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samedi 16 août 2008

Doute et engagement


Explication du kalama Sutta par Michel Henri Dufour

Lire le Kalama Sutta : ICI  


Le Kâlâmâ Sutta, un très important discours du Bouddha, est souvent décrit comme la «charte de la libre recherche». 

Bien que ce texte aille de toute évidence à l’encontre des décrets du dogmatisme et de la foi aveugle en lançant un vigoureux appel à la libre investigation, il est douteux qu’il soutienne toutes les propositions qu’on lui a attribuées. Sur la base d’un seul passage, cité hors contexte, on a fait du Bouddha un empiriste pragmatique qui rejette toute doctrine et toute foi, et dont le Dhamma n’est qu’un simple kit pour libre penseur invitant chacun à accepter et à rejeter tout ce qu’il désire.

On insiste en général trop sur le droit au scepticisme et trop peu sur la réelle nécessité de la conduite éthique, comme si les circonstances s’appliquant au cas des Kâlâma représentaient une règle inflexible et immuable pour entrer dans la connaissance du Dhamma du Bouddha. 

Il est vrai que dans la Babel des enseignements de toutes origines disponibles aujourd’hui peu en fait peuvent tenir face aux critères du Dhamma; néanmoins une approche erronée de la part de soi-disant bouddhistes ou bouddhistes auto-proclamés consiste à appliquer ceci au Dhamma du Bouddha d’une manière éclectique, choisissant ce qui s’accorde à leurs croyances et opinions préconçues. 

Tout l’aspect «test par la conduite éthique» est occulté, ils ne sont pas plus concernés de savoir si leurs vues sont «louées par les sages» ou non. Cette attitude les place parmi les autres enseignants qui possèdent un «point de vue» et s’appuient sur celui-ci pour construire leurs croyances religieuses. Il est utile de noter que les groupes éclectiques en Occident, qui considèrent le reste du monde bouddhique comme étant dans l’erreur, sont des mouvements laïcs qui, par dessein ou par circonstances, ne bénéficient pas du guide de la Sangha monastique.

Le Kâlâma Sutta justifie-t-il de telles opinions? Ne rencontrons-nous pas plutôt dans ces affirmations cette ancienne tendance à interpréter le Dhamma en fonction des notions qui nous sont agréables ou des préjugés de ceux à qui nous nous adressons? 

Un examen approfondi du texte lui-même est nécessaire et, afin de comprendre correctement les paroles du Bouddha, il est essentiel de tenir compte de ses propres intentions en les prononçant. 

Le passage qui a été si souvent cité est le suivant

«Venez, Kâlâma. Ne vous fondez pas sur ce qui est répété, ni sur la tradition, ni sur ce qui est universellement répandu, ni sur les Écritures, ni sur la spéculation, ni sur le raisonnement déductif, ni sur un préjugé, ni sur la compétence d’un enseignant, ni sur la considération “il est notre maître”. Lorsque vous savez par vous-même : “Ces choses sont négatives, blâmables, condamnées par les sages, elles conduisent à la souffrance et au malheur si on les suit. ”, abandonnez-les… Lorsque vous savez par vous-même : “Ces choses sont positives, non blâmables, louées par les sages, elles conduisent au bonheur et à ce qui est bénéfique. ”, adoptez-les et ne les abandonnez pas. »

Ce passage, comme tout ce qui a été dit par le Bouddha, a été exposé dans un contexte spécifique, en tenant compte d’un public particulier et d’une situation particulière, et doit par conséquent être compris en relation à ce contexte. 

Les Kâlâma, citoyens de la ville de Kesaputta, avaient reçu la visite d’enseignants religieux possédant des vues divergentes, chacun proposant ses propres doctrines et mettant en pièces les doctrines de ses prédécesseurs. Tout ceci les avait plongé dans un état de profonde perplexité, et ainsi lorsque «l’ascète Gotama», réputé comme étant un «Éveillé», arriva dans leur ville, ils allèrent le rencontrer dans l’espoir qu’il serait capable de dissiper leur confusion.

 D’après la suite du Sutta il est clair que les problèmes qui les préoccupaient concernaient la réalité de la renaissance et la rétribution des actions positives et négatives.

Le Bouddha commence par assurer aux Kâlâma que dans de telles circonstances il est légitime de douter, assurance qui encourage la libre recherche. Il prononce ensuite le passage cité ci-dessus, conseillant aux Kâlâma d’abandonner les choses qu’ils savent par eux-mêmes être néfastes et de cultiver celles qu’ils savent être bénéfiques. 

Ce conseil peut être dangereux s’il est donné à ceux dont le sens éthique n’est pas développé, nous pouvons ainsi supposer que le Bouddha considérait les Kâlâma comme un peuple possédant une sensibilité morale raffinée. En tous cas il ne les laissa pas simplement avec leurs propres ressources, mais en les questionnant les conduisit à voir que l’avidité, la haine et l’ignorance, générant la souffrance pour soi-même et autrui, doivent être abandonnées, et que leurs opposés, étant bénéfiques à tous, doivent être cultivés. 

Le Bouddha explique ensuite que «un noble disciple, dépourvu d’avidité et de mauvais vouloir, sans illusions» demeure répandant sur le monde la bienveillance illimitée, la compassion, la joie sympathique et l’équanimité. Ainsi purifié de la haine et de la malveillance il jouit, ici et maintenant, de quatre «consolations» ou «assurances» : 
s’il y a une vie après la mort et que les actions portent résultats, le disciple expérimentera une renaissance agréable, alors que si tout cela n’est pas il vit néanmoins dans la paix et la joie ici et maintenant; 
si des résultats négatifs affligent ceux qui agissent négativement, en raison de sa conduite positive aucun malheur ne l’affligera, et si aucun résultat négatif n’afflige ceux qui agissent négativement, le disciple est de toutes façons purifié et sa conduite sera louée. 

Les Kâlâma expriment ensuite leur appréciation de ce que le Bouddha vient de dire et leur accord en répétant ces quatre «assurances» et, signifiant par là leur confiance dans le Bouddha, déclarent : «Tout à fait excellent, Seigneur, tout à fait excellent…! Puisse le Bhagavâ [1] nous accepter comme upâsaka à partir de ce jour jusqu’à la fin de notre vie, nous accueillir comme ceux qui ont pris Refuge. ».

Le Kâlâma Sutta exemplifie ici une fois de plus l’une des épithètes majeures du Bouddha, purisadamasârathî, c’est-à-dire «celui qui est capable de discipliner les hommes disciplinables» et ses extraordinaires capacités à utiliser les moyens habiles (upâya kosalla) pour amener toutes sortes de personnes à réaliser la Vérité par eux-mêmes. 

Le Dhamma fut enseigné aux Kâlâma de cette manière car ils présentaient un esprit curieux, investigateur. Adopter cette approche pour le Dhamma et supposer que c’est la seule véritable approche serait en soi une grave distorsion. 

Pour ceux qui n’ont pas besoin d’une approche investigatrice et les personnes pour lesquelles par exemple le kamma et la renaissance sont admis, une manière d’enseigner toute différente est employée, en mettant l’accent plus sur la façon de détruire les négativités et de cultiver ce qui est positif, pour finalement transcender les deux. 

Rien n’est dit au sujet du nibbâna dans le Kâlâma Sutta (bien qu’il soit implicite à l’arrière-plan) pour la simple raison que les Kâlâma n’étaient pas encore prêts à appréhender les niveaux les plus avancés de l’Enseignement.

Il nous appartient maintenant d’apprécier ce que le Kâlâma Sutta nous dit pour nous et pour notre vie, de pratiquer selon cette Voie et de réaliser par nous-mêmes les bénéfices de se comporter ainsi.


Michel Henri DUFOUR



mardi 4 mars 2008

Ressentir la douleur et la colère (Sallatha Sutta: La flèche)




Dans ce sutta, (publié ci dessous)Le Bouddha raconte l'histoire d'un homme qui reçoit une flèche et ressent de la douleur et de la colère parce qu'il a reçu cette flèche. Par conséquent, il ressent deux douleurs : une douleur physique et une douleur mentale. C'est comme si l'homme avait reçu une première flèche et immédiatement après une seconde flèche. Il éprouve la douleur de deux flèches.

De la même façon, nous nous torturons quand nous n'acceptons pas ce qui arrive ou que nous n'acceptons pas les autres. La seconde flèche atteint un endroit déjà blessé par la première flèche, ce qui augmente la douleur car lorsque l'on est touché au même endroit c'est pire.

En fait, nous refusons tout simplement d'accepter la première flèche. Nous lançons nous-mêmes la seconde flèche.

La rigidité par rapport à nos attentes engendre des désirs spécifiques et très précis. Nous désirons la réussite ou la reconnaissance, et nous nous torturons nous-mêmes. Nous nous créons des désirs et nous tentons de les réaliser. Mais il y aura inévitablement des échecs entraînant des tourments et de la peine.

Ceci n'est pas accepter les circonstances avec sagesse, car au lieu de regarder ce qui nous arrive objectivement, nous remuons le couteau dans la plaie.

Nous ne savons pas comment faire face aux blessures. En fait, il faut simplement observer les faits, regarder la réalité et non pas nos désirs.

Le Bouddha complète son histoire au sujet des deux flèches en imaginant que la personne ne reçoit pas la seconde flèche. Elle est touchée par une flèche et ne ressent aucune tristesse ou colère, elle ne se lamente pas. Elle ne souffre que d'une douleur : la douleur physique et non mentale.

Tout ceci se réfère à l'acceptation. C'est voir les choses telles qu'elles sont, sans rejeter, condamner, réagir. C'est seulement en acceptant que nous pouvons agir utilement.

L'acceptation n'est pas la passivité, c'est le point de départ de toute action sage. C'est comprendre que les choses sont comme ça, les reconnaître, ne pas se torturer à leur sujet, et de là, en tenant compte de la situation, l'action peut être juste. Nous pouvons agir efficacement et guérir notre souffrance et celle des autres. Nous ne rajoutons pas de la souffrance à celle qui existe déjà et nous laissons la paix se manifester.



SALLATHA SUTTA 

Moines, une personne ordinaire sans instruction ressent des sensations de plaisir, de douleur, de ni-plaisir-ni-douleur. Un disciple bien instruit des nobles personnes ressent aussi des sensations de plaisir, de douleur, de ni-plaisir-ni-douleur. Alors, quelle différence, quelle disctinction, quel facteur de discrimination y a-t-il entre le disciple bien instruit des nobles personnes et la personne ordinaire sans instruction?

-- Pour nous, monsieur, les enseignements ont le Bienheureux pour racine, pour guide et pour arbitre. Il serait bon que le Bienheureux lui-même nous explique le sens de cette phrase. L'ayant entendu de la bouche du Bienheureux, les moines s'en souviendront.

-- En ce cas, ô moines, écoutez et soyez attentifs. Je vais parler.

-- Comme vous voudrez, monsieur, répondirent les moines.

Le Bienheureux dit:
Lorsqu'une personne ordinaire sans instruction est touchée par une sensation de douleur, elle se lamente, se plaint, et chagrine, se frappe la poitrine, et elle s'angoisse. Ce qui fait qu'elle ressent deux douleurs, la physique et la mentale. Tout comme si on devait tirer une flèche sur un homme, et juste après, lui en tirer une autre, de sorte qu'il ressentirait la douleur de deux flèches. De la même manière, lorsqu'elle est touchée par une sensation de douleur, la personne ordinaire sans instruction se lamente, se plaint, et chagrine, se frappe la poitrine, et elle s'angoisse. Ce qui fait qu'elle ressent deux douleurs, la physique et la mentale.

Quand elle est touchée par cette sensation de douleur, elle y résiste. Toute obsession de résistance par rapport à cette sensation de douleur l'obsède. Touchée par cette sensation de douleur, elle se complait dans le plaisir sensuel. Pourquoi cela? Parce que la personne ordinaire sans instruction ne voit pas d'autre échappatoire à ses sensations de douleur, à part dans le plaisir sensuel. Quand elle se complait dans le plaisir sensuel, elle est obsédée par toute passion-obsession par rapport à cette sensation de plaisir. Elle ne discerne pas, telle qu'elle est présente en réalité, son origine, sa disparition, son allure, ses écueils, ni d'échappatoire à cette sensation. Quand elle ne discerne ni son origine, ni sa disparition, ni son allure, ni ses écueils, ni d'échappatoire à cette sensation, alors elle est obsédée par toute ignorance-obsession en rapport à cette sensation de ni plaisir-ni-douleur.

