'est juste de la pure indulgence. Vous devez essayer de purifier l'esprit et le former à connaître la modération. Connaître la modération est la vraie pureté, sans ça il n'y a pas de limites à votre comportement. En mangeant des nourritures délicieuses, ne vous étendez pas sur le goût
que ça a, pensez à votre estomac et considérez ce qui est approprié à ses besoins. Si vous mangez trop vous avez des problèmes, alors il vous faut connaître la modération.

La modération est le meilleur moyen. Un seul partenaire est suffisant, deux ou trois est de l'indulgence et ne vous causera que des soucis.

4. Etre honnête dans la parole – ceci aussi est un outil pour éradiquer les souillures. Vous devez être honnête et droit, vrai et intègre.

5. Eviter de prendre des substances intoxicantes.

Vous devez connaître la retenue et de préférence abandonner complètement la consommation de ces substances. Les gens sont déjà suffisamment intoxiqués par leurs familles, leurs proches et leurs amis, leurs possessions matérielles, leurs richesses et tout le reste. C'est déjà pas mal sans empirer les choses en consommant des substances intoxicantes. Ces choses ne font que créer de l'ombre dans l'esprit. Ceux qui en consomment de grandes quantités doivent essayer de diminuer progressivement et au bout du compte d'arrêter complètement. Peut-être devrais-je vous demander de m'excuser, mais je parle ainsi par souci pour votre bien-être, pour que vous compreniez ce qui est bon. Il vous faut distinguer les choses les unes des autres.

Quelles sont les choses qui vous oppressent dans vos vies quotidiennes ? Quels sont les actes qui causent cette oppression ? Les bonnes actions amènent de bons résultats et les mauvaises
actions amènent de mauvais résultats. Voilà les causes.

Une fois que la retenue morale sera pure, il y aura un sentiment d'honnêteté et de gentillesse envers les autres. Ceci amènera du contentement et vous vaudra d'être libre de soucis et de remords. Les remords qui résultent de comportements agressifs et blessants ne seront pas là. Ça c'est une forme de bonheur. C'est presque comme un état divin. Il y a le confort, vous mangez et dormez confortablement avec le bonheur qui naît de la retenue morale. C'est ça le résultat; le maintien de la retenue morale est la cause. Ceci est un principe de la pratique du Dhamma – éviter les mauvaises actions pour que la bonté puisse apparaître. Si la retenue morale est ainsi maintenue, le mal disparaîtra et le bien naîtra à sa place.

Ça c'est le résultat de la pratique correcte.

Mais ce n'est pas la fin de l'histoire. Une fois que les gens ont atteint un peu de bonheur, ils ont tendance à ne plus être attentifs et à ne pas aller plus loin dans la pratique. Ils restent collés au bonheur. Ils ne veulent pas progresser d'avantage; ils préfèrent le bonheur du "ciel". C'est confortable, mais il n'y a pas de véritable compréhension.

Vous devez continuer à réfléchir pour éviter d'être trompé. Réfléchissez encore et encore aux désavantages de ce bonheur. Il est transitoire, il ne dure pas pour toujours. Bientôt vous en serez séparé. Ce n'est pas une chose sûre; une fois que le bonheur disparaît, la souffrance naît à sa place et les larmes reviennent. Même les "dieux "et les "déesses" finissent par pleurer et souffrir.

Le "bonheur" a un côté insatisfaisant

Donc le seigneur Bouddha nous a appris à réfléchir aux désavantages, au fait que le bonheur a un côté insatisfaisant. D'habitude quand on fait l'expérience de ce genre de bonheur, on n'en a pas de véritable compréhension. La paix qui est vraiment certaine et durable est recouverte par ce bonheur décevant. Ce bonheur n'est pas une sorte de paix certaine et permanente, mais plutôt une sorte de souillure, une forme raffinée de souillure à laquelle nous nous attachons.

Tout le monde aime être heureux. C'est le bonheur précisément à cause de cet attrait. Si à n'importe quel moment il n'y a pas d'attrait, alors la souffrance apparaît. Nous devons réfléchir à ce bonheur pour en voir l'incertitude et les limites. Une fois que les choses changent, la souffrance apparaît. Cette souffrance aussi est incertaine, ne pensez pas qu'elle est fixe ou absolue.

