Affichage des articles dont le libellé est Birmanie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Birmanie. Afficher tous les articles

dimanche 21 septembre 2008

Pleure Birmanie Chérie, pleure mon pays bien aimé

N'oublions pas le Vénérable U Gambira



Le vénérable U gambira (à droite)



En tant que bonzes, dans le cadre de nos vœux, nous estimons de notre devoir de soulager la souffrance, où que nous la voyions. Nous ne pouvions fermer les yeux sur la misère de notre peuple. Quand nous avons constaté que les bonzes étaient unis, nous avons formé la Sangha Coalition.... (U Gambira)



J'ai déjà publié ce magnifique discours (ci après) du moine U Gambira, au mois de novembre 2007. Au moment de ce discours, il était libre.

Pour rappel:
Le Vénérable U Gambira est le Leader de "All Burma Sangha Coalition" l’Alliance de tous les moines bouddhistes de Birmanie, créé durant la "Révolution safran."

Le moine U Gambira a été arrêté le 4 novembre. Il a été appréhendé après avoir passé un mois dans la clandestinité Il a été inculpé à la fin du mois de janvier 2008 en vertu d’une loi relative à la sécurité dont la formulation est pour le moins vague.

L’article 17-1 de la Loi relative aux associations illégales permet aux autorités de considérer n’importe quel groupe comme illégal en se fondant uniquement sur l’opinion du chef de l’État, plutôt que sur des éléments rationnels ou des preuves. En vertu de ces dispositions, les groupes non violents, parmi lesquels peuvent figurer des syndicats, des partis politiques, des associations étudiantes ou des organisations religieuses, peuvent être déclarés illégaux de manière arbitraire.

U Gambira s’est vu enlever sa robe de moine et a été torturé en détention.

Fin août 2008, il a comparu devant le Tribunal situé à l'intérieur même de la terrible prison d'Insein, où il est enfermé depuis le mois de novembre 2007.

On lui reproche pas moins de 10 infractions.

De plus en plus de militants politiques sont condamnés à des peines de prison à l’issue de procès à huis clos dans le cadre des mesures de répression imposées au Myanmar depuis septembre 2007. Ces procédures judiciaires ne respectent pas du tout les garanties prévues par la loi.
N'oublions pas le Moine U Gambari ni tous les prisonniers politiques qui croupissent dans les prisons Birmanes. (Ils sont encore 2025 à ce jour)

N'oublions pas les moines Birmans emprisonnés, ni tous les Birmans qui souffrent à cause de la Junte, ils ont besoin de nous, de notre compassion mais aussi de notre soutien actif. Beaucoup de moines ont dit qu'ils étaient sortis dans la rue pour qu'on ne les oublie pas.

La Birmanie est retombée dans l'oublie, soyons de ceux qui la feront sortir de ce silence assourdissant.


Si pour le Bouddha la vie est dukkha (souffrance), il s'agit de la souffrance que nous créons par notre ignorance, par notre mental. La junte est une cause de souffrance supplémentaire.
Pour les Birmans, il y a la maladie, la vieillesse et la mort mais aussi la Junte.

Kathy 



Pleure Birmanie chérie, pleure mon pays bien aimé

Depuis l’introduction du bouddhisme dans notre pays il y a plus de 1 000 ans, les bonzes constituent l’un des principaux visages de la Birmanie.

L’éthique du bouddhisme theravada interdit à un bonze de s’engager politiquement ou d’occuper un poste politique.
Mais en Birmanie aujourd’hui, alors que les bonzes remettent en question l’hégémonie de la junte militaire, cette philosophie spirituelle qui s’enracine dans la compassion et la non-violence a fini par acquérir une certaine dimension de défi et de réticence à l’égard du pouvoir.

Nous sommes tous deux bonzes : l’un de nous est universitaire, il enseigne aux USA, et l’autre dirige l’All Burma Sangha Coalition à l’origine des récentes manifestations. Ce dernier se cache, parce que le gouvernement militaire birman a répondu aux manifestations pacifiques de nos frères bouddhistes par la violence et la brutalité.

Beaucoup de bonzes et de nonnes ont été victimes de cette violence et les milliers de personnes qui ont été arrêtées continuent à la subir. Plus de mille personnes ont disparu, beaucoup d’entre elles sont probablement décédées.

Il y a quelques semaines, les bonzes de Birmanie ont commencé à manifester, à prier et à répandre une forme de bienveillance dans une tentative de résolution pacifique des problèmes de notre pays.

La Birmanie est riche en ressources naturelles, mais la population est misérable. Elle a été touchée de plein fouet et son désespoir a atteint un abîme lorsque le gouvernement a augmenté brutalement et arbitrairement le prix de l’essence, multiplié par cinq du jour au lendemain.

En tant que bonzes, dans le cadre de nos vœux, nous estimons de notre devoir de soulager la souffrance, où que nous la voyions. Nous ne pouvions fermer les yeux sur la misère de notre peuple. Quand nous avons constaté que les bonzes étaient unis, nous avons formé la Sangha Coalition.

Ceux d’entre nous qui étudient ou enseignent actuellement à l’étranger sont également unis et soutiennent ceux qui se trouvent en Birmanie. Mais ce ne sont pas seulement les bonzes qui sont unis. Car lorsque nous avons commencé à manifester pacifiquement en faveur du changement, les étudiants, les jeunes, les intellectuels et les citoyens ordinaires se sont joints à nous sous la pluie.

Nous pensions que certains des généraux, peut-être même tous – ils sont eux-mêmes bouddhistes – qui contrôlent le pays auraient été un tant soit peu à notre écoute pour tenter de remédier aux nombreux maux qui affligent la Birmanie.

Au début, nous avons montré notre désapprobation à l’égard du régime militaire en refusant de recevoir leurs dons. Nous avons porté en position renversée les bols dans lesquels nous recevons les dons de nourriture, ceci pour traduire nos sentiments.

Nous n’avons pas perdu notre bienveillance à l’égard des simples soldats ni même à l’égard des chefs qui leur ont donné l’ordre de brutaliser leur propre population, mais nous voulions les appeler à changer alors qu’il était encore temps.

Nous savons qu’au sein de l’armée et dans des organisations proches du régime, certains étaient réticents à employer la violence contre les bonzes. Nous disons à ceux qui exercent des violences contre leurs compatriotes d’arrêter et de se demander si leurs actes sont en accord avec le dharma (l’enseignement du bouddhisme) et s’ils agissent pour le bien de la population birmane.

Des soldats qui avaient reçu l’ordre d’utiliser la violence contre nous et de nous empêcher de marcher ont refusé, car ils avaient compris ce que nous faisions.

Pour sauvegarder l’unité du pays, nous espérions ouvrir une voie de sortie aux dirigeants militaires, le moyen d’entamer un véritable dialogue avec les véritables dirigeants du peuple et les dirigeants des différents groupes ethniques. Mais cet espoir a été de courte durée. Le régime pourchasse maintenant ceux qui ont participé aux manifestations et commet des actes d’une violence indicible. Ils ont assiégé les monastères et arrêté des bonzes et des nonnes. Policiers et soldats sont partout, dans les rues, autour des pagodes et dans les quartiers résidentiels.

Des manifestants blessés auraient été enterrés vivants dans des charniers et des informations fiables font état de cadavres dans les eaux à proximité de Rangoun.

Tandis que le régime brutalise le peuple birman, il ment au reste du monde.
Le général de brigade Kyaw Hsan, un représentant des militaires, a récemment déclaré à l’envoyé spécial de l’ONU, Ibrahim Gambari, que les manifestants étaient de « faux bonzes ».
Mais nous sommes de vrais bonzes, et des milliers d’entre nous – à Rangoun, Mandalay, Pegu, Arakan, Magwe et Sagaing – ont manifesté en faveur de la paix.

On a dit que le soulèvement de Birmanie était terminé. La junte veut que l’opinion publique internationale croit qu’il en est ainsi. Mais nous pensons que ces manifestations constituent le début de la fin du régime dans notre pays.

Les généraux qui ont ordonné la répression ne s’en prennent pas seulement au peuple birman, mais aussi à leur propre cœur, à leur propre âme et à leurs valeurs spirituelles. Les bonzes sont les gardiens du dharma. En s’en prenant à eux, les généraux s’en prennent au bouddhisme lui-même.

Nous savons que la communauté internationale essaye de nous aider, mais cette aide doit être plus efficace. Nous remercions les nombreuses personnes et organisations à l’étranger qui nous aident à regagner nos droits bafoués depuis plus de 40 ans. Nous appelons aussi la communauté internationale à un soutien plus concret et plus vigoureux. Le régime militaire fera tout ce qu’il pourra pour rester au pouvoir, aussi sa violence doit-elle être exposée au monde. Ils peuvent bien contrôler la rue et les monastères, ils ne pourront jamais se rendre maîtres de nos cœurs ou étouffer notre détermination.