En ressentant du plaisir, il le ressent comme s'il y était joint. Ressentant de la douleur, il la ressent comme s'il y était joint. Ressentant ni-plaisir-ni-douleur, il le ressent comme s'il y était joint. C'est ce qu'on appelle une personne ordinaire sans instruction, jointe à la naissance, au vieillissement, et à la mort; à la peine, aux lamentations, à la détresse, et au désespoir. Elle est jointe, vous dis-je, à la souffrance et au stress.

Là, le disciple bien instruit des nobles personnes, lorsqu'il est touché par la sensation de douleur, ne se plaint pas et ne se lamente pas, il ne bat pas sa coulpe ni ne s'affole. Il ressent donc une douleur; physique, mais non pas mentale. Tout comme si on tirait une flèche sur un homme, et que, juste après, on n'en tirait pas une autre, il ne ressentirait donc que la douleur d'une seule flèche. De la même manière, lorsque touché par la sensation de la douleur, le disciple bien instruit des nobles personnes ne se plaint pas et ne se lamente pas, il ne bat pas sa coulpe ni ne s'affole. Il ressent une douleur; physique, mais non pas mentale.

Comme il est touché par cette sensation de douleur, il n'y résiste pas. Il n'est en rien obsédé par la résistance à la sensation de douleur qui le touche. Touché par cette sensation de douleur, il ne se complait pas dans le plaisir sensuel. Pourquoi cela? Parce que le disciple bien instruit des nobles personnes discerne qu'il y a moyen d'échapper à la sensation de douleur à côté du plaisir sensuel. Comme il ne se complait pas dans le plaisir des sens, il n'est obsédé d'aucune passion-obsession par rapport à la sensation de plaisir. Il discerne, telle qu'elle est réellement présente, l'origine, l'extinction, l'allure, le contrecoup et l'échappée à cette sensation.. Comme il discerne l'origine, l'extinction, l'allure, le contrecoup et l'échappée à cette sensation, aucune ignorance-obsession en rapport à cette sensation de ni-plaisir-ni-douleur ne l'obsède.

Ressentant du plaisir, il s'en sent disjoint. Ressentant de la douleur, il s'en sent disjoint. Ressentant une sensation de ni-plaisir-ni-douleur, il s'en sent disjoint? C'est ce qu'on appelle un disciple bien instruit des nobles personnes disjoint de la naissance, de la vieillesse et de la mort; des chagrins, des lamentations, des douleurs, des détresses et des désespoirs. Il est disjoint, vous dis-je, de la souffrance et de l'angoisse.

C'est là la différence, c'est là la disctinction, c'est là le facteur de distinction entre les disciples bien instruits des nobles personnes et les personnes ordinaires sans instruction."

Ceux qui ont du discernement, qui sont instruits
Ne ressentent pas une sensation (mentale) de plaisir ou de douleur:
C'est là la différence de capacités
Entre un sage et une personne ordinaire.

Pour une personne instruite
Qui a sondé le Dhamma
Voyant clairement ce monde et l'autre,
Les choses désirables ne charment pas l'esprit,
Et les désirables ne causent aucune résistance.

Son acceptation
et son rejet sont éparpillés,
Allés à leur fin,
Ils n'existent pas.

Connaissant l'état sans poussière et sans chagrin,
Il discerne correctement
Il est allé, au-delà du devenir,
Jusqu'à l'autre rive.

source : canonpali



jeudi 7 février 2008

Enseignement sur le Sutta Upanisa ou discours sur "les conditions fondamentales"

manuscrit ancien : canon bouddhique





Le Sutta Upanisa ou "Discours sur les conditions fondamentales"


Ci après un enseignement de Bhikhu Bodhi à propos du Sutta Upanisa et de la "Co-production conditionnée".
  • En savoir plus sur la co-production conditionnée : ICI

Plan de ce message
1) Explication du sutta Upanisa
2)
sutta Upanisa dans son intégralité



1- Présentation et explication du sutta Upanisa


Malgré l'importance capitale du Sutta Upanisa , les commentateurs habituels n'ont pas donné à ce texte l'attention spéciale qu'il semblerait mériter . Il est possible d'expliquer ce phénomène par sa manière tellement particulière d'approcher les choses qu'il s'est trouvé dépassé par de nombreux autres suttas présentant la doctrine d'une façon plus habituelle.

Néanmoins, quelque explication que l'on puisse donner , il n'en reste pas moins vrai qu'il est nécessaire d'explorer plus profondément la signification et les implications de ce sutta .

La co-production conditionnée est le principe central de l'enseignement du Bouddha, à la fois de son intuition libératrice, et également la source productrice de son vaste corps de doctrines et de disciplines.

En tant que cadre des Quatre Nobles Vérités, clef du chemin du milieu et moyen de réaliser le sans ego, ce sutta se trouve être le thème unificateur exprimé par de nombreuses formulations diverses.

Les premiers suttas exposent la co-production conditionnée comme la découverte essentielle de "l'illumination" du Bouddha, si profonde et si difficile à saisir que le Bouddha lui-même a tout d'abord hésité à l'annoncer au monde. Un simple énoncé du principe déclenche la sagesse libératrice chez ses disciples les plus avancés.
Mais il faut l'adresse d'un spécialiste du Dhamma, particulièrement adroit, pour en expliquer le fonctionnement.

Le principe est si considérablement important dans le corps de la doctrine bouddhiste, que l'on considère qu'il suffit de pénétrer la co-production conditionnée pour réaliser la compréhension de l'enseignement tout entier:

Selon les paroles du Bouddha, "Celui qui voit la co-production conditionnée voit le Dhamma, celui qui voit le Dhamma voit la co-production conditionnée"

(...)

.. Cet enseignement dit que les choses apparaissent, non par une nature qui leur soit propre – ou par nécessité, par hasard ou par accident –, mais par des relations causales avec d'autres choses auxquelles elles sont reliées comme partie d'un ordre fixe entre les phénomènes.

Chaque entité transitoire qui surgit dans le présent provenant du courant d'évènements du passé, absorbe en elle-même le flux causal du passé dont elle dépend. Pendant cette phase d'existence, elle exerce ses propres fonctions distinctes avec le support de ses conditions, exprimant ainsi son caractère immédiat d'être..

Puis, avec l'accomplissement de son activité, cette entité se trouve balayée par l'impermanence universelle pour devenir elle-même une condition déterminante du futur ....

Ce sutta (Upanisa), non seulement expose un rapport clair et explicite de la structure conditionnelle de la progression vers la libération, mais il a l'avantage supplémentaire d'amener la forme supra mondaine de la co-production conditionnée en relation immédiate avec sa contrepartie samsarique familière.

En établissant cette relation, il met en relief le caractère de grande compréhension du principe de conditionnalité, avec sa capacité de soutenir et d'expliquer à la fois le processus de la confusion obsédante qui est à l'origine de la souf france et également le processus de désengagement qui mène à la délivrance de la souffrance.

Par conséquent, ce sutta révèle que la co-production conditionnée est la clef de l'unité et de la
cohérence de la doctrine du Bouddha.

Lorsque le Bouddha déclare :
6-"Je n'enseigne que la souffrance et la cessation de la souffrance"
le lien qui unifie ces deux derniers points de la doctrine comme les aspects complémentaires d'un système unique et intérieurement consistant, ce lien est tout simplement la loi de la co-production conditionnée.

Le Sutta Upanisa donne trois présentations de la "co-production conditionnée transcendante"

La première expose la série en ordre inversé, commençant par le dernier chaînon de la série – la connaissance de la destruction des souillures ( Ãsavakkhaya Ñana ) – et tirant la chaîne à l'envers jusqu'au premier chaînon de la séquence libératrice, c'est-à-dire la foi.

A ce point, il traverse jusqu'à l'ordre mondain, expliquant que la foi se lève à cause de la souffrance, la souffrance conditionnée par la naissance, la naissance conditionnée par l'existence etc., de retour à l'ignorance, premier membre de la chaîne, en passant par les chaînons familiers.

Après avoir exposé le mouvement inverse, le Bouddha donne alors la même série dans son ordre habituel, commençant par l'ignorance et allant jusqu’à la connaissance de la destruction.

Tout cela il le fait deux fois, exactement de la même façon : une fois avant et une fois après l'extraordinaire comparaison où il présente la suite originelle des facteurs à la descente progressive d'une énorme pluie de montagne qui traverse les étangs, forme des lacs, des rivières et des fleuves pour se jeter dans le grand océan, en bas de la montagne.

Ainsi, la série des conditions présentées dans le sutta peut être figurée dans l'abstrait comme il suit :

Ordre mondain :
- Ignorance (avijja )
- Formations karmiques ( sankhara )
- Conscience ( viññana )
- Mentalité-matérialité ( nãma rupa )
- Six sens ( salayatana )
- Contact ( phassa )
- Sensation ( vedana )
- Désir ( tanha )
- Attachement ( upadana )
- Existence ( bhava )
- Naissance ( jati )
- Souf france ( dukkha )

Ordre transcendant
- Foi ( saddha )
- Joie ( pamujja )
- Extase ( piti )
- Tranquillité ( passadhi )
- Bonheur ( sukkha )
- Concentration ( samadhi )
- Connaissance et vision des choses telles qu'elles sont ( yathabhutanana dassana )
- Désillusion ( nibbida )
- Absence de passion ( viraga )
- Émancipation ( vimutti )
- Connaissance de la destruction des souillures mentales ( asavakkhaya ñana )

(...)
Ce que nous avons ici n'est pas un exemple de causalité à direction unique, procédant sans modification en ligne droite ; nous avons plutôt une espèce de causalité téléologique, basée sur un objectif, et sur une intelligence, or ganisés pour fonctionner simultanément vers l'avenir , et déviés de l'effet visé en un processus de détermination réciproque.

Dans le fonctionnement de cette relation, le chemin non seulement facilite la réalisation de l'objectif, mais l'objectif également déjà présent dès le début comme le but évident de la recherche, s'incline pour participer à la formation du chemin.

(...)

ainsi que le révèle le Sutta Upanisa , pour arriver à la délivrance, les souillures doivent être éliminées par l'absence de passion, le mental doit être concentré, et ainsi de suite par des contre conditions, jusqu'à l'obtention de la foi dans le vrai Dhamma .

(...)

  • Source : Lire cet enseignement en entier (format PDF): ICI



2- Le Sutta Upanisa

Comme il se trouvait à Savatthi, le Bienheureux dit :

"La destruction des chancres, moines, appartient à celui qui sait et qui voit. Je dis qu'elle
n'appartient pas à celui qui ne sait pas et ne voit pas. C'est connaître quoi, c'est voir quoi, qui
permet la destruction des chancres ? Voici la forme matérielle, voici l'apparition de la forme
matérielle, voici la disparition de la forme matérielle, voici la sensation…, la perception…, les
formations mentales…, la conscience ; voici l'apparition de la conscience, voici sa disparition.
Pour celui qui sait et voit cela, moines, la destruction des chancres se produit".

"La connaissance de la destruction a une condition de base, je veux dire qu'elle n'est pas sans une condition de base. Et quelle est la condition de base pour aboutir à une connaissance de la destruction ? La réponse est l'émancipation".

"L'émancipation, moines, a aussi une condition de base, je veux dire qu'elle n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base qui mène à l'émancipation ? La réponse est l’absence de passions.".

"L ’absence de passions, moines, a aussi une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base de l’absence de passions ?
La réponse est que la condition de base de l’absence de passions est la désillusion."

"La désillusion moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n’est pas sans
condition de base. Et quelle est la condition de base de la désillusion ?
La réponse est la vision des choses telles qu’elles sont réellement".