Ce type de réflexion s'appelle adinavakatha, la réflexion sur l'insuffisance et les limites du monde conditionné. C'est réfléchir au bonheur plutôt que le prendre comme argent comptant. Si vous voyez que c'est incertain, vous ne devez pas vous y accrocher. Vous devez le prendre mais ensuite le relâcher, en voyant à la fois le bénéfice et le désavantage du bonheur.


Pour méditer habilement vous devez voir les désavantages inhérents au bonheur.

Réfléchissez ainsi. Lorsque le bonheur apparaît, contemplez-le minutieusement jusqu'à ce que les désavantages soient apparents. Lorsque vous voyez que les choses sont inadéquates, votre coeur en viendra à comprendre le nekkhammakatha, la réflexion sur le renoncement de la sensualité. L'esprit se désintéressera et cherchera un moyen de s'en sortir. Le désintérêt vient du fait d'avoir vu comment les formes sont vraiment, comment les goûts sont vraiment, comment l'amour et la haine sont vraiment.
Par désintérêt nous entendons qu'il n'y a plus le désir de s'attacher ou de s'accrocher aux choses. Il y a un retrait qui se fait vis-à-vis de cet "accrochage", au point où vous pouvez supporter les choses confortablement, en observant avec une égalité d'âme qui est libre d'attachement.

Ça c'est la paix qui naît de la pratique.





Les autres enseignement de Ajahn Chah sur ce blog:

dimanche 5 août 2007

Comment pratiquer Metta, Mudità, Uppekhà et Karuna





Voir aussi sur ce blog :
- Les quatre états sublimes : ICI
- Metta bhavana : Le développement de l'amour bienveillant : LA
- Chant metta durant la retraite : ICI
- Méditation guidée Metta : ICI 



Les différentes pratiques des "demeures sublimes":

Ci après :

1- Trois pratiques de Metta:
- Courte formule de Mettà:
-
Longue formule de Mettà:
-
Mettâ bhâvanâ


2- les pratiques pour Muditâ, Uppekhâ et Karuna



1-La présentation qui suit, détaille trois pratiques de Mettà.



1) Courte formule de Mettà:

Il est bon de pratiquer d'abord des respirations longues et courtes, dix fois pour chaque catégorie, en expirant et aspirant lentement et avec conscience. Les salutations au Bouddha, Dhamma et Sangha, peuvent être récitées d'abord. Lorsque les respirations sont redevenues normales, selon un rythme naturel pour le pratiquant, on doit mentalement se dire, dans un sentiment de bienveillance :

" Puissé-je être heureux,
Garder mon bonheur,
Et vivre sans inimitié.
Puissent tous les êtres animés
Grands ou petits,
Forts ou faibles,
Près ou loin,
Visibles ou invisibles, vivre heureux,
Et vivre sans inimitié."

Il faut arriver à se sentir rempli de bienveillance, ne pouvoir concevoir une autre idée que bienveillance pour tous, autour de tous, en tous. On doit avoir le coeur rempli de cette idée, et baigné de bienveillance jusqu'à ce qu'on ne soit conscient que de cette pensée d'amour, on imagine que l'on estpénétré d'amour bienveillant, saturé d'amour, absorbé dans l'amour.

2) Longue formule de Mettà:

Avant de commencer à employer la formule on envoie des pensées de bienveillance :

1. Un être qui vous est très cher (mais cela ne doit pas être quelqu'un qu'on aime avec passion, ni un mort).

2. Un être pour lequel vous ne sentez que de l'indifférence.

3. Un être qui est hostile ou un ennemi.

Ayant choisi les personnes et accompli les respirations habituelles recommandées, on se remplit de bienveillantes pensées pour soi-même.
Commencer la méditation ainsi, par les quatre personnes :
A. Soi-même:
Se dire :
« Puissé-je être heureux,
Garder mon bonheur,
Et vivre sans inimitié.
Je suis rempli d'une pensée d'amour bienveillant. »

B. L'être cher
« J'envoie des pensées d'amour à... (l'être cher)
Puisse-t-il (ou elle) être heureux,
Garder son bonheur, vivre sans inimitié. »

Continuer à entourer et à baigner cette personne de pensées d'amour bienveillant.