Par U GAMBIRA ( dirigeant de l’All Burma Sangha Coalition) et Ashin NAYAKA (fondateur de la Société missionnaire bouddhiste)

vendredi 19 septembre 2008

La none Ariya Nani lance un appel pour la Birmanie

Ven. Ariya Ñani et Ven. Vira Ñani devant les sacs de riz et les bouteilles d'huile. Au mois de juillet nous avons distribué un sac de riz et une bouteille de l’huile à 620 familles du village près de notre centre de méditation



C'est via le centre Bouddhique
le Refuge, très souvent cité sur ce blog, (centre affilié à la tradition des moines de la Forêt) que cet appel pour La Birmanie est lancé par la none Ariya Nani.

Ariya nani est une Nonne bouddhiste de la tradition théravada birmane, disciple du Maître Sayadaw U Janaka. Elle se rend donc régulièrement en Birmanie

Voici son appel :

A tous les amis !
Il y a quelques mois le cyclone Nargis a détruit la vie de beaucoup de gens en Birmanie. Des milliers de gens sont morts et des milliers de gens ont perdu leur maison. La réponse du gouvernement birman était vraiment déplorable.

Au mois de juillet, pendant une semaine, j’ai organisé en Birmanie la distribution des choses essentielles pour six monastères de nonnes dans les environs de notre Centre de méditation (Chanmyay Myaing Meditation Centre) et pour les gens de la région du delta. Avec le support de mes amis du monde entier je pouvais distribuer du riz, de l’huile, faire construire de nouvelles maisons, ou faire réparer des maisons endommagées.

Pour les nonnes et les laïques qui ont reçu cette aide vitale, la vie était devenue un peu moins pénible. Mais la lutte pour survivre continue.

Par exemple, les gens dans la région du delta ne peuvent pas planter du riz, les champs ayant été inondés par l’eau salée. Ou bien, les nonnes reçoivent très peu d’offrandes et n’ont pas assez à manger.

Au mois de décembre je vais retourner en Birmanie et j’espère pouvoir y apporter des dons pour organiser à nouveau la distribution de riz, d’huile, de savon et d’autres choses essentielles.

Sister Ariya Nani - Le refuge

Lire des extraits de "Vivre à l'ombre de metta" par Ariya Nani : Ne pas être piégé par la Haine et l'Aversion (message du 4 mars 2008)


Pour Rappel, Ajahn Sumédho avait également apporté son soutien à la Birmanie après la répression qui s'était abattu sur les moines et sur l'ensemble de la population Birmane au mois de septembre 2007, il y a tout juste un an.

vendredi 4 juillet 2008

Solidarité Birmanie : Un livre pour vivre


Mise à jour au 5 juillet




Plan de ce message:
  • 1-Une initiative collective pour aider les rescapés du Cyclone et tous les réfugiés Birmans (en aidant la clinique du Docteur Cynthia Maung)
  • 2- présentation du Docteur Cynthia Maung et de sa clinique

  • 1- Une initiative collective pour aider les rescapés du Cyclone et tous les réfugiés Birmans.
Alors que la Birmanie est déjà retombée dans l’oubli, les birmans, doublement victimes de la junte et du Cyclone Nargis ont plus que jamais besoin de notre aide, de la solidarité de tous.



C’est pourquoi Birmanie Libre, le Flambeau et moi même, à travers mon autre blog: Birmanie Actualité; nous nous associons aux Editions Kirographaires et à Jean-Philippe Demont-Pierot, auteur du roman "Réchauffement Climatique"

Avec un titre en forme de trompe-l’œil, ce roman met en scène une jeune journaliste qui enquête sur Total en Birmanie, et sa rencontre avec Nicolas, un climatologue venu constater les ravages de la déforestation. Dans la tradition des romans initiatiques, ils vont être entraînés au cœur de cette dictature et seront en prise avec les hommes de l’ombre de l’industrie pétrolière.


Sophie Alvarez du blog birmanie libre, a écrit à propos de ce livre : "J’ai aimé cette quête de l’essentiel, tragique, sensuelle et victorieuse…"


En savoir plus sur l'auteur et le livre : VOIR en vidéo : Un entretien avec l'auteur du livre : ICI


Sur chaque vente de livre, 7 euros seront reversés à des actions de solidarité active, et en particulier au soutien de la Clinique du Docteur Cynthia Maung.
( lire la présentation de cette clinique plus bas)


PARTICIPER A CETTE OPERATION : ICI 


La clinique de Mae Tao est située à Mae Sot, en Thaïlande, à la frontière de l’état Karen, proche de la trajectoire du cyclone Nargis.

Depuis 1989, année où elle a fui la répression sanglante qui suivait le soulèvement démocratique de 1988, le Dr Cynthia Maung soulage inlassablement la souffrance de son peuple.
( lire ci dessous)

5000 exemplaires seront donc mis en vente jusqu’au 31/12/2008 dans le cadre de cette opération de solidarité.



Pour plus de renseignements sur cette opération :
unlivrepourvivre@kiroed.com



Vous pouvez faire circuler ce message 


  • 2- Présentation du Docteur Cynthia Maung et de sa clinique:

Cynthia Maung est née en Birmanie le 6 décembre 1959, quatrième d’une famille Karen de 8 enfants. Ses premières années de médecin dans une petite clinique rurale lui ont permis d’être aux premières loges des exactions des militaires birmans.

En 1988, elle fut parmi ceux qui défilèrent lors des protestations anti-gouvernementales, et, quelques mois plus tard, fit partie des quelques milliers qui ont fui devant la sanglante et impitoyable répression qui sévissait.

Avec 14 amis, au terme d’un voyage de 7 jours dans la jungle, elle arriva, saine et sauve, à la frontière thaïlandaise où s’entassaient alors dans des camps des milliers de birmans traumatisés, blessés, mourants, atteints de malaria, de tuberculose…

Avec l’aide de secouristes étrangers et de chefs de villages, Cynthia Maung commença à palier à l’urgence humanitaire.


Sa clinique fut à ses débuts une vieille grange abandonnée, dotée d’un cuiseur de riz en guise de stérilisateur destinée à venir en aide aux réfugiés birmans et aux victimes des exactions de la junte en territoire Karen.

En 2007, les 530 membres de la clinique de Mae Tao, aidés par les dons d’ONGs et de particuliers ont permis entre autres 114 842 consultations gratuites en médecine, obstétrique, chirurgie, ophtalmologie, et soins dentaires. 186 prothèses pour les victimes des mines anti-personnel ont été posées et accompagnés de rééducation. A cela s’ajoutent la formation de personnel soignant, l’accueil d’orphelins et de personnes âgées, l’aide aux étudiants, etc.

Aujourd’hui, on appelle le Dr Cynthia Maung la « guérisseuse des âmes brisées ». Elle a reçu pour le travail humanitaire de la clinique de nombreuses récompenses et nominations.


« Nous avons besoin de lutter contre la mort et de traiter la maladie, mais aussi donner des pouvoirs à notre peuple d’éduquer les enfants afin que nos communautés puissent devenir fortes » Cynthia Maung


Malgré le manque de moyens et l’affluence croissante, il y a désormais 120 lits, un département de consultations médicales externes et internes, une service de maternité, de gynécologie et d’obstétrique, un laboratoire et une banque du sang, une clinique de l’œil, un département pour les prothèses des victimes des mines, un département pédiatrie, un département chirurgie, une unité de médecine générale pour l’hygiène, la vaccination, la prévention des maladies et la planification familiale, une unité dentaire, une unité d’aide psychologique pour les victimes des violences sexuelles, un hospice, un mouroir, et une aide aux familles démunies pour les funérailles.

En 2006, la clinique a recensé 107 137 visites, y compris 8 876 admissions. Les soins dispensés y sont gratuits.

La clinique a également des unités mobiles qui s’enfoncent dans la jungle au péril de leur vie pour apporter des soins d’urgence aux IDPs (internal displaced persons), ces réfugiés de l’intérieur de la Birmanie. Ils sont les expulsés des 3000 villages détruits depuis 1996, pour certains vivant sans maison et sans ressource dans la jungle, contraints de se cacher de l’armée. Cette partie de la population birmane est à ce jour évaluée selon le Thailand Burma Border Consortium à 503 000 personnes.

La clinique a son centre de formation, avec 100 nouveaux travailleurs de santé par an, forts également d’une éducation aux droits de l’Homme. Elle soutient des écoles, des orphelinats, un refuge de femmes et d’enfants, et 2 cliniques dans l’Etat Karen en Birmanie.

La clinique est financée par des donateurs privés et l’aide étrangère des États-Unis, des Pays Bas, du Canada, du Japon, d’Australie, d’Allemagne, d’Angleterre, de Thaïlande, et d’organisations comme le TBBC, l’UNHCR, Burma border projects, Terre des Hommes, etc… Des médecins et infirmières occidentaux viennent y travailler aussi pendant des périodes limitées.

Le Dr Cynthia Maung travaille sans relâche.