"La vision des choses telles qu’elles sont réellement, moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base de la vision des choses telles qu’elles sont ? La réponse est la concentration".

"La concentration, moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base de la concentration ? La réponse est le bonheur".

"Le bonheur , moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'il n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base du bonheur ? La réponse est la tranquillité".

"La tranquillité, moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans
condition de base. Et quelle est la condition de base de la tranquillité ? La réponse est l’extase".

"L ’extase, moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base de l’extase ? La réponse est la joie".

"La joie, moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base de la joie ? La réponse est la foi".

"La foi, moines a également une condition de base, c'est-à-dire qu’elle n’est pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base de la foi ? La réponse est la souffrance".

"La souffrance, moines, a également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans
condition de base. Et quelle est la condition de base de la souffrance ? La réponse est la
naissance".

"… Et quelle est la condition de base de la naissance ? La réponse est l'existence".
"… Et quelle est la condition de base de l'existence ? La réponse est l'attachement".
"… Et quelle est la condition de base de l'attachement ? La réponse est le désir".
"… Et quelle est la condition de base du désir insatiable ? La réponse est la sensation".
"… Et quelle est la condition de base de la sensation ? La réponse est le contact".
"… Et quelle est la condition de base du contact ? La réponse est dans les six sens".
"… Et quelle est la condition de base des six sens ? La réponse est la mentalité et la matérialité
"… Et quelle est la condition de base de la mentalité et de la matérialité ? La réponse est la
conscience".
"… Et quelle est la condition de base de la conscience ? La réponse est la formation karmique".
"Les formations karmiques, moines, ont également une condition de base, c'est-à-dire qu'elle ne sont pas sans condition de base. Et quelle est la condition de base des formations karmiques ? La réponse est l'ignorance".

"Ainsi, moines, l'ignorance est la condition de base des formations karmiques, les formations
karmiques sont la condition de base de la conscience".
"La conscience est la condition de base de la mentalité-matérialité *;
La mentalité-matérialité est la condition de base des six sens ;
Les six sens sont la condition de base du contact ;
Le contact est la condition de base de la sensation ;
La sensation est la condition de base du désir insatiable;
Le désir insatiable est la condition de base de l’attachement ;
L ’attachement est la condition de base de l'existence ;
L'existence est la condition de base de la naissance ;
La naissance est la condition de base de la souffrance ;
La souffrance est la condition de base de la foi ;
La foi est la condition de base de la joie ;
La joie est la condition de base de l'extase ;
L'extase est la condition de base de la tranquillité ;
La tranquillité est la condition de base du bonheur ;
Le bonheur est la condition de base de la concentration ;

La concentration est la condition de base de la connaissance et de la vision des choses telles
qu'elles sont réellement ; La connaissance et la vision des choses telles qu'elles sont réellement sont la condition de base de la désillusion ; La désillusion est la condition de base de l'absence de passion ; L'absence de passion est la condition de base de l'émancipation ;
Et l'émancipation est la condition de base de la connaissance de la destruction des souillures."

"Moines, c'est comme lorsque la pluie tombe fortement sur un sommet de montagne, l'eau coule sur les pentes, remplit les crevasses, les ravins et les criques, qui remplissent les fleuves, qui enfin s'écoulent dans le grand océan."

"De la même manière, moines, l'ignorance est la cause des formations karmiques … qui sont la
condition de base de la conscience … qui est la condition de base des phénomènes physiques et
mentaux … qui sont la condition de base des six sens… qui sont la condition de base de du contact … qui est la condition de base de la sensation … qui est la condition de base du désir insatiable … qui est la condition de base de l'attachement … qui est la condition de base de l'existence … qui est la condition de base de la naissance … qui est la condition de base de la souf france … qui est la condition de base de la foi … qui est la condition de base de la joie … qui est la condition de base de l'extase … qui est la condition de base de la tranquillité … qui est la condition de base du bonheur … qui est la condition de base de la concentration … qui est la condition de base de la connaissance et de la vision des choses telles qu'elles sont réellement … qui sont la condition de base de la désillusion … qui est la condition de base de l'absence de passion … qui est la condition de base de l'émancipation … qui est la condition de base de la connaissance de la destruction des souillures."

lundi 4 février 2008

Méditation Bouddhiste; la Culture de l'esprit et du coeur





Ci après des extraits du livre : "Satipatthana, le coeur de la Méditation Bouddhiste- L'art de cultiver l'harmonie et l'équilibre de l'esprit "de Nyanaponika Thera

Plan de ce message
1- Remarques préalables
2- La Culture de l'esprit 



1- Remarques préalables:

Satipatthana ( mot pali ) signifie : l'Etablissement de l'Attention.

Ce livre remarquable a pour but d'attirer l'attention sur la signification profonde et étendue de l'établissement de l'Attention qu'enseigna le Bouddha

L'enseignement du Bouddha offre une grande variété de méthodes d'entrainement mental et de sujet de méditation. (...) Pourtant toutes ces méthodes convergent finalement vers l'Etablissement de l'Attention, que Bouddha lui même appelle le "Seul sentier".

  • Ce message est la suite de : Les Quatre Objets de l'Etablissement de l'Attention: ICI


Durant une retraite de méditation, on pratique l'Etablissement de l'Attention.

Ainsi,  durant une retraite intensive on ne pratique pas "vipassana" mais Satipatthana qui conduit à vipassana 


Pratiquer le satipatthana c'est pratiquer l'Attention Juste


Portée de la méthode Satipatthana:


Cet ancien Satipatthana ou "Etablissement de l'Attention" est aussi praticable aujourd'hui qu'il y a 2500 ans. Il est aussi praticable dans les pays d'occident que dans ceux d'Orient; au milieu de l'agitation de la vie aussi bien que dans la calme de la cellule du moine.

L'attention Juste est en fait la base indispensable des moyens d'existence Juste et de la pensée Juste, partout en tout temps pour chacun.

  • LIRE sur ce blog : Le Noble Octuple sentier : ICI





2- Ci après des extraits du chapitre V : La Culture de l'esprit 


Culture de l'Esprit et Culture du Coeur


Satipatthâna, l'entrainement à l'Attention Juste, est la culture de l'esprit- dans son sens le plus élevé.

Mais d'après le Discours et aussi d'après l'exposé précédent (ICI), quelques lecteurs peuvent peut-être avoir la première impression que c'est un enseignement assez froidement intellectuel, sec et ennuyeux, indifférent à l'éthique et -négligeant la culture du coeur. Nous espérons que la la vie chaude qui bat dans le cadre sobre de satipatthana n'aura pas passé inaperçue ; néanmoins, nous ajouterons quelques mots en réponse à cette objection:

- La déficience apparente en ce qui concerne la considération de l'éthique s'explique par le fait que, en de nombreuses occasions, le Bouddha a parlé avec la plus grande insistance de la
moralité comme base indispensable de tout développement mental supérieur. Ce fait, bien connu de tous les disciples n'avait pas besoin d'être mentionné à nouveau dans un Discours
consacré à un sujet spécial. (...)
-(...) dans la méthode Satipatthâna l'une des tâches principales de l'Attention est de veiller à ce qu'aucune action, parole ou pensée ne blesse l'esprit d'amour bienveillant illimité (metta)(...)



Le message d'Aide par soi-même.

L'Etablissement de l'Attention est un message d'aide par soi-même (...)

(...)

Le Bouddha ne montrait pas le sentier vers le but suprême avec une froide indifférence ; il ne se contentait pas de pointer fortuitement le doigt vers la route ni de glisser dans la main de ceux qui avaient besoin d'un guide et d'un aide expérimenté un simple "morceau de papier portant une carte compliquée" (...) Le Bouddha montrait le sentier et indiquait aussi les "provisions" ou "ressources" nécessaires pour ce long voyage(...)

La façon la plus simple et la plus compréhensible dont il parla de ces ressources à l'aide de soi-même est cette méthode de Satipatthâna.



L'essence du Satipatthâna peut se résumer en deux mots : "Soyez attentifs", ce qui veut dire : Soyez attentif à votre propre esprit.


Et pourquoi ? L'esprit abrite tout : le monde de souffrance et son origine, mais aussi la cessation finale du mal et le sentier qui y mène

Satipatthana, s'occupant toujours de ce crucial moment présent de l'activité de l'esprit doit être nécessairement un enseignement de dépendance de soi-même. Mais la dépendance de soit-même doit être développée progressivement parce que les hommes, ne sachant comment manier l'outil de l'esprit, sont habitués à s'appuyer sur les autres et sur l'habitude ; à cause de cela, cet outil splendide qu'est l'esprit humain, est en fait devenu incertain par suite de négligence.

La route vers la maîtrise de soi que montre Satipatthana commence donc avec des pas très simples que même l'homme le plus défiant de lui-même peut faire.


Satipatthana, dans cette simplicité qui convient à un enseignement appelé Voie Moyenne, commence en fait, avec très peu de chose : L'Attention et les objets de cet attention

L'une des fonctions les plus élémentaires de l'esprit est l'attention, ou l'attention initiale. Celle-ci est en effet si proche et si familière que tout homme, s'il le veut vraiment, peut y baser ses premiers pas de dépendance de soi.
Et tout aussi familiers sont les premiers objets de cette attention : ce sont les tâches et petites activités de la vie quotidienne. L'Attention les extrait de leur routine habituelle et les sort pour un examen plus approfondi et pour leur amélioration.

Les améliorations visibles pour le travail quotidien, effectué avec une attention, une profondeur et une circonspection soigneuses, donneront un encouragement supplémentaire pour la recherche de l'aide à soi-même

II y aura de notables améliorations dans la condition de l'esprit (...)

Au cours de la pratique, les petites choses de la vie quotidienne deviendront des maîtres de grande sagesse qui révèleront progressivement leur propre dimension de profondeur. (...)


Satipatthana restaure la simplicité et le naturel dans un monde qui devient de plus en plus compliqué, problématique et qui compte sur des moyens artificiels.

Elle enseigne ces qualités de simplicité et de naturel principalement pour leurs propres mérites inhérents, mais aussi pour faciliter la tâche de l'aide spirituelle à soi-même.

(...)

Toutes ces mauvaises qualités visant à accroître la complication de la vie peuvent être efficacement contrecarrées par l'entraînement mental de l'Attention Juste.

Satipattthâna enseigne à l'homme comment venir à bout de toute cette complexité embrouillée de sa vie et de ses problèmes en le dotant dans le premier cas de la faculté d'adaptation et de
la souplesse de l'esprit, de la rapidité d'une réponse juste dans des situations changeantes, de l'habileté à appliquer les moyens corrects (c'est-à-dire la Compréhension Claire de Convenance).

(...)

En ce qui concerne les complications susceptibles d'être réduites, Satipatthâna soutient l'idéal de simplicité des besoins.
Il est de toute urgence aujourd'hui d'accentuer cet idéal en vue de la dangereuse tendance moderne à créer artificiellernent, à répandre la propagande et à conditionner des besoins toujours nouveaux.

Les résultats de cette tendance, tels qu'ils apparaissent dans la vie sociale et économique, font partie des causes secondaires de la guerre, tandis que la racine - la cupidité - en est une de ses causes principales. (...)


Comment l'esprit de l'homme peut-il dépendre de lui-même s'il continue à se livrer au labeur incessant d'augmenter constamment des besoins imaginaires entraînant une dépendance croissante

Quant à notre sujet particulier, l'aide spirituelle à soi-même, comment l'esprit de l'hornme peut-il dépendre de lui-même s'il continue à se livrer au labeur incessant d'augmenter constamment des besoins imaginaires entraînant une dépendance croissante des autres ?
On doit cultiver la simplicité de la vie pour sa beauté inhérente ainsi que pour la liberté qu'elle procure. (...)


N'utilisant que les conditions de vie qu'elle trouve, Satipatthana n'exige pas la retraite totale ou la vie monastique

Cependant, des périodes de retraite sont utilses pour s'initier à la pratique méthodique et rigoureuse.


Satipatthana est un moyen de libération de soi

Satipatthana est libre de dogmes, de la dépendance de "révélations divines" ou de toute autre autorité extérieure en matière spirituelle.