C. L'être indifférent
« J'envoie des pensées de bienveillant amour à. (personne ordinairement indifférente)
Puisse-t-il être heureux,
Garder son bonheur vivre sans inimitié. »

Continuer à entourer et à baigner cette personne de pensées bienveillantes.

D. L'être hostile.
« Telle personne m'a été hostile, inamicale,
Puissé-je me libérer de toute inimitié envers elle.
Je ne lui veux aucun mal.
Puisse-t-il (ou elle) être libre de souffrance et libéré d'inimitié.
Puisse-t-il être heureux et garder son bonheur »

Ignorer les poussées de sentiments hostiles qui surgiront, les écarter en répétant :
« Je ne suis que bienveillance, bienveillance, bienveillance. »
Si les pensées hostiles persistent, penser aux bonnes qualités de cet être, qu'il se fait du mal en
agissant avec hostilité ; penser « compassion », et reprendre Mettâ.

Synthèse:

Il faut maintenant tâcher d'envelopper dans une même et seule pensée d'amour bienveillant : soi même, l'être aimé, l'être indifférent et l'être hostile.
Essayer de les confondre dans une pensée d'amour, dans votre imagination, comme au cinéma faire paraître et disparaître rapidement l'image de l'un pour faire place à l'image de l'autre.
Il faut arriver à ne plus faire de distinction entre soi-même et autrui, car on n'est plus qu'une pensée de bienveillance. Quand les barrières de la personnalité sont abattues, la méditation a atteint son but.

Elargir le champ de la méditation:
Ne pas oublier d'englober tout ce qui vit, pas seulement l'homme, dans une pensée d'amour bienveillant.


3) Mettâ bhâvanâ:

Le développement - ou déploiement - de l'amour universel.
Envoyer une pensée d'amour :
- à l'endroit qu'on habite,
- la maison, la ville,
- le département, les pays entier,
- le continent où il est situé.

Laisser la pensée pleine de bienveillance parcourir ces divisions, en déversant sur elles une pensée d'amour, comme on le ferait sur un être aimé.
La méditation peut être arrêtée ici pour ne pas fatiguer un débutant. Celui qui est plus entraîné doit continuer par la méditation « par quartiers » puis à « l'univers tout entier ».

Par quartiers
Imaginer le monde divisé en quatre quartiers : est, ouest, nord et sud.
Envisager à tour de rôle chaque quartier comme vous étant cher. Déverser une pensée de
bienveillance sur chaque quartier comme sur un être qui vous est cher. Imaginer, si cela facilite votre effort, un être cher parmi les gens de ces quartiers. Imaginer que vous êtes parmi eux.
Se dire :
« Que tous les êtres dans l'Est,
Que tous les êtres dans l'Ouest.,
Que tous les êtres dans le Nord,
Que tous les êtres dans le Sud,
Soient heureux, gardent leur bonheur,
Puissent-ils vivre sans inimitié. »
La pensée, comme un effluve de bienveillance, doit couvrir chaque quartier - et les quatre quartiers intermédiaires (par sections - en croix), le zénith et le nadir.
Elargir toujours le champ de méditation.

L'univers tout entier:
Laisser votre pensée chargée de bienveillance encercler le globe, diffusant partout des pensées
d'amour. Tournant autour du globe, « comme un cheval tourne autour d'un cirque ».
Envelopper l'Univers entier d'une pensée d'amour bienveillant, diriger cette pensée en haut, en bas, à travers, tout autour.
Ne penser que bienveillance.
Faire les respirations courtes et longues (comme au début) et sortir de la méditation en récitant les trois Salutations (Hommage au Bouddha, Dharma, Sangha).
En dehors de la méditation, se rappeler ce que l'on a ressenti et pensé pendant cette méditation. En méditant, on doit obtenir une tranquillité mentale qu'il faut chercher à garder. Recommencer chaque fois qu'une distraction a rompu le cours de la pensée ou troublé le calme. A un moment donné, on sentira un étrange contentement, et de ceci une espèce de joie naîtra, le corps et le mental étant pénétrés de cette joie seront tranquillisés et baignés d'une sensation de de bienêtre.
Cette joie, née du détachement, quand il n'y a plus de désir ni de mauvaise pensée, doit imprégner tout l'être, la pensée deviendra alors étonnamment claire et active. Ce sont les caractéristiques du premier jhâna.