Cette année, la catastrophe liée à l’ouragan Nargis a mobilisé tous les moyens possibles de cette clinique et l’énergie du Dr Cynthia Maung. C’est pour cette raison, mais aussi pour l’activité indispensable de cette structure depuis une vingtaine d’années qu’il est indispensable d’apporter une nouvelle aide financière.

En savoir plus sur cette clinique : ICI

jeudi 19 juin 2008

Les bienfaits de la méditation par Aung San Suu Kyi










Les bienfaits de la méditation par Aung San Suu Kyi


La retraite de la saison des pluies a commencé.

Le moment est venu d’offrir des robes aux moines et de faire des efforts particuliers pour obtenir une meilleure compréhension des valeurs du Bouddhisme

En Birmanie, nous considérons les membres de la sangha  comme des enseignants qui nous guideront le long du noble octuple sentier. Les bons professeurs ne donnent pas seulement des sermons érudits, ils nous montrent aussi comment nous devons nous comporter dans nos vies quotidiennes selon la compréhension juste, la pensée juste, la parole juste, l’action juste, la subsistance juste(les moyens d'existence juste), l’effort juste, l’attention juste, et la concentration juste.

Il n’y a pas longtemps, avant ma mise en résidence surveillée de 1989, j’ai été gratifiée d’une audience par Sayadaw U Pandita, un enseignant exceptionnel dans la meilleure tradition des grands mentors spirituels, ceux dont les mots agissent constamment comme une aide pour une existence meilleure. U Pandita, a parlé de l’importance de la parole juste. 

Non seulement notre parole doit exprimer la vérité, mais elle doit aussi amener l’harmonie parmi les êtres, être aimable et plaisante et elle doit être bénéfique. L’on devrait suivre l’exemple du Bouddha qui n’a eu que des paroles qui ont été fiables et bénéfiques, même si parfois un tel discours n’a pas toujours été plaisant à l’auditeur.

Le vénérable m’a aussi exhorté à cultiver  la pleine conscience  (l'Attention)

Des 5 facultés spirituelles (qui sont la foi, l’énergie, la concentration, la sagesse et la pleine conscience (l'Attention), seule la pleine conscience (l'Attention) ne peut jamais être en excès. 

Une foi excessive sans assez de sagesse mène à une foi aveugle, alors qu’une sagesse excessive sans énergie suffisante mène à de la ruse indésirable. Un excès d’énergie combiné avec une faible concentration mène à l’indolence. 

Mais en ce qui concerne la pleine conscience, c’est en excès, mais toujours en carence. 

La vérité et la valeur de ce concept Bouddhiste que le vénérable U Pandita a pris tant de soins à imprimer en moi sont devenu évidentes pendant mes années de résidence surveillée. 

Comme beaucoup de Bouddhistes, j’ai décidé de mettre mon temps de détention à profit en pratiquant la méditation. Ce n’était pas un processus facile. Je n’avais pas d’enseignant et mes premières tentatives étaient plus qu’un peu frustrantes. Il y a eu des jours où j’ai trouvé mon échec à discipliner mon esprit selon les pratiques de méditation prescrites tellement exaspérant, que j’avais l’impression de me faire plus de mal que de bien. 

Je pense que j’aurai abandonné sans la recommandation d’un célèbre enseignant Bouddhiste, qui dit que si l’on veut pratiquer la méditation, on doit le faire pour son propre bien.

J’ai donc serré les dents et persévéré, souvent plutôt sombrement.

Alors mon mari m’a donné une copie du livre de Sayadaw U Pandita "Dans cette Vie même- le chemin de libération enseigné par le Bouddha"  En étudiant ce livre avec attention,  j’ai appris comment surmonter les difficultés de la méditation et en retirer les bénéfices. J’ai appris comment la pratique de la méditation amène a l’élargissement de l'attention dans la vie de tous les jours, à maintes reprises. Je me suis remémorée les mots du "Saint professeur" (du sayadaw) sur l’importance de la pleine conscience avec admiration et gratitude.

Dans mon travail politique, j’ai été aidée et affermie par les enseignements des membres de la Sangha. Au cours de ma toute première tournée de campagne à travers la Birmanie, j’ai reçu d’inestimables conseils de moines dans différents endroits du pays. A Prome, un Saint professeur m’a dit de garder à l’esprit l’ermite Sumedha, qui a échangé la possibilité d’une libération individuelle rapide, contre de nombreuses vies d’effort afin de pouvoir libérer les autres de la souffrance.
"Alors vous devez être préparée à vous dépasser aussi longtemps que nécessaire dans le but d’accomplir ce qui est bien et juste", m’a exhorté le saint professeur.

Dans un monastère à Pakokku, le conseil qu’un abbé a donné à mon père lorsqu’il s’est rendu dans cette ville il y a de cela plus de 40 ans m’a été répété :
« Ne soyez pas effrayé à chaque fois que l’on tente de vous faire peur,
mais ne soyez pas totalement sans peur.
Ne devenez pas ivre chaque fois que vous être loué,
mais ne soyez pas totalement sans ivresse
».
Autrement dit, en préservant courage et humilité, il ne faut abandonner ni la prudence ni le juste respect de soi-même.

Lorsque j’ai visité Natmauk, la ville de la maison de mon père, je suis allée au monastère où il a étudié enfant.
Là, l’abbé a donné un sermon sur les quatre causes du déclin et de la décadence :
-échec à retrouver ce qui a été perdu ;
-omission de réparer ce qui a été endommagé ;
-mépris de la nécessité d’une raisonnable modération ;
- et l’élévation au rang de dirigeant de ceux qui sont sans moralité ni connaissance.
L’abbé a continué à expliquer comment ces vues traditionnelles Bouddhistes devraient être interprétées pour construire une société juste et prospère dans l’âge moderne.

De ces paroles de sagesse que j’ai rassemblées au cours de ce voyage en Birmanie centrale, celles d’un saint enseignant de Sagaing, âgé alors de 91 ans, me restent particulièrement à l’esprit. Il m’a fait l’esquisse de la difficulté qu’il y aurait pour un avènement de la démocratie en Birmanie :
« Vous serez attaquée et injuriée pour votre engagement dans une politique honnête » a déclaré le professeur, « Mais vous devez persévérer. Fondez un investissement dans la souffrance, et vous obtiendrez la félicité”.

Source : Bangkok Post Septembre 1996 - Lire le Texte en anglais sur le blog du moine birman Ashin Mettacara : The Benefits of Meditation and Sacrifice -


Remarques : 

1-Pour ceux qui ne connaissent pas Sayadaw U pandita, vous pouvez lire sur ce blog, plusieurs extraits de son livre "Dans cette même vie", celui dont parle Aung San Suu Kyi :

2- * La Pleine conscience : U pandita  dans son livre, ne parle pas tout à fait de "Pleine conscience" mais "d'Attention". Dans le Satipatthana sutta le Bouddha parle des quatre fondements de l'Attention





lundi 16 juin 2008

Qu'à dit le Bouddha au sujet de l'engagement politique

Ce texte a été écrit par Ashin Metacarra , un moine Birman exilé, pour l'instant, au Sri Lanka.

Le texte intégral en anglais se trouve sur le blog d'Ashin Metacarra, sous le titre : Religion cannot be separated from politics; what did the Buddha say about Political Involvement?

La religion ne peut pas être séparée du Politique. Qu'à dit le Bouddha au sujet de l'engagement politique

J'étais entrain de faire la traduction de ce texte, mais il vient juste d'être traduit par hélène LE pour Bouddhachannel, voici cette traduction:


Permettez moi de discuter avec le lecteur, du Bouddha et de Son point de vue sur la politique.

Etant moine bouddhiste, j’essaierai de vous éclairer sur un mode de vie convenable et la meilleure manière de s’impliquer politiquement, en accord avec l’enseignement du Bouddha. Ces enseignements, loin de ne s’adresser qu’aux bouddhistes, sont aussi destinés aux non bouddhistes. Ils sont pour tous.

La politique des moines : Un moine tenant un bol à l’envers. Un acte de refus de l’aumône provenant des militaires, qui constitue la suprême "offense" pour un bouddhiste.

Que signifie être "bouddhiste" ? La meilleure réponse étant que ceux qui pratiquent et vivent en accord avec les enseignements du Bouddha sont appelés bouddhistes, car la pratique est très appréciée du Bouddha. Ensuite, que sont les enseignements du Bouddha ? La réponse courte et rudimentaire est que nous devons toujours nous efforcer de faire le bien et de pratiquer la bonté, plutôt que de faire le mal et de blesser autrui.

Evidemment, personne ne pourrait jamais conclure que les dirigeants actuels du Myanmar sont bouddhistes. Ils ne se sont attachés qu’à la dénomination, pour s’affilier au Bouddhisme et diriger le pays. Ils "tentent" de devenir bouddhistes sans rien connaître des enseignements du Bouddha. Ces généraux vivent vraiment d’ignorance et de foi aveugle, car les véritables bouddhistes doivent avant tout, être des autodidactes qui continuellement, pratiquent pour atteindre la libération suprême (Nirvana).