Ce Caractère de Satipatthana comme message de dépendance de soi-même à l'aide de soi-même est illustré par les paroles du Bouddha, paroles qu'il a prononcé dans les tous derniers jours de sa vie, ce qui leur confère une valeur particulière:

Ainsi donc Ananda, soyez des îles pour vous mêmes. Ne vous rendez dans aucun refuge extérieur. Que le Dhamma soit votre île, que la vérité soit votre refuge. Ne prenez nul autre refuge...


(...)












dimanche 3 février 2008

Explication du "Sakkapanha Sutta" par Sayadaw Mahasi




Ci après des extraits d'un enseignement de Sayadaw Mahasi à propos du sutta Sakkapañha

Cet enseignement a été traduit de l'anglais par Vipassanasangha



Remarques préalables

J'ai décidé d'ajouter à ce blog, une rubrique "explication de sutta" que vous trouverez sous la rubrique SUTTA dans le plan détaillé du blog

  • Lire d'autres explications de sutta sur ce blog : ICI
Il est parfois nécessaire d'avoir une explication d'un sutta surtout lorsque l'on a pas encore l'habitude de lire des suttas régulièrement.

Au début, cela va peut-être vous sembler difficile mais ensuite lorsque vous lirez un sutta ( par exemple le soir avant de dormir) vous en comprendrez mieux le contenu.

Dans la tradition théravada la lecture des sutta est essentielle puisque cette tradition se base sur le "Bouddha historique" et donc sur l'étude des suttas.

Tout l'enseignement originel du Bouddha est regroupé dans les suttas.


Pour rappel : Le Digha Nikaya, ou "Collection des longs discours" ( digha en pali = "long") est la première division du Sutta Pitaka, et comprend trente-quatre suttas, regroupés en trois vaggas, ou divisions:

Silakkhandha-vagga -- La division qui concerne la moralité (13 suttas)
Mahâ-vagga -- La grande division (10 suttas)
Pâthika-vagga -- La division Patika (11 suttas)

Ce sutta : Sakkapanha (Questions de Sakka) expliqué par Sayadaw Mahasi, fait parti des 10 discours du "Mahâ-vagga"

Le canon pali est réparti en 3 corbeilles ( Ti-pitaka)

- Première Corbeille : La disciple (vinaya -pitaka)

- Deuxième Corbeille: recueille les "Textes de la Loi" (sutta-pitaka)
Les nombreux sutta ou textes de la deuxième corbeille sont regroupés en cinq recueils, chacun étant constitués de textes indépendants : "comptes rendus en quelque sorte, d'enseignements dispensés par le Bouddha ou par l'un de ses disciples immédiat"
(source: Religions et Histoires mai-juin 2006)

-Troisième Corbeille : Plus technique : (Abhidhamma-pitaka)

Tous les textes canoniques ont fait l'objet de commentaires, puis de sous commentaires, ect...


Je n'ai pas trouvé de traduction du Sakkapanha sutta en Français
  • Lire ce sutta en anglais : ICI

L'enseignement de Sayadaw Mahasi qui va suivre est très intéressant,
d'une part car il n'y a pas de traduction intégrale en français de ce sutta et
d'autre part car l'analyse en détail du sutta et notamment de sa "subtance" et de son "introduction" peuvent nous servir à comprendre d'autres sutta.

Essayez de lire ou de relire cet enseignement avec attention..

  • Pour rappel lire : Pourquoi et comment lire un sutta : ICI 


Petit resumé :

Alors que le Bouddha résidait dans la grotte d'Indasâla, près de Râjagaha, Sakka, le roi des devas, vient lui poser certaines questions.
- Il veut savoir pourquoi il y a de l'hostilité et de la violence entre les êtres et s'enquiert de la voie de pratique qui peut en amener la fin.
- Le Bouddha lui dit que ce sont l'envie et l'égoïsme qui entraînent cette hostilité, et que cette envie et cet égoïsme sont causés par les préférences et les aversions., qui prennent à leur tour leurs racines dans le désir. Et que ce dernier provient de la préoccupation mentale (vitakka) qui tire son origine des illusions samsâriques (papañca-sañña-sankha),.
- Ce discours prend fin avec un compte rendu savoureux de la frustration de Sakka lorsqu'il tente d'apprendre le Dhamma des autres contemplatifs. C'est dur de trouver un enseignant quand on est le roi.





L'enseignement de Sayadaw Mahasi :



Substance du Sakkapañha Sutta


Dans la littérature Bouddhiste, Sakka est le nom donné au roi des dieux (devas)
et pañha signifie question.

Le Sakkapañha Sutta est un discours que le Bouddha donna au roi des devas en réponse à ses questions.


Sakka demanda au Bouddha :

"Seigneur, il y a des devas, des êtres humains, des asuras, des nâgas, des gandhabbas et beaucoup d'autres créatures vivantes. Ces êtres veulent être libres des querelles, des conflits, de l'animosité et du malheur. Ils ne sont pourtant pas libres de ces maux de la vie. Qu’est ce qui les empêche (samyojana) d'accomplir leurs désirs ?"

  • Ici, les devas à qui il est fait référence étaient probablement les Catumahârâja et Tâvatimsa, devas que Sakka connaissait bien.
  • Les Asura devas étaient à l'origine les ennemis des Tâvatimsa devas, du fait que leurs batailles étaient mentionnées dans le Dhajagga et d'autres suttas. Autrefois ils vivaient dans le paradis Tâvatimsa, mais, alors qu’ils étaient souls, ils furent chassés par Sakka au pied du Mont Méru.
  • Les nâgas sont une espèce de serpents qui peuvent accomplir des miracles avec leurs pouvoirs psychiques.
  • Les gandhabbas sont une sorte de Catumahârâja devas qui excellent dans la danse, la musique et autres activités culturelles du monde céleste.

  • Enfin, il y a les yakkhas une sorte de démons, les animaux, etc…

Ces devas, les êtres humains et les autres êtres veulent être libres de la haine, ne veulent pas être rancuniers, maltraiter les autres, ni être eux-mêmes maltraités ou volés. Ils ne veulent pas devenir les ennemis d'autres gens.

En bref, toutes les créatures vivantes désirent la sécurité, la paix, la liberté et le bonheur. Pourtant elles sont toutes plongées dans le danger, la misère et la souffrance. Qu’est ce qui cause cette situation ?

Aujourd'hui nous entendons les appels universels pour la paix dans le monde et pour le bien-être de l'humanité, mais en fait ces espoirs pour un monde heureux sont loin d’être réalisés et cela soulève naturellement la question de la cause de notre frustration.


Dans sa réponse, le Bouddha a décrit la jalousie (issâ) et l’avarice (macchariya) comme les deux faits qui mènent à la situation malheureuse de l'humanité.

Issâ est la jalousie qui produit la malveillance envers ceux qui nous sont supérieurs et nous rend peu disposés à voir les autres aussi prospères que nous-mêmes.

Macchariya est l’avarice qui conduit à garder ses possessions pour soi. Ces deux choses : la jalousie et l’avarice, nous frustrent et causent des querelles, l'hostilité, le danger et la misère.


Ceux qui jalousent un homme à cause de sa prospérité, de son influence, de ses relations ou de son statut social, seront malheureux, bien qu’ils désirent la paix intérieure. Leur tristesse provient de leur jalousie. Naturellement, ceux que l'on envie deviennent nos ennemis et vice versa. Beaucoup de personnes souffrent de la jalousie qui engendre à son tour de la souffrance dans le cycle des existences.

Malgré le désir d'éviter le conflit, l’avarice y mène. On s’irrite si quelqu’un prend ou utilise nos biens propres. On en veut parfois même à nos proches, c'est évident dans le cas de couples mariés. L’avarice mène à l'hostilité, au danger, à l'inquiétude et à la misère.


Pour résumer la réponse du Bouddha: les causes premières de la jalousie et de l’avarice sont les objets des sens que nous aimons ou n'aimons pas. Le remède est d’observer tous les phénomènes provenant des six sens, d’éviter les pensées malsaines et d’avoir seulement des pensées saines.


Ceci est la substance du discours. Maintenant quelques mots au sujet de l'introduction du discours.



Introduction au sutta


L'introduction à un discours nous dit où, pourquoi, à qui et par qui a été donné le discours.

Cela sert à établir l'authenticité des enseignements du Bouddha. Sans cela, l'origine d'un discours soulève des questions, comme dans l'Abhidhamma Pitaka, qui n'a pas une telle introduction.

(...)

Pour que la postérité ne puisse avoir aucun doute sur l'authenticité des enseignements du Bouddha, la plupart de ceux inclus dans le canon du Premier Concile Bouddhiste ont des introductions basées sur les questions et les réponses des doyens de l'assemblée.
Les exceptions sont le Dhammapada et quelques autres discours.

L'introduction au Sakkapañha Sutta est superbe, elle rend le discours impressionnant et met en évidence la substance des enseignements du Bouddha.

Pour enregistrer un événement si important, le Vénérable Mahâkassapa a demandé au Vénérable Ânanda où, à qui et pourquoi le discours a été prêché et le Vénérable Ânanda répondit comme suit.

Une fois le Bouddha demeurait dans une grotte à l'est de la ville de Râjagaha dans le pays de Mâgadha. À ce moment-là Sakka cherchait à voir le Bouddha. Il avait vu le Seigneur la veille de son éveil suprême et une autre fois dans le Monastère Jetavana à Sâvatthi, mais comme il n'était pas alors encore mûr spirituellement, le Bouddha ne lui avait pas accordé d’entrevue. Cette fois-ci, Sakka avait décidé de voir le Seigneur accompagné par sa suite de devas, parce qu'il espérait entendre un discours que le Seigneur pourrait prêcher à quelqu'un parmi ses disciples qui était digne de libération. Cependant, c'était en grande partie sa crainte de la mort qui avait réveillé son fort désir de voir le Bouddha. Étant conscient que la fin de sa vie approchait, il était anxieux et cherchait quelque chose pour son salut.

(...)


Les Questions de Sakka et les Réponses du Bouddha


Tout d'abord Sakka demanda la permission au Bouddha de lui poser des questions. Il est coutume pour un être hautement cultivé de demander la permission avant de demander quelque chose. Donc, Sakka posa la question suivante :


"Seigneur ! Toutes les créatures vivantes veulent être libres de la colère et de la malveillance. Elles ne veulent pas se disputer ou être maltraitées. Elles prient pour avoir le bonheur, la sécurité, la paix et la liberté. Et pourtant elles ne sont pas libres du danger et de la souffrance. Quelle est la cause de cette situation ?"

Le Bouddha répondit :

"Oh, Roi des devas ! Toutes les créatures vivantes veulent le bonheur, la sécurité, la paix et la liberté. Et pourtant elles ne sont pas libres de la haine, des conflits, du danger et de la souffrance. Cette malheureuse condition est en raison de la jalousie (issâ) et l’avarice (macchariya)."


L’avarice (macchariya)

Macchariya est l’avarice qui conduit à garder ses biens pour soi. C’est ne pas vouloir partager avec d'autres les objets de son attachement. Elle est caractérisée par la possessivité extrême. Elle porte sur cinq points :

1) Logements.
2) Amis et relations.
3) Choses matérielles.
4) Qualités.
5) Connaissances.

La première catégorie d’avarice peut être trouvée parmi quelques moines qui ne veulent pas voir d'autres moines de bonne moralité demeurer dans leur monastère. Un moine peut ne pas vouloir que ses disciples donnent l'aumône à d'autres moines. De tels moines envieux, à cause de leur malveillance, devront subir beaucoup de souffrance après leur mort.

Vanna-macchariya est le désir de posséder exclusivement une qualité spéciale, comme la beauté physique, et en vouloir à ceux possédant la même qualité. Cela peut mener à la laideur comme conséquence kammique.

Dhamma-macchariya signifie envier une personne pour ses connaissances ou garder ses connaissances pour soi. Ce macchariya peut conduire à devenir bête ou idiot dans des vies futures.

Ainsi, l’avarice rend un homme malheureux, pauvre, seul et sujet à une grande souffrance après la mort.