Source : UBE

2- Les mêmes méthodes peuvent être appliquées pour chaque autre « demeure » (Mudità, Uppekhà et Karuna)


- Mudità : La Sympathie Joyeuse:

La sympathie pour le bonheur des autres peut se méditer selon la même formule que celle employée pour Mettâ.
Cette méditation libère le coeur de l'envie, de la jalousie, et fait naître le contentement.
On doit ressentir la joie pour le bonheur d'autrui, autant que si un joyeux évènement avait eu lieu pour soi même. Il y a toujours de la joie, du bonheur quelque part dans le monde ; se réjouir de cela avec tous les êtres heureux.

Commencer par apprécier ce qu'il y a de bonheur dans votre propre vie, dans la vie d'un être cher, dans la vie d'un être indifférent, dans la vie de votre adversaire, se réjouir de ce bien-être et de ce bonheur.
Si l'image de l'adversaire éveille l'envie ou la jalousie dans votre coeur, réfléchir qu'il peut devenir malheureux, que toute joie est passagère, qu'il est encore dominé par l'ignorance ; éveiller ainsi la compassion, cette pensée chassera l'envie.
Confondre ces quatre êtres - vous-même et les autres - dans la même pensée de joie sympathique.
Diviser le globe en quartiers, imaginer un être heureux dans tel quartier, tel continent, continuer à déverser partout votre pensée de Sympathie joyeuse.

Sortir de la méditation par les respirations courtes et longues et les trois salutations.


- Upekkhà : La Sérénité (ou Èquanimité):

Désirer pour soi-même et les autres la Sérénité, indifférente à la peine comme à la joie, puisque toutes les deux sont impermanentes.
La sérénité est un avant-goût de la paix du Nirvâna (nibbanà), que certains peuvent atteindre ici même.
Penser que la sérénité est établie dans votre coeur, que vous êtes pénétré, saturé de sérénité, absorbé dans la sérénité.

Souhaiter la sérénité à un être cher, le voir baigner de sérénité.
Envisager aussi un être indifférent, puis un adversaire, baignés de sérénité.
A chaque quartier du globe, envoyer comme à un être que vous aurez entrevu, des pensées de sérénité.
Continuer à déverser cette pensée sur le globe et ensuite sur l'univers.
Imaginer la sérénité partout et que l'on n'est que cela : Sérénité.
Sortir de la méditation par les respirations courtes et longues et les trois salut

- Karuna : La Compassion:

La Compassion Bouddhique n'est pas un attendrissement sentimental. C'est un sentiment calme et raisonné, qui doit être médité d'une façon impersonnelle pour nous libérer des instincts de cruauté.

On doit se rendre compte que tout être désire le bonheur et que chacun a sa part de souffrance, tant qu'il est lié à la vie phénoménale. On doit désirer pour autrui, autant qu'on le désire pour soi-même, la libération de la souffrance.
On doit comprendre que la souffrance est toujours le résultat de l'ignorance (sous une forme ou une autre) dans la vie présente ou passée.

Tous ceux qui sont liés à des existences éphémères, tous ceux qui n'ont pas encore connu ou recherché la Paix du Nirvâna (état au-delà du désir), que la connaissance suprême peut nous procurer (même dans une vie terrestre), ont leur part de douleur physique ou morale. Il ne faut pas s'attrister, ni se lamenter, mais rechercher la lumière pour soi et les autres, ressentir une immense compassion, une tolérance illimitée.
La compassion mène à la compréhension, bannit l'intolérance, et diminue la cruauté latente en nous.