La politiques et les affaires politiques sont considérés en Bouddhisme, comme des préoccupations mondaines, oui. Mais le Bouddha n’a pas ignoré ces mondanités, car en Prince aliéné et affranchi de ses préoccupations mondaines antérieures, Il continuait de vivre en société. L’aumône de nourriture vient d’un grand nombre de personnes qui constituent la société. Ainsi, ne devrions nous pas travailler à élever la société jusqu’à ce qu’elle atteigne une forme plus évoluée, pour être plus efficace et plus juste ?

Le Bouddha a également dit aux moines d’œuvrer pour le bien du plus grand nombre, pour le bénéfice de tout être vivant et pour l’évolution de la société. La fondation de la communauté des moines (Sangha en Pali, le Pali étant la langue originelle du Bouddha) était entièrement dédiée au bénéfice du peuple.

Dans la vie de Bouddha, nous constatons que le Bouddha a souvent abordé la politique avec les dirigeants des royaumes de son temps, tels le roi Mala, le roi Kosala, le roi Licchavi ainsi que le roi Ajatasattu. Le Bouddha a toujours prêché auprès des rois, que ces derniers se devaient de diriger leurs royaumes avec le dasarajadhamma.

En Pali, le dasarajadamma est basé sur les dix préceptes, pour que le roi gouverne son pays au mieux. Ces préceptes recommandent :
(1) d’être libéral et d’éviter l’égoïsme,
(2) de maintenir un caractère moral élevé,
(3) d’être préparé à sacrifier son propre plaisir pour le bien-être des sujets,
(4) d’être honnête et de respecter une intégrité absolue,
(5) d’être aimable et doux,
(6) de mener une vie simple pour que les sujets fassent de même,
(7) d’être exempt de toute haine,
(8) de pratiquer la non-violence,
(9) de pratiquer la patience,
(10) de respecter l’opinion publique afin de promouvoir la paix et l’harmonie.

N’importe quel gouvernement ayant le souhait de gouverner une nation pacifiquement, peut mettre en pratique ces 10 préceptes même aujourd’hui ; ils ne se sont pas encore "démodés" et ne passeront jamais "de mode".

Le Bouddha a prêché la non-violence et la paix comme messages universels. Il n’approuvait ni la violence, ni la destruction de la vie. Il a déclaré qu’une guerre "juste" n’existait pas. De ses propres mots, Il a enseigné : "Le vainqueur nourrit la haine ; le vaincu vit dans la misère. Celui qui renonce et à la victoire, et à la défaite est heureux et paisible".

Le Bouddha n’as pas seulement enseigné la non-violence et la paix : il a probablement été le premier et seul enseignant religieux à s’être rendu personnellement sur le champs de bataille afin d’empêcher qu’une guerre n’éclate, en diffusant de la tension entre les Sakyas et les Koliyas qui étaient sur le point de guerroyer au dessus des eaux du fleuve Rohini. Il a également dissuadé le roi Ajatasattu d’attaquer le royaume des Vajjis.

Il a montré que les pays pouvaient devenir corrompus, dégénères et malheureux lorsque dirigeants du gouvernement devenaient corrompus et injustes. Il a condamné la corruption et a énoncé que les actions des gouvernements devaient se baser sur des principes humanitaires.

La Bouddha a dit un jour : "Lorsque le dirigeant d’un pays est bon et juste, les ministres deviennent bons et justes ; lorsque les ministres sont bons et justes, les fonctionnaires sont bons et justes, lorsque les fonctionnaires sont bons et justes, la piétaille devient bonne et juste ; lorsque la piétaille devient bonne et juste, le peuple devient bon et juste".

La religion et la politique sont très clairement assimilables à un billet de banque, pourvues de deux facettes. La face avant peut être considérée comme la religion et la face arrière, comme la politique. On ne peut les séparer l’une de l’autre. Autrement, la monnaie ne vaut plus rien.

De la même manière, les moines bouddhistes et les autres dirigeants religieux ne devraient se détacher de la politique. Je ne signifie pas qu’ils devraient gouverner les pays, mais juste présenter et avancer leurs préceptes bouddhistes à travers le fonctionnement d’un gouvernement, pour empêcher tant de guerres et de conquêtes, de persécutions, d’atrocités si évidentes, de rebellions, et de destructions d’œuvres culturelles et artistiques.

On peut probablement considérer la Thaïlande et le Sri Lanka comme des exemples de nations bouddhistes prospères mais imparfaites. Le Myanmar a encore beaucoup de chemin à faire dans cette direction, et les généraux birmans, s’ils étaient futés et s’ils voulaient la survivance de leur gouvernement, travailleraient à un rapprochement avec les dirigeants bouddhistes, qui ont toujours eu l’appui et la bonne volonté de la plus grande majorité du peuple birman. Au lieu de les écraser, les infiltrer, les emprisonner, les battre, les tuer, et sinon de persécuter les moines bouddhistes du Myanmar.

Ashin Metacarra



Sur le même thème, Au mois de septembre 2007, j'avais écris sur ce blog un message intitulé : Un moine peut-il manifester

mercredi 4 juin 2008

Aung San Suu Kyi, Portrait d'une femme bouddhiste




Ces passages (que j'ai scanné) sont extraits de la préface du livre de Thierry Falise "Aung San Suu Kyi le Jasmin ou la lune"


Elle est arrivée portant un chemisier jaune, couleur de défiance, Couleur interdite par la junte militaire, pourtant c'est la couleur sacrée des bouddhistes.

Les militaires étaient très nerveux.. . Superstitieux Parce que ce jour là nous étions le 25/9/99
et le 8/8/88 était la date des massacres sanglants des étudiants et de la population deux années avant qu'elle ne gagne haut La main les élections en Birmanie et avant d'être à jamais leur prisonnière.

Visage lumineux, cheveux d'ébène piqués de fleurs, une rebelle magnifique, impertinente, l'audace d'une collégienne, malicieuse et drôle. Cette femme frêle est Aung San Suu Kyi.

Pendant notre entretien d'une heure à l'ambassade de France à Rangoon, j'ai écouté la bravoure d'une femme qui ne s'apitoyait jamais sur son sort, mais se souciait uniquement des autres, du sort de Win Tin en prison à même le sol, vieux poète...

Bouddhiste, pacifiste, non elle ne prendra pas les armes contre la junte militaire... Elle a pitié du tortionnaire car pour sa conscience à lui c'est plus cruel que les coups qu'il donne.

- Qu'est-ce que je peux pour vous ? ai-je demandé, désemparée.
- Faire parler de Win Tin, dit-elle.
Décourager tous commerces avec la Birmanie, tourisme, bois, pétrole.. . Même le riz, on oblige les paysans à faire deux fois leur récolte. Et ils ne perçoivent pas un centime de plus pour leur travail, ça part pour la corruption...


- Ça doit être dur de vivre loin de vos enfants?
- Oh non ! sourit-elle avec cette malice d'écolière cependant triste. On ne peut pas les utiliser comme chantage contre moi, ils sont en sécurité, mes compatriotes n'ont pas cette chance...

Écoutez les moteurs quand je partirai d'ici... Deux motos et deux voitures militaires me suivront... Dans le temps, je les faisais courser mais maintenant leurs moteurs sont plus puissants que ma voiture, elle rit.

- Pourquoi on ne vous tue pas ?
Elle se retourne avec ce sourire énigmatique et j'ai eu l'impression que je l'ai vue, ma Dame pour la dernière fois...

... une compagnie pétrolière française exploite sans scrupule le gaz dans ce pays dirigé par des militaires terrifiants aux prisons sinistres...
Cette femme trop aimée, trop populaire est dans leurs mains...

Jane Birkin


Depuis cette dédicace , des choses se sont passées en Birmanie, mais après l'euphorie des manifestations dans la rue, cette vision inouïe de courage des moines, des étudiants n'ayant plus rien à perdre devant l'horreur de la pauvreté et de l'injustice dans leur pays, marchant solidaire pourle parti Démocratique, sûr de notre soutien, de notre aide... Ils ont payé de leurs vies.

Combien de tortures, combien de morts ? Nous n'avons pas bougé le petit doigt pour les aider. la Croix-Rouge est interdite en Birmanie, aucun constat n'a été fait des disparus, des morts. Nos politiciens n'ont rien changé de leur "policy", depuis toujours"business as usual " le silence est retombé sur la Birmanie.

J'ai l'impression que la finance, l'argent sont nos conseilleurs et nos pays sont tous pareils, prêts à fermer les yeux pour ne pas voir les tortures, à se boucher les oreilles pour ne pas entendre les cris et pour conserver leurs intérêts, alors que le sang éclabousse les murs des monastères.

Quand plus tard, les disparitions, le chiffre des morts seront connus, nous feindrons l'horreur alors que nous étions directement complices de n'avoir pas porté secours à ces personnes en danger...