(...)

La déclaration du Bouddha attribuant le malheur de l'humanité à la jalousie et à la malveillance était vraiment appropriée à Sakka, puisqu'en vue de sa fin prochaine, il était malheureux à l’idée que ses femmes tomberaient dans les mains de son successeur et à la pensée de ce dernier lui succédant. Ainsi, il comprit la vérité par la réponse du Bouddha et posa une autre question.



Amour et Haine

"Seigneur, quelle est la cause de la jalousie et de la malveillance ? Que devons-nous faire pour en être libres ?"

Le Bouddha répondit :

"Roi des devas la jalousie et la malveillance sont causées par les objets d'amour et de haine. Si de tels objets n’existaient pas, il n'y aurait aucune jalousie ni malveillance."

La façon d’éliminer la souffrance est d'éliminer sa cause, tout comme pour guérir une maladie, un médecin compétent cherche sa cause et l'élimine. Le Bouddha définit l’amour et la haine comme la cause du malheur de l’humanité.


Le Désir est la Cause de l'Amour et de la Haine

- Sakka demanda alors au Bouddha la cause de l'amour et de la haine.

Le Bouddha répondit que le désir était la cause de l'amour et de la haine. Ici, le désir auquel le Bouddha se réfère n'est pas le désir sain, mais le désir associé au plaisir et à l’avidité (tanhâ chanda).

Le désir est de cinq sortes :

1. Le désir insatiable de rechercher des objets des sens. Ce désir est le moteur puissant d’activités incessantes de l'homme jusqu'au moment de sa mort dans chaque existence.

2. Le désir insatiable d'obtenir des objets des sens. Quand un désir est satisfait, un autre désir surgit et de cette façon le désir avide n’en finit jamais. Il n’est pas étonnant que même les millionnaires éprouvent une grande avidité pour plus de richesses et d’argent au lieu d'être contents de ce qu'ils ont.

3. Le désir insatiable de profiter de divers objets des sens et de choses matérielles. Les gens qui aiment les spectacles, les chansons, etc... ne s’en lassent jamais.

4. Le désir insatiable d’amasser l’or, l'argent, etc... sous n'importe quelle forme, pour être utilisé en cas d'urgence.

5. Le désir de donner de l'argent à ses amis, employés, etc.

Ces cinq sortes de désirs génèrent l’amour et la haine. Les objets et les êtres vivants qui aident à satisfaire nos désirs causent l’amour, tandis que ceux qui entravent nos désirs causent la haine.

- Sakka demanda ensuite au Bouddha l'origine du désir.

Bouddha répondit que le désir est causé par la pensée discursive (vitakka). Selon les commentaires, vitakka signifie penser et décider.

(...)

- Puis Sakka demanda au Bouddha la cause de vitakka.

Le Bouddha répondit que vitakka est due à la perception, qui a tendance à s’étendre ou à se répandre (papañcasañña).

Il y a trois sortes de perception : l’avidité (tanhâ), la vanité (mâna) et la vue fausse (ditthi).

Une personne non attentive devient habituellement la proie de l’un de ces trois facteurs. Elle accroît chaque objet des sens qu'elle perçoit et s’en souvient à cause de son attachement, de sa vanité ou de sa vue fausse (l’illusion de l’ego). Comme une petite photographie qui peut être agrandie, chaque image mentale ou pensée se prête à l'expansion.

(...)
La conquête de l’avidité, etc..

Au moment de voir, on voit seulement la forme visible, ensuite la réflexion suscite l’avidité, la vanité et la vue fausse (l’illusion de l'ego). L’avidité la fait apparaître plaisante et l'amplifie. Il en est de même avec la vanité et l’illusion de l'ego. Par la suite, chaque souvenir de ce qui est vu génère la pensée et la décision, qui causent à leur tour le désir. De nouveau, le désir suscite l'amour et la haine qui entraînent la frustration et la souffrance de l’humanité.

En réponse à la demande de Sakka, le Bouddha expliqua le moyen de surmonter l’avidité, la vanité et l’illusion de l'ego. Selon lui, il y a deux sortes de sentiments plaisants et deux sortes de sentiments déplaisants : les sentiments plaisants ou déplaisants que nous devrions nourrir et les sentiments plaisants ou déplaisants que nous devrions éviter. Puis il y a les sentiments neutres de l’équanimité que nous avons quand nous ne sommes ni heureux, ni malheureux. L'équanimité est aussi de deux sortes.

Le sentiment plaisant, déplaisant ou neutre doit être nourri s'il mène aux états sains de conscience ; il devrait être évité s'il mène aux états malsains de conscience. Les commentaires décrivent cet enseignement comme la pratique de vipassana sur le noble chemin.

(...)

Sentiments Plaisants et Pensées Malsaines

Les sentiments plaisants qui mènent aux pensées malsaines sont enracinés dans les objets des sens.

La plupart des personnes sont préoccupées par les objets des sens comme le sexe et la nourriture. Si elles obtiennent ce qu'elles veulent, elles se réjouissent. Cependant, leur joie génère plus de désir et ainsi pour beaucoup de personnes leur prétendu bonheur est fondé sur le désir. Si leur désir n'est pas satisfait, elles sont frustrées et malheureuses. Cela montre l'effet de pensées malsaines, qui met en jeu les agents d'expansion, à savoir l’avidité, la vanité et la vue fausse.

(...)

La façon d'éviter les sentiments plaisants, mais malsains, est d’être attentif au moment de voir, etc. Si les pensées liées aux sens causent du plaisir, le méditant doit les noter et les rejeter. Cependant, celui qui débute ne peut pas suivre et noter tous les processus mentaux, il commence donc par l'objet de contact et prend conscience des éléments primaires : terre, eau, feu, air (pathavî, âpo, tejo, vâyo).

(...)

Joie Saine

Il y a la joie saine, que Bouddha décrit comme suit :

Ayant compris le caractère éphémère : l’impermanence, et la dissolution de la matière, le méditant sait que tout ce qui est matériel est soumis à l’impermanence (anicca) et est insatisfaisant (dukkha). Cette connaissance de la compréhension de la réalité cause la joie et une telle joie peut être décrite comme un sentiment plaisant lié à la libération du désir pour les plaisirs des sens.

Les commentaires décrivent quatre sortes de joie saine :

1) La joie due à la renonciation aux affaires du monde,
2) La joie associée à la pratique de Vipassana,
3) La joie basée sur la contemplation du Bouddha, etc…
4) La joie résultant de l'absorption du premier jhâna, etc…

(...)
Méditation vipassanâ

Le but de la pratique de la méditation vipassanâ est de noter tous les phénomènes psycho-physiques qui résultent du contact avec les objets de sens. Cela implique l'effort d'observer empiriquement tous les phénomènes comme ils sont vraiment, associés à leurs caractéristiques comme l’impermanence, etc.

(...)

Sentiments Désagréables à Rechercher ou à Éviter

Le discours mentionne deux sortes de sentiments désagréables : le sentiment désagréable qui mène à un kamma malsain (actions, paroles ou pensées) et le sentiment désagréable qui mène à un kamma sain. Le premier sentiment doit être évité tandis que le second sentiment est bienvenu. Les sentiments désagréables qui aboutissent à un kamma sain sont louables car ils contribuent à la pratique de jhâna, le noble chemin et sa réalisation, mais ils ne devraient pas être délibérément recherchés.

(...)
Équanimité Saine et Malsaine

Upekkhâ (l’équanimité) est une sorte de neutralité, qui n'est ni joie, ni douleur. Elle apparaît plus souvent que les autres sentiments, car la joie et la douleur sont des états occasionnels de conscience, mais on s’en aperçoit seulement quand la concentration est forte. De même l’équanimité est de deux sortes : l’équanimité saine qui mène aux bonnes actions et l’équanimité malsaine qui mène à de mauvais actes

(...)

Les commentaires du Sakkapañha Sutta expliquent l'équanimité saine en détails sur la base de ce qui est dit dans le Sutta Salâyatanavibhanga. L’équanimité saine ou équanimité orientée vers la renonciation est appelée nekkhamasita-upekkhâ et est de six sortes, dépendant des six sens. Le méditant qui est attentif à la disparition de tous les objets des sens se rend compte que chaque phénomène est sujet à l’impermanence, à la souffrance et à la dissolution. Cette compréhension de la réalité le mène à un sentiment d'équanimité qui l'aide à dépasser le monde des sens et le libère de l'attachement. Il est alors équanime face aux objets des sens tant agréables que désagréables.

(...)

La Renaissance de Sakka

En fait, l'objectif principal de la pratique de la méditation Vipassana est de chercher et de cultiver l'équanimité qui est associée à la compréhension de l'équanimité. À cette fin, nous devrions éviter la joie des sens et nous devrions chercher la joie saine dans les bonnes actions et dans la méditation. De même, nous devrions accueillir la douleur saine résultant de nos efforts frustrés sur le noble chemin et nous devrions éviter la douleur malsaine. De la même façon, nous devrions éviter l'équanimité malsaine du monde sensuel et chercher l'équanimité saine du noble chemin.

L'accent est mis sur l'aspect positif de la pratique. Autrement dit, nous devrions nous concentrer sur la joie saine, la douleur saine et l'équanimité saine, parce que la culture de ces états sains de conscience signifie l'élimination de leur aspect négatif, c'est-à-dire de leurs contreparties malsaines.

Nous devrions aussi éliminer la douleur saine par la joie saine. Cela signifie que si nous sommes déprimés à cause de notre échec à faire beaucoup de progrès sur le noble chemin, nous devons surmonter cette dépression en faisant plus d'efforts pour atteindre les compréhensions de la méditation Vipassana. De même, la joie saine doit être remplacée par l'équanimité saine, car cette équanimité saine ou Vipassana est le summum de la vie sainte.

Cependant, la joie atteinte dans la méditation Vipassana ne doit pas être complètement rejetée parce que cette joie forme la base pour les trois premiers chemins jhâniques et leurs réalisations. De plus, le méditant qui n'atteint pas de jhâna ne peut pas atteindre le quatrième chemin jhânique, qui est le chemin de l'équanimité. Il peut atteindre seulement les trois premiers jhânas avec la joie. Il atteint en général le chemin et sa réalisation par l'étape de la connaissance (anuloma ñana) avec la joie. C’est pourquoi le Bouddha parle de vipassanâ upekkhâ comme le plus haut état de conscience.

(...)


La Vertu du Code Monastique

Sakka demanda au Bouddha le rapport entre la moralité et la vie sainte. "Seigneur, quelle est la pratique morale qui nous protège des mondes inférieurs ou de pensées, d'actes, de mots malsains ?"

Le Bouddha dit : il y a deux sortes d'actes, les actes sains et les actes malsains. Il classifia les paroles et les moyens d’existence de la même façon. N'importe quelle action, parole ou moyen d’existence qui contribue à un bon kamma est sain et toute action, parole ou moyen d’existence qui contribue à un mauvais kamma est malsain. Les actions malsaines sont : tuer, voler et se livrer à une mauvaise conduite sexuelle. L'abstinence de ces actions constitue une action saine. Ce sont des préceptes pour les disciples laïques. Il y a beaucoup plus de préceptes que les bhikkhus doivent observer conformément aux enseignements du Vinaya Pitaka.


La Vertu de Contrôle de la Faculté des sens

Alors Sakka demanda au Bouddha comment un bhikkhu devrait pratiquer le contrôle des sens (indriyasamvarasîla).
Indriya signifie diriger ou contrôler et cela concerne les six organes des sens, à savoir l’œil, l'oreille, le nez, la langue, le corps et l’esprit. Ces six sens dirigent respectivement la vision, l'audition, l’olfaction, le goût, le contact et la conscience. Sakka demanda au Bouddha comment garder ces sens.

Le Bouddha fit une distinction entre deux sortes d'objets des sens : ceux qui devraient être acceptés et ceux qui devraient être rejetés.