Après les salutations et les respirations :
Commencer par envisager les méfaits de la cruauté.
Se dire : « Je fais cesser une pensée de cruauté dans l'univers. »
Envisager le bienfait de la compassion qui diminue la souffrance.
Diviser le monde en quartiers (comme pour Mettâ).
Envoyer des pensées de compassion à tout être qui souffre dans chaque quartier, comme si on voyait là un malheureux, tombé dans la misère et privé de bien-être physique et moral.
Se dire : « Puisse-t-il échapper à sa mauvaise fortune"
Penser aussi que celui qui vit dans l'abondance, s'il ne produit que des actions, des paroles, des pensées égoïstes, n'augmente pas le bien dans l'univers et ne se purifie pas, donc il se prépare un avenir malheureux.
Lui envoyer une pensée de compassion pour son ignorance.
Penser à la compassion illimitée d'un Bouddha pour le moindre être vivant et à son immense tolérance et sa pitié de l'ignorant.
Envoyer à soi-même,
A l'être aimé,
L'être indifférent,
L'adversaire,
des pensées de compassion, avoir pitié de leur ignorance et de leur peine.
Tâcher de réunir ces quatre personnes dans une unique pensée de compassion, sans faire la moindre distinction entre eux et soi-même. Continuer à déverser la compassion sur les quatre également.
Se dire : « Puisse-t-on échapper à toute souffrance, Puisse-t-on être heureux, garder le bonheur vivre sans inimitié. »

Terminer par la résolution de soulager et diminuer la souffrance autant que possible, et de ne point en créer pour la moindre créature vivante.

Mais il est bon, pour des personnes très sensibles, que les réflexions sur la souffrance auraient pu troubler, de méditer sur la Sérénité avant de sortir de la méditation.

Pour terminer la méditation : répéter les respirations courtes et longues puis les trois salutations.
Source : UBE




Définitions des termes pali : mettá, karuna, muditá, upekkhá, par le Vénérable Dhamma sami :

Nombreux sont ceux d'entre nous qui confondent les trois états de conscience que sont mettá, karuna et muditá. L'explication suivante devrait désormais écarter tout risque de confusion...

mettá est l'état de conscience favorable à un quelconque bénéfice (ou défavorable à un quelconque malheur) pour un être en situation* similaire à la sienne, ou en situation inconnue.

L'expression française la plus proche est probablement la "bienveillance".

karuna est l'état de conscience favorable à un quelconque bénéfice (ou défavorable à un quelconque malheur) pour un être en situation inférieure à la sienne.

L'expression française la plus proche est probablement "la compassion".

muditá est l'état de conscience favorable à un quelconque bénéfice (ou défavorable à un quelconque malheur) pour un être en situation supérieure à la sienne.

L'expression française la plus proche est probablement "la réjouissance du succès d'autrui".

Un moyen permettant de saisir encore mieux le sens de ces trois états de conscience consiste à songer à leurs contraires respectifs...

mettá est le contraire de "la haine", qui est l'état de conscience favorable à un quelconque malheur (ou défavorable à un quelconque bénéfice) pour un être en situation similaire à la sienne, ou en situation inconnue.

karuna est le contraire de "la cruauté", qui est l'état de conscience favorable à un quelconque malheur (ou défavorable à un quelconque bénéfice) pour un être en situation inférieure à la sienne.

muditá est le contraire de "la jalousie", qui est l'état de conscience favorable à un quelconque malheur (ou défavorable à un quelconque bénéfice) pour un être en situation supérieure à la sienne.

Enfin, upekkhá est l'état où la conscience n'est affectée par aucune sensation, ni physique ni mentale. Il n'y a donc ni dosa (aversion) ni lobha (avidité), mais n'empêche toutefois pas le píti (joie pure, dépourvue de tout attachement, lié au progrès sur la voie de la purification mentale).

Notamment, avec upekkhá, le mental demeure imperturbable (dans un sens comme dans l'autre) quelles que soient la mettá, la haine, la karuna, la cruauté, la muditá ou la jalousie que les autres peuvent développer envers soi.

L'expression française la plus proche est probablement "l'équanimité".

*Le terme "situation" signifie ici n'importe quelle type de situation : avancement sur la voie du dhamma, mais aussi situation professionnelle, richesse matérielle, santé, sécurité, etc.

Source dhammadana