" Elle " : quelle déception a t-elle dû ressentir ou bien, dans son coeur bouddhiste, nous a-t-elle plaint de notre lâcheté,... de nos faiblesses habituelles et enfin sait-elle la peine qu'un jour nos consciences ressentiront ?

Pardon Madame ne ne pas avoir été à votre hauteur d'intégrité, d'avoir oublié la moralité, peut être vous vous en doutiez, mais je crains que nous ayons été malheureusement un espoir...


***********************


Remarques

Alors que la Birmanie était retombée dans le silence, comme le souligne l'auteur dans la préface ci dessus, depuis le cyclone Nargis, ce pays cher à mon coeur, est de nouveau sous les projecteurs. Malheureusement cette phrase est plus que jamais d'actualité :

nous sommes "
directement complices de n'avoir pas porté secours à ces personnes en danger..."

et nous devrions demander pardon cette fois ci, à tous Birmans.

Dans un de mes messages, publié le 1 juin sur "Birmanie mon coeur saigne", j'écrivais

... la junte est responsable, l'ONU est responsable, L'Europe est responsable, nous sommes responsable. Ensuite, appelez ça comme vous voudrez, "négligence", "non assistance à personne en danger" et même "complicité", peu importe, mais nous devrons un jour ou l'autre, nous tous, rendre des comptes aux birmans mais aussi à tous les peuples qui souffrent de cette manière et leur expliquer pourquoi on les a laissé mourir sans rien faire ou presque, enfin juste le minimum pour se donner "bonne conscience."....

Quelle naïveté de ma part, mais parfois je me prends à espérer une intervention militaire qui serait effectuée uniquement dans l'intérêt du pays concerné et non dans l'intérêt du ou des pays qui interviennent.
Je me prends à espérer que l’action humanitaire ne soit plus une arme dans les mains de certains pays occidentaux "donneurs de leçons" mais un véritable acte de compassion... (Birmanie, "négligence criminelle?")




dimanche 1 juin 2008

Liberté de pensée liberté de religion

Un magnifique témoignage de Mr Aung Ko représentant de "the National Council of the Union of Burma" en France. Une vraie leçon d'humilité et de compassion.

J'ai déjà publié ce témoignage au mois de septembre 2007 mais il est toujours d'actualité: La Birmanie se trouve toujours "dans une situation politique et sociale déchirée."

Les conséquences dramatiques du Cyclone Nargis ont permis à la Birmanie de revenir sur le devant de la scène internationale, mais pour les Birmans l'enfer au quotidien existait déjà depuis longtemps.

J'ai également publié ce témoignage sur le blog Birmanie mon coeur saigne





Je veux vous dire merci

(...) Je veux vous dire merci pour tous ceux qui n’ont pas le droit de le faire dans mon pays, la Birmanie, encore nommée « Myanmar » par la junte non-élue et non-démocratique ; arrivée au pouvoir par son coup d’état et ses atteintes massives aux droits de l’Homme. C’est un très grand honneur et privilège pour moi de pouvoir vous remercier et je souhaite le faire pour tous ceux qui ne disposent, dans mon pays, ni de la liberté de pensée, ni de celle de pratiquer leur religion ; pour ceux qui n’ont pas accès à la presse libre, qui n’ont pas la liberté de parole, et d’expression, qui ne peuvent ni se réunir, ni former une association.


La liberté est inexistante en Birmanie

La Birmanie, comme vous le savez peut être, est surnommée le « Pays des mille pagodes et de la douceur de vivre » mais, depuis des années, il est devenu le pays de la dictature militaire et des violations des droits de l’Homme. Il est gouverné au prix de mille mensonges.

On m’a demandé plusieurs fois si la liberté est contrôlée en Birmanie. Selon la Loi du Karma, ou « Loi de Cause et Effet », la liberté est triple par nature : elle est physique, verbale et mentale. Et bien, au regard de ces trois dimensions de la liberté, ma réponse à cette question sur mon pays est simplement : Non ! La liberté en Birmanie n’est pas contrôlée, elle est tout bonnement inexistante.

La liberté a été confisquée par la junte militaire, par le coup d’état et par la loi martiale. La liberté n’existe que pour les généraux, nommés par eux-mêmes, non-élus et non-aimés par le peuple, et pour leurs marionnettes. Ceux qui aiment la démocratie en Birmanie, les électeurs et les élus du peuple, sont en fait considérés comme les ennemis du peuple. Cela a été décrété par la dictature militaire qui en conséquence clame sans cesse qu’ils doivent être, « à tout prix », « écrasés » ou « annihilés ».

Le message officiel, reconnaissez-le, est pour le moins paradoxal dans un pays où se sont tenus successivement deux Synodes ou Conciles Bouddhistes. Alors, comme le personnage « Aung Ko » que j’ai joué sous mon propre nom dans le film de John Boorman « Rangoon » ou « Beyond Rangoon », je le redis encore aujourd’hui : « En Birmanie, tout est illégal ».


Le peuple a voté

Oui. Il y a bien eu des élections législatives nationales et le peuple a effectivement voté. Les votes ont été décomptés et une majorité de plus de 82 % a été reconnue et annoncée. Mais le régime militaire n’a pas su honorer les électeurs et les élus. Il s’agit là d’une malhonnêteté absolue, unique par sa forme dans toute l’histoire des sciences politiques et sociales. Et depuis lors, la loi en Birmanie n’est que ce que les Généraux autoproclamés en font ; elle peut être changée sans contrainte pour eux et elle change d’ailleurs de jour en jour, selon le bon vouloir et les intérêts de la dictature en place.

Par dérision, le peuple birman raconte qu’il existe en fait en Birmanie une loi qui dit : « Je te hais ». Elle aurait un mode d’application simple qui ferait dire aux soldats à leurs victimes : « On ne t’aime pas ; la prochaine fois, on ne t’enverra plus en prison ». Nous pouvons imaginer facilement ce que ces mots veulent dire ; ils ne peuvent signifier autre chose que la disparition et l’élimination de la victime, simplement justifiée par la haine.

Le peuple dépeint bien toute l’attitude de la junte et il n’y a rien qui puisse être aussi différent de tout le message de la religion et de la culture de mon peuple. La corruption de l’esprit et du cœur entretenue par les Généraux birmans et par leurs hommes de main, le pouvoir politique et social qui n’est pas établi conformément à la loi civile, tout fait souffrir les co-citoyens en silence, comme les prisonniers de conscience et d’opinion.

Mais face à la tyrannie et à la dictature, le peuple de Birmanie soumis à l’un des pires joug qui existe dans ce monde a toujours la force et le courage de vouloir se libérer de ses entraves, de se mettre debout et de montrer qu’ils ne renonce jamais à faire preuve de liberté de conscience ou de pratique, au nom de la dignité humaine. Pouvons-nous agir sans entrave ?


La vraie essence de notre combat est le combat de l’esprit.

Lorsque l’homme est prisonnier de conscience ou d’opinion, lorsqu’il doit baisser la tête et s’incliner devant l’usage de la force et de la violence, il arrive, comme souvent dans les pays dont nous parlons aujourd’hui, que son esprit soit brisé par la torture ou par la réclusion. Mais il arrive toujours que certains hommes et femmes, héroïques ou au-dessus du commun, ne se laissent pas abattre et choisissent de répondre à la violence avec noblesse de cœur et tranquillité d’âme. Mes chers confrères et consœurs, soyons tristes, mais pleurons de joie du fait que nous pouvons agir en commun pour atteindre un résultat dans nos pays. La vérité a un témoin. N’est-ce pas ?

Je rejette absolument les clichés selon lesquels la religion pourrait impliquer nécessairement, intrinsèquement, inévitablement, des formes de soumission politique. Le combat politique et social non-violent trouve sa vigueur, en Birmanie, dans la force de l’amour non-violent et de la compassion. Il est absolument pacifique, mais essentiellement actif au nom de la vérité.

Il ne s’agit pas du tout de résistance civile passive, ni de non-résistance « lâche », comme l’on dit et comme on l’entend trop souvent. Autrement dit, c’est une force non-violente de non-coopération avec l’injustice et les criminels. C’est la désobéissance civile qui mène à la résistance forte et bonne pour pouvoir dire « Non », pour pouvoir s’opposer aux princes des ténèbres qui veulent faire peur à leurs propres citoyens par les balles, et qui tentent de les dominer.

La vraie essence de notre combat est le combat de l’esprit. Nous combattons avec nos « sources » que nous avons cultivées et avec nos « forces intérieures » que nous avons développées. Au-delà de la passion de soi, de l’amour personnel, il s’agit d’un amour universel sans barrière et sans exception, à l’égard de tous les êtres vivants. Nous suivons notre chemin de lutte et de combat politique et social, par une autre culture et par un autre esprit de combat. Que la pensée soit plus forte que des balles !


La compassion et la sagesse

Pour qu’un homme ou qu’une femme soit parfait, selon l’enseignement du Bouddhisme, il ou elle doit développer conjointement et également deux qualités : la compassion Karuna, d’une part, et la sagesse Panna d’autre part.