Il faudrait accepter les objets des sens qui n’entraînent pas un mauvais kamma et encouragent un bon kamma
et
il faudrait rejeter ceux qui ne créent pas un bon kamma et entraînent un mauvais kamma. Nous devrions éviter de regarder les objets qui causent le plaisir, la colère, etc. S'ils sont inévitables, nous devrions arrêter de penser et pratiquer l’observation, ou nous devrions noter l'observation et stopper le vagabondage de l’esprit. C'est la façon de rejeter les objets des sens malsains.

(...)

Diversité de Croyances

Sakka fut très satisfait par le discours du Bouddha.

Avant qu'il ne soit venu pour voir le Bouddha, il avait rencontré plusieurs soi-disant sages et avait écouté leurs enseignements, mais il avait constaté qu'ils possédaient des croyances différentes.

Maintenant qu'il avait atteint le premier stade du noble chemin après l'audition des paroles du Bouddha, il connaissait le vrai Dhamma et il connaissait aussi vraiment le Bouddha et la Sangha. Il était maintenant libre de tous doutes.

Il ne le dit pas explicitement au Bouddha mais cela était sous-entendu dans sa question :
"Seigneur, est-ce que ceux qui s'appellent samana-brâhmanas ont tous les mêmes opinions ? Mènent-ils tous la même vie morale ? Ont-ils tous le même désir ou le même but ?"

Bien sûr, Sakka connaissait les réponses à ces questions, mais il demandait cela seulement comme prélude à sa question sur leurs différences.

Bouddha répondit à sa deuxième question comme suit.

"O Sakka ! Dans le monde, les gens n'ont pas le même tempérament. Leurs tempéraments sont différents. Ils pensent faussement, ils s'accrochent fermement et de manière obsédante aux croyances qui conviennent le mieux à leurs tempéraments. Ils insistent pour que seulement leurs idées soit justes et que toutes les autres opinions soient fausses. A cause de leur sectarisme tous les soi-disant sages et saintes personnes ont des opinions différentes. Ils sont confrontés à des systèmes différents de valeurs morales ; ils ont des désirs différents et des buts différents dans la vie."

(...)

Croyance en l’Éternité et Bouddhisme


(...) l'enseignement de Bouddha est très loin de l'idée d'un ego permanent.

Le bouddhisme nie l'existence d'une entité d'ego et reconnaît seulement le processus qui implique l’apparition et la disparition de tous les phénomènes physiques et mentaux.

Quand la conscience d’une renaissance cesse, la conscience du continuum de vie (bhavanga-citta) surgit, qui disparaît aussi incessamment. Avec le continuum de vie toujours dans cet état de flux, la conscience qui projette la forme visuelle, le son, etc... surgit et cette conscience est suivie par la conscience visuelle, la conscience auditive et ainsi de suite.

Quand cette conscience cesse, le continuum de vie prend sa place. Ainsi, les deux courants de bhavanga-citta et la conscience ordinaire coulent alternativement. Au moment de la mort, la conscience de la mort (cuti-citta), le dernier moment du continuum de vie, disparaît. La cessation de cuti-citta est nommée la mort qui signifie la cessation du processus du corps et de l'esprit, sans l’apparition d’une nouvelle conscience.

(...)

Immédiatement après la cessation de la conscience de la mort, la conscience de la renaissance surgit, conditionnée par le kamma de chacun. Cette conscience de renaissance marque le début d'une nouvelle existence. Donc, la renaissance n'a aucun rapport avec l'entité d'un ego ou le transfert du corps et de l'esprit de la vie précédente. Avec la cessation de cette nouvelle conscience, le flux continu du continuum de vie, surgit etc... comme dans l'existence précédente. Nous considérons ce processus du corps et de l'esprit, comme une personne particulière mais il n'incarne pas d'âme ou une entité d'ego. Ce fait peut être compris par ceux qui pratiquent la méditation Vipassana.

Le bouddhisme ne propose pas l’éternalisme puisqu'il enseigne que le désir mène à la renaissance. Quand le méditant atteint le stade d’Arahant, il est complètement libre du désir et des autres souillures. L'Arahant n'est attaché à aucun objet des sens.

(...)

Le But Suprême

Sakka fut heureux de la réponse de Bouddha et posa une autre question :

"Seigneur, est-ce que les samana-brâhmanas atteignent vraiment leur but suprême ? Y a t-il une réelle fin à leur servitude ? Vivent-ils la vie noble véritable ? Réalisent-ils vraiment le Dhamma ultime ?"

Ici le but suprême, la fin réelle de leur servitude (iccantayogakkhemi) et le Dhamma ultime (iccantapariyosana) se réfèrent à nibbâna. La vie noble est la pratique de la méditation Vipassana et du noble chemin. Autrement dit, avec ces quatre questions Sakka demanda au Bouddha si les ascétiques et les brâhmanas pratiquent la méditation Vipassana et le chemin octuple et s'ils atteignent nibbâna.

Le Bouddha répondit négativement. Selon le Bouddha, seulement les bhikkhus (moines) qui sont libérés par la pratique du chemin menant à l'extinction du désir réalisent le but suprême, mettent fin à la lutte, mènent la vie noble et atteignent le Dhamma ultime.

(...)

L'Exaltation de Sakka

Quand Sakka exprima sa joie lors de sa réalisation du premier stade du chemin saint, Bouddha lui demanda s'il avait déjà éprouvé une telle joie auparavant.

Sakka répondit : "Seigneur, j'ai été ravi une fois lors de ma victoire dans la bataille contre des Asuras, mais cette joie avait son origine dans le conflit d’armes. Cela n’a aucun rapport avec la désillusion et n'a pas mené à la connaissance spéciale ou à nibbâna. Mais maintenant ma joie lors de l'accomplissement du stade de Sotâpanna n'est pas enracinée dans le conflit d'armes. Elle est liée à la désillusion et au détachement et mènera aussi à l’éveil et à nibbâna."

(...)


TELECHARGER ce discours de Sayadaw Mahasi en entier (format PDF) : ICI


mercredi 2 janvier 2008

Ariyavasa sutta, commenté par Sayadaw Mahasi





Enseignement de Sayadaw Mahasi , Traduit par Vipassanasanha



Pour en savoir plus, cliquer sur les mots surlignés en bleu, (vous tomberez sur un autre message de ce blog)



Un sutta est un enseignement du Bouddha.

Dans le sutta Ariyavasa, le Bouddha dit :

« Oh moines, les Ariyavasa dhammas, c’est-à-dire la demeure des Saints est de 10 sortes. Les Saints ont vécu dans ces lieux auparavant, ils y vivent toujours et y demeureront dans le futur ».

Ariya signifie une personne Sainte, qui a atteint au moins un des quatre stades de sagesse de la voie sainte ; avasa signifie domicile, demeure ; ainsi Ariyavasa veut dire la demeure des personnes Saintes.

Le sutta Ariyavasa s’adresse aux moines et aux laïcs:
Il y a deux sortes de personnes : le sutta-bhikkhu et le vinaya-bhikkhu.
Le sutta-bhikkhu est toute personne qui met en pratique les enseignements du Bouddha (le Dhamma) pour se libérer du cycle des naissances (samsara). Il n’est pas nécessairement membre d’une Sangha, il peut être deva ou une personne laïque.

La pratique du Dhamma permet au méditant de purifier ses impuretés.
Par la pratique de la moralité, le méditant s’efforce de ne pas créer d’impuretés comme l’avidité, la haine, etc… qui conduisent à tuer, voler et à commettre de mauvaises actions.

Le méditant qui développe la concentration surmonte les accès d’avidité et de haine, etc… qui demeurent dans notre inconscient.
Finalement le méditant éradique les impuretés par le développement de la connaissance expérimentale et de la sagesse. Chaque moment d’attention équivaut à la destruction graduelle des impuretés latentes. C’est comme couper un morceau de bois avec une petite hache, chaque coup de hache aidant à se débarrasser des indésirables morceaux de bois.

A chaque fois que le méditant focalise son attention sur un phénomène physique ou mental
apparaissant d’un contact des sens avec un objet extérieur, les impuretés s’affaiblissent et
deviennent inopérantes. Un tel méditant est un sutta-bhikkhu.

Le vinaya-bhikkhu, quant à lui, est un moine qui mène une vie basée sur les règles monastiques.

Bhikkhu est un terme qui s’applique à tout être humain, homme, femme, brahmâ, deva, qui
met en pratique le Dhamma : les enseignements du Bouddha.
(Remarque: Aujourd'hui lorsque l'on parle d'un Bhikkhu on parle d'un moine et non plus d'un laïc)

Le Bouddha a prêché l’Ariyavasa sutta pour que nous puissions vivre dans la demeure des Saints, en sécurité et protégé des dangers du samsara, la ronde des naissances successives.


Les périls du samsara sont encore plus terrifiants que ceux qui guettent une personne ne
vivant pas dans une maison bien protégée. Ils nous suivent d’une existence à l’autre. On peut
se retrouver dans les mondes inférieurs comme un peta ou un animal et souffrir pendant de
nombreuses années, ou bien renaître en tant que pauvre et misérable homme ayant à faire
face à beaucoup d’épreuves, à la vieillesse, à la maladie et à la mort. Ce sont les dangers du
samsara qui guettent continuellement ceux qui ne vivent pas dans la demeure des Saints et
qui ne pratiquent pas l’Ariyavasa dhamma.


Il y a dix Ariyavasa dhammas:

1- Le premier est l’éradication des cinq empêchements.
2- Le second est le contrôle des six sens.
3-Le troisième est la présence du garde qu’est l’attention.
4-Le quatrième est que le méditant qui vit dans la demeure des Saints doit avoir quatre
soutiens.
5-Le cinquième est que le méditant doit avoir renoncé à toutes fausses doctrines.
6- Le sixième appelle le méditant à abandonner toute quête. La quête de quelque chose signifie un manque d’auto-satisfaction, alors que l’abandon de toute quête est un signe de non-attachement et d’auto-réalisation.
7-Le septième est que l’esprit du méditant n’est pas confus mais pur et clair.
8-Le huitième est la possession de la tranquillité du corps.
9 et 10- Les neuvième et dixième ariyavasa dhammas sont un esprit totalement libéré et la connaissance qu’on est totalement libéré des impuretés.
Ces deux dhammas sont liés. Une fois que l’esprit est totalement libéré, s’ensuit la conscience d’une telle libération.


Nous commencerons par le troisième dhamma : l’attention, qui est la clé pour comprendre l’Ariyavasa sutta:

L’attention est essentielle pour la pratique de l’Ariyavasa dhamma.
L’Arahat est attentif juste avant de s’endormir et dès qu’il se réveille. Il est toujours attentif
quoi qu’il fasse, dise ou pense.

L’attention ne se développe pas soudainement seulement après avoir atteint le stade d’Arahat. Elle se développe petit à petit en faisant des efforts et en pratiquant. Elle est déjà bien établie au stade d’Anagami avant que le méditant devienne un Arahat et cela est dû à l’entraînement au stade de Sakadagami. A ce stade également le méditant possède l’attention car il l’a développée au stade de Sotapanna.

Un Sotapanna est un méditant au premier stade de la Noble Voie.
Il n’est pas encore libre de l’avidité, de la haine, de l’ignorance et de l’orgueil, mais ces tendances malsaines ne sont pas assez fortes pour le conduire à tuer, voler, etc… Il est attentif et l’attention le garde.

Le Bouddha dit « Un Sotapanna évite de commettre des mauvaises actions qui le conduiraient dans les mondes inférieurs. Donc il ne renaît pas longtemps ».
Ainsi vous devriez avoir foi envers le Bouddha et méditer sérieusement.

Lorsque vous aurez fait des progrès en méditation, vous comprendrez ce que signifie l’attention.
A la vue d’un objet désirable, vous avez de l’avidité pour cet objet et si quelqu’un vous offense, vous vous mettez en colère car vous n’êtes pas encore libéré de ces émotions malsaines. L’attention est bien utile et aide à les maîtriser. Ces émotions malsaines perdent de l’ampleur et s’estompent. Elles ne sont pas sans contrôle comme chez la plupart des gens. Ces émotions malsaines ne sont pas suffisamment fortes pour permettre au Sotapanna d’être capable de faire du mal.

D’où l’importance de l’attention dans l’entraînement spirituel du méditant sur la Noble Voie.

La pratique de l’attention doit commencer quand le méditant vit dans le monde
. La pratique de l’observation de tous les phénomènes physiques et mentaux naissant des six sens se nomme Satipatthana (les quatre fondements de l’attention).

Satipatthana signifie pleine conscience des évènements physiques et mentaux qui apparaissent. Cela peut être facilement pratiqué aussi. Nous enseignons cette méthode simplement comme l’a fait le Seigneur Bouddha : « Sachez que vous marchez quand vous marchez ».

C’est une instruction simple du Bouddha dans le Satipatthana sutta. Cela ne présente aucune
difficulté de dire que l’on doit savoir que l’on marche. L’instruction est si simple que chacun
peut la mettre en pratique.

Il y a des gens qui disent que le méditant devrait éviter de dire «Je marche » mentalement car
cela implique une sorte de croyance en l’ego.

Il y a trois différentes croyances en l’ego ou le soi.
1- La première est la croyance en soi d’une âme.
2-La seconde est la croyance basée sur la fierté et l’orgueil,
3- la troisième est le soi en tant que terme conventionnel pour parler de la première personne au singulier afin de la différencier d’autres personnes.
Le soi ou « je » n’a pas de rapport avec l’illusion ou l’orgueil. C’est un terme habituellement utilisé même pour parler du Bouddha et des Arahats.

Ainsi nous donnons l’instruction aux méditants de noter mentalement tous les phénomènes
dans les termes conventionnels, par exemple de noter « marcher » dès qu’ils commencent à
marcher. Mais quand la concentration se développe, tous ces usages conventionnels disparaissent et ne reste que la réalité de chaque chose apparaissant et disparaissant sans cesse.

Les gens qui n’ont jamais médité peuvent avoir des doutes, mais cela est dû à leur manque
d’expérience. Moi aussi j’étais sceptique à un moment donné. Je n’aimais pas la méthode du
Satipatthana car elle ne faisait pas mention de nama-rupa, anicca, anatta, etc… Mais le professeur qui enseignait la méthode était un moine élevé, j’ai donc décidé de faire un essai.
Au début je fis peu de progrès parce que j’avais toujours un doute qui subsistait au sujet de la
méthode qui, selon moi, n’avait rien à voir avec la réalité ultime.

Ce n’est seulement plus tard, après avoir suivi la méthode sérieusement que sa signification
m’est apparue. J’ai réalisé ensuite que c’est la meilleure méthode de méditation puisqu’elle
demande de l’attention pour que chaque chose soit connue. Par conséquent, le Bouddha
décrit la méthode de Satipatthana comme l’unique voie.

Au début, le méditant observe surtout au niveau matériel et note « marcher » « se pencher »,
etc… Puis, comme sa concentration se développe, il devient conscient de tous les phénomènes physiques et mentaux apparaissant aux six sens. Finalement il est uniquement attentif à l’incessante disparition des objets des sens et de la conscience. Ainsi, il ne trouve rien de permanent, plaisant et satisfaisant, rien qui ne soit valable pour la croyance en ego.

(...)

Le méditant qui garde son esprit fermement occupé de cette manière peut en temps utile devenir conscient de tous les évènements physiques et mentaux qui apparaissent lorsqu’il voit, entend, etc… Il pratique donc en accord avec le sutta Ariyavasa qui met l’accent sur le
besoin de contrôle et d’attention.

(...) Notre principale préoccupation est d’accéder à la connaissance de la Vérité qui n’est accessible que par une approche expérimentale. Au travers de ses expériences, le méditant voit la distinction entre l’esprit et la matière et il réalise l’impermanence de toute chose. L’expérience peut être complétée par une explication du professeur. La réelle connaissance n’a rien à voir avec les notions préconçues, elle est basée sur l’expérience personnelle.

La connaissance expérimentale acquise par le méditant est claire et distincte. Il ne voit rien d’autre que la disparition de chaque chose. Cela est appelé bhanga-insight qu’il n’apprend pas d’écritures ou d’un professeur, mais par expérience. S’il continue à méditer, il devient de plus en plus attentif jusqu’à ce que son attention devienne parfaite à la dernière étape de la Noble Voie.

L’attention est extrêmement importante. Elle conduit à développer la concentration et à affiner l’intelligence. Cela signifie être vigilant et vivre dans le domicile des Ariyas, ce qui nous protège des dangers des existences du samsara. Afin de vivre dans la demeure des Ariyas vous devez en être digne en termes de foi, volonté et effort.

Il est impossible de faire quoi que ce soit sans foi ou conviction.
Vous ne pratiquerez l’attention que si vous croyez que cela vous aidera à développer la connaissance de la vérité. Cependant la foi elle-même ne le fera pas. Vous avez besoin également d’une forte volonté et d’un effort tenace pour atteindre Nibbana. Posséder ces qualités est essentiel pour réussir dans la pratique de l’attention. La sécurité est la demeure des Ariyas.

L’attention, même pour quelques instants assure la protection contre les dangers du samsara, tel qu’illustré dans l’histoire de Tambadathika.

Tambadathika était en train de boire un verre de lait quand apparu thera Sariputta qui venait apparemment chercher de la nourriture. Du fait de sa forte foi Tambadathika lui offrit immédiatement son verre de lait. Après l’avoir bu le thera donna un discours sur la tournée d’aumônes, la moralité, la méditation et la Noble Voie. Tambadathika ne pouvait pas bien suivre le discours parce qu’il fut pris de remords en se souvenant de mauvaises actions qu’il avait commises dans le passé. Il fit part au thera de son mécontentement.

Questionné par le thera, Tambadathika dit qu’il n’avait pas commis ces mauvaises actions de lui-même, mais qu’il suivit les ordres du roi. Sariputta répondit « dans ce cas, ces méfaits sont-ils les vôtres ? ». Cette question était intelligemment posée pour soulager sa conscience. Ainsi, son angoisse commença à s’estomper, il fut capable de penser au sermon du thera et finit par atteindre le stade de connaissance nommé anulomañana. Les commentaires du Dhammapada l’identifient au plus haut stade d’équanimité. Il est dit que les bodhisattas pratiquent la méditation jusqu’à ce qu’ils atteignent anulomañana. Cela signifie l’achèvement total de la Voie et des ses résultats (phala).

Le développement spirituel ne s’arrête pas à l’atteinte d’anulomañana. De plus, un bodhisatta
peut atteindre le but de la Voie uniquement dans sa dernière vie, lorsqu’il est sur le point de devenir un Bouddha. Il ne peut pas l’atteindre dans ses vies précédentes. Donc, l’attribution d’anulomañana aux bodhisattas est le stade avancé de l’équanimité et il en fut ainsi pour Tambadathika.

Tambadathika devint attentif du fait de son expérience spirituelle. Bien avant cela, il fut tué par une vache. Sa mort devint un sujet de conversation pour les moines. Ils furent très surpris quand le Bouddha leur dit que l’homme avait repris naissance au paradis Tusita, car en dépit de mauvaises actions commises dans le passé, son attention durant les derniers moments de sa mort l’avait protégé des dangers des mondes inférieurs.

L’attention, face à la souffrance ou la mort, est très importante car elle aide à diminuer la douleur et assure une bonne renaissance. Le méditant qui cherche à la développer a besoin de quatre supports. Premièrement il a besoin de vêtements, de nourriture, de médicaments et de logement. Il en a besoin, non par avidité pour le plaisir, mais parce que ce sont les besoins fondamentaux de la vie. Rejeter ces nécessités fondamentales est l’ascétisme qui avait été pratiqué par certaines personnes en Inde il y a longtemps. En fait le bodhisatta lui-même y a eu recours, mais ensuite il l’abandonna en réalisant que cela n’était pas fondé. La voie du Bouddha est la voie du milieu, entre l’ascétisme et l’attachement aux plaisirs des sens.

Le second support du méditant est la détermination de son esprit quand il observe les douleurs physiques et mentales. Il est prêt à faire face aux épreuves et même à la mort, pour atteindre la connaissance de la Voie. La méditation n’altère pas la santé ; au contraire elle est bénéfique (...)

Le méditant doit supporter la douleur autant qu’il peut. « La patience mène à Nibbana » dit un proverbe birman. Si un méditant n’arrête pas de gigoter impatiemment lorsqu’une sensation déplaisante apparaît, il ne pourra pas se concentrer et sans concentration il ne peut pas accéder à la connaissance de la Voie. La patience et la détermination sont donc des supports pour le méditant.

Le troisième support pour le méditant est l’évitement. Il devrait éviter toutes sortes de dangers. Il ne doit pas prendre de risques inutiles en allant dans des endroits inappropriés. Il ne doit pas se surestimer et être téméraire. Il doit être tout spécialement sur ses gardes, notamment dans ses relations proches avec le sexe opposé. En bref, il doit éviter tout ce qui lui ferait probablement du mal physiquement ou moralement.

Le quatrième support du méditant est le rejet de pensées malsaines qui ont tendance à le rendre malicieux et agressif. Il est difficile de vaincre ces mauvaises pensées, car en général
nous aimons penser à ces choses ainsi qu’aux personnes que l’on aime ou hait.

Le méditant doit observer ces pensées et les rejeter. Il n’est pas facile pour certains de le faire parce qu’avant d’avoir méditer ils avaient l’habitude de laisser leur esprit vagabonder librement. Regarder chaque pensée est bien sûr pour eux un fardeau, mais en fait il suffit de deux ou trois jours d’efforts pour prendre l’habitude d’observer.
(...)

Les cinq empêchements:

C’est par l’attention continuelle que le méditant s’efforce d’éradiquer les cinq empêchements
(nivaranas) : plaisirs des sens, colère, paresse, agitation et doute.
Cela empêche l’atteinte de Nibbana et leur suppression est le premier ariyavasa dhamma.

Le plaisir des sens est le désir pour des objets des sens plaisants comme les vues, sons, odeurs, etc.. Ici objet des sens signifie non seulement l’objet qui cause directement la sensation plaisante, mais aussi les autres objets qui y sont associés. Ainsi, l’objet des sons fait référence à un homme qui parle, aussi bien qu’à un instrument de musique. L’odeur, en tant qu’objet des sens est représentée par des parfums et les êtres humains qui les utilisent. En bref, tous les objets désirables sont des objets des sens.

L’amour pour des objets plaisants est la cause de conflits entre les gens et les nations. L’homme moderne aime déjà excessivement les plaisirs des sens et pour lui c’est le summum de la vie, quelque chose à être recherché le plus possible sans considération morale.

Selon le Bouddha, le désir sensuel est comme une créance qui garde l’homme esclave. Comme un débiteur doit être asservi par son créditeur, ainsi l’est l’homme envers l’objet de son désir sensuel. Si c’est un objet inanimé, il doit le manipuler avec soin et le mettre sous clé. Si c’est une femme qui attise son désir sensuel, il doit éviter de faire ou dire quoi que ce soit qui pourrait lui déplaire.

Ne pas avoir de désir signifie être libre d’inquiétude ou d’angoisse au sujet de tout objet désiré ou être humain. La meilleure façon d’éradiquer le désir est de l’observer constamment. Vous devriez focaliser votre attention sur le désir avec persévérance et une forte volonté ; cela le fait généralement disparaître et vous êtes assuré d’une place dans la demeure des Saints.

Ceux qui sont en dehors de la demeure des Saints restent attachés aux objets des sens et parfois cet attachement est un désastre pour eux après leur mort.
Du temps du Bouddha un moine était tellement attaché à sa robe, qu’à sa mort il devint un pou à l’intérieur de sa robe. Une telle histoire peut provoquer la moquerie des personnes sceptiques qui disent qu’une graine de tamarin ne peut produire rien d’autre qu’un tamarin, de même qu’un homme ne peut pas renaître dans une autre forme d’existence. Ces arguments ne sont pas en accord avec l’enseignement du Bouddha.