La compassion englobe l’amour, la charité, la bonté, la tolérance ; toutes les nobles qualités de cœur qui sont le côté affectif. La sagesse, quant à elle, signifie le côté intellectuel, c’est-à-dire toutes les qualités de l’esprit. Si le côté affectif est développé, seul, tout en négligeant le côté intellectuel, on devient un sot au bon cœur. Si, au contraire, on développe exclusivement le côté intellectuel en négligeant l’affectif, on risque de devenir un intellectuel manquant de sentiment pour les autres. La perfection exige que ces deux côtés soient développés l’un tout autant que l’autre. C’est le but de la voie bouddhiste qui mène à l’absence de peur, d’impureté. Ce qui constitue la peur, l’impureté, c’est l’avidité, la haine, et l’illusion.

Daw Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix, a dit : « La peur est une habitude. Elle ne me fait pas peur ». Elle dit qu’elle n’a pas peur parce qu’elle est, elle-même, enveloppée de l’amour universel et de la compassion. Seuls les êtres inhumains sont incapables de comprendre une chose ; c’est que la violence ne peut être stoppée que par la non-violence. La violence ne cesse jamais par la violence, comme la haine ne cesse jamais par la haine ; c’est seulement par l’amour que la haine cesse. C’est la Loi universelle enseignée par le Bouddha depuis 2 546 ans. C’est ainsi que la voie bouddhiste nous l’indique : « La sagesse et la compassion ne doivent pas être séparées ». C’est pourquoi un vrai bouddhiste, comprenant avec cœur et esprit les choses telles qu’elles sont, est plein d’amour et de compassion pour tous les êtres vivants. Sauvons nos valeurs asiatiques dans nos pays !


La « Compréhension Juste » et la « Pensée Juste »

Dans un pays où le développement de la culture mentale tient le premier rang, chacun sait que la « Compréhension Juste » et la « Pensée Juste » appartiennent en propre à la sagesse bouddhiste, et bien la junte a créé en 1994 une armée bouddhiste pour les Karens s’appelant « l’armée bouddhiste démocratique des Karens », la DKBA. On le voit-là, c’est l’histoire même du Bouddha qui en Birmanie est sévèrement insultée et niée ; le Seigneur Bouddha ne s’était-il pas Lui-même rendu sur les champs de bataille, par compassion et amour universel, pour arrêter les tueries, pour établir la paix et la prospérité des peuples ?

Depuis 1988, où les moines bouddhistes de Birmanie ont suivi le chemin du Bouddha et se sont montrés aux côtés du peuple en manifestant en paix et sans armes pour la démocratie et les droits de l’Homme, ceux-ci n’ont pas pu échapper aux arrestations et à la détention pour leurs actes compatissants. De nombreux moines birmans ont été mis et sont encore en détention ; c’est la réalité de mon pays.

Peut-on voir là, comme résultat de l’action du pouvoir en place, comme bilan de l’histoire contemporaine de la Birmanie, autre chose que la destruction de la culture bouddhiste et des fondements d’une histoire nationale ?

La liberté de pratique religieuse pour les chrétiens et les musulmans du pays est elle aussi soumise à de multiples atteintes et violations ; tout pareillement. La junte, pour attirer l’attention du peuple birman et de l’opinion internationale, pour faire également apparaître justifiable son existence même, crée et attise les haines entre communautés religieuses. Elle a attisé les conflits entre les Karens bouddhistes et les Karens chrétiens, les conflits entre les moines bouddhistes et les religieux musulmans. Et tout cela au nom de sa politique de paix et de développement !


L’enseignement du Bouddhisme dans le pays se fait toujours sous le contrôle du pouvoir

Un autre méfait de la politique mise en place par la junte militaire et que, depuis quelques années, l’enseignement du Bouddhisme dans le pays se fait toujours sous le contrôle du pouvoir et en obéissant aux instructions et aux ordres qu’il donne. Ceci est parfaitement contraire à la volonté du Bouddha qui n’a jamais lui-même nommé un chef du Dhamma, de la Loi. Le Bienheureux a dit à ses disciples : « il y a mon enseignement ». A l’inverse, la junte n’a pas d’autre politique que de tout ordonner et de diviser pour régner ; cela contribue à détruire le Bouddhisme et sa culture. Car le Bouddhisme est fait pour l’homme et ce ne sont pas les hommes qui ont fait le Bouddhisme.

Les généraux de la junte se rendent bien dans les pagodes et dans les monastères, on le voit sur l’écran de la télévision officielle et dans les journaux qu’ils contrôlent. Peut être espèrent-ils ainsi acquérir quelques mérites en pensant à leurs vies futures, mais cela fait surtout partie de leurs différentes actions de propagande. Le comble est qu’ils se rendent dans les pagodes en portant leurs uniformes de l’armée, et en portant parfois des armes à feu. C’est tout à fait contraire au message du Bouddha. Et finalement le plus important, pour eux, c’est peut être finalement de montrer leur colère, leur haine, leur violence, tout ce qu’il peut nuire aux autres, même sur les lieux saints. C’est ainsi que la majorité du peuple de Birmanie vit sous la terreur et la répression instaurées par le régime militaire responsable des massacres du 8 août 1988.

Le Bouddha nous a enseigné la souffrance et la Délivrance de la souffrance


Le Bouddha nous a enseigné la souffrance et la Délivrance de la souffrance par les moyens de l’amour universel, la compassion, la joie sympathique et l’équanimité, mais ces généraux birmans font souffrir le peuple en Birmanie par la violence, la cruauté, la jalousie et la partialité. Birmanie : La souffrance du mal !

C’est la raison pour laquelle, Daw Aung San Suu Kyi a déclaré : « Nous voulons que le monde sache que nous sommes prisonniers dans notre propre pays ». Elle a fait un appel à la communauté internationale pour demander « de faire preuve de compassion, partager la liberté que l’on a avec ceux qui n’en n’ont pas et prendre une position ferme dans la bataille pour la démocratie en Birmanie ». Car, pour elle, « le Bouddhisme engagé ou « social » est la compassion active ou l’amour universel actif. Ce n’est pas seulement rester passif en disant, « je suis désolé pour eux ». Elle ajoute que « l’intégrité politique signifie tout simplement honnêteté en politique. Le plus important est de ne jamais tromper les gens ».

Qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas de « valeurs asiatiques », chacun peut avoir son point de vue, le plus important me semble être de laisser les gens s’exprimer librement. Et en tout cas, il est sûr et certain qu’il y a des valeurs bouddhistes dans nos pays asiatiques : l’amour universel, la bienveillance, la compassion, la non-violence, le respect de l’homme, les droits de l’homme pour le bien-être de l’être humain. Mais, hélas !


La Birmanie se trouve dans une situation politique et sociale déchirée

La Birmanie d’aujourd’hui se trouve dans une situation politique et sociale déchirée, et l’économie est en plein chaos du fait de la malveillance de dirigeants maladroits. Quels sont les derniers événements politiques et diplomatiques à propos de la Birmanie ?

Selon Monsieur Razali Ismail, malaisien et envoyé spécial des Nations-Unis, qui s’exprimait au mois d’août 2002 : « des discussions significatives entre militaires et opposition » devaient « commencer à la fin de la semaine »…et il ajoutait qu’à présent « ça ira très, très vite ».

Quelques jours plus tard le Dr. Mahathir, Premier ministre malaisien en visite d’affaires en Birmanie, a déclaré, contredisant M. Razali, qu’il « existerait des dangers » à « une entrée précipitée dans un système démocratique, qui peut mener à l’anarchie… ».

Le lieutenant-général Khin Nyunt, le numéro un du service secret du régime militaire, a alors tout de suite fait l’éloge du Dr. Mahathir : « Pour nous, a-t-il publiquement déclaré, le Premier ministre Dr. Mahathir Mohamad est plus qu’un leader de la dynamique nation de Malaisie. Il est un homme d’état visionnaire de la région et un ardent défenseur du monde en voie de développement ».

Je rappelle que le Dr Mahatir est l’un des inventeurs d’un universalisme relatif selon lequel il existerait des valeurs asiatiques spécifiques, où la démocratie n’aurait qu’une valeur relative, disons même occidentale, mais où l’islam, lui, aurait une valeur universelle. Et les dirigeants de mon pays en font un « visionnaire » planétaire !

Daw Aung San Suu Kyi a apporté elle-même une réponse dans une interview au magazine « Irrawaddy » le 22 août : « Nous ne pouvons pas accepter l’idée selon laquelle, si la démocratie n’est pas être maîtrisée correctement, celle-ci pourrait mener à l’anarchie. Je pense que cette sorte de commentaire consiste à traiter le peuple de Birmanie avec condescendance ».

Dans son interview avec Radio Free Asia (RFA), service birman, « Le peuple de Birmanie est prêt de s’engager dans la démocratie et à la soutenir » ; « Mahathir est en train de mépriser le peuple birman » ; « La majorité du peuple birman s’engagera dans la démocratie et la soutiendra consciencieusement, et d’une façon positive », a-t-elle répondu. (le 21 août 2002).