En fait il n’y a pas d’être et la vie signifie seulement un processus de conscience et de matière. Ces deux consciences sont un facteur déterminant. Donc, selon la doctrine de l’origine interdépendante, à cause de l’ignorance les formations karmiques apparaissent, qui à leur tour conduisent à la conscience, et ainsi de suite. Quand il y a une nouvelle vie, ce n’est pas le corps de l’existence précédente ou son potentiel, mais la force de la conscience qui naît.

De plus, il n’y a pas non plus de conscience grande ou petite. L’esprit d’une personne ordinaire ne diffère pas de celle d’un animal. Il peut descendre dans les plans inférieurs comme quelqu’un qui devient fou ou victime de la rage. En bref, il n’est pas impossible pour quelqu’un d’aller dans les plans inférieurs d’existence après sa mort.

L’esprit pur d’une personne mourante remplie de foi, de bienveillance, etc… assure une bonne renaissance, tandis qu’un esprit impur rempli d’avidité, de haine, etc… mène aux mondes inférieurs.

(...) La conscience n’a pas de substance et donc la distance n’a pas d’importance. La mort signifie la disparition du dernier moment de conscience et l’apparition d’une nouvelle conscience. Pour une personne mourante le dernier moment de conscience est crucial, car s’il est mauvais, il conduit dans un monde inférieur malgré un comportement moral pur.

C’est pourquoi le Bouddha recommande aux moines d’avoir une bonne attitude envers la nourriture, les robes et le logement. Ils ne doivent les utiliser que pour leurs besoins et éviter les plaisirs des sens.
Il est aussi nécessaire de penser à l’impermanence et à l’absence de soi vis à vis des plaisirs des sens afin de vaincre l’attachement à leur égard. Mais la meilleure chose à faire est d’observer l’apparition des désirs et de les rejeter. Cette instruction est importante aussi pour les personnes laïques qui ont divers attachements et sont soucieux des dangers après leur mort. Ils peuvent être libres de tels dangers grâce à la pratique de l’Ariyavasa dhamma. Tout d’abord ils doivent avoir la foi et une bonne connaissance des enseignements du Bouddha. Toutefois une investigation personnelle par la pratique est nécessaire.

La plupart des moines qui étaient avec le Bouddha ont atteint divers stades d’éveil parce qu’ils pratiquaient la médiation Satipatthana avec ardeur. Ils n’étaient jamais inattentifs. Leur calme et leurs bonnes manières impressionnaient même les autres méditants qui ne suivaient pas les enseignements du Bouddha.

Un méditant nommé Kandaraka leur rendit un grand hommage pour leur grâce et leur maîtrise. Son compagnon nommé Pessa en fit de même. Il appréciait les enseignements du Bouddha qui changeaient les personnes malhonnêtes et hypocrites, mais il était tellement préoccupé par ses affaires qu’il n’avait pas pu écouter les sermons du Bouddha jusqu’à la fin ou pratiquer son enseignement complètement.

Il y a d’autres raisons pour lesquelles des personnes comme Pessa n’ont pu atteindre un des stades de la Voie Sainte. Ils n’ont pas eu un bon professeur et une bonne connaissance du Dhamma (son enseignement). L’association avec un mauvais ami ou un mauvais professeur est désastreuse, comme ce fut le cas pour le prince Ajatasattu qui tua son père à la demande de son professeur Devadatta.

Un bon professeur, un bon ami et une bonne connaissance du Dhamma permettent de comprendre qu’il est nécessaire d’être attentif pour éradiquer les impuretés (kilesa).

Nous devons observer et noter toute sensation qui naît du contact avec le monde extérieur. Nous devons noter les sensations de notre corps quand le corps, les mains, etc… font n’importe quel mouvement. Nous devons également être conscients de notre processus mental. En étant conscient de tous les évènements mentaux nous pouvons nous protéger nous-même contre les mauvaises pensées et émotions.

(...) En fait, l'Attention, c’est la clé de voûte de l’enseignement du Bouddha.
Ceci est clairement explicité dans les dernières paroles du Bouddha : « Moines, voici mon dernier conseil : toutes les choses composées sont vouées à la destruction. Travaillez pour votre propre salut en étant attentifs ».

Toutes les choses composées sont impermanentes. Beaucoup de gens ne prennent pas ce fait au sérieux. Au contraire, ils croient en leur identité et que leur ego est permanent. En général l’homme croit qu’il peut vivre longtemps avec sa vitalité et son corps.

La libération de l’existence, qui est conditionnée, impermanente et insatisfaisante, signifie Nibbana, et le moyen d’y parvenir réside dans les dernières paroles du Bouddha : « Pratiquez jusqu’à obtenir une attention continue ».

Les commentaires décrivent ce conseil comme l’essence de l’enseignement du Bouddha. C’est en réalité la clé de voûte du sutta Ariyavasa qui souligne la prime importance de l’attention. Par la pratique de l’attention le méditant atteint le premier stade de la Noble Voie : Sotapanna et il devient libre pour une grande part du désir qui mène aux mondes inférieurs.

Le second obstacle sur la voie est la malveillance : vyapada. C’est comme une maladie qui créé l’aversion et rend la personne malade et apathique. La malveillance nous rend irritable, de mauvaise humeur et suspicieux. Nous n’avons même pas confiance en nos amis. Une personne qui a de la malveillance en elle doit se considérer comme souffrant d’une maladie car les effets en sont désastreux.

Certaines personnes paraissent être bienveillantes tant que tout va bien, mais si quelque chose de désagréable survient, elles perdent leur bonne humeur. La malveillance est la cause de la discorde, des querelles et du mécontentement des gens. Nous avons tendance à avoir de la malveillance envers les membres de notre famille, nos collègues, nos voisins et pourtant ce sont les gens sur lesquels nous pouvons compter en cas de problèmes.

Afin d’instaurer l’unité, l’harmonie et la compréhension mutuelle, nous devons nous garder de la maladie qu’est la malveillance. Si la maladie nous infecte, elle doit être rapidement traitée. Quand vous êtes en colère, notez mentalement votre colère et débarrassez-vous en. Vous ne devriez pas la laisser infecter vos paroles et votre comportement.

Le troisième obstacle sur la voie est la somnolence ou la paresse.

Un homme paresseux ne cherche pas à comprendre le Dhamma ou à le pratiquer et il manque l’opportunité de faire les progrès spirituels que les méditants font quand ils méditent énergiquement.

Le quatrième obstacle est l’agitation et l’inquiétude : uddhacca kukkucca. Ici l’agitation signifie que l’esprit vagabonde, tandis que l’inquiétude signifie les remords pour les fautes commises. Ces deux états mentaux doivent être éliminés car ils sont un obstacle au progrès sur la voie spirituelle.

Le dernier obstacle est le doute : vicikiccha. C’est douter du Bouddha, du Dhamma et de la Sangha. En général une personne qui a beaucoup de doutes hésite tellement qu’elle n’accomplit rien. Le contraire du doute est la foi, la confiance qui pousse le méditant à suivre les instructions de son professeur en accord avec le Bouddha et le Dhamma.

Le méditant peut observer chacun des cinq agrégats, c’est-à-dire les cinq groupes des éléments physiques et mentaux compris dans l’être humain. Mais il vaut mieux observer la montée et la descente de l’abdomen qui indiquent l’élément de mouvement. Les trois autres éléments sont la dureté, la chaleur ou le froid, et l’eau.

Nous devons commencer la méditation par ce qui est évident et facile. C’est pourquoi le
Bouddha a enseigné la méditation sur les quatre postures du corps. Il demandait à ses disciples d’être attentifs quoi qu’ils fassent. C’est un conseil si simple que certaines personnes ne le prennent pas au sérieux, mais ceci est dû à leur manque d’expérience. Le manque d’expérience conduit au doute qui est un des cinq obstacles. Les obstacles empêchent les bonnes pensées de se manifester. Les bonnes pensées et les mauvaises pensées n’apparaissent pas en même temps. Vous avez de bonnes pensées quand vous êtes attentifs et de mauvaises pensées quand vous n’êtes pas attentifs.

Le manque d’attention est en grande partie dû aux obstacles et les méditants sont en général perturbés par le doute, l’inquiétude, le désir, etc…

Il y a des gens qui ne veulent pas méditer car ils comptent sur leurs offrandes, l’observation des préceptes moraux et la récitation de prières pour la pureté de leur esprit, mais ils sont vite désillusionnés quand ils se mettent à méditer car ils sont harassés par des pensées impures.
( remarque : tous ces éléments sont nécessaires et complémentaires : observation des préceptes moraux, dévotion, foi et méditation)

Une personne qui n’est pas attentive ne peut pas avoir une moralité pure car elle n’est jamais réellement consciente du caractère de ses pensées. Les désirs des sens, la haine, la malveillance, etc… leur échappent. C’est seulement par la méditation que nous pouvons savoir si l’esprit est pur ou non, s’il est libre de la colère, de l’avidité, etc…

L’introspection répétée aide à purifier l’esprit de ses impuretés. Le méditant devient conscient des sensations douloureuses qui ont tendance à déprimer l’esprit et entraînent l’irritation. Comme le méditant observe les tensions, les douleurs… il réalise la nature des sensations douloureuses et il en est de même des sensations agréables et neutres. C’est la caractéristique de l’esprit ou de la conscience de connaître l’objet des sens qui lui correspond car il y a différentes sortes de conscience, chacune dépendant du contact (voir, entendre…) avec les différents objets des sens (sons, odeurs…).

L’apparition et la disparition sont le signe de l’impermanence. Si une chose n’apparaît pas, elle ne peut être impermanente et si une chose apparaît et existe pour toujours elle ne peut pas être impermanente non plus. Toute chose a un commencement et une fin.

La compréhension de la loi de l’impermanence conduit le méditant à réaliser la compréhension de la souffrance (dukkha) et du non soi (anatta). Ces trois caractéristiques de l’existence sont interdépendantes et quand on voit anatta, on est près de Nibbana. Mais « voir » anatta ne signifie pas l’acceptation intellectuelle, mais la compréhension par la méditation.

Après avoir compris l’impermanence par l’introspection, le méditant cesse de réfléchir et note plutôt les phénomènes physiques et mentaux et sa compréhension s’approfondit. Il peut voir notamment le début et la fin de chaque phénomène. Il voit des lumières et expérimente la joie, la sérénité, un accroissement de la foi et un état de conscience élevé. Cependant, le méditant ne doit pas confondre ces expériences avec la paix de Nibbana. Il doit les noter et les dépasser.

Alors qu’il continue à méditer, il parvient à voir les disparitions incessantes des choses.
Quand il observe un objet, il ne pense plus à sa forme, à sa dimension ou à sa qualité.
- Il voit chaque chose, l’objet, son esprit, etc… disparaître sans cesse. Ceci est appelé bangañana.
- Parce qu’il voit chaque chose disparaître, il est pris de peur, c’est bhayañana.
- La peur conduit à reconnaître les mauvais aspects de l’existence conditionnée : adinavañana. - Ainsi, le méditant se dégoûte de la vie : nibbidañana.
- Parce qu’il est désillusionné, il veut être libre : muncitukamayatañana.
- Et pour cela, il doit avoir recours à l’observation : patisankañana.
- Cela conduit à la pleine compréhension des trois caractéristiques de l’existence: anicca, dukkha et anatta : sankharupekkhañana.
- Par cette compréhension, le méditant atteint l’équanimité vis-à-vis des six sens que le Bouddha décrit comme suit :

« Oh moines, le moine qui a vu un objet visible de ses yeux n’est ni content ni mécontent. Son esprit est équilibré, nullement affecté par l’attachement ou par l’aversion, parce qu’il a l’attention juste ».

Le méditant est imperturbable face aux objets des sens et ceci est dû à sont attention juste et à la compréhension de la nature de l’existence conditionnée avec ses caractéristiques d’impermanence, de souffrance et de non soi.

« Ayant vu l’objet, le moine le reconnaît avec la compréhension juste ».

La compréhension juste ne cause jamais le plaisir ou le déplaisir. Le méditant est complètement équanime dans son contact avec le monde extérieur, c’est la caractéristique de l’Arahat, et il est possible au méditant de la posséder. Il peut l’obtenir quand il atteint tous les stades successifs de la voie par des efforts ardents.


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