Selon la radio « Voix Démocratique de Birmanie », Daw Aung San Suu Kyi, qui s’exprimait par message radio dans le cadre d’un colloque gouvernemental norvégien consacré au pétrole et aux droits de l’Homme le 28 août, a enfin exhorté la communauté internationale à continuer les sanctions économiques contre le régime militaire au pouvoir ; jusqu’à ce que soit établi une étape plus significative du dialogue avec la junte.

Avec la patience on arrive à tout ! Et bien sûr, il nous faut la patience qui signifie, dans son sens profond, l’acceptation de la souffrance elle-même. C’est une attitude de bienveillance et de bonté de l’homme non-violent. C’est même le vrai sens de notre combat non-violent, si j’ose dire, pour la restauration de la liberté de pensée et de religion dans nos pays en Asie du Sud-Est. Vive « Satyagraha » ! Vive « la vérité et l’amour » !

samedi 31 mai 2008

Birmanie, la colère des moines



Depuis un mois, ils consignent tout sur des feuilles blanchâtres, gondolées par l'humidité : le nom des donateurs, ce qu'ils ont déposé, la quantité, la date. Parfois, ils comptent les sacs de riz, plus souvent les kyats - la monnaie locale.

Dans la touffeur de leur monastère, Ashin Mibaya, aux traits émaciés, et Ashin Yadana, le visage surmonté de fines lunettes sur ses joues rondes, collectent, comme des milliers d'autres moines en Birmanie, les dons pour les victimes du typhon Nargis. Calmes, en apparence, ils organisent méticuleusement l'acheminement de l'aide dans les zones sinistrées.

Pourtant, la colère gronde. Au visiteur pressé, la langueur des prières ressassées à haute voix, le bruissement perpétuel des pieds nus sur les parquets en teck ne laissent rien deviner. Mais derrière les étoffes pourpres qui tentent de sécher au soleil de la mousson, à l'ombre des Bouddhas dorés, le mot finit presque toujours par être murmuré : "colère". Colère de devoir compenser une aide humanitaire bloquée, contingentée, par la junte militaire au pouvoir.

Dans ce monastère, on le dit juste un peu plus fort qu'ailleurs. En septembre 2007, c'est déjà de leurs dortoirs, à Mandalay, la deuxième ville du pays, à 700 km au nord de Rangoun, et à Pakokku, une ville voisine, que sont parties les premières manifestations de moines contre la montée des prix et la politique économique archaïque de la dictature.(...)

A Rangoun, la plupart des moines mêlent le religieux et le politique. Ils déplorent le manque de "compassion" du gouvernement. Pas eux. Eux sont scandalisés. A 39 ans, les dents rouges du bétel mâché toute la journée, ils sont "scandalisés" par l'attitude de la junte. Ebahis devant sa "cruauté". Jamais, disent-ils, entourés de leurs jeunes élèves, même après que l'armée ait tiré sur eux en septembre dernier, jamais ils n'auraient imaginé que le pouvoir puisse "laisser mourir de faim son peuple".

Face au blocus de la junte, tout un "système D" humanitaire s'est mis en place, en Birmanie. Les moines en sont devenus l'un des piliers. Car, si au fil des semaines, le gouvernement a encouragé les donations, il a de plus en plus contraint les civils à les lui déposer, pour les distribuer lui-même, via l'armée.

Profondément choqués par les rétentions du gouvernement - notamment vis-à-vis des humanitaires occidentaux coincés à Rangoun -, beaucoup de Birmans préfèrent donner aux "robes" plutôt qu'aux fusils. Elles seules pouvant s'affranchir de l'obligation de déposer les dons à l'armée.

Dans un bidonville de Rangoun, un acteur et réalisateur birman célèbre - Zaganar -, empêché de distribuer du riz, a préféré confier ses stocks au monastère le plus proche.

Ces dernières semaines, les week-ends, à Rangoun, des files de voitures de particuliers, de camions affrétés par des chefs d'entreprise en tous genres, chargés de vivres, prenaient la route du delta de l'Irrawaddy, la zone la plus touchée par le typhon. Mais ces volontaires ont été contraints d'interrompre la noria. Et les moines ont pris la relève.

Au monastère de Mibaya et Yadana, à trois reprises, c'est le vénérable en chef qui a fait le voyage jusqu'au delta. Car seules les figures charismatiques du bouddhisme birman peuvent avoir la garantie de distribuer elles-mêmes les dons aux victimes. L'armée refuse de laisser passer des moines moins en vue.

La première fois, le vénérable est parti avec trois camions. La deuxième, il a voyagé en train avec deux énormes malles. Mais la dernière fois, il n'a pu emmener que 100 000 kyats (environ 65 euros), calés dans un coin de portefeuille. Avec les semaines, les dons se sont raréfiés. Les moines ont eu beau battre le rappel en distribuant des tracts ; exceptés les riches donateurs, les classes moyennes ont peu répondu à l'appel - elles avaient déjà donné tout ce qu'elles pouvaient.

Aussi, lorsque la nuit descend et que passe le temps de méditer, Mibaya et Yadana ne s'en cachent pas : ils discutent politique. Révolution, éducation et électricité pour tous. Des conciliabules qu'ils ont aussi parfois "secrètement" avec leurs frères de Pakokku. Malgré les tirs, malgré les arrestations, malgré les listes noires et "l'espionnage" quotidien par les services du gouvernement, la nostalgie des manifestations de 2007 les taraude. Un mois après le passage de Nargis, ils en sont persuadés : s'ils manifestent à nouveau, cette fois, les Birmans les suivront dans leur mouvement. Ils rêvent d'un soutien diplomatique extérieur.

En ville, nombreux sont ceux qui prennent pour des utopies un tel soulèvement. Mais dans un sourire anxieux, Mibaya et Yadana le jurent, ils guettent "l'opportunité". Le cyclone en est une. Pour l'heure, ils ne sont pas assez nombreux, beaucoup de moines ayant fui après les manifestations de septembre. Mais "quand ils seront tous revenus", "tôt ou tard", ils retourneront dans les rues. Dans le delta sinistré, les Birmans estiment qu'il leur faudra deux ans avant de retrouver une vie normale. Mibaya et Yadana, eux, pensent qu'il ne leur faudrait que "quelques mois" pour se mobiliser. Peut-être.

Source : lemonde

mardi 13 mai 2008

Birmanie : Comment aider les sinistrés




  • Des français se mobilisent pour les victimes de Nargis

Alors que l’aide aux victimes birmanes du cyclone Nargis peine à atteindre les bénéficiaires, un Français résident à Rangoun a pris les devants avec les moyens du bord et quelques amis. Depuis Paris, un blog relaye son action et récolte des fonds tandis qu’à Bangkok un collectif s’organise pour acheminer matériel et produits de première nécessité

"Les actions humanitaires sont face à un bloc. Seule une action directe orchestrée par des Birmans sur place peut être utile à ce jour", résume Murielle Blanc qui anime depuis la semaine dernière le blog aidebirmanie.

Ce blog, en ligne depuis jeudi dernier, soutien l’initiative de Hervé Fléjo, un Français résident à Rangoun qui vient en aide aux victimes du cyclone Nargis qui s’est abattu le 3 mai sur le sud de la Birmanie. Le bilan de la catastrophe fait pour le moment état de plus de 60.000 victimes et de plusieurs centaines de milliers de sans abris.



Rangoun, Bangkok, Paris, une organisation de l'aide triangulaire

Face à l’étendue de la catastrophe et aux besoins urgents de la population, Hervé Fléjo, professionnel du tourisme résident à Rangoun depuis plus de quinze ans, a su mobiliser en quelques jours, via Internet et des amis, une chaîne de solidarité triangulaire entre Rangoun, Paris et Bangkok, qui ne cesse de croître.

Depuis Paris, le blog de Murielle Blanc relaye son action et récolte des fonds via une association caritative déjà existante , tandis qu’à Bangkok, un collectif s’organise autour d’un ami proche d’Hervé Fléjo, Olivier Gaiemet, pour collecter et acheminer du matériel et des produits de première nécessité.

Leur objectif : apporter une action immédiate, directe et efficace qui ne tombe pas dans de mauvaises mains.

Sur place, Hervé Fléjo œuvre avec le chanteur Zaw Win Thut, (le Johnny Hallyday local), qu’il présente comme la clé de son dispositif pour atteindre les bénéficiaires. "Mon action est rendue plus facile notamment grâce à Zaw Win Thut car, il peut accéder partout et donner en direct aux gens dans les villages, à 3 heures de routes de Yangon (Rangoun)", dit-il sur le blog.

Les deux hommes sont épaulés par une quinzaine de personnes, parmi lesquelles des collègues et amis birmans, ainsi qu’un employé de l’Alliance Française et un agent de la société Total qui aide pour la logistique.

Nous n’avons pu joindre directement Hervé Fléjo, mais Olivier Gaiemet nous a donné de ses nouvelles hier depuis Bangkok. "Chaque jour, ils assurent un trajet en camion pour apporter des produits de première nécessité dans la banlieue de Rangoun, là ou les besoins sont les plus urgents, nous a-t-il expliqué par téléphone. Ils œuvrent sur un rayon de 50 à 100 kilomètres autour de Rangoun. Pour s’assurer que rien ne passe par de mauvaises mains, ils s’appuient sur des relais locaux de confiance".

Sur le blog, de nombreux messages d’encouragement venant d’amis, d’anonymes mais également de célébrités ont déjà été adressés à Hervé et son équipe qui entendent aider un millier de personnes dans les dix prochaines semaines. "Il faut faire vite car la météo s’annonce très mauvaise", prévient Hervé Fléjo dans un message posté hier sur le blog.
(P.Q. et A.B. pour lepetitjournal-bangkok du lundi 12 mai 2008)

Récolte de fonds en ligne depuis Paris

Depuis Paris, Murielle Blanc anime et modère le blog qu’elle a créé à la demande d’Hervé Fléjo. "[Pour venir en aide aux victimes], Hervé a puisé dans ses ressources, cela reste insuffisant, nous a-t-elle expliqué vendredi par e-mail.

Il nous a lancé un SOS par mail pour collecter des fonds. Je lui ai proposé de relayer son action via un blog. Je l'ai fait dans la nuit de mercredi à jeudi (8 mai)". Cette jeune consultante commerciale multicarte versée dans l’Internet, s’est donnée pour mission de sensibiliser et collecter des fonds en se faisant "l’un des porte-voix d'Hervé". " [Il faut] mobiliser, faire du bruit, dit-elle, car dans 10 jours l'actu sera passée à autre chose et là, ce sera encore plus vital de faire vivre l'action d'Hervé". Plusieurs dizaines de personnes ont déjà contacté Murielle Blanc, et cela va croissant selon elle. Le lendemain de la mise en ligne du blog, la jeune femme affirmait avoir déjà reçu une cinquantaine de messages de soutien et de dons dans la seule matinée.

Les dons sont versés à une association française, Isha Tanaka, créée en 2005 pour venir en aide aux enfants d'Inde et de Birmanie, et présidée par une amie d'Hervé Fléjo, Corinne Kortchinsky. "Les dons transitent sur un compte basé en France, puis ils sont acheminés à Hervé qui est le gestionnaire final des ressources, explique Murielle Blanc.

De son côté Hervé liste tous ses achats, collecte les factures, nous rend des comptes, etc". Murielle Blanc, qui a pris contact vendredi avec la direction des impôts et le ministère de l'Intérieur, affirme que le collectif devrait pouvoir produire rapidement des reçus fiscaux. Attention, les amis d’Hervé et Thuzar préviennent : pas de politique sur le blog. "Il ne faut pas mettre Hervé et sa famille en danger. Il faut lui laisser de l'air pour agir efficacement", conclut Murielle Blanc. Pour écrire directement à Murielle Blanc bmurielle@gmail.com ou blog aidebirmanie (LPJ 12/05)

Collecte de vivres et d’équipement à Bangkok

A Bangkok, Olivier Gaiemet, cadre pour la société RM Asia, se charge avec une dizaine de personnes d’organiser la récolte et l’acheminement d’équipement et de produits de première nécessité. Il va stocker dans un premier temps les marchandises dans sa propre maison mais envisage de trouver un endroit plus adéquat d’ici deux semaines. "Il nous faut leur apporter d’urgence du riz, des nouilles, des médicaments, des tablettes de purification d’eau, des bâches plastiques pour couvrir les toits, des bougies, des allumettes et des briquets", estime Olivier Gaiemet. "

Par ailleurs, poursuit-il, le meilleur moyen pour accéder à certains endroits reste le bateau, mais il semblerait que les trois quarts des bateaux dans la zone aient coulé. (…)Nous nous sommes d’ores et déjà procurés 6 zodiacs équipés de moteurs et nous espérons les acheminer en Birmanie dans la semaine, annonce le Français, un professionnel de l’assemblage de véhicules d’assistance".

Pour assurer le transport de l’aide, le collectif travaille à nouer des partenariats avec des institutions présentes en Birmanie. Ils ont déjà obtenu de la part des compagnies aériennes Bagan Airlines et Air Asia, le transport gratuit de 2 à 3 mètres cubes de fret sur leurs vols commerciaux quotidiens. "La question reste de savoir si Hervé va pouvoir récupérer la marchandise", s’inquiète Olivier Gaiemet. "Dans les jours qui viennent, une ONG partenaire va essayer de faire passer un chargement de nourriture et d’équipement : si ça passe, nous tenterons le coup. On se veut néanmoins confiant car les autorités birmanes donnent l’impression de s’assouplir", affirme-t-il. Quoiqu’il en soit, le collectif d’Olivier Gaiemet est en discussion avec d’autres organisations qui pourraient leur offrir d’assurer le transport de marchandises dans leur propre convoi. (LPJ 12/05)

Source : lepetitjournal-Bangkok


Pour tout contact à Bangkok ou pour envoyer vos dons de produits de première nécessité:
Olivier et Panida Gaiemet
City Plus ( house no C3 ) no 58/7
Sukhumvit 63, Ekamai Soi 10, Yeak 4
Prakanong - Wattana
Bangkok 10110 - Thailand
Tel/fax : (66) 2 714 35 33 / 34
Panida hp : (66) (0)81 804 58 28
Olivier hp : (66) (0)8 1 916 31 54
Email:Olivier@rmasia.net

Envoi de chèque / Postal address
Association ISHA TANAKA
Opération Birmanie
Corinne Kortchinsky
67, rue du Général-Leclerc
92 270 Bois-Colombes - FRANCE

Virements depuis la France :
Association ISHA TANAKA
Opération Birmanie

CIC PARIS
IBAN FR76 3006 6107 4100 0110 5610 141
CODE BANQUE 30066
CODE GUICHET 10741
COMPTE N° 00011056101
CLE 41

On peut notamment lire sur le blog :

Il ne s'agit pas de politique. Encore moins de polémique

La Birmanie traverse une crise humanitaire d'une ampleur dramatique.

Alors que des centaines de milliers de personnes attendent désespérément d'être secourues, il faut mettre de côté les discours politiciens, ne céder aucune place aux tentatives de récupérations de la catastrophe par les institutions officielles.

Il s'agit d'aider un peuple meurtri. Il s'agit de fournir rapidement une assistance massive à une région sinistrée. Il s'agit de défendre la vie.

La Birmanie n'est pas capable aujourd'hui de pourvoir elle-même à ses besoins. Elle a besoin de votre aide, de notre aide, de notre aide à tous.

La situation est urgente. C'est une course contre la montre. Il n'y a pas une minute à perdre. Il faut accéder aux populations coupées du monde, fournir en eau, en nourriture et en médicament des villages entiers. Il va falloir reconstruire des milliers de maisons, remonter des milliers de charpentes. Réconforter des milliers d'existence. Montrer aux birmans qu'ils ne sont pas seuls.

C'est en apportant chacun un peu, en solidarisant nos moyens et nos volontés que nous parviendrons à panser les plaies, à éviter « une catastrophe dans la catastrophe ».

Une semaine après le passage du cyclone Nargiss, la Birmanie nécessite plus que jamais un soutien sincère et fort de notre part. Chaque jour, les bilans faisant état du nombre de morts et de sans-abris augmentent de façon exponentielle.

Le peu d'équipes humanitaires déjà sur place accomplissent un travail remarquable, dans l'urgence et le manque de moyens.

Aujourd'hui, la situation est grave. A nous de faire en sorte que le pire soit derrière nous. Que demain voit la crise s'éloigner.

Il ne s'agit pas de politique. Pas maintenant. Il s'agit de sauver des vies.

Seulement de sauver des vies.


Merci de parler le plus possible autour de vous ( amis, sites, blog ect.. ), de cette remarquable initiative et de diffuser l'adresse de ce blog : Blog Aide Birmanie


jeudi 8 mai 2008

Birmanie: les Birmans sont doublement victimes, victimes de la junte et victimes du Cyclone





Puissent tous les êtres, toutes les créatures vivantes, tous les individus, toutes les personnes, tous les hommes, toutes les femmes, puissent tous les êtres nobles, tous ceux qui ne sont pas nobles, toutes les divinités, tous les humains, tous ceux qui se trouvent dans les plans de misère, puissent-ils tous être libres de l’inimitié et du danger, libres de la souffrance physique, libres de la souffrance mentale, puissent-ils tous vivre avec bonheur ; puissent-ils tous être libres de la douleur, puissent-ils ne pas perdre ce qu’ils ont acquis, puissent leur kamma être leur véritable possession.





Pour suivre les actualités en Birmanie, c'est toujours sur mon autre blog : Birmanie mon coeur saigne....




Participez à l'opération « Cyclone pour la solidarité et la démocratie »

et aussi

Birmanie ou envoyez vos dons